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Psychosociolinguistique

De
208 pages
Comment prendre en compte les facteurs psychologiques dans les interactions verbales ? Peut-on proposer une approche psychosociolinguistique pour appréhender les situations de communication telles que celles de la maltraitance, de l'entretien clinique et du recouvrement de l'ouie chez l'enfant sourd ? La question est de savoir si la langue ne serait pas éminemment psycho-sociale et s'il n'y aurait pas une co-variance des phénomènes linguistiques et des phénomènes psychosociologiques.
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PSYCHOSOCIOLINGUISTIQUE

LES FACTEURS PSYCHOLOGIQUES DANS LES INTERACTIONS VERBALES

Espaces Discursifs Collection dirigée par Thierry Bulot
La collection Espaces discursifs rend compte de la participation des discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels...) à l'élaboration /
représentation d'espaces

- qu'ils

soient sociaux, géographiques,

symboliques,

territorialisés, communautaires,... - où les pratiques langagières peuvent être révélatrices de modifications sociales. Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des méthodologies, et concerne - au-delà du seul espace
francophone

- autant

les langues régionales

que les vernaculaires

urbains, les

langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance; elle vaut également pour les diverses variétés d'une même langue quand chacune d'elles donne lieu à un discours identitaire; elle s'intéresse plus largement encore aux faits relevant de l'évaluation sociale de la diversité linguistique.

Anemone GEIGER-JAILLET, Le bilinguisme pour grandir. Naître bilingue ou le devenir par l'école, 2005. Safia ASSELAH RAHAL, Plurilinguisme et migration, 2004. Isabelle LÉGLISE (dir.), Pratiques, langues et discours dans le travail social, 2004. C. BARRE DE MINIAC, C. BRISSAUD, M. RISPAIL, La littéracie, 2004. Marie LANDICK, Enquête sur la prononciation du français de référence. Les voyelles moyennes et I 'harmonie vocalique, 2004. Eguzki URTEAGA, La politique linguistique au pays basque, 2004. Sous la direction de D. CAUBET, J. BILLIEZ, T. BULOT, I. LEGLISE et C. MILLER, Parlers jeunes, ici et là-bas (Pratiques et représentations), 2004. Bernard ZONGO, Le parler ordinaire multilingue à Paris, 2004. Dominique CAUBET (Entretiens présentés et édités par), Les mots du
bled, 2004.

Cécile VAN DEN A VENNE, Changer de vie, changer Paroles de migrants entre le Mali et Marseille, 2004.

de langues.

Jean-Michel ELOY (sous la dir.), Des langues collatérales :Problèmes linguistiques, sociolinguistiques et glottopolitiques de la proximité linguistique (Volume I et II), 2004

MICHELLE

VAN HOOLAND

(ED.)

PSYCHO SOCIOLINGUISTIQUE

LES FACTEURS PSYCHOLOGIQUES DANS LES INTERACTIONS VERBALES

Avec la collaboration

de

Cécile Bauvois, Jean-Émile Gombert, Nathalie Auger, Béatrice Fracchiolla, Claudine Moïse, Thierry Launay, Aude Bretegnier, Thierry Bulot, Catherine Loneux et Philippe Blanchet.

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

cgL'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8234-5 EAN : 9782747582346

DE LA MÊME AUTEURE

VAN HaaLAND M., 2000, Analyse critique du travail langagier: du langage taylorisé à la compétence langagière, Paris: L'Harmattan. VAN HaaLAND M., 2002, La parole émergente. Approche psycho-sociolinguistique de la résilience. Parcours théoricobiographique, Paris: L' Hannattan.

A PARAÎTRE CHEZ LE MÊME ÉDITEUR

VAN HaaLAND M., 2005, La troisièlne personne. Maltraitance, Résilience et interactions verbales, Paris: L'Harmattan.

DES FACTEURS PSYCHOLOGIQUES AUX FACTEURS PSYCHOSOCIOLINGUISTIQUES. THÉORIE ET MÉTHODE. (EN GUISE D'INTRODUCTION)1

1.

