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Syntaxe référentielle de la composition lexicale

De
554 pages
La mémoire ou la combinatoire ou, plus familièrement, le lexique ou la règle ? Telle est la question surprenante à laquelle cet ouvrage de théorie grammaticale tente de répondre en écho aux grands débats qui ne cessent d'animer la linguistique contemporaine.
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Syntaxe référentielle
de la composition lexicale

(Q L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07572-6 EAN : 9782296075726

Philippe

Barbaud

Syntaxe référentielle
de la composition
Un profil de l'Homme

lexicale
grammatical

L'Harmattan

Du même auteur

Le choc des patois en Nouvelle-France. Essai sur l'histoire de la francisation au Canada Presses de l'Université du Québec, Sillery,Qc, 1984, épuisé

Le français sans façon. Chronique de langage
Hurtubise HMH, La Salle, Qc, 1987

La chimère d'A,kkad et l'économie mondiale des langues
Editions Fides, Montréal, Qc, 2000

Coll. « Les grandes Coriférences »

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Noam Chomsky The Logical Structure o/Linguistic Theory, 1975

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Ferdinand de Saussure Cours de linguistique générale, 1915

SOMMAIRE

Prologue.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. vii à xvii . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 1 à 56 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 50

Introduction. Notes.

Chapitre I. Le paradigme perdu. p. 57 à 109 Notes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 105 Chapitre II. Référence et diphysémie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 111 à 182 Notes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 173 Chapitre III. Lexicalité et projection. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 183à 221 Notes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 218

Chapitre IV. Polymorphie, intégrité et isonymie p. 223 à 252 Notes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 250
Chapitre V. Un modèle synchrone de Grammaire générale. . . . .. p. 253 à 362 Notes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 352 Chapitre VI. Composition argumentale etfigement contigu. . . . .. p. 363 à 433 Notes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 427 Chapitre VII. Composition verbale et figement discontinu. . . . . .. p. 435 à 484 Notes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 480 Épilogue. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 485 à 488 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 489 à 506

Bibliographie.

Index. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 507 à 523 Table des matières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 525 à 535

Prologue
«

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»

Henri Laborit Communication personnelle, Paris, 1982

I( est (égitime de nos jours

de reconnaître

au Cinguiste (a tâclie d'étudier

scientifiquement Ces(angues nature(Ces dans Cedessein de mieux laire comyrendre cet insigne attribut de (a nature liumaine ~u'est Ce(angage articu(é. C'est yourquoi (a matière de cet ouvrage est subordonnée a (afinaCité de son titre. Tout aussi legitime serait (a question de savoir yourquoi consacrer un Civre à (a composition CexicaCe à et ses olijets traditionners, (es "mots comyosés", a(ors ~ue tout sembTe avoir été dit sur cet apect essentieC de (a formation des mots. La rryonse est bien dans (e sous-titre. D'entrée de jeu, on Laisse entendre que (a comyosition (exicaCe est un yliénomène Cinguistique ~ui révèCe un certain yriji( de "{'Homme grammatica(". Dpourvue de cette finaCite yurement ylii(os'?)1hique, (a Cinquistique ne serait qu'une science d'inventaire orientée vers {'exliaustivité de ses olijets. Ce_pro(oque est donc destiné à aider (e (ecteur et (a Cectrice à cadrer ma démarche inteCrectuelTe. Cib(er {'olijet. A vrai dire, non nOPIl, serf nope, Ce n'est yas tant une découverte pectacu(aire qui sera yortée à ('attention du (ecteur qu'une façon d!fférente de concevoir et d'aborder cette question dans (a mesure où Ta rij(exion dont eCCe st issue relève de (a e modernité de notre poque. Je veux dire yar (à que Cesmots comyosés sont des olijets de (angue exemy(aires aux yeux du Cinguiste qui se donne your tâclie de «géométriser (ayensée et {'activité (a~qaqière» (René Tliom). L'intérêijondamenta( que suscite (e yliénomène yarticuCier de la comyosition CexicaCe enfrançais et,_par ricochet, dans Ces autres (an9ues romanes, se ramène bien sûr au_problème de (a reCation entre (e Signifié et (e signifiant,y(us yrécisément dans ce ([vre à ceCui de C't~pyariement d'un sens Cexica( et tf'une Jorme grammatica(ement yrévisibCe. Le Cinguiste est a(ors interyeC(é au même titre que Cessavants de toutes disc!p"Cines qui consacrent Ceurs travaux au (anqage. Toutifois, Ce don de yaro(e que ('on s'91yute ne saurait se substituer à (a fanque qu'on observe en tant que domaine d'investigationyr'?)1re au Cinguiste. Aussi, la question bisécu(aire de (ajormation des mots J!.ar comyosition s'adresse+eCCe y(us pécifiquement au grammairien, dont (a raison d'être réside dans son discours sur Cesr~qTés, qU'if n'a dé cesse de ye!fictionner. Comment (e nouveau discours qrammaticattraite+i( mieux du vieux yroblème de (a comyosition (exica(e? TeCCe Ta question débattue dans cet ouvrage. est De mon mémoire de maîtrise en Cinguistique à ce Civre, Ceeune liomme que je j ne sui~p(us s'~erçoit en rétropective qu'if ayoursuiviyresqu'en soCitaireyendant y(us di trente ans, sans tr'?)1 s'en rendre comyte à ses débuts, un yrogramme de reclierclie axé sur un olijetjamiCier et muCttforme mais yréocc'91ant, Ces «mots comyosés». Par (a suite, cet o~et intuitif de fo'Gservab(e s'est estomyé au yrofit d'un yrocessus Cinguistique, ceCuique fon a fhabitude d'~yeCer (a «comyosition» Jans cette

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brandie de {a CinguistiquefondamentaCe qui s'tpye{{e {a moryho{oqie dérivationneCCe. Phénomène d'une remarquabCe homoqénéité, ~ue {'on rencontre àans de nombreuses Cangues, et dont nue ne conteste {'amyfeur st1ppante qu 'if atteint aussi dans {a nôtre. Dès {ors que {a démarche _phénoméno{ogique eut s1py{anté {a simyCe démarche taxonomique de {a m011hofogie cCassique, et nfi;rtio1i ce{{e de {a Cexicogrtphie, y{us rien de significatifne sryarait Cesmots comyoses des «Cocutions verba{es». Ne serait-ce que yarce qu'ifs couvrent un vaste terrain {aissé enfriche à côté de nombreux autres chamys {abourés par y{usieurs générations de Cinguistes, Ces«noms comyosés» et Ces «{ocutions verbafes» constituent sans aucun doute un domaine emyiri~ue intriguant yar rtpyort au yhénomène généra{ de {aformation des mots. Examines enyara{feCe, ces deux olijets issus de {a tradition des BeCCes-Cettres ont a{orsyeu àyeu yerdU de {a nébuCeuse qui Cesentouraient pour se constituer en véritabCes olijets de qrammaire, totaCement réc"!J?érabCesdans ('ordre afParemment dlparate qui régit ['univers des Cangues. A févÛfence, {a comyosition fexicaCe devait être conçue non y{us comme une coquetterie de {a formation des mots, mais bien davantage comme une dynamique concurrente de Ptiffixation, eu éqard à {a tâche de yourvoir Ce Cexique en entrées CexicaCes yaifaitement adaptées à Tafonction que joue cette conposante grammatica{e dans ('exercice de {ayarofe. CibCer {'e'Yeu. If est vrai par ai{{eurs que {e caractère idiomatique des mots comyosés et surtout des {ocutions verbaCes en a toujoursfait des o'!1ets supects aux yeux des grammairiens et des Cinguistes. Dans ces o'?iets tradltionneTs de {a {exicogrtphie, souvent ostracisés yar {a grammaire, réside {'iiliomaticité connue your être cette excrytion notoire aux règ{es de {a grammaire générative, qui dérange et contrarie, !f Chrife (1969), Weinreich (1969). Parce qU'erre itifirme tous Cestraitements aCgorithmiques desfaits de Cangue dont n'imyorte que{{e grammaireformaCiséefait {ayrévision, ['idlomaticité yasse your ('ennemie de {a comyositionnaCité, cet axiome du ca{cu{ sémantique emyrunté auphi{osryhe Fre9.e, et dont on dit invariabCement qU'if sous-tend {'tpyCication ile toutes Ces règTes et de tous Ces «yrincp,es» de structuration des yhiases. Mais_ p{utôt que de re{éguer Cesmots comyosés et Ces{ocutions verbaCes dans Ce no-man's-lànd des dictionnaires d'usage, j'ai entrryris dryuis {ongtemps de Ces réconciCier avec {a grammaire qui en décCinait {a maternité. Les excCure de Ta théorie Cinguistique, c'est s'emyêcher ife regarder Ceseui{Ces de {aforêt CexicaCe.Aussi {a f réunion de ces deux olijets tradltionnefs, tenus communément your distincts, s'est-e{Ce révéCée dans toute sa cohérence grâce à f'écCairage tpyorté yar une tpyroche de {a géométrie structura Ceessentie{{ement basée sur Cesens riftrentid L 'idlomaticité m'est a{ors tpyarue comme une eqression yarticuCière de {a CexicaCité,eCCe-mêmeérijJée en attribut systémique dufonctionnement grammaticaf. Ce filon s'est transforme en un gisement à ciec ouvert, dont Ce yotentieC d'eq{oitation a nécessité dés années de
outifs de travai{ tprès avoir rifCexion, outre de requérir {a mise au 'point de nouveaux constaté ('inpuissance de {a grammatre générative àyrocéder au traitement adéquat des données brutes.

Un certain état d'eprit. On se doute bien qu'un ter cheminement n'a yu être mené à son terme qu'au yrix d'une sérieuse remise en question de c~rtains yostu{ats ramant {e sérai{{{e {a grammaire générative auqueCj'tpyartiens. Etrange, en iffet, tpyaraît cette ruyture yrogressive, cet abandon yresque tota{ du yaradlgme qui ayourtant nourri toute une

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fatafè mais définquante, iljaut bien {'avouer, mais La définquance est fèyrix àya!Jer your oser se soustraire aux effets de «yaradigme» (Kuhn). J'ai to,gours conçu qu'if va{ait mieux changer fès règtés étabfies your lés adf9Jter à {a rationafité desjaits que s'adonner à f'écrémage des données your yromouvoir {e modèfè dominant. Dans sa dimension {a y{us inqrate, {a finguistique est, comme toutes res autres sciences humaines, une discipfine d'o~ection et ife rifutation, en sorte que {a doctrine du moment donne gradue{{ement (jeu aux erreurs du lassé. Aussi {eyr~qrès scientifique n'est-i{yas tant affaire de découverte que de darffication. Je veux mre yar {à que {a tâche qu' acconpfu fè finguiste consiste fèy{us souvent à démentir ce que d'autres tiffirment qu'à trouver ce que yersonne ne sOlpçonne. Ce fivre, hé{as, n'échf9Jye yas au devoir de critique qui donne {e mauvais rMe à {'avocat du dia6{e. Toute magistra{e et admira6{e que soit {a concption que selait Noam ChomsK!J de {a Grammaire Universe{{e,jamifièrement GU, et de fa <J1eifection» du {ang~qe qu'erfè incarnerait, sesyrepositions sont souvent yrises àyartie, aux sens fittéralet {Ocutionne{ de cette e~ression. Aussi, j'en yrends moins que j'en Caisse, sij'ose dire, en assumant f entière re910nsabifité de mes yroba6{es erreurs d'entendement. Non yas que ma version desjaits en matière de con1Position {exicafè anéantisse fèsJondements même de {a doctrine ;Jénérativiste en matiere de {anga;J,e. I{ serait bien yréso."!!Ptueux de ma yart de cOtiferer à mon argumentation un verita6{e caractère décisg en matière de choix de paradigme terfèment i{ est probabfè que fè chomsKisme serait cf9Jabfè de réClpérer ressentief de mon yrepos dans une versionjuture de {a théorie. Mes yropres condusions yourraient, j'imagine, {a consofider voire, fenrichir. I{ est vrai que tévo{ution récente qu'incarne {edit <J1rogramme minimafiste» ,ermet à {a GU dë se sortir dep{USieurs .m asses, que mes yrepres recherches m avaient yermis d'identifier sur dés bases ya aitement indpendantes, d'où une convergence heureuse et significative des dforts e modéfisation. Je ne m'érige donc ni enyrocureur ni en censeur. Là-dessus, je suis aux antij10des d'une critique sco{astique à (a Hagège (1976), Ramat (1985), Auroux (1998), Ca{vet (2004) et d'autres, qui n'ont jamais

vie d'universitaire.

Issue nonyas

quej'assume avec modérément de consternation.

~

adhéré aux idées générativistes,

ou même d'une critique

méthodo{ogique

à {a M. Gross

(1977) ou à {a Ruwet (1983; 1991), ces derniers a!Jant ouvertement rom.ru avec {e yrogramme chOmSKIJen. L'état d'eprit qui anime ma démarche s ap'parente davantage, je veux men fè croire, à cefui d'une critique pistémo{ogique à Td Mi{ner (1989). I{ n'emyêche, tout comyte jait, 1ue fès o~ets de Cangue imyuta6{es à {a comyosition fèxica{e des {anques romanes s avèrent te({ement réca{citrants par rf9Jyort à certains yostu{ats et correlats inpficites de {a GU qu'ifs ne {aissent yas d'autre choix que yreposer une anaf!Jse innovatrice et, yar voie de conséquence, une riformu{ation substantie{{e de certains de sesyrincij1es universefs {esy{us constamment maintenus. L'arbitraire saussurien "revisité". Voi{àyour~uoije vais défaisser {eterme de Grammaire universe{fè your adepter cerui de Grammatre généraCe (Gg, désormais en abrégé), une étiquette 'lui a ses fèttres de no6{esse maCgré un usage dëvenu obso{ète, !f Fuchs (2004). Il ne s'agit yas {, cpendant de ressortir duy{acard {a difinition qu'en a donnée enc!Jdopédiste Beauzée en 1767, à savoir une «eqosition raisonnée des éféments nécessaires du {angr~!!e, our y servir de fondement à f'étude de toutes fès {at!!Jues.» Dans ce fivre, fè qua~catg de «gfnéraré» ne renvoie yas à {'étude des autresJa!fli{{es de Cangues humaines. ICrenvoie y[utôt auxjondements de {'e~rit Cangagier ter qu'un jrancephone idéafisé yermet de {es modéfiser àyartir des données finguistiques oFjectivement imyuta6{es auyrocessus

x
de (a comyosition lèxicalè yrl!)1re aux (angues romanes. Ne serait-ce 1u'en raison de sa "romanité" et de (a couverture en;pirique jorcément {;mitée du)'henomène étudié, on s'abstient d'ériger (a qq en theorie_phi(osophique de ('inneité de (afacu(té de (angaqe. Ce n'est .las tant la ~pécificité di ('ontoTogie humaine qui en motive lèyrl!)1os que l'intégrité mentalè de feprit (angagier qui 'permet à l'Homme grammatica( d'eqrimer verba(ement sapensée. To0ours est-iT que dans sa réticence avouée de généra{;ser constamment fobservab(e d'une (angue (ou d'une fami((e de (angues yarticu{;ère) en fonction d'un état initia( censé rryroduire (hérédité d'un s0et J!.arfant, (a Gg d!ffère sensiMement de cette GU hautement c'?1J'tée que conjecturent lès générativistes qui se réc(ament de Noam Choms~lJ' En revanche, c'est T'évidence même qu'une Grammaire généralè ainsi conçue se dèmarque significativement d'un inventaire exhaust!!. de ce qui constitue ('observaMe d'une (angue ou de y(usieurs (angues. Soyons redevablès au Maître de Cambridge d'avoir montré (a voie à suivre en ayant donné un second so'!!f(e à (ayensée de Descartes en matière de rationa{;sme tpynqué auxjaits de (angue. En dryit du ca(que vo(ontaire que lè titre de cet ouvrage évoque à yrl!)1os de ('«Homme Neuronal» du bio(ogiste Jean-Pierre Changeux, ou de ('«Homme cognitif» de (a ysycho(ogue Annick Wei(.. Barais et de ses co((aborateurs et co((aboratrices, d'incarner (a même J!rofondeur ('«Homme Grammatical» n'a .las (a yrétention méttphysique. Sa yerpective adoptée est cdlè d'une onto(ogie Ifat6lèment) déterministe et non .las d'une ontoTogie !fortement) innéiste, une distinction'y(us

didactique queyhi(osophique à vrai dire. L'onto(ogie innéiste a({ègueq!le lè Si_qn!fiant
abstrait, c'est-à-dire T'ensemblè desyrl!)1riétés forme{{es relèvant de Ta comliinatoire universe{{e des (angues naturdlès, est matérieaement inscrit dans lè bagaqe génétique de ('homo IOljums. Per~pective yrésomptueuse si ('on adhère à (a thèse di ('arbitraire du signe de Saussure, dièse que ChomsKy refefJue au rang de manifestation n~q{;geablè de l'équation de (a variation des «I-Lon!l0!lcs ». C'est (a sous-estimer (eyotentid Signifiant/Signifié = Signe,your yeu ~u'on (ui c01'!fire une extension cognitiviste que yroliâMement ré Maître de Genève n'etait J!.as en mesure d'entrevoir. rr convient en diet de dégager cette équation du cadre habituer dans lèque( e(lè s'est vue erif~rmée, en ('occurrence Nquation Son/Signification = Mot, invariablèment réapitu(ée à (a seulè réa{;té du dictionnaire, i.e., [JE:n]/{Quercus} = "Chêne". Mais ('ouverture que yermet d'obtenir (a réinteryrétation de d'arbitraire saussurien» (Chomsky) en regard de (a cognition {;nguistique yrend a(ors (aforme d'une nouvdlè é~uation: Structure/Sens = E:rression. Grâce à ce nouvd instrument d'ana(!1.se, lèphenomène de (a conposition lèxica(e enfrançais reçoit une nouveflè lècture, ra~ue((e s'e~rime dans cet ouvrage sous forme de ('équation Olijet S-construit/Lwca{;té = "Mot

comyosé". Ceyrogramme afiniyar devenir un {;vre. L'arbitraire du Signe se.lose ainsi en source d'in!piration a(ternative à cet «état initial» du I-Lon'l0!lc yrésumément inscrit dans le patrimoine génétique de notre e~pèce. Comme ilelmt, qudlè yourrait bien être Ta té(éonomle de fepèce d'encotfer et defixer génétiquement, c'est-à-dire de naturaûser, certainesyrl!J1riétés du Signifiant :JfammaticaT si (e Signifié de (a communication qu 'if sert a egmmer tend vers ('i'!Jini yar essence?L 'inscriytion bio(og~quedesJ!.rl!)1riétés forme(fes de (a combinatoire universe{{e des (angues naturdres imy{;que, rtpydons-lè, (a
natura{;sation du contenu symbo{;que de cette combinatoIre. s'if existe de ('innéité matière de (angage, c'est dans lès epèces animalès autres qu'humaines qU'iljaut rechercher, your autant que f'invariance et (a yermanence du Siqnifié de communication animalè yeuvent être tenues your rif(éter fidèlèment Ta rigidité en (a (a de

