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PRÉCIS DE LANGUE ROMANI LITTÉRAIRE

De
505 pages
Depuis plus d'un demi siècle, Vania de Gila-Kochanowski se passionne pour l'identité des Tsiganes, leur origine, leur histoire, disons la « défense et illustration » d'un peuple à travers sa langue, ses coutumes, sa culture. De l'Inde au bassin méditerranéen, il développe une compétence allant de la linguistique à l'ethnolinguistique, en passant par l'Histoire, l'anthropologie physique et la sociologie.
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Le drapeau tsigane Bleu, comme le ciel et la mer, Vert comme les forêts et les praInes, Rouge, comme le sang versé lors des persécutions que nous avons subies au cours des siècles. Mais ici, comme dans l'art romano, rien n'est figé. Les couleurs bleu-vert-rouge ne sont pas codifiées et les différents groupes qui constituent l'ethnie tsigane ont entière latitude pour en choisir les nuances. Quant à la roue qui orne le centre du drapeau, sa signification varie selon les groupes: - pour les Tsiganes intégrés, presque tous sédentaires, elle représente la roue d'Ashok figurant au centre du drapeau de l'Inde, notre mère patrie. Symbole de l'évolution permanente de l'humanité, la roue d'Ashok comporte vingt-quatre rayons, autant que d'heures dans la journée; - pour les Tsiganes nomades, elle représente la roue des anciennes roulottes et peut comporter un nombre variable de rayons: 6, 8, 12, 18 ...

Vania de GILA-KOCHANOWSKI
en collaboration avec Huguette Tanguy et Jean-Claude Mégret

PRECIS DE LA LANGUE ROMANI LITTERAIRE
Etude descriptive et comparative illustrée par des textes bilingues dans les différents domaines des Sciences de l'Homme

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italla Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-3779-X

Je dédie ce livre à mon Peuple -les Romané Chavé -, issu des hautes castes militaires de l'Inde, les Kshattriyas et les Rajputs. Arrivés en Europe, leur apport à la culture et à la civilisation du Moyen-Age fut immense: - Danses, musique, théâtre et marionnettes - Pharmacopée donnant naissance à la pharmacie moderne - Médecine générale et vétérinaire - Traitement des métaux Fabrication d'armes blanches et d'armes à feu - Contribution à l'évolution des Droits de l'Homme, et particulièrement de la Femme.

-

Puisse ce "Précis de la langue romani littéraire" contribuer à l'épanouissement de notre culture et souder plus étroitement l'unité de notre Peuple.

Mes remerciements vont à toutes celles et à tous ceux qui ont apporté leur concours à ce "Précis de la langue romani littéraire"

.

A mes deux Amis pour leurs précieuses critiques: Jacques Altières, le directeur de mon doctorat d'Etat sur l'identité des Romané Chavé, Professeur de linguistique romane, de dialectologie et de basque à l'Université de Toulouse-Le-Mirail, Luc Bouquiaux, le rapporteur de ce doctorat, Directeur de Recherche émérite au CNRS (Laboratoire de Langues et Civilisations à tradition orale), Président honoraire de la Société de Linguistique de Paris et de la Société internationale de Linguistique fonctionnelle, à Danielle Mercier, Professeur de Lettres, de l'Académie de Bordeaux, qui, outre la relecture de la partie théorique de ce Précis, a versifié la traduction littérale de certains poèmes de Leksa Manush et autres auteurs tsiganes qui illustrent la fin de cet ouvrage, à Carmen Armandarez, Professeur de catalan à la Sorbonne, pour ses corrections et ses remarques judicieuses, à Michel Malherbe, explorateur infatigable des langues de l'humanité, qui m'a toujours soutenu dans la défense et la diffusion de la langue romani, à Pierre et Elen Grandmougin, qui ont assuré la supervision finale des corrections de l'ouvrage, à Denis Pryen, éditeur de "Parlons tsigane" qui confirme notre identité, et de ce "Précis de la langue romani littéraire". Par son courage, il entre d'emblée dans l'Histoire de notre Peuple.

.

. . .

.

Table des matières
Première partie: étude descriptive
Le dialecte de base PHONOLOGIE Etude paradigmatique Etude syntagmatique Etude comparative de la phonologie des dialectes romané Transcription de la pan-romani Classification des dialectes romané d'Europe Standardisation de la transcription Alphabet de la pan-romani
MORPHOLOGIE Mots et morphèmes du balte-oriental Classes de mots SubsUJntifs

3

5 10 23 23 26 27 30

Prépositions Noms de famille des Tsiganes balto-slaves Pronoms Adjectifs Quantificateurs Qualificatifs du verbe Circonstants Substituts VERBE Personnes et nombres Voix Modes et temps Classification sémantique Classification formelle Formes invariables Tableau récapitulatif du verbe romano

33 35 36 48 49 52 53 57 58 59 60 61 62 64 65 67 79 83 87

ASPECTUALITEEN SLAVEET EN ROMANI

92 93 114

Conception de l'aspect en russe et en polonais par les linguistes russes et polonais Etude contrastive des langues russe et polonaise avec la romani Origine de la dérivation secondaire de l'aspect imperfectif 2 en relation avec l'indo-aryen et la romanI Illustration de l'aspectualité en romani Oppositions sémantiques et aspectuelles entre les préverbes polono-russes en romani Classification polyfonctionnelle des préverbes Aspectualité et temporalisation dans les langues indo-européennes modernes
ACCEN'fUATION
CLASSIFICATION L'ENONCE ETUDE CONTRASTIVE DES DIALECTES ROMANE FORMELLE DES PARTIES DU DISCOURS

116 121 138 139
142 146 150 152 154 166 182

L'unité linguistique des Tsiganes d'Europe sur le plan lexical Le mythe de l'éternel nomade

Deuxième partie: étude comparative
LES TROIS ENIGMES TSIGANES Habitat exact en Inde Thèse nord-ouest Thèse centrale Dates des exodes Thèse nord-ouest Thèse centrale Caste originelle 189 189 189 191 194 194 199 200

VIII

THESEDEL'AUTEUR Habitat exact en Inde Vocabulaire Phonologie Morphologie Date des exodes des Romané Chavé Rajputs Caste originelle

-

203 203 207 214 219 223 228 228 229 231 237 245

COMPARAISON LADUMAKIAVECLAROMANI DE Vocabulaire Morphologie
CONSIDERATIONS GENERALES SUR L'IDENTITE ROMANI L'augment CONCLUSION GENERALE: L' AVENIR DE LA ROMANI

Troisième partie: illustrations bilingues
INTRODUCTION Quelques remarques sur le balte-occidental Fautes communes aux poètes et écrivains cités dans les illustrations

259 261 262 265 267 281 325 327 341 345 347

LINGUISTIQUE La romani commune La standardisation de la romani ou "l'éternel retour" HISTOIRE Premier exode de l'Inde: celui des Sindhiens Deuxième exode de l'Inde: celui des Roma et de Lé Rom
CULTURE Conception du monde des Romané Chavé

IX

SOCIO-POLITIQUE L'intégration des Tsiganes dans la société moderne Recommandations du Conseil de l'Europe Comment lutter contre l'ethnocide du Peuple tsigane qui risque de le conduire à un nouveau génocide?

365 367 367
375 379 381 395

LANGAGE COURANT
Rencontre Sur la route de Django CORRESPONDANCES ET POESIES d'auteurs romané baltes, ukrainiens et russes Lettres de Leksa Manush à Vania de Gila Poésies de Leksa Manush Poésies traduites par Leksa Manush Autres auteurs LISTE D'ŒUVRES DE VANIA DE GILA-KOCHANOWSKI

405 407 423 441 449 465

x

Abréviations Générales
RCH : Romané Chavé, pluriel de Romano Chavo "Tsigane" JI( : Jan Kochanowski VG : Vania de Gila VGK : Vania de Gila-Kochanowski RT : Sir Ralph Turner G. S. : "Gypsy Studies" JGLS : Journal of the Gypsy Lore Society BSLP : Bulletin de la Société de Linguistique de Paris

Langues et dialectes
arm. = annénien angI. = anglais b.-oee. = dialecte balte occidental b.-or. = dialecte balte oriental eingh. = cinghalais en. = dialecte romano des Cyganie Nizinni (Tsiganes polonais de la plaine) cw. = dialecte romano des Cyganie Wyzynni (Tsiganes polonais de la montagne) esp. = dialecte romano espagnol ou kalo fin. = dialecte romano finlandais Cr. = français guj. = gujerati hi. = hindi jodh.=johdpuri keld. = dialecte des Kelderari kSm = kaSmiri let. = letton lov. = dialecte des Lovari pj. = panjabi pol. = polonais pre = prakrit raj. = rajasthani rom. = romani (langue romani) rus. = russe

s.-cr. = dialecte serbo-croate skr. = sanskrit tch.-slov. = dialecte tchéco-slovaque ukr. = dialecte ukrainien

Grammaire I Linguistique
abl. = ablatif
abs. = absolutif aee. = accusatif adj. = adjectif adj.v. = adjectifverbal aor. = aoriste B = base
Ce = circonstant eve = consonne-voyelle-consonne

m. = masculin N. = nominatif

n. = nom
nbr. = nombre opt. = optatif perf. = perfectif pl. = pluriel Poss. = possessif Pr. = prédicat prés. = présent ql. = qualificatif qlv. = qualificatif verbal qt. = quantificateur ReI. = relationnel sb. = substantif sg. = singulier subj. = subjonctif tr. = transitif vb. = verbe Z = substitut I, TI, DI = conjugaisons.

