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Parlons Taiwanais

De
290 pages
La plupart des Taïwanais d'aujourd'hui descendent de populations chinoises du Fujian et du Guangdong qui auraient émigré à Taiwan dès le XVIIe siècle avec leurs langues, leurs religions et leurs traditions. La langue officielle, celle utilisée par les médias et pour l'éducation, est le chinois mandarin, mais c'est le taïwanais qui constitue véritablement le cœur et l'âme de l'identité formosane.
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Parlons taiwanais
























© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56513-5
EAN : 978229656135






Parlons taiwanais

















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Collection dirigée par Michel Malherbe

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2009.
Parlons shanghaïen, Feng LI, 2009.
?
On n’habite pas un pays, on habite une langue.
Une patrie, c’est cela et rien d’autre.

Emil Michel Cioran, Aveux et anathèmes, 1987
Carte de l’archipel de Taiwan


REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier toutes les personnes qui, d’une façon
ou d’une autre, ont contribué à la réalisation de ce livre, à
savoir :
Huang Fanyu ( ), pour sa précieuse collaboration
concernant les traductions chinoises et la maquette de la
couverture.
Les prêtres missionaires de la Société des Missions
Etrangères de Paris (MEP) basés à Taiwan et tout
particulièrement les pères Yves MOAL et Jean-Pierre
RICHARD, tous deux locuteurs du taiwanais, qui m’ont
guidé lors de mes premiers pas dans l’île et beaucoup appris
sur la culture insulaire.
M. Michel MALHERBE, directeur de la Collection
Parlons… pour sa patience, sa sympathie et son travail de
relecture et de correction attentives.
Les Editions l’Harmattan, qui pour la troisième fois
consécutive me permettent de faire connaître une langue de
Taiwan à des lecteurs francophones.
Mes amis et mes proches à Taiwan et en France pour leur
soutien perpétuel et leurs encouragements.
Et surtout, un grand merci au peuple taiwanais qui
m’accueille depuis près de cinq ans et à qui je dédie tout
naturellement ce livre.
Enfin, que le lecteur veuille bien excuser les probables
lacunes ou inexactitudes que pourrait comporter ce travail.







nk8]f?
AVANT-PROPOS

La population mondiale a récemment passé le cap des 7
milliards d’habitants. Ainsi, le nombre d’humains
augmente en même temps que leur monde se standardise et
s’uniformise toujours davantage. Cette homogénéisation
destructrice ne se fait pas seulement au détriment des
ressources naturelles mais également des ressources
culturelles. Il est donc vital de prendre conscience que la
pluralité et la diversité des cultures orales, aujourd’hui
sacrifiées sur l’autel d’un développement effrénée et
aveugle, constituent une extraordinaire richesse pour
l’espèce humaine.
Dans un monde de plus en plus globalisé, il est donc
dans l’intérêt de chacun d’élargir son horizon en se dotant
d’une meilleure compréhension des autres peuples et
cultures, en voyageant notamment mais aussi, la langue
étant la racine de toute culture, en s’initiant à une langue
étrangère.
Entreprendre l’étude d’une langue différente de la
sienne est en soi une initiative des plus fabuleuses, une
merveilleuse aventure qui permet de savoir comment les
autres pensent le monde et appréhendent la vie. Ce n’est
certes pas chose facile et on ne parle pas couramment une
langue du jour au lendemain mais ce problème n’est
aucunement insurmontable. L’approfondissement d’une
langue doit être progressif.
Avant de pouvoir communiquer avec quelqu’un dont on
ne parle pas la même langue, il est évidemment
indispensable de connaître au préalable les bases
fondamentales de l’idiome de son interlocuteur.
De nos jours, pour ce qui est du chinois mandarin ou du
japonais par exemple, les sources d’informations sont
innombrables. Les méthodes d'auto-apprentissage et autres
guides de conversations abondent sur le marché et ont tous
grandement facilité l’accessibilité de ces langues au grand
public. A l’heure d’Internet, on peut même s’avancer à dire
qu’il n’a jamais été aussi facile d’apprendre une langue
étrangère tellement la documentation y est abondante.
Cependant, il est des langues moins accessibles à un
public francophone étant donné la rareté des outils et des
publications en français sur celles-ci. C’est le cas par
exemple pour la langue taiwanaise dont traite le livre que
vous tenez entre les mains, la plupart des études
linguistiques la concernant étant presque exclusivement en
chinois, en japonais ou en anglais.
Par conséquent, cette méthode est une des premières du
genre rédigée dans la langue de Molière et est destinée aussi
bien à ceux qui possèdent des rudiments de chinois et
désirent s’initier au taiwanais qu’à ceux n’ayant aucune
connaissance de ces deux dernières langues. Articulée en
plusieurs parties, elle permet de saisir clairement les
notions de base de la prononciation et de la grammaire
taiwanaise et propose une traduction en alphabet latin et
son équivalent en caractères chinois complétés parfois par
une traduction mot à mot. Une deuxième partie propose de
nombreuses phrases utilisées dans la conversation courante
puis le chapitre suivant se présente sous la forme d’un
abécédaire consacré à la culture taiwanaise. Enfin, deux
lexiques contenant le vocabulaire essentiel de la langue
closent cet ouvrage.
En espérant que pour vous, le taiwanais ne soit bientôt
plus du chinois, je vous souhaite une bonne lecture !







