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Signisme

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EAN13 : 9782296423510
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L'histoire du schématisme 1

Le signisme

-

Collection « Recherches en Bibliologie » la science générale de la communication écrite
Dirigée par Eddie TAMBWE

-

La collection « Recherches en Bibliologie» est un espace ouvert aux études relevant de la « bibliologie », la science générale de la communication écrite, l'une des composantes des sciences de l'information et de la communication.
Dernières parutions

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Eddie TAMBWE, Recherches sur l'écrit, Essai de Bibliologie. Didier MUMENGI, Panda Farnana, Premier universitaire congolais (1888-1930). En cours de parution

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Emmanuel BEBE BESHELEMU, Presse écrite et expériences démocratiques au Congo-Zaïre. Nadia LAHAM, La statistique bibliographique de la France de 1793 à 1890. Jacques HELLEMENS et Eddie TAMBWE (sous la direction), Les bibliothèques, l'écrit et les technologies de l'information et de la communication en Rd-Congo.

Robert

ESTIV ALS

L 'histoire du schématisme 1

Le signisme
La génération du signe 1945-1968

Lettrisme
Ultra-lettrisme

Signisme
Internationale situationniste Schématisme

L 'Hannattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Kinshasa

~75005 Paris
Italia 15 L'Harmattan Burkina Faso

L'Harmattan

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 10 124 Torino ITALIE

1200 logements 12B2260 Ouagadougou

villa 96

1053 Budapest

Université

12

Conception: Suzanne Charpentier Mise en page et prêt-à-clicher : Tibor Papp

www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr

(Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9754-7 EAN: 9782747597548

L'HISTOIRE DU SCHÉMATISME 1

Le Signisme
INTRODUCTION
«

L'évolution d'Estivals est la plus ambitieuse, trouver la racine psychique du langage. »

Jacques Donguy Cet ouvrage concerne tous les lecteurs intéressés par l'art d'avant-garde parisienne des années 1945-1968 et, principalement, les historiens de l'Art Moderne. Ils y trouveront des informations nouvelles. 1. LA PROBLÉMATIQUE DU SIGNE: ART ET SCIENCE Le Schématisme est un mouvement d'art d'avant-garde dont l'objectif a été d'exprimer les phénomènes subjectifs, saisis par introspection, avant l'inteIVention du langage. Il s'est appuyé, d'une part sur une problématique du refus du langage et, d'autre part, sur les théories de la Schématisation qui se sont développées depuis Kant au 18e siècle (Bergson, Sartre, Revault d'Allonnes, Piaget, etc.) Cette problématique est née, pour nous, en 1948-1949. Elle rendait impossible une solution cohérente, sans s'inscrire dans une démarche scientifique à la fois cognitive, sémiologique et communicationnelle. Après des dizaines d'années de recherche, en relation avec plus de deux cents chercheurs dont les travaux fragmentaires furent publiés dans la revue Schéma et Schématisation, elle devait déboucher sur la Théorie de la Schématisation, publiée en trois volumes aux Editions L'Harmattan en 2002-2003. Cette théorie permet d'expliquer le Schématisme et de renouveler les théories de la cognition et de la communication à la lumière de la théorie de la schématisation. Le Schématisme, dès son origine, avait donc ouvert dans l'art d'avant-garde des années 1945-1968, deux voies nouvelles. D'abord, 5

