Politesse en situation de communication sino-française

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Cette étude porte sur les pratiques de politesse entre étudiants chinois en français et expatriés français résidant dans la province de Guangdong en Chine. Leurs stratégies de politesse sont analysées au travers du récit de leurs réussites et échecs. En effet, la réussite de ces stratégies est souvent perturbée par les implicites dus à l'écart entre ces deux cultures distantes. Ces implicites rendent les messages de politesse incompréhensibles ou mal interprétés.
Publié le : mardi 1 avril 2003
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EAN13 : 9782296317307
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Zhihong PU

POLITESSE EN SITUATION DE
COMMUNICA TION

SINO-FRANÇAISE
Malentendu et compréhension

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-4139-8

INTRODUCTION GENERALE

Avec l'ouverture de la Chine vers l'extérieur, et en particulier avec l'entrée de la Chine dans l'OMC en 2001, les Chinois se frottent de plus en plus aux cultures étrangères. Ce phénomène coïncide avec la mondialisation de l'économie et renvoie à la notion de « village global ». En 1996, dans la province de Guangdong en Chine du Sud, on comptait une cinquantaine d'entreprises françaises, de Joint-Ventures sino-françaises ou de bureaux de représentation français, alors qu'en 2001, ce nombre a augmenté pour atteindre 168 sociétés, ce qui représente un accroissement de plus de 300 pour centl. Quant à l'effectif des apprenants de français dans la province, on constate aussi son accroissement rapide. Ces dernières années ont vu une progression notable du recrutement des élèves de l'Alliance Française à Canton et dans les deux universités du Guangdong où le français est enseigné comme première spécialité, l'Université Sun Yat-sen (l'université la plus importante de la Chine du Sud) et l'Université des Etudes étrangères du Guangdong (Voir les deux tableaux suivants) : Année 1996 1997 1998 1999 2000 2001 Alliance 383 859 960 1070 1370 1847 Française Université Sun 54 63 70 83 96 101 Y at-sen Université 72 74 79 109 139 167 Etude Langue Tableau 1 : Nombre d'inscriptions en français de première spécialité dans l'établissement Alliance Française, à l'Université Sun Yat-sen et à l'Université des Etudes étrangères du Guangdong.

1

Cf. Document:
Expansion

Les entreprises françaises
économique de Canton, 2001.

implantées en Chine du Sud, Canton:

Poste

2001 1996 1997 1998 1999 2000 Année 130 144 191 332 318 Université Sun 84 Yat-sen 392 421 665 911 1230 Université 390 Etudes Langues Tableau 2 : Nombre d'inscriptions en français deuxième langue étrangère à l'Université Sun Yat-sen et à l'Université des Etudes étrangères du Guangdong. D'après le tableau 1, l'Alliance Française a connu une augmentation remarquable du nombre des élèves chinois de français. Pendant les six dernières années, le résultat est évident: 383 inscriptions en 1996, 859 en 1997 (+124,3%), 960 en 1998 (+11.80/0), 1070 en 1999 (+11.5%), 1370 en 2000 (+28,0%) et 1847 en 2001 (+13,5%). Si l'on compare le chiffre de 1996 à celui de 2001, on constate une progressionl de 482,2%. D'après les tableaux 1 et 2, à l'Université Sun Yat-sen, le nombre d'inscriptions en français comme spécialité et comme deuxième langue étrangère atteignait à peine 138 personnes en 1996, alors qu'en 2001, 419 personnes se sont inscrites, ce qui représente environ 303,6% d'augmentation. Cet accroissement présente des perspectives florissantes. L'Université des Etudes étrangères du Guangdong a enregistré des performances remarquables: 462 personnes inscrites en 1996 pour 1397 en 2001 (l'accroissement est donc de 302,4%). Ces chiffres expliquent les rencontres toujours plus nombreuses entre les deux pays. La géographie place les deux nations aux antipodes. L'éloignement n'est-il pas au moins aussi grand lorsqu'on se place au niveau culturel? Dans ces conditions, lorsque les personnes issues des deux cultures veulent communiquer, peuvent-elles bien se comprendre? Pour aborder cette problématique, nous avons élaboré un petit test destiné aux étudiants de français de première année, de troisième puis de quatrième année, ainsi qu'aux étudiants diplômés travaillant
1

Cf. Echos Du Sud, N°l janvier 2000, p.3, (Bulletin de liaison de la communauté
et francophone Française de Chine du Sud) et certaines données obtenues auprès de à Canton en 2001.

française l'Alliance

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depuis un ou deux ans dans des entreprises françaises. La question se formule comme telle: «Ecrivez les 5 qualificatifs qui vous viennent en premier à l'esprit pour caractériser les Français ou leurs comportements. » En analysant les résultats, nous observons que les représentations que se font les étudiants chinois des Français varient en fonction de l'avancement de leurs études. Les étudiants débutants connaissant les Français seulement au travers de la littérature, de films ou d'autres sources de médias, pensent qu'ils sont «romantiques », « élégants », « gastronomes », et qu'ils possèdent une culture riche... Pour ceux ayant eu certains contacts directs avec des Français lors du stage de troisième année, les bonnes impressions s'affaiblissent, voire s'effondrent. Les Français deviennent aux yeux d'une bonne partie des étudiants « indisciplinés », « peu ponctuels », « individualistes» au sens péjoratif, « avares », « difficiles» et « hautains ». L'appréciation sur les Français s'améliore un peu chez les diplômés qui ont commencé à travailler ou chez ceux qui connaissent un peu mieux les Français: ces derniers redeviennent « intelligents », « ont des connaissances variées et riches », sont « sérieux dans leur travail », « polis », « plein d'humour »... La courbe de bonne appréciation aurait tendance à remonter au fur et à mesure que les Chinois connaissent davantage les Français et qu'ils sont plus à l'aise dans la communication interculturelle. Partant des représentations stéréotypées, la courbe impliquerait un processus d'évolution du malentendu ou de l'incompréhension vers la compréhension. Comment expliquer ces malentendus/incompréhensions/ compréhensions? Cette question a initié notre recherche sur la communication interculturelle des étudiants chinois de français de spécialité de l'Université Sun Yat-sen avec les expatriés français. En cherchant un point d'entrée à cette recherche, l'interrogation sur les formes différentes de politesse s'est imposée. D'abord, cette notion appartient au domaine social et universel. Ensuite, sa diversification est à la fois le reflet de I'histoire des pays, et des caractéristiques de leurs structures sociales. La politesse intervient dans la communication quotidienne et elle constitue le pont indispensable pour établir des relations entre personnes de cultures différentes. Envisagées comme un lubrifiant pour régler les conflits et établir des relations harmonieuses, elle est ainsi utilisée d'une manière générale par les interlocuteurs au cours de leur communication. Notre travail porte sur la politesse ou sur les stratégies de politesse utilisées lors de la communication des étudiants de français 9

