Parlons swahili

Publié par

Cette méthode est destinée à ceux qui veulent acquérir des bases solides en swahili. Elle présente également les grandes étapes de l’évolution de cette langue. Des cités côtières qui en furent le berceau, le swahili s’est en effet diffusé dans l’intérieur des terres, jusqu’aux lacs de la Rift Valley. D’une langue du négoce, elle est devenue une langue moderne, adaptée aux réalités des pays concernés.
Publié le : mercredi 1 janvier 1992
Lecture(s) : 488
Tags :
EAN13 : 9782296267916
Nombre de pages : 187
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Ariel CROZON

Adrienne POLOMACK

PARLONS SWAHILI
Langue et culture

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1344-7 ISSN : 0762-0721

AVANT-PROPOS

Aux voyageurs guidés par la seule curiosité de découvrir, le temps d'un séjour, cet autre côté de l'Afrique, ainsi qu'aux personnes appelées à y travailler, cette méthode offre l'opportunité d'acquérir des connaissances de base de la langue swahilie. Elle procède en plusieurs étapes: La partie introductive est destinée à préciser l'aire culturelle du swahili, le contexte de son évolution à travers l'histoire de l'Afrique orientale, et les multiples for~ mes de son expression actuelle. La partie consacrée à la grammaire, indispensable à la compréhension du fonctionnement général de la langue, décrit la façon dont les mots s'accordent entre eux, la façon dont ils s'ordonnent dans la phrase. Elle présente également les règles de la conjugaison des verbes, l'expression des nuances de temps. Elle comprend enfin une présentation des compléments, adverbes, démonstratifs et possessifs, ces multiples éléments qui permettent de construire la phrase. La partie suivante présente des notions courantes - nombres, poids, mesures, unités de temps - puis des lecons de conversation sur des thèmes choisis. L'ouvrage se termine par un lexique français-swahili et swahili-français d'environ 1 000 mots d'usage courant. Le lecteur trop pressé pourra être tenté de se pencher directement sur le chapitre consacré à la conversation courante. Les expressions qui y sont présentées 7

seront cependant difficiles à comprendre, et donc à retenir, sans un premier repérage des règles qui régissent le fonctionnement de la langue. Il est donc plutôt conseillé d'aborder avant tout les parties explicatives de ce guide. Que le lecteur ne se laisse pas impressionner par ce qui, dans la grammaire swahilie, semble au premier abord difficile à assimiler! La lecture des parties suivantes n'en sera ensuite que plus aisée...

8

Zone swahili phone

9

LE SWAHILI: HISTOIRE ET CULTURE

D Où parle-t-on swahili? Le mot « swahili», vient de la racine arabe
« sahil »

(sahil : côte, littoral). C'est la langue des habitants de la côte orientale d'Afrique. Le swahili (ou kiswahili) s'étend sur une aire géographique très vaste qui comprend, du Nord au Sud, toute la zone côtière située entre la ville de Brava (au sud de Mogadiscio en Somalie) et la côte Nord du Mozambique, et rejoint vers l'intérieur des terres les lacs de la Rift Valley. Le swahili couvre ainsi une large part de l'Afrique orientale, et plus précisément: la Tanzanie, le Kenya, l'Ouganda, le Nord du Mozambique, le Rwanda, le Burundi, l'Est du Zaïre, le Nord de la Zambie et du Malawi. On estime à 30 à 40 millions le nombre de personnes parlant swahili. Leur niveau de connaissance de la langue est cependant très variable, compte tenu de l'origine et des cultures diverses de ces populations.

D Qu'est-ce

que le swahili?