on ne pouvait pas avoir l'ambition de créer un art de destruction du langage, donc du Signe, au-delà de la destruction artistique de la langue (Surréalisme, Dadaïsme, Futurisme), sans s'interroger scientifiquement sur le langage, donc sur la sémiologie, la cognition et les sciences cognitives, l'expression et la communication, donc les sciences de l'infonnation et de la communication. Toute démarche autre, d'inspiration philosophique, littéraire ou historique, ne pouvait aboutir qu'à une dissolution de fonnes connues, donc à des solutions superficielles. Le Schématisme ouvrait ainsi la voie, dans l'avant-garde de cette époque, de la relation entre l'art et la science. Elle allait à contrecourant des habitudes de nombreux artistes qui s'imaginent que l'art constitue un domaine indépendant. Et pourtant, cette position du lien science et art est à la base de la compréhension de l'art d'avant-garde du 1ge et du 20e siècles. Comment, en effet, comprendre l'Impressionnisme sans la relation Monet-Chevreul, l'artiste et le physicienchimiste? Comment comprendre le Surréalisme si l'on ignore la relation Breton-Freud et la psychanalyse? L'art ne peut être réduit à la science sans doute. Mais, inversement, la science fournit des explications utiles à l'avant-garde artistique. Le Schématisme ouvrait donc, sur ce plan, une relation disciplinaire nouvelle dans notre génération. 2. LA SOLUTION SCHÈME-SCHÉMA: LA MORT DU SIGNE ET LA FIN DE L'ART MODERNE EUROPÉEN INDIVIDUALISTE ET LIBÉRAL La solution apportée à cette problématique de la négation du langage comme expression superficielle et au recours à la pensée sans langage, repose sur la relation schème-schéma. Le schème est antérieur au concept et donc au mot. Il est une intuition de la compréhension. fi est synthèse immédiate. Il est subjectivité individuelle pure, non encore polluée par le langage d'origine sociale. fi précède la pensée analytique logico-mathématique et linguistique. Il est saisissable par introspection et par arrêt du processus de réflexion. Le schème devient alors objet de l'attention, spectacle instantané et solipsiste de soi. Plus rien à voir directement avec la langue, la phrase, le mot et 6

le signe conventionnel. Plus rien à voir non plus avec les projections instinctives. Un autre langage, nouveau, donc. Rien de ce genre n'avait été réalisé auparavant, sur le plan artistique. Après la Seconde Guerre mondiale et quelque peu avant, les artistes avaient joué avec des signes conventionnels et naturels dont les principes et les fonnes étaient plus ou moins connus, qu'il s'agisse du Lettrisme, de l'Infonnel, d'une partie de l'Ultra-Lettrisme. Ces artistes produisaient des oeuvres en utilisant des fonnes verbales, écrites, gestuelles, significatives ou non significatives, mais déjà socialement connues, voire cataloguées: des sons mono ou poly-syllabiques, des lettres ou des idéogrammes, des gestes codés... De nombreux critiques superficiels en sont arrivés à cette conclusion que cette période fut la négation du langage. Mais une telle perspective ne peut être juste que si l'on observe qu'il s'agit du langage connu. La véritable négation du langage c'est son dépassement. Et cela ne pouvait se produire que dans deux directions. Ou bien son abandon comme le firent Debord et l'Internationale Situationniste (I.S.), ou bien l'approfondissement du problème du langage par le recours à la pensée sans langage, à la relation schème-schéma et donc au Schématisme. C'est pourquoi ce mouvement fut le dernier moment logique possible de la destruction du langage. Il fallait aller au-delà du langage connu pour découvrir et exprimer la pensée avant que le langage n'intervienne, et ceci par un nouveau langage encore inconnu sur le plan artistique. Dans cette perspective, le Schématisme est l'aboutissement d'un siècle et demi de recherches visant à exprimer la subjectivité individuelle dans le domaine artistique comme expression de la société européenne individualiste et libérale. Chacun sait que la libération de la subjectivité, la liberté de s'exprimer commençait par l'abrogation des règles imposées par l'art classique et que son principe fut imposé par les Romantiques. Puis, de fil en aiguille, de mouvement d'avant-garde en mouvement d'avant-garde à travers un siècle et demi, la libération du moi porta sur la versification puis sur la prose, enfin sur la langue, la phrase, les mots, l'écriture et finalement sur les signes, jusqu'au dépassement du langage par la relation schème-schéma introduite par le Schématisme. fi ne s'agit pas là d'une prétention mais d'un constat historique. 7

