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PARLONS POLONAIS

De
337 pages
Le présent ouvrage se propose d'être plus qu'un manuel de langue au sens strict du terme et s'adresse aux personnes qui se rendent en Pologne pour des raisons professionnelles ou personnelles, et à tous ceux qui ont envie de mieux connaître ce pays.
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Parlons polonais
Langue et culture

Collection Parlons... dirigée par Michel Malherbe

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Kinga Siatkowska-Callebat

PARLONS POLONAIS
Langue et culture

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3

1026Budapest
HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214Torino ITALlE

@L'Hannatian,2002

ISBN: 2-7475-1979-1

Introduction

L'espace géographique occupé aujourd'hui par la Pologne ne date que de 1945. La Pologne dans son histoire millénaire a subi de nombreuses transformations (voire s'est trouvée rayée de la carte durant plus de cent ans - lors de la période des partages) ; elle a cependant toujours conservé son caractère de « rempart » entre l'Orient et l'Occident européen. Aujourd'hui encore, la Pologne reste, pour un visiteur venu de l'Ouest, un espace culturellement familier, où l'on retrouve une architecture commune et des coutumes semblables. La période de l'après guerre a vu la Pologne rattachée, contre son gré, au «bloc communiste» sous domination de l'Union Soviétique. Depuis 1989, comme pour faire contre poids à cette époque où elle faisait partie de 1'« Europe de l'Est », les Polonais se plaisent à souligner leur appartenance à l'Europe centrale, en se tournant vers l'Ouest. La situation de la Pologne en Europe est en effet, géographiquement parlant, particulièrement centrale: 1 800 km la séparent de Moscou et 1 300 de Paris, le cap Nord se trouve à 2 000 km et le cap Matapan à 1.800 km au sud. L'adhésion de la Pologne à l'OTAN, aux côtés de la Hongrie et de la République tchèque, le 12 mars 1999 est un grand pas dans son processus

d'intégration à l'Union européenne, dont elle est membre associé depuis 1992. Ainsi la Pologne se verrait-elle plus comme un « pont économique» faisant la jonction entre l'Est et l'Ouest de l'Europe que comme le traditionnel « rempart ». La Pologne occupe le territoire qui fait partie de la grande plaine germano-polonaise (l'étymologie du nom Polonais: Polanie vient de pola - champs) ; au nord se trouve le littoral baltique et au sud des massifs de montagnes (Carpates et Sudètes). Le pays est donc délimité de façon naturelle au nord et au sud; les frontières ouest (sur l'Oder) et est, étant beaucoup plus fluctuantes, ont subi de nombreux changements dans le passé. Le climat de la Pologne est de type semi-continental, à l'exception du littoral de la Baltique, soumis à une influence océanique. L'influence de l'Atlantique y est déjà assez faible (d'où des pluies assez mesurées) et elle rencontre les flux secs et froids venus de Sibérie. Les données climatiques peuvent varier beaucoup à l'intérieur de la même saison et d'une année sur l'autre. Plus on va vers l'est, plus les amplitudes thermiques sont fortes. Les températures extrêmes peuvent aller de - 30°C en hiver (la température moyenne étant de + 2°C en janvier) à + 40°C en été (moyenne de + 20°C en juillet). La particularité géopolitique de ce pays relativement grand avec ses 312 685 de km2 et ses 38 700 000 d'habitants (sixième pays d'Europe), provient de sa position entre deux grandes puissances, qui ont joué un rôle déterminant tout au long de son histoire: l'Allemagne à l'ouest et la Russie à l'est. La Pologne s'est toujours efforcée de forger son identité propre, souvent en conflit avec ces deux voisins puissants. Depuis l'effondrement du «bloc communiste », cette attitude conflictuelle semble

