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Parlons ukrainien

De
257 pages
Cet ouvrage présente aussi bien un rappel de l'histoire de l'Ukraine que des caractéristiques de la grammaire de l'ukrainien, des éléments de conversation courante, des textes typiques de la culture ukrainienne et toutes les explications souhaitables sur les thèmes les plus divers de cette culture. Quelques textes bilingues ainsi que des lexiques ukrainien-français et français-ukrainien complètent cet ouvrage.
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PARLONS
UKRAINIEN

Collectiol'z "Parlons" dirigéepar Mie/leI Malherbe
Déjà parus:
Parlons coréen, 1986, M. MALHERBE, O. TELLIER, CIIOE JUNG WHA. Parlon..\-' hongrois, 1988, CAVALIEROS, M. MALHERBE. Parlons Parlons Parlons Parlons Parlons \tvolqf, 1989, M. MALl-fERBE,CHEIKH SALL. rOf.fl710in, 1991, G. FABRE. svvahili, 1992, A. CROZON, A. POLOI\1ACK. kinyorYi,'on{ia-ki run{ii, 1992, E. GASARAB\VE. ollr{Lou, 1993, M. ASLAM YOUSUF, M. MALHERBE.
DE SIVERS.

-

Parlons estonien, 1993, F.

Parlons bir/non, 1993, M. H. CARI)INAUD,YIN XIN MYINT. Parlons lao, 1994, C. NC)RINDR. Prirlons bengali, 1994, J. CLÉMENT. Parlons j)achto, ] 994, L. DEssART. Parlons telolfgolf, O. et D. BossÉ.

À jJaraftre

:

Parlons 1110ngo1.,lapon., turc, Inalgachc, soninkc, hurushaski, héhrcu, Jetton, kahylc, indonésien, guarani, poJonais, etc.

Victor

KOPTILOV

PARLONS
UKRAINIEN
Langue et culture

ÉditiollS L'Bar/nattall 5-7, rue de L'École-Polytechnique 75005 Paris

<0 lJ'Harnlattan, 1995 ISBN: 2-7384-33R5-5

Préface

Quelle idée de l'Ukraine se font les Européens de l'Ouest? Une exrépublique de l'URSS célèbre pour la richesse de ses terres à blé ct~ bien tristel11cnt par la catastrophe de Tchernobyl. Peut-être se souvient-on du bassin houiller du Donbass et des grandes batailles de la deuxiè111eg11erre 1110ndialcdans ces steppes infinies. Il y a aussi les accords de Yalta - bien sÎIr, c'est en CrÏ1née donc en Ukraine. Tout cela paraît bien loin dans le ten1ps . et l'espace. Pourtant Kiev, la capitale, n'est qu'à deux heures d'avion de Paris et des géographes se sont an1usés à chercher le centre de l'Europe (de l'Atlantique à l'Oural ): figurez-vous qu'ils l'ont placé en Ukraine, dans les Carpates à l'ouest du pays. D'ailleurs~ pour aller en Ukraine à partir de la France, il nty a que deux pays à traversec l'Allcn1agne et la Pologne. Cette Ukraine n'est donc pas si loin de la France et elle lui ressclnblc beaucoup: par sa surface (603.GOOkn12contre 550.000), sa population (52 n1illions d'habitants contre 58) et surtout par un vieux fonds de 111entalitépaysanne et de religion chrétienne aussi bien qu'une très haute qualification technique de ses ingénieurs. Ajol1tons-y un fort scntitnent national, le goÜt de la nature, de la poésie, du vin et vous trouverez chez nos cousins ukrainiens tout ce qu'il faut pour tisser des liens de profonde alnitié. Tout au long de l'histoire d'ailleurs des contacts se sont produits dans les dOlnaines les plus divers et à tous les niveaux. En plci n luoyen âge, le troisièn1e roi capétien Henri 1er épouse en 1051 Anne, fille du grand-prince de Kiev Yaroslav le Sage. On voit, sous Louis XIV, des cosaques ukrainiens participer au siège de Dunkerque en 1646 dans rarlllée du grand Condé, tandis que, toujours au XVIIe siècle.. l'ingénieur français Beauplan érige une forteresse au bord du Dniepr et le relate dans sa fanleuse description de la vie de l'Ukraine à cette époque. En littérature, l'Ukraine apparaît dans I'flistoires de Charles ..Y11 de VoHaire C0l11nlC dans les œuvres historiques de MérÎ111ée encore dans les ou lettres de Balzac. On trouve des traductions en ukrainien des principaux chefs-d'œuvre français ainsi que la traduction en français de poèlues de Chevtchenko.

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Malgré cette longue histoire des relations con1111unes,e tsarisllle et l le conl111unisn1e e sont efforcés~ avec un certain succès Inalheureusenlcnt., de s faire oublier à l'étranger la personnalité de l'U1<raine. Aujourd'hui que l'Union soviétique s'est cffrondrée et que l'Ukraine a retrouvé depuis 1991 son indépendance nous devons désorlnais savoir par quelles épreuves cc pays est passé. Il n'est plus possible d'ignorer dorénavant que le stalinisn1c a volontairelnent provoqué dans les années 1932-1933 une fan1Ïne en Ukraine qui a fait plus de 5 InilIions de nlorts, plus de trois fois le nonlbre des victÏ1nes de la guerre de 1914-1918 en France pour une population équivalente. Il est conlpréhensible que les Ukrainiens en gardent une forte défiance pour Moscou, Inên1e s'ils distinguent luieux que tous les autres ce qui relève de la Russie de ce qui est la responsabilité du bolchevisnle. Les Ukrainiens itnprégnés de l'individualis111e de Itesprit cosaque Conl111e les Français de celui des Gaulois, ont appris à se Inéficr des rêves d'enlpire de leurs voisins nlsses. Ils n'ont pas d'anÜnosité à leur égard, Inais souhaitent ne pas être systénlatiquelnent considérés avec condescendance conune des petits frères.. des Petits-Russes. L'Ukraine, dont la partie occidentale a été à diverses reprises dans le pouvoir de l'Elnpire austro-hongrois ou de la Pologne, se sent de profondes affinités avec l'Europe. Elle a vocation à être une terre de dialogue entre l'Est et l'Ouest. Dans le dOl11ainereligieux en particulier, il existe une forte n1inorité gréco-catholique, de près de 6 n1Îllions d'ânles, jadis fllrieusCl11ent persécutée par Staline, qui doit pouvoir jouer un rôle essentiel dans le délicat dialogue entre catholiques et orthodoxes: l'orthodoxie en Ukraine, dont la hiérarchie n'a pu échapper au noyautage par le KGB à l'époque stalinienne, n'est pas encore bien préparée au dialogue œculnénique qu'a pern1Ïs le concile de Vatican II. L'Ukraine avec son relnarquable esprit de tolérance, doit jouer un rôle de pren1Îer plan à cet égard. Hélas, les occidentaux sont encore si peu habitués à l'indépendance de l'Ukraine qu'ils réagissent COnl1l1C nly croyaient qu'à Inoitié. La crise s'ils éconon1iquc profonde que vit le pays est la luên1e que celle de Russie, luais alnplifiée par l'absence de ressources énergétiques. Elle conduit au déveloPPclnent d'éconon1Îes parallèles oÙ lcs plus habiles s'enrichissent tandis que les plus pauvres atteignent les liInitcs de la nlisère. La Russie tire avantage de cette situation pour laisser entendre que l'on vivait n1ieux du tenlps de l'Union. Des tensions sont entretenues sur le statut de la CriInée ou sur la flotte de la n1er Noire et on laisse entendre que toutes ces difficultés disparaîtraient si les Ukrainiens étaient assez sages pour reconnaître une vocation de ]a Russie à dire le droi t et à organiser le Blonde slave à son goût.