Au-delà du schème, en remontant dans le mécanisme mental, que pouvait-on faire ensuite sinon un retour à l'image perceptive, mémorielle ou imaginaire, c'est-à-dire à l'expression iconique verbale ou graphique, ce qui d'ailleurs n'a pas manqué de se produire avec les diverses fonnes de nouveaux réalismes dans le dernier quart du 20e siècle. Entre-temps, sans qu'il y paraisse, l'art européen s'était achevé faute de matériaux nouveaux, sur le plan linguistique, à utiliser. 3. L'EXPLICATION: LA GÉNÉRATION ET LE MOUVEMENT DU SIGNE, LE SIGNISME Cependant, cette démarche n'était pas isolée. Nous n'étions pas les seuls, tant s'en faut, après la Seconde Guerre mondiale à être préoccupés par le Signe, sur le plan artistique. Si le principe schèmeschéma avait été découvert par nous sur le plan sémiologique, avec des visées artistiques, en 1948-1949, d'autres mouvements se sont manifestés, dans leur période novatrice, jusqu'en 1968. Nous nous sommes donc trouvé successivement confronté au Lettrisme, auquel nous avons participé jusqu'en 1957, puis à la création de l' UltraLettrisme en 1958, enfin à nos relations avec le début de l'Internationale Situationniste entre 1959 et 1962 (64 ?). Notre but fut toujours de prendre le temps nécessaire pour connaître et comprendre ce qui se produisait, non pas seulement en historien, mais aussi pour dégager ce qui nous rassemblait et ce qui nous séparait des autres. Nous voulions le faire sans vulgarité et sans injures, ce qui nous a toujours paru ou vulgaire ou facile. C'est ainsi que, progressivement, est née la théorie du Signisme, de la Génération et du Mouvement du Signe, couvrant, dans sa période novatrice, les années 1945-1968. Cette théorie remonte, dans sa première fonnulation, à 1959 (Grâmmes 3). Elle fait appel, en premier lieu, à une théorie cyclique de l'Histoire fondée sur l'idée de génération et de son unité. Appliquée à la période qui commence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle fait intelVenir la sémiologie. Cette génération se distingue de la génération de l'entre-deuxguerres, qui commence à la fin du premier conflit mondial: Dadaïsme, Surréalisme, Futurisme... Cette génération avait créé des 8

oeuvres en s'appuyant sur la destruction de la phrase logique au profit du mot. Sans doute, quelques artistes avaient-ils abordé le Signe. Mais ce n'était que comme un aboutissement sans systématisation, donc sans théorie et sans application généralisée. La Génération du Signe achevait sa période novatrice avec les années 1968. La meilleure preuve est que les années 1970-1980 ont été marquées par des travaux de synthèse et ces dernières années par une période d'archivage et d'historisation. Cette Génération et ce Mouvement du Signe avaient leur unité démographique. Tous ses membres, à l'exception d'Altagor, atteignaient vingt ans entre 1945 et 1950. C'était bien la cristallisation d'une génération novatrice au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais cette recherche de compréhension des limites historiques et de l'unité de cette génération nous conduisit à l'étude de son évolution. Nous découvrîmes alors les oppositions, les ruptures, les nouvelles orientations. Une nouvelle explication, complémentaire, s'imposait donc. A la théorie des générations s'ajoute celle des demi-générations. Ce fut la position de Michaud et c'est elle que nous adoptâmes en fonction de l' obselVation de l'évolution des recherches et des positions. Il ne fait aucun doute, puisque la chronologie est présente, que le Mouvement du Signe s'ouvre avec le Lettrisme d'Isidore Isou Goldstein en 1945-1947 . De même, le début de l'opposition se manifeste à partir de 1952-1953, puis se cristallise par des renversements de tendances, entre 1957 et 1959, pour se développer ensuite dans des orientations nouvelles. Cette position, base du Signisme, fut découverte par nous et publiée en 1959 dans Grâmmes 3. Les quatre positions logiques possibles proposées par Saussure se trouvaient vérifiées historiquement sur le plan artistique pour la Génération du Signe. La première, celle du signe conventionnel et de la première demi-génération, était ouverte parle Lettrisme (1947), la Métagraphie et l'Hypergraphie (1950). La seconde, celle du signe naturel, correspondait d'abord à l'Ultra-Lettrisme, Cri-rythme et Affiches lacérées, remplaçant la convention par l'expression instinctive individuelle ou collective, elle se poursuivait ensuite par le 9

