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Parlons tsigane

De
263 pages
Les Tsiganes ont apporté à l'Europe des pans entiers de notre civilisation et de notre culture. Ils ont contribué en particulier au renouvellement de la musique et à l'évolution des droits de l'homme. Voici enfin une description de la romani (la langue tsigane), une descendante directe du sanskrit, mais qui, depuis la diaspora des locuteurs, s'est débarrassée de toutes les complications inhérentes aux langues écrites pour aboutir à une rigueur et à une logique peu commune.
Voir plus Voir moins

En couverture: Le drapeau tsigane

. Rouge, COlnlne le sang versé lors des persécutions que nous avons subies au cours des siècles. Mais ici, comme dans l'art romano, rien n'est figé. Les couleurs bleu-veIt-rouge ne sont pas codifiées et les différents groupes qui const.ituent l'ethnie tsigane ont entièI~e latitude pour en choisir les nuances. QU,UItà la roue qui OllIe le centre du drapeau, sa signification varie selon les groupes: - pour les Tsiganes intégrés, presque tous sédentaires, elle représente la roue d'Ashok figurant au centre du drapeau de l'Inde - not.re lnère patrie -, sYlnbole de l'évolution permanente de l'hulnanité. La roue d'Ashok cOinporte vingt-quatre rayons, autant que d'heures dans lajoulllée ; - pour les Tsiganes nOlnades, elle représente la roue des anciennes roulottes et. peut cOlnporter un nombre variable de rayons: 6, 8, 12, 16, 18...

.Bleu, COlline les ciel et la mer,prairies, .Vert, comme le forêts et.les

PARLONS TSIGANE
Histoire, culture et langue du peuple tsigane

A Michel Mellherbe, e.xplorateur des lan.gues
(Ie I 'hU111an.Ï té, elvec 111{1reconnalSS{Jn.ce

et el celles et ceux qui ont contribué el la réCllisaJi()n. de cet ouvrage:

Arlette Boy(l Del1is Elel1 Elian.e
F{Jl111Y
Fl°aJ1çO;Se

Luc P;e17.e Sarah

Colleetioll "Parlons"
dirigée par Michel Malherbe

Déjà parus:
Parlons coréen, 1986, M. MALHERBE,O. TELLIER,CIIOE

JIJNG WI-IA. Parlolls hongrois, 1988, CAVALIEROS,M. MALlIERBE. ParloJ1s wolof, 1989, M. MALIIERBE, CIIEIKII SAtL. Parlorls rouI1Uli,1, 1991, G. FABRE. Parlons swahili, 1992, A. CROZON, A. POLOMACK. Parl()ns kinyarwan(la-kirunlli, 1992, E. GASARABWE. Parlolls Parlolls Parlol1s Parlons Parlolls Parlons (Jure/ou, 1993, M. ASLAM YOlJSIJF, M. MALIIERBE. estolliell, 1993, F. DE SIVERS. birl1lal1, 1993, M. H. CARDINAUl), YIN XIN MYINT. laD, 1994, C. NORINDR. bertgali, 1994, J. CLÉMENT(sous presse). pachto, 1994, L. DESSART(sous presse).

À paraître: Parlons mongol, lapon, turc, malgache, soninke, burushaski, hébreu, letton, kabyle, indonésien, telougou, ukrainien, guarani, polonais, etc.

pour le lexique @ CMtALLc.,ADu4
@ L'Harn1attan, 1994 ISBN: 2-7384-2624-7

Vania de GILA-KoCHANOWSKI
en c{}llaboratioll (lVeC Huguette
Tangu.y

PARLONS TSIGANE
Histoire, culture et langue du peuple tsigane

Editions .tHal.mattan 5-7t rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