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appartenir au passé: l'Allemagne détient désormais une place forte parmi les pays investisseurs les mieux implantés en Pologne, alors que pour la Russie, séparée de la Pologne par les anciennes républiques soviétiques, la Pologne constitue un passage « obligé» sur la route vers l'Ouest. La Pologne est aujourd'hui une démocratie parlementaire, avec un Président de la République élu pour cinq ans, et un Parlement bicaméral. La Diète (460 membres) et le Sénat (100 membres) sont élus pour quatre ans au suffrage universel direct. Le Premier ministre préside le Conseil des Ministres, le gouvernement est responsable devant le Parlement. Les lois adoptées en 1998 instaurent un découpage du pays en 16 voïvodies (régions), elles-mêmes divisées en powiat (cantons) et gmina (communes). Les principaux partis politiques sont: SLD (Sojusz Lewicy Demokratycznej : Alliance de la gauche démocratique), AWS (Akcja Wyborcza Solidarnosé: Action Electorale Solidarité), Unia Wolnosci (Union de la Liberté), Unia Pracy (Union du Travail), PSL (Polskie Stronnictwo Ludowe: Parti Paysan), ZCHN (Zwi'lZek Chrzescijansko-Narodowy: ChrétiensDémocrates), Platforma Obywatelska (Plate-forme civique) etc. .. . 1 L'image de la Pologne apparaît de plus en plus comme celle d'un des « pays-phares» de l'Europe centrale. Le pays a depuis 1989 largement réorienté ses échanges vers l'Union Européenne. Le marché intérieur, sous l'effet de la libéralisation des échanges, mais aussi du programme de privatisations et de
1 Tels sont les principaux partis présents sur la scène politique en Pologne lors des élections législatives en septembre 2001.

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l'ouverture à la concurrence de nombreux secteurs, est marqué à la fois par la prédominance des grands groupes étrangers, et par la vitalité des petites et moyennes entreprises, dont la part dans le PNB est voisine de 40%.

La France est depuis l'an 2000 le premier investisseur étranger en Pologne, notamment grâce au développement des grandes surfaces françaises et aux investissements dans les télécommunications, elle reste également un des principaux pays importateurs. Mais elle reste avant tout un pays très présent culturellement avec ses Instituts Français à Varsovie et à Cracovie, avec quatorze Alliances Françaises, des écoles françaises et bilingues, des échanges universitaires et de nombreuses manifestations culturelles. La coopération dans le domaine des sciences est également très vive entre les deux pays et fait de la Pologne le premier partenaire de la France parmi les anciens «pays de l'Est ». La langue française, aujourd'hui largement dépassée par l'omniprésence de l'anglais et par la langue allemande qui retrouve une place considérable après des années de rejet durant la période d'après guerre, reste la troisième langue étrangère pratiquée par les Polonais. Toutefois, quelques connaissances de la langue polonaise facilitent indéniablement les contacts de tout étranger se trouvant dans ce pays. Le présent ouvrage, qui ne prétend pas être un manuel de langue au sens propre du terme, s'adresse aux personnes qui se rendent en Pologne, que ce soit pour des raisons professionnelles ou personnelles, et à tous ceux qui ont envie de mieux connaître ce pays. Il espère pouvoir familiariser le public francophone avec la langue et la culture des Polonais.

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QUELQUES ADRESSES UTILES
En France
Ambassade de la République de Pologne 1, rue Talleyrand 75343 Paris Cedex 07 té!. : 01 45 51 60 80, fax: 01 45 55 72 02 e-mail: info@ambassade.pologne.net

Consulats Généraux Paris té!. : 01 45 51 8222, fax: 01 47 53 06 63 Lyon té!. : 04 79 93 14 85, fax: 04 78 93 56 37 Lille té!. : 03 20 06 50 30, fax: 03 20 06 58 24 Strasbourg té!. : 03 88 25 50 72, fax: 03 88 36 21 09 Représentation permanente auprès de l'OCDE 86, rue de la Faisanderie; 75016 Paris; té!. : 01 45 04 60 20, fax: 01 45 04 35 89 Représentation permanente auprès du Conseil de l'Europe 2, rue Geiler; 67 000 Strasbourg; té!. : 03 88 52 98 00, fax: 03 88 52 97 99
Représentation auprès de l'UNESCO té!. : 01 45 68 29 96, fax: 01 45 66 59 56

Office National Polonais de Tourisme 49, aye de l'Opéra; 75002 Paris; té!. : 01 53 43 88 10, fax: 01 42 66 35 88