D. = datif dx = deixis f. = féminin

G. = génitif
gér. = gérondif imper. = impératif imperf. = imperfectif impers. = impersonnel impf. = imparfait inf. = infinitif Instr. = instrumentai intr. = intransitif

Remarques
Les mots des langues étrangères sont toujours écrits en italique. En général, l'accentuation n'a pas été indiquée sauf dans certains mots comme Romané Chavé, Gajé et : . na-: négation à l'impératif: naja "ne va pas" ; adverbe et
adjectif privatifs : namishto "pas bien", naJacho "mauvais" ;

-pé: suffixe substantivai: mishtipé "le bien",fuyipé "le mal", maripé "la guerre". Les traductions en français sont entre "guillemets" sauf dans les tableaux. XII

.

Différents noms donnés aux Tsiganes par eux-mêmes et par les Gajé (non Tsiganes)
Par eux-mêmes
1. ROM (pluriel Roma), ROMANO CHA VO (pluriel Romané Chavé), Lé ROM (pl.) Rom: provient du sanskrit ram "beau, nomade". En romani, ram devint rom; le dialecte tsigane anglais montre cette transformation: barD> b:Jro,. kalo > kalo > ka/D, etc., où a > a > :J > 0 . Mais, je pense - et le Pro Jean

-

Filliozat est d'accord

avec moi

- que

le passage de ram à

rom s'effectua par l'intermédiaire de ramno, ramni ; ramni signifie en sanskrit "celle de Ram" (cf. Pavlova en russe "la femme de Pavlov") : ramni a donné ensuite romni ; puis, le suffixe -ni ayant été enlevé, il resta rom "époux".l - Romano Chavo : chavo "fils" (cf. marathi chavo ; sanskr. savak). D'après l'épopée du Ramayana"2, Ram, fils de Dasaratha, partit en exil et les Rajputs qui, après la défaite de Teraïm (1192), préférèrent eux-mêmes l'exil à la domination du pouvoir étranger commencèrent à s'appeler Romané Chavé "fils de Ram" ou, comme je l'ai entendu dans la bouche d'une Sintintsa de Kôln (1976) : Rétmne Chétve. - Lé Rom: en romani, les noms en consonnes ont le
pluriel en -a. Mais, dans le dialecte des Tsiganes vlach

-

anciens esclaves des Principautés danubiennes (Moldavie et Valachie) on remarque l'amorce de la perte de ce morphème qui se trouve remplacé par l'article roman lé (pluriel) ; par exemple, en français: le sable I l~ sabl I , les sables I lé sabl I.

-

1

cf. mon article sur l'étymologie du mot rom dans le Bulletin de la Société dè Linguistique de Paris (séance du 13 mars 1976) et dans le volume commémoratif consacré au Pr. Eugieniusz Sluszkiewicz Caste originelle des Tsiganes d'Europe (1974). Varsovie. 2 cf revue Diogène n0149, p. 133 et suive

2. SINTO (pluriel Sinti) Le i inaccentué montre que le mot Sinto est considéré comme un mot étranger. Pourquoi? Parce que, phonologiquement, il ne correspond pas au canon du mot tsigane, bien que ce mot, originellement, soit tsigane. Etymologiquement, sindho > sintho, car les aspirées sonores deviennent sourdes en romani. Mais, le -thintervocalique > -st- : lathe - laste "trouver" . Le -thmédian, au contact d'une consonne, perd son h : prastha > prasta "courir". Ainsi, sintho est devenu sinto. On s'attendrait à ce que sinto devienne sindo, parce que le n sonorise le t et le k en romani: me vakirov dadeste "je parle du père" pl. dadende,. dadeskiro "paternel" pl. dadengiro "appartenant aux pères", mais le -th- avant de devenir -t- n'a pas réagi à la sonorisation du n , autrement dit, le -h- avant de disparaître a empêché la sonorisation du -t- ; d'où: sindho > sintho et non pas sindo. Donc, Sindho "Sindhien, habitant du Sindh", a donné Sinto. 3. KALO (pluriel Kalé) Le fait de se nommer Rom suffisant souvent pour être livré à l'Inquisition (en Espagne), les Roma commencèrent à se nommer Kalé, par opposition aux blonds Wisigoths. Kalo est un mot pan-indo-aryen qui signifie "noir". Linguistiquement, on peut affirmer que les Kalé ont fait le même chemin que les Sinti en Europe, avant d'arriver en Espagne. Dans leur vocabulaire, on trouve les mêmes mots grecs, slaves et les mots des autres pays, comme dans les autres dialectes tsiganes. Le costume des femmes Kalé est le même que celui des Sinti ou ressemble à celui des Rajputn'a. L'accent des Kalé - le débit du discours - est le même que celui des Rajasthani. Dans la romani des Sinti, il n'existe pas de mots arabes mais, s'ils étaient dans la langue des Kalé, cela ne serait pas la preuve que ceux-ci seraient venus d'Afrique du Nord: l'Espagne s'est trouvée sous la domination des Marocains plusieurs siècles et quelques mots auraient pu pénétrer dans la romani espagnole. Qui plus est, beaucoup de Kalé sont partis en Afrique du Nord et, probablement, XIV

n'ont pas perdu contact avec les leurs en Espagne. Ainsi, tout concorde pour confirmer que les Kalé comme les autres Roma ont traversé plusieurs pays avant de pénétrer en Espagne.

-

-

4. MANUSH (pluriel Manusha) En sanskrit manushya signifie "homme, être humain". En me promenant dans les rues de New Delhi, j'aperçus un soir une femme assise sur un haut tas de chiffons, dans sa voiture tirée par un petit cheval. Je lui demandai: "Madame, qui êtes-vous ?". Elle me répondit fièrement: "Monsieur, moi aussi, je suis un être humain". Son accent était tel que tout mon sang ne fit qu'un tour; devant moi se développa un film terrifiant dont les acteurs furent les Roma d'Allemagne qui, dans leurs tortures, criaient: "Pourquoi nous battez-vous, nous sommes des hommes, des hommes comme vous!" Pour affirmer leur humanité, les Sinti commencèrent donc à s'appeler Manush.

Par les Gajé Les Romané Chavé, Roma, Lé Rom sont appelés aussi par les
Gajé : Tsiganes (Cygan, etc.) ; les Kalé : Gitans (Gitano, etc.) et les nomades: Bohémiens, Romanichels, etC.3

1. TSIGANE Miklosich rapproche le mot "tsigane" de la secte dont les adhérents habitaient l'Asie mineure au 9è siècle: Athin;anor. fi propose trois hypothèses pour définir les "Tsiganes" : ils venaient du pays habité par les Athinganoï et étaient assimilés à eux, comme six siècles plus tard, ils seront

-

3

cf. les dérivés de ces noms dans Vaux de Foletier, François de
(1970),

Mille

ans

d'histoire

des

Tsiganes,

p.16

~

7

dans

4

l'Introduction, Ed. Fayard, Paris. cf. Pobozniak Tadeusz. (1964), Grammar of the Lovari Dialect, 76 p., Krak6v.

xv

appelés "Bohémiens" par les Français parce qu'ils venaient de Bohème; ils appartenaient à la secte des Athinganoï, ce qui ne serait par impossible, étant donné la tolérance religieuse des Tsiganes, les religions n'étant pour eux que les différents modes d'adoration d'un seul Dieu; - ils étaient assimilés aux Athinganoï pour pouvoir plus facilement les exterminer (comme à l'heure actuelle, les réactions enregistrées contre les sectes de toute obédience). Pour nous, cette dernière hypothèse est fausse car les Tsiganes, à l'époque, occupaient de hauts postes dans l'armée5. Quant à nous, nous retenons la signification du mot grec thingano "toucher, manipuler" ; prohibitif: me thingane "ne me touche pas"... athinganos "celui qui ne veut pas toucher, ni être touché"6. Ce tabou de propreté poussée à l'extrême se rencontre d'ailleurs encore de nos jours (juin 1983) chez les Tsiganes finlandais qui saluent sans aucun attouchement.