signe symbolique, la relation schème-schéma du Schématisme. Elle s'achevait enfin par l'abandon du signe, correspondant au développement de l'Internationale Situationniste. La théorie des deux demi-générations se trouvait donc historiquement justifiée sur le plan artistique. Le Mouvement isouien avait introduit et généralisé la théorie du signe conventionnel. La deuxième demi-génération s'était libérée de ce dogmatisme en trouvant des voies nouvelles, différentes et complémentaires. En termes logiques, historiques, la deuxième demi-génération du signe achevait la destruction du langage soit en noyant l'expression et l'art phonétique dans la musique, soit en recourant à la pensée sans langage, soit en tournant le dos au signe et au langage. L'Art Moderne européen, individualiste et libéral, s'achevait de toutes les façons dans le néant du langage. Le Signisme, la théorie sémiologique et historique de la Génération et du Mouvement du Signe (1945-1968), qui apparaît en 1959, constitue donc aujourd'hui une théorie explicative de l'ensemble des travaux artistiques d'une génération. Le Signisme n'est pas une histoire de la Génération du Signe, recensant exhaustivement les acteurs, établissant leur biographie, leur bibliographie, leurs oeuvres et leur apport. Ce travail reste à faire et sera, sans doute, réalisé par des historiens et des universitaires. Le Signisme est une théorie interprétative de cette histoire fondée, comme nous l'avons vu, sur deux théories complémentaires intégrées: la théorie des cycles, des générations et des demi-générations d'une part, la sémiologie et la théorie des signes d'autre part. Le Signisme ne vise pas à décrire mais à expliquer. Chacun des Mouvements du Signe a aujourd 'hui son histoire, ses histoires. Aucune de celles dont nous avons eu connaissance à travers les années n'est objective. Tout semble s'être passé comme si l'histoire d'un mouvement avait été conçue, par ses participants, comme un outil de propagande publicitaire. L'histoire de ces Mouvements est une histoire politique jamais objective et exhaustive, toujours sélective, souvent falsificatrice, variable en fonction des individus et des moments. Les histoires renvoient donc à un travail historique minutieux, sérieux, relevant des méthodes d'investigation policière pour connaître enfin la vérité sur ce qui s'est passé. 10

Le Signisme est une synthèse de ce qui s'est produit. Il répond ainsi, historiquement, aux théories initiales et dogmatiques d'Isidore Isou Goldstein, qui avait ouvert la Génération du Signe avec le Lettrisme et l'Hypergraphie. Le Signisme propose ainsi une théorie historique rétrospective sur un mouvement collectif dont la période novatrice recouvre les années 1945-1968. Le Signisme est la théorie de conclusion de ce Mouvement. Aux historiens de dire si elle est exacte. .. Enfin, le Signisme n'a jamais été conçu par nous autrement que comme un moyen de comprendre et de positionner le Schématisme comme Mouvement d'art d'avant-garde. Encore fallait-il prendre les précautions historiques nécessaires d'objectivité pour que l'interprétation historique puisse être considérée comme justifiée. Il fallait donc, sur le plan méthodologique, connaître, comprendre, expliquer et, après, positionner le Schématisme, et non l'inverse. L'œuvre des autres artistes et théoriciens du Signe nous a intéressé, principalement pour nous pennettre de mieux nous connaître nous-même. C'est sans doute ce que Debord n'avait pas compris, à plus forte raison ses insulteurs. 4. LA SITUATION DE L'OUVRAGE: LE SCHÉMATISME ET LA PÉRIODE DES BILANS Il ne suffisait pas d'avoir un système créatif remontant à 19481949, repris et développé à partir des années 1959-1960; il ne suffisait pas d'avoir avec le Signisme une théorie historique et sémiologique localisant le Schématisme. Il fallait créer.. Cela voulait dire produire des oeuvres, des peintures, des estampes, des sculptures, des vitraux, des céramiques, des mosaïques, des tapisseries, etc., (au total près de deux cents, inventoriées dans le Schéma-tisme, publié en 2002). Il était utile de constituer un groupe (Alleyn, Caux, Gaudy, Lattanzi, Vergez), pour le plaisir, la comparaison, l'approfondissement des théories esthétiques. Il convenait d'organiser des expositions, d'imprimer des catalogues, de réunir des colloques avec des artistes et des scientifiques. Il était nécessaire de recueillir les critiques, de conseIVerles émissions télévisées (Canal +, FR 3, etc.) et de constituer un Press book (aujourd 'hui quatre volumes). Il était indispensable de publier des articles et des numéros spéciaux dans la revue Schéma et Schématisation. Il était satisIl