LISTE D'ŒUVRES DE JAN KOCHANOWSKI VANIA DE GILA (nom du clan paternel de sa mère)
Histoire dynami(lue 1965 "The origins of the Gypsies", in UNESCO Features, n° 477. 1967 "Critère linguistique dans l'histoire dynamique", in Résumés des communications des Actes du IOè congrès international des linguistes, p. 189 et suiv , Bucarest. 1968 "Tsiganes noirs, Tsiganes blancs", in Diogène n° 63, Paris. 1974 "La caste originelle des Tsiganes d'Europe", in Vol. cOllunél11orat(f ugieniusz S iuszkie\-vicz, Varsovie. E 1977 "Occlusive + r et le Inot rom", in Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, n° LXXII, p. VII -IX. 1980 "Indian origin of the Roma" in ROMA, Institute of IndoRomani Studies, Chandigarh (Inde). 1984 "La romani e~l 'indo-aryen, Mythes et réalités", in Contrastes, n° 8, mai, p. 85 - 98 + bibliographie, Paris. 1990 "Migrations aryennes et indo-aryennes", in Diogène n° 149, Pat.is. Linguistique 1959 "Problèmes de la dérivation et de l'elnprunt en tsigane d'Europe", in Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, LIV, n° 1. 1963 "Phonologie du tsigane d'Europe" (Doctorat en linguistique et dialectologie rOlnani, in Gypsy Studies, 2 vol. 400 p. in 4-, NewDelhi. 1989 "Problems of the COInlnon Romani = Problems of an International Language" in Recueil des Actes du SynLposiunl international sur Langue et Culture rOlnane, Sarajevo (1986). Culture, Civilisation, Causes des persécutions des Ronlané Chavé 1974 "Hulnéu1 Rights and the ROluané Chave", in Indo-Asian Culture, New Delhi. 1983 "Causes et conséquences du nOluadislne des Tsiganes d'Europe", in Réunion d'experts sur l'étude de l'ethno-développenlent et de l'ethnocide en Europe, Karasjok (Norvège), lJNESCO Division des Droits de l'Holulne et de la Paix (SS-83/CONF.616/4 (a). 1992 ROlnano Atnlo "L'A,ne tsigane" (roman), un vol. 238 p. in Collection "Waroutcho", Editions Wallada, Châteauneuf-desMartigues.

6

SOMMAIRE
Cartes et tableau des migrations tsiganes Introduction
A v ant - pro po s . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

:9 13
1 5

Différents nOlns donnés aux Tsiganes
T ermi no 1 0 gi

25 31

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Quelques idées fausses sur les Tsiganes
PREMIÈRE HISTOIRE

PARTIE: L'IDENTITÉ DU PEUPLE TSIGANE

Migrations aryennes et indo-aryennes Exodes des Romané Chavé Exode des Sinti Exode des Rajputs Les Tsiganes en Europe au Moyen-Age

37 41 51 52

. .

An thr 0 po log i e ClJL TIJRE

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . .. .. .. . . .. . . . . . . . . . . . . . . . .. 5 5

. Danse . Musique . Culture profonde .Conception du Inonde .
Culture superficielle
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64 65 71
7 5

63

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Apport culturel des Romané Chavé à l'Europe LANCilJE La langue r0111ani Alphabet romano Grammaire de la langue romani

77 79 81 83 99
1 0 1

. Sub
Pr

.Noms propres . .
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Adjectifs

103

7

. .Prépositions . . .
Nombres Verbes Aspect Accentuation
IJes di alectes

106
106 107 125 126
.. .. .. .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . ..

phonologique morphologique L'unité lexicale de la romai en Europe La langue romani et le mythe de l'éternel nomade Parenté étroite de la romani et de l'indo-aryen La romani et la dumaki
TS I GANE

.Classification .Classification

ro mané. .. .. .. .. .. ..

130 133 135 136 139 142

129

CONCLUSION GÉNÉRALE SUR L'IDENTITÉ DU PEUPLE
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 145

DEUXIÈME PARTIE: L'AVENIR DE LA ROMANI

Projet pour la romani

. L'internationalisation la romani de . L'objectif projet du

~

149

Illustrations bilingues Conversations.
Prières

. .Socio-politiques .
CES.

150 155
159 160
166

168

RÉFÉREN

. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . .. . . . . .. 1 79

TROISIÈME

PARTIE:

LEXIQUE

Avertissement Lexique

187
. .. .. .. .. . . .. .. . . .. .. .. .. .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. 191

. romani

. français-romani

-français.

237

8

CARTES I)ES ROl\1ANÉ CHA VÉ ET TABI.JEAU SYNOI)l'IQUE DE I.JEURS EXODES I. CARTES DES MIGRA TIC)NS
Les cartes des Inigratiol1s des ROlnané Chavé à ptu"lir de leur patrie d'origine - l'Inde - illustrent le tahleau synoptique de celles-ci ( c.f. page 12). Aboutisselnent des deux exodes de l'Inde: 1er exode: Kshatriyas sindhiens ( 1110itiéùu 8e - tin du ge siècles). - 2ème exode : Ri~jputs ( fin du 12e - 1ère Illoitié du 13e siècles).

.
-

. Troisièlue

exode, à partir de l'Elnpirc bYZtUHinŒJnpire rOluain

d'Orient) des RUina, (Inoilié ou 14e siècle), des Sinti-Kalé et des Lé R(un entre les ISe et 16e siècles).

. Quatrième exode, à partir de l'Europe et dispersion dans le monde:
- des Sinti, Manush, Kalé (17e-18c siècles) - et des Lé ROln (1ge - 20 e siècles).