Le swahili appartient au groupe linguistique bantou. Ce groupe comprend la majorité des langues parlées en 11

Afrique dans la zone située entre le 5e parallèle, au nord de l'équateur, et l'Afrique du sud. Les langues bantoues sont caractérisées par des structures grammaticales, des formes lexicales et syntaxiques communes. Dans ces langues qui ne connaissent ni article, ni marque de genre féminin ou masculin, les noms sont rangés dans des classes nominales qui se distinguent les unes des autres par des préfixes. Le swahili participe à ce fonds bantou commun mais présente la particularité d'avoir assimilé un grand nombre de mots arabes, persans, indiens, ainsi que des mots provenant de langues européennes. Les mots d'emprunt sont surtout nombreux dans les domaines de la religion, du droit, et du commerce. Ces différents apports n'ont pas influencé la structure générale de la langue, qui reste spécifiquement bantoue. D'une part, les formes nominales sont rangées en une quinzaine de classes dont les règles régissent l'accord des verbes, des adjectifs et des pronoms. D'autre part, les verbes sont construits à partir d'une racine sur laquelle viennent se greffer toute une série de préfixes et de suffixes destinés à en préciser le sens, la forme, l'aspect ou le temps, ainsi qu'à marquer l'accord au sujet et la référence à des compléments. Diffusée sur un espace très large, la langue swahilie est multiple: elle regroupe plusieurs dialectes qui sont des variétés régionales du swahili. Le terme « swahili» est donc un terme générique pour l'ensemble de ces dialectes dont les principaux sont les suivants: - le bajun, parlé de la côte somalie à Lamu

-

l'amu, parlé sur l'Île de Lamu le mvita, parlé à Mombasa et ses environs
le mrima, parlé
l'unguja, parlé

sur

la côte

tanzanienne

-

à Zanzibar

- et le mgao, parlé dans la partie sud de la Tanzanie. Les dialectes swahilis se distinguent les uns des autres par, entre autres, des accords différents. Cependant la structure de ces dialectes reste la même et leur intercompréhension est immédiate. 12

~

I
2.
"'O.

~

01

J
.
I

~.
LU

::ï

:ë'
~ CD
ca :>

«
~

.

0ëü ~ Ci ::J' -2'.o;.at CG E: ~ S~-. E; Er 2.c '.-: , E ~: '$:5 . ::J;CD!:o:::Jj:: ~~ ~'.cv.t~!~~.,. .'.-l"'2. -. >a.i.:::~ .; ~ t'! ..
c'cu'CU!. CG.~: .

.~:[ ~,~

CU

~Q~.~~---,-.,.w

-

o CI)

'2r .Q
~
«I sa

)".'
i \
-;-,-.

'---'-'-'«
~

...J

~

,

a::.~ o I
Ï\

--

r,;/

~ w

..0 e
ï'O Z

.~ E (ij o. /'
""0

-

~

.
°ë ca ('(j 3: 3: °w ~~

oz::

ca
"'0 c: X ~

~:::v ._/
i
/

~ I .

(~
!
I

@j

i iw.
--

LU ::> o ëë ~ « N o :2

/--

/

-", « 0
C)

/
/

\.'<"-'

'-.
(ij

Z(
"

«i
0\

~ ~

::>
(f)

o

(,
,/ '

\ "

/ li i
./

~

::> o

i

« :; i ,G-'I 0.0._ i._/ Z Z _ E;=: ,., :ri?2\ ::> '. ~ (-,;:J :J (:> -.l"'\.. . -. '. ' ',ID -:5f:-..L. "1 ---..>
I

~

. E

ltI

« ~ I!

r::: ItIZ N« ltI N ;: Z

ltI

I-

0"0 .0 ltI

0

Ë
0

.

0

-

ltI

d
. \
,_

I . ._.' I" ,-

~

~
~.,. '._

i
'E ltI ltI
fJ)

~
.

i

i

i

,-

_ w
CC

.

~ rs

' ~
~ CU
~./

-/'-.,.;2-'
fJ)

/

_.___ )\. .I
//

'

:?

W
ex:

~ r:::

ltI / .0 . ,/ . E«::.,

i

:2

.
o I

<ë N

SC
0'>

~

~ -I
(
...

:J

i
/

:;
:J

"

~
fo
I
"

I

.:3

o!

,'-___'___', «
\
13 Ôi

;

~
/r-'-"

C) '_

~

exemples: En amu,

amu ndoo

unguja njoo

: viens
« nd ».