Le but de la journée

Cet ouvrage comporte les textes et les discussions sur ces textes présentés lors de la journée psychosociolinguistique qui a eu lieu en septernbre 2004 à Rennes 2 organisée par le Centre de Recherche sur la diversité Linguistique de la Francophonie (CREDILIF, EA ERELLIF n03207). J'ai proposé cette journée à Philippe Blanchet, directeur du centre, en vue de réfléchir sur les facteurs psychologiques dans les interactions verbales2. En effet, à la lumière de Illes recherches sur la Illaltraitance et spécifiquement sur la COllllllunication fallliliale maltraitante, la question qui se posait à moi était: que faire des facteurs «psy » tels que posés dans le schéllla de la communication par de nombreux spécialistes des interactions verbales, comllle Kerbrat-Orecchioni ou Hymes, si l'on considère que, dans la communication humaine, c'est tout l'être psychologique et social qui s'engage? Est-il pertinent d'un point de vue théorique, méthodologique et pratique de répondre à cette question en développant une approche psychosociolinguistique comme cela est amorcé dans «La parole énlergente» (Van Hooland, 2002) ? Cette journée proposait alors de débattre sur la prise en compte parllli les différentes composantes de la comlllunication
1 Michelle Van Hooland, Chercheure associée au CREDILIFERELLIF (EA 3207), Formatrice en formation continue des personnels soignants et travailleurs sociaux.

Un certain nombre de points abordés ici sont développés dans l'ouvrage à paraître en 2005: Van Hooland M., La troisième personne. Maltraitance, résilience et interactions verbales. Analyse psychosociolinguistique de témoignages. Paris: L' Hannattan.

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Psychosociolinguistique

interpersonnelle des facteurs «psy », de leur définition dès lors que leur existence permettrait de mieux comprendre et décrire des situations de communication, d'usage du langage et de la langue. En effet, ne peut-on envisager, par exelnple, dans l'analyse de l'insécurité linguistique l'aspect des lnécanismes de défenses émotionnelles, cOlnmunicationnelles ? Si l'on parle de langage adaptation, d'adaptation à l'interlocuteur, peut-on compléter cette notion d'adaptation pour la compréhension d'interactions, d'apprentissage dans l'interaction par celle des stratégies d'adaptation telles que définies par la théorie du coping? Si lorsque l'on communique, c'est changer en échangeant (Kerbrat-Orecchioni, 1995), COlnmentexpliquer ce changement lors de la cOlnmunication : pouvons-nous rester sur les notions de situations co-construites ou étendre cette notion à celle, psychodynamique, de moments présents? Différentes situations de cOl11munications,d'usages du langage interrogent la complémentarité dialectique du social et du psychique. Ces questionnements théoriques et lnéthodologiques sont d'autant plus pressants lorsqu'ils élnergent de situations difficiles pour lesquelles il y a urgence. A titre d'illustration, la situation de maltraitance familiale met depuis longtemps en avant une analyse en terme de causes et de conséquences et, en ce qui concerne le langage, conséquences communicationnelles, de troubles du langage; or, des chercheurs (Durning et Fortin, 1996) et professionnels demandent explicitelnent de changer de regard et de considérer cette situation du point de vue de la communication. Con11nent pouvons-nous développer une théorie de la cOlnmunication lorsque les facteurs «psy» ne sont pas ou pas suffisan1ment envisagés dans le schéma cOlnmunicationnel? En effet, COlumentexpliquer, en prenant appui sur ce que les théoriciens du champ de la maltraitance et de la résilience mettent en avant à savoir le développelnent des cOlnpétences dans la situation de lnaltraitance, que l'enfant peut développer une compétence de communication face à l'adulte maltraitant et après la situation de maltraitance, développer une stratégie discursive d'adaptation (Van Hooland, 2004) sans prendre en compte

Des facteurs psychologiques

aux facteurs...

