Parlons Singhalais

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L'ancien Ceylan était connu pour le thé, les épices, les pierres précieuses et sa végétation luxuriante. Ce pays exotique a fait l'objet d'écrits abondants en langue anglaise. Peu nombreux sont, en revanche, les ouvrages français qui lui sont consacrés. Ce livre est le premier qui présente à un large public français la langue singhalaise et la culture de l'actuel Sri Lanka.
Publié le : mardi 1 juillet 2003
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EAN13 : 9782296326996
Nombre de pages : 270
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PARLONS SINGHALAIS

Collection Parlons... dirigée par Michel Malherbe

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@ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4705-1

Jinadasa LIYANARA TNE

PARLONS SINGHALAIS

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L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

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A Jacqueline, Kirti et Jyotsna

Du même auteur
-

Catalogue des manuscrits singhalais. Paris: Bibliothèque

nationale, 1983.
-

Le purii1}a Mayamataya, manuel astrologique singhalais de construction. Paris: Ecole Française d'Extrême-Orient, 1976. [Edition du texte (XIXe siècle), avec traduction française, commentaire et notes] .

Buddhism and Traditional Medicine in 51riLanka. Kelaniya : Kelaniya University, 1999. [Recueil d'études sur la tnédecine traditionnelle de Sri Lanka].
-

The Casket of Medicine (Bhesajjamafijusii, chapters 1-18),

Oxford: Pali Text Society, 2002. [Traduction anglaise du titre suivant] .
-

Bhesajjamafijusii, chapters 1-18. Oxford: Pali Text Society,

1996. [Edition critique de cet unique traité médical en pali (Le coffret de médicaments) écrit à Sri Lanka au XIIIe siècle et remanié avec traduction singhalaise au XVIIIe siècle].

Avaut-propos
Le singhalais, première langue nationale de la République srilankaise, a dépassé les frontières nationales avec l'élan pris par la diaspora singhalaise depuis les années 1980; maintenant la communauté singhalaise est fortement présente dans plusieurs pays occidentaux dont la France et le Canada, pays francophones. Cette présence importante des Singhalais dans
ces pays nécessite l'usage de leur langue pour deux raisons: faciliter les affaires administratives les concernant, - mieux

comprendre la culture et les habitudes de ces nouveaux venus qui côtoient la population française. Il s'agit là, de faciliter la bonne intégration de cette communauté d'une culture différente. En fait, ces immigrés de la deuxième génération, scolarisés ici en français, auraient bientôt besoin d'apprendre le singhalais eux-mêmes pour ne pas perdre leurs racines. Un certain nombre de ces jeunes d'origine sri-lankaise a déjà commencé à suivre les cours de singhalais à l'Inalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) à Paris. S'ajoute à ces circonstances, l'intérêt des Français, qui visitent Sri Lanka de façon régulière, de communiquer avec les Singhalais dans la langue maternelle de ces derniers. Rappelons que les Français sont les touristes les plus nombreux à Sri Lanka, venant en deuxième position après les Allemands. Comptent parmi les retombées de ce "tourisme culturel" les unions matrimoniales de plus en plus nOlnbreuses entre les ressortissants des deux pays! Les Français parlant le singhalais seront également un atout appréciable pour les sociétés françaises qui travaillent avec Sri Lanka. C'est pour satisfaire à ces besoins que ce manuel singhalais est proposé. De ce fait, il ne s'agit pas d'une étude linguistique approfondie, mais d'un instrument destiné aux débutants pour leur permettre de manier facilement le singhalais au quotidien dans un court délai, et de mieux comprendre leurs interlocuteurs grâce à un aperçu de leur culture. Que les amateurs de la langue et du pays, qualifié par Jacques Milley de Ceylan, Paradis retrouvé, (Paris 1970), trouvent ici leur bonheur!