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f'inscriytion génétique yrésumée. Mais {e Signifié de {a communication humaine n'a quefortpeu en commun avec fes signaux que s'échangent fes animaux. Si {e caractère non arbitraire de {a communication animafe est une bonne raison de croire que fe {angage est inné, comment e~lIquer a{ors que sapnpriété contraire garantirait {a même chose de {a communication humaine? Postufer, àjuste titre, fe caractère fini des ressources yrimitives du {angage ne saurait garantir, ni même justifier flyriOri, feur inscr!rtion dans fe génome humain si tant est que cerayrésrpyoserait {a reration discrete de feur couy(age avec {e sens e~mé. Pas y{us que fe résu{tat d'une partie d'échec n'est inscrit dans fe nombre de cases du damier, fë nombre deyièces et Ta liste des rèfJfes du jeu, fe sens d'une e~ression linguistique n'est inscrit dans fe nombre de yhonemes, fe nombre desyarties du discours et {a "cheCKlist" des règfes deyrocédure syntaxiques. Dieu merci, si {'Hommefait un yeu y{us que {e rossigno[, c'estyarce que son {angage n'est yas inné. C'est justement yarce qu'au cours de son évo{ution {'Homme aurait yeu àyeu perdu f'inscriytion génétique de {a communication animafe q~e {'Homme a"pu qradUe{{ement accéder à {'arbitraire du Signe grâce auquer {a ifoub{e articu{atlOn ilès systèmes linguistiques ayu s'éCaborer dans feJonctionnement de notre inte{{ect, et non yas dans {a structure de notre ADN. Par conséquent, si {'arbitraire du Siqne est une fonction de {afacu{té de {angage, a{ors ce{{e-ci n'est yas un orqane mental si tant est qu'aucun organe yrprogrammé dans fe vivant n'est régi yar fi choix arbitraire de sesJonctions. f{ est y{utôt cette conquête récente de {'eprit symbolique sur {'hérédité anima{e, qui a '!!franchi {'h01110 Iû'lums du bagage génétique de {'h01110s'!.Pkns. Laforme n'est yas qarante du sens. Soit dit en yassant, une terreyrise deyosition de ma J!art trouve sa y{ace en ava{ de ma carrière de linguiste, '!:Près s'être cl?J?.Îeusement aÛ,mentée en amont à {a source du nativisme ChOmSKlJen.Mais fesfaits de {a eomyosition {exica{e des Cangues romanes sont y{us têtus que Tathéorie {e yermet, du moins dans {a forme mOdélisée qui {'exprime. Dans ce travai[, {a naturalisation de {a symbolique grammaticafe devient tributaire de {a mémoire, ce qui n'inpllque en rien qu'erfe devrait s'inscrire dans fes {, chromosomes. On y récuse tlPpariement au slJmbollque et du_qénétique your {a raison suivante: {'observab{e tiré di Ta comyosition fexicafejait {a démonstration qU'if existe dans fe système grammatica{ un yrincipe de dpenilance riférentie{{e de {a structure syntaxique, concomitant au yrinc!pe de {a dpendance structura{e du Signifié que fe Maître ae Cambridge a constamment mis en exergue dans ses travaux et ce, avec un succès remarquab{e. Or {a riférence n'est )Jas une yr~priété I{ui refeve enyrl!)1re de {a combinatoire du {angage. Cette yropriéte du sens reîev~ p{utot de {a mémoire de notre epèce et de {a consCIence de Ntre liumainyaree ~u'erfi est forcément orientée sur {a C érentierréagit directement sur {a connaissance du monde réer. Si {'information structure, comme je {e montrerai, a(Ôrs cera siqni 'e que {a combinatoire de {aJacu{té de {angage est signifieativement redevabfe à Ta aeufté de {a mémoire yrl!)1re à notre epèce. Par ai{feurs, {a comyosition fexica{e a ceci de révéCateur qu' e{fe fournit {ayreuve que {'interyrétation sémantique de {a rryrésentation slJmboCique d'une e~ression ûnguistique est foin d'être t0t90urs {a rtfPlIque yrévisibfé desyrl!)1riétés cafcu{atoires que sont censé yrtgeter {es parties constltutives de cette e~ression. L'anal!Jse que je yrl!)1ose de {a comyosition Texieafeyermet d'établir fe constat suivant: bien que fë sens d'une entité construite yuisse être souvent dérivé de saforme structura{e de manière yrévisibfe, cette reration se yrête constamment, tant s'en faut, à des rrptures

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xu
imyrévisiMes, à des "catastrl?J1hes" qui sont ine~ficaMes en vertu du yrinc!'pe de conpositionnafité régissant toute comyutation de nature dérivationndlè. Par conséquent, (a génération dérivative des epessions tJrammaticalès d'une (angue n'est .las ce yrinc!'pe causa( qui yermet à T'humu 1P'IlIens de résoudre, de manière satiif.aisante et raisonnabTement exhaustive, (e problème fondamenta( que soulève sa facufté de (angage vis-à-vis de hpyariement d'un sens et de saforme. La structure et Iè sens i~révisiblè. Aussi Iè caractère souvent inprévisiMe du sens dryasse+i( amylèment (e caractère arbitraire du seu( siqne finguistique. Même construit, (e SignJfiant y'eut étabfir avec Iè Sign!fié une relation arbitraire, c'est-à-direprl?J1rement lèxica(e, bien qu'une td(e rdation doive deyrime abord être conceptue(lèment motivée, ce qui en situe ('etYeu au-ddà desyrl?J1riétés combinatoires de Ta grammaire du szget yar(ant. Ce trait idoine de notre tyJtitude à construire une forme grammaticalè nantie d'un sens imyrévisiMe ne me semMe .las devoir être entièrement comyatiMe avec Iè déterminisme nativiste de (a grammaire générative, du moins tant que son modèlè maintiendra Ièfondement yrt1ect!f et dérivationnd sur (equd est étabfie (a rdation entre ('interyretation sémantique d'une e~ression et (a structure de son état initiar. Le déterminisme dynamique a(lègue )!our sa yart que lèspr~riétés forme(lès des (angues nature(lès s'inscrivent dans (eJonctionnement distribue du cerveau de ('humu

/Ô'1.lIens,et non dans (a mécanique héficoïdalè de son ADN. En brif, fes états sUbsymbofiques de ('intdlèct, en tout yremier fieu ces olijets de mémoire que sont (es diverses entités fexica(es, sont rdayés simu(tanément entre eux dans ('ep-ritlar effet de connectivité, en réaction à un dipositg intéqré de mise enforme binomialC et d'ému(ation concptudlè des connexions diponililès. Leyrocessus d'ému(ation d'une connexion réussie se déroulè au sein de Ncfieveau des réseaux syntyJtiques gradue(lèment stabifisés dès (a_p(us tendre etifance dans lès diverses mémoires du
cerveau humain. C'est (a stabiflté des circuits neuroconnect}fs qui est reponsablè des diverses servitudes qui tiffectent (a mise en forme et ('emuTation des connexions candidates au sens. Ce n'est que (orsque (a mémoire de ('Homme grammatica( n'est y(us mise à contribution yar (a connectivité subsymbofique d'une expression que fe sens (exica( (e cède au sens comyositionnd de (a rprésentation syml10fique de cette

e~ression.
L'instinct du sens. En vérité, ('«instinct du (anqage», si bri((amment vufgarisé yar Steven Pinlœr, se voit ma(heureusement cotifond"u avec ('instinct du sens, ou y(us savamment, ('instinct conceptuer. Dans cet instinct réside (a véritaMe <J'régnance yermanente» (Thom) de Nïérédité (angagière. Une td(e yer;,pective s'avère d'autant _p(us yrometteuse your Iè finguiste qu'd(e emyrunte fe meme questionnement que celui du ysycho(ogue Le Ny (orsqu'i( .lose cette question: « A quoi sert (e (angage, sinon à yroduire du sens?» Nous yréconisons your notre yart (a yartyJhrase: Pourquoi ('Homme yarlè+i[, sinonyour yroduire du sens? Que Iè "sens du sens", sij'ose mre, caractérise (e)!atrimoine génétique de ('Humu /Ô'lllens, voi(à qui reste une yrl?J1osition aussi accptablè que cdlè de ('instinct de (a comyutation dérivationndlè qui, en fin de comyte, sous-tena (a GU. Cette yrl?J1osition s'tyJyuie sur (efait que Iè cafcuT de (a forme n 'imyfique .las tOz9ours un cafcu( du sens dryendant de (a structure dans (a mesure où (a rprésentation symbofi!lue de cette forme se voit investie d'une sign!fication lèxica(e inscrite dans (a memoire.

XliI

Si cera s'avère, aouteuse a{ors aevient {a quête a'une facufté au {angage qui s'e~rimerait aans un dlpositif aérivationner initia{ement aétenniné yar querque cfiose comme {es «gênes grammaticaux» ae Pinker, certains se apnissant comme monovafents en raison dé {eur nature catégorique et a'autres, comme aes sortes ae gènes inaécis, instabfes et ambivafents en raison ae {eur nature yaramétrique. Dans
des condltions aussijantastiques, i{esty{us queprobabfe que fe3énome dè notre epèce ne soit yas {e siège desyropriétésforme{{es tIes Tangues nature{{és revendlquées comme universerfes. Pensons au fangage comme au mouvement. Le mouvement d'un corys est un événementyrodlgieux en soi. Mais i{ n'y a rien aeprimitif aans {e mouvement. Le mouvement cfune voiture Hui se ary{ace est {a résultante "cumu{ative" ae {afaçon aontfonctionnent ensembfe les dlvers rouages a'une macfiine comyfexe, ce qui incfut {'automobi{;ste. I{ n'estyas inscrit aans son inte({;gence, et encore moins aans f'indlce a'octane, {a circotiférence dèsyneus, fe nombre ae cy{;nares, fe tYEe dè supension, ae traction ou ae dlrection et encore moins aans {a carrosserie,fit-erfe {ay{us aéroaynami9.ue qu'on ait aessinée. Bref, fe mouvement n'est yas une ynpriété infiérente à {a mecanique a'une automobiré. Et yourtant erfe bouge! comme dlrait Ga{j(ée... Et yourtant ifjar{e!yeut-on rencfiérir àynpos ae f'fiumain. Ainsi, {afacu{té dè {anga!1e est un "mouvement'~prodlgieux, yrobahfement a'origine mnésique, qui émane du fonctionnement évolutif ae f'e!prit/interfect, et non un organe p,écifique, a'origine génétique, qui aéterminerait lefonctionnement aérivationner ae f'eprit/cerveau. L'invention aesyaramètres. Sur un tout autre y{an maintenant, {e caractère iaoine ae {a comyosition {exicafeyropre aux {anques romanes semb{e conférer à ftpyrocfieyaramétrique une exi!1ence dé nécessité dictée, semb{e-t-i[, _par lé aevoir de sati~aire au critère ae fadéquation e~{;cative terfe que Noam CnomsKY et ses émufes ont entrryris dè {a faire triomyfier aans {a {;nguistique conte»yJoraine. Encore faut-if s'inten;p;J.er sur lé réer avantage ae cette invention grammaticafe qui attribue fes granaes d]JJérences entre fami{{es dè Cangues et entre variétés d'une même Cangue au reJ(age dè feurs «commutateurs» initiaux. L'iaée, à aijaut ae {'image, yeut yaraître feconae pour yeu que {'on se garae ae confonare {a t!}po{ogie {;nguistique et {a c0!1nition Humaine. Néanmoins, ce qu'if y a de généra{ aans {e }!aramétrique yarmi fes diafectes ne saurait équiva{oir à ce qu'i{'1 a d'universefjarmi (es fiumains. Une terfe équation est abusive, comme f'est sa coro[{aire entre {a Grammaire universerfe et {'innéité ae {afacu{té ae {ang~qe. Le~p~ramèt;es ~ngu~sti,qu~s quefon:nu{ent fe~!j~nér~tivistes ne tr~a~ise~~ que dis correTatlOns neqattves VIs-a-VIs de certames ynpnetes aryourvues ae !1eneraHte d'un système dlafecta[ à {'autre. L'erreur est dè feur cotiférer un statut causa( vis-à-vis ae {a GU. N'est-ce yas {e yfiysicien Bernard" Sapova{ (1997) qui insiste sur {a nécessité your fe scientifique a'éviter de cotifonare corré{ation et cause? D'ai{feurs, f'iaée même aeyaramètres grammaticaux, aont {a {;ste ne cesse curieusement ae s'a{{onger au gré aes «grammaires a' auteur», your rryrenare f'fieureuse e~ression au regretté Maurice Gross, s'avère dèy{us eny{us contradlctoire avec f'fi!}potfièse même au aéterminisme génétique au {angage. Le génome n'est ni un état inaécis, ni un état variab{e ou instafi{e, fiormis ['exception 'patfio{ogique. On voit mar comment i{ yourrait s'accommoaer a'un multpfe coda5.eyaramétrique aont f'état initia{ dès commutateurs serait "neutre" avant qU'if ne seJixe sous {'iffet aes signaux au yercryt enyrovenance

au }!fiénot!}pe. En outre, une h!1P0tfièsemoaé{;sée ne saurait se substituer à une e~Tication scientifique, et si hnnéité aoit être une e~{;cation, a{ors c'est à {a génétique qU'if revient ae {a revendlquer.

XIV

La prouesse n'est 'pas qu' e':ifantine. Par ai((eurs, {eyroblème ae {ogique jort abstrait et combien 'passionnant que soulève {'acquisition au {angage en reqaraae {'innéité se cristamse, on {e sait, aans {e fameux 'paraaoxe ae P{aton iiformuTé en termes ae yauvreté au stimu{us'. Certes, aéroutante est {a contraâiction qui l!P'pose fe 'pouvoir yhénoména{ ae {'acquisition finguistique chez {'e':ifant et {'immense inpe!iection aes données accessi6{es. Mais 'pas J!{us que ('acquisition ae {a mémoire, voire ae {a marche, ce{fe ae {a'paro{e ne aonne {'assuran.ce q.u'u~ te'Yroâige é~ane aUA caractère.bio{oqiqueme~t'pr!pr0.J~a~nmé a'une grammatre Jorgee J!ar fe ItngUlste, meme en rmson du caractere rytgenetll{ue ae son '!P'prl!Priation 'par {'e':ifant. Tous fes humains se souviennent et '!Pyrennent a marcher a un âge aonné, ce qui tient ae 'prouesses mentafes et kinesiques remarquabfes. Pourtant i{ n'existe rien dè ter qu'une "grammaire" universef{e ae (a mémoire et ae {a marche inscrite aans {es gênes ae notre espèce et même au rè!l.ne animaf, qui soit com'parabfe à {a "grammaire" ae {a rondeur aes 'petits 'pois de Menaer. Les gènes construisent {'ep'parei((age nécessaire à chaque fonction: ae {a matière grise 'pour {a mémoire, aes membres avec rotufe 'pour {a marche et un {arynx rabaissé 'pour {a J!aro{e. Si {a moryho{ogie ae {a station verticafe aes bipèâes que nous sommes n'a 'pas {aissé ae signature kinésique aans {'ADN à {'aube ae {'humanité, comment se convaincre que {'organe J!honatoire aurait.pu y {aisser, beaucoIp J!{us récemment, une signature grammaticafe? Que {'anatomie dè {'homme moaerne ait {a même "si!Jnature"que cef{e ae {'homme dè Cro-Magnon à cause a'une _qénétique commune, te(fe est {'assurance quefournit {a thèse ae {'innéité, a'un 'point de vue rationner. Mais en quoi {a nature menta{e ae nosfacu{tés intef{ectue{{es se mériterait-ef{e fe'privilège dè servir ae caution à une thèse qui 'postu{e {a signature génétique au Tanqage? G{orifier {'epèce humaine ae {a sorte ne saurait évincer {e truisme sefon fequef ni {a mémoire ni fe {angage ae {'homme moaerne ne se "souviennent" aes 'pensées et dès 'paro{es dè {'ancêtre quiftt {e sien. Si «miracufeux» (Monod) soit-if, {e 'phénomène ae {'ac~uisition au {anga!l.e'par {, e':ifant ne conauit yas abso{ument à ne consiaérer que f'inneité comme seu{e soTution ae rechange à {a théorie au réffexe conâitionné du behaviorisme. Une 'prouesse n'e.ryfique rien. Au contraire, ceflé ae {'acquisition embroui((e {'observabfe finguistique aans ce qU'if a ae.p{us réqufier et ae.p{us accom'pfi. Ainsi, onfait grana cas au court {eps dè tem'ps que met {'e':ifant 'pour acquérir {es mots ae son vocabu{aire, voire à raison a'un à {'heure, et your maîtriser {'essentief ae sa {angue maternef{e. Si touchante soit-e{fe, une tef{e 'performance intef{ectue{fe n'est .ras qu'e':ifantine. L'étonnante masses aes aau{tes i{kttrés qui, à Ncheffe ae {a'p{anete, deviennent dès {ocuteurs bifingues ou trifingues ne'passent 'pas feur vie à ânonner "My tai{or is rich" avant ae aevenir dès {ocuteurs "natifs"a'une ou 'p{usieurs {anques véhicu{aire tout aussiyeiformants q_uefeurs e':ifants unifingues. Ces {ocuteurs et bien a'autres 'peuvent fe fmre en moins de dèux ans, et 'paifois moins en contexte a'immersion totafe, ce dCrnier n'étant'pas moins finguistiquement sous-aéterminé. La cqpacité a'ep'prenare et a'intérioriser une {at!que humaine en un {a'ps ae tem'ps relativement court ne âiparaît 'pas qprès {'adO{escence. L'acquisition n'est 'pas qU'e':ifantine. E{fe ne fait qu't!JlUrer fes dOnnées ae manière incom'plète. Que {a maturation finguistique qui caractérise fe aéve{l!Pyement bio{ogique soit à {'avantage ae {'e':ifant, cera n'est certes 'pas contestab{e. L'aau{te devient inéfuctabfement victime ae ses connaissances. Mais en quoi {'avantage au chronomètre finguistique pourrait-if servir à se faire une iâée de {a {ongueur au tour ae 'piste
grammaticaT que {'e':ifant et {'aau/té aoivent accom'pfir? L'avantage au chronomètre

