PARLONS SCHWYTZERTÜTSCH

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Le schwytzertütsch, ou suisse-alémanique, est la langue quotidienne de cinq à six millions de Suisses. A côté de la langue allemande qui sert quasiment d'unique langue écrite, le schwytzertütsch jouit d'une remarquable vitalité, dans tous les milieux et toutes les situations. Une orthographe simple, est accompagnée d'une description phonétique adaptée particulièrement aux francophones. On trouvera également une grammaire, avec un dictionnaire comportant en particulier le vocabulaire utile dans les hôtels et les restaurants, et un certain nombre de phrases usuelles.
Publié le : samedi 1 juin 2002
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EAN13 : 9782296292017
Nombre de pages : 210
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PARLONS

SCHWYTZER TÜTSCH

Collection Parlons... dirigée par Michel Malherbe

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Dominique STICH

PARLONS

SCHWYTZERTÜTSCH
Le suisse-alémique

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

cg L'HARMATTAN, ISBN: 2-7475-2665-8

2001

AVANT-PROPOS

Pour le francophone non averti qui s'aventure la première fois en Suisse alémanique, surtout s'il parle un peu l'allemand, sa surprise est grande de découvrir que si tout est écrit dans la langue de Goethe, on ne l'entend jamais parler. Tout le monde utilise le schwytzertütsch, ou suissealémanique, dans les gares, au bureau, dans les magasins et les banques, dans les discours politiques, à la radio, dans la rue comme dans la cour de récréation. S'il va à la messe dans une église de village, les prières, le sermon, les informations paroissiales sont exprimées en alémanique. Sur les ondes les informations régionales, les interviews des gens de la rue, des universitaires, des politiques, des banquiers, tout est en suissealémanique. Bien sûr, il reste quelques bastions d'où l'allemand ne peut être délogé: l'école, l'université, la télévision pour les actualités du monde, les films, les feuilletons. Mais voici un reportage télévisé sur l'économie helvétique: le commentaire sera probablement en allemand, mais chaque intervenant, chaque interviewé parlera sa langue maternelle: le schwytzertütsch. Naturellement, tout citoyen relevant de la Suisse alémanique a appris l'allemand à l'école, et c'est presque toujours la seule langue qu'il écrit. Tout ce qu'il lit est dans cette langue: le journal, les manuels scolaires, les ouvrages techniques, les romans, la littérature classique. Les ouvrages écrits en alémanique sont peu nombreux dans les librairies, et peu de locuteurs écrivent en schwytzertütsch. Les raisons pour lesquelles cette langue s'est si bien maintenue dans l'usage parlé sont multiples. D'abord la Suisse n'est un pays ni très grand ni très peuplé. Il y a sept millions d'habitants, dont cinq à six millions parlent une langue germanique. D'où cette possibilité d'intercompréhension d'un bout à l'autre du territoire sans difficultés majeures. Ensuite, il y a une conscience suisse alémanique, qui s'est affmnée avec plus de force après la première et surtout après la deuxième guerre mondiale: "nous ne sommes pas des Allemands!". Et le meilleur moyen de se démarquer de son imposant voisin est de ne pas parler sa langue. Enfm, il y a tout simplement le respect du parler du terroir. Un citadin raffmé dira peut-être qu'il a du mal à comprendre certains parlers montagnards, mais il ne les considérera jamais comme des formes de langage inférieures, des "patois", comme on dit en France. En effet, on trouvait dans certains dictionnaires français, au mot patois: "langage informe que parlent les rustres". Cette manière de voir