faisant de recevoir les ouvrages critiques sur le Schématisme. Il fallait aussi proposer des théories comme la Théorie générale de la Schématisation. Il était réjouissant de faire des dons à un Musée italien, près de Padoue, qui accepte de présenter les oeuvres du Schématisme d'une manière permanente. Il devint indispensable de créer, en comptant sur nous-même, en 1996, à Noyers-sur-Serein, près de Paris, une Maison du Schématisme dans une vieille demeure des 15e-16e siècles. TIfallait y installer les collections d'oeuvres, le Centre de documentation de l'Avant-garde culturelle depuis 1945 qui nous avait pennis d'élaborer le Signisme et qui constitue une collection de plus de mille documents visitée par les chercheurs depuis plusieurs années. TIétait indispensable d'en établir les catalogues et les bibliographies (Schéma et Schématisation n°s55 et 56). TIfallait, dans les salles, présenter des expositions rétrospectives comme Cinquante ans d'Art d' avant-garde ou Altagor, etc. Ainsi, le programme d'une vie décidé en 1952 et contrôlé année après année, tirait-il vers sa fin... Restait donc, à tenne, quand l'essentiel avait été réalisé, de se retourner vers le passé pour en clarifier I'histoire. 5. LA COMPOSITION DE L'OUVRAGE Lorsque, en 2004, nous nous trouvâmes dans cette situation, nous découvrîmes, tout de suite, la problématique suivante: pourquoi revenir sur le passé puisque tout, ou presque, était fait? n'étaitce pas aux autres de s'en préoccuper si cela les intéressait? et si l'on acceptait d'élaborer une Histoire du Schématisme, comment la faire? Nous avons estimé que l'on n'est jamais mieux selVi que par soi-même; que les étrangers, même les mieux intentionnés, ne connaissent pas tout et qu'en définitive, pour l'Histoire du Schématisme, c'était nous conduire à mieux nous comprendre nousmême, faire notre propre synthèse, sans nous préoccuper beaucoup de ce que les autres pourraient en dire. Un solipsiste en définitive n'a besoin que de lui-même. Comme disait Sartre, l'enfer, ce sont les autres... Mais alors, comment faire? Trois livres s'imposèrent: le premier, celui-ci, reprend la situation historique du Schématisme avec le Signisme, la Génération et le Mouvement du Signe, 1945-1968 ; 12

le second portera sur le Schématisme proprement dit. Enfin, le projet d'un troisième volume s'est imposé qui réunirait les textes, en tout ou en partie, les plus utiles, publiés depuis 1958, date de la naissance de l'Ultra-Lettrisme. Ces archives autrefois imprimées, manquent aux chercheurs d'aujourd'hui. Par exemple, dans une bibliographie

récente sur Debord, le premier texte critique publié sur le " Système
et Situation" en 1959, dans Grâmmes 4 en même temps que celui de Lefevre, manque à l'inventaire... On pourrait encore citer de nombreux exemples de cette désinfonnation, parfois aléatoire et parfois voulue... Il était donc utile, avec le troisième volume, de relancer la réflexion... Cependant, pour les deux premiers livres, il convenait d'en fournir les sources. Sous le titre Ecrits et Notoriétés III (let2), nous présenterons les" Textes critiques sur l' œuvre schématiste de Robert EstivaIs". Il s'agira d'une bibliographie descriptive, critique et commentée des principaux textes publiés nous concernant. Ecrits et Notoriétés III (1) concernera nos démêlés avec Isidore Isou Goldstein et le Lettrisme, avec Dufrêne et l'Ultra-Lettrisme, avec Jorn et Debord pour l'Internationale Situationniste. Cette bibliographie sera intégrée au premier volume et sera sans doute utile aux his-

toriens.
Ecrits et Notoriétés III (2) portera sur les critiques concernant le Schématisme. Cette partie sera intégrée au deuxième volume.

6. LA COMPOSITION DU PREMIER VOLUME: LE SIGNISME ET LA MORT DU SIGNE Ce premier volume a un but principal: offrir une explication, rétrospective, sémiologique et critique de la Génération et du Mouvement du Signe qui commence entre 1945 et 1950 et s'achève, pour sa période novatrice, en 1968. Le travail que nous avons effectué nous oblige à diviser ce premier volume en deux parties principales: le Signisme, dont le tenne apparaît en 1959 et dont la recherche s'est poursuivie jusqu'à 2005, et la publication du n° 61 de Schéma et Schématisation consacré à Altagor. fi s'agit d'une théorie explicative de l'ensemble de la période. La deuxième partie dépendait déductivement de la première. Sous le titre de " Période des conflits 1958-1962 ", elle vise à faire 13

l'inventaire et la description des procédures du Mouvement du Signe durant la confrontation et les polémiques. Les quatre mouvements concernés, à l'époque, sont le Lettrisme, l'Ultra-Lettrisme, le Signisme et l'Internationale Situationniste. L'Ultra-Lettrisme et le Signisme pennettront de découvrir la réaction du Lettrisme d'Isidore Isou Goldstein, sa vulgarité et, surtout, sa schizophrénie bornée et anthropophage qui explique à la fois son rejet et sa fenneture à toute évolution. L'Ultra-Lettrisme ensuite, pour ce qui est de Dufrêne, pennettra dans les années 1973-1974 de voir se dégager face au Lettrisme, la période et les méthodes de récupération intellectuellement malhonnêtes et confuses. Enfin, nos relations avec Debord et Jorn entre 1959 et 1962 (64 ?) mettront en valeur les orientations politiques divergentes, anarchistes de l'I.S., communistes du Schématisme, propres à la deuxième demi-génération du Signe ainsi que la méthode des injures remplaçant l'argumentation, employée par l'I.S.