« nj » devient

systématiquement

mrima balua

unguja barua

: lettre

mgao chichwa

unguja kichwa

: tête

Les distinctions entre dialectes swahilis sont plus marquées sur la côte kenyane que sur la côte tanzanienne. Le mrima par exemple, parlé à Tanga, Bagamoyo et Dar es Salaam, est très proche de l'unguja parlé à Zanzibar. La langue comorienne (ngazija, maore, nzuwani et mwali, selon les iles) est apparentée au swahili. Cependant, la compréhension entre le swahili et le comorien n'est pas immédiate.

D Historique

du swahili

L'origine géographique du swahili est, aujourd'hui encore, sujette à controverse. Néanmoins, tous s'accordent à la localiser sur la côte orientale de l'Afrique aux environs du Xe siècle. Le swahili serait le fruit d'une acculturation entre les peuples côti~rs de langue bantoue et les marchands arabes et persans établis sur les Îles côtières. La côte est-africaine fut en effet très tôt en contact avec les peuples de navigateurs et de commerçants: arabes, persans, indiens, chinois... Certains, principalement les persans et les arabes, s'y sont installés durablement, créant des villes-États sur la côte et sur les iles proches. C'est dans ce contexte d'influences multiples qu'il faut imaginer la naissance du swahili. Le swahili fut diffusé sur le continent par l'intermédiaire des commerçants arabes qui, depuis la côte, sillonnaient le pays. C'est principalement au XIXesiècle 14

que le swahili pénétra l'intérieur des terres. D'une part, le développement du commerce des esclaves et de l'ivoire favorisa la création de pistes caravanières reliant la côte et l'intérieur des terres. D'autre part, attiré par les potentialités de la côte et surtout celles de Zanzibar, le sultan d'Oman, Sayyid Saïd, qui n'avait jusqu'alors exercé qu'une dominatio.n nominale sur les régions côtières, décida de transférer sa capitale à Zanzibar : ce fut le point de départ d'un commerce plus actif entre la côte et l'arrière-pays. Zanzibar devint la plaque tournante de ce commerce. Zanzibar étant situé face à l' actuelle Tanzanie continentale, les routes commerciales furent plus nombreuses dans cette région qu'au Kenya. Le swahili et l'islam devaient pour ces raisons se diffuser bien plus profondément au sud qu'au nord. Des villes, où les caravanes faisaient halte, furent créées le long des pistes caravanières. Îlots swahiliphones et musulmans, ces villes-relais ont permis la diffusion du swahili parmi des populations jusqu'alors sans contact avec la côte. Les villes de Tabora et Ujiji en sont des exemples.
La culture swahilie

Il faut distinguer la langue de la culture swahilie. Alors que la langue swahilie est diffusée sur un espace géographique bien plus large, la culture swahilie est circonscrite à la bande côtière et se caractérise par l'existence d'un métissage afro-arabe, l'influence de la religion musulmane et un mode de vie urbain. Les villes de Lamu, Mombasa ou Zanzibar en sont totalement imprégnées. Elles reflètent, sur bien des plans, cette combinaison d'influences multiples, ce brassage des populations qui fait l'originalité de la culture swahilie et apparaÎt dans ces visages offrant toutes les' nuances du brun, mais aussi dans l'architecture, la cuisine, les lettres etc. Les maisons de pierre aux balcons finement travaillés, aux lourdes portes sculptées et merveilleusement ouvragées, ne laissent rien deviner de leur intérieur aux flâneurs de la rue. Les rues sont étroites et tortueuses, souvent trop étroites pour les voitures. C'est un laby15