10

INTRODUCTION

Géographie
2 Avec ses 36.000km de superficie, Taiwan est une île
relativement petite mais très densément peuplée. Elle est
située géographiquement au sud-est de l’immense
continent chinois, entre le Japon au nord et les Philippines
au sud.
Avec la Chine, la Mongolie, le Japon et les deux Corées,
Taiwan fait partie de l’asie du Nord-Est, plus connu chez
nous comme Extrême-Orient.
Le pays étant en grande partie montagneux, la
population se concentre surtout dans les plaines qui
représentent à peine 30% de la superficie totale de l’île.
L’ouest de l’île est la région la plus densément peuplée à
savoir les grandes plaines alluviales de Jianan ( )
et de Pingtung ( +?7.#G ) au sud et les bassins de
Taichung ( ) au centre et de Taipei ( ) au
nord. La côte orientale, quant à elle, est un Taiwan
beaucoup moins industrialisé dont la population se
regroupe principalement dans la plaine de Yilan ( )
et la vallée du rift oriental ( RY7M?[? ) entre Hualien et
Taitung. Le territoire comprend plus de 1500 km de côtes.
Cinq chaînes de montagnes traversent longitudinalement le
territoire. L’immense ensemble que constitue la chaîne de
montagne centrale ( ?(?,P? ) englobe les chaînes du
Yushan ( ) et de Alishan ( ) au sud et
de Xueshan ( ) au nord et comprend les principaux
parc nationaux de l’île. Ces reliefs comptent de nombreux
sommets dépassant les 3500 m d’altitude, notamment le
Xueshan ( ), le Nanhudashan ( ), le Guanshan
( e?, ) ou encore le Qilaishan ( (?S?, ). Mais le point


f?,,P?e?at,,P?C1,,P?%?"?.#G"?=?(?,#??Fn&?U?f%.#G
f?,
Q?"?Fn&?culminant de l’île reste le Mont de jade ( ) avec ses
3952 mètres d’altitude.
Enfin, à l’est, le long de la côte pacifique s’étend une
longue cordillère littorale (Dongbu hai’an shanmai
). Son point culminant, le mont Xingang ( )
atteint à peine 1682 mètres d’altitude.