14

PREMIERE PARTIE

,

1. LE SIGNISME, LA GÉNÉRATION ET LE MOUVEMENT DU SIGNE

1.1. HISTORIQUE DE LA THÉORIE DU SIONISME Le Signisme, comme théorie et comme mouvement, apparaît dans Grâmmes 3 en 1959, avec" Prologue au manifeste du Signisme" rédigé en totalité par nous-même. TI se poursuit jusqu'à nos jours (2005), puisque la présente étude en marque la continuité et les modifications à travers les décennies. Notre conception du Signisme s'est progressivement constituée en plusieurs phases entre 1959 et 1964. Marquons-en d'abord les étapes.

1.1.1. Le Signisme correspondant

au signe naturel

-1959

Dans Grâmmes 3 et le « Prologue », nous écrivions: « C'est le but du Signisme, c'est-à-dire du système artistique visant une expression entière des phénomènes subjectifs par des signes naturels et individuels, créés soit synthétiquement, soit analytiquement, dans les différents langages parlé, fixe, gestuel, intéressant isolement ou simultanément la musique, la poésie, la peinture, la sculpture, l'écriture, le théâtre et le cinéma, et permettant ainsi la fusion des arts, trait caractéristique des débuts comme des fins d'évolution. » Cette position s'appuyait déjà sur la théorie du signe de Saussure, le plus souvent ignorée dans son contenu par les « avantgardistes » de cette période. Depuis la découverte du Complément du mot et du Schéma en 1948-1949, nous étions passé par deux phases: de 1949-1950 à 1957 nous avions participé au Lettrisme; en 1958, nous avons fondé l'Ultra-Lettrisme avec Dufrêne et Villeglé et nous 17

venions d'en sortir en 1959. Cette évolution était donc dialectique. En examinant les théories et les oeuvres, nous constations que le Lettrisme et l' Hypergraphie s'étaient intéressés au signe conventionnel dans lequel le rapport entre signifiant et signifié était fixé a priori, d'où le terme de convention. Pour rendre compte de l' UltraLettrisme, nous avions observé que la relation n'était plus conventionnelle mais naturelle: par exemple, les ultra-lettres de Hains et Villeglé, les Affiches lacérées, les Cri-rythmes de Dufrêne avaient substitué à des signes conventionnels des signifiants (les formes) sans signification (signifié), produits de l'instinct collectif ou individuel ou du hasard. Le Signisme, dans cette première acception, généralisait cette interprétation.

1.1.2. Le Signisme correspondant à l'ensemble des systèmes

de signes incluant le Schématisme - 1960
La deuxième phase élargit le Signisme à l'ensemble des systèmes de signes et inclut le Schématisme. Cette conception à la fois sémiologique et historique, rétrospective sur le court tenne d'une décennie, devait être complétée par l'intelVention du positionnement du schéma symbolique, en 1959-1960. En novembre 1959, nous ouvrions dans la Galerie-Librairie de Jean-Jacques Lévêque, " Le Soleil dans la tête ", rue de Vaugirard, le Laboratoire de schématisation symbolique, dont les premiers résultats furent publiés dans Grâmmes 5 en 1960. Le schéma symbolique posait le problème d'une autre relation, également dégagée, autrefois, par Saussure, entre le signifiant et le signifié. n s'agissait d'un lien analogique, donc symbolique, au sens où les Européens l'entendaient (à la différence des Anglo-Saxons). La théorie du Signe était donc dès lors complète. La relation entre le schème mental (intuition de sens) et le schéma graphique, notamment, était de nature analogique. La Théorie du signe, historique, artistique, esthétique se complétait. Nous reproduisons ci-dessous le texte publié dans Grâmmes 5 (p. 29), sous le titre« Le Schématisme », qui applique la théorie saussurienne du signe au Mouvement du signe (1945-1968). « Le Schématisme Il nous est apparu utile, au moment ou nous allions commencer le deuxième tome de notre étude sur l'avant-garde esthé-