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Il suffirait d'attendre la fin de cette crise de jeunesse que constitue l'indépendance de l'Ukraine pour que tout rentre dans l'ordre. Mais de quel ordre s'agit-il? Sans prendre exagéréll1ent au sérieux les rodol110ntadesd'ultra-nationalistes nlsses, on peut cependant craindre que l'anarchie russe actuelle aboutisse un jour <lun réghne fort qui se nourrisse de rêves de grandeur. Face à une telle l11enace, l'Occident ne doit-il pas faire preuve de plus de conlpréhension à l'égard des Ukrainiens? Ne doit-il pas chercher il n1Îeux les con1prcndrc et à les aider à sortir des épreuves qu'ils ont subies bien l11algré eux? C'est exactelllent l'an1bition de ce livre que de faire con1prendre, au travers de la langue, la richesse et l'originalité de l'Ukraine. Nous avons tant à construire ensen1ble.

Michel Malherbe Présidelll de l'Associa/ioll Frallce- Ukraille

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QUELQUES

CHIFFRES

Population (1989) (74% d'Ukrainiens~ 21 % de Russes, et 5% d'autres ethnies) Superfi ci e Popu la ti on urba ine Capitale Kyiv ( Kicv ) Villes principales con1ptant plus d' 1 n1Îllion d'habitants

51. 704.000 hab. 603. 700 kIn:? 600/0 2. 587.000 hab

Kharkiv (Kharkov) Dnipropetrovsk Odessa Donetsk Production Energie Charbon Acier Papier Blé Betterave à sucre POl1uTIes e terre d Viande
Lait Frigidaires (données officielIes de 1988 )

1.611.000 hab. 1.179.000 hab. 1.118.000 hab. 1.110.000 hab.

297 Milliards de K,vh 192 Millions de tonnes 56,5 Millions de tonncs 343 .000 dc tonnes 47,4 Millions de tonnes 48,1 Millions de tonnes ] 3~5Millions de tonnes , 4.3 Millions de tonnes . .
24,3 Millions de tonnes 843.000

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9

Chapitre

I

QUELQUES

PAGES

D'HISTOIRE

Presque tous les historicns~ les archéologues et les linguistes contcnlporains situent la patrie la plus ancienne des Slaves, cntre le cours 1110yen Dniepr du et la Vistule. C'est sur ces terres, dans leur partie sud - est entre le Dniepr et le Dniestr qu'on voit aux IV - II n1Îllénaires avant 1.C. se développer la "culture de Trypilla" des tribus de laboureurs et d'éleveurs ( Son nonl, est dû au petit village Trypilla .. trois chanlps - au sud de Kiev). Depuis ces tenlps lointains le territoire de ce qui est aujourd'hui l'Ukraine, était peuplé de tribus dont Honlère a déjà parlé dans son" Odyssée", les Cimlllériens qui Inaîtrisent l'équitation et enlploient déjà des outils en fer et peu après les Scythes, auxquels des colons grecs apportent en Ukraine l'art antique. Ensuite les terres ukrainiennes ont vu des flots de nonlades venir des steppes d'Asie. Enfin, à la deuxiènle nloitié du 1er nliIlénaire après lC. le territoire ukrainien se voit partagé entre quelques tribus de Slaves orientaux. L'Ukraine centrale au bord du Dniepr, est habitée par les Polians, au nord-ouest on trouve les Dérevlians, à l'ouest - les Volynians et les Doulibs, au sud - les Oulitchis et les TivC11sis,au nord-est les Sivertsis. Au IV - VIlènle siècles on voit s'établir une union de ces tribus qui crée le prenlier Etat des Slaves orientaux- l'Etat des Anthes. Un peu plus tard, tout autour de Kiev, fondé à ce qu'on prétend au Vènlc siècle, on voit se créer un autre Etat, la Rous' kievienne. Un certain rôle dans sa création revient aux détachelnents des

conquérants scandinaves, les Varègues ( I ) venus du nord qui installent sur
le trône kievien le prince Igor, donnant ainsi naissance au IX èlne s. à la dynastie des Rurikides. Grâce à la situation favorable de la ROllS'Kievienne au carrefour des voies conl111ercialesentre la Scandinavie et Byzance, ainsi qu'entre l'Asie Centrale et l'Europe occidentale, le jeune Etat prend vite de la force et conUl1enceà élargir ses frontières. Vers la fin du Xèlue s. il devient le plus grand pays européen, s'étendant des Carpates jusqu'au Caucase et des steppes de la Mer Noire jusqu'à la Mer Baltique. Le prince kievien Vladilnir le Grand introduit en 988 la religion chrétienne en invitant à Kiev des prêtres de Byzance. Les livres sacrés apportés de Byzance et traduits en langue slavone ont donné naissance à la littérature de la Rous' kievienne. Les nlonastères fondés dans les différentes parties du pays deviennent des centres d'éducation et les ateliers auprès des l110nastèresfabriquent dcs icônes, à la fois objets du culte et œuvres d'art.