rinthe qu'il faudra arpenter longuement avant de pouvoir s'y retrouver sans hésitation. C'est plus souvent l'appel du muezzin que l'architecture des mosquées qui marque la présence de ces dernières dans la ville. Cette discrétion architecturale n'enlève rien à l'importance de l'islam dans la sociabilité. Naissances, mariages et enterrements suivent des rituels religieux, avec néanmoins des modifications locales. Les habitudes vestimentaires reflètent également l'influence de l'islam. Les femmes de la côte portent ainsi le buibui, ce grand voile noir qui les enveloppe de la tête aux pieds. Il est porté débonnairement, plus par convention sociale que pour réellement soustraire leurs attraits aux regards des hommes. Ces derniers portent le kanzu et le kofia, surtout le vendredi pour se rendre à la mosquée. Chez elles, les femmes portent le kanga, pagne coloré, souvent comme un tablier au-dessus de leur robe. Il s'agit donc de villes musulmanes aux traditions bien ancrées. Pour cette raison, les tenues trop légères, trop échancrées, sont vivement déconseillées... Il faut noter aussi la présence des indiens. Ces derniers se distinguent des autres communautés par, entre autres, leurs habitudes vestimentaires (port du sari pour les femmes par exemple) ; ce qui témoigne d'une fidélité à la terre d'origine. Ils forment une communauté très fermée, plus ou moins endogame, attachée à ses propres valeurs culturelles: usage de la langue d' origine (souvent le goujarati) aux côtés du swahili et de l'anglais (langues de l'insertion sociale), pratique d'un islam chiite particulier (l'ismaëlisme duodécimain dit « ithnashiri » 1 ou de l'hindouisme. La cuisine révèle des influences diverses: arabes, africaines et indiennes. Citons entre autres plats le biriani, d'origine indienne, qui est un ragout de viande épicé; le pilau qui est un plat de riz et de viande parfumé à la cannelle, à la cardamome et au clou de girofie; l'ugali qui est une polenta de maïs; et le riz qui est à toutes les sauces et dont les Swahilis, bien qu'ils n'en produisent pas, sont très friands. Toute la vie sociale est placée sous le signe de la discrétion. Il n'existe guère de lieu de convivialité publi1. Thinasha signifie 12 en arabe. croient en douze imams. Les ismaéliens duodécimains

16

que dans ces villes swahilies: les rencontres, les échanges se font d'une maison à l'autre. Cafés et restaurants sont donc majoritairement fréquentés par des touristes. les cinémas sont très prisés, en particulier par les jeunes. Pourtant, on y passe généralement des films indiens non sous-titrés, ou des films américains! l'aire swahiliphone devait s'étendre plus à l'ouest notamment à partir de 1843, date à laquelle les caravanes atteignirent le royaume du Buganda (dans l'actuel Ouganda). Plus tard, les nombreuses expéditions commerciales organisées par Tippu Tip entre 1870 et 1884 devaient favoriser la diffusion du swahili dans la partie est de l'actuel Zaïre (région du Katanga) où Tippu Tip créa un État indépendant.

D Le swahili lingua-franca
Le swahili était la langue du négoce, un moyen de communication entre les populations de la bande côtière de l'Afrique orientale et de l'intérieur des terres. Les premiers Européens à s'y être intéressés sont les missionnaires. Ces derniers transcrirent le swahili en caractères latins. Jusqu'alors le swahili était écrit en caractères arabes (transcription appelée « ajemi »). La colonisation allemande (1882-1914) contribua à renforcer la position de lingua-franca du swahili. Poursuivant une politique semblable à 1'« Indirect rule» britannique au Kenya, les colonisateurs allemands recrutèrent des cadres indigènes, choisis parmi les populations côtières. Très vite le swahili s'imposa comme la langue locale la plus apte à fonctionner dans l'enseignement et dans l'administration locale. Pour les populations de l'intérieur, la connaissance du swahili représentait le seul moyen d'accéder et de participer, à un faible niveau hiérarchique, à l'administration du pays. Après la Première Guerre mondiale, le Kenya, le Tanganyika et le Sultanat de Zanzibar furent placés sous autorité britannique. L'anglais devint alors la langue de l'élite permettant une promotion sociale, ce qui laissait au swahili un statut de langue de seconde classe. 17

D La standardisation

du swahili

Très tôt émergea le besoin de standardiser le swahili en fixant une orthographe unique, et en uniformisant ses règles grammaticales et lexicales. Il faut préciser que l'enseignement du swahili et sa standardisation, répondaient plus à des intérêts pratiques et administratifs, qu'à des considérations morales animées de la volonté de respecter une langue et les cultures africaines. Il s'agissait en effet de faciliter les communications entre le gouvernement et les populations africaines.