xv
ne renseigne yas sur (a circotiférence a'un ova(e, yasp(us que (a jréquence au 6attement a'ai(es a'un_ptpi((on ne révèCe quoi ce soit d'é (a cfïrysaCide qU'if a été. Concevoir ['pisotie tie l'acquisition Cinguistique comme ['acco"!pCissement (['une sorte ae "clirysaHde (angagière" relève a'une tliéorie ae (a métamoryliose aont ['organe au (anga_qe serait (a seuCe i((ustration cliez Ces liumains. Au risque ae lieurter Ces sensiliiCités, j'incCine à yenser que (a rtpid"ité ae ['acquisition (angagière 'peut ofjectivement se concevoir comme (a conséquence a'un "aryage" céré6ra( dont ('éfflcacité serait Cimitée aans Cetemys, vu que (es etifants ne yassentyas Ceur vie à aéVenir aes aauftes (ce qui est aevenu un tpliorisme ae no~joursJ... Un etifant "arogué"à ['ayyrenance est ctpa6Ce, on Ce sait, deyrouesses stuypantes (orsqu'i(s'agit ae dOnner au sens à ['univers qui (e so((jcite, ne serait-ce qu'en vertu ae ses questions insoCites. Mais un ter état ae !!râce neyermet yas (ogi~uement ae concrure ~ue ae te(Ces yrouesses sont qttri6ua6Ces a un "état naturer" cense a~nir Ce6agage genétique au s0et yar(ant. Etudier un indlviau aans un état "secona" ne yeut que mener à une erreur sur (ayersonne. Aussi est-if tout àJait conceva6Ce a'envisager que (a "arogue" ae ['tpyrenance J?uisse a!Jir sur (ejonctionnement a'une immense yryu(ation ae neurones virginaCes y(utot que sur Tesyrésumés gènes a'un organe menta( yresque sacraCisé. Etifin, consiaérotlS ofjectivement (e fait universer ae ('idlomaticité, ne serait-ce qu'à travers ['extraordinaire yliénomène dé(a "a!pliysémie", c'est-à-dire ['a(ternance entre Cesens figuré et Cesens Cittéra( aans une même e~ession. Jusqu'à preuve au contraire, Cesens idiomatique est un attri6ut au (angage aaufte, et non du (angage etif.antin. I( ya aonc un apect inliérent à ['exercice accomyCi dé (ayaroCe qui éclitpye à ['acquisitIOn, terre que restreinte à ['enfant yar Cesgénérativistes. Aussi Jaut-i( concrure que tout un yan ae (aJacu(té ae rangage s'avère hors aeyortée ae son rég(a!1e "initia(", ce qui m'amène à concrure à (a suréva(uation tliéorique ae ['argument de Ta yauvreté au stimu(us en Javeur ae ['innéité a'un yrésumé "état initia(" ae (a grammaire au s0et yar(ant. L'idlomaticité esty(utôt cette Yrl;priété au (anqage aes êtres liumains qui révèCe "Ntat sta6(e" ae (aqrammaire mteriorisée yar l'Homme grammaticar. Or ['idlomaticité est (a marque de commerce ae (a comyosition (exicaCe. Cip. sur (a Mémoire. T~0ours est-if que ['itifini ae ['Univers n'estyas une yreuve ae (a nécessité ae Dieu. L'Eterner sera to0ours à ('Homme ce que (a _qrammaire universe{{e est à son (an!1age: un discours sur (e Ver6e, que seu(e (a crédu{[té aes êtres-pensants (aisse ériqer en discours sur Cemonae réer. Aussi ne voit-on aucune nécessité a ce que ['universa1ité au sens entraîne ['innéité ae (aJorme te(Ceque saisie yar (a Grammaire généraCe. Le sens est une réaCité ae ['epr!t yroprement incommensura6(e, qui ne saurait s'accommoaer au monae manicliéen des générativistes sommairement divisé entre Ce "P' et Ce"E-Lon!10'le ", entre Cenoyau et (ayériyliérie, entre ['inné et ('acquis, entre Ce jJénot!1Pe et (eyTiénot!1Pe, entre Ta comyetence et (ayeiformance, ou encore entre ('equ!J:'ement cliromosomique et ('environnement Cinguistique. Arrogante est ('iaée que (a mise enJorme au sens au moyen a'un système tie sons aou6(ement articu(é J?0urrait, e(Ce, s'accommoaer a'une auaCité si contraire à (a «(ogique au vivant» (Monod). L'équation yr'!P,osée J?ar (e cliomskisme entre ('universef et ('inné procède a'une 6rusquerie inte(Cectue(Ce a'autant y(us aé(étère qu'erCe ,!pyaraît séduisante à une ryoque où ('liomme ,rête ('orei(Ceau cliant aes sirènes au clOnage liumain. Ce auaCisme réducteur est un yiege ae simyCicité qui évite ae consiaérer a' autres rryonses, tout aussi insistantes, aux questions jonaamentaCes que soulève (aJacufté ae (angage. La y(us

XVI

y[ausi6[e à nos yeux, cef[e qui se dégagera yeu à yeu de notre anafyse desjaits de comyosition, consiste à envisager [ayrl!)1osition suivante: Et si [e [angage articu[é des humains n'était, après tout, qu 'une e~ression sl!)1histiquée, hautement péciafisée, du jonctionnement de [a mémoire humaine et de sa soeur jumef[e, [a conscience? Au moins trois arguments sofides doivent êtreyris en co»!pte. Sur [e y[an de ['acquisition, d'autres mémoires que [a mémoire [exicafe yrécèdént fe [angage. Sur [ey[an de [e [anqage déyend entièrement du [exique enregistré dans [a mémoire. ['~yrentissagf' Et sur [e j'Tan biofogtq!le, [a mémoire est une Jacu[té qui, sans être innée (Chapouthter), s'avère tributaire de Nvo[ution des epeces, du conditionnement socia[ et dé f'e~érience de chaque individu. Brif, si Niumo /ÎJlfums est si unique dans fe rèqne du vivant, ce serait "parce que [a mémoire de f' homo s'!J1ims est [ay{us évo[uée dU règne anima[ en re!1.aid de [a conscience et de ['e~érience. C'est yourquoi Ta yhy[ogénèse est cette troisième voie à suivre your accréditer [e caractère universef de certaines yrl!)1riétés Jorme[[es des Cangues naturef[es comme, yar exen!p[e, [a récursivité catégorique, dans [a mesure où cesyrcpriétés décou[eraient de [a structuration, du jonctlOnnement et de [a maturation au cerveau mnésique y[utôt que de [a structure héficoïda[e de f'ADN humain. A ['assurance somme toute co'!fortabfe que yrocure [e déterminisme j/énétique grâce auque{, un jour, on devrait apY0rter [a yreuve irrif.uta6[e de ['herédité {angagière, on doit y[utôt yrijérer Nnco'!fort et f'humifité du détenninisme c(lfnamique neurona{, sachant q!le [es états cérébraux sont aussijugaces qU'innombralifes. I[ s'ensuit à nouveau que Teyroblème de P[aton n'est yas ce qui yermet au grammairien de yoser fes bonnes questions à yrl!)1os de [a mise enjorme finguistique au sens. Pour êtrey[us catégorique que Mi[ner (l989,y. 237), j'oserai dire que ['argument de [a <:pauvreté du stimu[us» est nue et non avenu en regard du nouvef eJ'!jeu que constitue [a mémoire [angagière de f'Homme grammaticaf. L'instinct de téter du nourrisson n'est yas une e~fication causa[e au fait que f'adufte qu'if deviendra sera capabfe vraisem6[abfement de boire un verre de Beaujo[ais. Si Pe'!fant est capabfe tféfaborer sa grammaire interne à yartir de bribes de yhrases, c'est vraisemb(a6[ement yarce ;Iue ce[fes-ci activent en yrimeur une énorme quantité de connexions neura[es genératrices d'emyreintes mnésiques, et non yas nécessairement yarce qU'e[fes sont anafysées_par une yetite

quantité

i'i'!formations

grammaticafes

minimafement

encoGes

dans

nos

cnromosomes. Aussi [a mémoire [angagière est-effe une afternative au yroblème de P[aton qui yermet de s'extraire de f' ornière creusée d'un bord yar Chomsky avec son organe menta{, et de f'autre,yar de Saussure avec son institution socia[e.
Connexionnisme?

Pour dore cette entrée en matière, i[ est [oisi6[e de réc~itufer mon cheminement inte[fectuef en termes d'éco[e de yensée. N'étant yar temyérament ni homme de système, ni homme de réseau, mon travai[ s'est yoursuivi dans ['ignorance distraite des controverses et débats entre cognitivistes et connexionnistes, innéistes et constructivistes, mentafistes etyhysicafistes, etc.. Mais ifjaut croire que tôt ou tard Ncofier qu'on finit yar ney[us être ne yeut y[us se soustraire à [a nécessité de porter sa dissertation à [a connaissance des yairs ae sa discijJfine sous [a bannière Tay[us ~yrcpriée aux résu[tats de sa riffexion. C'est seufement en toute fin deyarcours que mon iliscours afiniyar se ranger sous [a bannière d'une ~yroche systémique inpirée du connexionnisme, tant sont devenues évidentes [es concordances de mon travaiT avec ce courant deyensée scientifique.

XVII

En terminant,jeyréciseque {a mqjuscu{e de {'Homme grammatica{signafè que {'e~ression s'tpyllque natureffement aux indtvidus des deux sexes de notre epèce.

Lavaf, Qc, 29jévrier 2008

INTRODUCTION

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Antoine- Laurent de LavOlsier Traité élémentaire de chimie, Discours préliminaire, 1789

1 PRÉAMBULE
La SYNTAXE RÉFÉRENTIELLE nous allons que tenter de modéliser dans cet ouvrage

se présente comme une alternative radicale au traitement morphologique que la tradition grammaticale, tant ancienne que moderne, réserve au phénomène de la COMPOSmON LEXICALE, trait remarquable d'un grand nombre de langues naturelles un qui relève du phénomène universel dit de la "formation des mots". En dépit de son qualificatif inusité, cette syntaxe veut prendre ses distances par rapport à une syntaxe plus familière, que l'on pourrait qualifier de "syntaxe compositionnelle". Il suffit pour l'instant de considérer le phénomène de la composition bonafide, c'est-à-dire en tant que processus interne au système que l'on appréhende simplement par l'observation courante que de nombreuses langues se pourvoient elle-mêmes généreusement en mots d'un format standard, à savoir qu'ils sont obligatoirement construits au moyen d'autres mots existants de la langue dans un format qui reste généralement cantonné à celui d'un BINÔME lexical. Les objets qui résultent de cette mise en forme binômiale sont traditionnellement appelés 'mots composés' , désormais MC en abrégé. A cet égard il est impérieux de formuler un premier caveat, comme quoi la composition déborde largement le seul cadre des traditionnels mots composés. Ce travail est centré, faut-il insister, sur le processus et non sur des objets grammaticaux préalablement étiquetés. Tout système linguistique comporte un dispositif auto-régulateur capable de le pourvoir en "matière première", en l'occurrence les objets du lexique, de sorte que ce dispositif puisse pérenniser l'éphémère existence du système dans le cycle généalogique des langues naturelles. Cela justifie à nos yeux de faire primer le processus inhérent au système sur l'étiquette traditionnelle des objets d'une doctrine. Radicale, notre alternative l'est parce qu'elle instrumente une conclusion presque nihiliste, à savoir qu'il n'existe pas de mécanisme formel de composition spécifiquement dédié à la formation des MC, du moins en français, ni même probablement dans les autres langues romanes. Bref, Darmesteter et bien d'autres se seraient fourvoyés bien malgré eux. Ce travail a pour objectif de démontrer que la formation des mots par composition n'est pas un "module"de génération d'expressions linguistiques gouverné par ses propres règles de mise en forme ou "règles de construction" .Nous disons plutôt que la composition désigne un processus interprétatif, c'est-à-dire un mode tellement particulier d'interprétation sémantique des structures naturelles de la langue qu'il s'oppose de manière irréductible au mode

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la COMPOSITIONNALITÉ sémantique. En définitive, la compositionnalité sémanticostructurale qui sous-tend les modèles de grammaire dominants, bien que révélatrice de propriétés formelles étonnantes, s'avère bien moins prégnante dans le système linguistique que le mode de la LEXICALITÉ appréhendé en tant que jugement linguistique positivement porté sur les nombreux objets qui peuplent le substrat subsymbolique dédié au Dictionnaire. L'interprétation sémantique est donc alternative, dans la
mesure où le JUGEMENT DE LEXICALITÉ le dispute au JUGEMENT DE GRAMMATICALITÉ.

Il s'ensuit que la composition ne "fabrique" pas, ne "construit" pas ou ne "dérive" pas les mots composés en morphologie, ni même en syntaxe. Elle interprète l'information structurale disponible dans le système de la langue en la passant au crible d'une composante dédiée à la SÉMANTIQUE DUSIGNIFIÉ LEXICAL, en abrégé la SSL. ans la mesure où il est fondé, en théorie grammaticale, de considérer D le dispositif dédié à l'interprétation sémantique comme distinct dans l'intellect de celui qui est dédié à la combinatoire de la mise en forme des objets grammaticaux, la SSLcaractérise assurément un aspect essentiel de la compétence linguistique. Toutefois, dans la mesure où tous les objets grammaticaux manipulés par la faculté de langage, ce qui inclut les objets construits en syntaxe, sont susceptibles d'être aussi des objets subsymboliques enregistrés dans le Dictionnaire, la SSLse voit promue à égalité de la sémantique de la phrase dans la Gg, ce qui bouleverse profondément la dynamique interne du système grammatical auquel le modèle dominant de la grammaire générative nous a habitués. Il s'ensuit que la composition lexicale des langues romanes n'a rien d'une combinatoire formelle, mais tout d'une interprétation sémantique structuralement déterminée par la RÉFÉRENCE, notre d'où hypothèse d'une dépendance référentielle de la structure. Aussi la syntaxe référentielle se défmit-elle informellement comme une combinatoire syntaxique incorporant l'ontologie référentielle des expressions linguistiques, d'où le défi stimulant d'implémenter une telle combinatoire dans un modèle de Grammaire générale. Paradoxalement, ce radicalisme grammatical, loin de contredire le minimalisme théorique que d'aucuns érigent en panacée de la cognition, le conforte tout au contraire puisque le système linguistique se voit ainsi délesté d'un dispositif de formation des mots extrêmement compliqué et inutile, que plusieurs situent dans la "périphérie" de leur modèle. En revanche, il s'inscrit avec force dans la tendance la plus prometteuse de la linguistique cognitive en ce que la syntaxe référentielle banalise les propriétés dites "formelles" du signifiant intériorisé, mais capitalise énormément sur la sémantique lexicale du signifié mémorisé. L'enjeu n'est donc pas tant « l'instinct du langage» que l'instinct du sens, lequel se partage absolument entre le sens lexical et le sens compositionnel.
1.1 COMPOSITION ET MORPHOLOGIE

S'en tenir au mot "existant" pourra sembler naïf au morphologue ou au syntacticien chevronnés, et ce d'autant plus que la notion de mot se verra ultérieurement expulsée de la Gg. Néanmoins, nous estimons que la propriété de mot existant joue un rôle décisif par rapport à la cognition linguistique, défmie ici comme l'intelligence du réel au moyen du langage. De fait, la réalité du mot existant conditionne le jugement de lexicalité que sait exercer tout sujet parlant. Nous y reviendrons. Il suffit pour l'instant d'établir que le mot existant départage à lui seul les objets de composition des objets de morphologie quant à leur appréhension par l'esprit. Les premiers dépendent entièrement de la mémoire sémantique explicite, par opposition à la mémoire sémantique tacite dont tous les morphèmes sont passibles. La conscience du mot existant est active, lucide et naturellement accessible, tandis que la conscience du morphème est passive, intuitive et virtuellement inaccessible