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Institut Polonais 29, rue Jean-Goujon; 75 008 Paris; téL : 01 53 93 90 13, fax: 01 45 62 07 97 Centre Scientifique de l'Académie Polonaise des Sciences (PAN) 74, rue Lauriston; 75016 Paris; té!. : 01 56 90 18 34, fax: 01 47 55 46 97 Institut d'Etudes Slaves 9, rue Michelet; 75 006 Paris; té!. : 01 43 26 77 09 Société Historique et Littéraire Bibliothèque Polonaise 6, quai d'Orléans; 75 004 Paris; té!. : 01 55 42 83 83 Centre de Civilisation Polonaise 18, rue de la Sorbonne; 75 005 Paris; té!. : 01 40 46 27 15 Société Française d'Etudes Polonaises 9, rue Michelet; 75 006 Paris; tél. : 01 43 26 50 89 Fédération France-Pologne 167, rue Flandre; 75 019 Paris; té!. : 01 40 36 36 22, fax: 01 46 07 89 55
Paroisse polonaise à Paris Notre Dame de l'Assomption; 75 001 Paris

Place Maurice Barrès;

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LA POLOGNE EN CHIFFRES2

LÔtlt

82,0 O,QO,h,ab..

2

Les données datent de juillet 2001 13

P01pu,tatioJnactive Agriculture I;Jadustrie Services

15',9 Jtli>J~l~ons; d,'hab,. 27,5~, 28 % 44 %'

,2<4".2 itr1irl~ms d "hab~ 6')~3% 30,.3'%, 6;2,,9%.

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APERÇU HISTORIQUE

HISTOIRE

DE LA POLOGNE

L'histoire de la Pologne est une des plus mouvementées de notre continent. La seule lecture des quelques cartes représentant ce pays à des époques différentes permet de comprendre le rôle particulier que l'histoire peut jouer dans la mentalité des Polonais. La Pologne a tour à tour été puissante et morcelée, inexistante ou sous la domination d'autres pays, envahie ou plus rarement elle-même envahisseur. La grande plaine polonaise, ouverte à l'est vers les grandes steppes de l'Eurasie, a été la voie d'accès des occupants de ces régions. Jusqu'au Xe siècle, elles ont constitué une étape pour des vagues successives de nomades (Scythes, Sarmates, Huns) et de colons (Celtes, Germains, Baltes et Slaves). A l'époque antique, les commerçants romains ont traversé le territoire de la Pologne actuelle (habité alors par des tribus diverses) en allant vers la mer Baltique sur la «route de l'ambre ». Les tribus slaves ont commencé à se diversifier dès les V-VIle siècles; les ancêtres des Polanie se sont alors installés sur les affluents de l'Oder. La dynastie des Piast Le nom de Polska (Pologne) n'apparaît qu'au Xe siècle (époque qui est considérée pour la Pologne comme le début des temps historiques) pour désigner une petite tribu slave installée dans les environs de l'actuelle Poznan. L'époque de la fondation de l'Etat polonais est entourée par une multitude de légendes,

toujours très présentes dans la culture polonaise. Les plus connues sont: celle de trois frères Lech, Czech et Rus qui donnèrent naissance aux nations: polonaise, tchèque et russe; celle de la princesse Wanda qui préféra la mort dans la Vistule à un mari allemand; celle du dragon de Wawel (le mont où se trouve le château royal de Cracovie); et surtout celle d'un simple charron, Piast, dont l'élection comme prince avait été annoncée par deux mystérieux étrangers (envoyés de Cyril et Méthode ?). Il fonda la première dynastie royale (sur le trône polonais durant cinq siècles), et lui donna son nom: la dynastie des Piast. S'il a vraiment existé, ce prince vivait probablement au milieu du IXe siècle, et aurait donc été contemporain des fils de Charlemagne. La première date qui marque l'histoire de la Pologne est celle du baptême (966) reçu par le prince Mieszko 1er qui épousa la princesse tchèque de Prague. Cet acte a une importance non seulement religieuse3 mais également politique. Le rattachement de la Pologne à l'Eglise catholique et non orthodoxe la met sous l'influence politique et culturelle de l'Europe occidentale, et le choix de la christianisation par un prince tchèque et non allemand garantit à la Pologne l'indépendance vis à vis des tribus germaniques alors en pleine expansion. Le fils de Mieszko 1er, Boleslaw Chrobry (9921025), est le premier à être couronné par le pape en l'an 1000. Il confirme de cette façon l'appartenance du pays à la chrétienté occidentale. Boleslaw Krzywousty (Bouche Torse, 1102-1138) divisa le royaume entre ses fils et ainsi commença la période des