et des nouveaux diplômés de français de l'Université avec les expatriés français dans la province de Guangdong. Nous focalisons principalement notre recherche sur des systèmes de valeurs issus des deux cultures et sur les stratégies de communication des étudiants et des expatriés français. En effet, dans la communication interculturelle entre les expatriés français et les étudiants de français, ces derniers se trouvent souvent en position d'infériorité. Ils utilisent la politesse comme stratégie pour une bonne communication. Or, la réussite est souvent perturbée par des implicites dus aux diversités propres aux deux cultures distantes. Les implicites rendent les messages de politesse incompréhensibles ou mal interprétés. Ainsi, la réussite des stratégies de politesse implique une compétence de savoir-vivre consistant à savoir hiérarchiser les implicites et identifier les malentendus culturels. Nous pouvons formuler l'objectif de notre recherche en trois questions: Comment se présente la politesse dans les deux cultures? Comment l'implicite génère-t-il des malentendus dans les stratégies de politesse? Comment peut-on acquérir une compétence interculturelle de savoir-vivre? Ces interrogations nous conduisent à trois hypothèses suivantes: 1) Entre des cultures distantes, les implicites liées aux pratiques de la politesse génèrent des malentendus. 2) Les pratiques liées à la politesse ne supposent pas seulement l'apprentissage des règles de savoir-vivre, mais aussi l'appropriation des implicites qui y sont associés. 3) La compétence interculturelle liée aux situations de communication franco-chinoises consiste à savoir hiérarchiser les implicites et à identifier les malentendus culturels. Le choix de la politesse, ou plus exactement, les stratégies de politesse, comme objet de description, aura trois implications majeures sur notre démarche: 1) On parlera des activités des interlocuteurs, activités orientées et finalisées. La politesse sera pour nous un acte destiné à modifier la réalité sociale ou plus précisément, à modifier les relations interpersonnelles du locuteur avec son allocutaire. 2) On partira du locuteur comme agent social rationnel sachant manifester ses intentions à partir des moyens disponibles et en fonction de la situation.

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3) Il faut souligner que la mise en œuvre des stratégies est un processus. Un processus d'interactions ou de communication, mais aussi un processus d'apprentissage et d'acquisition d'une compétence de communication. Donc, au lieu de se limiter synchroniquement à la découpe des événements, nous ne négligerons pas non plus l'analyse du processus d'apprentissage et de l'évolution de cette compétence avec Ie temps 1. Quand nous utilisons les termes de politesse chinoise et de politesse française, nous supposons qu'il existe une tendance nationale. Toutefois dans chacune de ces deux cultures, la politesse peut varier d'une région à l'autre. C'est pourquoi, il est nécessaire de se montrer vigilant face à une généralisation éventuelle et il importe d'analyser les problèmes selon les circonstances. Nous puisons la source du cadre théorique dans la pragmatique, en nous enrichissant des outils sociologiques et anthropologiques permettant l'accès à un système et à la conscience collective. De plus, les didacticiens et spécialistes de la communication nous apportent leurs savoirs, pour comprendre les stratégies de communication et l'apprentissage de ces dernières, ainsi que la complexité d'une compétence de communication interculturelle. Ils nous inspirent aussi certaines idées pour des améliorations de l' enseignement/ apprentissage des langues et des cultures étrangères. Nous avons dans notre recherche deux corpus: un corpus relatif à quatre manuels de savoir-vivre chinois et français, un second relatif à vingt-quatre entretiens menés auprès des étudiants ou de nouveaux diplômés de français de l'Université Sun Yat-sen et des expatriés français séjournant ou venant souvent dans la province de Guangdong. Enfin, nous divisons notre ouvrage en six chapitres. Dans le premier, nous étudierons le contexte de la recherche avec la présentation de l'état du lieu, la province de Guangdong, les relations entre cette provincè et la France ainsi que l'état des acteurs que sont les étudiants chinois de français et les expatriés français dans la province de Guangdong. Dans le deuxième, nous essaierons de chercher le sens social et communicatif de la politesse pour la communication interculturelle. Le troisième est consacré à une approche historique de la politesse. Nous y parcourrons d'une manière
1 Ces deux premiers points de ces conséquences se réfèrent à Lihua Zheng, Les stratégies de communication des Chinois pour la face, Thèse sous la dir. L.J.
Calvet, Université Paris V, Paris: 1994, p.15.

Il

diachronique la politesse chinoise et française. Le quatrième analysera le système de valeurs en se référant à quatre manuels de savoir-vivre chinois et français. Le cinquième portera sur les stratégies de politesse pragmatiques à partir des entretiens susdits. Le dernier analysera certains facteurs intervenant dans la communication entre les étudiants et les expatriés, puis il apportera quelques propositions pour l'enseignement/apprentissage d'une langue étrangère et pour l'acquisition de la compétence interculturelle.

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CHAPITRE 1

THEATRE ET ACTEURS

Chaque individu joue un rôle dans la société, dans la vie au quotidien, s'impliquant concrètement dans des situations particulières. L'individu se retrouve être un acteur social au sein d'un théâtre, d'une représentation, d'une mise en scène, qui ne sont que quelques-unes des expressions métaphoriques qu'affectionne tout particulièrement E. Goffman. Cet acteur (malgré lui) joue sur une scène selon sa propre identité et certaines normes sociales. Aussi la représentation des acteurs sur scène devient-elle un enjeu crucial pour la réussite d'un échange, pouvant s'inscrire dans une dimension interculturelle. Il existe en effet une analogie entre les représentations théâtrales et la vie réelle: «Les relations sociales ordinaires sont elles-mêmes combinées à la façon d'un spectacle théâtral, par l'échange d'actions, de réactions et de répliques théâtralement accentuées... La vie ellemême est quelque chose qui se déroule de façon théâtrale. Le monde entier, cela va de soi, n'est pas un théâtre, mais il n'est pas facile de définir ce par quoi il s'en distinguel. » Dans ce chapitre, nous présenterons l'état du lieu, la province de Guangdong, les relations entre cette province et la France ainsi que l'état des acteurs que sont les étudiants chinois de français et les expatriés français dans la province de Guangdong.