-

2. GITAN Arrivés en Europe, les Rajputs se sont aperçu qu'il existait ici la même intolérance que celle de leurs ennemis, qu'ici les castes étaient remplacées par les guildescorporations... Ce qui les a le plus terrifiés, c'est l'échange permanent des prisonniers chrétiens et musulmans. Ils savaient d'autre part que les Turcs n'estimaient que deux soldats: les Francs et les Rajputs et, qu'en échange d'un seul Rajput, ils donneraient aux Chrétiens beaucoup de prisonniers. Aussi, inventèrent-ils cette légende connue: "nous sommes des seigneurs égyptiens qui avons persécuté le peuple d'Israël. C'est pourquoi Dieu nous a condamnés à
5

cf. Berberski Slobodan, (1981), The Romani at the Borders of Empires, p. 64-80, in Survey, vol. in 4°, Sarajevo. 6 cf. Liddell Henry George & Scott Robert, (1968), Dictionnaire gréco-anglais; cf. aussi Chantraine, Dictionnaire, p. 938 : thingàno "toucher" (au sens propre et figuré). XVI

un éternel voyage". C'est ainsi que les Européens finirent par les appeler "Egyptiens"... "Egyptiano" > "Gitano", "Gitan". 3. BOHEMIEN Les premiers Tsiganes arrivés en France venaient de Bohème, d'où leur surnom. 4. ROMANICHEL Ce mot est le résultat de la francisation du syntagme. romani eel "peuple tsigane".

Répartition géographique des Romané Chavé ayant entraîné des divisions dialectales septentrionaux: Romané Chavé ou Roma (Baltes, Polonais, Russes) ; balkaniques: Roma (Grecs, Macédoniens, Bulgares, Turcs) ; carpatiques: Roma (Hongrois, Tchécoslovaques, Polonais du Sud); germaniques: Sinti (Allemands, Autrichiens, Suisses, Italiens); Manush : (Hollandais, Belges, Français) ; Roma (Anglais, Irlandais) ; danubiens Lé Rom (Roumains, Serbes, Albanais, Ukrainiens) ; scandinaves: Roma ou Kalé (Danois, Finlandais, Suédois, Norvégiens) ; ibériques: Kalé (Espagnols, Portugais).

XVII

TABLEAU SYNOPTIQUE DES EXODES DESROMANÉCHAVÉ ET CARTES DE LEURS MIGRATIONS I. TABLEAU SYNOPTIQUE Ce tableau couvre 12 siècles de migrations et fixations: des Kshatryias sindhiens et des Rajputs, depuis leurs exodes de l'Inde, - des Romané Chavé, nés de leur fusion dans l'Empire Byzantin.

-

Il est basé sur les données historiques et cautionné par les faits linguistiques (*) principalement: - la deuxième personne de l'aoriste, en -al (Sinti) et en -an (Roma) ; - la transformation du -8 final en -x (spirante sourde) et du -8intervocalique en -h- (spirante sonore) dans les parlers de l'Empire austro-hongrois; la palatalisation forcenée des occlusives dans les parlers danubiens.
II. CARTES DES MIGRATIONS Les cartes des migrations des Romané Chavé à partir de leur

patrie d'origine - l'Inde illustrent le tableau synoptique de celles-ci: . aboutissement des deux exodes de l'Inde: - 1er exode: Kshatryias sindhiens (moitié du Se fin du ge

-

-

siècles) ;

.
.

- 2è exode:

Rajputs (fin du 12è - 1èremoitié du I3è siècles) ;

3è exode, à partir de l'Empire Byzantin (Empire romain

d'Orient), des Roma (moitié du I4è siècle), des Sinti-Kalé et de Lé Rom (entre les I5è et I6è siècles) ; 4è exode, à partir de l'Europe et dispersion dans le monde:
- de Lé Rom (1ge - 20e siècles).

- des Sinti-Manush,Kalé (I7e - ISesiècles) ;

(*) cf Jan Kochanowski, Gypsy Studies, Part I, New Delhi, 1963, pp. 52-118. XVIll

TABLEAU SYNOPl1QUE
PREMIER EXODE: DHATRIYAS

DES EXODES DES ROMANÉ CBA VÉ
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XXI

Préface
On m'a souvent posé la question: pourquoi dire "la romani" et non pas "le romani" ou "le romanes" ? Romani est un adjectif féminin dont le masculin est romano (pluriel romané), du mot rom (masc.) "conjoint, Tsigane". Romani, ici, a le sens de romani chib "la langue tsigane", au même titre que hindi, rajasthani, panjabi ... signifient hindi bhéisha, rdjasthani bhéisha... "la langue hindi, la langue rajasthani. Quant à romanes, c'est un adverbe: me vakirov romanes "je parle en romani". Etant Tsigane, nous avons le sentiment du genre dans notre langue et c'est la raison pour laquelle, dès le début, nous avons écrit la romani et non pas le romani, comme c'est l'usage en français, si l'on se réfère à "le hindi, le rajasthani", etc. Pour nous Romané Chavé (Tsiganes d'Europe), de même que pour les Bhartiye (Indiens), jrbh , bhlisha sont des féminins et c'est pourquoi romani est un féminin. Si l'on pense toutefois, non pas au mot déterminé langue, mais au mot parler, il faudrait écrire dans ces conditions romano, c'est-à-dire romano vakiripé 7 "le parler tsigane". Mais, étant donné que le majorité des linguistes, particulièrement ceux de langue anglaise, utilisent le mot romani, nous l'avons conservé, comme un terme de genre féminin. Mes études en ramnologie, d'une manière consciente ou inconsciente, ont commencé dès mon enfance. En effet, ma tribu (Tsiganes du Nord, actuelle Lettonie orientale) était la société la plus hétérogène que j'aie rencontrée dans ma vie : - du côté maternel, les Tsiganes les plus traditionnels: maquignons, voleurs de chevaux, diseuses de bonne aventure, guérisseuses, mais aussi professeurs et hommes d'Etat, révolutionnaires; du côté paternel, moins de variété: la majorité, des militaires.

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7 vakiripé, du verbe vakir, tsigane du sud vaéar "parler"; variante dans les dialectes du nord: rakir. J'emploierai donc indifféremment vakir ou rakir dans la suite de cet exposé.

Sédentaires ou nomades, chacun de nous du moins ceux qui allaient à l'école - recevait une double éducation: romani et gajikani. Je me souviens du jour où, revenant de mon école primaire, je scandais les vers d'Adam Mickiewicz. En essayant de les déclamer en romani, les mots me manquaient et je me suis plaint à mon grand-oncle Igna - un des plus célèbres voleurs de chevaux de la Baltique ... qui avait enlevé aussi une religieuse, devenue par la suite sa femme. Il m'a répondu ironiquement en me citant le dicton polonais: Pieczone golqbki nie wlecq do gt:.bki"Les pigeons tout cuits ne se poseront pas devant ta petite gueule". Quand je le regardai, étonné, il reprit son air sérieux: Gajo ! Al' école, tu apprends ton polonais mot à mot. Et tu veux parler aussi aisément la romani sans l'apprendre? - Où veux-tu que je l'apprenne, il n'y a pas d'école tsigane! Tu as ta tante, qui est religieuse, tes oncles militaires... Tu

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apprendras auprès d'eux, si tu le veux, un vocabulaire très varié.

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Bref: à partir de ce jour, je tis attention à toutes les conversations et, qui plus est, je bombardais de questions comme tous les enfants les grandes personnes de mon entourage. C'était donc des "méthodes actives" d'apprentissage de la langue et de la culture romané que j'ai continué à pratiquer toute

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mon enfance;

plus tard, comme j'étais passionné

d'histoire

c'était le cas de beaucoup de garçons romané dont les parents étaient militaires j'ai "séché" des classes pour aller à la Landesbibliothek (l'équivalent de notre Bibliothèque Nationale) où je dévorais tout ce qui était écrit sur les Tsiganes et principalement les œuvres de Pott et de Miklosich. Déjà à cette époque, je croyais qu'en premier lieu il me fallait être linguiste pour résoudre les "énigmes" de notre ongme. Peu après la Deuxième Guerre mondiale, j'entrai à l'université de Paris. Mon premier professeur fut Louis Renou, directeur de l'Institut d'Etudes Indiennes et, un an après, j'ai rencontré Jules Bloch, auprès de qui j'ai passé tant de moments à discuter de la philologie romani.