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( 1 ) Le nOl11actuel de la Suède, Sverige, évoque I~s Varègues, appel~s aussi NOllnands, c'est à dire les honln1~~ du nord". "

A l'époque du règne du fils de VladÎ1nie Yaroslav appelé le Sage pour son an10ur de l'éducation et de la science, Kiev devient une des villes les plus riches et plus belles de l'Europe. Le prince Yaroslav fait construire dans la ville la l11ajestueuse cathédrale de Sainte Sophie - Sagesse de Dieu - ornée de 1110saïqueset de fresques. Mais la plus belle nl0saïque de la cathédrale est celle de la Sainte Vierge priant pour les Kicyiens. L'Ï1nage est constituée de plusieurs n1illiers de petits cube nlulticolores sur un fond doré du mur concave, Inais les proportions sont conçues par les anciens artisans de l1lanière que la figure selnble planer dans l'air. Ce n1ur a été nOl11n1é indestructible" car il est " sorti intact de toutes les invasions connues par Kiev au cours de plusieurs siècles de son existence. Les princes kiéviens ont eu des liens de fan1ille avec les n1aisons royales des Etats de l'Europe occidentale. La fille de Yaroslav le Sage, Anne, devient reine de France en 1051 en épousant Henri lee ses sœurs ont épousé les rois d'Angleterre et de Norvège. De l'époque de Yaroslav le Sage date le prenlier code pénal de la Rous' kievienne - " Droit de la Rous' ". Pendant plusieurs siècles IIEtat kiévien a n1ené une lutte exténuante contre les tribus nOll1ades venues des étendues désertes de l'Asie. Le plus grand danger venait du côté des Petchénègues et Polovtsys qui harcelaient constan1111ent es villes et les villages ukrainiens. La Rous' kievienne n1enait l aussi des guerres contre l'ell1pire de Byzance et l'Etat des Khazars situé à l'est des terres kieviennes. Les Khazars étaient un peuple d'origine turque, nlais leur religion d'Etat était le judaïsl11e. L'Etat Khazar une fois vaincu, les frontières orientales de la Rous' kievienne restèrent ouvertes aux invasions nOll1ades.Un historien ukrainien a dit: " l'Ukraine a largenlent contribué à la lutte éternelle de l'Europe contre l'Asie barbare. Dans cette lutte l'Ukraine occupait la position la plus dangereuse, la plus difficile pour la défense. Nos terres s'étendaient tout près de la " porte asiatique des peuples" laissant pénétrer en Europe de nouvelles hordes barbares~- J'Ukraine était la prenlÎère à se dresser contre les coups des nOlnades ". L'absence d'un pouvoir centralisé solide et les conflits constants entre les princes prétendants au trône de Kiev entraînent le déclin de l'Etat, certaines provinces devenant de plus en plus indépendantes de la capitale. Au Xllèn1e s. la Rous' kievienne se voit divisée en quelques principautés indépendantes: les don1aines de Kiev, de Tchernihiv, de Péréïaslav, la terre de TlTIOutarakan,la terre de Tourovo-Pinsk, la Volynie, la Galicie. Aux XllIèllle s. - XIVèn1e s. un rôle élninent dans l'histoire de l'Ukraine revient à l'Etat de Galicie - Volynie créé grâce à l'unification de deux principautés. 13

La prenlièrc 1110itié XIIlèl11es. est tragique pour l'Ukraine. du En 1223 l'année tataro -111ongole défait sur la rivière Kalka~ au sud est de l'Ukraine~ les forces réunies des princes ukrainiens et en 1240 la deuxiènle vague t3taro - l11ongolefait irnlption sur les terres ukrainiennes. Ils rasent Kiev, IneHent à feu et à sang les terres de Tchernihiv et Péréïaslav, atteignent l'Etat de Galicie - Volynie et enfin épuisés par leur canlpagne prolongée se voient arrêtés par les prcux polonais et allenlands et reprennent leur chen1Ïn vcrs la Volga. Le prince le plus glorieux de la Galicie - Volynie fut Danylo. Il a causé la défaite conlplète des chevaliers teutoniques qui ont C0111111encé leur progression à l'Est. Danylo a lutté avec obstination contre les Tataro Mongols et a conll11encé 111ênle à préparer une croisade contre eux conjointenlent avec les autres Etats européens. Il a su sagenlcnt s'opposer aux prétentions des princes lituaniens sur les terres ukrainiennes. En 1253 les envoyés du Pape lui relnettent la couronne royale. L'affaiblissenlent des principautés ukrainiennes dans leur lutte continuclle contre les Tatars et dans les disputes locales a pernlÎs à la Lituanie~ encore jeune Etat, d'arriver à une des pren1ières place en Europe orientale et d'élargir sa d0111inationsur presque toutes les terres ukrainiennes. Cette invasion a duré prcsque tout lc XIVèll1e s. Entre tell1pS~la Pologne s'enlpare de la Galicie et de la région du Kholnl. Le rôle énlincnt dans l'Etat lituanien revenait aux élélnents ukrainien et biélonlsse parce que les terres proprenlcnt lituaniennes ne con1posaient que 10 % de son territoire. L'ancien ukrainien et l'ancien biélonlsse, à l'époque très proches entre eux, étaient n0111111és généralen1ent "langue rousse", devenue langue officielle de la Lituanie. L'Etat lituanien a favorisé au début le développell1ent de la culture et de l'éducation ukrainicnnes, les princes ukrainiens occupaient de hautes positions et l'église orthodoxe prédo111inait car les princes lituaniens pratiquaient à l'époque la religion orthodoxe. Cependant vers la fin du XIVènle s. la Lituanie s'unit à la Pologne, devenant de ce fait un pays catholique, tout COnll11e Pologne. Dès lors, la l'influence polonaise sur l'Ukraine s'accentue, les années à venir verrons les persécutions de la foi orthodoxe et de la culture ukrainienne. Dans la deuxiènle 1110itié XVlénle s. la Lituanie et la Pologne fornlent un seul État du - Rzecz Pospolita - et la plupart des terres ukrainiennes sont directenlent rattachées à la Pologne. Cette période est l'une des plus sinistres de l'histoire: les paysans ukrainiens perdent le droit à leur terre~ le servage se durcit, les orthodoxes sont privés du droit d'obtenir des postes Ï111portants,les autorités fenuent de force les églises orthodoxes et les transfonnent en lieux de culte catholiques. 14