est très spécifique à la France et à la francophonie, où l'on a toujours considéré les francophones comme les locuteurs" supérieurs" , et les patoisantsl comme des gens qu'il fallait à tout prix guérir de leur infmnité en leur imposant le français. En allemand, on dit que chacun parle "comme sa bouche est faite", sans connotation vraiment dépréciative. Le Hochdeutsch, l'allemand standard, langue écrite au départ, n'est là que pour créer un trait d'union entre tous les locuteurs germanophones, mais n'est pas considéré comme la forme suprême de la distinction et l'unique support de la pensée humaine. Le schwytzertütsch a donc trouvé sa place tout naturellement dans la société suisse, lorsque celle-ci s'est trouvée confrontée à la modernité. Il faut dire aussi qu'il a toujours eu à relever des défis: langue de la ville et de la campagne, langue des catholiques et des protestants, langue de ceux qui étaient contraints à émigrer et langue de ceux qui restaient sur une terre parfois ingrate. Cet ouvrage, largement inspiré de la méthode Grüezi mitenand et des autres ouvrages d'Arthur Baur2, doit permettre au francophone de se faire une idée de cette langue peu connue en France, qui connaît pourtant une remarquable vitalité et a également sa beauté et sa richesse. Je tiens à remercier Madame Duval-Valentin, de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, d'avoir bien voulu relire mon manuscrit et prodigué ses précieux conseils. Cependant il est bien entendu que j'assume seul les éventuelles erreurs de ce livre.

1 Rappelons que s'il n'y a qu'une seule langue "officielle" en France, il y a en réalité une dizaine de domaines linguistiques, représentant autant de langues dont certaines sont (co-)officielles à l'Etranger, comme l'occitan, le basque et le catalan en Espagne, le flamand ou néerlandais en Belgique et le mosellan (lorrain) au Luxembourg. 2 Ce Zurichois d'origine, qui rédige dans un excellent allemand, ne s'est pas seulement intéressé à sa langue maternelle: amoureux du français, lecteur en provençal du Mirèio de notre prix Nobel Frédéric Mistral, il a étudié plusieurs autres langues, dont le suédois et surtout l'espéranto, pour lequel il a joué un rôle important en Suisse. 8

Le présent ouvrage fait quelquefois appel, à titre de comparaison, à d'autres langues: néerlandais, anglais, et surtout allemand, avec quelques références à l'indo-européen. Ces langues n'étant pas l'objet de ce livre, les caractéristiques qui y sont évoquées sont très schématisées. Le lecteur qui les connaît bien regrettera peut-être cette présentation sommaire; qu'il veuille bien nous en excuser: nous avons préféré n'en donner que les grandes lignes, sans nous perdre dans les détails et les exceptions, qui auraient obscurci notre propos et dérouté les autres lecteurs.

Voici quelques notions de linguistique que l'on rencontrera dans les pages suivantes: - phonème: unité phonique minimale à l'intérieur d'une langue, notée entre barres parallèles la!, tandis que les sons ou réalisations sont notés entre crochets [a] ; on trouve des voyelles, des consonnes et des semiconsonnes (ou semi-voyelles, ainsi en français le y, noté [j]). - occlusive: consonne prononcée en fermant un point d'articulation (lèvres, langue et dents, palais, cordes vocales. ..), telle que [p], [b], [k]... - fricative: consonne prononcée en laissant passer l'air avec un frottement sur un point d'articulation, ainsi [t], [v], [s]... - affriquées: consonne commençant par une occlusive et fmissant par une fricative située à peu près au même point d'articulation, ainsi [pt], [ts], [kx] ... pour [b], [d], [v]), sourdes (sans vibration des cordes vocales, ainsi [p], [t], [t], et nasales (l'air passe également par le nez, comme pour [m], [n]). - quant aux voyelles, elles peuvent être: 1) ouvertes ([a], [0]), mi-ouvertes ([e], [~], [œ]), mi-fermées ([e], [0], [0]) oufermées ([i], [y], ru]) ; 2) étirées ([i], [e]) ou arrondies ([y], [0], [u], [0]) ; 3) palatales (palais dur), appelées aussi voyelles d'avant ([i], [y]), qui s'opposent aux vélaires (palais mou ou voile du palais) appelées aussi voyelles d'arrière ([u]).
Ces phonèmes seront décrits pages 41-44.

- les

consonnes peuvent être sonores (les cordes vocales vibrent, comme

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9

QU'EST-CE QUE LE SCHWYTZERTÜTSCH

?