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Ainsi, mon destin tracé d'avance, j'ai choisi une licence libre qui me préparait pour mes futures recherches: philologie russe, études indiennes, grammaire comparée, avec les professeurs Vaillant, du Collège de France, et Lejeune, directeur de l'Institut de Linguistique. Comme je pratiquais à cette époque, d'une manière intensive, la danse classique et les danses de caractère pour pouvoir payer mes études, la marche de celles-ci en fut ralentie et je n'obtins ma licence ès-lettres qu'en 1954. Grâce à Messieurs M. Lejeune et A. Haudricourt, je reçus une bourse pour préparer mon doctorat d'Etat sur le dialecte tsigane balte-oriental (thèse principale) et les préverbes polonorusses en dialecte balte-oriental (thèse secondaire). Mais, des raisons trop complexes pour être mentionnées ici m'ont fait abandonner ce doctorat pour me rendre, avec le Dr Ely, médecin ethnologue, en Europe Centrale. Revenu en France, j'ai trouvé à l'Institut de Linguistique André Martinet, qui avait quitté l'Université Columbia de New York, et c'est avec lui que je passai mon doctorat d'université portant sur la phonologie des principaux dialectes tsiganes d'Europe8. La visite de ma mère, qui m'a servi d'informatrice, m'a grandement facilité la tâche. De 1960 à 1961, je continuai à travailler à la description de la romani, et je terminai le dernier chapitre sur le bateau qui m'emportait en Inde. Ma démarche est diamétralement opposée à celle des indoramnologues : avant de comparer la romani à l'indo-aryen ancien et moyen, comme l'ont fait mes prédécesseurs, il m'est apparu indispensable au départ de connaître la structure de la romani moderne de la romani commune parlée par les Romané Chavé (Sinti, Manush, Kalé, Roma et Lé Rom) et, qui plus est, de démontrer l'existence de cette romani commune. Après l'avoir démontrée, j'en tirai la conclusion: le mythe de l'éternel nomade. C'est ensuite seulement que je me suis attaché à examiner les thèses et hypothèses des indo-ramnologues basées, en particulier, sur la phonologie diachronique - comparaison de la

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cf. pour les détails, ma thèse de linguistique (1963), L'introduction
au consonantisme du tsigane d'Europe, in Gypsy Studies, Part I, I.A.I.C., New-Delhi, 1963, 200 p. in 4°. XXV

romani avec l'indo-aryen ancien et moyen - pour répondre aux fameuses "énigmes tsiganes": le lieu d'origine exact des Romané Chavé en Inde, leur caste originelle, les causes et dates de leurs exodes à partir de l'Inde. Bien que les concepts linguistiques reflètent la culture d'un peuple, la langue ne fait pas partie elle-même de la culture car le langage articulé est lié à la signification: le même item culturel peut être décrit et exprimé dans toutes les langues que nous COnnaIssons. Pourquoi avoir accordé tant d'importance à la linguistique? Parce qu'actuellement, que ce soit en France, en exYougoslavie, en Inde, ou en d'autres pays d'Asie et d'Afrique, la caractéristique principale indiquant l'identité d'une ethnie et sa différence avec les autres peuples, même faisant partie de la même nation, est la langue. Ceci est encore plus vrai pour le peuple tsigane parce que tout ce qu'on savait sur lui relevait de l'ordre linguistique. Certes, j'ai connu plus tard Eugène Pittard (anthropologue), Sinclair (recherches interdisciplinaires, au moins 40 ans avant mes propres recherches), de Goeje et Berkovici (historiens), Ficowski (ethnologue et poète), etc... mais l'argument de base pour reconstituer l'origine des Tsiganes demeurait la linguistique comparative. C'est la raison pour laquelle je me suis attaché à l'étude des langues classiques, à la grammaire comparée des langues indo-européennes modernes et, en 1960, je passai mon doctorat d'université sur les principaux dialectes d'Europe, en démontrant l'unité de la langue romani. Ce qui me paraissait aberrant, c'est qu'on bâtisse l'origine, la date de l'exode9 et la caste originelle des Romané Chavé sur quelques combinaisons de consonnes et l'homophonie approximative des mots "om / rom. C'était si incroyable, si absurde que lorsque j'ai mentionné ces grands arguments de mes prédécesseurs au Congrès des orientalistes en 1973, au

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Bien que je démontre qu'il y a eu deux exodes des Romané Chavé (cf. tableau synoptique des exodes des Kshattriyas sindhiens et des Rajputs, et cartes de leurs migrations cf. pp. xx, XXI, XXII et XXITI ci-avant), les indologues-ramnologues ne pensaient qu'à un seul et unique exode.

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Collège de France un savant américain m'a pris à part, au cours d'un entracte pour me dire d'un ton confidentiel: "Je suis un peu plus âgé que vous et je me permets de vous donner un conseil d'ami. Si vous voulez réussir, ne noircissez pas les autres. Qui oserait croire que toute l'histoire tsigane est basée sur l'homophonie des dénominations ~om et rom ?". Je posai à mon tour la question: "Vous croyez vraiment que c'est impossible?" Alors, je lui donnai la référence du livre de Jules Bloch Les Tsiganes. Malgré sa brièveté et sa simplicité, ma description de la romani tranche sur celles de mes prédécesseurs et apporte des solutions à de nombreux problèmes à peine effieurés ou ignorés d'eux: 1. Transcription pan-romani qui peut servir aussi à celle de l'indo-aryen. 2. Définition et classement des phonèmes romané. 3. Classification des dialectes romané par traits pertinents phonologiques : répartition géographique des occlusives palatalisées et chuintantes. 4. Comparaison de la phonologie romani à celle de l'indo-aryen moderne: indication de la différence entre les cérébrales antérieures et postérieures et opposition entre le a et le A réduit central, et non pas comme c'était le cas de mes prédécesseurs entre le a long et le a bref 5. Analyse de l'accentuation dans toutes les parties du discours. 6. Conception du morphème et du mot. 7. Classement des morphèmes en morphèmes libres et liés. 8. Signification de base des cas et leur classement en cas centraux et cas périphériques, problème de l'adjectif d'appartenance (cas ou adjectif?). 9. Classification des nom, qualificatif, quantificateur, qualificatif du verbe, circonstant et leurs substituts. 10. Classification sémantique des verbes romané : transitifs ayant un participe passé passU: intransitifs san~ participe et transitionnels ayant un participe passé médio-actif. C'est avec le participe passé passif que l'on forme tous les paradigmes de la voix passive et, avec le participe passé médio-actif : le parfait, le plus-que-parfait et le futur postérieur. Relevé la différence entre le gérondif et XXVII

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l'absolutif, et la différence entre le subjonctif et l'optatif. Définition de base des temps, modes et voix. Il. Classification formelle des verbes romané : je n'ai relevé que trois conjugaisons, contrairement à Sampson, Gierdman et aux autres tsiganologues qui donnaient l'impression que le verbe romano était d'une grande complexité. 12. La romani balto-slave aidant, je crois avoir apporté une large contribution à la clarification des probl~mes d~ l'aspect en russe et en polonais et dans les langues indo-européennes modernes, en général: - Esquisse d'une étude contrastive entre la romani et le slave; - Explication, grâce à la romani et à l'indo-aryen, de la dérivation secondaire de l'aspect imperfectif 2 en slave; Aspectualité en romani et illustration des différentes rupes ; - Opposition entre les morphèmes aspectuels en romani et leur classification; - Etude contrastive de l'aspectualité en russe et en polonais d'une part et dans la romani d'autre part, débouchant sur l'aspectualité et la temporisation dans les langues indoeuropéennes modernes. La disproportion apparente de l'aspect par rapport à la totalité de la description linguistique est justifiable par l'importance de cette catégorie grammaticale en romani balto-slave et en linguistique générale. En effet, l'aspectualité formelle dans les langues slaves, dans le russe et le polonais, est étroitement liée à la temporalité: interaction entre l'aspect et le temps. Elle est encore plus importante en romani qu'en slave parce que la première, tout en empruntant les préverbes polonais et russes, a gardé en entier son système verbal, contrairement à ces deux langues qui l'avaient déjà perdu au Moyen-Age. Dans la romani, ces préverbes servent à la dérivation de nouveaux verbes, bien que beaucoup moins qu'en polonais et en russe. 13. Classification des parties du discours. 14. Esquisse de l'énoncé en romani dans lequel les paradigmes sont limités aux substituts. 15. Esquisse d'une étude des dialectes romané et apport capital à la morphologie romani: l'origine de l'aoriste sur laquelle tant d'encre a coulé depuis Paspati (1870).