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parmi les autres composantes du schéma de la communication ces facteurs «psy »? Cette journée a souhaité questionner la diversité disciplinaire et sociale des terrains de recherche tels qu'ils se trouvent confrontés à la question des facteurs «psy » dans les pratiques langagières, tels qu'ils imposent ou induisent des théorisations, des méthodes d'analyse, de recuei I de données. Elle s'est ouverte en direction des chercheurs mais aussi des intervenants du social, de la santé, de l' éducation3. Ainsi, ont été présentés et discutés trois textes4 :

.
.

«Résilience verbale et traumatisnle approche psychosociolinguistique communication », écrit par psychosoci 0linguiste,

du langage: de la moi-même,

« Psychologie et sociolinguistique. Dialogue d'intersection.» Cécile Bauvois, Docteur en psychologie, psychologue clinicienne et sociolinguiste, Service de Psychologie lnédicale, Centre Hospitalier Hornu-Frameries, Belgique, «Rôle de l'interaction dans la constitution de l'appareillage psychologique et physiologique de la conlmunication chez l 'humain et chez les oiseaux chanteurs» Jean-Émile GOlnbert, Professeur de psychologie, Université Rennes 2, (Centre de Recherche en Psychologie, Cognition et Conlnlunication, EA 1285).

.

Ces textes ont été discutés respectivelnent par: pour le premier, Nathalie Auger Université de Montpellier III, Béatrice Facchiola Université de Toulon, Claudine Moïse Université d'Avignon; pour le second, Thierry Bulot, Université de Rennes 2 et pour le dernier, Catherine Loneux, Université de
3

Au total, une dizaine de champs (ou sous champs) disciplinaires étaient présents (voir la liste des participants en fin de volume). 4 Ordre d'apparition dans le volume.

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Psychosociolinguistique

Rennes 2; l'ensemble se terminant par un après-propos de Philippe Blanchet qui nous livre ainsi ses impressions. Pour le reste, il seInble qu'à la suite de cette journée, l'on puisse non seuleInent avancer un enseInble de points concernant la psychosociolinguistique mais aussi ouvrir sur un ensemble de questions tant théoriques que méthodologiques. 2. Un ensemble de questions

Bien que ce terme existe depuis plusieurs années (Breckle, 1984, Van De Craen, 1984, Gambier, 1987, Blanchet A., 1991, Beauvois, 2001) pour des recherches associant psycholinguistique et sociolinguistique, recherches dans lesquelles on insiste sur l'un ou l'autre pôle, de Inon point de vue, il demeure un enseInble de questions qui ont en partie été soulevées lors de cette journée. Il manque au regard des textes proposés et des discussions, notalnlnent celle de Thierry Launay, médecin et psychothérapeute, la cOInplélnentarité dialectique du psychique et du psychosociolinguistique dès lors qu'il est question d'un mouvement dans le statut du locuteur énonciateur, d'un passage d'un statut à un autre, travaillé, remanié, exprilné dans l'interaction verbale. En effet, quel est par exemple l'impact du travail d'interprétation et de production de l'enfant du point de vue de son identité, y a-t-il remaniement psychique, mécanisme de défenses communicationnelles ? Cette question se pose dans le cas de maltraitance mais aussi dans le cas oÙ l'enfant recouvre son audition. Que recouvre-t-il exactement d'un point de vue identitaire? Y a-t-il remaniement psychique et Inécanislnes de défenses communicationnelles ? Dans le contexte de l'insécurité linguistique, de la Inêlne façon que la sociologie clinique considère la genèse sociale des conflits psychologiques, ne peut-on considérer une genèse psychosociolinguistique aux conflits psychologiques? Le texte de Cécile Bauvois le laisse penser COInIneil laisse penser que ces conflits pourraient être résolus en interrogeant la place du sujet dans son expérience langagière, son histoire conversationnelle personnelle, Inais aussi falniliale et encore

Des facteurs psychologiques

aux facteurs...

