Proverbes Dagara

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S'il est vrai que, parmi tous les proverbes du monde, il est possible d'en isoler certains qui portent, du fait de leur nature, une même signification - voire qui présentent une formation étrangement identique, - il reste que la saisie de la plupart d'entre eux fait souvent problème pour le non initié. Les proverbes dagara ne faisant pas, ne pouvant pas faire exception à cette règle, nous avons tenté de réduire leur opacité en les présentant au lecteur sous plusieurs " états " qui vont de la transcription phonétique et phonologique à la glose ou commentaire (particulièrement sûrs dans cette étude puisque proposés par un linguiste africain, Dagara lui-même, et originaire de la région du Burkina-Faso où est implantée l'ethnie du même nom). Nous avons choisi de présenter la traduction du corpus en deux langues, le français et l'anglais, parce que l'Afrique se donne à lire à l'extérieur (voire à elle-même) principalement en ces deux langues qui véhiculent le texte africain africanus en deux " livraisons " - " livrées " serait tout aussi exact - trop souvent étanches, et qui font que la moitié de l'Afrique reste souvent dans l'ignorance de ce qu'écrit l'autre moitié.
Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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EAN13 : 9782296270503
Nombre de pages : 136
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Dàgàrà- ?yÈrbié

ou proverbes dagara
or dagara proverbs
(Théorie sur la circulation des textes des langues à tradition orale en Afrique Noire et application des méthodes phonologiques de transcription)

@ L'Harmattan,

1992

ISBN: 2-7384-1491-5

Penou-Achille Somé Claude Bouygues

Dàgàrà- ?yÈrbié OU proverbes dagara or dagaraproverbs
(Théorie sur la circulation des textes des langues à tradition orale en Afrique Noire et application des méthodes phonologiques de transcription)

Éditions L'Harmattan 5-7 rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

TABLE DE MATIÈRE 9 13

Introduction I. Circulation du texte et données générales 1 - Problème de la circulation des textes africains. 2 - La société dagara. 3 - Les données linguistiques. 4 - L'organisation du texte des proverbes ll. Les proverbes A. L 'homme, la femme et le milieu naturel B. Les animaux Bibliographie

15 29 31 45
47 49 96 127

o - INTRODUCTION

De toute la tradition orale, dont le caractère primordial pour les études africaines est aujourd 'hui hautement revendiqué par tous les Mricains et reconnu par tous les africanistes, le proverbe, semble-t-il, est la forme d'expression qui a retenu le moins l'attention des spécialistes. C'est peut-être, entre autres raisons, qu'avant que son heure ne soit venue, et malgré les efforts de transcription écrite récents, le proverbe africain s'est trouvé en quelque sorte noyé dans la foule des formes d'expression que la sémiotique a permis d'intégrer à la notion de texte. Ainsi, le texte africain (africanus, c'est-à-dire porteur de la réalité mythico-culturelle africaine) est maintenant un appareil imposant qui va de la création écrite ou littéraire à la littérature instrumentale (du tam-tam entre autres, cf. la bendrologie), en passant par les formes d'expression orale classiques: contes, chants, textes sacrés, mythes, légendes, épopées, et par celles qu'a prises en Mrique le jeu métalinguistique des instruments de la communication (gestuelle, littérature des masques, voire l'éternuement...). Et cependant, le proverbe occupe une place privilégiée dans la tradition orale africaine. TI est à la jonction entre le passé et le présent, texte-charnière porteur des clés de l'intégration, donc de la survie, dans