II. TABI-JEAlJ SYN()PTIQlJE

Ce tableau, couvrant 12 siècles de Inigratiol1set fixations:

- des - des

Kshatriyas sindhieus et des I{ajputs, depuis leurs exodes de ROIUiUléChavé, nés de leur fusion dans l'Elnpire byz,uuin, ct cautionné par les faits lin-

l'Inde,
est b,L~ésur les données historiques .

guistiques(*), principalclnelu:

- la deuxièlne
hongrois;

personne de l'aoriste, en -al (Sinti) et en -an (Rolna) ;

- la tr(U1sforlnatÎoll du -.';fluai en -x (spirante sourde) et du -s- intervocalique en -h (spirrulte sonore) dans les parlers de l'Empire austro- la palatnlisatÎon forcenée des occlusives dans les parlers druluhiens.

(*) cf. Jan Kochanowski, pp.52-118.

"Gypsy Sludies", Part. I., New Delhi, 1963,

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TABLEAU SYNOPTIQUE DES EXODES DES ROMANÉ CRA VÉ
PREMIER EXODE:KSHATRIY SSINDHIENS A DEUXI~ME EXODE:RAJPlTfS

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12

INTRODUCTION
Qui sont les Tsiganes? Des groupuscules de musiciens, de danseurs... de chaudronniers, de vaniers... ? Ou un peuple? Le premier chapitre répond à ces questions.
Partant de la définition qu'un Peuple est un groupement d'hom111es 11istoriquelnent constitué, ayant en commun des traits caractéristiques culturels, linguistiques et physiques relativement stables, qui a conscience de son unité et de sa différence vis-à-vis des autres Peuples, l'auteur: - reconstitue l'histoire du Peuple tsigane, malgré sa dispersion à travers l'Europe et les deux An1ériques ; - lève le voile sur les prétendues "éniglnes tsiganes", en délnontrant l'origine, les castes originelles, les dates et causes des exodes des Tsiganes à partir de leur prel11ière patrie: 1'1 nde. Le chapitre de la culture tsigane couvre la culture superficielle (danses, l11usiques, contes) et la culture profonde (fa111ille,conception du l11onde). Cette conception du monde
-

valeurs européennes: tolérance absolue, liberté, An10ur désintéressé... Indira Gandhi qui nous connaissait bien a déclaré durant le 2e Festival International romano à Chandigarh (Panjab) : "Vous êtes les 11leSsagersde la Paix".

la "religion" des Tsiganes" - repose sur nos anciennes

Dans le c11apitre consacré à la langue tsigane - la r0111ani -- l'étude CO * 111parati de celle-ci avec l'indo-aryen ve l110ntre d'une manière irréfutable que la romani est une langue indo-aryenne. Ceci confirlne la conclusion à laquelle avait abouti Friedrich Pott, un des grands c0111paratistes du XIXe siècle: la r0l11ani est un "parent de sang du noble
* La rOlnani, Inot félninin pm. exception aux habi tudes françaises, désigne la langue tsigane. l TnspécÜùiste ùe la langue rOlnm1Îest un réunnologue. 13

sanskrit". Comme personne ne conteste aujourd'hui que l'indo-aryen fasse partie des langues indo-européennes, la romani est donc bien, elle aussi, une langue indoeuropéenne. Dans le dernier chapitre, l'auteur expose les problèmes de la roma~i conlmune et l'urgente nécessité de son internationalisation, véritable obsession pour l'intelligentsia tsigane. Ce chapitre est illustré par un ensenlble de textes bilingues d'une grande diversité. Enfin, le lexique qui clôt le présent ouvrage marque l'étape de l'indianisation de la romani, c'est-à-dire, le relnplacelnent des mots lnanquant au vocabulaire courant de la romani, par les mots hindi.

Huguette TANGUY
Secrétaire général de "R0I11,{lnO Yekhi]Jé France" Plénipotentiaire de l'organisation 111,ondiale tsigane auprès de l'Unesco.

14

AVANT-PROPOS

J'appartiens au groupe des Tsiganes balto-slaves qui, jusqu'à la dernière guerre Inondiale, n'ont pas été persécutés et ont pu préserver leur langue, leur culture et leur histoire. Dès mon enfance, j'apprenais tous les 1110t.S difficiles de 111a langue comme le font tous les enfants du monde - Français, AlleIl1ands, Russes, Japonais... - Inot par Inot. Je ne 111e suis pas contenté d'écouter passivement les discussions de mes aînés - parents et amis - Inais je les ai bombardés de questions pour éclairer un point obscur de ce que j'entendais et ne cOlnprenais pas très bien... J'ai donc reçu une éducation romani solide que je confrontais continuellement avec ce que j'apprenais à l'école et, plus t.ard, au lycée, à l'Université, et durant mes contacts d'holnme lnûr avec les représentants de différents peuples et nations. C'est la raison pour laquelle, je n'ai jamais éprouvé de complexes à m'adresser aux spécialistes de tous les domaines des sciences de l'HoIl111le, com11le je le faisais dès Ill0n enfance avec Illes parents et alnis, ce qui m'a prodigieuseIllent aidé dans 11Ies recherches interdisci plinaires appliquées à l'histoire indo-ro111aniet, ensuite, aux llligrations indo -européennes.