1. Contexte socio-historique des relations sino-françaises dans la province de Guangdong
Notre théâtre concerne la province de Guangdong. Les relations sino- françaises tissées depuis plusieurs siècles entre cette province en Chine du Sud et la France, au travers d'échanges commerciaux, économiques, culturels, et autres, constituent la toile de fond de notre recherche. Après avoir abordé certaines généralités sur la province de Guangdong, son développement économique, son ouverture vers

1

E. Goffman, La mise en scène de la vie quotidienne, 1. la présentation de soi,
Minuit, 1973, p.73.

Paris:

l'extérieur, nous détaillerons plus particulièrement ses échanges avec la France mais aussi la présence des entreprises françaises dans cette province.

1.1. La province de Guangdong La province de Guangdong est située au sud de la Chine. Baignée sur son flanc sud par la Mer du Sud, elle est limitrophe de Hongkong et Macao. S'étendant sur une superficie totale de 178 000 km2, représentant 1,85% du total national, cette province présente un rivage maritime de 3 368 km, côte la plus longue des provinces de Chine. Le territoire du Guangdong se compose de régions montagneuses, collines, plateaux et plaines avec de hauts reliefs au Nord et de bas reliefs au Sud. Parmi les plaines, celle du Delta de la Rivière des Perles et celle de Chaoshan se distinguent par leur grande superficie. La province est sillonnée par d'innombrables cours d'eau: les fleuves Dongjiang, Xijiang et Beijiang sont ses principaux et font partie du réseau de la Rivière des Perles. De plus, le réseau fluvial des régions côtières de l'Est et de l'Ouest du Guangdong est plutôt riche. Le Guangdong est l'une des provinces chinoises qui présente l'une des plus fortes densités démographiques. Fin 2000, cette province abritait une population de 74 985 400 habitants. C'est une province multiethnique, habitée par les Han et où cohabitent 52 minorités nationales. Sa population Han majoritaire représente 99,4% de la population totale. Les autres minorités nationales comprennent les Zhuang, les Yao, les She, les Hui, les Mans etc. Plusieurs dialectes chinois composent les langages principaux au sein de la province de Guangdong. Les dialectes populaires sont le cantonais, le hakka et le dialecte Min, en sachant que la plupart des gens parlent cantonais. Les conditions naturelles et démographiques favorisent le développement économique de la province et ses échanges avec l'extérieur.

1.2. L'ouverture et le développement économique du Guangdong La province de Guangdong s'inscrit dans une très longue histoire d'ouverture vers l'extérieur. Son chef-lieu, la ville de Canton fut le premier port commercial international de l' histoire de la Chine, et ce 14

port n'a jamais connu de déclin. Le commerce avec l'Asie du Sud et l'Europe remonte au Ille siècle. Sous les Tang (618-907) et les Song (960-1279), Canton était dénommé « Voie desservant l'étranger» et présentait une forte prospérité au niveau du commerce extérieur, devenant alors un lieu présentant une forte densité de commerçants originaires de différents pays. Beaucoup de bateaux hauturiers reliaient l'Asie et l'Afrique, en partant de Canton, rendant ainsi ce port connu de par le monde. La domination des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1911) fut marquée par un retour à l'isolationnisme. Les ports des provinces côtières des Jiangsu, Zhejiang et Fujian furent clos. Le commerce extérieur n'était autorisé qu'à Canton. Aussi cette ville était-elle, durant une certaine période, le seul port destiné au commerce extérieur de la Chine. Au XVIe siècle, alors que les Européens se rendaient en Chine, la province de Guangdong était leur première escale. Dès l'ouverture de la Chine dans les années 70, le Guangdong est la première province qui, à partir de 1978, s'est lancée dans la reforme économique et l'ouverture vers l'extérieur. Le Conseil des Affaires d'Etat y a successivement approuvé l'établissement des zones économiques spéciales de Shenzhen, de Zhuhai et de Shantou, ainsi que la désignation de Canton et de Zhanjiang comme villes côtières

ouvertes, puis, la désignation du Delta de la Rivière des Perles 1 en
tant que région économique ouverte. Enfin l'installation de zones de développement économique et technique2 dans l'agglomération de Canton, Zhanjiang, Panyu Nansha et Huizhou Daya Bay. La province de Guangdong développe vigoureusement une économie orientée vers l'exportation. Environ 40% de son PIB est réalisé sur le marché international et 40% de ses fonds de construction sont importés de l'étranger. Principaux statistiques économiques3 du Guangdong en 2000 Son PIB a atteint 966,223 milliards de yuans RMB, soit une augmentation de 10,8% par rapport à l'année précédente. Le taux moyen d'accroissement annuel était de 14,7% entre 1991 et 2000, classant la province au premier rang en Chine.

.

1 Le Delta de la Rivières des Perles est la région la plus développée et la plus riche de la province. 2 L'équivalent des pôles technologiques ou des ZI ( Zones industrielles) français. 3 Cette partie se réfère aux Annales du Guangdong, 1986-2000. 15

industrielle et agricole était de 1 860,565 milliards de yuans RMB, soit un accroissement de 10,9% par rapport à l'année précédente. . La valeur globale de la production du secteur tertiaire était de 379,342 milliards de yuans RMB, soit un accroissement de II,8% par rapport à l'année précédente.

. La valeur globale de la production

. Les revenus par habitant dans les agglomérationsurbaines
étaient de 9 762 yuans RMB, soit un accroissement de 7%, hissant la province au premier rang en Chine. Les revenus nets individuels par habitant des agglomérations rurales étaient de 3 654 yuans RMB, soit une augmentation de 7% par rapport à l'année précédente.

.

Commerce extérieur Profitant grandement de sa proximité géographique avec Hongkong et Macao, ainsi que la présence de nombreux investisseurs chinois installés à l'étranger, le Guangdong s'efforce toujours de développer une économie orientée vers l'exportation. Depuis la réforme et l'ouverture en 1978, cette province a établi des relations commerciales avec 190 pays et régions. La valeur des exportations constitue plus de 40% de la valeur globale de la production du Guangdong. En 2000, la valeur totale de l' import-export s'est élevée à 170,16 milliards de dollars US, soit plus de 86 fois supérieure à celle de l'année 1979: 1,94 milliards de dollars us. La valeur des exportations de l'année 2000 était de 91,919 milliards de dollars US, accusant un accroissement de 18,8% par rapport à l'année précédente et représentant 41,2% du total national. Les exportations du Guangdong se classent au premier rang de la Chine depuis 15 ans. Les marchés d'exportation du Guangdong s'étendent dans près de 190 pays et régions. Le Guangdong a créé plus de 800 entreprises dans plus de 60 pays et régions. Parmi les marchandises d'importation et exportation du Guangdong, la proportion entre les produits primaires représente 5% pour 95% des produits finis. L'exportation des produits mécaniques et électroniques a connu une augmentation très rapide, représentant 46% du total.