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16. Unité linguistique des Tsiganes d'Europe sur le plan lexical: continuation des travaux de Miklosich. Cette lJl1itéeffective des Romané Chavé, malgré les distances dans le temps et dans l'espace, montrent qu'ils vécurent de longs siècles dans un pays déterminé. Qui plus est, l'analyse de leur vocabulaire indique qu'ils durent être sédentaires ou semi-sédentaires, car on ne trouve pas trace dans celui -ci de mots particuliers pour indiquer la tente, mais au contraire pour la maison; pas davantage de termes pour certains animaux sauvages (bison, cerf: etc.), alors qu'il existe des mots pour les animaux domestiques (porc, vache, mouton, etc.). 17. Solution au problème d'actualité brûlante: l'intercommunication des Romané Chavé dispersés à travers le monde, débouchant sur une éventuelle langue auxiliaire internationale. Déjà en 1964, j'avais proposé au Congrès international des Orientalistes à Delhi la solution suivante: remplacer les mots courants par le hindi et toute la masse des mots modernes (techniques) par le vocabulaire international, suggestion adoptée pa~ le 2è congrès mondial romano à Genève (avril 1978), auquel participaient 25 pays d'Europe, l'Inde et le Pakistan. Récemment encore, le symposium qui a eu lieu dans le cadre du 2è festival mondial romano à Chandigarh (Inde), du 29 au 31 octobre 1983, sur la langue et la culture romané a montré d'une manière évidente la préférence donnée aux questions linguistiques, en particulier à la romani commune. Dès que j'ai ouvert la bouche pour parler de quelques items culturels, les voix fusèrent de toutes parts pour me forcer à parler des problèmes les plus urgents, c'est-à-dire de l'intercommunication parmi les Roma du monde. Ayant apporté la solution au problème de la romani commune, on s'aperçoit qu'elle est valable également pour celui d'une langue internationale, car la romani répond aux exigences d'une telle langue: elle est apolitique, possède une structure simple et rigoureuse et son vocabulaire est international. Est-ce une utopie de penser qu'une langue supranationale européenne pourrait abattre les frontières linguistiques et apporter une large contribution à la fraternité humaine? C'est en tout cas le sujet d'une thèse de Doctorat d'Etat que j'avais déposée à la Sorbonne XXIX

en 1976 sous le titre: "La romani et son internationalisation" (Rapporteur: Bernard Pottier). Pour résoudre les "trois énigmes tsiganes" habitat exact en Inde des Romané Chavé, dates des exodes et caste originelle - je me suis appuyé sur la linguistique, l'anthropologie et l'histoire, en analysant, pour chacune de ces énigmes, les thèses des indologues-tsiganologues et en proposant les miennes. Mes prédécesseurs comparaient des faits linguistiques isolés; moi, des systèmes. Ici, nous nous limiterons uniquement à la linguistique. Quant aux arguments basés sur l'anthropologie et l'histoire, ils sont analysés dans Parlons tsigane (pp. 37-62). La perte de l'absolutif en romani, avancée à tort par Jules Bloch, montre à quel point l'étude exhaustive d'une langue sur le plan synchronique - et dans la totalité de ses dialectes s'avère indispensable, avant d'aborder son analyse diachronique. Habitat exact en Inde Franz von Miklosich, après une étude comparative globale de la romani et de l'indo-aryen, ne retient - quand il s'agit de l'origine - que la préservation en romani des sybilantes + t et des occlusives + r, pour placer l'habitat des Romané Chavé dans l'actuelle aire des parlers dardes. R. Pischel10 et Grierson11 confirment l'hypothèse de Miklosich. Jules Bloch apporte un élément nouveau, ou plutôt exploite les découvertes de Miklosich la transformation du -tintervocalique donnant en romani le -1- (skr. bhrlita > rom. pral "frère"). De plus, il constate la perte de l'absolutif en romani de même que dans les dialectes dardes aux frontières de l'extrême nord-ouest, et il suggère l'habitat des Roma, même au-delà des frontières indiennes, c'est à dire en actuel Mghanistan. Pourquoi cette insistance à faire venir les Tsiganes du Dardistan, d'Afghanistan ou du plateau de Pamir? Parce que dans les provinces centrales, avec leurs traits méditerranéens,
10Grammatik der prakrit Sprache, 1900, p. 28. 11Linguistic Survey oflndia, 1919, p. 9. XXX

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taille moyenne ou haute, peau blanche, ou bien ils doivent être considérés comme des étrangers (Iraniens ou autres populations environnantes à la peau blanche), ou bien Indiens appartenant aux hautes castes, en particulier aux castes militaires. Ralph Turner, en comparant la description phonologique globale de la romani avec l'indo-aryen ancien et moyen, insiste sur le fait que ce sont les innovations qui sont responsables de la parenté de deux peuples et non pas les préservations, en montrant l'exemple frappant du cinghalai~ qui a les mêmes éléments de préservation phonologique que les dialectes du nord-ouest de l'Inde. Il faut noter que cette comparaison est justifiée parce que les innovations accomplies dans le moyen indien restent valables dans l'indo-aryen moderne. Ce nouveau critère linguistique montre que l'évolution de l'ensemble des phonèmes de la romani et de l'indo-aryen central est identique, à l'exception des combinaisons des phonèmes relevées par Miklosich, ce qui donne droit à Turner de placer l'origine des Tsiganes dans l'actuelle aire des parlers hindi-rajasthani. Pour nous résumer, nous croyons que c'est Turner qui cerne le mieux le lieu exact de l'origine des Romané Chavé en Inde parce que: le critère d'innovation est beaucoup plus pertinent que celui de préservation; Turner base ses affirmations sur l'ensemble de la phonologie comparative entre la romani et l'indo-aryen ancien et moyen, Mildosich et ses successeurs juste sur la préservation de quelques combinaisons de phonèmes; - la perte de l'absolutif avancée par Jules Bloch ne repose en fait que sur l'ignorance des dialectes romané du Nord dans lesquels l'absolutif est la catégorie la plus courante d'exprimer l'antériorité. Donc, si elle n'existe pas dans les dialectes de l'extrême nord-ouest de l'Inde, ce n'est pas là-bas qu'il faut chercher l'origine des Romané Chavé. En effet entre deux critères - phonologique et morphologique c'est le dernier qui est le plus valable, surtout quand il s'agit d'une langue d'une minorité au contact permanent des grandes langues de culture comme le russe, le français, etc.

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Dates des exodes

Miklosich se base sur la comparaison de la morphologie romani et celle de l'indo-aryen ancien et moyen pour fixer la date de l'exode des Romané Chavé vers l'an 1000, date approximative du remplacement des désinences casuelles par les post-positions qui suivent le cas oblique, l'ancien génitif. Bloch et Patkanov suivent Miklosich. Quant à Ralph Turner, malgré son apport révolutionnaire à la phonologie diachronique romani, il reste obnubilé par les fameuses combinaisons de consonnes et affirme que les Roma ont dû quitter leur habitat originel les Provinces Centrales avant l'effondrement du système phonologique indo-aryen ancien (250 avant J.-C. environ); par conséquent, même s'ils n'avaient pas habité l'aire des parlers dardes, les Romané Chavé auraient préservé ces combinaisons de consonnes. Ce faisant, il semble donc ignorer l'étude comparative de la morphologie de la romani et de l'indo-aryen effectuée par Miklosich. Au surplus, deux langues apparentées tendent à l'assimilation beaucoup plus rapidement que celles appartenant à différentes familles. Ainsi, il aurait suffi de quelques dizaines d'années pour que la fusion phonologique se fasse entre les parlers du nord-ouest de l'Inde et du hindi-rajasthani dans une seule langue connue actuellement en Inde, mais parler de quatorze siècles!! ! En admettant le départ des Romané Chavé des Provinces centrales avant l'écroulement du système phonologique du sanskrit, comment auraient-ils pu avoir en commun avec les habitants de cette aire linguistique toutes les transformations phonologiques qu'il a lui-même relevées entre la romani et l'indo-aryen central? Alors, comment expliquer la présence de ces combinaisons

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de phonèmes en romani? Louis Renou12 montre qu'à cette
époque, le sanskrit était la lingua franca de l'Empire Indien. Aussi, les Rajasthanis ou les habitants de Delhi, arrivés au nordouest, devaient mêler leur parler avec les dialectes locaux, ou sanskritiser leur parler. D'après la phonologie synchronique, on
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Histoire de la langue sanskrite, ColI. Les langues du monde, Paris,