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Des nombreux témoignages attestent qu'à cette époque déjà une partie de la
était chrétienne.

population

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fragmentations qui dura 182 ans en plongeant le pays dans des luttes pour le pouvoir central lié à la possession de Cracovie. La réunification sera l'œuvre de Wladyslaw Lokietek (le Bref, 1306-1333) qui par son couronnement en 1320 fit de la Pologne un royaume solide. Son fils, Kazimierz Wielki (le Grand, 1333-1370), continua la politique de son père. Son règne fut une période particulièrement prospère. La Pologne lui doit les fondations juridiques et institutionnelles de la monarchie, la construction d'une cinquantaine de châteaux forts en pierre, ainsi que l'établissement de la première université en 1364 à Cracovie, appelée par la suite l'Université Jagellon. La dynastie des Jagellon Après la mort de Kazimierz Wielki, la couronne passe à son neveu, Ludwik W~gierski (Louis de Hongrie), puis à sa fille, Jadwiga qui est couronnée roi à Cracovie en 1384 à l'âge de 12 ans. En 1386 elle épouse le grand duc de Lituanie, Wladyslaw Jagiello, et fonde ainsi une nouvelle dynastie, celle des Jagellon, en instaurant une union personnelle, institutionnalisée plus tard, qui va lier la Pologne et la Lituanie pour plus de quatre siècles. Le règne de Wladyslaw Jagiello est marqué par sa victoire dans une des plus grandes batailles médiévales: celle de Grunwald (Tannenberg) qui oppose en 1410 les armées polono-lituaniennes à l'ordre des chevaliers teutoniques. Ces derniers avaient été invités en 1226 par le prince polonais Konrad Mazowiecki (de Mazovie) pour apporter de l'aide dans la christianisation des tribus prussiennes païennes. Les chevaliers teutoniques transformèrent cette mission en conquête territoriale et dominèrent la Prusse, la quasi-totalité du littoral balte avec (à partir de 1308) le port de Gdansk.

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La victoire polono-lituanienne de Grunwald marque le début du long déclin de l'ordre teutonique et commence à près de deux siècles du règne des Jagellon, une dynastie étroitement liée à de nombreux pays européens. Pour ne citer que Kazimierz Jagiellonczyk (1444-1492), appelé le «père de l'Europe », qui eut parmi ses enfants un saint, un cardinal, quatre rois et les génitrices de trois maisons souveraines. Le mariage de Zygmunt Stary (1506-1548) avec une princesse italienne, Bona Sforza, est à l'origine de l'épanouissement en Pologne de l'art de la Renaissance. C'est aussi l'époque de la Réforme, très présente en Pologne avec les doctrines luthérienne, calviniste et des Frères Polonais (Arianie) qui voient dans ce pays des conditions très favorables à son développement. La confédération de Varsovie en 1573 promulgue la Paix des Dissidents et de nombreux réfugiés religieux y trouvent asile. La République nobiliaire Le fils de Zygmunt Stary, Zygmunt August (1548-1572), dernier représentant de la lignée des Jagellon, meurt sans laisser de descendance. Après sa mort, la Pologne connaît, durant plus de deux siècles, un régime politique tout à fait unique dans une Europe qui est alors à l'ère de l'absolutisme. Le traité de Lublin (1569) officialise l'union entre la Pologne et la Lituanie et prévoit, à la disparition du dernier descendant Jagellon, l'élection d'un roi et d'une diète commune par l'assemblée de toute la noblesse polonaise et lituanienne. Chaque roi élu doit prêter serment, garantissant le principe de la tolérance, la pratique d'élections royales libres, la supervision de la politique du roi par seize sénateurs, ainsi que de nombreux privilèges personnels de la noblesse. Cette position forte de la noblesse