Les forces patriotiques de la société ukrainienne se regroupent pour s'opposer à la polonisation. Un des plus riches propriétaires fonciers Vassyl Constantin Ostrozky fonde vers la fin du XVlèn1c s. dans la ville d'Ostrog une acadélnie (université) et une itnpriInerie oÙ sont publiées "la Bible d'Ostrog" et plusieurs autres livres. Les habitants des vilIes~ artisans. C0l1ll11erçantset autres~ conlIncncent à se réunir dans des confréries orthodoxes et créent des écoles. Les plus connues sont celles de Kiev et de Lviv. Un grand rôle dans la lutte pour la libération de l'Ukraine revient à la Sitch Zaporogue, république cosaque forInée au XVIèn1e s. C'est là que se fixent ceux qui veulent échapper aux autorités polonaises et aux grands seigneurs: ils fornlent des groupes arnlés d'abord pour l'autodéfense et un peu plus tard contre les détachelnents tatares qui continuent d'harceler les villages et les bourgs ukrainiens en1Inenant avec eux des esclaves. La vie des Cosaques Zaporogues est alors stricteInent régleInentée, il ne peuvent pas se Inariec l'entrée des fen1n1esdans la Sitch est stricten1cnt interdite. Tous lcs postes de la Sitch sont électifs, les capitaines et le capitaine en chef. - le hetn1an - auquel revenait toute la plénitude du pouvoir en tClnps de paix ainsi que pendant la guerre~ sont élus par l'ensen1ble des Cosaques. Ce caractère dén10cratique des structures zaporogues entraîne l'extrêlne efficacité des opérations de l'arInée cosaque, la pren1ière au n10nde qui soit libérée de l'antagonisIne entre les soldats et les officiers propre à l'époque aux arn1ées régulières des autres Etats. Ce sont les Cosaques Zaporogues qui s'engagent à la tête du peuple ukrainien dans la lutte contre la don1ination polonaise, surtout après la conclusion de l'union entre l'église orthodoxe et l'église catholique au concile de Brest - Litovsk, en 1596 qui crée l'église uniate (gréco - catholique) sous l'égide du Pape. C'est aux Cosaques que revient l'initiative d'une série d'insurrections des paysans et des bourgeois à la fin du XVIèllle s. - au début du XVIlèn1e s. Toutes ces insurrections on été sauvagen1ent réprÎ1nées par les autorités polonaises. Entre ten1ps, le hetn1an Petro Konachevitch - Sahaïdatchny fortifie et restnlcture l'arlnée cosaque en augn1entant ses effectifs jusqu'à 40.000 homInes. Il transfère le centre de la vie politique des Cosaques à Kiev et contribue beaucoup au développeJl1ent de la culture et de l'éducation en Ukraine. C'est le Illétropolite kiévien Petra Mohyla~ fondateur du collège de son non1 à Kiev ( 1632 )~ seul foyer d'éducation supérieure pour les Ukrainiens~ les Biélonlsses, les Russes et les autres peuples orthodoxes, qui devient un des personnages clefs de l'époque. Une grande Ï1nportance dans l'histoire de l'Ukraine revient à la guerre révolutionnaire sous l'égide de Bohdan Klunelnytsky conl1nencée en 1648. 15

Grâce au talent stratégique de -ce capitaine qui a reçu une très bonne fonnation et au soutien général du peuple entier, l'arlnée polonaise est battue trois fois en 4 BlOis.La flalnBle de l'insurrection se propage rapiden1cnt sur toute l'Ukraine. Cependant dans le cours ultérieur de la guerre, les victoires de Klu11elnytskyalternent avec les défaites, ses espérances d'aide de l'arll1ée tatare restent vaines. En recherchant un allié fort, Klu11clnytsky dCI11andc l'assistance de Moscou. Le tsar 1110Scovite lexis consent à aider l'hctnlan de A l'Ukraine, et en 1654 à Péréïaslav, on signe l'accord sur l'union entre l'Ukraine et la Russie. D'après cet accord l'Ukraine est placée sous le protectorat du tsar. 111ais lle garde son adnlinistration d'Etat, ses finances et e son arl11ée.Les années aHiées ukrainienne et filsse opèrent avec succès en Biélorussie, nlais aussitôt de profondes divergences se laissent sentir entre Klu11elnytsky et le tsar Alexis: l'Ukraine voulant installer un ordre délnocratique sur Ic~ terres biélorusses libérées. conforll1éll1ent aux vœux de la population. I1lais Moscou installe son ordre autoritaire. Mécontente de la politique extérieure trop indépendante de l'Ukraine, la Russie cOl1unence il linlitcr sa liberté et seule sa nlort prél11aturée enlpêche Khnlelnylsky de trouver une issne il la situation de l'Ukraine. Les cent dix ans ( 1654 - 1764 ) qui suivent la Rada ( conseil) de Péréïaslav sont Inarqués par l'accentuation de la colonisation de l'Ukraine par la Russie tsariste. On établit des garnisons l1loscovites dans les villes ukrainiennes, les iInpôts prélevés en Ukraine sont expédiés à Moscou, le hctInan ne peut être élu qu'avec le consentiInent du tsar, les Inarchandises ukrainicnnes sont exportées uniquelnent par le tcrritoire russc, l'adlninistration ukrainienne est constalll111ent contrôlée par les fonctionnaires du tsar... Le hetl11an Ivan Mazeppa, collaborateur proche du tsar Pierre I depuis plusieurs années essaye d'échapper à la don1inatiol1 nloscovite~ en concluant à la fin de sa vie un accord secret avec la Suède~ en guerre contre la Russie. Mais dans la bataille près de Poltava en 1709 l'année suèdo - ukrainienne connaît la défaite, et le pouvoir nlsse en Ukraine croît. Le règne de Cathcrine II écrit une page noire dans l'histoire de l'Ukraine: elle suppriIne l'institution des hetInans ( le dernier hetn1an ukrainien a été Kyrylo ROZOUl110vsky), liquide la Sitch Zaporoque et asservit définitiven1cnt les paysans ukrainiens. Le pouvoir de l'Elnpire Russe ne concernait alors que l'Ukraine de la rive gauche du Dniepr ainsi que Kiev et sa banlieue. L'Ukraine de la rive droite appartenait Ù la Pologne. De grandes propriétés foncières restaient en possession des lnagnats polonais qui oppriInaient férocel1lent les paysans ukrainiens. Ceux-ci répondaient par des révoltes et des insurrections. Un des plus grands soulèven1cnt fut nonuné Koliïvchtchyna (1768), ses participants. les haïdéHl1aksse sont férocen1cnt vengés de leurs oppresseurs. ]6

A la fin du XVIlIèlne s. quand la Pologne est dén1en1brée.l'Ukraine de la rive droite se voit rattachée à l'En1pire russe, et la Galicie - à l'En1pire autrichien qui possédait déjà la Bukovine, et la Transcarpatie, déjà hongroise depuis le Xèn1c siècle. Vers la pren1ière Il10itié du XIXèl11e s. on constate le réveil de la conscience nationale ukrainienne. Les autorités tsaristes ont recours à différents n10ycns pour la russification de l'Ukraine: 011fenne rAcadén1ie