Climat
Située sur le tropique du Cancer ("?_?; M? ), l’île de
Taiwan jouit d’un climat subtropical au nord et tropical au
sud. Les étés sont longs et caniculaires tandis que les hivers
sont courts et plutôt doux.
L’été, chaud et humide, commence en mai et finit vers
octobre. A cette période, le taux d’humidité atteint une
moyenne de 80% et les températures moyennes en plaine
s’échelonnent entre 25 et 30 degrés. La saison sèche s’étale
de novembre à février. En plaine, les températures
hivernales ne sont jamais négatives (environ 14 degrés en
janvier) mais l’humidité ambiante contribue grandement à
rafraîchir le climat. En haute montagne, sur les reliefs les
plus élevés, il n’est pas rare qu’il neige en hiver.
Il pleut souvent mais les précipitations se concentrent
surtout en été et dans les régions septentrionales de l’île. La
saison de pluie des prunes ( 8-f? ) en mai/juin apporte
beaucoup de précipitations. Il tombe en moyenne 2500mm
de pluie par an, ce qui permet aux insulaires de procéder
annuellement à deux ou trois récoltes de riz.
Enfin, les mois d’été, Taiwan est régulièrement balayé
par de violents typhons.

Population et démographie
Plus de 23 millions d'habitants peuplent l’île et la densité
moyenne de population est l’une des plus fortes du globe
2(plus de 600 habitants au km ).
12

,`,P?5X=?,C1,7`?=La population insulaire est relativement homogène car
composée en majorité de descendants de Han de langue
chinoise (97%). On distingue quatre principaux groupes
ethnolinguistiques ( ) :
— Les Min du Sud (B n-l m-l ng ) ou Hoklo
(Hoh-ló-l ng I7b ) représentent le plus grand groupe
ethnique de l'île et constituent plus de 70% de la population
totale. Leurs ancêtres, venus du sud de la rivière Min, dans
la province chinoise du Fujian, auraient émigré à Taiwan
ème dès le XVII siècle. À l’instar des Hakka, ils sont
considérés comme les Taiwanais dits de souche
(pún-tó-l ng 6?&?b ou pún-xíng-l ng 6?F?b qui
signifient les hommes de cette terre) et portent la
dénomination de patates douces (han-q T?UW ), ils
représentent plus de 80% de la population de l’île.
— Les Hakka (Keh-l ng ), eux aussi d’ethnie han,
sont principalement originaires de la province du
Guangdong. Ils font partie de la première vague de
migrants continentaux à avoir traversé le détroit pour
ème
s’installer à Taiwan au XIII siècle. Ils compteraient pour
plus de 10% de la population insulaire.
— Les continentaux (g a-xíng-l ng (?F?b ou
g a-t -l ng (?&?b ), qui sont arrivés avec le
gouvernement nationaliste du Guomindang après que les
communistes ont pris le contrôle du continent en 1949. Ils
sont désignés par le terme taro ( -á ) et représentent
moins de 15% de la population totale.
— Les aborigènes (G an-c -b n N+? ),
culturellement et racialement distincts des trois autres
groupes, représentent moins d’un demi-million de
personnes soit seulement 2% de la population taiwanaise.
Il faut savoir que les Chinois Han n’ont pas toujours été
ème majoritaires sur l’île. Au XVII siècle, l’île était encore
peuplée en majorité d’aborigènes. À l’arrivée des
13

???K?R3|???eQ"?b????
&??(?5wOLHollandais en 1624, le nombre de Chinois Han vivant dans
l’île n’excédait pas le millier de personnes. Lorsque
Koxinga débarqua à Taiwan quarante ans plus tard,
plusieurs dizaines de milliers de Chinois peuplaient déjà
l’île. En 1680, on n’en comptait pas moins de 100 000.
èmeAu début du XIX siècle, la population chinoise de
l’île atteignait les deux millions de personnes. Un siècle
plus tard, en 1901, les Japonais recensèrent plus de trois
millions de Chinois à Taiwan alors que le chiffre de la
population aborigène excédait à peine plus de 100 000
habitants. La population insulaire aurait doublé durant
l’occupation nippone de l’île. Ainsi, elle atteignait plus de
six millions de personnes à l’arrivée des soldats
nationalistes dans les années cinquante. Dès lors, la
population chinoise de Taiwan ne va pas cesser
d’augmenter jusqu’à aujourd’hui pour atteindre plus de
vingt millions d’âmes. En cinquante ans, la population
insulaire a donc plus que triplé.