la famille, le village, la tribu. Oeuvre collective et anonyme, le proverbe véhicule des leçons morales et des règles de conduite excipées de l'expérience immémoriale d'un peuple et qui sont la preuve de la maîtrise parfaite d'une culture, ramassée en formules concises et frappantes, non dénuées parfois d'un souci stylistique évident. Son origine lointaine le fonde dans sa superbe: on ne fait pas fi du proverbe impunément car, il est la voix de la sagesse, et qui le profère participe du fait même à une forme de célébration. C'est qu'il est la voix des ancêtres qui parle de très haut. D'où le ton souvent comminatoire du proverbe: ordres, préceptes, caveat, défenses -on notera la prédominance frappante des impératifs négatifs dans le corpus présenté ici. Le proverbe présente d'autre part l'avantage d'être l'élément de la tradition orale qui est le plus aisément accessible; il n'est pas frappé d'interdit, au contraire des textes sacrés ou mythiques, par exemple. D'où il suit, d'abord, qu'il est possible en principe dans ce domaine d'avoir accès à la totalité du corpus. A quoi il faut ajouter ensuite à cet égard que le danger est bien plutôt de voir apparaître au plan qualitatif de la rigueur formelle un certain flottement dû au caractère propre du proverbe. En effet, bien public et patrimoine en quelque sorte, le proverbe, s'il est plus habituellement proféré par certains, n'est en définitive l'exclusivité de personne et reste le privilège de quiconque est en âge et en situation de le prendre en charge. Le proverbe a également le caractère particulièrement intéressant d'être un texte en état d'actualisation constante, réactivé sans cesse dans la société. C'est un texte de consommation courante et d'usage quotidien. TI 10

n'est pas pur décor, ni simple divertissement, ni instrument d'édification morale, ni clé herméneutique ou protection devant le désordre du monde, à l'inverse des chants, des danses, des contes, des légendes et des épopées. TIsert de façon intensive immédiate, ici et maintenant, le plus souvent de façon réactionnelle. TIponctue les actions, les situations les plus graves comme les plus banales de la vie de tous les jours. En ce sens, on peut dire qu'il est le texte de l'affleurement au présent: formule à caractère qu'on pourrait dire pédagoqique, porteuse de l'essence d'une sagesse et d'un savoir ethniques et ancestraux, et remontée du fond du passé à travers les couches généalogiques pour que la voix de la doxa soit entendue aujourd 'hui. S'il est vrai que, parmi tous les proverbes du présentent une formation étrangement identique -- il reste que la saisie de la plupart d'entre eux fait souvent problème pour le non initié.

monde, il est possible d I en isoler certains qui portent, du fait de leur nature, une même signification - voire qui

Sur le terrain, en effet, au ras du quotidien, si la formulation en est correcte et l'à-propos évident, le proverbe frappera par la clarté de son sens et ne soulèvera de doute pour personne. On peut dire qu'il est signe dont le signifié est en partie de nature situationnelle. Par contre, hors du terroir et, à plus forte raison, dans le silence de la dénotation, même lorsque une traduction littérale fidèle en est donnée, il devient très souvent opaque, d'une opacité naturellement proportionnelle à la distance culturelle qui nous (lecteurs) sépare du groupe d'où il a jailli. Les proverbes dagara ne faisant pas, ne pouvant pas faire exception à cette règle, nous avons tenté de réduire leur opacité en les présentant au lecteur sous 11

plusieurs "états" qui vont de la transcription phonétique et phonologique à la glose ou commentaire (particulièrement sûrs dans cette étude puisque proposés par un linguiste africain, Dagara lui-même, et originaire de la région du Burkina Faso où est implantée l'ethnie du même nom). Nous avons choisi, pour finir, de présenter la traduction du corpus en deux langues, le français et l'anglais, parce que l' Mrique se donne à lire à l'extérieur (voire à elle-même) principalement en ces deux langues qui véhiculent le texte africain africanus en deux "livraisons" -- livrées serait tout aussi exact -- trop souvent étanches, et qui font que la moitié de l' Mrique reste souvent dans l'ignorance de ce qu'écrit l'autre moitié. La regrettable diglossie de fait qui frappe l' Mrique, comme du reste les Antilles, et qui est héritée de la situation coloniale, est selon nous fortement préjudiciable au déchiffrement et à la circulation du texte africain. Cette observation nous a logiquement conduits à la formule synoptique de la traduction simultanée en anglais et en français. Pour que le texte africain soit accessible au plus grand nombre. Claude Bouygues

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Première partie

LA CIRCULATION DU TEXTE ET LES DONNÉES GÉNÉRALES

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