L'avez-vous remarqué? Dans n'importe quelle ville du monde, on trouve toujours un grand nombre de ses habitants qui n'ont jamais mis les pieds dans ses musées, alors que des voyageurs et des touristes du monde entier viennent les visiter. Il en est ainsi du schwytzertütsch : ne demandez pas aux Suisses alémaniques ce que c'est que leur langue, ils n'y ont jamais réfléchi, et comme ils la parlent quotidiennement en toutes circonstances, ils s'imaginent la connaître, alors qu'ils se contentent, et c'est bien là l'essentiel, de la maîtriser. Il faut dire que la Suisse, pays quadrilinguel, l'ignore complètement dans ses textes officiels: Constitution, textes et documents administratifs, livres scolaires, tout est en allemand. Il y a vraiment un décalage entre "pays légal" et "pays réel". L'alémanique est la continuation naturelle de la langue parlée par les envahisseurs Alamans, lorsqu'ils s'installèrent en Suisse. Elle a été longtemps utilisée comme langue écrite, mais c'est la forme standard de l'allemand (Schriftdeutsch), venue du nord, qui s'est imposée dans l'usage graphique. La Suisse alémanique se trouve donc dans une situation linguistique particulière, dans laquelle coexistent l'alémanique comme langue parlée usuelle et l'allemand comme unique langue écrite. On ne peut donc réellement affirmer qu'on y parle le dialecte, comme on l'entend souvent, mais bien la langue autochtone qui n'est pas celle de l'Allemagne. On peut dire aussi que c'est une langue démocratique. Et la langue que l'on écrit en Suisse est une langue étrangère qu'on y a imposée, et que les enfants apprennent à l'école avec une certaine difficulté. Si pour les dialectologues, le Rhin n'est pas une frontière, dans la réalité sociologique il y a bien deux systèmes: en Allemagne, on peut et on doit, plus ou moins souvent, parler l'allemand, le Hochdeutsch, en Suisse on ne l'utilise jamais spontanément dans la langue orale. Que ce soit à l'atelier ou au bureau, au guichet administratif ou dans un magasin, avec des inconnus ou en famille, l'alémanique est la seule vraie langue pratiquée. L'Allemagne avait connu une situation semblable au siècle dernier, et on aurait eu alors quelques difficultés à la distinguer de la Suisse, mais
1 Pour les Français à l'unique langue officielle, rappelons que la Suisse possède maintenant quatre langues officielles: l'allemand, le français, l'italien et le romanche dans sa forme unifiée (rumantsch gri~chun [ru'mantf gri'3un]). Mais elle ne reconnaît pas le schwytzertütsch, les parlers romands (francoprovençaux et franc-comtois), le dialecte tessinois ni les diverses variétés locales du romanche. Il

aujourd'hui le contraste est frappant: l'allemand s'est imposé comme langue de référence en Allemagne, mais non dans la partie alémanique de la Confédération. C'est en quelque sorte une indépendance naturelle, du point de vue politique comme du point de vue de la pensée, vis-à-vis du grand voisin du nord, c'est son identité séculaire et son expression populaire naturelle, c'est la richesse inestimable et irremplaçable de tout un peuple.

Un peu d'histoire. Les premiers textes remontent au Se siècle. Aux alentours de l'an mille, les écrits de Notker Teutonicus montrent déjà que les spécificités de l'alémanique étaient tout à fait présentes: alémanique aujourd'hui choo, i chume Chile bringe/pringe danke/tanke guet mische allemand kommen Kirche bringen denken gut mischen "venir" "église"
" apporter"

autrefois chomen chîlicha pringen tenchen kuot miskelon

"penser" "bon" "mélanger"

L'usage administratif a commencé à délaisser le latin pour la langue du peuple vers 1250, mais avec un caractère moyen haut-allemand. Elle a été longtemps utilisée, jusqu'au 17e siècle en particulier par les poètes. Une désignation exacte serait le Schriftalemannisch ("alémanique écrit"), opposé au Schriftdeutsch. On y voit déjà un souci d'orthographe élaborée, peu marquée localement. C'était une graphie relativement standardisée, helvétique au sens large, qu'on retrouve chez le réformateur suisse Ulrich Zwingli 1. Voici quelques exemples que l'on peut relever dans les textes, et que nous verrons en détail plus loin :