Mohyla à Kiev les écoles ukrainiennes sont interdites (nlên1e les écoles
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priInaires ), on n'enseigne nulle part l'ukrainien, aucun journal ukrainien ne parait et le non1 n1êlne " l'Ukraine" n'est plus utilisé. L'Ukraine de la rive gauche est déuoulIl1ée Petite Russie cellc de la rive droite s'appelle" le Pays de Sud- Ouest ", et le sud de l'Ukraine reçoit le nom de If Nouvelle Russie ". Cependant, les intellectuels ukrainiens cultivent l'an10ur de leur patrie et l'espérance de sa renaissance. 1846 voit sc fonner à Kiev la confrérie des saints Cyrille et Méthode, qui doit son non1 aux pren1Îers civilisateurs des Slaves, deux frères qui ont traduit les livres sacrés du grec en slavon. Cette

confrérie réunit 1 'historien bien connu M. Kostolnarov un écrivain célèbreP.
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Koulich, le grand poète ukrainien T. Chevtchenko et d'autres hOnll11eS de culture. Le progranu11e de la confrérie a pour but de suppriIner la n10narchie et le servage et de créer une fédération délnocratique des peuples slaves égaux en droits. La confrérie est supprÏ1née par les gendannes du tsar, ce qui n'enlpêche pas dans les années 1860 - 1870 de voir apparaître des sociétés pour la propagation de la culture et l'éducation nationale dans plusieurs villcs ukrainiennes. Le gouverncnlent tsariste rcnd encore plus rigide la politique d'oppression du n10UVClnentnational ukrainien~ conU11Cen tén10igne la circulaire du nÜnistre de l'intérieur Valouïev (1863 ) et l'oukaz du tsar Alexandre Il ( 1876 ) défendant la publication de livrcs cn langue ukrainienne, l'utilisation de cette langue sur la scène etc. La culture ukrainienne connaît de Ineilleurs conditions en Galicic et en Boukovyne, oÙ, après la révolution de 1848 en Autriche - Hongrie, les nations de l'cn1pirc reçoivent un n1inin1uln de libertés politiques. En 1848 paraît la pren1ière revue en ukrainien" L'étoile galicienne", une chaire de philologie ukrainienne est crée el l'Université de Lviv. Les Ukrainiens élisent leurs députés au parlenlcnt autrichien. En Galicie deux céHnps politiques s'opposent, les conservateurs" 1110ScophilesIf orientés sur la Russie tsariste qui considércnt que la langue et la culture ukrainienne ne sont qu'une 1\ branche de la langue et la culture russe et les progressistcs " narodovtsis qui se prononçent pour le développcn1cnt de la langue n1aternelle et de la culture ukrainienne et pour la consolidation des liens avec l'Ukraine restant sous la don1ination de l'Elnpire russe. En 1890 le grand écrivain et savant Ivan Franko prend la tête d\ln groupe de jeunes intellectuels et fonde le parti
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radical ukrainien qui postule l'indépendance politique de l'Ukraine. En 1905~ la révolution dans l'Elnpire russe ébranle les bases du pouvoir autoritaire du tsar. Nicolas II doit accepter quelques libertés politiques. On pcrnlct le tirage des journaux et des revues ukrainiennes~ on voit se développer la publication des livres en ukrainien~ la culture ukrainienne se fait connaître au-delà des frontières du pays. C'est pour la prelnière fois qu'on publie les œuvres conlplètes de T. Chevtchenko~ pénétrées de l'idée de libeI1é et de lutte pour la libération de l'Ukraine. C'est à cette époque que s'épanouit l'œuvre de Lessia Oukraïnka qui dans ses pOèl11eS dralnatiqllcs fait jouer aux grands personnages de la littérature nlondiale (Pron1éthée, Don Juan) un rôle S)'Illbolique dans le développenlent de la société ukrainienne. Des prosateurs conln1e M. Kotsioubinsky et V. Stefanyk introduisent alors dans la littérature ukrainienne le genre de la nouvelle psychologique, se servant des n10yens de l'iInpressionnisllle et de
l' exprcssi onni SIne.

Après la révolution de février 1917 qui nlet fin à l'existence de l'Elllpire nlsse~ l'Ukraine conllnence une vie politique active. En l11ars1917 à Kiev, se crée la Rada ( conseil) Centrale Ukrainienne présidée par un célèbre historien M. Hrouchevsky. C'est un parlelnent révolutionnaire car tous les partis existant à J'époque en Ukraine y sont représentés. La Rada Centrale entan1e des négociations difficiles avec le Gouvernel11ent provisoire de Petrograd qui ne veut pas reconnaître l'autononlie de l'Ukraine à l'intérieur de la Russie. Au luois de novenlbrc 1917 la Rada Centrale proc]an1e la République Populaire Ukrainienne (UNR ) qui n1ène une guerre longue et sanglante sur deux fronts, contre l'année rouge bolchevique qui vcut sounlettre l'Ukraine à Moscou conll11uniste et contre l'arnlée blanche 1110narchiquequi tend à restaurcr l'en1pire tsaristc russe" uni et indivisible". Cette lutte est con1pliquée par plusieurs autres facteurs: la présence en Ukraine en 1918 de troupes aIlelnandes et autrichiennes qui pillent l'Ukraine de ses richesses nationales, le coup d'Etat du général Paul Skoropadsky, soutenu par les autorités aIlelnandes et autrichiennes, qui se proclanle hetl11ande l'État Ukrainien, l'apparition dans différentes régions de détachclnents arlnés incontrôlés et de bandes de toutes les couleurs politiques, et enfin le travail de sape des agitateurs bolcheviks qui, profitant de la naïveté et du l1lanquc de culture politique des nlasses populaires, leur prOl1lettentune vic aisée et libre sous le pouvoir C0l1l111uniste. Il faut y ajouter des divergences profondes entre deux nlenlbres énlinents du gouvcrncnlent ukrainien ( Directoire) l'écrivain V. Vinnytchenko préoccupé en prenlier lieu par les réfornles socialistes en Ukraine et l'honll11C politique et nlilitaire S. Petlioura qui cherche avant tout 18