Les langues
Le chinois mandarin (Kok-gí ) reste la seule langue
officielle de Taiwan. Cette dernière langue est la première
au monde, un terrien sur quatre la parlant.
Sous le régime de Tchang kaï-chek, parler une autre
langue que le mandarin était formellement interdit et même
durement puni. Certes, l’établissement par le Guomindang
du mandarin comme langue unique a constitué un excellent
moyen de communication intercommunautaire mais cela
s’est fait au détriment des différentes identités insulaires.
Les autres dialectes régionaux comprennent le taiwanais
et le hakka (Keh- e +JZ ). Depuis la levée de la loi
martiale en 1987, les Taiwanais sont libres de parler leur
langue natale sans risque de finir en prison.
De nos jours, une grande partie des adultes et des
personnes âgées à travers l’île s’expriment en taiwanais ou
14

?&?ZFen hakka y compris les hommes politiques. Il y a eu en effet
ces dernières décennies de nombreuses réformes
linguistiques et par la même occasion un grand regain
d’intérêt pour ces langues locales, auxquelles s’identifient
entièrement de nombreux Taiwanais de souche. En 2001,
l’enseignement obligatoire de ces langues a même été établi
dans les écoles primaires par l’ancien président Chen
Shui-bian mais celles-ci restent toutefois mieux comprises
que correctement parlées par les jeunes générations. D’une
manière générale, on trouve davantage de locuteurs du
taiwanais dans les régions rurales et le sud du pays et il
s’agit de personnes d’un certain âge tandis que le mandarin
est plus parlé en milieu urbain par les jeunes en majorité,
notamment dans la capitale. Dans l'inconscient collectif, le
taiwanais véhicule une image plus virile et masculine que le
mandarin et on peut dire que beaucoup de jeunes « parlent
en chinois mandarin et jurent en taiwanais ».
En période d’élections, très fréquentes à Taiwan, les
candidats utilisent davantage la langue taiwanaise que celle
de Pékin.
Anecdote intéressante : dans le métro des grandes villes
et le train, les stations sont annoncées non seulement en
mandarin mais aussi en taiwanais, en hakka et en anglais.
Dans les régions de Hualien et de Taitung, fief de la tribu
amis, il n’est pas rare d’entendre les annonces dans la
langue de cette dernière tribu à l’intérieur des gares.
Il existe en effet plus d’une dizaine de langues
aborigènes encore parlées à travers l’île. Elles
appartiennent toutes à la famille austronésienne. Si les
vieux aborigènes pratiquent encore leur langue maternelle,
celle-ci est de moins en moins familière aux nouvelles
générations, qui parlent souvent à leurs parents en
mandarin uniquement.
Avant que le mandarin ne soit décrété langue d’État par
le gouvernement nationaliste, la plupart des insulaires
15
parlaient principalement le taiwanais ou le japonais. Il n’est
pas rare d’apercevoir encore des personnes âgées parlant
mieux ces deux langues que le mandarin voire qui ne savent
pas du tout parler mandarin. Aujourd’hui, les lycéens qui
apprennent une deuxième langue étrangère choisissent
d'abord le japonais.
L’anglais enfin, a beau avoir une place de plus en plus
importante dans la société taiwanaise et être la principale
langue étrangère parlée, le taux de personnes la parlant de
manière courante est cependant très bas. Les Taiwanais
semblent éprouver une grande difficulté à lire les lettres
latines. Toutefois, dans la vie courante ou lorsqu’ils
apprennent des langues étrangères, les Taiwanais aiment
prendre un prénom étranger, le plus souvent anglais.