Il

sociale. Car en effet, n'y a-t-il pas à côté des facteurs psycholinguistiques et sociolinguistiques, un processus dans lequel le psychique serait étroitement imbriqué qui permettrait à la personne de s'ériger en sujet; réflexion qui envisagerait alors les facteurs et le processus d'interprétation et de production COlnme pouvant ilnprimer, façonner l'individu? Ceci revient à savoir comment sont prises en compte dans l'apprentissage les qualités psychologiques de l'entourage de l'enfant, la relation affective et donc les manifestations affectives à côté des aspects cognitifs, des aspects et attributs sociaux des personnes de l'entourage de l'enfant et ceci peut se poser dans le contexte du travail de Jean-Élnile GOlnbert auprès des enfants sourds qui seront équipés d'un implant cochléaire. Par rapport à ces questions, la psychosociolinguistique serait tripolaire: la psychosociolinguistique intègre le psychique.

3.

Essai de définition

Ces diverses questions se placent tant au niveau théorique que méthodologique et pratique; en effet, elles intéressent les professionnels - d'ailleurs présents à cette journée: psychologue, psychothérapeute, professionnel de la santé et fonnateur. La réflexion psychosociolinguistique émane d'un premier travail, je l'ai évoqué précédemlnent. J'ai proposé une approche psychosociolinguistique de la résilience il y a deux ans: il s'agit d'un travail d'autoanalyse oÙ il y a Inise en évidence de la construction de Ina propre cOlnpétence de communication en situation de Inaltraitance, c'est-à-dire ma résilience verbale face à une situation de maltraitance psychologique et physique (Van Hooland, 2002). Étant formatrice auprès des personnels soignants et chercheure travaillant spécifiquement sur la prise en charge, l'accompagnement de l'enfant maltraité, j'ai voulu aller plus loin sur cette approche. J'ai pu recueillir des témoignages de personnes ex-enfants maltraités qui ont développé, elles aussi, une compétence de communication en situation de Inaltraitance autrelnent dit qui ont tenté de travailler, de gagner un statut de locuteur énonciateur face à la maltraitance familiale; et j'ai pu me rendre compte au cours d'observations dans des services de

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Psychosociolinguistique

soins et de forlllations d'une violence verbale chez les soignants qui devaient veiller au besoin de cOlllmuniquer de l'enfant maltraité. Sociolinguiste de formation, travaillant sur les interactions verbales, face à l'enfance 111altraitée, e me pose la question de j l'usage de la langue, de la maîtrise de la langue, du lien entre les interactions verbales et les facteurs psychologiques. Ma réflexion croise celle de la sociolinguistique et de la théorie des interactions verbales5. Marcellesi (1980) affirme dans sa réflexion sur l'émergence de la sociolinguistique que la langue est él11inelllment sociale, avançant la co-variance des phénomènes linguistiques et des phénolllènes sociologiques. Je me pose la question de savoir si la langue n'est pas éminemment psychosociale et s'il n'y a pas une co-variance des phénomènes linguistiques et des phénolllènes psychosociologiques. De même que la sociolinguistique existe, pour Mino et Renzi (cités par Marcellesi, 1980), parce qu'il y a des problèmes linguistiques qui intéressent la vie sociale de certaines communautés d'une manière tellel11ent dramatique qu'ils mettent en cause leur propre existence, il me semble que la psychosociolinguistique peut exister pour les mêmes raisons à savoir que l'individu peut rencontrer des problèl11es linguistiques, tel que le traumatisme du langage, tels qu' ils mettent en jeu sa santé mentale, sa socialisation. Ceci questionne l'approche disciplinaire, le décloisonnelllent disciplinaire. Compte tenu de ces éléments, la psychosociolinguistique peut être plus largement et provisoirement définie comme l'analyse des facteurs et processus intrapsychiques, psycholinguistiques et sociolinguistiques étroitelllent imbriqués en tant qu'ils peuvent permettre ou el11pêcherla construction du sujet parlant. Et il ne me semble pas absurde de proposer cette définition provisoire au regard de ce que proposent Cécile Bauvois et Jean-Émile Gombert car leurs propos correspondent,

5 Voir mon texte ci-après.

Des facteurs psychologiques

aux facteurs...