à édifier un Etat national. Toutes ces causes, ainsi que la position des Etat occidentaux peu désireux de soutcnir la République Populaire Ukrainienne, conduisent à l'arrêt de la lutte arl11éeau nIais de novenlbre 1921. La République Populaire d'Ukraine Occidentale proclal11éeen 1918 peu après la chute de l'Enlpire austro - hongrois se l11aintientjusqu'en 1923. L'ouest de l'UNR est rattaché à la Pologne et le reste occupé par l'arnlée rouge devient la RSS d'Ukraine (République Socialiste Soviétique d'Ukraine) forl11ellenlent indépendante, I11ais réellenlent gouvernée par Moscou. Au nIois de déceI11bre1922, la RSS d'Ukraine conjointelnent avec la Biélorussie, la Russie et la Fédération de Transcaucasie proclan1e la forll1ation de l'URSS. Durant les prenlières années après la fin de la guerre civile la lutte pour le pouvoir à Moscou bat son plein entre Staline et ses rivaux, l'Ukraine a quelques facilités pour le développell1ent dc sa culture nationale. A cette époque, le parti conu11uniste n'est pas encore tout puissant, il cherche à s'attirer les n1asses du peuple ukrainien. C'est pourquoi il pratique une politique d' "ukrainisation ", c'est à dire de dérussification, la lanf:,'ue ukrainicnne reprend sa place dans l'éducation, la culture, les affaires juridiques, les relations officielles aussi bien à l'intérieur de l'Etat qu'au-delà de ses frontières. Dans cette période brève, nIais brillante, on voit fleurir différentes unions d'artistes dont la seule obligation auprès du pouvoir est une attitude loyale à son égard. On voit apparaître des écrivains ouvriers ( groupe " Hart" ), des écrivains paysans ( groupe" Plouh " ), des poètes néoclassiques, une Acadén1ie libre de littérature prolétarienne (VAPLITE ), dont le président M. Khvylovy appelle les hOnll11eS culture ukrainienne à de quitter la sphère dc l'influence de la Russie en lançant le n10t d'ordre: " Loin de Moscou!" Le clergé d'Ukraine farIne à Kiev l'Église orthodoxe autocéphale, indépendante du Patriarche de Moscou. Le théâtre ukrainien se développe sous l'iInpulsion du fan1eux réforll1ateur de la scènc~ Less Kourbass et du draI11aturge M. Koulich. Les prelniers chefs-d'œuvre du cinéIl1atographc ukrainien Alexandre Dovjenko voient le jour. La paysannerie ukrainicnnc prend de la force en profitant de la

"nouvellepolitique écol1onlique" la NEP) lancée par le parti a qui pennct (

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dans certaines IÎ111itcse développcn1cnt de l'initiative privée. l Tous ces processus provoquent le nIécontentcn1ent des dirigeants staliniens qui concentrent déjÙ vers la fin des 1920~ entre leurs n1ains la plénitude du pouvoir en URSS. Ils craignent le développeu1cnt Inatériel et spirituel de l'Ukraine et des autres républiques soviétiques, le considérant connue un danger pour l'clnpire soviétique. C'est pourquoi Moscou aidé des Ukrainiens sur place cntanIe une lutte acharnée contre le " nationaliSl1le bourgeois ukrainien" : le pouvoir nlonte un procès contre la soi - disant "Union pour la Libération de l'UkraÎne" ( SVU) dirigée par le vice-président 19

de l'Acadén1Ïe des sciences de l'Ukraine S. Efrénl0v~ les persécutions pour "déviation" du nlarxisnle-Iéninisnle se nlultiplient contre les écrivains~ les honl111esd'État et les savants. Parallèlelllent, se développe une canlpagne sévère contre les paysans. Le parti conllnuniste transporte la "lutte des classes" aux villages en proclalllant la " dékoulakisation " des paysans aisés, environ 2 nliIlions de fcrnliers et l11elllbresde leurs fal11illessont déportés en Sibérie et dans l'Extrên1c Nord, leurs biens sont confisqués. Quelques dizaines de ll1illiers de personnes qui s'opposent à ces persécutions inhulnaines~ sont tuées sur place. Après COn1J11enCe canlpagne de collectivisation forcée, qui réunit une dans les éconoll1ies collectives ( kolkhozes) dépendant de l'État, des paysans sans aucune "psychologie collectiviste", habitués à travailler sur leur propres terres de nlanière individuelle. Les autorités conul1unistes ,agissant de force~ font entrer dans les kolkhozes presque tous les paysans ukrainiens pendant une période relativen1ent courte, cependant le travail y est l11alorganisé~ et les récoltes conl111cncentà baisser rapidell1ent. Cela provoqua la colère de Staline et de sa clique qui itnposent à l'Ukraine des contributions insupportable, et envoient dans les villages des détachenlents arnlés pour une confiscation totale du blé et des autres produits aliInentaires. Cette politique entraîne une fan1Ïne artificielle de 1932 - 1933 qui coûte la vie de 5 à 10 l11illionsde paysans ukrainiens. Au nlois de septetnbre 1939 l'arlnée rouge~ agissant en confornlité du protocole secret du traité signé un peu plus tôt avec l'Allenlagne nazie, occupe les régions de Pologne peuplées d'Ukrainiens et de Biélonlsses. Pour la pren1ière fois après les tenlps de la Rous' Kievienne, la Galicie et la Volynie se réunissent à J'enselnble des terres ukrainiennes. Cette réunification est exécutée par le pouvoir bolchevik qui installe des kolkhozes en Ukraine Occidentale et conlnlence les déportations des habitants de ces régions en Sibérie. La nlên1e politique est appliqu~e par le gouvernetnent con1nlunÎste en Bukovine du nord et dans la région d'Islnaïl rattachées à l'Ukrainc au 11101S d'août 1940. En juin 194] la dcuxiènle guerre 1110ndialeattcint Ics frontières de l'URSS. La guerre entre l'Allcnlagne et l'URSS éclate. Durant quelques n101s l'arnlée alIenlande envahit l'Ukraine. Pour nlieux organiser l'exploitation des ressources hun1aines et naturelles roccupant crée le "Reichskoll1111issariat Ukraine" qui inclut la Volynie~ la Polissia~ la rive droite du Dlliepr~ les régions de Poltava et de Zaporijia~. avec pour centre Rivné. La Galicie se

rattache au " Gouvernenlent Général

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aÎnsi que les nazis désignent la