16

Utilisation des capitaux étrangers De 1979 en 2000, le Guangdong a signé 231 703 contrats avec les investisseurs venant de plus de 70 pays et régions. La valeur totale des contrats était de 196, 388 milliards de dollars US avec l'utilisation réelle de 125,7 milliards de dollars US. La valeur totale des contrats d'investissements étrangers directs en constituait 170,46 milliards de dollars US et l'usage réel des fonds étrangers était de 103,43 milliards de dollars US, le montant des contrats de sous-traitement pour l'étranger était de 10,1 milliards de dollars US et l'utilisation réelle des capitaux étrangers était de 7,764 milliards de dollars US. Le montant des prêts étrangers était de 18,584 milliards de dollars US. En 2000, l'usage réel des capitaux étrangers a atteint 14,575 milliards de dollars US, une augmentation de 0,7% par rapport à l'année précédente. L'infrastructure, les industries fondamentales, les projets nécessitant des composantes en capitaux et en haute technologie deviennent les favoris des investisseurs étrangers. Parmi les 500 plus grandes sociétés transnationales mondiales, 200 ont investi des capitaux au Guangdong. Parmi les 500 plus grandes entreprises à capitaux étrangers en Chine, 174 ont des filiales au Guangdong. Tourisme Le tourisme fait aussi partie de l'ouverture du Guangdong vers l'extérieur. Depuis ces dernières années, le tourisme du Guangdong s'est développé rapidement. Réunissant un grand nombre de sites pittoresques et de monuments historiques, le Guangdong a formé une zone touristique triangulaire: Guangdong, Hongkong et Macao. A présent, la province a 994 hôtels recevant les étrangers, 406 hôtels à étoile, dont 15 de cinq étoiles, 31 de quatre étoiles. De plus, la province a 484 agences de tourisme et 25 villages touristiques au niveau provincial. En 2000, le nombre des entrées des touristes étrangers et de Hongkong, de Macao et de Taiwan aux ports du Guangdong était de Il,99 millions, en augmentation de 12,5% par rapport à l'année précédente, dont 2,13 millions de touristes étrangers. Le chiffre d'affaires total du tourisme était de 111,5 milliards de yuans RMB, dont le revenu en devises étrangères était de 4, Il milliards de dollars US, une augmentation de 25,7% par rapport à l'année précédente. Grâce à ses échanges commerciaux avec l'étranger, à sa politique d'ouverture depuis les années 70 et au développement toujours croissant de l'économie, l'économie du Guangdong s'est 17

beaucoup développée. Son économie et son commerce extérieur, qui ont placé, pendant 16 années de suite, cette province au premier rang du pays, ont été progressivement intégrées dans le système économique de la division du travail internationale et des échanges internationaux. Le Guangdong présentent désormais une renommée internati onal e.

1.3. Echanges entre le Guangdong

et la France

Les échanges économiques et commerciaux entre le Guangdong et la France ont une très longue histoire. De quel pays venaient les premiers Européens en Chine? C'est une question discutée par des historiens chinois et étrangers 1. Certains pensent que ce sont les Portugais, d'autres, les Français. Selon l'histoire écrite en Chine, le premier Européen à gagner la Chine fut un Français, C'est Monsieur Nicolas Trigaulf, prêtre Jésuite, qui est arrivé en 1611 à Macao, qui faisait partie alors de la région du Guangdong Le Guangdong, grâce à sa situation géographique, a été depuis plus de deux mille ans une plaque tournante du commerce. L'histoire entre le Guangdong et la France, longue et pleine de vicissitudes pourrait se diviser en quatre étapes: étape des échanges commerciaux basés sur des avantages réciproques, étape masquée par le colonialisme, étape du développement moyen et étape du grand développement. a) Etape des échanges commerciaux basés sur l'avantage réciproque (entre 1611 et 1840). Plusieurs événements ont marqué cette période. En 1698, le premier bateau commercial «Amphitrite », venu de France, a gagné Canton, chef-lieu du Guangdong. Il y est resté pendant plus d'un an et a repris le chemin de retour le 28 janvier 1700, chargé à ras bord de tissus de soie et de porcelaines. La beauté et la finesse de ces marchandises ainsi que le grand profit tiré de ce voyage ont bouleversé la France. En 1701, le bateau est revenu de nouveau et

1 Notons qu'en 1248, Louis IX, roi de France a déjà envoyé une mission au Mongol pour rencontrer l'empereur mongol qui avait conquis la Chine et y avait étendu son terri toire. 2 Nicolas Trigault, 1577-1628. Cf. Yuanhua YANG, Du Traité de Huangpu à la visite

de Balladur : relations sino-françaises entre 1844 et 1994, Fuzhou: Editions du Peuple du Fujian, 1995, p.4. 18

a emporté un grand nombre de laques. La technique et le style de ces produits ont beaucoup influencé plus tard les laques français. En mai 1719, la société dont dépendait l' « Amphitrite» a fusionné avec la société des Indes et a créé la filiale Chine. La société a installé sa maison de commerce à Canton. Le commerce de la France en Chine s'est développé rapidement. Parmi les 12 bateaux étrangers faisant du commerce avec le Guangdong en 1736, on en a compté 3 de France. En 1753, parmi 27 bateaux étrangers, 5 venaient de France. En 1728, la France a installé à Canton une chambre de commerce destinée à gérer le commerce français en Chine. En février 1776, Louis XVI a fait installer un Consulat de France à Canton. Pendant cette étape, les religieux et les commerçants français ont introduit le christianisme et des connaissances scientifiques et techniques dans le Guangdong. En même temps, ils ont fait connaître en France la pensée, la culture, les arts et les techniques de la Chine. Ces échanges riches sont considérés comme le premier chapitre des échanges sino- français. b) Etape masquée par le colonialisme (entre 1844 et 1949). Après la Guerre de l'Opium déclenchée par les Anglais en 1840, les autorités de la dynastie des Qing ont été obligées de signer le « Traité de Nankin». Ce traité inégal a couvert la Chine d'opprobre en aliénant sa souveraineté et a montré la faiblesse et la pusillanimité des autorités de la dynastie des Qing. Le gouvernement français a voulu profiter de cette occasion, il a envoyé huit bateaux de guerre avec un envoyé spécial. Arrivé à Macao, ce dernier a fait du chantage et est arrivé à obliger le gouverneur des provinces de Guangdong et de Guangxi à signer le 24 octobre 1844 à Huangpu de Canton le « Traité Hangpu ». C'est le premier traité inégal entre la France et la Chine. Il a autorisé les Français à faire librement du commerce dans 5 ports commerciaux et a accordé beaucoup de privilèges aux Français sur le territoire chinois. Le 16 octobre 1857, sous le prétexte de protéger les intérêts des émigrés français, l'envoyé plénipotentiaire Jean Baptiste Louis Gros a gagné avec son armée Hongkong qui faisait partie à l'époque de la région du Guangdong. Le 29 décembre, les armées de l'Alliance anglo-française ont envahi et occupé la ville de Canton. C'est ce qu'on appelle le déclenchement de la Deuxième Guerre d'Opium. Le 16 novembre 1898, la France a contraint la Chine à lui louer la Baie de Canton (la ville de Zhanjian d'aujourd'hui et sa zone 19