13

pour moi, à la construction, l'émergence du sujet parlant dans des situations de cOl11municationsdifférentes.

4.

Les facteurs psychologiques dans les interactions verbales

Il s'agit de situations de communications particulières dans lesquelles le sujet énonciateur est en l110uvement: il passe d'un statut de sujet parlant à un autre. Pour le décrire et l'aborder et pour in fine intervenir, il me semble indispensable de prendre en compte dans la description du schéma de la communication (Kerbrat-Orecchioni, 1980) les facteurs «psy » non abordés et ce, au moins, pour une raison essentielle: iI peut s'agir de situations de stress qui peuvent faire appel à une adaptation en terme d'évaluation et d'efforts conscients ou plus ou l110ins conscients où s'élabore une certaine compétence de communication. Certaine parce qu'elle peut être une stratégie discursive d'adaptation. Et parce qu'elle rend compte d'un passage d'un statut d'un locuteur à un autre. L'enfant, l' ado lescent, l'adulte sont dans un rapport travai llé au langage, il travaille leur statut de locuteur dans l'interaction verbale. D'un point de vue théorique et pratique notamlllent pour répondre aux questions de Thierry Launay sur la prise en charge de l'enfant maltraité ou des personnes en difficulté, il faut, me semble-t-il, définir ce que les théoriciens des interactions verbales entendent par facteurs «psy ». En reprenant les propos de Kerbrat-Orecchioni (1995 : 48), il me semble effectiven1ent que l'analyse des interactions verbales «débouche nécessairement sur des considérations de nature psychosociologique ». L'auteur (31) rappelle à partir de HYlnes que la compétence communicative s'appuie sur un enselnble de savoirs: savoirs linguistiques et savoirs socioculturels «inextricablement mêlés ». Or, dans certaines situations de communication verbale pour que ceux-ci se mettent en place, il Y a des efforts à faire, efforts qui reposent sur des facteurs et un processus. Les facteurs «psy» sont en réal ité des facteurs étroitement imbriqués avec des facteurs socioculturels; cela signifie qu'il y a une co-émergence des savoirs linguistiques et

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Psychosociolinguistique

socioculturels grâce à la complémentarité dialectique du psychique et du social. Ceci peut être reformulé à travers les deux niveaux de difficultés que l'enfant carencé rencontre dans son rapport au langage: le langage affectif et le langage cognitif (Lemay, 1993) avec l'idée toutefois que le langage cognitif ne peut être tout à fait exempt de langage affectif, de demande de reconnaissance (Flahaut, 1978). - les facteurs «psy» sont les facteurs psychoaffectifs c'est-à-dire ce qu'apporte à l'enfant le soutien social, le tiers, la relation affective, l'attachetnent, en tant que socialisation et protection à travers la cotnmunication verbale, l'interaction verbale du point de vue de la relation. Mais comme il y a complémentarité dialectique des facteurs «psy » et des facteurs sociaux car, dans le sens oÙ le propose De Gaulejac (1987), la relation affective ne se vit pas indépendamment des attributs sociaux, de I'histoire fatniliale et sociale, de l'influence des rapports sociaux et par exelnple dans le contexte de la maltraitance des rapports sociolangagiers exprimant un type de rapport social, ils' agit de facteurs psychosociolangagiers. Ceci m'amène au point suivant.

- les

facteurs

«psy » sont les facteurs

psycholinguistiques

c'est-à-dire cognitifs car le locuteur réalise un effort conscient ou plus ou moins conscient, une évaluation de la situation de communication verbale et donc un travail langagier d'adaptation à l'interlocuteur. Mais ce travail est en fait un travail socio-cognitif. Cet aspect est l'explicitation, à partir de l'approche de Bautier (1989) du travail langagier et socio-cognitif, du travail psychodynamique réalisé (Van Hooland, 2002) sur le langage, ceci aboutit alors aux facteurs psychosociolinguistiques6.

Cette approche ainsi que la réflexion sur la méthodologie se trouvent définies dans Van Hooland M., (à paraître), La troisième personne. Maltraitance, résilience et interactions verbales. Paris: L'Harmattan.