Pologne. Les tentatives des chefs de l'Organisation de Nationalistes Ukrainiens ( OUN ) S. Bandéra, A. Melnyk~ I. Stctsko et autres de créer un Etat Ukrainien provoquent unc réaction hostile des hitlériens. Bientôt ils sont 20

tOllS(1rrêtés~et un groupe de nationalistes ukrainiens avec à sa tête la célèbre poètes sc O. Téliha est fusillé à Kiev. En 1942 - 1944 les hitlériens ont déporté de l'Ukraine en Allclnagne pour des travaux forcés plus de 2 111ilIions de jeunes. Pour assurer une exploitation plus intensive des paysans. les occupants gardent le systènle de kolkhozes. La politiquc anti-ukrainienne du pouvoir nazi provoque un puissant nlouvenlcnt de partisans sur les territoires occupés. L'arll1éc d'Insurgés Ukrainiens ( UPA ) conlnlence ses activités en Volynie, et les détachenlcnts des partisans soviétiques - dans la région de Tchernihiv. Un peu plus tard des heurts et des con1bats se produisent entre les partisans soviétiques et les détachenlents de l'OPA. Après la libération de l'Ukraine des troupes nazies, l'UPA continue de lutter en Ukraine Occidentale jusqu'au début des années 1950. La deuxiènlc guerre nlondiale une fois terll1inée, en juin 1945 la Transcarpatie est rattachée à la RSS d'Ukraine. Ainsi presque toutes lcs terres ethniques ukrainiennes ,) l'exception de quelques territoires faisant partie des États voisins de l'Ukraine, sont inclus à la RSS d'Ukraine. L'Ukraine devient nlell1bre de l'ONU en tant que l11ell1breondateur. f L'Ukraine a subi des pertes considérables pendant la guerre, sa population a diIninué de 10~5 n1illions d'habitants dont la nl0itié a péri et l'autre a été déporté dans les canlps de concentration soit en Allell1agne soit en URSS. Dix autres lnillions d'habitants restent sans abri car des centaines de villes et des nlilliers de villages ont été brûlés. Après la guerre. Moscou poursuit sa politique anti-ukrainienne. En 1946 Staline ordonne de liquider l'Eglise uniate ( gréco-catholique) qui conlptait en Ukraine Occidentale quelques n1iIIions de fidèles. La hiérarchie de l'Eglise avec à sa tête le lllétropolite 1. Slipy est condanlnée cI une détention de plusieurs années dans des call1ps de concentration, et leurs églises sont transn1ises Ù l'Eglise orthodoxe russe. Les uniates qui restent fidèles à leur foi fornlent une Église secrète, des cataco111bes. Les persécutions des intellectuels ukrainiens prennent de l'envergure. Ainsi en 1951 le journal central du parti conulluniste " Pravda" et à sa suite toute la presse ukrainienne critiquent féroceIllent le célèbre poète ukrainien V. Sosioura pour son poènle patriotique" AiIllez l'Ukraine" écrit dés 1944. Après la n10rt de Staline. les persécutions anti-ukrainicnnes s'apaisent pour un certain telllps, il s'en suit une déstalinisation tiInidc et une réhabilitation posthunle des h0l11111eS culture el des savants ukrainiens de exterll1inés au cours des années de la terreur stalinienne. Dans les années 1960, on voit apparaître les prenlÎers " chestydesiatnyky " littéralenlent "ceux du groupe des années 1960 ", écrivains et publicistes qui nlettent en doute les dogllles officiels et exprÏ1nent leurs sentill1cllts nationaux plus ou n10ins 21

ouvertelnent. Le poète prélnaturélnent dispanl Vassyl Synl0nenko est le plus brillant d'entre eux. Le critique littéraire Ivan Dziouba écrit son étude " L'Intcrnationalislne ", ou la nlssification qu'on distribue sous cape cn plusieurs copies. A cette époque une autre vague de répression s'étend sur l'Ukraine~ et au début des années 1970 le pouvoir procède à de nouvelles arrestations. Entre tClllpS,se consolide le nlouvenlent des dissidents pour la défense des droits nationaux et religieux, contre la violation des libertés politiques garanties par la Constitution de la RSS d'Ukraine. On voit se développer le " sanlizdat " - des publications illégales des articles et des livres, des poènles et des études scientifiques contredisant le l11arxisnle léninisnle officiel. Ainsi:- le Groupe d'Helsinki de 1975, avec M. Roudenko, L. Loukianenko, V. Tchornovil, J. Badzio, les frères B. et M. HOl)'n, M. Ossadtchy, 1. Svitlytchny, E. Sverstiouk et les autres patriotes tous luttent contre le réginle conlnluniste totalitaire et deviennent très connus. Plusieurs d'entre eux périssent dans les prisons et dans les canlps du Goulag, dont un grand poète, continuateur des traditions des poèlnes politiques et philosophiques de Chevtchenko - Vassyl Stouss. Les efforts pleins d'abnégation des dissidents ukrainiens préparent le terrain à la propagation de l'idée de l'indépendance de l'Ukraine pendant la période de la soi-disant" perestroïka" quand l'échec conlplet de la théorie et de la pratique du C011111lunisl1le devient évident à tout le 111onde.En avril 1986 la catastrophe de la centrale atonlique d.e Tchernobyl, située à 90 knls au nord de Kiev, provoque des désastres hUlllains et écologiques considérables et devient le sYlnbole de l'incolnpétence et de l'irresponsabilité du pouvoir. Les vagues de colère populaire suscitent des 1110uven1cnts qui lancent un défi el la politique du parti conlnluniste: l'organisation écologique " Un nlonde vert" présidée par l'écrivain et ll1édecin Youri Chtcherbak" la Société de la Langue Ukrainienne T. Chevtchenko avec à sa tête le poète Dlnytro Pavlytchko, et enfin, la plus grande et jouissant de la plus grande influence - le Mouvenlcnl Populaire de l'Ukraine - présidé par le poète Ivan Dratch. Ces organisations avec d1autres s'efforcent de fonner J'opinion publique, ellcs sont soutenues par les étudiants. On voit renaître l'Eglise orthodoxe autocéphale ukrainienne tandis qu'en Ukraine Occidentale c'est l'Eglise gréco - cathoJique qui sort de la clandestinité. Le 21 janvier 1990 se tonne une tlchaînelt vivante à l'occasion des anniversaires de l'indépendance et de l'unité de l'Ukraine proclalnées en 19I8 et en 1919. Elle tén10igne du nouveau clinlat en Ukraine. Trois l11illions d'hol1unes et de fenunes, la Inain dans la nlain, rejoignent entre elles les villes de Kiev, de Lviv, et d'Ivano - Frankivsk. Sous la pression de l'opinion

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publique~ le Soviet Suprên1e de la RSS d'Ukraine adopte la loi sur le statut officiel de la langue ukrainienne~ de nouveaux partis politiques sc constituent en Ul<raine_de plus en plus de conul1unistes quittent les rangs de leur parti. Après le coup d'État n1anqué en URSS d'août 1991, le Soviet Suprên1c interdit l'activité du parti conulluniste Inêlé à ce cOlnplot. Au référendun1 du 1er déccn1bre 1991 plus de 90 % de la population de l'Ukraine se prononce pour son indépendance. Au tTIoisde décen1bre 1991 l'Ukraine.. la Russie et la Biélorussie proclalnenl1a dissolution de l'URSS et la création de la C.E.I (Confédération des Etats Indépendants ). C'est une page de l'histoire de l'Ukraine qui est tournée.