18

tique parisienne de 1945 à nos jours, consacré au mouvement signiste, de consigner le résumé de notre pensée de ces deux dernières années et principalement de ces trois derniers mois. Il est probable qu'il existe un mouvement esthétique biséculaire qui s'achève. C'est l'art moderne, l'art de la bourgeoisie. Il correspond a la libération des phénomènes individuels. II s'est manifesté progressivement par la décomposition des langages classiques, rationnels et sociaux hérités de l'art aristocratique. L'avant-dernière étape aura occupé presque entièrement la première moitié du 20esiècle.Elle sera illustrée par le Dadaïsme et le Surréalisme. Elle correspond à la destruction du rapport logique des idées, sur le plan verbal, de la phrase, tout en conservant les concepts et donc les mots. Depuis, principalement la fin de la seconde guerre mondiale, un mouvement s'est développé qui a cherché à atteindre les phénoménes individuels à l'état pur, en abandonnant les concepts et les mots, par suite en posant le problème du langage, c'est-àdire du signe. Nous l'avons appelé le mouvement signiste. La compréhension de chaque création, l'apport de chaque artiste, doit pouvoir être compris en fonction de la théorie du langage. C'est-à-dire des diverses catégories de signes, lesquelles obéissent à des principes généraux ou critéres d'appréciation des signes.Mais ce qui est essentielc'est la possibilitéqui paraît offerte de comprendre l'évolution intrinsèque du mouvement signistepar l'intervention de l'un de ces critères qui concerne le nature du rapport signifié-signifiant du signe. Ce rapport peut être conventionnel, naturel, symbolique. Toute l'évolution du mouvement signiste jusqu'à nos jours semble avoir été celle de trois phases correspondant à ces critères. La décomposition des langages classiques s'est achevée par la décomposition du mot grâce à l'interventio du signe conventionnel dès 1945-1946.Ce fut le Lettrisme et l'Hypergraphie qui ouvraient l'ère du langage et du mouvement signiste. La seconde étape historique correspondait au signe naturel. Il a pris différents noms parmi lesquels l'Informel ou la Non-figuration lyrique. Il est l'héritier direct du Surréalisme auquel il a emprunté l'automatisme en déplaçant son point d'application: de l'inconscient à l'instinctif.
19

Cette seconde phase correspond au point tinal de la destruction des langages précédents comme au point de départ de la formation d'un langage esthétique nouveau. La phase antérieure comme celle postérieure sont systématiques par rapport à elle. La troisième phase de ce mouvement signiste est celle du signe symbolique. Elle commence à se produire. Elle semble correspondre à la prise de conscience générale de l'évolution du mouvement. Elle parait se manifester par la composition de schémas. Elle se définira peut-être par le terme de Schématisme.

1.1.3. La mise en question politique du Signisme

-1961

La troisième phase de la Théorie du Signisme fut apportée par

une analyse politique. La conception du Signisme comme théorie historique rétrospective portant sur la génération et le Mouvement du Signe, incluant le Schématisme à partir de 1960 et Grâmmes 5, fut mise en question d'un point de vue marxiste et politique dans Grâmmes 7 en 1961. Les perspectives précédentes étaient confirmées. Mais un recul sociopolitique sur l'ensemble conduisit à une prise de conscience de la nature idéologique de cette interprétation. L'Avant-garde des années 1945-1960, sans doute signiste, sans doute utilisant le langage et les systèmes de signes, sans doute complétée parle Schématisme, n'était en définitive que l'expression de la destruction intraséculaire du langage classique, apportée par l'individualisme petit-bourgeois. Cette évolution provenait de nos relations avec Debord et Jorn. n faudrait donc orienter la reconstruction du langage apportée par le Schématisme vers une idéologie socialiste et marxiste. Cette troisième évolution se fit dans Grâmmes 7 en 1961 avec le manifeste intitulé" Le Signisme comme avant-garde culturelle et comme mouvement esthétique socialiste". Citons ici la fin : «Ainsi en conclusion, le nouveau mouvement est constitué. Nous constatons que l'art moderne se meurt avec l'exploitation du signe naturel. Nous en découvrons la signification. A l'art classique de la société aristocratique qui a été détruit par l'art de la société bourgeoise, doit désormais succéder un art nouveau, celui de la société socialiste. Comme tout art se fonde d'abord sur un 20