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au locuteur de souche. Cela indique avec force une différence fondamentale de nature grammaticale, différence dont il serait malvenu d'ignorer l'importance vis-à-vis du type de combinatoire linguistique sollicité par l'un ou l'autre de ces deux objets. Cette différence de nature grammaticale est directement imputable à la différence

d'intégrité - au sens mathématiqued'entier algébrique - qui caractérise l'atome
de la morphologie et l'atome de la syntaxe, de la même façon qu'on distingue en mathématiques entre les nombres entiers naturels et les nombres entiers rationnels. Autrement dit, l'intégrité "conceptuelle"d'un chiffre n' est sûrement pas la même que celle d'une fraction sur le plan cognitif. Aussi le mot existant est-il un objet mental primitivement différent du morphème, dans les langues romanes s'entend, à cause de ce type d'intégrité conceptuelle que lui procure le système de sa langue, malgré le caractère hybride des langues romanes sur le plan typologique. Nous établissons alors une relation logique entre la nature de l'objet et le type de combinatoire apte à manipuler cet objet. La combinatoire grammaticale des entiers syntaxiques ne saurait s'avérer la même que celle des entiers morphologiques parce que l'esprit n'appréhende pas leur nature profonde (ontologie) de la même façon. A priori, le locuteur adulte du français sait reconnaître des mots existants comme par exemple cable, cartable, diable, érable, étable, fable, sable, mais il réservera son jugement à propos de mots "inexistants" comme *dable, *lable et *chable, sachant avec raison qu'il peut fort bien ignorer des centaines de mots de sa propre langue.l L'intégrité nominale de ces mots existants est un fait de cognition langagière grâce auquel il ne commettra probablement jamais l'erreur d'inventer naturellement, i.e. 'dériver', des mots comme *cabilité, *cartabilité, *diabilité, *érabilité, *étabilité, *fabilité ou *sabilité, alors que l'intégrité nominale de mots comme affabilité, culpabilité, fiabilité, probabilité, stabilité, friabilité et bien d'autres est reconnue sans peine pour alterner avec celle de leur équivalent adjectival: affable, coupable,fiable,probable, stable etfriable. Pourquoi une telle différence de stratégie vis-à-vis de mots dont la terminaison en -able présente la même consistance phonétique, voire morphologique? La réponse est que la combinatoire du morphème -ité obéit à des règles déterminées par la nature même des entiers morphologiques, lesquelles sont sensibles uniquement aux conditions de concaténation entre objets "non existants" de sa langue. La connaissance implicite de ces conditions concaténatoires le prémunit contre l'erreur de manipuler ce morphèmes en recourant aux règles qui régissent les entiers syntaxiques que manipule l'autre combinatoire de son système grammatical, règles qui sont sensibles à la distribution qui caractérise les objets existants de sa langue. Admettons alors que la morphologie linguistique se définisse essentiellement en fonction d'une combinatoire qui manipule ses propres atomes, comme si chaque morphème était une "fraction" qui se combine avec une autre. Il faut logiquement conclure que la composition lexicale n'est plus un processus de formation des mots qui soit théoriquement pertinent à la morphologie dès lors qu'on le circonscrit à une combinaison de mots existants. Il s'ensuit que la composition lexicale doit relever de la combinatoire syntaxique dès lors qu'on convient qu'un mot existant n'est pas un "entier rationnel" mais un "entier naturel" de tout système linguistique. 1.1.1 Heuristiques, techniques et cognition Mais attention. Intellecter la différence ontologique entre les morphèmes et les mots existants n'entraîne pas que le locuteur possède le savoir de la segmentation des mots existants en morphèmes constitutifs. Si ce savoir discriminant était attribuable à un hypothétique savoir intériorisé de la segmentation morphémique, voire des propriétés sélectionnelles du suffIxe -able, il faudrait se résoudre à statuer que le segment initial résiduel des mots cable, cartable, diable, érable, étable,fable

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et sable tient lieu de morphème radical (adjectival ou verbal) en morphologie française, de la même manière qu'on statue également que la syllabe initiale (ou le di graphe) des mots affable, coupable, fiable, probable, stable et friable est un véritable morphème radical non substantif. On conviendra de bonne grâce de ce qu'un tel résultat serait aberrant parce qu'on ne voit pas ce qui permettrait au locuteur francophone d'intellecter les segments consonantiques ou syllabiques c-, cart-, di-, ér-, ét-,.f- et s- comme n'étant pas des radicaux existants de la langue française si l'on admet également qu'il le fait pour des segments digraphiques ou syllabiques comme aff-, culp-,fi-,prob-, st- etfri-. La segmentation morphologique est certes une technique fort intéressante pour le savant, mais on ne saurait confondre ce qui fait la science avec ce qui fait l'intelligence des mots par un cerveau humain. Aussi, la segmentation morphémique semble-t-elle ne pas être une heuristique cognitive capable de fournir une bonne information morphologique à l'esprit langagier. La technique ne renseigne pas sur la cognition. En vérité, si le locuteur ne fait pas de dérivation morphologique avec la première série d'exemples au contraire de la seconde, c'est surtout en raison du "savoir" distributionnel dont seul les mots existants sont passibles: les uns suivent habituellement un déterminant tandis que les autres se retrouvent habituellement en position d'attribut. Il s'ensuit que le locuteur francophone intériorise facilement la règle suivant laquelle la terminaison /able/ n'est jamais un suffIXe si le mot qui la contient est un nom commun. Bref, si l'objet X-able est un substantif, il n'est pas segmentable parce qu'il n'est pas construit. C'est donc le savoir catégorique issu de la distribution syntaxique qui permet, le cas échéant, de segmenter ou non un mot en morphèmes pertinents. Mais encore faut-il que l'objet X-able soit un mot existant pour que le francophone sache que c'est un substantif qui n'est pas construit. Ainsi, grâce à la "connaissance" catégorique des objets enregistrés dans sa mémoire, l'Homme grammatical peut faire la différence entre l'intégrité atomique des mots existants et l'intégrité atomique des morphèmes suffIXaux. Les premiers sont identifiés à une catégorie grammaticale tandis que les seconds identifient la catégorie grammaticale de leur base lexicale en la sélectionnant. Par conséquent, la notion de mot existant est pertinente au processus de la composition lexicale parce qu'elle permet d'articuler dans le modèle de la Gg une heuristique grammaticale pertinente à la cognition langagière. Ajoutons qu'aucune raison de nature cognitive n'appuie l'hypothèse chomskyenne à l'effet que les morphèmes flexionnels devraient s'instancier dans l'esprit langagier de la même manière que les mots existants, à moins toutefois que l'on tienne pour insignifiant le critère disciplinaire selon lequel l'information distributionnelle détermine l'identité catégorique d'un mot existant. C'est une erreur fatale, à notre humble avis, d'entreprendre de caractériser la cognition langagière en transposant purement et simplement certains des résultats issus de techniques historiques de découverte scientifique, i.e. la segmentation, parfaitement étrangères à toute théorie grammaticale moderne de la faculté de langage. Là n'est pas le moindre malheur de la syntaxe générative. 1.1.2 Composition et fausse représentation Admettons alors que la différence d'intégrité "matérielle" entre mots existants et autres objets lexicaux n'a rien de négligeable sur le plan cognitif. Il faut prendre acte du fait suivant: aucun mot justiciable de composition lexicale ne peut faire partie de la structure d'un MC à moins qu'il ne soit lui-même un mot isolé. Or la composition des langues romanes ne serait pas la composition - en tant que processus conventionnel de formation des mots - si le jugement de lexicalité mis en oeuvre par un tel processus n'était lui-même dépendant de l'identité catégorique que confère la distribution syntaxique à la source du caractère isolé d'un mot.

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Autrement dit, la fonne binômiale qui caractérise les MC en général est déterminée par une combinaison de catégories syntaxiques, à l'exclusion de toute catégorie morphémique, i.e. radicaux et afftxes. Le mot lament+ation n'est pas un MC pour cette raison. La notion de mot existant rassemble ainsi celles de mot réel (existant et connu), de mot virtuel (existant mais inconnu) et de mot possible (inexistant mais grammatical) du moment qu'ils jouissent de l'identité catégorique conférée par la distribution syntaxique, mais elle exclut celles de mot potentiel (inexistant mais construit selon des règles morphologiques reconnues) et a fortiori de mot inventé (construit ou non selon certaines règles d'usage). C'est pourquoi le critère du mot existant s'avère déterminant en matière de composition lexicale parce qu'il contraint fortement la démarche descriptive. En effet, il implique de procéder au tri des objets lexicaux candidats au statut de MC en rejetant parmi eux tous ceux dont on est incapable de préciser à quelle catégorie grammaticale appartient l'un ou l'autre terme. Il s'ensuit qu'au moins trois catégories d'objets lexicaux sont écartés de notre enquête, à savoir I) les lexèmes pseudo-composés ; II) les lexèmes savants et III) les lexèmes lexiftés. Détaillons. 1.1.2.1 Les lexèmes pseudo-composés Le critère du mot existant amène à considérer des mots comme bachibouzouc,ping-pong, kif-kif, méli-mélo, self-service, rock-and-roll ou leit-motiv par exemple, non pas comme des objets pertinents à la composition lexicale, en dépit de leur orthographe en deux segments, mais comme des mots "inconstruit" du système et ce, d'autant plus qu'il s'agit d'emprunts naturalisés. Aucun segment n'est un lexème en propre parce qu'aucun ne jouit d'une quelconque propriété distributionnelle en tant que mot isolé dans ce système. En langue française, de tels spécimens sont dépourvus de toute structure interne parce qu'on est incapable de dire si un segment tel que bouzouc,pong, kif ou leit est un V, un N ou n'importe quoi d'autre en français. Aussi existe-t-il dans cette langue, comme probablement dans toutes les langues, un contingent de lexèmes pseudo-composés qui n'ont rien à voir avec le processus de la composition lexicale en tant que "mécanisme" de formation des mots propre au système linguistique. Leur statut cognitif n'est guère différent dans l'intellect du francophone de celui que possèdent des singletons aussi francofrançais que bizarres tels que dromadaire, bilboquet, gibbérelline ou palimpseste. Par conséquent, bien que les pseudo-composés soient des mots attestés de fonne binômiale à l'écrit, les deux graphèmes n'en fonnent pas moins un tout insécable pourvu de l'intégrité d'un lexème, que la mémoire langagière enregistre sous fonne d'une suite sonore phonétiquement indécomposable. 1.1.2.2 Les lexèmes complexes lexifiés On s'en tiendra à la même ligne de conduite en ce qui concerne les objets candidats au statut de MC mais qui, à la différence des précédents, ne sont que partiellement "inconstruits", souvent malgré leur apparence de MC sur le plan graphique à cause du trait d'union. Seront exclus de la couverture empirique de la composition lexicale les mots existants dont l'un des deux termes du binôme peut être considéré comme sémantiquement explétif. On rejoint ainsi la discussion des cranberry words, cf Aronoff (1976). Entrent dans cette catégorie de nombreux objets lexitiés du Dictionnaire soit en tant que noms communs, V.g. guet-avens, volte-face, Quote-part, rez-de-chaussée, un clin d'oeil, sans ambazes,jQ!:..intérieur, loup-zarou. etc., soit en tant que locutions verbales, V.g. chercher noise, chanter vouilles,faire.fi de, faire florès, tirer ses zrèzues, etc., ou soit encore en tant que locutions adverbiales, V.g. au.fi!!:.. t à mesure, à l'instar de, à la queue-leu-leu, e depuis belle lurette, à tire-larizot, de bon aloi, etc.. Par 'lexifté' il faut entendre un

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état de figement syntaxique lié à une idiosyncrasie lexicale non imputable à une règle d'interprétation sémantique. Les mots soulignés dans ces exemples originent bien du système de la langue française mais leur statut d'archaïsmes dépourvus de distribution autonome les disqualifient du statut de mots existants sur le plan cognitif. Ils ne jouissent d'aucune propriété distributionnelle autre que celle qu'ils détiennent en toute exclusivité dans le hapax qu'ils forment avec le terme associé. Même pour le locuteur-auditeur idéal (qu' on ne saurait tenir pour un étymologiste), ils ne veulent plus rien dire en tant que tels. Il n'y a que leur consistance phonétique qui soit pertinente à la reconnaissance et l'interprétation du tout lexifié en tant que lexème complexe enregistré dans le lexique avec son sens attesté. C'est pourquoi il est justifié de qualifier d'explétifs de tels mots-fossiles. Par contre, le caractère complexe du lexème lexifié découle que de ce que l'autre terme est un mot existant à part entière. Le locuteur peut donc le reconnaître, l'isoler, lui conférer des propriétés distributionnelles et ainsi lui assigner une catégorie grammaticale qu'il applique naturellement au tout. De ce fait, le lexème lexifié est partiellement construit dans la mesure où il est décomposable. Mais la segmentation échoue à caractériser l'information structurale de l'objet. Celle-ci ne peut pas être "intellectée" par l'esprit langagier, c'est-à-dire recevoir une représentation mentale adéquate. Si l'on s'en remet à la distinction typologique opératoire entre« mot phonologique» et« mot grammatical» du collectif Dixon & Aikhenvald (2002), on devrait admettre que les lexèmes explétifs sont des mots phono logiques en raison de ce que ce sont des segments sonores dépourvus de toute autonomie distributionnelle, mais que l'objet qu'ils contribuent à former en tant que lexème complexe lexifié appartient, quant à lui, à la classe des mots grammaticaux en raison de son autonomie distributionnelle. 1.1.2.3 Les lexèmes savants Le même critère amène surtout à éviter l'impasse de ladite "composition savante", à ne pas confondre avec la 'dérivation' savante, cf Zwanenburg (1983). Nombre de formations savantes sont tenues erronément pour des MC: haltérophile, hydro-électricité, ignifuge,fructifère, cruciforme, prototype, cruciverbiste, etc..2 Mais parce que le critère du mot existant implique de restreindre la description à la synchronie d'un système linguistique, de tels objets lexicaux ne sont jamais candidats au processus de la composition lexicale pour les deux raisons suivantes. Premièrement, soit l'un, soit les deux termes ne sont pas des mots existants par rapport au système de la langue française.3 Deuxièmement, soit l'un soit les deux termes sont lexicalement reproductibles. Autrement dit, ils peuvent réapparaître dans d'autres lexèmes incorporant la même "signature" lexicale, si bien que le terme récurrent se comporte la plupart du temps comme un préfixe dérivationnel, V.g. socio-, psycho-, franco-, médico-, cardio-, etc., moins fréquemment comme un suffixe, V.g. -ph ile , -cide, -phone, -saure, -logie, etc.. Ils ne peuvent pas être intellectés en fonction d'une structure interne syntaxique parce qu'aucun locuteur francophone n'est capable de statuer sur la catégorie syntaxique de segments tels que hydro-, igni-,fructi-, cruci- et proto-, ou encore -verbiste, -Juge, -fire ainsi que plusieurs dizaines d'autres du même acabit. Cette incapacité cognitive prend sa source dans l'absence totale de propriétés distributionnelles susceptibles d'être attribuées à ces formes sonores. Ce ne sont donc pas des mots existants vis-à-vis de la cognition. C'est pourquoi il incombe à la morphologie de rendre compte de la constituance des lexèmes polybasiques et de préciser à quelle enseigne leur base morphologique (ou 'monème') doit se loger dans l'économie d'une grammaire scientifique. En revanche, ils veillent dire quelque chose d'assez précis, mais la

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valeur de leur signifié n'est pas de nature paradigmatique. Elle est proprement lexicale. 1.1.3 Conscience du mot et grammaire "présente" Pour clore ce propos, on se convaincra d'abord de l'idée qu'en matière de mots composés, le trait d'union permet souvent à la graphie de s'adonner à de la fausse représentation, cf Catach (1981). Ensuite, on prendra soin de bien circonscrire au plan théorique l'apport de l'étymologie et de la diachronie. Sans aucun doute, l'une comme l'autre sont pertinentes à la genèse de tout système linguistique et à son fonctionnement actuel. Mais de là à leur reconnaître une pertinence cognitive eu égard à la faculté de langage, il y a une marge qu'il convient de ne pas franchir impunément. On ne saurait tenir l'évolution d'un système linguistique pour le reflet de l'évolution de la cognition humaine, car même si l'esprit langagier détermine la forme et le fonctionnement du système linguistique au moyen d'une grammaire intériorisée, rien ne sustente jusqu'à présent l'idée que la cognition humaine puisse être une réplique de cette grammaire. Les invariants de l'une et de l'autre ne sauraient raisonnablement se confondre. Enfm, le critère du mot existant consacre le caractère "présent" de cette grammaire. Cela signifie que le jugement de lexicalité mis en oeuvre par la composition lexicale repose, tant en amont qu'en aval, sur une 'mémoire sémantique' qui rend le mot directement accessible à la conscience, contrairement au dispositif combinatoire de la morphologie qui ne "travaille", en principe, que sous l'emprise de la compositionnalité.4 Autrement dit, et paradoxalement, la morphologie n'a rien à voir avec le jugement de lexicalité puisque les règles de formation des mots génèrent en aval des objets réputés pour être parfaitement compositionnels, sinon à quoi de telles règles serviraient-elles? L'esprit langagier intériorise des règles morphologiques pour éviter en aval de mémoriser des objets lexicaux dans la mesure où ces règles construisent en amont du sens lexical dépourvu de toute idiosyncrasie. Inversement, l'esprit langagier mémorise les objets déjà construits en amont dans la mesure où l'interprétation sémantique dépendante des "règles" de la composition lexicale permettent d'intérioriser en aval l'idiosyncrasie lexicale motivée par le sens des mots déjà appris. "Présente" est donc une grammaire de l'esprit langagier qui représente la relation des objets syntaxiquement construits en amont et lexicalement interprétés en aval. 1.2 LE MOTN'EST PAS UNOBJETD'ÉTUDESCIENTIFIQUE Il découle de notre défmition bona fide de la composition que le format du binôme serait une créature de la syntaxe et non de la morphologie. Cette mise en forme particulière opère donc sur des LEXÈMESnon sur des MORPHÈMES et puisque, par défmition, un morphème n'est rien d'autre qu'une partie de mot alors qu'un lexème peut être un mot soit réel (ou existant), soit potentiel dans la mesure où il est construit. Par définition toujours, il n'existe pas de morphème potentiel dans les langue naturelles puisqu'un morphème n'est jamais construit. On fait donc primer le critère de "la plus petite unité" pour identifier les atomes de la morphologie, mais en revanche on fait primer celui de la distribution "autonome" pour identifier les atomes de la syntaxe, ce qui permet d'éliminer l'ambiguïté du soi-disant 'morphème libre', lequel aurait aussi le statut de mot dans une langue comme la nôtre. La structure interne des MC de notre langue se singularise parce qu'elle s'élabore non pas sur le modèle du mot dérivé par affixation, mais davantage sur celui des divers syntagmes qui entrent dans la construction des phrases. De cette appréhension élémentaire de la nature grammaticale de l'objet impliqué dans le phénomène de la composition lexicale découle un changement de problématique qu'il convient

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d'assumer selon toute sa logique.5 Par conséquent, et paradoxalement, nous récusons dès le départ la notion courante de 'mot' comme fil conducteur d'une réflexion grammaticale visant à théoriser non seulement le phénomène de la composition lexicale mais aussi celui de la 'formation des mots' en général. Reléguer au second plan de la réflexion grammaticale la notion courante de mot demande quelque explication. Aussi le fer de lance de notre réflexion est-il forgé à même l'évidence métaphysique, oserons-nous dire, que le mot est au linguiste ce que le 'microbe' est au médecin, l"herbe' au botaniste, ou le 'caillou' au géologue, c'est-à-dire un ersatz terminologique qui désigne une réalité du bon sens, mais non un objet d'étude scientifique. Le mot est donc en linguistique une source de confusion, de graves malentendus, une entrave historique qui réduit le champ de l'observable. A fortiori convient-il de l'écarter du vocabulaire grammatical si tant est qu'une grammaire de l'esprit langagier est une abstraction basée sur une idéalisation du langage ordinaire.6 Aussi souscrit-on sans réserve au constat dressé par Martinet, 1985, p. 74, comme quoi la notion commune de 'mot' fait inévitablement l'impasse sur la réalité objective des objets régis par une Grammaire
générale. Comme nous le verrons plus en détail au chapitre I, cf