Thuparama dagada, Anuradhapura

Remerciements

de l'auteur

Ce livre est dû à l'aide précieuse de plusieurs personnes dont certains amis: - Monsieur Edward Perera, linguiste et Attaché à l'Ambassade de Sri Lanka à Bruxelles, m'a proposé d'entreprendre ce travail.
-

Monsieur Michel Malherbe, Directeur de la collection Le Vénérable Ko. Ananda Thera, moine supérieur du Centre

Parlons, m'a guidé avec une délicatesse extrême et a pris le soin de réctifier des erreurs de rédaction.
-

Bouddhique Dhamma Cakkha à Bobigny, m'a prêté de nombreux livres dont j'avais besoin. - Plusieurs personnes eurent l'amabilité de me chercher diverses informations Monsieur Tilak Chandrasekera, haut fonctionnaire à Sri Lanka et auteur singhalais, Maden10iselle Anzul Jhan et Monsieur Suren De Silva, Ambassade de Sri Lanka à Paris, Mesdames Anne Genoud et Agnès Pouillon, Ministère des Affaires étrangères à Paris.
-

Monsieur Alain Sutter, Ingénieur, m'a créé un programme de Monsieur Maxwell De Silva a mis à ma disposition les

signes diacritiques pour le singhalais et le tamoul, et a mis au point les polices de caractères singhalais.
-

tableaux des verbes et du lexique, préparés à partir de mes cours de singhalais qu'il a suivis avec une assiduité exemplaire. - Monsieur Joseph Moudiappanadin, Maître de conférences à Inalco, m'a expliqué de nombreux mots tamouls. - Madame Jacqueline Gondoin, professeur de Lettres, a fait des suggestions utiles pour l'amélioration de la rédaction. - Messieurs Dominique Giroux, Inalco, Georges Navarro, et Frédéric Ediriweera Jayakuru, notamment ce dernier, m'ont aidé à préparer le prêt-à-clicher pour l'impression. - Monsieur Gérard Civet, cinéaste et conférencier, a bien voulu me donner des prises de vue pour les illustrations.
-

Mademoiselle Nadeera Rajapakse a bien voulu participer à

l'enregistrelllent de la cassette qui accompagne ce livre. - Messieurs Kamal Ratnavibhushana et Ranjan Ranasinghe m'ont rendu des services appréciables pour faciliter mon travail. Je leur adresse à tous mes vifs remerciements.

Avertissement
Tous les mots singhalais sont transcrits en caractères latins avec des signes diacritiques comme suit:
Les voyelles longues sont indiquées par un trait au-dessus (ex. a, a longue). La voyelle lfz; (prononcez comme 'in' dans intime) est indiquée par un tréma au-dessus, a. Les consonnes rétroflexes ont un point au-dessous (ex. t). Notez bien les nasales suivantes et leur prononciation indiquée entre parenthèses: Ii (Hong Kong) fi (montagne). J1l(loin). Quatre semi-nasales Ii (devant g, çl, d) fi (devant b). particulières au singhalais :

Les traductions françaises, les citations et les titres d'ouvrages sont mises en italique.

Dans les exemples, les traductions françaises sont suivies de traductions mot à mot présentées entre crochets. Les expressions courantes données comme exemples sont enregistrées dans la cassette fournie avec ce livre. Le lexique a quatre volets: (1) une liste des mots d'ordre général, (2) un vocabulaire thématique pour faciliter la consultation rapide, (3) une liste supplémentaire d'expressions courantes, (4) un tableau des verbes, avec leurs modes principaux, permettant de reconnaître facilement leur formation.

Première partie

Le cadre geographique et socio-culturel

Danse

kandyenne,

Ves.