NB : Les chiffres entre pru.enthèses renvoient aux références, page 179 et suivantes. 15

Néann1oins, loin de moi la pensée que les autres doivent 111e croire sur parole, nota1l1ment quand il s'agit d'élucider les "énignles" concernant les Tsiganes. J'en ai fait l'expérience après la publication du résultat de mes quatre années de recherches en Inde sur l'identité romani : - dans une revue de vulgarisation scientifique indienne; - dans les "Infornlations de l'UNESCO". Mon article tranchait avec tout ce qu'on colportait sur notre Peuple, mais je n'avais pas cru utile d'argumenter en détail chacune de mes assertions. J'ai eu tort car, aujourd'hui encore, on trouve des détracteurs de notre ethnie qui soutiennent que les Rom.ané Cl1avé (Tsiganes d'Europe) sont originellel11.ent des parias de J'Inde. C'est oublier notre apport à l'Europe du Moyen-Age sur le plan de la civilisation et de la culture, en particulier, notre grande contribution à l'évolution des Droits de l'Homme (1). Si l'Inde a accepté mon article sans une argumentation serrée de linguistique, d'anthropologie comparative et d'archives, c'est qu'elle était au courant de nIes recherches en étroite collaboration avec les savants indiens. En Europe, en revanche, certains "tsiganologues" me reprochaient de ne pas être historien, 111ais linguiste. Mêllle si à cette époque, je n'étais pas un historienarchiviste, j'étais déjà en Inde prollloteur de recherches interdisciplinaires appliquées à l'histoire. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, après un séjour de deux ans dans le cadre des échanges culturels franco-indiens, l'Inde In'a offert quatre ans supplémentaires pour l'implantation de ces ll1êmes recherches sur son territoire et In'a affilié à son Plan de Développen1ent (Section Méthodologie), en n1ettant à n1a disposition l'Université, et l'Arn1ée pour l'anthropologie des Rajputs. Ces faits nlontrent qu'il ne suffit pas de décrire l'histoire, la langue et la culture tsiganes; il faut les délnOlltrer. Personne ne contestera l'origine de la nation française (Gaulois, Romains, Francs, Norlnands...), n1ais, sans démonstration, il est impossible de croire qu'un Peuple actuelle111ent réduit à l'état de SOUs-11olnmes C0111nle nôtre descende de le la noblesse d'épée indienne. Et pourtant, si l'on transposait dans le passé l'état lnisérable des actuels Anléridiens, que saurions-nous des civilisations des Mayas et des Incas? C'est la raison pour laquelle chaque partie de cet ouvrage n'est pas une silnple description servant à forn1er des théories linguistiques" culturelles ou ethnologiques sur les Tsiganes, n1ais les concerne directen1ent.

16

Dans cette optique, j'aimerais rectifier ici deux légendes qui courent sur notre Peuple: -l'une, sur le n0111brede Tsiganes dans le monde; -l'autre, sur l'holocauste tsigane durant la dernière guerre 1l10ndiale. I. Il Y a actuellement environ 40 millions de Romané Chavé en Europe, 20 millions dans les deux Amériques et 25 millions de Roma-Banjara en Inde. Quelques explications s'ilnposent sur ces chiffres: Les 40 millions de Tsiganes vivant en Europe sont les descendants des deux exodes à partir de l'Inde * . - des Kshatriyas sindhiens (111oitiédu YIIle siècle - tIn du Ixe siècle) ; - des Rajputs (fin du XIIe siècle - 1ère 1110itiédu XIIIe siècle). Ensenlble, ils ont donné les R0111.ané Chavé, constituant le

.

Peuple

tsigane,

R0I11.11niCel.

A partir de l'Enlpire Byzantin, s'effectue la dispersion à travers l'Europe: - des ROlnané Chavé du Nord (vers la moitié du XIVe siècle) ; - des Romané Chavé du Sud (entre les xye et XYIe siècles ). En ce qui concerne les Tsiganes d'Europe, on peut adnlettre, très schénlatiquenlent, que: - 50 % sont intégrés, parfois depuis des siècles, dans leur pays respectifs; sédentarisés de force dans des conditions inad111issibles; - 20 % sont nOll1ades, sou111isaux tracasseries adlninistratives de tous genres.

- 30

CA)sont

selni-sédentaires ou sédentaires, dont certains

1) ParIl1i les Tsiganes intégrés, beaucoup taisent leur ethnie par peur d'un nouveau rejet. Deux exelnples récents Ille viennent à l'esprit: - celui d'un procureur yougoslave qui a vu avancer l'heur~ de sa retraite parce qu'il s'était déclaré Tsigane; - celui de la tille d'un écrivain tsigane français, secrétaire de direction d'une grande société, qui s'est trouvée licenciée - sous un fallacieux prétexte - pour avoir révélé son origine tsigane.
:I:

cf.T'ableau synoptique des exodes des ROlnané Chavé, p. 12.