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elle présume

d'un découpage du donné linguistique qui ne cadre pas forcément avec celui qu'exerce un modèle organisé en composantes ou en modules. Quoi de plus naturel alors que d'en constater les effets dissipateurs sur la description grammaticale puisque, c'est bien connu, l'étiquette de 'mot composé' s'applique à toutes sortes d'expressions linguistiques de formes disparates et contradictoires, cf entre autres Noailly (1989) et G. Gross (1988) ? C'est pourquoi le problème traditionnel de la 'formation des mots' doit être entièrement reformulé, bien que de manière provisoire faut-il ajouter, en termes de 'formation des entrées lexicales' et ce, tant en matière de composition lexicale que de morphologie affIxale. En effet, la notion devenue familière d'entrée lexicale est au grammairien moderne beaucoup plus que ce que le mot est au commun des mortels parce qu'il s'agit d'un objet scientifique intégré dans le corps de la théorie grammaticale appréhendée sous l'angle de la faculté de langage. C'est pourquoi la composition sera abordée dans cet ouvrage comme un processus de langue régissant la formation d'une classe fort importante d'entrées lexicales eu égard à leur forme construite. 1.3 DE LA NATUREDEL'OBSERVABLEET DESONAPPARENCE Parmi ces malentendus historiques qui ont hypothéqué notre compréhension de ce processus de langue, il en est un qui veut que tout ce qui regarde la structure interne des mots, c'est-à-dire le résultat de leur mise en forme, est du ressort de la MORPHOLOGIE, sous-discipline de la linguistique qui tergiverse à propos de son cette objet étude en ciblant confusément soit la forme décomposable des mots, leur apparence, soit la computation de leurs "morphèmes", autrement dit la "grammaire" des mots. Quoi qu'il en soit, personne ne conteste que dans l'usage commun, les mots composés sont des mots. Par conséquent, il est tenu pour acquis que les MC sont du ressort de la morphologie puisque cette discipline s'occupe des mots. Ce raisonnement syllogique est tenu par nul autre qu'A.Martinee, qui base son argumentation sur l'identité de comportement entre les MC et les mots simples pour établir le postulat que ce sont deux obj ets de même nature grammaticale, c'est -à-dire de nature morphologique. L'identité en question est démontrée grâce au test de la commutation: là où se trouve un mot simple dans la phrase on peut y substituer un MC de même catégorie grammaticale. Mais le mot est une créature de l'usage et non de la science. C'est dire du même souffle que nous évinçons l'argument du célèbre linguiste. Son argument est trop simpliste en effet pour faire face à la complexité d'une grammaire moderne

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organisée en composantes. En outre il est fallacieux. Que tous les MC se comportent apparemment comme des mots simples n'implique aucunement qu'ils sont morphologiquement construits et ce, d'autant plus qu'il existe plein de mots qui ne sont pas construits. Si par « même comportement» on entend une identité de distribution entre deux objets, il faut bien admettre qu'il n'y pas de relation implicative entre une position commune dans une suite quelconque et la structure interne individuelle des objets commutables. La substitution révèle tout au plus l'apparence d'un comportement distributionnel que partagent deux objets. Mais un trait de comportement n'est pas une preuve décisive de la nature des objets comparés. Pour faire image, cela reviendrait à soutenir que le fait de se nourrir en broutant le feuillage des arbres est ce qui explique la morphologie d'une girafe. Brouter, dans le monde animal, n'est pas un comportement qui détermine la morphologie d'un long cou chez les ruminants sinon toutes les vaches du monde ressembleraient aux girafes. On sait depuis Darwin que la morphologie si étrange de cette espèce d'ongulés est, à l'instar de la bipédie, le résultat d'une adaptation fortuite à la hauteur du feuillage dans l'environnement semi-désertique dans lequel vit une girafe. En tout état de cause, qu'un MC se comporte comme un mot simple, ce qu'on ne nie pas, ne saurait faire passer pour négligeable l'autre fait d'apparence que constitue la forme structurale quasi-syntagmatique des MC. Pas plus qu'une vache n'est construite comme une girafe emmanchée d'un long cou, un MC n'est construit comme un mot simple affixé de tous ses morphèmes. 1.4 LE 'DICTÈME' POLYLEXÉMIQUE L'OBJET DELA COMPOSITION EST En adoptant la prémisse empirique qui consiste à subsumer provisoirement la notion de mot par celle, largement répandue, d'entrée lexicale, on rend caducs du même coup les clichés tels que 'mots composés', 'locutions verbales' voire, expressions 'figées', 'idiomatiques', etc.. Le mot est une entrée lexicale mais l'inverse n'est pas vrai.8 En extension, l'entrée lexicale "ratisse" plus largement le terrain de la grammaire que ne le fait le mot dans celui du dictionnaire d'usage. En intension, cette dénomination consacre la nécessaire rupture avec le sens technique, mais toujours procédural, qu'elle a en lexicographie, en dictionnairique et même en typologie. Cette dénomination scientifique usuelle permettrait donc de cibler un obj et débarrassé de l'idée préconçue que c'est le mot qui est au centre de la composition lexicale. 1.4.1 L'entrée lexicale: généralités Se débarrasser de la notion de mot dans l'étude du processus de la composition lexicale entraîne que l'on convienne de certaines choses, à savoir : 1) Que l'entrée lexicale d'une Grammaire générale est un observable dont la représentation symbolique par le linguiste ne doit pas présumer d'une forme grammaticale unique, contrairement aumot, dont le caractère phonographique hypothèque inévitablement la forme grammaticale; 2) Que le caractère observable de l'entrée lexicale en fait un objet mental absolument régi par la mémoire de I'Homme grammatical. Mais ce serait une grave erreur que de subordonner la mémoire à l'apprentissage explicite, tel l'apprentissage scolaire ou maternel.9 Le langage fournit justement la preuve que la mémoire humaine enregistre implicitement, et en nombre astronomique, tant des signifiants que des signifiés qui ne sont jamais enseignés. Aussi l'entrée lexicale de la Gg rejoint-elle la définition du « mème» du psycholinguiste Le Ny (1979). 3) Que l'entrée lexicale de la Grammaire générale n'est pas en soi un objet de système automate mais un objet ontologique de la cognition humaine. Elle

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n'est donc pas obligatoirement tributaire de la conception essentiellement lexicographiquefût-elle intégralement componentielle et donc computable dont la grammaire générative a héritée lors de ses débuts transformationnistes, sans d'ailleurs jamais la remettre en cause. 4) Que l'entrée lexicale pose un sérieux problème théorique de description formelle du seul fait des propriétés associatives inhérentes aux champs sémantiques et aux réseaux lexicaux. Il s'ensuit qu'une spécification purement énumérative et sommative en termes de traits binaires formant un « symbole complexe », comme celle qui prévaut en grammaire générative (voir la note 7 plus bas), s'avère aussi grossière qu'inadaptée à la nature associative (ou distribuée) et mnésique de cet objet grammatical. On se rend bien compte que l'option de l'entrée lexicale que nous adoptons s'écarte ainsi résolument de l'option du figement adoptée par la plupart des linguistes qui ont travaillé sur les mots composés au cours des trois dernières décades en France, cf Chapitre I, section 2.2. Parfaitement légitime dans le cadre d'une linguistique orientée vers le traitement automatique des langues naturelles, l'option du figement n'en demeure pas moins le fondement d'une méthode dont la prémisse implicite est que cette propriété relève de l'usage et non du système, ce qui est cohérent avec la notion de 'degrés de figement'. Il s'ensuit que le figement est une propriété de forme perçue comme une explication causale de la composition à un point tel que le "phénomène" du figement dans la pratique de la langue parvient à subsumer le processus de la composition dans le fonctionnement du système. Avec l'option de l'entrée lexicale au contraire, on inverse carrément le rapport en faisant dépendre les degrés de figement expérimentalement vérifiables de la variété des structures qui sont exploitées par la composition conçue comme un processus inhérent au système. Le fait décisif qui supporte ce changement de perspective est que le figement n'est pas que lexical. Il existe un "figement compositionnel" dépendant de la structure, cf Chapitre V, section 2.2.3, de la même façon qu'il existe une composition non-lexicale dépendante de la structure. Le critère de l'entrée lexicale départage donc adéquatement tous les objets construits, ce que ne fait pas le critère du figement. En outre, la notion dominante de figement, bien qu'elle incorpore celle de degrés ou de continuum, n'en exclut pas moins radicalement la notion de discontinuité, ce qui est paradoxal. En revanche, la notion d'intégrité lexicale discontinue, que fait sienne la Gg, permet de résoudre les difficultés inhérentes au figement tout en accédant à une meilleure adéquation descriptive et explicative du seul fait qu'elle inclut tous les objets de composition, principalement les noms composés et les locutions verbales. 1.4.2 Lexique et mémoire Du seul fait de cibler l'objet de la composition lexicale en fonction d'un objet scientifique et non d'un objet de culture scolaire,lo on valide du même coup un certain nombre d'énoncés propres à la théorie linguistique qui sous-tend justement la Gg. Il nous incombe alors, dans cette Introduction, de rendre explicite la problématique qui découle de cette axiomatique, tout en tâchant d'éviter au lecteur d'avoir à supporter l'odieux de l'autorité préalable du« dispositif» (Milner). Aussi se défaire de la notion de mot pour lui substituer celle d'entrée lexicale est-il un geste préventif lourd d'implications. La notion d'entrée lexicale a l'avantage, en effet, d'unifier le phénomène de la composition à la fois sur le plan théorique et sur le plan descriptif. Sur le plan théorique, elle implémente la lexicalité en la partageant entre la composante de la SSL la composante du Dictionnaire. Sur le plan descriptif, la et notion d'entrée lexicale élimine l'obstacle de la disparité des objets de nature

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nominale et de nature verbale générés par 'composition', laquelle se défmit alors comme un processus global de mise en forme des noms composés et des locutions verbales. Ainsi disparaît une notoire dichotomie inscrite dans l'histoire de la grammaIre. 1.4.2.1 Intérioriser ou apprendre? La division du travail lexical effectué par la Gg entre la SSL le Dictionnaire et découle d'une autre mesure préventive à l'égard du' lexique' , une notion linguistique devenu tellement accommodante de nos jours qu'elle en devient volontiers contradictoire, cf DLSL, p. 283. En effet, on convient en grammaire générative de ce que le lexique est cette composante de base qui renferme toutes les entrées lexicales d'une langue particulière. Lexique et dictionnaire sont des mots souvent pris l'un pour l'autre. Rappelons que pour Chomsky, 1995, p. 20, le "I-Language" n'a que deux composantes fondamentales: un système de "computation" et le lexique. En ce qui a trait au premier, nous préférons employer désormais le terme de 'combinatoire' dans un sens équivalent à celui de Chomsky. En ce qui a trait au second, le Maître de Cambridge le définit comme (notre traduction) « un entrepôt contenant toutes les propriétés (idiosyncrasiques) des items lexicaux particuliers. », cf Ibid., p. 30. Mais une notoire confusion quant à l'architecture de l'ensemble a fmi par occulter son rôle premier vis-à-vis de l'esprit langagier, à savoir que cette composante est le siège de la mémoire langagière, celle-ci s'opposant absolument aux modules chargés soit de la syntaxe des objets construits, soit de leur interprétation sémantique et phono logique au moyen de règles, de principes et de paramètres. Il importe de réaffirmer que c'est le caractère idiosyncrasique des objets du lexique qui justifie le fondement nmésique de cette composante fondamentale de tout système linguistique. Ainsi, la mémoire langagière conditionne la composante du langage qui puise sa "matière première", i.e. les "mots", dans l'apprentissage et l'expérience linguistiques, tandis que le système de computation puise la sienne dans les dispositions présumément "innées" de l'esprit ou de l'intellect, celles-ci étant arbitrairement investies de cette universalité propre à la faculté de langage. Bref, "La règle ou la mémoire? ", telle serait la formule qui récapitule le mieux le choix indissociable des ressources de son intellect auquel est confronté l'Homme grammatical lorsqu'il profère la parole. Or la théorie et les modèles linguistiques ont du mal à assumer cette modularité avec cohérence puisque nombreux sont les linguistes qui conçoivent le lexique non pas comme une base de données contenant des unités apprises, mémorisées et codées d'une certaine façon, mais plutôt comme une composante active, proprement générative, cf Pustejovsky (1996), Beard (1995), et donc intériorisée, incorporant pèle-mêle comme on le verra au Chapitre I, des règles de construction morphologiques, des principes d'interprétation lexicale, des règles de redondance, etc., cf Spencer, 1991, p. 47-49. Chomsky lui-même a toujours maintenu une distinction entre les processus flexionnels et les processus dérivationnels, faisant relever les premiers du système de computation et les seconds, du lexique, cf Ibid., p. 20. Il apparaît clairement que la notion de "I-Language" (pour« Internalized Language») se retrouve en porte-à- faux vis-à-vis de la mémoire inscrite dans l'intellect dans la mesure où la computation grammaticale investit la mémoire lexicale de "règles". Dans l'étroite collaboration qui met aux prises la computation par les règles et l'acquisition par la mémoire, le terme "intériorisé" prête alors à confusion. Si, comme Chomsky le précise à plusieurs reprises, il convient de référer au I-Language de sorte que « I is to suggest "internal," "individual," and "intensional." », cf Ibid., p. 15, alors le vocable "intériorisé" exclut l'apprentissage en tant que processus cérébral de mise en mémoire des

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propriétés lexicales. L'apprentissage en tant que tel exclut la règle puisqu'une règle est faite justement pour éviter l'intervention de la mémoire dans l'acquisition, comme le prouvent les divers phénomènes de surgénéralisation que font les jeunes apprenants. Aussi le rôle modulaire de la computation grammaticale doit-il être appréhendé en fonction de sa fmalité langagière, à savoir de se substituer à la mémoire langagière, voire de la "court-circuiter", en quelque sorte. En outre, qui dit mémoire, dit 'récupération', comme la psychologie l'a établi. Récupérer n'est pas calculer. Or aucun sujet parlant ne récupère quelque règle que ce soit, qu'il s'agisse de morphologie ou de syntaxe. Par conséquent, mettre des règles dans le lexique est un non-sens aussi patent que mettre de la computation dans la mémoire. Doit-on prédire ce dont on va se rappeler? Autant la "règle de grammaire" est-elle une expression naturelle pour les scientifiques, autant celle de "règle de mémoire" apparaîtrait aberrante. Si tel était le cas, la mémoire permettrait de prédire le souvenir autant que l'oubli. Toujours est-il que le vocable "intérioriser" ne saurait se confondre avec celui de "mémoriser", ni même avec celui d' "apprendre", que ce soit consciemment ou non. "Intérioriser" veut dire "intellecter" (naturaliser dans l'intellect sous forme de règles) les régularités (et non les idiosyncrasies) du percept langagier, et donc de la mémoire lexicale, en déduisant ou en extrayant les ropriétés de forme (phoniques et distributionnelles) et d'interprétation (sémantiques et pragmatiques) que les divers objets de la mémoire langagière ont en partage. Ce sont ces régularités qui servent alors d"'input" au système d'intellectualisation que l'on désigne par le terme de 'computation' syntaxique ou morphologique, tandis que ce sont les objets de mémoire qui servent d"'input" au lexique parce qu'ils en déterminent son architecture, quoique cette terminologie propre à la cybernétique soit loin de traduire l'adéquation du modèle eu égard au caractère 'synchrone' du fonctionnement de la Gg. Dans le modèle que l'on préconise, le Dictionnaire est dépendant de la mémoire en raison de la consistance phonétique des objets lexicaux, tandis que la mémoire langagière est elle-même dépendante de la Sémantique du Signifié Lexical (SSL), l'autre composante interprétative de la Gg chargée d'assigner aux configurations structurales admissibles la signification appropriée d'une entrée lexicale, peu importe qu'elle soit morphémique, monolexémique ou polylexémique. En termes savants, on dira que le Dictionnaire et la SSL occupent l'essentiel de l'espace cérébral que nous appelons le 'logotope'(du grec .26yoç "mot, parole, discours" et z-onoç"lieu") de l'Homme grammatical. Ce logotope est le siège de la lexicalité, c'est-à-dire ce lieu distribué de l'esprit langagier parmi les diverses mémoires du cerveau où s'opèrent les connexions entre les divers objets de mémoire et l'information catégorique contenue dans la structure syntaxique d'un énoncé. 1.4.2.2 Le Dictionnaire est irréductible à la règle En pratique, il est contradictoire de concevoir le lexique d'une grammaire générative comme une composante pourvue de règles, que ce soit en tout ou en partie. Soulignons à cet égard la méprise fondamentale de Jackendoff (1975) et surtout d' Aronoff(1976) et de ses émules. En effet, ce dernier auteur reconnaît très explicitement le caractère entièrement compositionnel du sens des mots construits par les WFR (Word Formation Rules = Règles de construction des Mots), lequel est dépendant du caractère régulier des règles dérivationnelles. Mais il appert que la combinatoire morphologique n'a pas la même importance, ou la même signification cognitive, que la combinatoire syntaxique vis-à-vis de la compétence linguistique, puisque celles-ci sont nécessaires à la dérivation des phrases, contrairement à celleslà. C'est la raison pour laquelle les WFR seraient « emmagasinées dans le dictionnaire »:

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« The rules of word formation are rules for generating words which may be stored in the dictionary of a language. The rules are a part of the grammar of that language. I assume that these rules are completely separate ITom the syntactic and phonological rules of the grammar. »

Ibid., p. 22 Il prend la peine de préciser que:
« A basic assumption we will be making is that WFRs are rules ofthe lexicon, and as such, operate totally within the lexicon. »