Femme aborigène taroko arborant un tatouage facial. (East Asia
Image Collection)

16
PREMIÈRE PARTIE
DESCRIPTION DE LA LANGUE


Qu’est-ce que le taiwanais ?
A l’instar du shanghaien, du hakka ou encore du
cantonais, le taiwanais (T i- an- e ou T i-gí )
est une langue chinoise appartenant à la famille des langues
sino-tibétaines. Elle est parlée par environ 15 millions de
personnes à travers l’île de Taiwan soit près des trois quarts
de la population totale insulaire et constitue ainsi la seconde
langue majoritaire après le mandarin. Un autre terme pour
désigner ce langage est hokkien taiwanais (en taiwanais
T i- an b n-l m-gú ). On trouve encore holo
(Hoh-ló- e I7Z ). B n ( ) est un autre nom pour
désigner la province du Fujian alors que l m signifie sud en
taiwanais. Littéralement, b n-l m-gú ( eQ"?ZF ) signifie
donc la langue qui est parlée dans le sud du Fujian. En
chinois, cette langue se dit minnan.
Le minnan, dont est originaire le taiwanais, est parlé par
près de cinquante millions de personnes à travers le monde,
non seulement en Chine (dans les provinces du Fujian, du
Guangdong, dans le sud des provinces du Zhejiang et du
Jiangxi et dans l’île de Hainan mais aussi à Hong Kong,
Singapour, Brunei, en Indonésie, aux Philippines, en
Malaisie et en Thaïlande. Par ailleurs, les origines de cette
langue remonteraient à des temps encore plus anciens que
le mandarin.
Le taiwanais parlé à Taiwan est une variante du minnan,
langue importée par les premiers colons chinois, ancêtres
des Taiwanais qui, en proie à des persécutions dans le sud
du Fujian, vinrent se réfugier de l’autre côté du détroit. La
plupart des Taiwanais de souche ont pour ancêtres des


eQ?#?@Z#?ZF?K#?@eQ"?ZF??migrants fujianais originaires pour la plupart des régions de
Zhangzhou ( ) et Quanzhou ( ).
L’accent de Zhangzhou (l i-p -kiu !`?P? ) se
retrouve dans le taiwanais parlé par les populations de
l’intérieur de Taiwan comme celles du bassin de Taichung,
de Changhua ou de Chiayi mais c’est à Yilan qu’il est le
plus semblable.
Quant à l’accent de Quanzhou (hái-káo-kiu ),
on le retrouve surtout à Lugang et plus largement chez les
habitants des régions côtières notamment celles de Penghu.
Le taiwanais parlé dans le bassin de Taipei et la région
de Hsinchu est très similaire au dialecte de Xiamen ( ),
connu autrefois sous le nom d’Amoy alors que celui parlé
dans le sud, à savoir dans les régions de Tainan, Kaohsiung
et Taitung est un taiwanais standard (tong-h ng-kiu
).

Écriture et prononciation
Le taiwanais utilise un même système de caractères
monosyllabiques que les autres langues chinoises.
Cependant, ce sont les caractères du chinois classique qui
sont utilisés à Taiwan (tout comme à Hong Kong) et non
l’écriture simplifiée en usage sur le continent. Bien que de
nombreux caractères soient semblables à ceux utilisés pour
le mandarin, une multitude d’autres symboles iconiques
sont propres à la langue taiwanaise.
En revanche, la langue orale diffère complètement.
Ainsi, un locuteur du taiwanais peut lire les mêmes
caractères et communiquer à l’écrit avec une personne
parlant le mandarin mais ces deux personnes seront en
revanche incapables de se comprendre mutuellement s’ils
emploient leurs langues respectives à l’oral.
Le taiwanais n’a pas une longue tradition écrite. Il faudra
èmeattendre le XIX siècle pour que des missionnaires
18

?_?W?.pe(?66?P?>?-??6
=#?P?
<q-?presbytériens transcrivent la langue taiwanaise parlée en
alphabet latin. Cette orthographe latine a pour nom
peh- e-r ( ) et sera suivie par de plusieurs autres
systèmes de romanisation comme le T i-gí tong-i ng
ping-im ( ).
Notons que le système de romanisation utilisé dans ces
pages par l’auteur est une transcription phonétique
personnelle assez proche du peh- e-r .