La musique
Sur la côte, s'est développée une musique, le Taaqui ressemble un peu à la musique arabe: mélolancinante et répétitive, voix aiguë des chanteurs Ce sont généralement des chansons d'amour écridans un swahili assez précieux. Mais le swahili s'accorde également très bien aux trémolos de la musique africaine moderne, telle que la produisent entre autres certains groupes kenyans et tanzaniens. La télévision kenyane présente ainsi régulièrement des émissions musicales. Bien que les mélodies reflètent en partie l'influence zaïroise, très présente en Afrique de l'est, la langue utilisée est le swahili. Il n'est donc pas rare dans les night-clubs de danser sur des chansons en swahili, chansons que les radios locales diffusent abondamment... ainsi que certaines radios afro-antillo-parisiennes : il suffit de se brancher sur la 92.6 Fm, le dimanche entre 12 h 30 et 14 h 00 pour en avoir quelques échos ,... Et s'il fallait citer au moins une chanson en swahili, ce serait celle qui fut interprétée entre autres par Myriam Makeba: « Malaika» bien sûr, c'est-à-dire « Ange»... rab, die etc. tes

En juin 1928, une conférence à laquelle participèrent le Kenya, le Tanganyika, l'Ouganda et Zanzibar eut lieu à Mombasa (Kenya). L'objectif de cette conférence était de sélectionner une langue qui serait la langue du 18

système éducatif de ces territoires. Le swahili de Zanzibar fut choisi. Un comité fut chargé de promouvoir la littérature swahilie et les publications tout en surveillant leur conformité au swahili standard. L'événement notable de cette période fut la publication d'un dictionnaire qui aujourd'hui encore sert de référence aux swahilisants :

Ie « Standard Swahili-English dictionary»

de Frederick

Johnson, premier secrétaire du comité. La swahilisation de l'ensemble du territoire était en marche. En Tanzanie, le swahili a été promu langue nationale en 1967. Utilisé dans l'enseignement et l'administration, le swahili est aussi la langue dans laquelle s'exprime le politique. Grâce à une diffusion efficace par les médias (radio et presse), le swahili a contribué à forger une identité nationale. Pour Nyerere, premier président de la Tanzanie, le swahili a les mêmes possibilités littéraires et conceptuelles que les langues européennes. Il a d'ailleurs formulé son idéologie (l'ujamaa, ou socialisme) en swahili et traduit Le marchand de Venise de Shakespeare dans cette langue. Au Kenya, ce n'est qu'en 1974 que le swahili a été reconnu comme une des langues nationales du pays, au même titre que le kikuyu, le luo etc. Mais à la différence de la Tanzanie, le swahili reste la langue des côtiers et est peu diffusé à l'intérieur des terres, à l'exception des villes où il a gardé son rôle de langue véhiculaire. La langue officielle du pays est l'anglais. Au Rwanda et au Burundi, tout comme en Ouganda, le swahili est essentiellement la langue des commerçants et des musulmans, car dans ces pays existent d'autres langues nationales: kinyarwanda au Rwanda et kirundi au Burundi. Parlé au Zaire dans la région du Shaba (exKatanga), et du Manyema, le swahili est l'une des quatre langues nationales de ce pays, aux côtés du lingala, du kikongo et du ciluba. Le swahili a été accepté comme langue de travail de l'Organisation de l'Unité Africaine. Actuellement, c'est la langue africaine la plus étudiée dans le monde, enseignée entre autres à l'Institut 19

National des Langues et ainsi qu'à Londres, Los Moscou etc. Le pape ne sion de faire à Pâques

Civilisations Orientales à Paris, Angeles,- New York, Bologne, rate d'ailleurs jamais une occala bénédiction en swahili!