17

En ce qui concerne l'appartenance à une ethnie, on peut d'ailleurs se demander si les Juifs intégrés, par exemple, disent tous qu'ils sont Juifs? Dans ces conditions, pourquoi les Tsiganes intégrés iraient-ils remettre en question leur insertion réussie dans les structures socio-politiques de leurs pays? Au surplus, leurs noms de famille ne SQnt pas différents de ceux de leurs conationaux : noms français en France, allemands en Allemagne, polonais en Pologne, etc... Pour toutes ces raisons, le nOlubre des Tsiganes intégrés est très difficile à cerner de façon précise, à l'intérieur de chaque pays. Mais, prenons trois exemples en Europe: - Avant d'être reconnus conlme appartenant à une minorité ethnique, les Tsiganes yougoslaves étaient dénombrés 84.713 en 1953 (2). Avec l'apparition des facilités culturelles (écoles, théâtre, médias. ..), voici le chiffre o.tficiel passé à 800.000, un an .

après!

- En Espagne, il y a deux ans à peine, les sources officielles ne mentionnaient que 250.000 Gitans. Du jour où l'Etat leur a donné la liberté d'expression culturelle, le chiffre - toujours o.fficiel - est passé très rapidenlent à 600.000. - Avec l'effondrement des réginles totalitaires dans les Pays de l'Est où les Tsiganes vivaient terrés, leur nonlbre officiel a triplé, voire quadruplé, notamnlent en Bulgarie et en Rouluanie qui, de tous temps, ont abrité d'importants rassemblements de Tsiganes.

2) En France, 40 à 45 % de la population sédentaire ou sédentarisée (parfois de force) que d'une 11abitation de fortune en bidonville on sait ce que valent les statistiques réalisées conditions de précarité.

tsigane senline disposent ou isolée. Or, dans de telles

3) La population tsigane nomade est plus facile à cerner du fait des obligations administrati ves auxquelles elle est souluise : carnet de circulation, titre de circulation, etc... Mais, en ce qui la concerne, on commet souvent l'erreur d'appliquer les chiffres de recensement à l'enselnble de la comnlunauté tsigane, alors que les nOluades ne constituent que la partie énlergée de l'iceberg tsigane. En France, par exenlple, ils ne représentent que 20 % des Tsiganes français. En Espagne, ils ont presque tous disparu.

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Les 20 millions de Tsiganes vivl1nt ell Alnérique du Nord et du Sud sont les descendants des Romané Chavé du 4èlne exode, à partir de l'Europe* : - les Sinti-Manush-Kalé (XVII-XVIIIe siècles), anciens galériens et imnligrés ; - Lé Ronl (XIx-xxe siècles), anciens esclaves roul1lains libérés par le Prince Ghika en 1855. En ce qui concerne l'Al1lérique du Sud, je voudrais citer le ténloignage de l'historien Conrad Bercovici (3) "... Il n'y a pas de famille brésilienne où l'on ne trouve un Tsigane et pas une fanlille Tsigane où l'on ne trouve un Brésilien". C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, les autres tsiganes de l'Amérique du Sud hésitent à se marier avec les Tsiganes brésiliens, trop l1létissés à leur goût, et c'est aussi la raison pour laquelle c'est au Brésil que l'on trouve le plus grand nombre de Tsiganes intégrés. Et voici un autre exemple, plus personnel: il y a une quarantaine d'années, pour payer Ines études universitaires à la Sorbonne, je faisais partie d'un enselllble tsigane, en tant que danseur de caractère. De cet ensenlble se détachaient le célèbre violoniste Yoshka Nemeth et les Dimitrievitch, dont une des soeurs - Val'a - était nlariée au Consul du Brésil en France.

.

. Les R0111.a-Bal1jara (Tsiganes

indiens) sont répartis dans

toute l'VIllon indienne; selon leurs représentants, ils seraient actuellelnent 25 l1lillions d'individus. Lors de filon prelllier séjour en Inde (1961-1967), tout en faisant l'anthropologie des Rajputs, j'ai rencontré à travers l'El1lpire indien des "Indian Gypsiestl qui, sur le plan racial, .nle senlblaient assez loin des Tsiganes d'Europe. C'étaient des nomades; or, je ne cesse de répéter depuis quarante ans que le llo111.adisI11e Tl'est ]J{/S un .fait ethnique, 11'I.aÏs un .fait sociologique. Sur les conseils de l1lon collègue anthropologue indien, je Ille suis donc rendu dans la région de Chittor, où je suis littéralenlent "tOlllbé dans les bras des Tsignanes". De tribu en tribu, j'ai alors fait connaissance avec les ROlllaBanjara et, chaque fois, j'incitais ceux qui vivaient encore en marginaux dans les déserts et les montagnes, à s'associer au développenlent de leur pays. Vingt ans après, lors de mon deuxièlue séjour en Inde (1985), j'ai constaté que l'Inde avait considérablenlent évolué dans tous les domaines. Les Banjara
* cf . Tableau synoptique des exodes des ROlnané Chavé, p.12.