Le pays
Le nom du pays Avant 1972, les Singhalais appelaient leur pays Larpkava, les Tamouls, Ilankai, et la communauté internationale, Ceylon (Ceylan en français). Larpkava est la singhalisation (par l'ajout du suffixe -va) de Lanka, nom qui désigne dans l'épopée sanskrite le Riimiiyal}a, le pays dont le roi Ravana ravit SIta, l'épouse de Rama. Les chroniques de l'île écrites en langue pali au VIe siècle, en se référant à des données plus anciennes, emploient le nom Larpka pour désigner le pays. Le nom Ceylon, Ceilao des Portugais, quant à lui, est dérivé du pali SIhala, (Sinhala en singhalais), "peuple aryen du lion légendaire". Au VIe siècle avo J.-C., arrivant de l'Inde (de l'ouest ou de l'est), ce peuple s'installa dans l'île, devenue par conséquent Sïhaladïpa, l'île des Sïhala. Lors de l'adoption d'une constitution républicaine en 1972, le nom Larpka précédé de l'épithète SrI, reçut le statut officiel, évinçant ainsi la deuxième appellation Ceylon. Rappelons que SrI, autre nom de Lak~mI, déesse de la prospérité et de la beauté dans la mythologie indienne, signifie la lumière, la splendeur, la gloire et la beauté. Larpka étant un nom féminin, l'article masculin "le" ajouté à ce nom en français n'a pas de justification, sinon maintenant celle de l'usage. Il est préférable d'employer le nom Sri Lanka sans article, comme c'était le cas pour Ceylan. La géographie Située à l' extrêmité sud-est du sous-continent sud-asiatique, l'île de Sri Lanka, a une superficie de 65 610 km2, sa longueur et sa largeur maximum sont respectivement de 434 et 225 km. Cette surface terrestre se divise en deux reliefs: une plaine côtière, "le bas pays", et un massif montagneux au centre-sud, "le haut pays", dont le point culminant atteint une altitude de 2 524 m. Descendant de ce massif montagneux, près de vingt rivières principales rayonnent, arrosant la plaine; la plus longue, Il

la MahavaJi ganga a 335 km de long. Celle-ci et notamment Malvatu oya dans le nord-ouest et Trincomalee (Goka~a) dans le nord-est, étaient, dans l'antiquité, les voies d'accès à l'intérieur du pays. Le pays subit deux régimes de moussons, la nord-est (d'octobre à avril) et la sud-ouest (de mai à septembre) ~ la région montagneuse faisant écran, la mousson arrose le nord-est du pays, tandis que le sud-ouest reste ensoleillé; et inversement. Les régions du nord-ouest, du nord, du nord-est, du centre-nord, de l'est et du sud-est, soit environ 70% du territoire, ne reçoivent que les pluies de la mousson du nord-est, et subissent une période de sécheresse pendant la mousson du sud-ouest qui ne les atteint pas en raison du massif montagneux. Elles constituent ainsi une zone dite sèche, avec des précipitations d'une moyenne annuelle d'environ 1 m alors que cette n10yenne annuelle est de 4 à 6 m sur les massifs montagneux. Cette zone humide est, de ce fait, dotée d'une végétation luxuriante. La forêt de Sirpharaja (So~Ô)ô), d'une richesse florale exceptionelle, est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Les températures moyennes oscillent entre 27° C et 30° C dans les plaines, et entre 12° C et 20° C dans la montagne. Ces facteurs géographiques permettent aux voyageurs de se déplacer d'une région à l'autre, sèche à humide et vice versa, en trois ou quatre heures de route. Sri Lanka est dotée d'un des plus beaux ports naturels du monde: Trincomalee, dans le nord-est, ayant une importance stratégique dans la région. Le contrôle de ce port était visé par les puissances occidentales présentes en Asie au XIIIe siècle. L'Amiral français Suffren s'en est emparé en août 1782 et Trincomalee resta sous le contrôle français jusqu'en 1783. Le peuple La situation de Sri Lanka, d'une part, séparée de l'Inde par le Détroit de Palk, large de 70 à 80 km, et située à une trentaine de kilomètres seulement, entre Talaimannar et Dhanushkodi, des 12