1956. XXXII

s'aperçoit que c'était plutôt la sanskritisation, bien que très minime, qui apparaît dans quelques mots. Par conséquent, il me semble que les Romané Chavé ont dû rester assez longtemps pour sanskritiser si peu que ce soit leur langue et pas assez pour perdre leur phonologie des parlers centraux de l'Inde - hindirajasthani - disons deux ou trois générations, ce qui correspond aux dates marquées par l'histoire indo-romani. Caste originelle Miklosich met en garde ses contemporains sur le danger de rapprochements trop rapides de deux peuples en ne se basant que sur leur dénomination et leur mode de vie communs; il exige des arguments linguistiques à l'appui d'une telle thèse, arguments qui manquent encore. Cet avertissement touche en particulier Lelande qui, en se basant sur l'homophonie des J)om et Rom, a tiré le trait d'union entre ces deux ethnies. Plus tard, Richard Pischel (1900) réfutera ces allégations; Sinclair (1909) et Eugène Pittard (1932) contrediront avec leurs œuvres linguistiques et anthropologiques cette hypothèse. Néanmoins, en 1953, Jules Bloch déterre cette hypothèse décriée qui paralysera jusqu'à nos jours les chercheurs s'intéressant à l'origine des Romané Chavé. C'est ainsi que nos contemporains (en particulier dans les pays occidentaux), non seulement n'ont pas fait avancer les études tsiganes commencées si glorieusement par les néo-grammairiens, mais encore, ils ont tout fait pour prolonger le statu quo instauré par Jules Bloch, voire montrer un recul considérable, à ce point qu'un "chargé de langue et civilisation tsiganes" à l'Institut National des Langues Orientales niait encore en 1979, l'origine indienne des Romané Chavé ! En écrivant ces lignes, je ne peux m'empêcher de penser aux heures passées auprès de Jules Bloch... Il m'avait trouvé dans ma petite chambre d'hôtel de la rue des Quatre Vents à Paris, grillant mon bifsteak à même une lampe à pétrole... A cette époque (1945-1946), je représentais à ses yeux un interlocuteur valable en linguistique romani. Toutes nos discussions portaient sur l'œuvre de Miklosich. Malheureusement, nous n'avons jamais parlé ensemble, ni de l'histoire, ni de la culture XXXIII

tsiganes. Aussi quand j'ai eu entre les mains son petit livre Les Tsiganes, j'ai été bouleversé. J'ai failli venir chez lui et lui crier à la figure: "Comment pouvez-vous écrire des choses aussi abominables sur nous! ". Mais, le sachant gravement malade, je lui apportai des fleurs et me contentai de lui dire ma tristesse devant tant d'inexactitudes. Son visage s'altéra et il me dit: "Mon cher Vania, je ne suis qu'un tsiganologue de cabinet. Ce que je n'ai pas fait, vous le ferez sur le terrain, je compte sur vous". Heureusement, ce petit livre n'était pas tout l'héritage de mon maître et ami. Je connaissais et ses articles et son livre qui me paraît capital en ramnologie : L'indo-aryen du Véda aux temps modernes13 dans lequel il illustre l'évolution de l'indo-aryen presque à chaque page avec des mots romané. Quoi qu'il en soit, ~eshomophones approximatifs \10m / rom n'auraient jamais dû donner matière à controverse sur le plan linguistique. Mais, comme les indologues-tsiganologues tiennent encore à cette hypothèse ridicule, je ne cesse encore de la réfuter à l'heure actuelle dans mes nombreux articles dont le dernier paru sur Internet "Qui s'y frotte, s'y pique". Arrivé en Inde (septembre 1961), mon premier but a été de

développer l'hypothèse avancée par Turner uniquement sur la
phonologie diachronique d'après laquelle la romani serait à rapprocher des dialectes du hindi. Pour ce faire, j'ai commencé systématiquement à comparer le vocabulaire de chaque langue indo-aryenne actuelle à la romani (kashmiri, pahari, sindhi, panjabi, hindi, rajasthani). Et voici les résultats pour chaque langue: hindi-rajasthani / romani: 60 % , panjabi / romani: 40 %, sindhi / romani: 30 % ... et quelques mots de kashmiri. Mais ce qui est capital, c'est que seuls les mots qui sont communs dans ces langues avec le hindi-rajasthani, sont aussi communs à la romani à quelques rares exceptions près. Ce qui est encore plus extraordinaire, c'est que les mots qui manquent à la romani manquent aussi au hindi-rajasthani. Les emprunts mobiles de la romani sont des mots européens et les emprunts stables du hindi-rajasthani sont des mots arabes,
persans et sanskrits
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Paris, 1934.

cf. le grandDictionnairedu Dr. Ragu Vira (1572pages).
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Une fois établie la communauté lexicale du hindi-rajasthani et de la romani, j'ai pu établir les correspondances phonologiques, non pas sur quelques mots, mais sur l'ensemble du vocabulaire du hindi-rajasthani et de la romani, ce qui m'a permis de constater que les systèmes consonantiques de ces deux langues sont approximativement identiques. Les différences capitales consistent dans l'élimination, en romani, des consonnes et combinaisons de consonnes "ambiguës" : transformation des cérébrales, et surtout des cérébrales postérieures a en r et en I, et des occlusives aspirées sonores en sourdes. Quant aux consonnes palatalisées dans la majorité des dialectes tsiganes, le hindi les possède aussi: si on trouve dans une langue des palatalisées labiales, il y a beaucoup de chances qu'il en existe aussi d'autres, par exemple b 'OPAr "commerce" . Ensuite, je me suis attaqué à la morphologie: la comparaison des paradigmes de la déclinaison et de la conjugaison des langues indo-aryennes avec ceux de la romani. Cette comparaison parle plus éloquemment que tous les commentaires: d'un seul coup d'œil, nous pouvons placer la romani parmi les dialectes du Rajasthan. Le présent formel du jodhpuri, semblable à celui de la romani, efface d'un trait "l'archaïsme" de celle-ci. Cette brève comparaison de l'indoaryen d'Europe avec celui d'Asie confirme la thèse de Ralph Turner $ur l'origine des Romané Chavé (Provinces centrales: Etat de Delhi et ses environs, en particulier le Rajasthan). De plus, elle nous montre que la comparaison de la morphologie de l'indo-aryen d'Europe et d'Asie nous donne autant d'informations, sinon plus, sur l'origine des Roma, que la phonologie dynamique, seule analysée par Ralph Turner.

xxxv

ETUDE

DESCRIPTIVE

LE DIALECTE DE BASE
J'ai choisi pour base de la description de la romani le balte oriental, non seulement parce qu'il est ma "langue maternelle" la langue que je parle le mieux - mais aussi parce qu'il présente dans sa structure, de la manière la plus parfaite, la romani commune la koyné romani - et parce qu'il est très proche du dialecte grec qui, grâce à l'environnement favorable du baltoslave, a pu garder sur tous les niveaux - phonologique et morpho-syntaxique - sa pureté originelle et, en même temps, a pu suivre l'évolution amorcée en Inde, pour aboutir à une simplicité, à une rigueur et à une logique peu communes. Le père incontestable de la ramnologiel est Franz von Miklosich. Mais on se demande s'il aurait pu bâtir son "tsigane commun" sans le concours de l'œuvre d'Alexandre Paspati2. En effet, le dialecte grec, recueilli par Paspati, a été considéré comme le prototype de la romani. Nos connaissances actuelles des dialectes romané, spécialement des dialectes du Nord balte, russe et polonais - parlés en Lettonie orientale, Lituanie, Pologne et Russie septentrionales, nous inclinent à faire de sérieuses réserves à ce sujet. Les descriptions des parlers slovaque3, allemand4, lovari polonais5 et hongrois6 - surtout celui de Miklosz Hutterer et Gyôrgy Mészàros 7 - nous font apprécier le dialecte grec à sa juste valeur.

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Ce tenne m'a été suggéré par le Professeur Petrovici, de l'Académie de Roumanie. D'ailleurs, le tenne ramnologue est différent de celui de romaniste "spécialiste des études romanes".

Paspati Alexandre (1870), Les Tchinganié ou Bohémiens de

l'Empire Ottoman. Constantinople. 3 Kalina Dr. A. (1882), La langue des Tsiganes slovaques. Posen. 4 Finck F.N. (1903) Lehrbuch des Dialekts der deutschen Zigeuner, Marburg, analysé dans Gypsy Studies. 5 Pobozniak Tadeusz, op.cit.
6

Joseph, Archiduc d'Autriche et de Hongrie (1888), Csigany

nyelvtan, Budapest, analysé dans Gypsy Studies 14.3-14.5. 7 Mészàros Gyôrgy (1967), A lovari csigany dialectus leironyelvtan, 97 p., Budapest.

Néanmoins, mon étonnement fut grand lorsque je suis tombé dans les bras des Roma de ma "tribu" dès mon arrivée en Macédoine où je les avais laissés depuis plus d'un demi millénaire. En effet, les Roma baltes ont quitté la Grèce avant l'arrivée des Turcs, car le balte oriental ignore des mots d'origine "orientale" comme bizex "péché", mortsi "peau", etc.