19

ont suivi cette évolution et, à l'heure actuelle, ils possèdent de n0111breux collèges et institutions scientitiques, sociales et éducatives. Avec leurs cOInpatriotes, ils occupent des places au Parle111ent et dans tous les donlaines socio-politiques et scientifiques de l'Inde. * * * Qui parle encore la langue ronlani dans le monde? Pour reprendre l'exenlple du pourcentage de Juifs intégrés dans le monde revendiquant leur ethnie, je 111edemande quel linguiste juif peut aujourd'hui se per111ettred'avancer un chiffre - Inênle approximatif - correspondant au n0111brede sujets parlant le yiddish, en Europe et en Amérique? Donner un pourcentage de Tsiganes parlant la romani est tout aussi hasardeux. Mais ce qui est certain, c'est que tout Tsigane qui parle bien son dialecte peut correspondre avec les Tsiganes du Inonde entier. Seuls manquent à notre C0111prél1ension intercontinentale 40 % de mots Inodernes (scientifiques, techniques, philosophiques...) que nous e111pruntons, les uns et les autres, aux langues des pays où nous résidons. C'est ce qui explique l'intérêt de 1110nprojet sur "L'internationalisation de la rOlllani" exposé dans la deuxièlne partie de cet ouvrage. Ceci dit, voici deux exenlples récents de notre unité linguistique: Lors du Sénlinaire sur la scolarisation des enfants tsiganes qui s'est tenu à Aix-en-Provence (10-14 déce111bre 1990), le délégué tchécoslovaque ne parlait que la r0111aniet le tchèque. Aucune traduction sinlultanée n'étant prévue dans ces langues, je me suis proposé pour traduire le propos du conférencier tsigane et je ne puis que relater Inon énlotion d'avoir pu offrir à un public français les aspirations sociopolitiques d'un Tsigane tchèque, exprinlées dans Ina langue - la rOlllani. Le congrès 11londial qui s'est tenu à Varsovie (4-8 avril 1990) avait retenu comnle langues officielles la romani, le polonais et l'anglais. A la séance d'ouverture qui acueillait les personnalités de nombreux pays, les casques de traduction fonctionnaient (nlal d'ailleurs !). Mais, l'après-lnidi, entre Tsiganes appelés à débattre de leurs problènles dans le 111onde,la langue rOInani était la seule parlée. Bien évide111ment, je n'aftlrnlerai pas que les différents dialectes utilisés

.

.

2e)

aient été compris - dans leur totalité - par tous les congressistes. mais le n1essage d'ensemble est passé. Il faut dire que, pour la première fois, Tsiganes de l'Ouest, de l'Est, des All1ériques et de l'Inde étaient réunis sans trop de problèmes. Il n'y avait plus de Français, de Russes, de Polonais, d'AlleInands... mais des Tsiganes heureux de se retrouver et de comn1uniquer entre eux - dans leur langue. Et puis, au détour d'un couloir, un orchestre in1provisé se n1ettait en place, une guitare, un violon, une flûte, un hautbois ou un accordéon... et accouraient les danseurs attirés par ces rythInes millénaires. Un poète récitait ses oeuvres et, brusque111ent, c'était la fête tsigane où tout le nlonde s'inter. pellait... en ronlani. II. Après les chiffres des vivants, celui des Tsiganes morts durant la Deuxième Guerre mondiale. Si je téll10igne aujourd'hui que la "solution finale" pour les Tsiganes avait été envisagée par Hitler dès 1933 (cf. "Mein Kampf") et que ce plan 1110nstrueuxa débouché sur le génocide de 7.500.000 des nôtres, alors je me serai acquitté de Inon devoir pour que, dans 100 ans, voire 50 ans, toute cette page de l'histoire tsigane ne soit pas définitiven1ent enterrée. S'agissant d'un "holocauste" régulièrement oublié... ou volontairenlent occulté, son évaluation l1lérite quelques explications. Avant la guerre, il y avait approxinlativell1ent 25 ll1il1ions de Tsiganes dispersés à travers toute l'Europe, dont 1 () /nillions seule/nenf se reconnaissaient offlciellelnent comnle Tsiganes. Or, la ll1ajarité des tsiganologues - all1is camIlle ennemis - sont d'accord pour avancer une hécatolnbe de 75%, ce qui correspond bien à un génocide de quelque 7.500.000 individus. On est loin des 500.000 victill1es - chiffre souvent avancé pour qualifier le génocide tsigane dans son ensemble. En tant qu'ancien prisonnier des camps d'exterlnination nazis, j'ai été alllené à té1110ignerdu génocide tsigane dans le cadre du proc.ès intenté c.ontre le révisionniste français Robert Faurisson. Les arcl1ives 111isesà nla disposition, en provenance d'Allenlagne, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Bulgarie, etc... pernlettent d'avancer que les 500.000 Tsiganes lllorts dans les divers canlps de concentration ne concernaient en réalité que les individus de tous sexes et de tous âges ayant servi aux expériences etnologiques et biologiques des savants et l1lédecins cri111inelsnazis. 21