maritime, dans le Sud-ouest du Guangdong) pour une durée de 99 ans. Dans le traité de location, on lit : « Dans la zone louée, tout appartient à l'administration française, les autorités chinoises ne peuvent pas intervenir dans les affaires de la zone. La France peut y construire des plates-formes pour ses canons et y mettre des troupes en garnison. » La Baie de Canton est devenue une « colonie» française.

Le 15 juillet 1924, les ouvriers de l'île de Shamian1 de Canton
ont mené une grande grève contre les nouvelles règles de police dans la zone louée aux Anglais et aux Français. Enfin le 18 août 1945, grâce aux efforts du Général de Gaulle et de Monsieur Song Ziwen, homme politique chinois, la France et la Chine ont signé le « Traité spécial de la remise et de la réception de la Baie de Canton ». La France a rendu la Baie à la Chine. Le siècle a été la période sombre des relations sino- françaises, une histoire pleine de sang et de larmes pour le peuple chinois. Elle a été marquée par l'agression colonialiste et l'occupation de certaines zones chinoises des Français. c) Etape du développement moyen (entre 1964 et 1978). Il faut d'abord faire remarquer que pendant la période entre 1949 et 1964, il n'existait pas de relations diplomatiques officielles entre la France et la République populaire de Chine, car en 1949, lors de la fondation de la République populaire de Chine, la France lui a interrompu les relations diplomatiques. Ce n'est que le 27 janvier 1964 que la République populaire de Chine et la France ont rétabli les relations diplomatiques. Dès lors les relations sino-française sont devenues normales. Pendant cette période, les grands échanges concernaient surtout les domaines politique, culturel, scientifique et technique au niveau national. Le commerce et les échanges économiques se développaient aussi, mais le Guangdong jouait le rôle d'une province parmi d'autres plus développées. d) Etape du grand développement (entre 1978 et 2000). Depuis la réforme et l'ouverture qui a eu lieu en 1978, la province de Guangdong a profité des politiques spéciales et des mesures souples
1

C'est une petite île dont le tiers a été loué par la France et le reste par l'Angleterre. l'entrée de l'île, il y avait des panneaux marqués de «Les Chinois et les chiens peuvent pas y entrer».

A ne

20

conférées par le gouvernement central et s'est efforcée de développer des relations économiques et commerciales avec la France. De leur côté, les Français sont de plus en plus intéressés par le dynamisme du développement économique, le grand marché et le coût bon marché de main-d'œuvre du Guangdong. On constate un grand essor dans leurs échanges et la coopération. Ce phénomène concerne le commerce, le tourisme et les entreprises françaises au Guangdong. Pour le commerce et le tourisme, voir les deux tableaux suivants. Quant aux entreprises françaises, on va en parler séparément dans le souschapitre 1.4. Exportation Importation Total Année Il,80 7,81 19,61 1985 44,54 67,67 112,21 1988 5,19 Il,55 16,74 1997 Il,49 8,68 20,17 1999 14,52 Il,84 26,36 2000 Tableau 3 : Chiffres d'affaires des importations et exportations entre le Guangdong et la Francel. Unité: 100 millions USD Notons que le commerce de sous-traitance est très développé au Guangdong, vu sa position limitrophe de Hongkong, la facilité des transports et des communications ainsi que le coût très bas de la main d' œuvre. L'entreprise française fournit des échantillons, des dessins, des matières premières ou des pièces détachées; l'entreprise chinoise les produit, les transforme ou les assemble afin que les produits finis retournent à l'entreprise française, tel est le cas de Décathlon. Le nombre des touristes français au Guangdong de 1980 à 1999 a connu aussi une grande croissance. Voir le tableau suivant2. 1998 1999 1985 1988 1990 1995 Année 1980 Nb 9600 16600 14600 20591 29728 33033 37893 touristes Tableau 4 : Nombre des touristes français au Guangdong de 1980 à 1999. Unité: personne

1

2 Selon le Bureau du Tourisme du Guangdong en 2000. 21

Cf. les Annales

du Guangdong,

1986-2000.

Si l'on compare le nombre de touristes de 1999 à celui de 1980, on voit une augmentation de presque 300%. 1.4. Les entreprises françaises au Guangdong

Au début de la réforme économique et de l'ouverture du Guangdong, les conditions de l'investissement n'étaient pas très claires aux yeux des entreprises françaises. Le fait était aussi que certaines conditions matérielles n'étaient pas toutes favorables ou idéales et, au début de l'exploitation, certaines entreprises étrangères ont connu des déficits. Beaucoup d'entreprises françaises intéressées par la Chine hésitaient à investir, surtout s'il s'agit d'investissements directs (Voir le tableau suivant1). Total Année Sources des investissements Japon par pourcentage Institutions chinoises à l'étranger

1985 1986 1987 1988 1989 Tableau

Unité: H.K. et USA 10 000 Macao US$ 87,4% 3,8% 51529 92,3% 4,5% 64392 84,6% 6,4% 59396 1,6% 91,0% 91906 82,4% 4,5% 115644 5 : Principaux investissements de la Chine continentale.