1 Mais à la différence de Luther, il n'a pas laissé de traduction complète de la Bible dans sa langue maternelle. 12

alémanique zyt [tsi:t] hus [hu:s] üch [y:x] lieb ['li~p] tuon ['tuo(n)] anrüefen ['anry~f~(n)] augen ['oug~(n)] Uiben ['lreb~(n)] Rugge ['rukk~] wüssen ['vyss~(n)] ftomd [ftœmt] pot [po:t] trucken ['trukx~(n)] Sach [sax] blüemli ['bly~mli] nit [nit] nüt [ny:t] mee [me:] nfunmen ['nymm~(n)] sige ['sig~]

allemand Zeit [tsait] Haus [haus] euch [oiç] lieb [li:p] tun [tu:n] anrufen ['anru:f~n] Augen ['aug~n] Leben ['le:b~n] Rücken ['ryk~n] wissen ['vis~n] ftemd [ftemt ] Bote ['bo:t~] drücken ['dryk~n] Sache ['zax~] Blümchen ['bly:mç~n] nicht [niçt] nichts [niçts] mehr [me:r] nicht mehr [niçt me:r] sei [zai]

"temps" "maison" "(à) vous" "gentil " "faire" "appeler" "yeux" "vie" "dos" "savoir" "étranger" "messager" "serrer"
"chose, affaire" "fi eurette "

"ne pas" "ne rien" "plus" "ne plus" "(il) soit"

C'est justement parce que la différence entre le Schriftalemannisch et le Schriftdeutsch était fmalement moins grande que celle entre les dialectes alémaniques parlés et l'allemand "standard" que le passage d'une graphie à l'autre a été plus tard facilité. Cet "alémanique écrit" a fmalement disparu. S'il avait survécu, nul doute qu'on connaîtrait aussi un certain décalage, certes moins important, entre la langue parlée et la langue écrite dans la Suisse d'aujourd'hui. Bien que la situation actuelle présente maintes difficultés pour le Suisse moyen, personne ne regrette la solution adoptée, ni ne souhaite imiter la solution qu'ont choisie les Pays-Bas, par exemple.

13

Le schwytzertütsch.
C'est une langue indo-européenne, de la famille germanique. Elle est donc apparentée à l'anglais, mais fait partie d'un domaine appelé la GERMANIA, qui regroupe les langues et parlers de l'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas, la Belgique flamande, le Luxembourg!, l'Alsace et la Moselle2, quelques vallées du nord de l'Italie dont le Tyrol du sud, et la Suisse alémanique.

Les consonnes.
On sait que le germanique s'est distingué des autres langues indoeuropéennes lors de la première mutation consonantique, qui a fonctionné de la manière suivante (l'anglais a relativement bien conservé le système du germanique ancien) : indo-européen *ped*tre*kap*kw_ *kanB-3
*dekem *gen*gWey_ *bhrater *dhwer*ghost*gWhorm-

anglais foot three head who hemP
ten kin quick brother door guest warm

latin PES TRES CAPUT QUIS
CANNABIS

"pied" "trois" "tête" "qui 1"
"chanvre" "dix" "race" "vif' "frère" "porte" " étranger" "chaud"

DECEM GENUS VIVUS FRATER FORES HOSTIS FORMUS

En gros on peut dire que les occlusives sourdes sont devenues des fricatives, que les sonores sont devenues des sourdes, et que les aspirées (sonores) sont devenues des sonores non aspirées. Le latin (et le français) ont maintenu les sourdes et les sonores, et ce sont les aspirées qui sont devenues des fricatives.

Le dialecte mosello-franconien n'y a accédé au statut de langue nationale qu'au XXe siècle. 2 Et non la Lorraine entière. Dans ces deux régions françaises, les parlers sont encore en usage, mais c'est le français qui sert de langue écrite. 3 Il semble qu'en indo-européen on ne trouve pas le *b- à l'initiale. 14

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15

L'allemand, dans sa forme standard, a connu ensuite une seconde mutation consonantique, qui l'a distingué des autres langues germaniques: allemand anglais Pfennig penny hoffen hope zehn [tse:n] ten Wasser water machen ['max~n] make mais: 1) der 2) Kuh néerlandais penning hopen tien water maken