deux pays, et d'autre part, au croisement des routes terriennes et maritimes de l'Océan indien, a ouvert le pays à un brassage d'ethnies et de cultures. D'après une étude effectuée en 1937, la population sri-lankaise est constituée de divers éléments ethniques. Les chroniques sri-lankaises rapportent une importante vague migratoire du peuple aryen indien qui eut lieu vers le VIe siècle av. J.-C ; ses dirigeants, installés dans l'île, ont fait venir leurs épouses de Madura, ville de Krishna, dans le sud de l'Inde. La civilisation ancienne Paradoxalement, l'antique civilisation du pays fleurissait dans la "zone sèche"; un réseau d'irrigation d'un très haut niveau technologique l'avait transformée en une région prospère. Les immenses lacs artificiels et les canaux qui conduisaient ses eaux sont assimilés à juste titre au coeur et aux artères de la société agricole de l'époque. Les vestiges des anciennes capitales d'Anuradhapura (du Ve siècle avo J.-C. au XIe siècle) et de Polonnaruwa (du Xe au XIIIe siècles) du centre-nord sont la preuve d'une civilisation florissante. Les capitales changeaient cinq fois (Dambadeniya, Kurunegala, Gampola, Kotte et Sitavaka) jusqu'au XVe siècle lorsque Kandy du centre-sud devint le dernier royaume sri-lankais avant l'emprise de l'île par les Britanniques en 1815. L'événement très important de I'histoire ancienne de Lanka fut l'introduction formelle du bouddhisme par l'Empereur Asoka (Ille siècle avoJ.-C.), qui confia cette mission à son fils, le religieux Mahinda. La fille de l'Empereur, la religieuse Sarighamitta, apporta à Lanka un rameau de l'arbre de Bodhi de Bodh Gaya ; ce rameau planté à Anuradhapura est reconnu comme le plus ancien arbre historique du monde. Le bouddhisme est à l'origine de tous les aspects de la culture singhalaise: l'éthique, l'architecture en pierre et en briques, l'écriture, la littérature, la peinture, la sculpture, voire le mode de vie. La préservation du canon bouddhique du Theravada, l'école des Anciens, constitue une contribution magistrale apportée par Lanka au patrimoine culturel mondial. Comme le dit Georges Coedès, "le bouddhisme singhalais, introduit de 13

Birmanie au Siam, fait dans les pays riverains du Ménam et du Mékong de rapides progrès" au XIIIe siècle. Les relations extérieures Les Grecs (du lye au Ille siècles avo J.-C.) ont connu Ceylan sous le nom de Taprobane, dérivé du singhalais Tambapanni. Les informations authentiques sur Lanka connues des occidentaux se trouvent dans la géographie de Ptolémée (environ le milieu du lIe siècle). Le commerce entre l'Occident et Ceylan commence vers la fin du 1er siècle avec un avenir prometteur. Des envoyés de Serendivi (Serendib des Arabes pour désigner Ceylan) ont été reçus en 361 par l'empereur Julien. Le récit du pèlerin chinois Fa Hsien qui a séjourné deux ans à Ceylan (411-412) contient des témoignages intéressants sur le pays. Parmi les contacts sino-Iankais, l'arrivée de huit religieuses bouddhistes de Lanka à Nankin en 426, suivies de trois autres en 429, est un événement important, car ces religieuses ont institué la première ordination des Chinoises en 434. En 456 cinq moines singhalais ont rendu visite à l'Empereur chinois. Les relations religieuses entre Ceylan et les centres bouddhiques de l'Inde ont été maintenues depuis le temps d'Asoka. Les inscriptions du lIe ou Ille siècle dans la vallée de Krishna (l'Inde du sud) font état de la fondation d'un monastère du nom Sïhala-vihara et de la dédicace d'un sanctuaire abritant un stupa aux moines de Tambapawi-dlpa. Au début du ye siècle, un roi singhalais construisit un monastère à Bodh Gaya en accord avec l'Empereur Samudragupta. Les visites des moines bouddhistes de Lanka en Inde étaient très fréquentes. Au VIe siècle, Lanka joue le rôle d'un carrefour central actif sur "la route maritime de la soie", liant la périphérie ouest du Pacfique (la Chine, la Corée et le Japon) à la méditerranée orientale, passant par l'Asie du sud-est, l'océan indien, le monde arabe et l'Afrique du nord et de l'est, et ce, il va de soi, avec les effets commerciaux, religieux et culturels de grande 14