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PHONOLOGIE
Etude paradigmatique 8
La phonologie des dialectes romané a été traitée dans mon premier doctorat sous le titre "Introduction à la phonologie du tsigane d'Europe" (1960) et publié sous le titre Gypsy Studies par l'International Academy of Indian Culture9. Ici nous sommes centrés surtout sur l'étude paradigmatique identification des phonèmes romané et leur classement. L'étude syntagmatique comporte à peine deux pages. Ce bref coup d'œil sur la phonologie romani a pour but la transcription l'alphabet romano.

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Voici les oppositions entre les phonèmes consonantiques en balte oriental: p:b m :v f t:d:n r:l:d:n pal "derrière (prép.)" : bal "cheveu", mal "ami" : var "(une) fois" fent'o "seulement", felin "gibet" tel "sous" : dei "il donne" : nel "rivière" res" grimpe" : des" tu donnes" : les "tu prends" , rak "garde" : nak "nez" tselo "entier" : dzeveli "omelette" supo "soupe" : zubo "prénom" sov"dors" : shov"six", star "pêche" : shtar "quatre" car "herbe" : char "cendre", cang "genou" : jang" éveil"

ts : dz s:z s : sh c : ch : j
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9

La méthode descriptive des unsités distinctives utilisées dans mon doctorat "Introduction au consonantisme du tsigane d'Europe" est celle d'André Martinet, rapporteur de ce doctorat.

Kochanowski Jan (1963) Gypsy Studies, International Academy of
Indian Culture 2 volumes 400 p. in 4°, J 22 Hanz Khas Enclave, New Delhi 16 (India) incluant Introduction à la phonologie du tsigane d'Europe (Doctorat en linguistique et dialectologie romani) 192 p. et les Contes et récits en balte orientaI avec traduction anglaise (190 p.) et glossaire romani-anglais (35 p.).

sh : zh k :g k :x

shal "châle" : zhal' "pitié tt katensa "avec les bourreaux" : gadensa "avec les chemises" ko/in "poitrine" : xolin "colère"

On remarquera que f, ts, dz, z, zh n'ont pas toujours de paires de commutations puisqu'originellement, ce ne sont pas des phonèmes de l'indo-aryen central auquel appartient la romani, mais des phonèmes d'emprunt.

Définition de ces consonnes La comparaison des différents phonèmes entre eux nous conduit à dégagerles traits pertinentsqui seront leur définition:
p: b : m: f: v: t: d: n: I: r : ts : dz : s: z: c: j : sb : zh : k: g: x: h: sourd (Plb), bilabial (plv), non nasal (p/m) sonore (Plb), bilabial (b/v), non nasal (b/m) bilabial (min), nasal (m/b) sourd (flv), labio-dental (flp) sonore (vIf), labio-dental (vlb) sourd (t/d), apical (tip, tit: t/k) sonore (dit), apical (d/b, d/v,d/g) nasal (nid), apical (nlm) apical latéral (1In, lid, 1Ir) apical vibrant (rll, r/n) sourd (ts/dz), siffiant (ts/c), occlusif (ts/s) sonore (dz/ts), sifflant (dz/j), occlusif (dz/zh) sourd (s/z), sifflant (s/sh), fricatif (sIts) sonore (zls), siffiant (zlzh), fricatif (zldz) sourd (c/j), chuintant (c/ts), occlusif(c/s) sonore G/c), chuintant G/dz), occlusif (j/zh) sourd (sh/zh), chuintant (sh/s), spirant (sh/c) sonore (zh/sh), chuintant (zh/z), spirant (zh/j) sourd (kIg), dorsal (kit... kip), occlusif (klx) sonore (g/k), dorsal (gld ...gIb), occlusif(g/h) sourd (x/h), dorsal (x/sh/s), fricatif (x/k) sonore (h/x), dorsal (h/zh/z), fricatif (h/g)

6

Classification de ces consonnes
1. Premièrement, la marque de la palatalisation nous permet de classer toutes ces consonnes de la romani en deux grands groupes: a) séries dures ou non palatalisées et b) séries palatalisées ou molles. a) Consonnes dures: 10 sourdes: p, f, t, ts, c, s, sb, k, x 20 sonores: b, v, d, dz, j, z, zh, g, h 30 nasales: m, n 40 vibrante: r 50 latérale: I b) Consonnes palatalisées : 20 sonores: b', v " d', z', g' 30 nasales: m', n' 40 latérale: l' 2. Deuxièmement, on peut établir les classes suivantes: 10bilabiales: p, p' ; b, b' ; m, m' 2°1abio-dentales : f, f' ; v, v' 3° apicales: t, t' ; d, d' ; I, l' ; r 40 sifllantes : ts, dz, s, s', z, z' 5° chuintantes: c, j ; sh, zh 6° dorsales: k, k' ; x ; h Nous rangerons toutes les consonnes du premier type appelées séries, horizontalement, et les consonnes du deuxième type, appelées ordres, verticalement. Dans notre classification, nous comparerons les consonnes qui contrastent par la présence ou l'absence de sonorité ou de palatisation.
1 sourdes: p', f', t', s', k'
0

7

Phonèmes consonantiques du balte oriental
.......

C\S
.......

Point de réalisation

~c;
.1"'"4

-= 0
I '"0

.

....... 1"'"4 .D

~0
" 1"'"4 .......

~.
0
t

Cà ()
1"'"4

d e3
~.1"'"4 fi}

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"