"centime" "espérer" "dix" "eau" "faire"

the cow

de koe

"le" "vache"

Tandis que l'anglais et le néerlandais restaient relativement stables (avec certains exceptions que nous négligerons ici), l'allemand a connu une évolution des occlusives sonores aboutissant à des affriquées à l'initiale (p > pf; t > ts), à des fricatives à l'intervocalique (p > f; t> s ; k> X)l. Cependant, on constate en 1) que le phonème [p], qui s'est maintenu en anglais, a disparu en allemand et en néerlandais pour faire place, selon un processus complexe, à une occlusive sonore [p> d]. Surtout, en 2), on constate que le phonème [k], qui a bien évolué vers une fricative à l'intervocalique (k > x), est resté stable à l'initiale. Et c'est là que l'alémanique a connu une divergence tout à fait caractéristique, car il a systématisé le passage de toutes les occlusives vers des affriquées ou des fricatives, même pour le [k] : allemand Kuh kalt Kreuz ich kann anglais cow cold cross I can alémanique Chue chait Chrüüz i cha

"vache" "froid" "croix" "je peux"

Lorsqu'en ancien germanique on avait affaire à une géminée (kk), le résultat en alémanique est l'affriquée [kx], notée (c)k :

l Voir le chapitre" Prononciation et orthographe", page 41. 16

allemand wecken Backer

anglais wake baker

alémanique wecke ['vekxg] Becker ['pekxg]

"réveiller" "boulanger"

Même pour les mots plus récents, empruntés soit à l'allemand soit à d'autres langues, on retrouve ce [kx] si particulier, et ce en toutes positions: allemand Konig Elektronik Club alémanique Konig EHiktronik Klup

['kx0nik] [elekx'tro:nikx] [kxlup]

"roi" "électronique" "club"

A Bâle, qui est un îlot bas-alémanique, on a conservé le k: Kind "enfant", koo "venir", kalt "froid" (et non Chind, choo, chait). Egalement à Coire, dans le canton des Grisons, où le substrat est romanche. Dans l'Oberland bernois et le Valais en revanche, la spirantisation du k est allée plus loin encore: au lieu de trink(ch)e, on a trinche, triiche/treiche. Ces réalisations dites gutturales (en fait vélaires), [kx] ainsi que [x] à l'initiale, toutes deux inconnues de l'allemand standard, donnent une physionomie particulière au schwytzertütsch ; elles frappent l'oreille étrangère qui ensuite le reconnaît immédiatement à cette particularité. Pour chicaner un peu les étrangers, on leur fait prononcer le mot Chuchichaschtli ['xuxi'xreftli] "petite armoire de cuisine". Par ailleurs, on sait qu'en allemand à l'initiale on ne peut, en principe, pas rencontrer [s] devant consonne, mais uniquement [1], écrit sch : schmal "étroit", schnell "vite", Schlange "serpent", Schwein "pore", schreiben "écrire", et écrit s devant p ou t : spielen "jouer", Stein "pierre". 1 En schwytzertüts ch, non seulement on a la même "neutralisation" dans
1 En linguistique, le terme de neutralisation indique qu'une opposition qui existe en règle générale se trouve abolie, neutralisée, dans certaines circonstances. Ainsi
~

en françaisstandard,on a l'oppositionloi (haute, beauté) I~I(hotte, botter), mais
cette opposition disparaît en finale absolue au profit de loi (Pô, pot, peau, Pau) et devant Irl final au profit de I~I (Faure, fort). L'allemand connaît l'opposition Isl IzJ Ifl à l'intervocalique (Rassen, rasen, raschen), mais elle est neutralisée à l'initiale au profit de IzJ et Ifl devant voyelle (sieben, schieben) et au profit de Ifl devant consonne (schnell, schmal, schwer, schlagen, schreiben, stehen, Speise).
~ ~

17

ces mêmes cas, mais de plus on la rencontre dans le corps des mots pour les groupes sp et sI : allemand Wespe Schwester alémanique Waschpi Schwoschter

"guêpe" "sœur"

Toutefois les mots, d'origine étrangère, qui contiennent le groupe sk y conservent la prononciation [s] de la langue d'origine, comme en allemand, mais le k se prononce toujours [kx] : Skandaal Alaska "scandale" "Alaska"