Taiwan

6,5% 1,2% 1,7% 2,0% 3,6% 0,4% 2,6% 2,0% 3,30/0 directs par les investisseurs hors

On note entre 1985 et 1989 surtout les investissements directs de Hongkong et Macao, des Etats-Unis et du Japon. Cependant, il faut souligner qu'en 1985, le taux de l'investissement de la France en Chine se classait quand même au premier rang parmi les pays de l'Europe, et au troisième parmi les pays du monde entier, après les Etats-Unis et le Japon. Le Guangdong en était bénéficiaire. En 1989, au moment de la croissance des échanges entre le Guangdong et la France, l'événement du 4 juin sur la Place Tian An Men en Chine a beaucoup refroidi les relations. Et en 1992, la vente des avions Mirages à Taiwan les a empirées. La Chine a demandé à fermer le Consulat général de France à Canton le 24 décembre 1992.
1 Selon le Bureau des Statistiques du Guangdong en 1999. 22

Le projet de métro à Canton que la France suivait de près depuis le début et aurait eu tout à fait des chances d'obtenir a été pris par les Allemands. La France est descendue au douzième rang parmi les pays partenaires du commerce avec la Chine. Le CNPFl a estimé que la vente des avions a causé pour la France une perte de contrats de trois à six milliards de francs français en Chine2, pour la seule année 1993. Le 12 janvier 1994, la déclaration conjointe de Pékin et de Paris a remis en bonne voie les relations entre le Guangdong et la France. Après 1995, elles ont connu un grand essor. Voir les tableaux suivants3 : 1998 1999 2000 1988 1995 1986 Année 13 15 21 25 5 3 Nb projets Tableau 6 : Nombre de projets d'utilisation de capitaux français réalisés par contrat ou accord. Unité: unité 1998 1999 2000 1986 1988 1995 Année Q 28140 31426 3364 2731 25447 28180 capitaux Tableau 7 : Quantité des capitaux français utilisés au terme de contrats ou d'accords. Unité: 10 000 USD 1988 1995 1998 1999 2000 1986 Année Capitaux 11640 30307 499 1641 35580 30909 Tableau 8 : Capitaux français utilisés réellement. Unité: 10 000 USD Les formes de la présence de sociétés et d'entreprises françaises au Guangdong D'après les données du Poste d'Expansion Economique de Canton, en 2001, on compte 168 sociétés et entreprises françaises qui ont installé leur bureau de représentation, leurs filiales ou qui ont créé des Joints Ventures au Guangdong, alors qu'en 1995, on en avait une cinquantaine, soit une augmentation de plus de 300%. Parmi les présents, on compte les grandes entreprises telles qu'EDF, Carrefour,
1 Sigles du « Conseil National du Patronat Français». 2 Cf. Yuanhua Yang, ibid. p.23? 3 Cf. les Annales du Guangdong, 1986-2000. 23

France Télécom, Lyonnaise des Eaux, Thomson, Degrémont, BNP, Société G.énérale... Les sociétés et entreprises françaises se présentent sous différentes formes: a) Le bureau de représentation: l'entreprise l'installe pour établir des liaisons directes avec les instances locales; il peut aussi servir à l'établissement de projets aux fins d'installation de filiale. b) Le Joint Venture franco-chinois: les parties française et chinoise investissent, gèrent et partagent ensemble le bénéfice, la perte et les risques. Il peut avoir d'autres partenaires étrangers, par exemple, France Télécom a à Canton des partenaires japonais et chinois. c) L'entreprise mixte de coopération franco-chinoise: l'entreprise mixte s'établit sous forme de contrat établi par les partenaires qui doivent négocier ensemble les conditions, les droits, les devoirs, le partage des bénéfices, des risques et des dettes ainsi que le mode de gestion, la disposition des biens à l'expiration de la coopération. d) L'entreprise à capitaux exclusivement étrangers: l'entreprise française investit et gère entièrement. e) La société anonyme par action: tous les capitaux de la société se constituent des actions à portion égale, les actionnaires assument les droits et les devoirs de l'entreprise en fonction des actions qu'ils ont achetées. f) La méthode de BOTl, le constructeur prend en charge un projet industriel ou une infrastructure définie, y compris la construction, l'exploitation et la maintenance. Au terme d'un délai déterminé, il transfère le projet au gouvernement local. g) L'entreprise de commerce de compensation: sur la base de crédit, la partie française fournit à la partie chinoise des capitaux ou des équipements techniques et des matières premières et prend en charge l'achat d'une certaine quantité de produits auprès de la partie chinoise. Cette dernière compense directement ou indirectement et rembourse selon un échelonnement prévu l'investissement de la partie française avec des produits fabriqués à l'aide des équipements et de la technique fournis par la partie française. La présence des entreprises françaises se révèle aussi par leurs chiffres d'investissement direct. En voici les tableaux au Guangdong2.

1 Sigles venus de l'anglais de Building, Operation, Transfer. 2 Cf. les Annales du Guangdong, 1986-2000. 24

Année 1985 1988 1995 1998 Nb de 1 1 17 9 projet Tableau 9 : Investissement direct français par projet.

1999 2

Année 1985 1988 1995 1998 1999 investissement 102 1409 20408 4112 4101 Tableau 10: Investissement direct français par capitaux au terme de contrats ou d'accords. Unité: 10 000 USD
Année 1985 1988 1995 1998
I

1999

Capitaux 6 0 2198 7938 6782 Tableau Il : Capitaux français utilisés actuellement dans l'investissement direct. Unité: 10 000 USD
I

D'après les tableaux de ce chapitre et la présence des entreprises françaises au Guangdong, on constate un croisement des échanges de plus en plus grands et intensifs, surtout ces dernières années. Avec l'entrée de la Chine en 2001 à l'OMC, on est convaincu que le Guangdong, porte de la Chine du Sud, attireront davantage les Français, et vice versa.

1.5. Conclusion En somme, depuis la réforme économique et l'ouverture vers l'extérieur en 1978, la province de Guangdong a profité des politiques spéciales et des mesures souples conférées par le gouvernement central. Des avancées remarquables ont été obtenues dans tous les domaines de l'économie et du développement social. Elle est déjà devenue une des provinces économiquement les plus prospères et les plus dynamiques de la Chine. Le Guangdong est une des premières provinces qui appliquent l'ouverture vers l'étranger. Son économie a été graduellement intégrée dans la politique de diversification de la coopération économique et des échanges internationaux. Quant aux échanges avec la France, ils sont de nature historique puisqu'ils remontent à plusieurs siècles. Malgré certaines vicissitudes, un essor important s'est fait ressentir ces dernières années, avec des perspectives prometteuses pour l'avenir.