6

Des facteurs psychologiques

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Si je pose cette définition, il faut questionner la méthodologie de recueil, la méthode de travail, ou d'observation comme le fait Cécile Bauvois dans son texte rappelant que l'observation est une rencontre. En effet, si l'on cherche à recueillir le mouvement du statut du locuteur COlnme cela peut être le cas dans la situation de travail sur l'illettrisme où celui qui ne savait plus, ne savait pas et savait autrement, devient celui qui a travaillé ce qu'il ne savait pas, il faut écouter, saisir le Inouvement du discours mais aussi le proposer, le susciter; cet aspect rejoint la réflexion d'Aude Bretegner auprès des personnes travaillant leur illettrislne. 5. Réflexion autour de la méthodologie

Je soumets aux sociolinguistes, aux interactionnistes, en guise de réflexion, la Inéthode de recueil de témoignages que j'ai pu mettre en place pour recueillir ce mouvement (Van Hooland,2004). Pour saisir la compétence de comlnunication de l'enfant maltraité, je me suis tournée vers le recueil de témoignages de personnes adultes résilientes ex-enfants maltraités. Un enselnble de points peut être évoqué concernant les implications méthodologiques. L'essentiel est de noter que dès lors que le psychosociolinguiste s'intéresse au vécu de la personne, à sa biographie langagière en tant que celle-ci relate des événelnents douloureux, il doit poser un ensemble de principes qui repose tous sur le respect.

.
.

Le premier de ces principes est le respect dans le recueil. Et ce respect se traduit par une catégorisation différente de ce qu'il recueille, Le second est le respect de l'autre en tant que personne ressource, Le respect de l'autre signifie aussi le respect de soi car interroger l'autre c'est s'interroger soi-lnême et cela pose la distance du chercheur.

.

16

Psychosociolinguistique

5.1.

Le recueil de témoignage

Qu'il soit linguiste au travail (Boutet, 1995), qu'il soit sociolinguiste (Marcellesi, 1987), qu'il soit interactionniste (Traverso, 1996) ou les trois en même telnps, il semble que le matériau recueilli soit du corpus. Or, ICI, pour le psychosociolinguiste, il n'est pas question d'utiliser cette catégorie: loin d'être un « vaste ensen1ble de mots» ou encore un « regroupen1ent structuré de textes intégraux, docun1entés » (Rastier, 2002), il s'agit de propos relatant un vécu, relatant une expérience, suivant une approche biographique (Lemoigne, 1993), et par le fait de la relater, les personnes produisent leur vie en tant qu'épreuve pragmatique perforlnative (Pineau, 2000). Le recueil de témoignage n'est pas seulement au service de la recherche, il est aussi au service des personnes: le recueil transforme les personnes au cours du témoignage, elles détiennent un savoir qui intéresse le chercheur. Le discours du témoignage s'apparente à un discours politique tel qu'il est défini par Dubois (1971) à savoir polémique et didactique, il est ce discours pour lequel et par lequel s'engage la lutte (Foucault, 1971), la reconnaissance de leur existence: le concept de résilience est polémique puisqu'il remet en cause différents aspects (notamment théoriques), il s'insurge contre la dictature de la vulnérabilité (Tomkiewicz, 2000). Ainsi, pour moi, il est question de recueil de témoignages dans une optique d'expérience formatrice qui inclut 1. la réflexion sur les histoires de vie et 2. la réflexion en l'adaptant de ce que Marcellesi (1987 : 81) appelle parmi les différentes catégories de corpus présentées le «corpus de compétence ». Le travail sur les histoires de vie est multiple (2000), l'emprunt aux histoires de vie est fait à la délnarche de De Gaulejac (Niewiadomski, Villers de, 2002) et à ce que Josso (2000 : 77) évoque à savoir: le travail sur «les conditions de transformation d'une expérience de souffrance en expérience forn1atrice qui ouvre avec force, pertinence et originalité le débat sur les din1ensions autoréparatrices d'une dén1arche autobiographique ». Les personnes adultes acceptent de témoigner de leur expérience, parce qu'elles vont parler de leur