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polonaise (une classe relativement nombreuse qui compte près de 10% de la population totale, alors que dans d'autres Etats européens elle dépasse rarement 2%) était déjà préparée par de nombreux statuts qui remontent à la deuxième moitié du XIVe siècle. Le plus significatifest celui de 1505, appeléNihil novi. Il précise qu'aucune décision ne doit être prise par le roi sans consultation de la noblesse et il montre l'attachement des nobles aux libertés individuelles et civiles. Cet attachement amènera plus tard le principe du liberum veto (le premier en 1562) qui donne à chaque membre de la diète le droit de rejeter toute législation votée. L'emploi abusif de ce principe sera la cause de la paralysie constitutionnelle du pays au milieu du XVIIIe siècle. Pendant les 225 ans de la République nobiliaire, onze rois sont élus, dont une majorité (sept) parmi des étrangers. Le premier est issu de la famille royale française: Henri de Valois (1574) ; puis des rois très différents se succèdent. Certains, tels Stefan Batory (1576-1586), Wladyslaw IV (1632-1648), Jan Kazimierz (1648-1668) et surtout Jan III Sobieski (1674-1696), vainqueur de l'armée turque près de Vienne en 1683, s'inscrivent durablement dans l'histoire européenne; d'autres ne laissent que très peu de bons souvenirs. Il est d'ailleurs impossible de parler d'une continuité quelconque dans leur politique, ils venaient des horizons des plus variés et représentaient des intérêts hétéroclites. Les XVIe, XVIIe et le début du XVIIIe siècles sont marqués par une longue suite de guerres qui dévastent le pays. La Pologne affronte tour à tour l'armée russe dans la campagne de Batory (1579-1582) et celle de Zolkiewski (1610-1612); l'armée turque à Chocim (1673), puis à Vienne (1683); l'armée suédoise à de nombreuses reprises entre 1600 et 1655 (date de

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l'invasion tristement célèbre des Suédois appelée le déluge suédois). Les Polonais font également face à la rébellion cosaque de Bohdan Chmielnicki (1648-1657) par qui commence la perte des terres ukrainiennes, qui appartenaient jusqu'alors au royaume polono-lituanien. Ces guerres, même si certaines d'entre elles constituent des victoires militaires, ont considérablement affaibli le pays: un quart de la population périt et l'économie est ruinée. Le début du XVIIIe siècle, l'époque des rois de la maison suédoise de Vasa et de la famille de Saxes (August II, 1697-1706, 1710-1733 et August III, 1733-1763), se caractérise par une influence de plus en plus forte des puissances voisines, et en premier lieu celle de la Russie. C'est à cette époque (1596) que la capitale se trouve déplacée de Cracovie à Varsovie, laquelle représentait désormais un emplacement plus central compte tenu des nouveaux contours du pays. Les partages Le dernier roi polonais, Stanislaw August Poniatowski (17641795), trouva la Pologne dans une situation politique extrêmement fragile. Outre les pertes considérables provoquées par les guerres, le manque d'un suivi politique des rois élus et l'ingérence des pays étrangers, le fonctionnement de la diète dévoyé par le liberum veto, cette époque voit la montée en puissance d'une oligarchie de magnats (certaines familles détenaient alors des fortunes terriennes plus importantes que celle de la couronne elle-même) qui veillent à leurs intérêts personnels plus qu'à ceux du pays. Stanislaw August entreprend toutefois une série de réformes, entouré de nombreux penseurs, artistes et scientifiques qui véhiculent des idées de l'époque des