Les voyelles
La voyelle a se prononce comme dans le mot papa.
Le e se prononce è comme dans le mot mère.
La voyelle i a deux prononciations différentes. S’il est
seul ou suivi par un arrêt glotal h, le i est long et se
prononce comme dans le mot chiisme. Si en revanche la
voyelle est suivie par d’autres consonnes que le h, elle se
prononce comme un i simple comme dans le mot vie.
La lettre o a elle aussi deux prononciations distinctes. La
voyelle sera longue comme dans le mot zoo si elle est
utilisée seule ou suivi d’un h ou bien alors prononcée
comme un o français (comme pour mot) si d’autres
consonnes la suivent.
Enfin le u se lit ou comme dans le mot doux.
L’exposant placé après une voyelle indique que sa
prononciation doit être nasale. (ex : a )
Diphtongues
ai se prononce comme dans le mot français travail.
ao comme dans le mot Macao.
ia comme dans le mot hiatus.
ioot bio.
iu comme dans le mot caillou.
ua commot couard.
ue comme dans le mot vouer.
ui comme dans le mot ouïe.

19

??KF%Z*??6?6K?
#?ZF_?D?2?g?Triphtongues
iao se prononce comme le mot dans niaouli.
uai comme dans le mot gouaille.

Les consonnes
Les consonnes b, k, l, m, n, p, s, et t se prononcent
comme leur équivalent en français.
Le c se prononce ts comme dans le mot tsigane.
La lettre g se prononce comme dans le mot gorille et le g
doublé d’un u se prononce gu comme dans le mot
Guatemala.
Le h est fortement aspiré et se lit comme un r dur
comme dans le mot route.
La consonne double ng est nasale et correspond au son
ng dans le nom Tanguy. Elle se retrouve souvent dans les
terminaisons ang, ing et ong.
Le q se lit tch comme dans le mot Tchad.
La lettre r est prononcée j comme dans le mot jupe.
Le x, fortement aspiré, se prononce ch comme dans
Chine.
Les syllabes consistent au maximum en une consonne
initiale, une voyelle, une console finale et un ton.
Exemple : personne, individu l/ /ng ( )

Les tirets indiquent qu’il s’agit d’une seule et même
syllabe.
Exemple : Ombre l ng-iá ( )

Les tons
Le taiwanais est, tout comme le mandarin, une langue
tonale. Le sens d’un mot dépend donc de l’intonation tonale
employée pour le prononcer. Alors que la grammaire
s’avère beaucoup plus simple que celles des langues de
Molière ou de Shakespeare, les tons constituent cependant
l’un des aspects les plus complexes pour les apprenants de
20

6?b
b/la langue taiwanaise. De plus, le taiwanais n’en compte pas
moins de 8 au total !
Les tons se distinguent par l’ajout de signes tonaux.

Les tons et leurs signes
ton signe description
tonal
er1 haut et plat, non accentué a
ème2 á haut et tombant
ème3 à bas et tombant
ème4 ah / ak bas et court, toujours suivi par les
ap / at consonnes h, k, p ou t
ème5 bas et montant
ème6 á identique au second ton
ème7 bas et plat
ème8 ah / ak haut et court, toujours suivi par les
ap / at consonnes h, k, p ou t

Une même syllabe prononcée avec une intonation
différente peut donc avoir plusieurs sens :
syllabe caractère chinois traduction française
bé / cheval / acheter
b tenter, charmer
b / vendre / ne pas…
beh blé
bek silence


Grammaire

Particularités de la langue
A l’opposé des difficultés liées à l’écriture
idéographique et à la phonétique, la grammaire du
21

nM?_??KKK\_KK?\?iTKn?taiwanais demeure assez simple et très proche de celle des
autres langues chinoises (mandarin, cantonais, hakka…)
Les noms sont invariables, il n’y a pas d’articles un, une,
le, la ni de distinction féminin / singulier ou de pluriel.