Des facteurs psychologiques

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vécu, cela va entraîner un travail d'ajustement. J'ai proposé cette notion d'expérience formatrice à deux reprises: lors de l'analyse du travail langagier (Van Hooland, 2000) et lors de l'auto-analyse dans La parole émergente (Van Hooland, 2002). Elle me semble effectivement pouvoir s'appliquer comme principe méthodologique de recueil de témoignages. Mon hypothèse dans le recueil est que l'adulte qui témoigne est dans le processus de l'expérience formatrice de par ce qu'il a développé mais il peut lui manquer une ou deux étapes. S'il a été cet enfant qui a mis en place une stratégie discursive d'adaptation à partir de trois moments7: perception du stresseur, mécanismes de défenses et efforts conscients, et qu'il est devenu un professionnel et/ou un parent conscient de son vécu qu'il remobilise, il est engagé dans le processus de l'expérience formatrice mais il peut lui Inanquer une étape, notamment celle du récit, celle de la Inise en lien de son histoire personnelle, familiale et sociale avec I'histoire personnelle, familiale et sociale de l'adulte, de son histoire personnelle et socio-professionnelIe ; le recueil tentera alors de maintenir cet engagelnent, ce processus. Je ln' explique à travers l'explicitation du concept. La forlnation expérientielle est définie comme étant «un processus au cours duquel un savoir est créé grâce à la transformation de l'expérience» (Kolb, 1996). Je considère effectivement que le recueil de témoignages est un processus au cours duquel un savoir est créé qui transforme l'expérience. Ce processus comprend quatre étapes: expérience concrète, observation réfléchie, conceptualisation abstraite, expérimentation active. La première étape est celle de l'apprenant qui est placé dans une situation oÙ il est en contact direct avec un ou des phénomènes, et oÙ il doit faire quelque chose; cette situation cOlnporte des éléments nouveaux ou problématiques qui nécessitent des ajustelnents. De plus, dans la formation expérientielIe, l'apprenant prend un temps d'arrêt, il analyse les élétnents de la situation en
7

Voir texte ci-après.

18

Psychosociolinguistique

cours, les compare aux données recueillies lors d'expériences antérieures et aux éléments d'infonnation dont il dispose et il doit ensuite, lors de la troisièlne étape, découvrir les concepts et les principes généraux lui permettant d'intégrer ses propres données (observation et réflexions), et dans certains cas, de les comparer et de les intégrer au corps de connaissances scientifiques intégrées appropriées. Enfin, dans la formation expérientielle, les résultats des étapes précédentes sont réinvestis dans l'action, ce qui pennet de vérifier si les idées s'ancrent dans la réalité, si les solutions trouvées sont efficaces et si les éléments théoriques se vérifient dans la pratique. Il s'agit d'un processus circulaire, constamment répété, qui ne se déroule pas nécessairelnent dans un ordre préétabli. L'importance accordée à l'une ou l'autre des étapes dépend notamment des préférences personnelles et des contraintes situationnelles.
Dans le recueil de télTIoignages, dans la mesure où il s'agit d'expériences de vie touchant à l'identité et psychique et sociale, le recueil est nécessairement un processus. Toutefois, les étapes dans le recueil n'ont pas le mêlTIe ordre d'apparition; l'étape d'observation réfléchie doit être considérée COll1ll1e celle de la verbalisation réfléchie et celle de l' expérÎll1entation active est ce qui a été 111isen place, réutilisé dans l'activité familiale, sociale et professionnelle sans avoir été spécifiquement conceptualisé. Ainsi, il y a réflexion car il y a verbalisation de ce qui a été mis en place et pendant l'enfance et pendant l'activité professionnelle et sociale, ceci a pour but une expérill1entation active pour les professionnels et une conceptualisation abstraite. Ainsi, .:. le recueil part de la conceptualisation verbalisation réfléchie, pour avoir une

.:. Il remonte vers l'expérience concrète antérieure, processus pendant lequel s'exprimera, se construira 1'historicité, et

.:. Il se termine sur l' expérill1entation active. Cette étape est pour le téll10ignage des résilients professionnels de la santé celle du réinvestissement

Des facteurs psychologiques

aux facteurs...