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L ' U KRA l N E au L A R 0 US' L A R 0 US' au L A RUS SIE?

Presque tous les historiens russes des XIX - XXèrne s. cherchent les racines de l'Etat russe dans la Rous' kiévienne. On a établi trois périodes dans l'existence de la Russie: la kiévienne qui se tennine à la 1110itié XlIlèlne s., du la n10scovitc entre la deuxièn1c n10itié du XllIèn1e s. et la fin du XVIlèllle s., la pétcrsbourgcoise - du début du XVllIèn1c s. jusqu'cn 1918~ quand la capitale est de nouveau transférée à Moscou. Si l'on considère con1n1Cfacteur essentiel de l'existence dc l'Etat la dynastie au pouvoir, on aurait pu adoptcr le point de vue des historiens russes: il est vrai que ce sont les représentants de la Inêtlle dynastie des Rurikuides ( du prince Igor à Fédor, fits du tsar Ivan IV le Terrible) qui occupent les trônes de Kiev et de Moscou à partir du IXèn1e jusqu'à la fin du XVIèllle s. Cependant la dynastie des princes ou des tsars ne s'identifie pas à l'Etat. Au début du XVllèn1e s. le trône de Moscou est déjà occupé par un ROluanov, tuais le pays n'a point changé de ce fait: il reste toujours le royaun1e Moscovite. Quand les Bourbons succédent aux Valois sur le trône français, la France reste la France. le trône polonais une fois occupé par le prince lituanien Jagaïlo et ses descendants les JageIJons, la Pologne n'en dcvient pas pour autant Lituanie. La Bulgarie ne devient pas Autriche après l'apparition sur son trône dans le dernier quart du siècle passé un tsar de la dynastie princière autrichienne des Babenberg. Ces exclnples bien connus suffisent à n10ntrer que la présence des Rurikidcs sur les trônes de Kiev et de Moscou ne peut pcrlllettre de considérer conU11ele 111ên1e Etat la Rous' kiévienne et le royaun1c de Moscou. La confusion provient vraiselnblableIl1cnt du fait que '\'crs la fin du XVén1c s. Moscou se 111ctà croire que toutes les terres de J'ancien Etat kievien doivent appartenir aux princes de Moscou, héritiers de la dynastie de Kiev~ les princes de Moscou C0I11111encent au XIVén1e s. à elnployer le déjà tennc " de toute la Rous' " ( 1. Krypiakévitch. Histoirc de l'Ukraine, éd. 2 Lviv, " Svit ", 1992, p. 126.. en ukrainien ). Lcs partisans de l'idée de l'unité des États de Kiev et de Moscou soulignent le fait que Moscou ( et plus précisén1cnt la principauté de VladiInir - Souzdal, car Moscou n'cxistait pas encore el l'époque) a reçu le christianislne et une culture ancienne des nlains de Kiev. Personne ne peut le nier. Main n'oublions pas que les ancêtres des Français d'aujourd'hui ont hérité leur culture de ROIlle,Inais personne nfen déduit, que }'Enlpire rOll1ain 24

devrait être considéré COl11nlela prelnière étape de l'existence de l'Etat français. L'absurdité de cette supposition est des plus claires. Enfin, il reste encore un argunlent - celui de la langue. Tenant con1pte de la sÏ1nilarité des 1110tS Rous' " et " Russie", on rend cet argu111ent " d'autant plus" convaincant". Dans des articles et des livres publiés en langues étrangères, on ne distingue pas la "Rous' " et la " Russie" et on écrit toujours pour Siu1plifier les choses" Russie". On voit dans les pages de publications des pseudo - tert11eSdu type la " Russie Kievienne " ou " le prince russe Vladinlir le Saint". Mais si on abandonne tous ces quiproquos de la traduction, la sÎ1nilarité déjà citée des n0111inations reste. De quoi tél110igne- t - elle? Le nlot " Russie" provient du grec" Rossia ". C'est COlTI111e que cela Byzance désignait autrefois la Rous' Kiévienne, et Pierre I en créant son État centralisé l'a n0l1ll11é Rossiyskai"a hnperiïa " ( l'Elnpire russe ). Ainsi, cette " dénonlination a revêtu un sens inhabituel, solennel qui soulignait la liaison du nouvel elnpire avec la Rous' kiéviennc. C'est là la clé de l'énign1e de sin1ilitude des dénoll1inations. Il est à rappeler que le nonl con1plet de l'El11pireRusse et sa variante abrégée - " Rossia " ( Russie) n'apparaissent qu'au début du XV1Ilènle s. Auparavant. la dénolnination officielle de l'État des prédécesseurs de Pierre I était le Royau1l1ede Moscou. A l'occident~ cet État était nonlnlé " la Moscovie". Le nonl de " Rous' " était traditionnellenlcnt appliqué à l'Ukraine parallèlen1cl1t avec le 1110t Ukraine" qui apparaît pour la prelnière fois dans " la Chronique de Kiev en 1187. A cette époque, il était utilisé pour dénonl111er la principauté de Péréïaslav qui était alors le " Krai " ( le bout) sud - est des terres ukrainiennes peuplées, car au - delà de ses linlites conunençait la Steppe sauvage. Mais peu à peu le n0111" Ukraine " se propagea sur les principautés ukrainiennes voisines et enfin sur 1!ensen1blc des territoires habités par les Ukrainiens. Après l'introduction sur les terres ukrainiennes de l'ordre russe~ on C0l1ll11ença en1ployer deux nouvelles dénol11inations: la Grande Russie pour à l'ancienne Principauté de Moscou et la Pctite Russie pour l'Ukraine. Ces n01115 étaient conl111odes.La politique de..russification des autorités tsaristes affirll1ant que le l11ênlepeuple habitait la Russie et l'Ukraine~ les deux pays ne se distinguant que par leurs territoires. La dénOll1ination " Ukraine" qui révèle la différence entre les Ukrainiens et les Russes était proscrite. Il est curieux qu'au cours de la deuxièl11e n10itié XIXèn1e s., à l'époque du développenlent du nlouvenlent de libération nationale en Ukrainc on ait 1101111né Petits Russes" les Ukrainiens nlssifiés ayant oublié leur " langue et leur culture. 25