1"'"4

~c; Mode rn
8-4 0

de

~~~0 0
rn
0

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~8-4

'"0 ~e e e

()

réalisation

0
ts

0
c

0
k Occlusives

Série sourde
Série sonore

p

"0 rn
.1"'"4

b f v

d

dz J s z sh zh

g x h

ou
explosives

ioo

....... 0 8-4

C\S

Série sourde
~~Série sonore

d

Spirantes ou
continues ou fricatives

g g
et::
rJ:J.
"0

rn el)

Sonantes

m p' b'
f'

= 0 rn el)
"0 rn
"1"'"4

Série sourde Série sonore
Série sourde

n I t' d' s' z'

k' g'

Nasales Latérale Occlusives ou
explosives

i~ c;=

Série sonore

et:: "0 rJ:J.

0..0 rn 8 0 Sonantes m'

v'

n' l'

Spirantes ou continues ou fricatives Nasales Latérale

Et deux phonèmes non intégrés: r et y. Les phonèmes du balte oriental sont ceux de la romani commune (cf.infra).

8

Ce bref coup d'œil sur les phonèmes romané confirme qu'ils sont vraiment des unités distinctives de la langue car ils différencient un mot d'un autre mot et un morphème de l'autre: bash "aboyer" - pash "moitié", tu xas "tu manges" - yov xal "il mange" La commutation de pash-bash montre que ces deux mots ne se distinguent que par un seul trait - la sonorité. Cette marque sonorité - est le trait distinctif: pertinent du phonème b. Comme nous l'avons vu, le b possède de plus les traits pertinents suivants: labialité, sonorité et occlusion. Ainsi, on peut dire que le phonème est l'ensemble des traits pertinents. Comme il suffit d'un seul trait pertinent pour distinguer un mot d'un autre (touche-douche), on peut considérer le trait pertinent comme la plus petite unité linguistique, bien qu'elle soit incluse dans le phonème.10

10NB : Pour les détails de l'étude paradigmatique et de toute l'étude syntagmatique de la phonologie tsigane, voir Gypsy Studies I, 7.17.33. 9

Etude syntagmatique
A l'initiale se trouvent les combinaisons de phonèmes suivantes: occlusive + r :prasta "courir", drab "médecine"; occlusive + I : klidin "clé" , pleskir "payer" ; occlusive + y :pyel "il boit" , byav "noces" ; occlusive + s', x :ps'iko "épaule" ; phal "planche" , thuv s"fumée" ; sifflante + occlusive: star "pêcher" ; chuintante + occlusive: shtar "quatre" ; shtakur "piétiner" ; spirante + occlusive + sonante r : zdra "trembler". Les occlusives s'excluent réciproquement. Les consonnes dz et j ne se combinent avec aucun autre phonème. Le c ne se combine avec aucun autre phonème, sauf avec le sh ou le x. Les sonores constituent le dernier élément d'une combinaison de phonèmes: trin, drakh-, brishind Il n'existe pas de combinaisons de phonèmes ayant plus de trois consonnes. A la finale, on ne rencontre que -st, -sht et des combinaisons de phonèmes dont l'une est précédée d'une sonante : vast "main, bras", /casht "bois mort", vusht "lèvre", pehend "noix", dand "dent", xanj "démangeaison", mang "prière, demande", cang "genou", phurd "esprit, haleine", bersh "année" . Groupes internes 1. Aucune restriction concernant la position initiale n'est valable pour la position médiane sauf -ph- Ipx/ et -th- IW. 2. Les sonores constituent aussi bien le premier que le deuxième élément. 3. On remarque le j formant une combinaison: yegjeno "tout seul", bien qu'elle soit unique. 4. Enfin, r, n, I servent de support aux combinaisons de trois consonnes (cf. les combinaisons de phonèmes dans cette 10

position dans Gypsy Studies 7.13 - 7.18, p. 45 à 48 incluses) . En règle générale, il n'existe pas de géminées. Les consonnes dures et les consonnes sonores s'excluent réciproquement. Phonologie du mot préfixé Le timbre de la consonne finale du préfixe suit le timbre initial de la racine ou du thème: pot-phagir "casser un peu", mais pod-ja "s'approcher" ; f-kampe "s'amouracher", mais v-ja "entrer" ; s-xa "finir de manger", mais z-hade "soulever. Toutes les combinaisons de phonèmes possibles à l'initiale sont possibles aussi en position médiane. Par exemple, ph /px/ et th /tx/ : za-thuvl'akird'a les "il l'enfuma complètement", zaphusad'a les "il le piqua jusqu'à ce que mort s'ensuive". Phonologie de la phrase En cas d'absence de pause entre deux mots, la consonne du premier s'accommode du timbre du deuxième: vezh - baro "la forêt est grande", rad - bari "la nuit est grande", vazh - dadeske "pour le père". Le consonantisme romano est original et tranche par certains de ses traits avec ceux du milieu environnant. Ainsi, contrairement aux langues comme le russe, le polonais et le letton, la romani balte orientale possède les paires e : j, x : h et les combinaisons de phonèmes caractéristiques à tous les dialectes romané : px, tx, ex, kx que nous transcrivons par ph, th, ch et kh conformément à la nouvelle transcription adoptée dans cette description. Nous voudrions insister sur le fait que ces consonnes aspirées ph, th, ch, kh, considérées par les indologuesramnologues comme des "consonnes aspirées", sont bel et bien des combinaisons de phonèmes, comme nous l'avons démontré dans notre premier doctorat Gypsy Studies, Part I, pp. 178 à 183, ci-après reproduites, sous le titre Le problème des
"aspirées" tsiganes.

Il

Le problème des "aspirées" tsiganes On rencontre ces aspirées dans tous les dialectes tsiganes et les tsiganolo~ues les transcrivent des trois façons suivantes: a) le plus souvent, par ph, th, ch, kh, indépendamment du parler étudié. (cf. par exemple Miklosich, Wlislocki, Turner, Pobozniak). b) ou bien par px, tx, ex, kx, comme BarannikovSergieevskij, c) enfin par p', t', c', k', comme Finck, J. Sampson et Rozwadowski. La dernière notation nous paraît la plus logique si l'on admet le caractère monophonématique des aspirées. Il s'agirait seulement de préciser la nature de ces aspirées comme le font Sampson et Rozwadowski. Pour ce dernier, ce sont des aspirées profondes. Sampson est beaucoup plus explicite que le linguiste polonais. Il se donne la peine de noter que p' = p + h, t' = t + h, k' = k + h, en donnant des exemples anglais: p' : top + hole "trou du sommet", t' : ant + hill "la colline aux fourmis", k' : ink + horn "corne d'encre". Certains sujets auraient tendance a remplacer p', t', k' par PX, tx, kX. Ainsi au lieu de p 'uv "terre", t'an "place", t'em "pays", k'er "maison", ils remplacent par PX}N, txan, txem, kxer. Sans vouloir contester les affirmations de Sampson et d'autres tsiganologues, nous voudrions souligner le fait que la description dépend beaucoup de l'expérience linguistique de l'enquêteur. Il va de soi que souvent, l'enquêteur a tendance à comparer les phonèmes à ceux des autres langues qu'il connaît. Cette remarque s'avère juste, surtout dans le cas des études tsiganes. Ainsi, les chercheurs qui connaissent le h sonore du hindi et de l'ukrainien - comme Barannikov - affirment sans hésiter que le tsigane possède ce phonème. Les autres l'assimilent au h allemand dont il est très proche d'ailleurs. Pour les linguistes qui ne connaissent pas le partenaire sourd du h tsigane, le x qui varie entre une aspiration légère comme le h anglais ou le x russe, il est une "gutturale" profonde comme en ambe. 12

En étudiant le kelderari de Montreuil et surtout le parler de PavIa Bumbuleshti (à part le français et l'italien, elle ne connaît pas de langues orientales, donc elle reste en dehors de toute influence slave et asiatique et, de ce fait, elle est une informatrice précieuse), nous avons pu confirmer les données sur les spirantes dorsales, à savoir qu'il n'existe en tsigane qu'une sourde x et qu'une sonore h. Les seuls X que nous ayons pu remarquer sont des variantes combinatoires du uvulaire, !" soit à la finale absolue, soit à l'intervocalique dans les mots koX< kor et koxard'an < kOfUrd'an. En effet, pour un sujet parlant une langue où le r vibrant existe, il est plus facile de prononcer à la finale, et surtout à l'intervocalique, un X que le uvulaire, surtout lorsque ce !" dernier se trouve placé à côté du r vibrant. Donc si l'on prend en considération ce fait, c'est-à-dire que la romani ne possède que les spirantes dorsales x et h et qu'une occlusive sourde ne peut être suivie que d'une spirante sourde, la seule transcription logique des aspirées romané serait: px, tx, ex, lu. Néanmoins, guidé par la tradition, nous transcrivons les occlusives aspirées par ph, th, ch et kh. Parmi les aspirées, ph, th, ch, kh l'une d'elles, le ch, est ignorée de tous les tsiganologues de langue germanique (y compris l'anglais Sampson). Comme nous le verrons plus loin, la cause en est leur interprétation du c et du di romané comme un t + s et d + i Il. Etant donné qu'en romani germanique le passage de ex au cs est généralisé, le cs est interprété comme tss, c'est-à-dire, en fait comme un simple c. Avant de tirer des conclusions sur les aspects de la langue romani et des Roma eux-mêmes que révèle cette disparition de l'aspirée ch, comme l'a fait Aichele12, il serait préférable d'examiner les témoignages des autres tsiganologues.

-

Il

cf. Sampson, chap. 34 et 35. cf Aichele Walter (1957), Die ursprünglich aspirierten Medien der Zigeunersprache, in Zeitschrift für Phonetik und algemeine Sprachwissenschaft, vo1.10, n.2. pp. 101-107.
.

12

13

Nous ne relèverons pas ici les passages des œuvres de Rozwadowskil3, ni de Barannikov, et nous nous contenterons des listes de mots établies par le compatriote de Sampson, M. Gilliat -Smith 14. En voici quelques mots: chib "langue", chinav "je coupe", cheZ "variole" chavo "fils" char "cendres" (car "herbe" ) , chon "lune, mois"," chorav ''je verse", churi "couteau", chomut "nouvelle lune", achav "je reste", uchanav ''je tamise", ucharav ''je couvre", macho, "poisson", lacho "bon", richini "ourse", etc. Ces mots et tant d'autres que nous pourrions ajouter à volonté, nous prouvent l'existence de la combinaison de phonèmes ch dite "ch aspirée" en romani. La romani, comme on le sait, appartient à l' indo-aryen moderne. Parmi les langues indo-européennes, ce groupe linguistique est celui où les "aspirées" sont le mieux représentées. Le sanskrit a deux séries d'occlusives "aspirées" : la série sourde: ph, th, ch, kh, et la série sonore: bh, dh, et jh, gh. La plupart des indianistes classent ces "aspirées" sanskrites

parmi les consonnes simples15. Pour la même raison, les
"aspirées" romané, de par leur origine, sont considérées comme

des phonèmes simples16. Ici, nous allons envisager le cas des
aspirées en romani contemporaine, car il nous semble, au terme de notre analyse, qu'il s'agit non pas de phonèmes dits "aspirés", donc uniques, mais de combinaisons de phonèmes, de même type que tr, st et autres groupes de consonnes.

13
14

Roznadowski Jan, Worterbuch der Zigeuner-dialekts, Krak6w, nakl. PAU (1936).
cf. The Sound "ch" en tsigane de Bulgarie et Turquie d'Europe dans

15

le JGLS IllS., VI, 22 et New Series V, p.139. cf. Renou Louis (1930), Grammaire sanskrite, p. 2. Paris.
Thumb A (1958), Handbuch des Sanskrit, C.W. p.180 Konsonanten par opposition à p.103 et suiv., aux Konsonantenverbindungen.

16

cf. Sampson John (1926) The Dialect of the Gypsies of Wales,
Edimburg. ; Finck F.N. op.cit., ... etc. 14