langage et que le précédent est épuisé, il faut en inventer un autre, et d'abord sessignes constitutifs. Sa première étape paraît en être le schéma symbolique. Pour y parvenir, il faut pratiquer inductivement, expérimentalement, progressivement, et partir du signifié, du moi, pour aller vers le monde, le signifiant, la communication. Il devra reintroduire l'intelligence, l'anecdote. Art de la sociéténouvelle, il exprimera le sentiment et les thèmes socialistes. Tel est le Signisme, pointe de l'avant-garde culturelle.
La quatrième phase d'élaboration du Signisme se devait d'être inévitablement synthétique. Les phases précédentes, cumulatives de nouvelles positions, exigeaient un effort de clarification. 1.1.4. La synthèse de la conception du Signisme 1963 La conception sémiologique, historique et politique du Signisme fut complétée, en 1963, dans l'introduction de l'Avant-garde

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culturelle parisienne depuis 1945 - tome 2 : " Le Signisme, le
Mouvement du Signe" (p. 6 et 7). Le Signisme était une théorie sémiologique, historique et politique, interprétative de l'évolution de l' " Avant-garde culturelle parisienne depuis 1945 ". Elle servirait à justifier la création artistique du Schématisme, visant à dépasser l'utilisation des langages constitués, conventionnel (Lettrisme), naturel (Informel, Tachisme, UltraLettrisme) pour atteindre le schème de la pensée sans langage, exprimé ensuite par le schéma. Le Signisme était une théorie interprétative, fondée sur la théorie des générations, rétrospective et décennale. Le Schématisme était une théorie créative fondée sur l'utilisation du schéma symbolique, dernière catégorie de signes non encore exploitée. L'une complétait et justifiait l'autre. Pour nous, à cette époque, l'étude historique et sémiologique rétrospective du long comme du court terme justifiait le nouveau système du Schématisme, comme théorie linguistique socialiste. A l'époque, Altagor nous en fit le grief (Schéma et Schématisation n° 61, p. 85 et ss .). Enfin, le Signisme apparaissait comme le pivot théorique de la deuxième demi-génération du signe. Il répondait aux théories lettristes qui avaient ouvert la première demi -génération. Il s'appuyait sur l'étude rétrospective de ce qui s'était passé pour en donner l'ex21

plication. Le Lettrisme avait ouvert la période. Le Signisme, après coup, la conclurait. L'une répondait à l'autre. Nous écrivions alors, dans l'Introduction (p. 6) : « C'est ici le lieu d'éclaircir un malentendu. Le Signisme n'est pas une théorie créative mais une théorie de critique historique. Elle correspond à la mise en question du passé, c'est-à-dire à la phase préparatoire d'une action nouvelle. Cette période, plus ou moins délimitée existe dans tout mouvement d'avant-garde. Toutefois, juqu'à une période très récente, la confusion exista dans le public. On crut que le Signisme était un système critique et créatif» Et p. 7 : «Aussi vit-on dans le Signisme un système de création éclectique exploitant les procédés précédemment élaborés. L'idée du mélange était naturellement péjorative, mais ne nous concernait pas. Par induction, on vit aussi dans ce système une tentative d'englobement qui n'était pas non plus dans notre intention. A son tour, cette phase de mise en question ne pouvait pas manquer de déboucher sur une théorie créative, sur la synthèse de l'évolution générale de notre recherche. La chose est faite. C'est le schéma. C'est lui que nous aurons à développer dans l'avenir. Ainsi, le schématisme, si l'on peut dire, comprendra deux parties : la mise en doute de la période précédente sous le terme de signisme et l'élaboration d'un nouvel ensemble. Nous y reviendrons. Cette conception du Signisme comme théorie sémiologique, historique, artistique, politique et petite-bourgeoise du court terme, venant en appui au Schématisme, ne s'est jamais démentie depuis. Elle s'est approfondie. 1.2. LE CADRE MÉTHODOLOGIQUE ET INTERPRÉTATIF Cette position du Signisme, achevée en 1963 dans son principe, reposait sur plusieurs notions: I'histoire rétrospective du court tenne mais non exclusivement, principalement depuis 1945 ; la démarche expérimentale; constater ce qui se passait et tenter de l'expliquer par la sémiologie notamment; procéder d'une manière inductive et progressive. 22