D La modernisation

de la langue

Appelé à sortir de son cadre côtier et commerçant, et à jouer un plus grand rôle dans la vie des pays concernés, en particulier en Tanzanie et au Kenya,- le swahili devait évoluer et s'adapter aux réalités de la société moderne. Pour swahiliser la terminologie spécifique au domaine des sciences, de la politique, de la sociologie et de l'agriculture, deux principales méthodes ont été utilisées: - adapter mécaniquement les termes étrangers en les soumettant aux règles phonologiques et grammaticales de la langue, - chercher dans la langue les termes ou les périphrases qui rendent le mieux possible le sens des mots étrangers. Quelques exemples de mécanismes linguistiques utilisés: . Élargir le champ sémantique d'un mot déjà existant nouveau sens sens originel Msamaha Utoto Ndege pardon enfance oiseau amnistie minorité avion de préfixes d'un mot
--+

.
Jamaa

Utiliser le système champ sémantique (société)

pour élargir le

Ujamaa (socialisme)
Ukabila (tribalisme)

Kabila (tribu) Beberu (bouc, homme solide)

--+

--+

Ubeberu (impérialisme)

20

De l'usage

du swahili dans la toponymie...

La toponymie est sans doute le domaine dans lequel l'influence du swahili se fait le moins sentir, ce qui s'explique largement par le fait que le swahili couvre des régions où se trouvent installés des peuples aux cultures variées, et que la diffusion du swahili sur l'ensemble de ce territoire est un phénomène relativement récent. Malgré certaines ressemblances avec le swahili, c'est avec la plus grande prudence qu'il convient d'aborder la question de l'origine des toponymes. Le Kilimanjaro qui fut traduit parfois « Petite montagne (Kilima) de l'eau », en est une bonne illustration. En réalité, rien n'est moins sûr... Néanmoins, certains d'entre ces toponymes ont une histoire à nous conter: L'appellation Zanzibar désigne l'archipel qui comprend les Îles d'Unguja, Pemba et Tumbatu. Elle désigne également la ville principale de l'Île d'Unguja. Zanzibar est formé du mot persan «Zendj » qui signifie « Noir» et du mot arabe « Bar» qui signifie « terre » ou «continent». Zanzibar signifie donc « Terre des

Noirs ».

.

En avril 1964, la République du Tanganyika et la République Populaire de Zanzibar s'unirent pour former un seul pays. Un concours international fut lancé par le président Nyerere pour trouver, contre une prime de 10 livres sterling, le nouveau nom qui devait évoquer l'union entre ces deux pays. Des milliers de suggestions

arrivèrent du monde entier, parmi lesquelles « Tangebar», « Zanzinyika » et « Tanzania». C'est cette der,/ nière appellation qui fut finalement choisie. Le président Nyerere insista, par décret, pour que le -i- soit accentué, selon la traditionnelle règle de prononciation en swahili. L'accent doit en effet toujours être porté sur l'avant-dernière syllabe... Une dernière précision: ce n'est que pure coïncidence si le nom du premier président du Kenya, Jomo Kenyatta (1963-1978), rappelle le nom de ce pays.

21

.

Dériver les mots
~

Ingia (entrer)

Kutoingilia (la
no n-i nte rv e nti 0 n)

.
Mwana

Utiliser les formes
(enfant)

composées
Mwanachama
~(membre)

Chama Mwana

(club) Mwananchi ~(citoyen)

Nchi (pays)

.

Emprunter des mots étrangers et les intégrer au système nominal du swahili
langue d'origine africaine) sens parlement capitalisme président subir des adaptations

Bunge Bepari RaÎs

Ha (langue Hindi Arabe

Ces mots empruntés auquel Ils -

peuvent

'phonologiques : Bajeti, provient de l'anglais « budget»
on a ajouté une finale. peuvent s'adapter morphologiquement: Uchina (la Chine) Mchina, Wachina (chinois) Traduire des expressions (littérale-

.

Umoja wa mataifa: les Nations-Unies ment: unité des nations)

.

Faire des périphrases (littéralement: linguistiques

Kuandika kwa ufupi : la sténograhie écrire en court) Cette 22 énumération des possibilités

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.