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2. Acteurs et rapports de force
Nos acteurs sont des étudiants chinois de français de l'Université Sun Yat-sen et des expatriés français au Guangdong, qui présentent tous deux des prestations qui leur sont propres. D. Picard indique que la présentation de soi s'inscrit donc dans une sorte de « mise en scène» de soi dont les règles appartiennent à un code social1. Et P. Bourdieu a dit que tout se passe comme si les conditionnements sociaux attachés à la condition sociale tendaient à inscrire le rapport au monde social dans un rapport durable et généralisé au corps propre, une manière de tenir son corps et de le présenter aux autres, de le mouvoir, de lui faire une place, qui donne au corps sa physionomie sociale2. En réalité, une fois qu'il y a contact humain, la présence des autres et les contraintes interactionnelles pèsent sur l'acteur et transforment ses activités en représentation. Les aspects fondamentaux de la théâtralité se retrouvent dans la vie réelle et dans ses rapports sociaux. Ces aspects fondamentaux de la théâtralité nous conduisent à considérer en tant qu'acteurs des étudiants de français chinois et des expatriés français dans la province de Guangdong dans des scènes de communication interculturelle. D'un côté, ce sont des étudiants de français en troisième et quatrième année ou de nouveaux diplômés de français de l'Université Sun Yat-sen, débutants ou faux débutants dans l'expérience de la communication avec des Français. De l'autre côté, ce sont des expatriés français séjournant ou venant souvent dans la province de Guangdong pour des missions professionnelles, des études, etc.

2.1. Capital linguistique

et culturel

Les connaissances linguistiques et culturelles des acteurs jouent un rôle important dans la communication. Nous les nommons capital linguistique et capital culturel en nous référant aux notions du répertoire verbal et du répertoire communicatif de la langue dans Repères sociolinguistiques pour l'enseignement des langues de

1 Cf. D. Picard, Politesse, savoir-vivre et relations sociales, Paris: PUF, 1998, p.34. 2 P. Bourdieu, La distinction: critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1979, p.552.

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L. Dabène, au capital culturel de P. Bourdieu ainsi qu'au capital linguistique et culturel dans la compétence plurilingue et pluriculturelle de D. Coste, D. Moore et G. Zaratel. En analysant la compétence bilingue, L. Dabène indique: « L'individu procède plus ou moins consciemment à une organisation de ses potentialités langagières de telle sorte qu'il confère à chacune d'entre elles - quel que soit le système linguistique auquel elle correspond - un rôle déterminé à l'intérieur d'un ensemble. Cet ensemble, linguistiquement hétérogène, fonde son homogénéité sur une répartition fonctionnelle des codes (Mackey, 1981). Il constitue le répertoire verbal du sujet tel que le définit J.J. Gumperz (1971 p.152), c'est-à-dire comme the totality of linguistic forms regularly employed in the course of socially significant interaction2. »Le même auteur ajoute plus loin: « speakers choose among this arsenal in accordance with the meanings they wish to convey... » Tenant compte du langage non-verbal et des variations selon les cultures, L. Dabène propose d'appeler cet ensemble le répertoire communicatif. La notion du capital culturel a été enracinée par P. Bourdieu pour analyser et décrire les biens symboliques dont dispose chacun de nous. Pour lui, le capital culturel a trois états3 : - L'état incorporé: «L'accumulation de capital culturel exige une

incorporation qui en tant qu'elle suppose un travail d'inculcation et d'assimilation coûte du temps et du temps qui doit être investi personnellement par l'investisseur. » - L'état objectivé: le capital culturel objectivé dans des supports matériels tels que des écrits, des peintures, des monuments, etc. est transmissible dans sa matérialité. - L'état institutionnalisé: l'objectivation du capital culturel sous forme de titre (ex. un brevet de compétence culturelle). Le capital linguistique et le capital culturel est une richesse personnelle, ils se divisent en capital acquis et capital appris.
1

Cf. D. Coste, D. Moore et G. Zarate, Compétence plurilingue et pluriculturelle vers

un cadre européen de référence pour l'enseignenzent et l'apprentissage des langues vivantes, [1997] Strasbourg: Editions du Conseil de l'Europe, 1999, pp.26-43. 2 L. Dabène, Repères sociolinguistiques pour l'enseignement des langues, Paris: Hachette, 1994, p.86. 3 Cf. P. Bourdieu, « Les trois états du capital culturel », in Actes de la recherche en sciences sociales, N°30, Paris: 1979, p.36.

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« Acquis» désigne celui qu'on a acquis dans la vie quotidienne, d'une façon non systématique. « Appris» désigne plutôt les connaissances apprises dans les écoles, de façon systématique. La notion d'un travail d'inculcation et d'assimilation coûtant du temps et de l'investissement personnel révèle bien la réalité de l'apprentissage des connaissances et l'acquisition d'une compétence culturelle ou interculturelle : le capital linguistique et le capital culturel, acquis ou appris, constituent avec le temps et les efforts une richesse personnelle.

2.2. Les étudiants chinois de français:

Origine et débouché

Les étudiants de français ou plus précisément de spécialité de français de l'Université Sun Yat-sen viennent des écoles secondaires. Dans l'enseignement des langues étrangères en Chine, seul l'anglais est obligatoire dans tous les établissements secondaires, exception faite de trois écoles secondaires de langues étrangères et quatre lycées proposant des enseignements en langue française. Ainsi, les étudiants de français de l'Université sont pour la majorité de vrais débutants dans cette langue étrangère à leur entrée universitaire. Ces étudiants, âgés de 18 à 22 ans, présentent une certaine maturité. Leur conception du monde est donc déjà plus ou moins structurée par rapport à celle des apprenants plus jeunes. En effet, leur vécu culturel est plus riche que celui des apprenants en langues étrangères de l'enseignement secondaire. Pour intégrer l'université, les élèves qui ont réussi leur baccalauréat, doivent passer un concours national. Ceux qui veulent étudier une deuxième langue étrangère comme spécialité doivent passer le concours de lettres-histoire (cinq matières au programme: le chinois, l'anglais, I'histoire, les mathématiques et la politique), ce qui apporte certaines connaissances en sciences humaines. Il s'avère que les élèves choisissant la langue française comme spécialité, présentent différents centres d'intérêts, que ce soit au niveau de la littérature française, de 1'histoire de France, ou encore des sciences ou bien de l'économie françaises, etc. A partir des années 90, suite à la réforme du recrutement des candidats et à celle relative à la recherche d'emploi des jeunes diplômés, le statut des apprenants s'est retrouvé modifié. En effet, avant les années 90, l'Etat imposait le nombre de candidats recrutés selon les besoins des entreprises ou des institutions étatiques, puis des ministères. De plus, il se chargeait des débouchés des diplômés. 28