envergure. La topographie chrétienne de Cosmas Indicopleustes donne une description détaillée de l'île et de son commerce maritime à l'époque. La présence des Arabes à Lanka est attestée dès le Xe siècle; la navigation et les commerçants arabes s'installent dans le port de Colombo en 949. Les récits de certains étrangers qui visitaient Lanka dans la période ancienne sont riches d'informations concernant le pays. C'est le cas de Fa Hsien, déjà cité, Marco Polo (environ 1293), Ibn Batuta (1344) et Robert Knox (1660). La période coloniale Le littoral du pays était sous la domination des Portugais (15051658) et des Hollandais (1602-1796) avant que les Britanniques, après l'emprise de Colombo en 1796, s'emparent de l'île entière en 1815. Ces puissances occidentales ont laissé leur impact sur la vie des habitants dans les domaines culturel, religieux, éducatif, linguistique et économique. Les Portugais pratiquaient une politique acharnée de prosélytisme. Les noms d'origine portugaise comme Perera, Fernando, Silva, Alwis et Soyza sont très courant parmi les Singhalais. Les Hollandais, eux aussi, emboîtèrent le pas aux Portugais en ce qui concerne le prosélytisme bien que leur préoccupation principale ait été le con1merce. Leur systèn1e juridique, le Roman Dutch Law, est en vigueur encore à Sri Lanka. Leur influence est également visible dans les métiers de menuiserie et de maçonnerie. Ce sont les Britanniques qui ont complètement transformé le pays. L'unification de l'île au niveau administratif, renforcée par un réseau routier important, la mise en place d'un systèn1e éducatif occidental et une économie de plantation industrialisée sont autant de facteurs qui changèrent une société féodale en une société moderne. Les nouvelles conditions économiques ont donné naissance à une bourgeoisie, 15

qui se constituait sur les décombres d'un système de caste. L'enseignement de l'anglais a orienté le pays ancré dans la culture générale sud-asiatique, vers la culture occidentale. La liberté d'esprit nourri pendant des siècles par la philosophie bouddhique, permit aux Singhalais d'accueillir cette culture sans complexe et dans certains cas, hélas !, au mépris de la discrimination, au sens psychologique du terme.

Le statut social des femmes L'instauration de l'ordre moniale bouddhique en Chine par des religieuses singhalaises au Ve siècle a été déjà évoqué. Les femmes de Sri Lanka bénéficient du suffrage universel depuis 1931, bien avant les Françaises' Pour la première fois dans le monde, une femme, Sirimavo Bandaranaike, accéda aux fonctions de Premier ministre en 1960 à Sri Lanka (Indira Gandhi devint le Premier ministre indien en 1966, Golda Meir Premier ministre israëlien en 1969). Sa fille Chandrika Kumaratunga, qui a fait ses études à Paris, a été élue Président de la République de Sri Lanka en 1994 et en 2000. Minette De Silva, architecte, diplômée de "Architectural Association School", Londres, est la première femme de l'Asie à être

membre du "Royal Institute of British Architects" (1948) .
Susanthika Jayasinghe, athlète, a emporté la deuxième place à la course de 200 m aux Championnats du monde d'Athènes en 1997, et la médaille de bronze de la Inême
discipline aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000.