Ibid., p. 46 Mais il y a méprise, croyons-nous, parce que ce qui est régulier en grammaire est antinomique avec ce qui irrégulier en langue. Si l'organisation générale de la grammaire est telle que c'est au lexique (ou au Dictionnaire) qu'est dévolue la tâche d'enregistrer, i.e. mémoriser et coder, les signes linguistiques, alors il est théoriquement inconsistant d'assigner en même temps au lexique (ou au Dictionnaire) la tâche de "computer", i.e. générer, le même matériel au moyen de règles ou d'opérations chargées d'en élaborer la structure. L'hypothèse d'Aronoff est établie sur un syllogisme défaillant qui rappelle celui de Martinet à propos de la commutation. Son raisonnement s'articule ainsi: 1) Le lexique contient tous les mots d'une langue; 2) Or les mots construits le sont par des règles qui n'appartiennent ni à la syntaxe, ni à la phonologie; 3) Donc le lexique contient toutes les règles qui construisent les mots. Bref, la morphologie appartient au lexique parce que ses règles génèrent des mots et non des phrases. La faiblesse de cette argumentation apparaît avec évidence dans la mesure où la règle d'une part, et le produit de la règle d'autre part, ne sont pas des objets scientifiques assimilables l'un à l'autre. La règle est une "opération mentale" inobservable, tandis que le mot construit est une forme observable. Rien ne permet de postuler que la composante grammaticale qui régit les irrégularités de l'observable doive aussi régir les régularités de l'inobservable. Le Dictionnaire (ou le lexique) n'est pas un Hydre à la fois lexical et compositionnel. La dualité combinatoire-mémoire qui détermine le fonctionnement du langage peut se comparer au couple conducteur-mécanique d'une voiture eu égard à la locomotion. Si ingénieuse soit la disposition de ses milliers de pièces, cette machine ne pourrajamais faire d'elle-même le trajet Montréal-Québec. Le potentiel de locomotion d'une voiture ne vaut que par l'automobiliste qui la conduit, une métaphore qui aide à faire comprendre que le lexique n'a pas le pouvoir d'agencer de lui-même les morphèmes en mots et les lexèmes en phrases. En conclusion, nous ne pouvons pas avaliser cet aspect particulier du modèle de la « Ward Based Marphalgy » élaboré par ce réputé morphologue, bien que nous soyons enclin à entériner plusieurs de ses propositions relatives au format des règles morphologiques et aux conditions de leur application. C'est pourquoi nous disons que le Dictionnaire de la Gg est irréductible à la règle parce que ce Dictionnaire se défmit justement par tout ce qui n'est pas une règle dans le système d'une langue. Ce dualisme épistémologique est ainsi à même de trancher le débat suscité par la question de S. R. Anderson (1982)« Where's Morphology?» en titre d'un article auquel ont répondu J. T. Jensen et M. Stong-Jensen (1984) par un autre article intitulé « Morphology is in the Lexicon! ». Une telle réponse est conceptuellement inadéquate pour qui estime que la combinatoire, rut-elle celle de la morphologie, ne peut en aucun cas résider dans la mémoire.

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1.4.2.3 L'interprétation des formes lexicales Le vocabulaire de chaque locuteur s'assimile à une base de données particulière et extensible, tant en qualité qu'en quantité, alors que les formes abstraites qui structurent ces mêmes données sont communes à tous les locuteurs. De plus, elles sont inextensibles dans la mesure où les règles qui les génèrent sont en nombre fini, et qu'elle ne souffient d'aucune altération qualitative: un locuteur n'a pas le pouvoir de modifier les règles d'affixation, alors qu'il le pouvoir de modifier la signification des mots qu'il utilise, nonobstant l'échec ou la réussite de la légitimation sociale de sa trouvaille. Par conséquent, on doit mettre fortement en doute l'adéquation explicative des propositions d' Aronoff de faire coexister dans la même composante grammaticale tout ce qui relève de l'idiosyncrasie sémantique et formelle des mots, les irrégularités pour ainsi dire, avec tout ce qui relève de leur structure interne prévisible, c'est-à-dire les régularités de forme et de sens compositionnel intériorisées dans la compétence linguistique de la même manière par tous les locuteurs à partir des mots de leur langue, car on ne voit pas en quoi ils intérioriseraient les régularités structurales des mots différemment des régularités structurales qui sont sous-jacentes aux phrases de leur langue. La règle appartient au potentiel génératif du système, et tout ce qui y échappe appartient au potentiel mnésique de l'esprit langagier. Cela s'applique aussi bien à la dérivation qu'à la flexion. Or, en quoi les règles de construction des mots, nommément les "règles" dérivationnelles, seraient-elles différemment évaluées des règles flexionnelles par la grammaire intériorisée? Quel locuteur mémorise la règle de suffixation en -able? Pourquoi devrait-on qualifier d' idiosyncrasique la sufftxation de l'adj ectif juste par le sufftxe dérivationnel -ment dans la génération de l'adverbe justement, mais qualifier de computationnelle la sufftxation du verbe partir par le sufftxe flexionnel -ans dans la génération du futur partirons? Il n'y a pas moins de régularité dans la sufftxation par une règle de dérivation que dans la suffixation par une règle de flexion. Dans les deux cas, l'esprit langagier intériorise ce qui est pertinent à la Gg en fonction des informations disponibles en provenance du percept. Ni la syntaxe ni la morphologie ne s'apprennent parce que les règles de ces deux modules ne sont en rien redevables à la mémoire, nonobstant le fait que les objets morphologiques sont des objets de mémoire par définition. L'Homme grammatical apprend les mots, mais il intériorise les règles. Si la morphologie est un processus à règles - ce qui est le cas, sans nul doute - alors la morphologie appartient à la combinatoire grammaticale et non à la mémoire langagière. Si le lexique comporte des principes d'interprétation des entrées lexicales différents de ceux qui accomplissent l'interprétation des structures dérivées (phrases) en Forme Logique, alors il est raisonnable de poser objectivement que le module de la SSL distinct du module de la Forme Logique puisque les deux ne "travaillent" est pas sur les mêmes objets linguistiques. D'un point de vue épistémologique, il n'est pas dénué de sens de penser que le réalisme de la Gg lui confère une meilleure adéquation explicative que l'idéalisme de GU, parce qu'un Dictionnaire ancré dans la mémoire humaine fournit un meilleur éclairage de l'Homme grammatical que ne le fait une conception du lexique héritée, somme toute, d'une tradition lexicographique cinq fois centenaire en Occident. 1.4.3 Le 'dictème' en tant qu'objet-fil de la mémoire Toutefois, l'entrée lexicale du paradigme chomskyen s'avère être un objet dont la défmition paraîtra fort insatisfaisante pour qui estime que l'Homme grammatical est avant tout doué d'un JUGEMENTDE LEXICALITÉ, cf Chapitre II, 95, dont il est légitime de revendiquer qu'il lui soit accordé le même poids théorique qu'au fameux JUGEMENTDEGRAMMATICALITÉ toute l'épistémologie de la grammaire qui fonde

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générative. Rappelons cette définition hautement technique que donne Chomsky, 1965, p. 84, de l'objet en questionY
« (oo.)Le lexique est un ensemble d'entrées lexicales, chaque entrée lexicale étant une paire (D, C), où D est une matrice de traits distinctifs phonologiques qui "épelle" un certain formant lexical, et C une collection de traits syntaxiques spécifiés (un symbole complexe). »

Il apparaît évident qu'une défmition aussi peu représentative de la nature nmésique de l'entrée lexicale s'avère totalement désincarnée vis-à-vis de la compétence linguistique conçue comme une représentation volontairement abstraite d'une faculté humaine parfaitement cérébrale. Mais procéder à l'abstraction de la faculté de langage ne saurait libérer le linguiste de l'obligation de naturaliser son modèle en fonction de la nature nmésique des objets grâce auxquels l'esprit langagier est un observable de la science.12Défmir un tel observable en fonction des facilités que procure la simplicité toute markovienne de l'insertion lexicale dans un modèle proprement dérivatif de l'esprit langagier constitue une erreur épistémologique qui n'a rien d'anodin. En fait, comme nous le mentionnons à plusieurs reprises dans cet ouvrage, l'entré lexicale a toujours été conçue en grammaire générative comme un objet devant fournir une solution procédurale au problème de l'interface qui relie le lexique et la structure syntaxique au moyen de l'insertion lexicale, subséquemment de la projection, opérations techniques de substitution requises par la conception computo-dérivationnelle de la relation sonsens en matière de langage. Bien que fort respectable, celle-ci n'en dissimule pas moins des idées préconçues. Hérité de la lexicographie utilitaire, l"entrée' est ce terme qui charrie l'idée d'une certaine directionnalité de l'architecture grammaticale. L'entrée lexicale est perçue comme un point de départ, un état initial qui annonce des états subséquents. Bref, ce terme technique fait naturellement la part belle à l'approche dérivationnelle, c'est-à-dire à la projection en fm de compte, parce qu'il évoque la boîte noire cognitive du couple entrée/sortie de la cybernétique. Il s'avère donc préférable, là encore, de se départir d'une telle étiquette pour en revenir à l'essentiel de la notion qu'elle représente en grammaire, à savoir que l'objet mental sur lequel s'exerce le jugement de lexicalité de l'Homme grammatical est un objet de mémoire, plus précisément un objet-bI du cerveau. Aussi proposons-nous de désigner par le néologisme de DICTÈME l'objet grammatical qui lui correspond dans la Gg. En voici la défmition: DICTÈME: DÉFINITION Le dictème est cet objet de la Grammaire générale dont la représentation mentale est mémorisée et codée dans le Dictionnaire selon une triple consistance, à savoir: 1) un signifiant phonétique (voire phonographique) stable bien que "plastique"; 2) un signifiant symbolique défini par son domaine ontologique et muni de propriétés formelles (traits) telles, entre autres, sa valence et sa trame actancielle; 3) un signifié sommaire (stéréotypique ou prototypique) caractérisé par un ensemble de sèmes distribués, que l'esprit individue sous forme d'un contenu sémantique, soit ouvert soit fermé.

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Commentons. D'abord, de manière générale, nous estimons qu'une théorie linguistique qui revendique la nature mnésique de la faculté de langage en lui dédiant un module important de son modèle, le lexique, mais qui récuse en même temps l'idée que la réalité proprement biologique de la mémoire puisse façonner certaines propriétés formelles de ce modèle, est une théorie en porte-à-faux vis-à-vis de sa crédibilité scientifique. Le linguiste qui développe une telle théorie est comme un météorologue qui prédirait le temps uniquement en observant la forme des nuages ou la direction du vent, sans se soucier de la température et de la pression atmosphérique. Pour notre part, nous considérons que la mémoire façonne les propriétés formelles des dictèmes d'une manière beaucoup plus réaliste que ne le fait la grammaire générative depuis cinquante ans avec sa conception purement computationnelle de l'entrée lexicale. Ensuite, du seul fait de sa matérialité phonétique, le dictème est l'objet mnésique de la grammaire qui se réalise dans chaque langue de manière spécifique. Toutes les instances qui répondent à la définition de cet objet grammatical sont donc naturalisées dans le cerveau grâce à leur consistance sonore, celle-ci assurant l'essentiel de leur récupération mnésique dans la production et la compréhension de la parole.13 On en connaît assez de nos jours sur la mémoire humaine, cf Chapouthier (1988, 1994, 2006) ; Delacour (1987, 1989) ; Ehrlich (1994) ; Kekenbosch (2005) ; Le Ny (2005), Lieury (2005), Nicolas (1993), Petit (2006) ; Tiberghien (1999), pour que le linguiste soit désormais en mesure de concevoir un modèle de grammaire qui tienne compte du fait que les dictèmes sont des formes sonores couplées à des informations syntaxiques et sémantiques et donc comprises, puis apprises, codées, inscrites et récupérées dans une mémoire appropriée de l'intellect, pour être fmalement catégorisées dans la compétence linguistique sous forme d'un symbole grammatical en fonction de leur saillance distributionnelle, c'est-à-dire leur emploi syntaxique le plus fréquent ou le plus conventionnel. Les informations dont le dictème est porteur sont des "connaissances" dont le signifié peut parfois se résumer à un seul sème par commodité, surtout lorsqu'il est de type paradigmatique (fermée), V.g. masculin/féminin, singulier/pluriel, personne/locuteur, etc., mais sauf exception, il comprend plusieurs sèmes. On assume ici que c'est l'opération mentale d'INDIVIDUATION - nous y reviendrons - d'une colonie de sèmes qui engendre la notoire "unité lexicale" du mot, et de celle du dictème, en instaurant une sorte de mise en réseau stable et récurrente de plusieurs sèmes. Le nombre et la variété des sèmes sont bien sûr infmis. Mais le savoir grammatical acquis depuis plusieurs millénaires d'observations permet de les distinguer selon qu'ils véhiculent un sémantisme soit ouvert soit fermé, comme dans n'importe quel système de la nature.14 Un sémantisme ouvert s'exerce à l'intérieur d'un système d'oppositions entre acceptions variables, ce qui débouche sur les phénomènes bien connus de la synonymie, de l'antonymie, de l'hyponymie, de l'hyperonymie, etc.. Le sémantisme ouvert caractérise le signifié d'acceptions, lequel est intégralement lié à l'apprentissage de la réalité consciente éprouvée par chaque individu. Un sémantisme fermé s'exerce au contraire à l'intérieur d'un système d'oppositions entre valeurs fixes, par exemple les valeurs pronominales, temporelles, déictiques, fmies, etc.. Le sémantisme fermé caractérise le signifié articulé dans chaque système, signifié que le sujet parlant intériorise par apprentissage de la réalité même de son système linguistique. Ainsi défmi, le dictème devient alors l'objet privilégié de la LEXICALITÉ, un concept grammatical que nous nous proposons d'approfondir par opposition à celui de COMPOSmONNALITÉ.entendu, Bien la lexicalité inclut l'IDIOMATICITÉ puisque celle-ci n'est rien d'autre que la lexicalité dépendante de la structure syntaxique.1s La "dialectique" lexicalité-

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compositionnalité va ams! nous servir de leit-motiv. Le dictème est alors ce néologisme terminologique qui conclut notre critique du concept de mot. 1.4.4 Le Dictionnaire, siège mental des dictèmes Marquée par une sensibilité évidente en faveur du mental au dépens du digital, la notion de dictème devrait permettre de s'avancer avec suffisamment d'assurance sur le terrain de la description grammaticale du processus de la composition lexicale. Mais auparavant elle invite à ajuster en conséquence notre défmition du Dictionnaire, considéré ici comme une composante cardinale de la Gg. Il s'agit de bien marquer la rupture avec la notion tous azimuts de lexique telle que malmenée depuis tant d'années par la grammaire générative au point d'être un fourre-tout aussi idéalisé que le locuteur-auditeur. Le Dictionnaire est donc plutôt ce lieu de l'intellect qui permet d'établir une relation constante et intime entre les dictèmes de la grammaire d'une part, et la mémoire langagière d'autre part. Les dictèmes de la grammaire constituent bien sûr une peuplade d'objets de mémoire beaucoup plus importante que les mots d'une langue. Non seulement la panoplie de ces objets-% occupe un espace cérébral fortement conditionné par leur consistance sonore, voire phonographique, mais aussi s'attend-on à ce qu'ils soient représentés dans l'intellect sous diverses formes symboliques dans la mesure où les dictèmes peuvent être construits ou non, autonomes ou liés, ou encore diversement lexifiés ou figés en fonction d'une lexicalité soit "compacte" soit "discontinue". Cet espace cérébral est une sorte de "siège mental" (par analogie à "siège social") d'une activité lexicale qu'il convient de modéliser adéquatement dans le Dictionnaire de la Gg. Nous conclurons ce bref aperçu en donnant la défmition suivante du Dictionnaire de la Gg:
DICTIONNAIRE: DÉFINITION Le Dictionnaire de la Grammaire générale (Gg) est cette composante grammaticale régie par la mémoire langagière qui contient tous les dictèmes susceptibles de pouvoir interpréter une catégorie syntaxique ou morphologique au moyen de principes dépendants de la Sémantique du Signifié Lexical (SSL).

Assurément, le lecteur attentif sourcillera à l'énoncé qu'un dictème "interprète" une catégorie syntaxique ou morphologique grâce à l'intervention d'un module de sémantique lexicale. Ce vocable est inhabituel en matière de lexique. Pourtant voilà bien où nous voulons en venir, en fm de compte. Pour bien saisir ce que veut dire "interpréter" dans cette défmition, il convient de garder à l'esprit que le dictème est un objet subsymbolique de l'intellect en raison de sa consistance sonore et de sa nature mnésique. La grammaire intériorisée, elle, manipule des symboles catégoriques élémentaires et complexes ainsi que des représentations structurales parfaitement abstraites parce qu'indépendantes du percept, qu'il s'agisse de symboles et de représentations syntaxiques ou morphologiques. Mais c'est l'interprétation lexicale qui accomplit la jonction entre ces deux univers mentaux. Ce mode d'interprétation sémantique se manifeste constamment dans le jugement de lexicalité de l'Homme grammatical. Ainsi, dans la Gg, 'interpréter' s'oppose à 'projeter', ou si l'on préfère, l'interprétation n'est pas la projection. La première relève d'une véritable opération cognitive exercée par l'esprit langagier sur des représentations grammaticales, mais la seconde relève davantage d'une convenance que le linguiste associe arbitrairement à une classe d'objets, les items lexicaux qui proj ettent leur" structure". D'ailleurs, la grammaire générative n'a jamais fourni de définition substantielle de la notion de projection. Elle n'en a fourni qu'une directive

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opérationnelle. Elle spécifie le comment, mais ne dit rien sur le quoi. Telle n'est pas la moindre indigence de GU. Toujours est-il que la prise en compte de la SSL la par Gg dans son rôle décisif de composante médiatrice entre la mémoire et les objets catégoriques de la combinatoire syntaxique confère à l'interprétation des représentations grammaticales un rôle de premier plan. Là n'est pas le moindre attrait de la composition lexicale pour qui veut comprendre pourquoi les mêmes mots ne veulent pas toujours dire les mêmes choses selon leur contexte. 1.4.5 Le dictème polylexémique (DPL) Ainsi muni d'une définition précise et opératoire de l'objet candidat à la composition, il suffit d'effectuer le recoupement avec les deux critères déjà mentionné émanant de notre intuition, i.e. forme générale d'un binôme et mot existant, pour se forger un instrument d'investigation apte à identifier correctement les objets qui relèvent du processus de la composition lexicale. On propose ce qui suit: LE DICTÈMEPOLYLEXÉMIQUE: DÉFINITION Le Dictème f..olyf:..exémique (désormais en abrégé, un DPL),est l'objet de mémoire enregistré dans le Dictionnaire de l'Homme grammatical qui se conforme aux deux conditions suivantes: 1. Il est obligatoirement construit avec des lexèmes existants; 2. Sa structure interne est minimalement bilexémique (ou
binômiale).