Les consonnes en alémanique présentent la particularité d'être en général plutôt sourdes, là où en allemand on entend des sonores. Il n'y a pas de règle absolue, et on entend fréquemment une consonne plutôt sonore (b, d, g, s) à l'intervocalique devant voyelle accentuée. Mais en général, plutôt que l'opposition sourde sonore, on peut plutôt parler de forte ~ douce. Dans l'orthographe utilisée dans cet ouvrage, nous avons le plus souvent maintenu l'opposition, mais sur le terrain il faudra s'attendre à rencontrer parfois des formes divergentes, comme pour:
~

danke/tanke bitter/pitter Gable/Ggable

"remercier" "amer" "fourchette"

De plus, on rencontre des consonnes géminées, qui se prononcent effectivement comme des doubles, alors qu'en allemand une consonne double indique seulement que la voyelle précédente est brève. Nous y reviendrons plus loin.

Les voyelles.
Le système vocalique est resté beaucoup plus proche du germanique ancien que l'allemand. Les diphtongues allemandes (au, eu, ei) sont restées à l'état de voyelles longues (uu, üü, y), tandis que les voyelles longues de l'allemand (uh, üh, ie) sont demeurées des diphtongues particulières (ue, üe, ie).

18

allemand Haus [haus] Hauser ['h~yz~r] Eis [ais] FuB [fu:s] FüBer ['fys~r] Liebe ['li:b~]

alémanique Huus Hüüser Ys Fuess Füess Liebi

[hu:s] ['hy:s~r] [i:s] ['fu~s] ['fy~s] ['li~pi]

"maison" "maisons" "glace" "pied" "pieds" "amour"

Toutefois, il reste des diphtongues proches de celles de l'allemand en position de hiatus, notées parfois différemment: allemand schreien ['frai~n] gebaut [g~'baut] reuen ['r~i~n] alémanique schreie ['frei~] bbaue ['pau~] roie ['rœi~]

"crier"
" construit" "re gretter"

Il existe aussi un certain nombre de mots qui connaissent le même type de diphtongue que le mot allemand correspondant, et qui doivent probablement remonter à une diphtongue germanique ancienne: allemand einfach Bein Eiche Baum glauben alémanique aifach Bai Aich(e) Baum glaube

"simple" "jambe, os" "chêne" "arbre" "croire"

Une caractéristique vocalique est la correspondance entre un [~] allemand et un [u] alémanique:

allemand Woche komm
Donnerstag

alémanique

Wuche chumm Dunschtig

"semaine" "viens!" "jeudi"

19

Ainsi que la réalisation "arrondie" de i, e et ei (qui deviennent respectivement ü, 0 et oi) dans un certain nombre de mots: allemand Apfel Wasche wissen Kissen Seife alémanique Opfel Wosch wüsse Chüssi Soipfe

"pomme" "linge, lessive" "savoir" "coussin" "savon"

Certains dialectes, principalement bâlois, comme ceux de l'Alsace toute proche, connaissent une tendance inverse, à savoir ü > i et 0 > e, tandis que le u devient ü : allemand scheu Freund schon Bauch alémanique schüüch Fründ schoon Buuch Bâle schyych Frind scheen Büüch

"timide" "ami" "beau" "ventre"

Dans de nombreux parlers alémaniques, on connaît une forte vélarisation du a (et quelquefois du a) long de l'allemand (a > ~). Dans cet ouvrage, la graphie est simplement aa, mais on pourra trouver des auteurs qui notent 00 ou 00 : allemand Jahr spat Abend alémanique Jaar, Joor spaat, spoot Aabig, Oobig

[j~:r] [fp~:t] ['~:bik]

"année" "tard" "soir"

Mais lorsqu'il y a métaphonie (Umlaut), on trouve une fréquente réalisation [œ:], que certains notent 66, mais que nous notons plus simplement 0, en précisant cependant qu'il s'agit bien d'une voyelle phonétiquement longue, exceptionnellement orthographiée par une voyelle simple (le digraphe 00 étant réservé pour [0:]) : allemand spater fragen Abende alémanique spoter, spÔÔter ['fpœ:t~r] froge, frÔÔge ['frœ:g~] Obig, 6Ôbig ['œ:bik]