19 dans leur activité

de ces différents professionnelle.

éléments

Le recueil de témoignages doit distinguer ces différentes phases: le psychosociolinguiste ne doit pas confondre ce qui relève de l'expérience concrète antérieure de ce qui relève de l'observation réfléchie en d'autres termes ce qui renvoie au vécu qui est relaté dans le discours correspondant non pas à l'expérience concrète mais à l'expérience antérieure et au vécu qui est en train de se transformer par la verbalisation, qui devient historicité. Le recueil est considéré comme un temps d'arrêt, la personne qui témoigne prend un temps d'arrêt: le temps du téIlloignage. Elle va COIllpareravant le IllOIllentdu témoignage, pendant le moment du témoignage en présence ou en absence du recueilleur les éléments d'information dont elle dispose pour ensuite et en même temps découvrir les concepts. Le témoignage sur la résilience repose sur la particularité qu'il part du concept de résilience, de ce qu'il recouvre. Le téllloignage est d'emblée situé dans un concept, le témoigneur est appelé à réagir sur ce concept à partir de son expérience antérieure, des informations dont il dispose. Ce principe s'appuie sur celui de De Gaulejac où les personnes sont appelées à participer à la recherche. Les résil ientes interrogées ont la particularité de s'être lancées dans les études. Elles ont donc été sans le savoir dans le schéma de l'observation réfléchie 11lais ce schéIlla était en pointillé car c'est COIll1lle si elles étaient passées de l'expérience concrète à la conceptualisation abstraite: elles n'ont pas trouvé d'endroits pour se dire ou l'ont trouvé après. Le témoignage permet à la fois de mobiliser et le savoir de I'histoire et I'histoire du savoir. II permet de Illettre en avant la capacité à remobiliser cette expérience dans l' expériIllentation active auprès des patients. Le témoignage est alors défini comIne le Inoment de la verbalisation réfléchie de l'expérience concrète antérieure, de I'histoire interactionnelle, verbalisation pendant laquelle la personne est engagée à déterminer le travail opéré sur son statut

20

P syehos

oe i ol ingu istiqu

e

de sujet parlant en vue d'établir une conceptualisation abstraite de cette expérience concrète pour l' expérilnentation active. Les personnes qui témoignent sont bien des personnes ressources. 5.2. Les personnes ressources et les modalités de recueil

En tant que chercheure qui recueille le témoignage, je ne suis pas celle qui sait, qui a une hypothèse dont je ne dirais rien à la personne qui témoigne, celle qui vient recueillir et qui repart sans faire de retour. Je Ine pose d'emblée comlne une chercheure qui a besoin des ressources des personnes qui témoignent. Ces personnes sont des personnes ressources au sens où elles ont un vécu, un passé dans lequel leur action a pu modifier leur avenir communicationnel. Ce serait une erreur méthodologique de ne pas tenir compte de leur savoir car elles entretiennent un rapport spécifique au savoir, car il s'agit de savoirs de résistance8. Le recueil de témoignage repose sur ce savoir sur cette action. Il doit pour se faire prendre en considération celles qui témoignent. Dans une rencontre préliminaire, j'explicite ce que je vais faire et laisse à la personne le document (tableau ci-après) sur lequel cela est noté en proposant:

.

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mon objet de recherche: le repérage des Inécanismes mis en place du point de vue de la comlnunication, la méthode de recueil: temps et lieu de rencontre, modal ités du recuei 1: libre, anonYlne et mouvant, recueil biographique, recueil thématique restitué, à la personne de réagir sur ce qui est noté, de cOlnmenter et de donner son accord.

Contrat

Ce recueil de témoignages est destiné à une recherche formation - action.

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Voir Chemins de formation, nOS, 2003:

«les

savoirs de

résistance », Université de Nantes.