16

Quelques statistiques
Population: 19 408 635 (estimation de juillet 2001) Singhalais 74% Tamouls 18% Musulmans (Maures) 7% Burgher, Malais, Vedda 1% Religions (1999) : Bouddhistes 70% Hindous 15% Chrétiens 8% Islamistes 7% Taux d'alphabétisation: masculin 94,3% féminin 88,6% Taux brut de scolarisation 66% Ressources naturelles: Bois Pierre précieuses Graphite Pierre à chaux Sables minières Argile Energie hydraulique

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Tourneur de tambours

Deuxième partie

Grammaire

La langue
Le singhalais est une langue indo-aryenne (comme le hindi, le bengali, le marathi, le goudjerathi et le pendjabi) de la famille indo-européenne (comme le français, l'anglais, l'allemand, le grec et le russe). Les tout premiers témoignages historiques du singhalais datent du Ille siècle av. J.-C. Il s'agit des inscriptions gravées sur la façade des cavernes aménagées pour des moines bouddhistes comme actes de donation. Le plus souvent, c'est une courte déclaration disant que "cette caverne est donnée aux moines de tout temps". L'écriture de ces inscriptions est la même que celle utilisée dans les édits de l'Empereur Asoka. Les plus anciens ouvrages écrits en singhalais datent du Xe siècle, ceux de la période antérieure, cités par des ouvrages existants, étant perdus. Le singhalais s'écrit de gauche à droite. Jusqu'au XIe siècle, la langue ressemble beaucoup au pali, langue du canon bouddhique des Theravadins (Ecole des Anciens). Les traits principaux de cette langue sont les suivants: (1) l'absence des sons aspirés, (2) la mutation de "s" en "h", (3) l'emploi exclusif des voyelles brèves, (4) l'absence de la nasale, et (5) l'absence des doubles consonnes (des ligatures). Cette langue est appélée Etu ou Heta, dérivé du sanskrit SiqÙ1ata, par l'intermédiaire du pali Sïhata, (exemple du changement de "s" en "h" et l'élision de l'initial "h" en Hela: SiQ1hala> Sïhala > Hela> Elu). Elu signifie donc l'état primitif du singhalais par rapport au singhalais mixte d'aujourd'hui, fortement mêlé des mots sanskrits. Le singhalais mixte apparaît nettement vers le XIe siècle, période où les Cholas sud-indiens s'emparent de Lanka (précisément en 1017), entraînant la propagation de l'hindousime dont les Ecritures sont en sanskrit. Ce changement affecte même l'écriture qui s'inspire alors de l'alphabet grantha 21

de l'Inde méridionale. Déjà vers le VIlle siècle, les caractères singhalais prennent la forme arrondie. Pour comprendre le rapport du singhalais (S.) de cette époque, avec le pali (P.) et le sanskrit (Skt), prenons comme exemples deux mots: Skt grama > P. gama> S. gama, village @)@ > ~)@ > ~@ Skt pal1).asala> P. pa1)1).asala S. pansala, temple > oOmœ)@) > Om;mQ)@) > O~Q@. On voit ici le processus de simplification en singhalais : le rétroflexe "r" du sanskrit tombe en pali qui retient la voyelle longue dans le premier exemple, et redouble la syllabe suivante dans le deuxième ~les deux phénomènes sont encore simplifiés en singhalais où "a" longue devient brève, et la double consonne pali "1)1)." devient une consonne pure "n" ; le palatal "s" aussi devient dental" s" en singhalais.

A part ces dérivés,

un nombre

mots sanskrits font partie du vocabulaire

considérable singhalais.

de

Le tamoul, à son tour, a laissé son impact sur le singhalais, notamment à partir du XIIIe siècle. La plus ancienne grammaire singhalaise qui nous soit parvenue (le SÇ,cSQ~Ô]é) Sidatsafigariiva) date de cette époque. Elle est inspirée d'une grammaire tamoule (le f)ôeœ]~c;::)~ Virasi5!iyam) écrite par un auteur bouddhiste. Les savants bouddhistes originaires du pays tamoul indien jouaient un rôle important à Lanka. Tel fut le cas d'un vénérable moine, précepteur du roi Parakramabahu IV (XIVe siècle), à qui l'on doit la version singhalaise des palis Jataka, les vies antérieures du Bouddha. La distinction entre le singhalais et le tamoul se reflète dans les deux alphabets, l'alphabet tamoul étant marqué par le manque de lettres pour écrire le sanskrit (sauf certaines lettres empruntées tardivement du grantha, caractères utilisés aux fins 22