Il s'ensuit que la composition lexicale se défmit à son tour comme le processus macro-linguistique chargé de pourvoir le système linguistique en DPL. Quant au choix terrninologique qui nous fait préférer 'polylexémique' à 'polylexical' et "polylexématique", d'un emploi apparemment plus répandu, notamment dans Fradin (2003), il s'avère plus précis et plus apte à caractériser l'aspect formel des MC. A bien y penser, 'polylexical' n'est pas un terme apte à caractériser une forme contenant plusieurs mots, et n'est guère sémantiquement distinct de 'polysémique', d'où une confusion regrettable, et 'polylexématique' ne dit rien de plus que 'polylexémique'. On se garde bien par ailleurs d'intégrer dans cette défmition le critère de la nature syntaxique de cet objet construit puisque tel est justement l'enjeu

principal de ce travail. Que la structure interne des DPLsoit un produit de la syntaxe
et non de la morphologie, cela ne saurait être raisonnablement considéré comme un résultat anodin vis-à-vis du problème fondamental du lien qui unit le sens et la forme linguistiques dans la mesure où cela signifie que la combinatoire accomplie par les règles syntaxiques concerne directement la mémoire dédiée au lexique, une hypothèse sur la cognition langagière qu'il est impossible de considérer dans le cadre actuel de la grammaire générative. 1.5 A PROPOSDELA SPÉCIFICITÉDEL'ESPRIT LANGAGIER Une défmition en amenant une autre, on ne saurait éviter de répondre dès maintenant à la question de savoir ce que nous entendons au juste par cet "esprit langagier" de 1'Homme grammatical auquel nous avons fait allusion dans le Prologue de ce livre. A l'évidence, le recours à ce vocable manifeste un désir de tenir ses distances avec la notion chomskyenne de« I-Language» ('Internalized Language') et celle, devenue déjà désuète malgré sa grande fortune, de « compétence linguistique». Il est légitime de mettre en doute cette dichotomie artificielle - peutêtre commode sur le plan méthodologique mais assurément inadéquate sur le plan conceptuel - selon laquelle serait interne au système linguistique inné tout ce qui

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relève de la computation d'une forme construite, c'est-à-dire de la règle générative, tandis que tout ce qui relève de l'interprétation phonétique ou sémantique de cette forme relèverait des systèmes externes ou périphériques directement régis par les percepts, c'est-à-dire le« E-Language ».16Le caractère 'intériorisé' et 'paramétré' du présumé organe mental du langage justifierait donc à lui seul la mise en place d'un dispositif théorique dans lequel la représentation de l'esprit langagier serait d'autant plus spécifique qu'elle est entièrement désincarnée par rapport au cerveau, autrement dit, idéalisée au point d'être entièrement dénaturalisée. Nous sommes d'avis, au contraire, que les propriétés formelles de l'esprit langagier sont organiquement dépendantes du cérébral dans la mesure où la mémoire humaine est le siège organique du Dictionnaire. Suspecte est donc à nos yeux une théorie de la cognition langagière qui, à l'instar de la GU, érige toute son épistémologie sur le déni arbitraire d'une réalité mnésique de la « computation» grammaticale. 1.5.1 L'esprit n'est pas indépendant de la mémoire Outre le sens qui amalgame le grammatical et l'extra-linguistique, telle référentiel, en un tout inextricable, il est aussi la mémoire, laquelle individue ses divers obJets d'une manière qui, à l'évidence, n'est ni spécifique, ni exclusive au langage.l Or les objets de mémoire de l'esprit langagier qui sont contenus dans ce module de l'intellect qu'on appelle communément le lexique ne peuvent être, au mieux, que des empreintes duI-Language dans la mesure où ils ne font que "réagir" à son emprise sur la mémoire. Autrement dit, l'esprit langagier se déploie dans la mémoire humaine en y laissant l'empreinte des diverses propriétés grammaticales de ses objets propres. Comment une telle spécificité pourrait-elle ne pas être affectée par une variable aussi cérébrale ou organique que la mémoire? La grammaire générative répond à cette question en déclarant que la spécificité du I-Language attribuable à la computation s'inscrit ou se reflète en dose infime dans chaque objet lexical. En effet, le lexique, qui est pourtant le socle du langage ancré dans la réalité mnésique de l'être humain, n'est digne d'intérêt qu'en autant que le matériel symbolique requis par la computation se répercute dans les objets soumis à ses opérations sous forme de divers traits "computables" tels ceux du 'Théorème des traits catégoriques', mais aussi les traits de sous-catégorisation et de sélection, les traits argumentaux et thématiques, voire même de richesse ou de pauvreté morphologique, etc.. Artificiellement dépourvues par le linguiste générativiste de toute consistance mnésique (subsymbolique) autre que conventionnelle, les entrées lexicales ne sont plus les empreintes du percept impliqué dans la cognition, mais deviennent au contraire des objets eux-mêmes doués de projection structurale, comme si cette mystérieuse énergie structurante inventée par le Maître de Ca~bridge devait tout à la computation mais rien à la puissance de la mémoire humaine. Etrange renversement de dynamique, où la projection individuelle de l'entrée lexicale propre à 1'" organe" de la faculté de langage subsume l'empreinte laissée par le percept dans l"'organe" de la mémoire! Que la computation soit l'antithèse de la mémoire, ce dont nous convenons, n'implique pas qu'elle l'exclue par le fait même, ce qui mérite d'être investigué. Aussi la conception chomskyenne de l' item lexical ne peut -elle faire autrement qu'admettre le caractère entièrement déterminé de cet objet computationnel considéré comme l'objet d'un "organe mental" et non plus comme l'objet d'un organe cérébral, comme si l'esprit langagier était indépendant de la mémoire à cause de la computation grammaticale. En effet, si le I-Language préformate le contenu des entrées lexicales grâce à la convergence de l'information requise par tous ses modules innés, alors on aboutit à la prémisse universelle que le vocabulaire probablement rudimentaire de l' Homo sapiens devait néanmoins

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contenir des objets de projection lexicale entièrement structurés en termes de catégorie grammaticale, de traits syntaxiques, de traits de sélection, de trame actancielle, de valence argumentale et autres informations pertinentes aux principes universels de la GU. Est-ce là une perspective raisonnable pour la théorie linguistique ? Avouons que cela exigerait beaucoup de bonne foi pour l'accepter, surtout si l'on est réceptif à la perspective phylogénétique préconisée par le paléoanthropologue Pascal Picq (2006) et le généticien Luigi Cavalli-Sforza (1996).18 Fût-il spécifiquement langagier, nous posons que l'esprit n'est pas théoriquement indépendant de la mémoire, et une théorie linguistique qui refuse d'incorporer dans son modèle l'étroite dépendance de ces deux insignes attributs de l'être humain au motif arbitraire que la mémoire appartient présumément à la seu1e interface de la grammaire et du percept n'est pas une théorie qui peut revendiquer l'immunité de son adéquation explicative. Il y a lieu d'envisager plutôt le pouvoir structurant des dictèmes comme une prégnance exercée par une parcelle (ou un état) de mémoire lorsque celle-ci est mise à contribution par la computation subsymbolique. Autrement dit, la computation syntaxique entraîne avec elle beaucoup plus que le grammatical uniquement spécifié par le linguiste. Un objet de mémoire est plus significatif en intension qu'un objet de grammaire récapitu1é dans son symbole. C'est pourquoi la computation des DPL être envisagée comme étant doit étroitement reliée à la mémoire, c'est-à-dire en fin de compte, au Dictionnaire. Non seulement l'incidence de la mémoire humaine a-t-elle son importance dans l'architecture du modèle de la Gg, mais aussi permet-elle de faire reposer la théorie linguistique sur la phylogénèse, et non sur l'ontogénèse du langage. En effet, la mémoire humaine compose avec le temps. Elle conditionne l'évolution de l'espèce. Elle peut donc modifier l'intellect de l' Homo loquens dans son fonctionnement bien davantage que dans son hérédité. La grammaire d'aujourd'hui est bien plus une adaptation fonctionnelle à l'évolution du contexte communicatif dans lequel l'être humain s'est progressivement retrouvé qu'une révélation progressive des propriétés de son ADN. ussi le rejet par la grammaire générative de l'idée que la mémoire A humaine soit partie prenante du I-Language autrement que par pure convention toute langue a un lexique - a-t-il pour conséquence d'exclure la phylogénèse comme explication possible de la forme et du fonctionnement de GU en raison du vide que laisse le matérialisme réducteur entre le bagage génétique de l'espèce et la performance linguistique du spécimen.19 La mémoire humaine représentée par le lexique n'est pas une interface de la cognition expulsée dans la périphérie des modules perceptuels de la grammaire. Nous allons défendre l'idée qu'elle est, au contraire, intimement liée à la computation, à tel point que celle-ci ne saurait s'en passer. C'est pourquoi nous mettons de l'avant la notion de connexion, en lieu et place de la notion chomskyenne de dérivation. L'avantage d'une approche du langage qui n'est ni innéiste ni behavioriste, c'est qu'elle ancre le couple espèceindividu dans l'évolution systémique, dans une perspective tant historique que physiologique. En termes plus contrastés, la phylogénèse langagière est basée sur l'idée générale de maturation neuro-biologique plutôt que sur celle de programmation génétique. 1.5.2 L'approche paramétrique et la théorie du chaos Outre la question relative à la nature de l'esprit langagier, il y a celle de sa forme. D'un côté, la GU revendique un noyau biologique soumis à la variété de ses paramètres, c'est-à-dire l'ensemble de ses valeurs indéterminées dans le génotype, mais rapidement surdéterminées par le phénotype. L'approche paramétrique a pour conséquence immédiate d'introduire l'ambiguïté dans la forme de l'état initial

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puisque, par défmition dans la GU, chaque paramètre n'est pas ftxé d'avance dans sa valeur défmitive. Tout paramètre devient donc indéterminé dans ce qui est censée être le programme inné de la faculté de langage. Comment l'ambiguïté peut-elle être compatible avec la computation? De son côté, la Grammaire Générale considère la variation paramétrisable entre langues naturelles comme s'inscrivant plutôt dans une théorie du chaos régissant l'évolution des systèmes en tant que tels. Le processus de la composition lexicale romane est un effet de système qui a son origine dans l'irrégularité de l'entropie dextroverse dans un univers des systèmes linguistiques habituellement régis par l'entropie sénestroverse. En s'inspirant de l'image épistémologique bien connue du papillon d'Edward Lorenz, il est parfaitement concevable de considérer un changement phonétique observé quelque part et à un moment quelconque d'un état de langue comme un quanta à effet stochastique, ayant une résonance, une instabilité qui se répercute à plus ou moins long terme et de manière irréversible sur la dynamique de cette langue, à l'instar du battement d'ailes erratique d'un papillon du Brésil qui est à l'origine, peut-on imaginer, de la tornade qui déferle sur le Texas. Ainsi, tout changement phonétique dans la 'flèche de la linéarité' articulatoire serait à l'origine d'un « point de bifurcation» générateur d'une extrême sensibilité grammaticale. Il s'ensuit qu'en matière de langue comme en matière de physique, le papillon ne fait pas partie du programme qui régit le système, ce dernier fût-il l'expression de la faculté de langage. Considéré sous cet angle, un paramètre grammatical n'est pas explicatif en regard de l'adéquation de la théorie linguistique telle que Chomsky l'a décrétée. Il est peu raisonnable en effet d'envisager que le potentiel paramétrique des langues naturelles du XXIe siècle ait été spécifté dans les chromosomes humains sous une forme obligatoirement "neutre" ou "indécise" au départ, c'est-à-dire inactivée à la naissance du futur locuteur, avant même qu'apparaissent les grandes familles de langues à l'aube de I'humanité surtout si, contre toute attente, I'hypothèse de Ruhlen (1997) d'une langue unique originelle se voyait conftrmée.20 Quand bien même que le potentiel paramétrique initial des langues humaines eut été programmé dans le génome de l'Homo loquens, il y a fort à parier qu'avec l'oeuvre du temps sur la longue évolution naturelle des langues du monde « la mémoire de l'état initial est perdue », cf Prigogine, 1994, p. 44. Aussi, l'idée de paramètres est féconde, certes, mais ce n'est qu'une idée instrumentale qui permet une appréhension élégante et cartésienne de la variation linguistique, laquelle est socialement avalisée, ne l'oublions pas. Si bonnes soient-elles, les idées ne font pas partie du code génétique. Nous considérons, par exemple, que ce qu'on appelle techniquement le 'paramètre de la directionnalité' n'est pas une valeur binaire spéciftquement linguistique, dont l'état neutre serait susceptible de caractériser la grammaire d'une faculté de langage. Il s'agit plutôt d'un état systémique, et non pas psychique. Les langues sont des systèmes tendanciellement sénestroverses ou dextroverses comme certains cristaux sont absolument dextrogyres ou levogyres, cf Ibid., p. 31. La directionnalité est fortuite dans les systèmes linguistiques comme l'est l'inclinaison de 23,5° de l'axe de rotation de la Terre, cf Xuan Thuan (1998). Il serait fort étonnant que cette contingence linéaire, hybride et variable parmi les quelque 6 500 langues naturelles, ait réussi à modeler la génétique humaine au point de s'y exprimer sous forme d'une dispositioninnée capable de ftxer une propriété formelle de l'état initial du « I-Language ». La directionnalité structurale des objets grammaticaux n'est pas une servitude de l'esprit langagier mais une servitude inhérente à tout système à géométrie variable, c'est-à-dire dynamique. L'entropie sénestroverse constitue l'état régulier des systèmes linguistique, alors que l'entropie dextroverse, que privilégie crucialement la composition lexicale romane, constitue

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l'irrégularité ou la catastrophe irréversiblement générée par cette même régularité systémique. Cette entropie provient elle-même de la nécessité pour un système dynamique de s'auto-réguler. Aussi le lexique est-il cette pièce des systèmes linguistiques qui détermine la géométrie directionnelles d'un grand nombre d'objets qu'il contient. Parmi ceux-ci, nombreux sont ceux qui se comportent comme autant de cristaux dextrogyres ou levogyres, tels les affixes. La connaissance implicative et probabiliste des universaux linguistiques telle que Greenberg l'a inaugurée illustre parfaitement bien la variété et la richesse des effets de système qui affectent les langues naturelles. En mettant au jour toutes sortes de corrélations basées notamment sur les catégories grammaticales, le réputé linguiste a fait la démonstration magistrale que les langues naturelles sont des systèmes qui "tournent" en se réajustant progressivement pour intégrer les effets structurants déjà inscrits dans le matériau brut articulé qu'elles utilisent.21 Ainsi considéré par rapport à la dynamique de chaque système macrolinguistique, et non par rapport à la faculté de langage, un paramètre est un effet de système, et non un primitif inexprimé de l'esprit langagier. Les paramètres linguistiques sont donc des faits de hasard à la source du recyclage incessant du matériau articulé que les hommes ont mis au point avec le temps. Aussi n'y a-t-il rien d'extraordinaire au fait que le réglage dextroverse du paramètre de la directionnalité dans une langue comme le français puisse laisser son empreinte dans la physique du substrat neuronal dès l'âge le plus précoce. Intuitionner l'agencement linéaire des mots dans une expression linguistique est une tâche que le mental accomplit avec autant d'aisance que l'évaluation de la distance qui sépare un objet convoité de la main d'un enfant. La distance est-elle innée pour autant? Existerait-il quelque chose comme un gène 'indécis' de la distance, préprogrammé dans un état initial neutre à la naissance, et qui se fIxerait selon une valeur reconnue grâce à l'expérience et à l'environnement? Bref, on voit mal ce qui justifierait que les effets de système propres aux langues naturelles, même organisés en paramètres linguistiques par le grammairien, soient érigés au statut de matériel héréditaire de l'espèce humaine.22 1.5.3 De la vertu explicative des effets de système Maintenant, que 1'Homme grammatical soit particulièrement performant pour intuitionner ce réglage n'est pas contestable, mais cette prouesse indique seulement que l'organisation et le fonctionnement de son cerveau sont merveilleusement bien adaptés au traitement de l'information linguistique précocement traitée. Cela ne saurait indiquer que cette performance cérébrale doive dépendre absolument d'une information paramétrique encodée dans un présumé génome langagier. Pensons à Newton, qui a bien vu dans l'attraction terrestre un 'effet de système' , au sens strict. Le génie de Newton fut non seulement de l'avoir intuitionné et compris le premier mais aussi d'avoir su l'expliquer à ses congénères, qui l'ont d'ailleurs fort bien assimilé par la suite, sans devenir des mutants cérébraux pour autant. Newton a en quelque sorte 'déverrouillé' ou "activé" l'accès à un circuit de la pensée humaine jamais activé auparavant. Voilà le génie dans toute sa gravité, pour ainsi dire. Que Chomsky ait intuitionné avant tous les autres certaines oppositions ~ropres aux langues naturelles est une performance intellectuelle remarquable. 3 Mais les différents réglages d'un système évolutif ne sont en rien une signature de l'ADNde notre espèce. Soutenir le contraire relève d'une vision anthropomorphique des phénomènes naturels que sont les langues humaines, qui place l'homme au centre de l'Univers avec trop peu de modestie. Mais qu'auraient donc les paramètres du 'sujet nul' ou des noeuds cycliques des générativistes parmi les systèmes linguistiques de plus remarquable que la loi de