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Lumières venues de France; l'expression la plus complète en est la constitution du 3 mai 1791 qui intervient déjà après le premier partage de 1773. Ces changements ne plaisent guère à l'Impératrice de la Russie Catherine II qui pousse les hetmans polonais à former la confédération de Targowica (qui annule la constitution) et amène le deuxième partage (1793) du pays entre la Russie et la Prusse. Après une Insurrection nationale manquée (celle de Tadeusz Kosciuszko4 de 1794) vient le troisième partage entre la Russie, la Prusse et l'Autriche qui raye pour plus de cent ans la Pologne de la carte de l'Europe. L'époque des partages (1795-1918) est ponctuée par des soulèvements désespérés de la nation polonaise, des persécutions de plus en plus fortes qui les suivent, ainsi que des vagues d'émigration et de déportation. Le premier élan d'espoir de retrouver la liberté est lié aux guerres napoléoniennes. En 1807 Napoléon crée le grand-duché de Varsovie (Ksi~stwo Warszawskie), un semblant de mini-Etat qui lui servira de base militaire pour sa campagne de Russie en 1812. Le Congrès de Vienne de 1815 instaure le Royaume du Congrès (Kr6lestwo Kongresowe) sous domination russe, la république de Cracovie et le grand-duché de Posnanie. En 1830 éclate l'Insurrection dite de novembre qui se transforme en une guerre contre la Russie et se termine par l'échec des insurgés. Le Royaume du Congrès se trouve supprimé en 1832, beaucoup de participants de l'Insurrection sont exilés jusqu'en Sibérie.

4 Tadeusz Kosciuszko aux côtés de Kazimierz Pulaski combattra plus tard pour l'indépendance des Etats Unis. 23

Une nouvelle vague d'émigration, appelée la Grande Emigration, a également lieu à cette époque; elle regroupera des personnalités célèbres essentiellement à Paris, à Rome et dans des grandes villes allemandes: des écrivains romantiques (Adam Mickiewicz, Juliusz Slowacki, Zygmunt Krasinski, Cyprian Norwid), des musiciens (Fryderyk Chopin), des hommes politiques (Adam Czartoryski) et bien d'autres. L'échec de la seconde Insurrection, celle de janvier 1863, sera fatal pour l'idéologie romantique de la lutte pour la liberté du pays, véhiculée par les ressortissants de la Grande Emigration. Les années qui la suivent se caractérisent par la perte de l'espoir de retrouver cette liberté et il faudra attendre l'affaiblissement par la 1ère guerre mondiale des pays occupants (la révolution soviétique, l'effondrement de l'empire Austro-Hongrois et la défaite de la Prusse) pour retrouver des conditions favorables à la renaissance de l'Etat polonais. La Pologne de l'entre-deux-guerres L'année 1918 est donc synonyme de liberté retrouvée pour les Polonais. Une part importante de cette lutte est conduite par les légions groupées autour du maréchal Jozef Pilsudski, un personnage désormais mythique et longtemps rejeté par le régime communiste. La question des nouvelles frontières polonaises est alors évidemment l'une des plus délicates. Etant donné les changements survenus sur les terres polonaises durant 123 années d'occupation, il n'était plus possible de redonner à ce pays sa forme d'avant les partages. L'établissement de la frontière généra même une guerre (1920) entre la Pologne et l'Union Soviétique, guerre d'autant plus occultée par la Pologne communiste qu'elle se termina par une déroute de l'armée Rouge.

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La Pologne, qui tout à la fois retrouve alors l'indépendance et découvre la démocratie, se trouve dans une situation délicate. La constitution n'y est adoptée qu'en 1921. Les gouvernements de coalition se succèdent, la lutte entre de très nombreux partis politique est rude, elle conduit même à l'assassinat du premier président polonais (Narutowicz, 1922). Au désordre politique se rajoutent les difficultés économiques (dans un contexte de crise économique internationale) d'un pays qui a du mal à retrouver l'unité après la longue période des partages. Le coup d'état de mai 1926 organisé par les partisans du maréchal Pilsudski ferme alors cette période de démocratie constitutionnelle fragile. Le régime mis en place, appelé Sanacja (le retour à la « santé» politique), longtemps associé aux autres systèmes totalitaires de cette époque, n'a pourtant aucune sympathie pour les mouvements fascisants. La situation de la Pologne à la veille de la deuxième guerre mondiale est peu enviable: placée entre Staline et Hitler, dirigée par des «gouvernements de colonels », et dans une situation économique difficile. Le pacte signé le 23 août 1939 entre Ribbentrop et Molotov dit de « non-agression» entre l'Allemagne nazie et la Russie soviétique annonce le partage du territoire de la Pologne entre les deux pays et la fin de son indépendance. La deuxième guerre mondiale Le début des hostilités de la deuxième guerre mondiale est aujourd'hui associé au 1er septembre 1939, date à laquelle Hitler attaque la Pologne. La campagne dite de septembre ne dure que jusqu'au 6 octobre. L'armée polonaise n'étant absolument pas prête à se mesurer à Hitler (l'image de cette armée qui part à cheval contre les chars allemands est

