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Parlons talysh

De
127 pages
Les Talysh vivent aux confins de l'Iran et de l'Azerbaïdjan. Ce peuple de langue indo-européenne apparentée au farsi vit dans des conditions culturelles différentes dans les deus pays. En Iran, où ils sont plus de 100 000, leur langue n'est pas enseignée et seul le farsi est officiel. En Azerbaïdjan, des efforts sont faits depuis l'indépendance pour la promouvoir. Le lecteur sera intéressé par les spécificités linguistiques et culturelles que le peuple talysh a su préserver au long des siècles.
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Parlons talysh

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Irada PIRIYEVA

Parlons talysh

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13578-9 EAN : 9782296135789

Introduction
Les Talysh sont un peuple qui vit de part et d’autre de la frontière entre l’Iran et l’Azerbaïdjan. La langue, l’emplacement géographique depuis l’antiquité, les montagnes et les forêts où s’est installé ce peuple est désigné par l’épithète talysh/tolış. On trouve les Talysh dans le Sud de l'Azerbaïdjan, le long de la frontière iranienne, principalement dans les régions de Lenkoran/Lankon, Astara/Ostoro, Lerik/Lik et Massalli/Masalli. La frontière coupe en deux leur habitat traditionnel, qui se poursuit en Iran, le long de la côte Sud de la mer Caspienne. Jusqu'à la fin de l’Union soviétique (1991), il n'y avait aucune communication frontalière et donc le talysh a évolué dans deux directions distinctes. Une partie des Talysh de l'Azerbaïdjan vit dans les montagnes, où le climat est sec, et l’autre vit sur les basses terres côtières humides subtropicales, où elles s'étendent vers le Nord, sur le Mougan/Mığon (la plaine de Mougan) s’étend entre la rivière l’Araks et la partie Nord du massif Talysh jusqu’à la mer Caspienne. Au Sud et Sud-Est il rejoint la plaine de Lenkoran et la steppe de Salyan. La partie Sud-Ouest de la plaine de Mougan s’étend en Azerbaïdjan du Sud (Iran). Le nombre des locuteurs de talysh est difficile à déterminer. Peutêtre quelques centaines de milliers. Selon le recensement de 1926, il y avait 77.039 Talysh en Azerbaïdjan soviétique. En 1959, ils étaient considérés comme Azéris et on estimait à seulement 10.500 les Azerbaïdjnais ayant la talysh comme la langue maternelle. Les Talyshs ont subi une pression considérable de la part de l'administration de la République Soviétique d'Azerbaïdjan, dont le but était de regrouper toutes les minorités dans la république en un seul peuple azerbaïdjanais unifié. Cette politique a été relativement facile à appliquer pour les peuples musulmans, car ils étaient tout simplement présentés comme un sous-groupe ethnique azerbaïdjanais. Ceci est confirmé par la politique de recensement qui visait à effacer plusieurs minorités de langues différentes non enregistrées. C’est pour cette raison que les recensements de 1959 et suivants ne mentionnent pas les Talysh. Après l’indépendance de l’Azerbaïdjan la situation a changé positivement. Aujourdhui, le 7

Comité des Statistiques d’Etat de la République d’Azerbaïdjan en recense 76.800. En outre, selon les données de 1983, près de 100.000 Talysh vivent en Iran. (source : http://www.eki.ee/books/redbook/talysh.shtml). La langue talysh (tolishi) est étroitement apparentée au persan mais pas au point que l’intercompréhension soit possible. Elle appartient au groupe iranien des langues indo-européennes. Le parent linguistique le plus proche est le tati en Azerbaïdjan. Les Talyshs n'écrivent pas leur langue, mais si, dans le passé, l'alphabet arabe a été utilisé en cas de besoin, aujourd’hui on utilise l’alphabet Azerbaïdjanais de type latin. En Azerbaïdjan, l'école était en azéri, langue officielle du pays, (comme le farsi est la seule langue enseignée en Iran). En 1930-1937 la langue talysh a été étudiée à l’école dans les quatre régions du sud de l’Azerbaïdjan (Lerik, Lenkoran, Astara et Massalli). Mais un peu plus tard les professeurs enseignant la langue et les auteurs des livres ont été victimes de la répression stalinienne. Le 20 mai 1931 a commencé la publication du journal ‘Sıə tolış’ (“Talysh rouge”) en deux langues, azéri (en azéri sous le nom “Qızıl talysh”) et talysh. Mais à partir de 1937 le journal n’a plus été publié qu’en azéri. Depuis l’indépendance de l’Azerbaïdjan, on enseigne de nouveau le talysh à l’école primaire. Tous les Talyshs en Azerbaïdjan sont donc pratiquement bilingues. En Iran, les écoles des territoires talysh ne pratiquent que le persan, langue officielle, mais dans les méderasas (écoles coraniques), on emploie le talysh, le persan et l’arabe. La région habitée par les Talysh se distingue par la diversité climatique résultant des trois chaînes de montagnes parallèles qui la traverse : le Talysh, le Peshtasar, et l’Alashar-Burovor. La plus grande quantité de pluie qui tombe dans les montagnes permet de bénéficier d’un paysage bien boisé. Un réseau très dense de rivières traverse la région, et les sols jaunes sont favorables à la culture des plantes sub-tropicales. La partie iranienne, en général moins montagneuse, a un climat plus chaud et plus aride. La partie Sud-Ouest de la côte de la mer Caspienne, en Iran, est couverte de 12.000 hectares de forêts denses riches de nombreuses essences d'arbres dont le chêne, le hêtre, l’érable, le tilleul, le platane et le noisetier.