littéraires, comme le signifie le mot qui veut dire "livre"). En tamoul, le "k" représente "k" et "g" à la fois ~le "c" et le "s" ont le seul signe" c" ; le "t" et le "Q" ont le seul signe "t" ~le "p" et le "b" s' écrivent "p". Le singhalais, par contre, dispose de toutes les lettres nécessaires pour écrire le sanskrit. En plus du tamoul, d'autres langues dravidiennes, le kannada, le malayalam et le télougou ont enrichi le vocabulaire singhalais. Cela s'explique par des événements historiques. Les relations entre ces pays et Lanka prennent l'ampleur à partir du XIIIe siècle, comme nous l'avons vu plus haut. Au XIVe siècle, une famille de commerçants malayalis de Karavur, les A{agakkonara alias Alakesvara, installée à Lanka, s'est distinguée dans le domaine politique si bien que certains notables parmi ses membres ont fini par être les dirigeants du royaume singhalais. Atagakkonara III, fondateur de la ville de Kotte, et qui domina la vie politique pendant près de vingt ans, acquit une renommée non seulement grâce à son activité politique mais encore grâce à son soutien au bouddhisme et aux lettres. La dernière dynastie de Lanka (XVIIIe siècle), les Nayak de la région de Tanjore et de Madurai, étaient originaires des peuples télougous et kannadas qui accompagnaient les gouverneurs de Vijayanagara au pays tamoul lors de l'expansion de l'empire Vijayanagara. L'influence de ces langues dravidiennes sur le singhalais se reflète notamment dans le vocabulaire médical contemporain. Un certain nombre de mots de la petite minorité des Malais aussi sont naturalisés en singhalais, comme les exemples suivants: karilbu gudam piiigan saram ~Ô)~ 0Jç,@ 8e)~ QÔ@ les boucles d'oreilles les entrepôts les assiettes les sarongs. 23

Il existe également un certain non1bre de mots dont l'étymologie est incertaine, mais qui représentent probablement un substrat indigène: ka ta tola bada kakula kalava vilumba liiida lipa lZ:>O
~Q)@ )

Q)é) lZ:>~@ lZ:>@é) E>è)Œ) S~ <90

la bouche la lèvre l'abdomen la jan1be la cuisse le talon le puits le feu à cuisiner etc.

Le singhalais moderne s'est formé à partir du XIIIe siècle environ. L'évolution de la langue pendant ce stade est marquée notamment par l'écart qui se creuse entre l'oral et l'écrit. Avec l'arrivée des Portugais (XVIe siècle), des Hollandais (XVIIe siècle) et des Britanniques (XVIIIe siècle), plusieurs mots de leurs langues sont entrés dans le vocabulaire singhalais. (Voir appendices). La modernisation du pays sous la domination britannique suivie de nouveaux concepts créa le besoin d'un nouveau vocabulaire adapté à cette évolution sociale. Ces nouveaux mots sont créés souvent à partir de l'étymologie sanskrite. Voici quelques exemples:
la démocratie les élections le bureau la télévision l'ordinateur ~Ô)a>~g)é))~œ @)l;6)é)ômœ C))(:)œ)@œ ô~oé))6)œœ oÔG>mC)œ prajatantravadaya l11ativaraç.aya karyalaya rupavahiniya parigaç.akaya .

24

Une langue en contact avec une autre reçoit des nouveaux éléments sans perdre pour autant son caractère essentiel. Le singhalais, selon cette norme, garde ces éléments primitifs de pali, et de sanskrit, enrichis par la suite notamment du tamoul, et ensuite par les langues des colonisateurs occidentaux.

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