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aujourd'hui devenue mythique), elle ne devait tenir que quelques jours, le temps d'une mobilisation des Alliés occidentaux sur la ligne Maginot. L'entrée de l'armée soviétique le 17 septembre 1939 à l'est du pays et la nonintervention des Alliés compromettent les dernières chances de défense polonaise. L'occupation soviétique, certes, bien plus courte que celle de Hitler est toutefois tragique en pertes humaines, avec l'élimination de l'élite intellectuelle (15.000 officiers exécutés dont un tiers à Katyn) et les déportations en Sibérie et au Kazakhstan ( 1.500.000 déportés). Les années d'occupation allemande sont tragiques pour la nation polonaise. Elles sont marquées par la répression des populations juives, dont la Pologne abritait depuis des siècles le plus grand nombre en Europe. Suivant sa politique d'extermination de la nation juive, Hitler place la plupart de ses camps de concentration sur le territoire polonais. Les juifs se trouvent enfermés dans des ghettos (les plus connus sont ceux de Varsovie et L6di), séparés de la population polonaise et progressivement exterminés. Rien que pour Varsovie ce sont près de 400.000 Juifs qui périssent, les derniers, au moment de l'insurrection désespérée du ghetto en avril 1943. Lors de la débâcle allemande sur le front est en 1944, les Polonais décident de déclencher l'Insurrection pour libérer par eux-mêmes leur capitale. L'Insurrection de Varsovie éclate le 1er août 1944 alors que l'armée Rouge se trouve sur la rive gauche de la Vistule, elle se termine début octobre en laissant la ville détruite à plus de 80 %. L'armée soviétique, restée passive pendant ces combats, n'entre dans Varsovie que le 17 janvier 1945, bien après l'écrasement par les nazis de l'Insurrection, ce qui, de pair avec la politique des occidentaux découlant des

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accords de Yalta, assure ainsi aux « libérateurs» du pays un droit d'ingérence dans sa politique intérieure. Le bilan de cette guerre est très lourd pour la Pologne. Politiquement, elle quitte la dictature nazie pour la domination communiste. Démographiquement, la Pologne dévastée est le pays qui a subi les pertes les plus lourdes durant cette guerre: 18% de la population polonaise (dont 3 millions des Juifs) périt entre 1939 et 1945, soit beaucoup plus que dans les deux autres pays les plus touchés: Allemagne 7,4% et URSS Il,2%. En outre, la composition ethnique du pays se trouve bouleversée: outre la quasi-disparition d'une communauté juive qui représentait avant guerre entre 30% et 70% de la population des principales villes, les anciennes minorités ukrainiennes, biélorusses et lituaniennes se trouvent désormais en dehors du territoire polonais. Avec la minorité juive disparaît aussi une classe intellectuelle et artistique qui avait fortement contribué à I'histoire culturelle de la Pologne.

L'époque communiste

Les frontières de la nouvelle Pologne discutées lors de la

Conférence de Yalta sont finalement acceptées à Potsdam (1

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août 1945). La frontière ouest suit la ligne Oder-Neisse, selon les exigences de Staline, la Pologne se retrouve ainsi sur des terres qui depuis plus de cinq cents ans ont appartenu aux Allemands. A l'est la frontière est établie sur la ligne appelée Curzon en suivant le Bug, en laissant à l'Union Soviétique les régions de Lvov et Vilnius. La superficie du pays passe de 390.000 km2 (en 1939) à 312.700 km2.