Simon Wiesenthal, le chasseur de nazis bien connu, c11iffre à deux millions l'holocauste tsigane lJans les ca1nps et les jJrisons. Mais tous les autres? Les témoignages des populations européennes sous la botte allen1ande abondent sur leurs exécutions 111assives,partout où on les trouvait: dans les champs, dans les forêts, sur les routes... Et, comment oublier tous les Tsiganes morts en c0111battantdans les armées régulières ou par111iles partisans? Et les jeunes Tsiganes enrôlés de force dans les SS ou la Wehrmacht, évadés, repris et fusillés? * * * Pour ne pas tern1iner sur une note trop triste, j'ailnerais résumer ce qu'ont apporté de neuf les études romané dans des dOlnaines aussi variés que l'histoire, l'anthropologie et la lingui stique. En histoire: l'élaboration au fil des recherches tsiganes, d'une méthode appliquée à l 'histoire dyna111ique - la reconstitution de l'origine d'un peuple et de son ordre socioculturel. Il faut souligner ici que je suis le pren1ier à avoir appliqué de 111anièrestricte, pragmatique, les études interdisciplinaires à l'étude de 1'11istoire indo-rolnani et à celle des Indo-Européens; puis, à l'intérieur de chaque domaine des sciences de l'hon1Ine, à avoir c0111parénon pas des élé111ents séparés, mais des systèn1es : a) en linguistique: systèn1es phonologique et rnorpho, syntaxique; b) en antl1ropologie : élélllents anthropo111étriques et biologiques; c) en ethnologie: culture superficielle (danses, lllusiques et contes), d'une part, et culture profonde (conception du nlonde liée étroitelllent avec l'ordre socio-politique), d'autre part. En anthropologie: l'élucidation du tern1e "race". La raciation biologique prit fin avec l'apparition de l'homn1e pensant. Commence alors la raciation écologique. L'homme est sorti du déterl1linisme ani111alet son intelligence, productrice de culture et de civilisation, lui a facilité la conquête du globe terrestre. Enfin, l'apparition du langage l'amène à la socialisation - constitution en clans et tribus, puis en diférentes ethnies selon les régions et leur bio-écologie. 22

En linguistique: éclaircisselnent du terme" aryen". A cause du nazisme, ce mot est devenu pour beaucoup, au même titre que le mot "race", un mot tabou avec toutes ses connotations ridicules: confusion des races avec les peuples, donnant la "race indo-germanique", la "race supérieure", par opposition aux "races sémitiques" et "dravidiennes"! Alors qu'il n'existe pas de "races sén1itiques" ou de "races dravidiennes", mais des peuples sémitiques et des peuples dravidiens... pas plus qu'il n'existe de "race indo-aryenne", 111ais peuples indo-aryens. des

Puisse le présent ouvrage dé1l1ystifier l'opinion publique et contribuer à rendre aux Tsiganes leur dignité bafouée.

Vania de GILA-KOCHANOWSKI

23

DIFFÉRENTS NOMS DONNÉS AUX
TSIGANES PAR EUX-MÊMES ET PAR LES GAJÉ (non Tsiganes)
10 Par eux-mêmes ROMANO CHA VO (pluriel ROlllané Chavé) R0111.{fnOClzavo (ChllVO "fils") : l~aln, le héros de l'épopée indienne "Ralllayana", est parti en exil 1000 ans environ avant Jésus-Christ. Ceux des Rajputs qui, après la défaite de Teraïlll (1192 après J .C.), ont préféré l'exil à la servitude, cOlll111encèrent à s'appeler ROI1'/.lIlléChllVé "fils de RanI". (4) ROJnano ChllVO (pl. ROl1lllllé Clzavé) est le ternIe générique de tous les groupes tsiganes: SintL Manush, Kalé, ROlna et Lé ROllI. Chez les Tsiganes balto-slaves, on trouve: Rornallo ChllVO (nI.), pluriel ROl1'I.{J.llé Chllvé (nI.) : homme tsigane (s) ROJnllllÏ ChllY (f.), pluriel ROl1'LllnéCh.aya (f.) : fenI111etsigane (s). SINTO (pluriel Sinti) Sillllho "sindhien", habitant donné Sinto.

du Sindh (actuel Pakistan),

a

MANlTSlf (pluriel Manushà) En sanscrit, l11.allUshsignifie "honlfie, être humain". Pour aftlrlller leur hunIanité, les Sinti cOlnmencèrent à s'appeler Mall1-lsh. KALO (pluriel Kalé) Le fait de se nOllllner R011'I. suffisant souvent pour être livré à l'Inquisition (en Espagne), les ROBIa cOlll11lencèrent à se nOlnlller Kalé, par opposition aux blonds Wisigoths. Kalo est un l1I0t indo-aryen qui signi tie" noir" .