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Le mode de vie des Talysh varie considérablement en raison des différences d’environnement. Toutefois, quelle que soit la région dans laquelle ils vivent, la majorité des Talysh sont des agriculteurs. Dans certaines régions, le riz est la culture principale, dans d'autres, c’est le blé et l'orge. Cependant tous les Talysh ne sont pas agriculteurs. Certains sont des artisans qualifiés. Leur artisanat repose surtout sur la soie et les tapis. Certains travaillent l'étain, fabriquent des chaussures, des bijoux et aussi des outils en bois. Les habitants de la partie montagneuse élèvent du bétail. Etudes de la langue Les livres écrits et les textes concernant le talysh ne sont pas nombreux. La culture autochtone est limitée surtout au folklore. Toutefois aujourd’hui les chercheurs commencent à porter de l’intérêt à cette ancienne région et à sa langue. L’histoire de l’étude de la langue talysh a commencé dans la première moitié du XIXème siècle. Parmi les premiers chercheurs, on trouve des Russes comme A. Xodzko, I.N. Berezin, P.F. Riss, B.A. Dorn et aussi les chercheurs occidentaux tels que W. Geiger, J. de Morgan etc. Jacques de Morgan, l’archéologue français, auteur de l’ouvrage remarquable “Mission scientifique en Perse” en cinq volumes a décrit les dialectes perses dans le cinquième volume consacré aux études linguistiques. Il porte le titre “Dialectes kurdes. Langues et dialectes du Nord de la Perse”. Dans ce livre, Jacques de Morgan a consacré deux chapitres à la langue talysh en donnant le lexique en dialecte de Lenkoran, de Kergan-Roud (Kağanrud) et la conjugaison des verbes (pages 261-288). Il a ajouté aussi des textes en talysh avec l’alphabet arabe. La grammaire talysh a été étudiée aussi par Miller B.V, linguiste russe (1953), en se basant sur le dialecte du Nord. Le linguiste est arrivé à Lenkoran, village de Veravoul pour étudier l’origine de la langue. Dans son livre « Талышский язык” (La langue talysh) B.V. Miller expose l’histoire de l’étude de la langue talysh. C’est le premier travail scientifique où la structure de la langue talysh est décrite en détail, ainsi que son système phonétique, sa morphologie et sa syntaxe. Les travaux de Miller se sont poursuivis plus tard grâce à Liya Aleksandrovna Pireyko, l’auteur du ‘Dictionnaire talysh-russe’. Ce livre a été publié en 1976 à Moscou. En 1978-

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1979 le dialecte du Sud a été étudié par Lazar G. sur la base de la variété de Massul, près de la ville de Rasht. Etant un pays multinational, l’Etat azéri a créé aujourd’hui des conditions pour les minorités afin qu’elles puissent développer leur langue et leur culture. La constitution de 1995 protège les droits des minorités. L’article 11 sur la « Culture » prévoit la protection et le développement de la culture nationale Azerbaïdjanaise et aussi celle des minorités ethniques. L’article de la loi du 7 octobre 1992, sur « l’Education », et l’article 3 de la loi sur « La langue d’Etat » donnent le droit à l’enseignement des langues des minorités. Aujourd’hui la langue talysh est enseignée à l’école primaire pendant quatre ans, des manuels sont publiés. Comme toutes les autres minorités les Talyshs ont créé leurs centres culturels, des théâtres et associations. Parmi eux, le groupe de danseuses et de chanteuses folkloriques “Bacılar” (les sœurs) créé en 1989 est très célébre. Au départ, le groupe comportait six sœurs. Plus tard les sœurs décédées ont été remplacées par d’autres membres de la famille (filles ou belles-filles). Aujourd’hui le groupe continue son activité dans la maison de la culture du village Separadi de Lenkoran et participe souvent aux évènements et fêtes du pays.

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