Exemples :
niao-á ( ) peut signifier un chat, le chat, les chats ou
encore des chats.
C’est seulement d’après le contexte ou par l’ajout d’une
particule que l’on peut déterminer si un nom est singulier
ou pluriel.

Exemple :
mon chat est très mignon
gúa- niao-á qin kó-cui ( )
(mon / chat / très / mignon)
donne au pluriel :
mes chats sont tous très mignons
gúa- niao-á lóng qin kó-cui ( )
(mes / chats / tous / très / mignons)

Construction des phrases
Dans une phrase taiwanaise, l’ordre de base des mots est
généralement le même qu’en français, à savoir : sujet +
verbe + complément

Exemples :
j’écoute de la musique gúa tia im-gak ( )
(je / écouter / musique)
vous lisez un livre lín kùa -ceh ( )
(vous / regarder / livre)
nous regardons la télévision gúan kuà ti n-x
( ) (nous / regarder / télévision)


22

66K?e?0?F?f?Y>?61?P%g?9?1?F,\;|F?#?b???/?F?!2??
1?F,\;|4?F?#?b?
\;|Le verbe
Les verbes taiwanais sont invariables et ne se conjuguent
pas comme leurs homologues français. Il n’y a pas de
formes verbales telles que l’infinitif, les participes ou
encore le gérondif. Il n’y a pas non plus d’accord avec le
sujet, ni en genre ni en nombre. On a une forme verbale
unique que l’on utilise pour toutes les personnes et tous les
temps. Enfin, le verbe peut être composé d’une seule
syllabe ou bien être bisyllabique.

Exemples :
manger qiah ( )
prendre un repas qiah-png ( )
(manger / riz)
je mange gúa qiah ( )
je mange des nouilles h m ( )
(je / manger / nouilles)
il mange du tofu i qiah t o-h ( )
(il / manger / tofu)
boire lim ( )
boire de l’eau lim-cúi ( ) (boire / eau)
boire du thé lim-t ( ) (boire / thé)
je bois gúa lim ( )/(je / boire)
je bois de l’eau gúa lim-cúi ( )
(je / boire /eau)
nous buvons de l’alcool gúan lim-qiú ( )
(nous / boire / alcool)

Auxiliaires être et avoir
Quand il s’agit d’indiquer un état, l’auxiliaire être se
traduit par le mot x ( ).
Exemples :
elle est française i x huat-kok-l ng ( )
(elle / être / française)
23

?$?R??K$?1?h?1?$?;???h?[?P?h??K?K5?h?h??CK?5?<}&?be?$?`?K1?h?n]
1?$?
$?;?il est étudiant i x hak-xing ( )
aujourd’hui, c’est lundi kin-á-r t x pài-it
( )
(aujourd’hui / être / lundi)
la fleur est rouge hue x ng- ( )
(fleur / être / rouge / particule )

Dans certains cas, le verbe être peut être omis devant des
adjectifs et remplacé par des adverbes superlatifs comme
très (qin ) ou trop (xiu ) par exemple.
Exemples :
je suis très occupé gúa qin b - ng ( )
(je / très / pas de temps libre)
la montagne est haute sua qin ko ( )
(montagne / très / haute)
c’est vraiment bon ! qit- qin hó-qiah !
( )
(ceci / très / bon à manger)
vous êtes trop poli ! lí xiu keh-kì ! ( )
(vous / trop / poli)

Être dans le sens de se trouver, se situer se dit t ( ).
Exemples :
il est chez lui i t cù lí ( )
(il / se trouver / maison / dedans)
je suis à Tainan gúa t T i-l m ( )
(je / se trouver / Tainan)
ta place est ici lí i t qia ( )
(ta / place / se trouver / ici)
où est…, où se trouve…? … t -tó- i ? (… )
(se trouver / où)


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