25

ROM (pluriel Romà) (5) Ro/n, (m.) signifie "époux" et Ro/nni (f.) "épouse". Pluriel Ro/na (111.)et ROlnn 'a (f.). Mais, sur le plan ethnique, le pluriel R0111as'applique à l'ensel11ble des Tsiganes (hommes
et fell1111es).

LÉ ROM (pluriel) Lé ROln sont originellemènt des Brahmanes émigrés en Roumanie (Moldavie et Valachie) où i1s furent SOU111isà l'esclavage durant 5, sLècles. Ils exerçaient différents métiers: Churari (coutelliers), Kelderari (chaudronniers), Lovari (palefreniers ou maquignons), Rudari (artisans sur bois), Potkovari (lllaréchaux-ferrants), UrsarÎ (1110ntreurs d'ours), et autres n0111Sen -ari. Le suffixe -ari indique les 111étiers exercés par Lé Ro/n, ll1étiers à l'origine des différents groupes de Tsiganes vlach et des légères particularités de leurs parlers.

2° Par les Gajé TSIGANE Vient du mot grec athinganos "celui qui ne veut pas toucher, ni être touché" (6). Il est donc parfaite111ent erroné de faire des Tsiganes des "intouchables" (les parias de J'Inde). Mêlne encore aujourd'hui, les Tsiganes finlandais se saluent sans donner la main. Cette attitude se rattache aux règles des castes supérieures de l'Inde pour préserver leur pureté rituelle. GITAN Arrivée en Europe, la deuxiè111e vague des i111nligrants tsiganes inventa cette légende: "nous SOlnmes des seigneurs égyptiens qui avons persécuté le peuple d'Israël et Dieu nous a condanlnés à un éternel voyage". C'est ainsi que les Européens finirent par les appeler "Egyptiens"... "Egyptiano"> "Gitano", "Gitan".
BOI-IEMIEN Les prelniers Tsiganes arrivés Bo11ême, d'où leur surn0l11. ROMANICHEL Ce 1110test la francisation "Peuple tsigane" en France venaient de

du ter111e tsigane

ron'I.lllli cel

26

TERMINOLOGIE
Certains termes ont souvent, mên1e chez les spécialistes, des acceptions imprécises, nota111111ent ceux de : clan, tribu, ethnie-peuple, nation, Etat, union-fédération, caste-ordre, classe, race, intégration, assill1i1ation, raCiS111e. Bien entendu, on peut définir autre111ent ces tern1es ; mais la présente ter111inologie est celle adoptée dans le cadre de l'ethnologie r0111ani.
Clan: Groupen1ent hU111ain ayant en C0111111Un traits des caractéristiques culturels, linguistiques et physiques et liollt les 111.eI11-bres !Jratiquellt un 111.ariage exog{une - se lnarient en del10rs de leur C01111nunauté.

Tribu: Pratique du mariage endogall1e. Exen1ple : la tribu de l'auteur de ces lignes, Xaladitka Roma, se COll1pose de plusieurs clans - Zhil'onko (De Gila), Al'eks'eyonko (D'Alexeef), Stang'onko (De Stanga), et d'autres. Le ll1ariage est interdit à l'intérieur du mêll1e clan et, s'il existe une parenté, 111êmeau troisième ou au quatrièlne degré entre les personnes de deux clans, l'interdiction persiste. Ainsi, la détïnition de tribu est beaucoup plus nuancée; disons, plus silnple111ent, qu'elle se con1pose de plusieurs clans - c'est
l'union lie JJlusieurs
clans.

Ethnie

ROlnani Cel (Peuple tsigane), ce terlne englobe plusieurs
tribus. C'est un groupe1l1ent d'homll1es, historiquement détern1iné, ayant en C01111nUn trai ts caractéristiques cultudes rels, linguistiques et physiques relati ven1ent stables, qui a conscience de son unité et de sa différence vis-à-vis des autres peuples (7). Une ethnie (peuple) peut être dispersée à travers plusieurs pays ou mê111eà travers le 1110nde,C01l1111e c'est le cas des }{olnané Chavé.

-

Peuple:

Pour les I{omané Chavé forn1ant une

27