Lorsqu'un élève entrait à l'université, il était de coutume que l'Etat lui assurerait une vie professionnelle. Dans une certaine mesure, il était tout à fait en sécurité. Dans ces conditions, les apprenants n'avaient plus d'objectifs d'études précis, seuls leur importaient les examens et l'obtention du diplôme. Le contenu des cursus n'avait pas beaucoup d'importance. Au début des années 90, dans certaines universités l'enseignement payant fait son apparition et côtoie le système traditionnel. Ainsi, ces universités recrutent un plus grand nombre de candidats, sans pour autant leur garantir un emploi à leur sortie. Ce phénomène, désormais, s'est généralisé à l'échelle nationale pour supplanter le système qui subsistait jusqu'alors. Du fait d'études payantes et de l'obligation d'une recherche d'emploi à la fin de leurs études, les futurs diplômés sont bien plus motivés pour apprendre la langue française. En effet, leur négligence pourrait conduire à l'échec de leurs études, engendrant non seulement une perte de leur investissement financier, mais aussi la menace d'un chômage.

2.2.1. Capital linguistique des étudiants Les étudiants de français ont tous le chinois comme langue maternelle: mandarin ou parfois dialecte. Puisque le mandarin est la langue officielle du pays et la langue scolaire, ils parlent bien mandarin. Quant aux langues étrangères apprises, ils ont commencé à apprendre l'anglais vers l'âge de onze ans et le poursuivent jusque vers la fin des études universitaires. Mais le but de cet enseignement, notamment dans les écoles primaires et secondaires, vise essentiellement à passer des examens et des concours écrits, la méthode est plutôt traditionnelle et peu communicative. Après leur entrée dans l'Université, ils apprennent le français à partir de zéro. La scolarité dure quatre ans, quatorze à seize heures de français par semaine. Les quatre années d'études universitaires se divisent en deux phases: 1) L'enseignement fondamental, c'est -à-dire une formation linguistique de deux années. Il permet à l'étudiant d'avoir une base de langue et de culture générale ciblées. 2) L'enseignement plus ou moins spécialisé dans les deux dernières années de licence. Ce sont des cours de spécialité, obligatoires ou à option: littérature, histoire, français du commerce, interprétation et traduction, etc. 29

En conséquence, du point de vue de leurs connaissances linguistiques, après quatre ans d'étude, les étudiants doivent avoir une base relativement solide de la langue française pour devenir trilingues: mandarin, français et anglais.

2.2.2. Capital culturel des étudiants Le capital culturel désigné ici se focalise principalement dans le cadre du capital impliqué par rapport à la culture étrangère. Les parents des étudiants sont Chinois, la plupart d'entre eux vivent toujours dans la même région et n'ont jamais voyagé à l'étranger. Parmi les parents des interviewés, exception faite d'une mère qui enseignent l'anglais dans un lycée et un couple qui a le russe comme langue étrangère apprise à l'université, les parents ne parlent pas de langue étrangère. En conséquence, les étudiants ont hérité d'un capital culturel disons strictement chinois. Les étudiants eux-mêmes ont généralement peu quitté leur région natale, ils y ont fini leurs études primaires et secondaires avant de venir dans l'Université. Les interviewés n'ont jamais été à l'étranger, à part deux interviewées séjournant en France depuis environ six mois, un autre qui a voyagé trois fois pour un séjour d'une semaine à Hongkong et à Macao, et une autre diplômée qui a été deux fois en mission d'environ un mois en France. Avant leurs études de français, ils connaissaient extrêmement peu la culture française et les Français, le minimum acquis est venu de romans ou de films français. Leurs représentations de la France et des Français se résument principalement au romantisme des Français, à la haute couture, au parfum, au Louvre et à la Tour Eiffel. A l'Université, leurs contacts avec la culture française sont aussi limités. Les manuels principaux utilisés ont été rédigés par des Chinois. Dans la bibliothèque de l'Institut des Langues étrangères et celle de l'Université, il existe peu de journaux et revues français: Le Monde hebdomadaire, Le français aujourd 'hui, La langue française, Le français dans le monde. Journaux et revues destinés davantage aux professeurs qu'aux étudiants! De plus, le Consulat général de France à Canton offre de temps en temps quelques brochures à la section française, mises à la disposition des professeurs et des étudiants. Cependant rares sont les apprenants qui les lisent. Dans certaines salles audiovisuelles, on peut capter TV 5 depuis quatre ans. Mais les 30

étudiants ont le cours d'audition en général deux heures par semaine, et la plupart des professeurs n'ont pas l'habitude d'utiliser le contenu de la télévision comme matériel: c'est difficile pour la préparation de cours des professeurs et pour le niveau des étudiants. Moins ils la regardent, plus ils la trouvent difficile. Les étudiants peuvent avoir certains contacts avec des francophones étrangers à l'Université. D'une part, un ou deux professeurs français font dans la section française les cours de conversation, les cours de commerce international, puis les cours de lecture des journaux et revues français. A partir du deuxième semestre, les élèves suivent deux à quatre heures de leurs cours. Entre eux, il semble y avoir peu de contacts après la classe. D'autre part, chaque année, il y a quelques étudiants ou stagiaires francophones étrangers qui apprennent le chinois ou d'autres disciplines dans l'Université. Ces derniers rencontrent de temps en temps quelques-uns de nos étudiants. Au sixième semestre ou plus tard, l'école demande aux étudiants de faire un stage d'environ un mois dans des entreprises françaises. C'est là où ils trouvent une «vie active », et une nouvelle communication interculturelle avec des Français, communication qui pose plus de contraintes sociales. En somme, les étudiants de français de l'Université n'ont pas d'expérience de communication interculturelle avant leurs études de français. A l'Université, les conditions ne paraissent pas assez favorables à l'approche de la culture française: matériel limité, documents insuffisants et peu de contacts avec les francophones étrangers. Les stages deviennent une bonne occasion pour eux d'apprendre le français et la culture française, notamment d'apprendre à communiquer avec les Français.

2.3. Situation des expatriés français en Chine Depuis plus de dix ans, avec la globalisation de l'économie mondiale, un nombre toujours plus croissant des entreprises françaises s'implantent en Chine, notamment dans la province de Guangdong où l'économie est la plus dynamique du pays. Elles ont acquis une expérience de terrain des réalités chinoises. Par conséquent, le nombre d'expatriés français vivant en Chine a progressé de manière constante passant d'environ 2 010 expatriés en 1994,2 255 en 1995, à plus de

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