"plus tard" "demander" "soirs"

20

Devant fricative (s, f), le n a tendance à disparaître dans certains parlers, en allongeant ou diphtonguant la voyelle précédente: allemand fünf Fenster alémanique foif! Faischter

"cinq" "fenêtre"

Les différents dialectes alémaniques possèdent un système de voyelles d'avant mi-ouvertes (autour de [e], c'est-à-dire entre ri] et [a]), plus riche que l'allemand, tant au niveau des timbres ([re]) que de la longueur ([e] bref, [e:], [re:]), mais ici nous ne noterons que le système simplifié que beaucoup de parlers connaissent: allemand Schnee [e:] Berg [e:] gelt [e(:)] stellen Herbst schlecht
prétonique verboten

alémanique Schnee [e:] Baarg [re:], Bëërg [e:] gaal [re:] stelle [e], [e] Herbscht, Hërbscht [e] schUicht [re]

"neige" "montagne" "n'est-ce pas ?" "poser" "automne" "mauvais"

et posttonique : verbote [~], parfois [re]

"interdit"

Comme on peut le constater, nous ne retenons pas le graphème ë, et il ne sera noté qu'exceptionnellement comme variante locale. On rencontre fréquemment des voyelles brèves qui correspondent à des voyelles longues en allemand: allemand Regen [e:] wenig [e:] Kübel [y:] holen [0:] spielen [i:] alémanique Rage [re] wenig [e] Chübel [y] hole [0] spile ri]

"pluie" "peu (de)" "baquet, benne" "aller chercher" "jouer"

1

Cf anglais five.

21

Mais parfois c'est le schwytzertütsch

qui a développé une longueur :

allemand Hochzeit Berg

alémanique Hoochsig [0:] Baarg [re:]

"mariage, noces" "montagne"

Certains parlers, comme le bernois, vocalise le I en u après voyelle: Zurich alii vil Milch Basel Berne aui viu Miuch Basu

"tous" "beaucoup" "lait" "Bâle"

Le -n fmal de l'allemand disparaît dans la plupart des cas, non sans laisser des traces, dont parfois une longueur : allemand Mann Stein klein Hasen singen in alémanique Maa Stai chly Haase singe i

"homme, mari" "pierre" "petit" "lièvres" "chanter" "dans"

Mais il peut réapparaître dans certains contextes, devant voyelle, comme en français pour les liaisons: singen und tanze di noien und di alte Straassenamt
"chanter et danser" "les nouveaux et les anciens" "service de la voirie"

Phénomène qui s'est étendu sur d'autres mots n'ayant jamais possédé autrefois ce -n final: won i choo bi wien es Maitli
"quand je suis venu" "comme une fillette"

Le -e fmal de l'allemand connaît également une apocope fréquente:

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allemand Runde Schande Klage Rase bose die alte das beste ich wollte

alémanique Hünd Schand Chlaag Haas boos di aIt s bescht i wett

"chiens" "honte" "plainte" "lièvre" "méchant, fâché" "la vieille... "
"le meilleur. . . " "je voudrais"

Le schwytzertütsch ne connaît pas l'attaque glottale (coup de glotte) de l'allemand ni en début de mot, ni en composition:

allemand alémanique einfach ['iainfax] aifach ['aifax] "simple(ment)" erinnem [er'iinam] erinnere [er'inara] "rappeler"
La langue connaît aussi le phénomène d'assimilation, lorsque certaines consonnes se rencontrent en composition ou en succession de mots dans la phrase, ce qui provoque des modifications phonétiques du premier élément en fonction du second: allemand alémanique Strandbad Strandbaad [jtrampa:t] Landvogt Landvogt ['lampfo:kt] Unfall UmfalI/Unfall ['umfal] Sankt Galler Sankt-Galer [saIJ'galar] die Frau d Frau [pfrau] sie haben gegessen si hand ggasse [zi

"bain de plage" "bailli" " accident" "saint-gallois" "la femme" hreI)'kressa ] "ils ont mangé"

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