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Staline impose aux Polonais non seulement la forme territoriale de leur pays, mais aussi leur système politique. La Pologne doit constituer, une fois de plus dans son histoire, un rempart qui cette fois-ci protégera l'URSS contre l'Europe «capitaliste ». Dans le nouveau système, instauré par les Soviétiques à partir de 1946 (et non sans protestations de la population), le Parti communiste détient tout le contrôle politique du pays. L'économie totalement nationalisée donne une place prépondérante à l'industrie lourde. Tous les biens privés sont saisis à l'exception d'une partie des terres qui restent aux mains de paysans (la Pologne est une exception dans le «bloc communiste» à ce titre). La politique extérieure du pays est totalement subordonnée aux intérêts de l'Union Soviétique. La Pologne manifeste toutefois à plusieurs reprises son désaccord avec le régime imposé: en 1956 à Poznan, en 1968 à Varsovie, en 1970 à Gdansk et à Szczecin, en 1976 à Ursus et à Radom, et enfin, en 1980 avec le mouvement parti du chantier naval de Gdansk (avec Lech Wal~sa, un simple électricien, comme chef emblématique) qui se propage dans tout le pays et aboutit à la formation d'un syndicat libre Solidarnosé (10 millions de membres). Devant l'ampleur exceptionnelle de l'événement le gouvernement communiste commence tout d'abord à céder, puis, ne maîtrisant plus la situation, instaure l'état de guerre avec le général Wojciech Jaruzelski, le 13 décembre 1981. Le mouvement de Solidarnosé, étouffé momentanément par les communistes, renaît dans des conditions plus favorables, amenées par la Perestroïka de Gorbatchev, en 1989. Lors de la «Table ronde », regroupant les communistes et les opposants du régime, les anciens dirigeants cèdent la place à la nouvelle démocratie: en août 1989 la Pologne a son premier

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gouvernement non soviétique depuis Mazowiecki comme Premier ministre. La Pologne aujourd'hui

1945 avec Tadeusz

Depuis, les gouvernements qui se succèdent essayent de mettre en place les changements nécessaires pour passer d'un Etat de type soviétique à l'économie du marché et à la démocratie politique. La tâche est loin d'être facile, l'économie étant sinistrée, l'endettement de 40 milliards de dollars ne laisse à l'Etat que peu de moyens d'investissement, et l'environnement, comme dans tous les pays ex-communistes, souffre d'une dégradation profonde. Les électeurs, habitués à vivre dans un Etat assistant les citoyens et déçus par la lenteur des changements, expriment leur mécontentement en votant en 1995 pour l'ex-communiste reconverti à l'économie de marché Aleksander Kwasniewski, qui succède ainsi à la présidence à Lech Wal~sa (1990). Les différents gouvernements se succédant sous la présidence de Kwasniewski, réélu en 2000, poursuivent des réformes qui visent à permettre l'accession de la Pologne à l'Union Européenne. Malgré ces quelques difficultés de nature politique et économique, la Pologne est jugée aujourd'hui comme le pays ayant la meilleure dynamique parmi les anciens pays communistes.

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LA POLOGNE EN EUROPE

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LA POLOGNE ET LES PAYS VOISINS

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LE TERRITOIRE POLONAIS À TRAVERS LES SIÈCLES (XIE - XXE)
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DATES CHARNIERES DANS L'HISTOIRE DE LA POLOGNE
966 1386-1572 1569
1772 1793 1794 1795 Baptême de Mieszko I. Dynastie des Jagellons. Union de Lublin qui unit la Pologne à la Lituanie. La monarchie devient élective. Premier partage de la Pologne entre la Russie, l'Autriche et la Prusse. Deuxième partage entre la Russie et la Prusse. Insurrection de Kosciuszko. Troisième partage entre la Russie, l'Autriche et la Prusse et disparition de l'Etat polonais de la carte de l'Europe. Création par Napoléon du Grand-duché de Varsovie. Congrès de Vienne et constitution du royaume de Pologne avec le tsar de Russie comme souveraIn. Insurrection de novembre. Insurrection de janvier. La Pologne recouvre son indépendance. Le traité de Versailles confirme cette indépendance. Guerre polono-soviétique. Le traité de Riga fixe la frontière est de la Pologne.

1807 1815

1830 1863 1918 1919 1920 1921