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la gravité de Newton parmi les systèmes physiques pour se mériter à lui seul l'innéité d'un des comportements le plus représentatif de notre espèce? En quoi l'idée même de 'paramètre de la directionnalité' qui fournit l'explication de la variation de l'ordre fondamental des mots parmi les langues naturelles serait-elle génétiquement plus qualifiée que l'idée même de l'attraction terrestre comme explication de la chute d'une pomme? Réussir à comprendre un aspect intéressant du fonctionnement de l'univers des langues naturelles ne saurait en dire plus du programme génétique de l'être humain que réussir à comprendre une loi de l'Univers astrophysique dans la mesure où la cognition opère en observant les même contraintes neurocérébrales. Les paramètres linguistiques ne sont rien d'autre que des effets de système générés par les langues elles-mêmes, un postulat que personne n'est en mesure d'infirmer. Leur vertu explicative ne saurait franchir les limites des propriétés connues à ce jour des systèmes en général. Elle ne saurait s'aventurer dans le champ miné des propriétés séquentielles de l'ADN. 1.5.4 Une définition transposable de l'esprit Quoi qu'il en soit de cette critique, le linguiste n'a rien à perdre en crédibilité si sa définition de l'esprit langagier est une adaptation de celle plus large, de « l'esprit », que propose un éminent biologiste, en l'occurrence Delacour, 1995, p. 21. La défmition suivante se targue humblement de satisfaire au critère du « facilement transposable dans un langage interdisciplinaire» (Ibid., p. 20), critère épistémologique auquel nous souscrivons: L'ESPRIT LANGAGIER: DÉFINITION L'esprit langagier est la capacité intellectuelle de former et d'utiliser des représentations linguistiques, à savoir les divers états symboliques dans lesquels se manifestent les relations d'une forme sonore avec un sens approprié. Comme pour la biologie, la psychologie ou les mathématiques, c'est la notion de 'représentation' qui donne sa substance à cette défmition linguistique. Si la spécificité des construits symboliques du système grammatical, telle qu'instanciée en termes d'atomes, de traits, de catégories, de règles et de principes grammaticaux, semble acquise aux yeux de tous, celle-ci est pourtant loin de recueillir le consensus lorsqu'il s'agit de l'étendre aux représentations linguistiques elles-mêmes. La spécificité d'un système linguistique peut bien relever de la seule forme grammaticale, peut-on convenir, mais celle des représentations grammaticales doit relever et de la forme et du sens tout à la fois. Or si une chose est sûre, peut-on statuer, c'est que le sens n'est pas que linguistique. Soutenir le contraire serait pure vanité de linguiste. Le sens est donc ce qui enlève à la grammaire cette fameuse spécificité que les générativistes imputent à la faculté de langage. Il est la dimension incommensurable de l'esprit dans l'espace mental que lui octroie le cerveau. C'est pourquoi une explication phylogénétique de l'esprit langagier s'avère préférable, d'emblée, à l'explication génotypique, même amendée par l'invention des paramètres soumis à l'influence contextuelle du phénotype. 2 ENJEUX THÉORIQUES ET DESCRIPTIFS Il y a certes matière à réflexion sur le savoir grammatical traditionnel que la "doctrine" (au sens juridique du terme) perpétue d'une théorie à l'autre.24 Entre parenthèses, ce n'est ni par différence culturelle ni par parti-pris idéologique que nous sommes amené à conclure à la fausseté partielle de certains énoncés du corps

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de la doctrine générativiste. Ce sont les faits, rien que les faits, tels que nous les avons dégagés de la masse des autres faits de langue, et tels que nous les fonnulons sous un angle raisonnablement dépourvu de présupposés morphologiques et terminologiques. Des faits et des données qui, soit dit en passant, restent largement ignorés des générativistes pour des raisons historiques, méthodologiques et épistémologiques, mais qui ne pennettent pas pour autant d'éviter qu'on les interroge à sa manière. Tenter de s'assurer dès le départ de poser les "bonnes" questions à partir de bonnes défmitions est une précaution qui n'évite guère la remise en question de certains acquis considérés comme allant de soi. C'est à cette condition qu'on se donne les moyens de redéfmir la couverture empirique pertinente à la composition lexicale afm d'en extraire les faits de langue qui demandent une explication. Procéder de la sorte revient à élaborer une grammaire partielle de la langue française et à tracer un certain profil de 'l'Homme grammatical', ou Homo grammaticus, si on estime bien sûr qu'une grammaire doit être explicative au lieu d'être seulement descriptive. L' Homo grammaticus contribue à définir l'Homo loquens au même titre que l' Homo communicationis, ces étiquettes latines voulant marquer les deux sensibilités les plus opposées de la recherche fondamentale en linguistique. En matière de composition lexicale, les questions auxquelles il est primordial d'apporter une réponse aussi cohérente que possible avec les faits observables sont les suivantes: I. II. III. IV. Quels sont les objets de langue qui ressortent aux invariants de la composition lexicale en regard du phénomène de la formation des dictèmes d'une Grammaire générale du français? La composition lexicale est-elle de nature processive ou catégorique, fonnelle ou interprétative, prévisible ou aléatoire? Quels sont les objets de grammaire qui circonscrivent le domaine d'application de la composition lexicale? Comment les régularités de fonne de ces objets se transposent-elles dans leur structure sous-jacente? Comment fonctionne la composition lexicale et quels en sont les mécanismes? Comment le dispositif grammatical qui rend compte de la composition lexicale interagit-il avec les autres composantes d'une Grammaire générale? Quoi de particulier la composition lexicale révèle-t-elle de l'Homme grammatical et de son esprit langagier?

v. VI.
VII.

Il est aisé de concevoir que la dernière question est celle qui noue toutes les autres. C'est elle qui donne tout son sens à l'adéquation explicative du discours grammatical. Encore faut-il savoir faire preuve d'humilité quant à la réalisation d'une telle aspiration. Toujours est-il que le dernier mot appartient au lecteur ou à la lectrice, selon l'intérêt que ces questions parviendront à susciter. 3 UN APERÇU DES RÉPONSES On peut d'ores et déjà ftxer sommairement l'un ou l'autre sur l'issue du débat, quitte à clarifter chaque réponse petit à petit en cours de route. A la question I ce livre répond avec précision. Ce sont les syntaxèmes, classe massivement importante de DPL, constituent les objets de langue qui relèvent de la composition lexicale. Cette qui réponse est valable au moins pour les langues romanes. Il convient donc d'expliquer

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pourquoi cette famille de langues fait bande à part au sein du cortège bien réglé des langues à composition synthétique. A la question II on répond que la composition lexicale est un traitement cognitif associé à la mise en forme d'objets syntaxiques propres aux langues romanes. Ce traitement donne lieu à un mode d'interprétation sémantique primitif, à savoir le mode de l'interprétation lexicale, ou lexicalité. Celle-ci est irréductible à l'autre mode d'interprétation, à savoir le mode de la compositionnalité, lequel est l'alternative qui s'exerce par défaut d'application de la lexicalité. Il s'agit, comme on peut s'en douter, d'un renversement de perspective par rapport au dogme de la compositionnalité incorporé dans tous les modèles de structuration des objets de langue. Mais ce renversement présente au moins l'avantage de conférer un statut à part entière en grammaire à une grande partie de l'idiomaticité. La question III reçoit une réponse novatrice dans la mesure où un modèle de syntaxe référentielle étend le domaine d'application des DPLà l'ensemble des catégories syntaxiques prises en compte dans la Grammaire générale (Gg), ce qui comprend non seulement les catégories atomiques actualisées dans les 'parties du discours', mais aussi les catégories 'supra-atomiques', dites "intermédiaires" et "maximales" en termes de notation X-barre entièrement libérée de la théorie du même nom. Cette disposition empiriquement motivée permet de caractériser deux propriétés de la relation signifiant/signifié: I) la polymorphie des dictèmes d'une langue; 2) le caractère isonymique de la composition lexicale. L'adéquation descriptive de ce modèle s'en trouve d'autant plus accrue qu'il permet un traitement unifié des DPL nominaux et verbaux, ces dernières restant largement tributaires de l'étiquette traditionnelle de 'locutions verbales' . C'est donc la relation entre l'atome de la syntaxe et l'objet du Dictionnaire (l'entrée lexicale) qui est réévaluée en profondeur. Les questions IV et V sont liées car elles dépendent des moyens que l'on se donne pour décrire l'observable construit. En se référant à la structure des objets linguistiques, la question IV présume d'un modèle raisonnablement formalisé, en l'occurrence celui de la syntaxe référentielle. Entre parenthèses, ce parti-pris scientifique ne va guère de soi en linguistique &ançaise, laquelle se montre notoirement rébarbative à la notion de structure grammaticale en raison d'un héritage scolaire imbu de Belles- Lettres. Recourir à la notation parenthétisée, et afortiori aux représentations arborescentes, y est souvent perçu comme une embrouille au service d'une pseudo-science. Nous estimons pour notre part que la notion de structure grammaticale n'a rien d'une fumisterie car elle permet à la linguistique moderne d'intégrer le giron des autres sciences pour ainsi s'exposer à leurs "jugements de crédibilité". Toujours est-il que les contraintes qui s'exercent sur le signifiant d'un DPL sont de nature à se voir formulées en termes de structure. Il en résulte que la représentation structurale des construits imputables à la composition lexicale est apte à rendre compte d'un grand nombre de propriétés mises au jour avec le temps: la productivité différentielle, le continuum du figement, le genre non arbitraire, l'absence de déterminant interne, la valence argumentale, etc.. Aussi la question V ne reçoit-elle pas de réponse exhaustive si tant est que beaucoup de travail reste à faire pour rendre compte de toute la puissance du processus de la composition lexicale sur le plan sémantique. Néanmoins, plusieurs contraintes qui s'exercent sur le signifié d'un DPL découlent d'un certain nombre d'acquis récents en matière de sémantique lexicale, notamment en ce qui a trait à l'interprétation gouvernée par l'hyperonymie, l'hyponymie, la méronymie, la métonymie, l'analogie, la typicalité, la prototypicalité, etc.. La question VI se situe au coeur d'un débat très actuel en grammaire générative, celui du "partage du travail" parmi toutes les composantes qui entrent

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dans l'architecture d'une grammaire moderne. La réponse apportée dans ce travail est que la composition lexicale des langues romanes ne relève en rien d'une 'computation' de nature morphologique. Elle découle plutôt d'une syntagmation empiriquement contrôlée par la binarité et la récursivité minimale, mais affranchie de l'endocentricité élargie de la projection chomskyenne. La syntagmation est donc une combinatoire restreinte à l'endocentricité immédiate du Signifiant structural, mais le syntagme est un objet formellement saturé, un entier intégral, dont l'interprétation sémantique alterne entre son endosémie et son hétérosémie. Une telle alternance est possible dans un modèle de grammaire dont les fondements prennent assise sur une connectivité "en ligne", dite synchrone, entre la structure syntaxique et le logotope, lequel comprend non seulement le Dictionnaire mais aussi la composante interprétative dédiée au sens lexical, la SSLOU SÉMANTIQUE DU SIGNIFIÉ LEXICAL. L'interprétation compositionnelle de chaque combinaison devient donc l'alternative qui s'applique par défaut de lexicalité. L'incorporation de ces mécanismes dans la Gg aboutit à une "réingénierie" significative - que soit sollicitée l'indulgence du lecteur pour l'emprunt de ce vocable néolibéral ! - de l'architecture classique d'une grammaire générative. Celle de la Gg pourrait se voir qualifiée d'architecture" en losange". Enfm, la question VII laisse la réponse ouverte quant au véritable profil de I'Homme grammatical. Une conviction pourtant se dessine: cet Homme grammatical n'est pas tout à fait chomskyen. Il ne l'est même pas du tout si l'on considère seulement la nature prétendument innée de la GU. S'il est vrai que la dépendance structurale de la lexicalité et la dépendance référentielle de la structure sont aussi des propriétés que partagent les langues naturelles, comme il est argué dans ce travail, alors il devient beaucoup plus hasardeux de proclamer l'innéité de la GU. En effet, ces deux autres dépendances neutralisent le fameux "Principe de la dépendance structurale" que le réputé professeur du MIT postule d'emblée entre la compositionnalité et le dispositif de "règles" du I-Language. Le caractère explicatif du principe chomskyen se verrait défmitivement battu en brèche du seul fait qu'un lien identique s'établit entre ce même dispositif et la mémoire langagière (Dictionnaire), lequel relève du E-Language parce qu'il est intériorisé par apprentissage. Cela signifie que la computation systémique, qu'elle soit morphologique ou syntaxique, compose des objets de pure forme, dépourvus d'un signifié stable tant qu'ils ne sont pas obligatoirement "cognités" pour le sens selon l'une ou l'autre des deux seules formes d'interprétation possibles, c'est-à-dire un choix entre le logos et l'oralio sous l'impulsion de la mémoire, ce choix s'effectuant sous l'emprise de la dialectique prégnance-saillance. "Cogniter" avec l'esprit langagier consiste donc non pas à 'dériver' mécaniquement un objet symbolique d'un état initial jusqu'à son état fmal en faisant jouer diverses contraintes tant universelles que particulières, mais plutôt à 'connecter' un obj et symbolique construit dans l'intellect par effets de système aux divers 'états' subsymboliques inscrits dans la mémoire lexicale, c'est-à-dire le logos.25 En tout état de cause, bien que ce travail recherche son adéquation explicative dans l'approche de la pensée systémique plutôt que dans celle de la pensée algorithmique, il fait néanmoins pencher la balance en faveur d'un traitement simulatoire de type connexionniste plutôt que réductionniste. Sage et prudente nous paraît la position qui consiste à considérer le couplage du signifiant et du signifié linguistiques comme le déploiement non pas de principes et paramètres formellement inscrits dans l'ADN êtres humains, mais plutôt comme la stabilisation précoce et des massive de routines de réseautage graduellement inscrites dans le substrat neuronal grâce à l'entropie causale de ce 'sens du sens' dont le logos est imprégné.

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4 PRÉMISSES MÉTHODOLOGIQUES Sur lUltout autre plan, celui de la méthode, il convient dès maintenant de se doter de certaines règles de conduite qui soient propre à contribuer à la transparence attendue du discours grammatical. On fera d'abord le point sur la terminologie des objets que nous serons appelé à considérer. Ensuite on formulera lUle convention pratique relative à la manipulation légitime des objets scientifiques du linguiste. Bien qu'elle puisse paraître superfétatoire au yeux de certains linguistes, voire arbitraire au yeux de certains autres, la nécessité de respecter la CONVENTION D'ANALYSE NONAMBIGUË, dorénavant la CANA abrégé, découle de ce qu'à l'instar de la grammaire en générative, il est ici tenu pour acquis lUleorganisation de la Grammaire générale en plusieurs plans de travail ou niveaux d'analyse, c'est-à-dire en composantes ou modules distincts mais inter-reliés, à savoir grosso modo le lexique, la phonologie, la morphologie, la syntaxe et la sémantique. 4.1 LE Âoyoç OUL'INSTINCT BAPTISMAL D'emblée, l' Homo loquens intrigue le savant par son inépuisable capacité d'agencer des "mots" pour s'exprimer et communiquer avec ses congénères son rapport à la vie et au monde. Mais avant de devenir cet « homme dialogal », ou Homo communicationis, dont Claude Hagège se fait le chantre, l' Homo grammaticus a déjà pris possession des lieux de son propre intellect. En nous inspirant plutôt de la notion de « baptême initial» de Kripke (1972), il s'avère que l'Homo grammaticus est déjà performant en tant que "créature baptismale", pour ainsi dire, lUlêtre vivant unique qui obéit à la pulsion primitive du Àoyoç, sorte de prégnance baptismale imprimée dans l'intelligence humaine, et qui consiste à "baptiser", ou nommer,26 verbalement chaque réalité dicible qui l'entoure et qui l'habite, comme il le fait d'ailleurs instinctivement pour ses congénères avec les noms propres, cf Gary-Prieur, 1994, p. 68.27Il s'agit donc d'lUle notion du logos différente de celle d'Aristote désignant la troisième partie de sa Rhétorique comme art de convaincre. Conçu dans l'univers de cet "instinct du sens" évoqué dans notre Prologue et qui habite le cerveau de l' Homo sapiens pour la première fois, le logos est lUle représentation symbolique primitive - au sens philosophique et non pas anthropologique du terme - qui n'émane d'auclUl système préformé susceptible d'en assurer la combinaison en chaînes verbales. Le logos est lUle représentation symbolique autonome que seule la mémoire de l'Homo loquens est capable de forger. Alors que l'indicible est le cri, le hurlement ou le son inarticulé, le dicible individuel est au contraire lUllogos, lUleparole produite par l'articulation démultipliée de phonèmes, et dont l'attribut - primitivement magique - est d'être douée d'lUle signification référentielle, cf Zimmer (1971), Wierzbicka (1986), ou prédicative, c'est-à-dire lUlieà lUlsignifié, consistance immatérielle individuée dans l'esprit grâce à la forme sonore qu'elle investit. Avant de donner naissance à l'énoncé structuré, à l'assemblage de logoi, la parole réside présumément dans le logos, forme optimale du signe linguistique aux yeux d'lUl sujet parlant. La communication et l'échange dialogal n'auraient aUClUle raison d'être si le logos n'était pas ce qui est commlUl à deux êtres qui pensent. C'est pourquoi « 1'homme de parole », vers qui s'oriente notre réflexion, est lUl descendant de Homo grammaticus, à la différence de Hagège, qui le fait remonter à Homo communicationis. En vérité, c'est le monde qui a forcé l'Homme grammatical à s'inventer la parole, mais ce sont les autres hommes qui l'ont forcé à parler.

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4.2 UN SYSTÈMELINGUISTIQUE N'EST QU'UNSYSTÈME En posant que le logos de l'Homme grammatical est bien la raison d'être, la fmalité épistémologique, "l'intentionnalité", de ce que les philologues ont appelé la 'formation des mots', on implique qu'il s'agit d'un système qui "tourne" dans l'intellect. Il est alors parfaitement légitime et sûrement prometteur d'envisager que le logos bénéficie d'une connivence organique avec le cerveau lequel, semble-t-il, fonctionne en systèmes multiples ou en dispositifs interconnectés tenant lieu d'interfaces. L'intellect se naturalise quant à lui en un réseau de connexions chimioélectriques dont l'organisation distribuée donne lieu à des circuits fort complexes de transmission de l'information. Or tous les systèmes du vivant, quels qu'ils soient, se structurent avec des fonctions de conservation, de régulation, de regénérescence voire, d'auto-reproduction. Même l'espace est un système en perpétuelle expansion. Ainsi considérés, les "espaces mentaux" (Fauconnier) ne sont pas une vaine expression si on les situe dans l'intellect, c'est-à-dire à l'intersection de l'esprit et du cerveau. Dans cette approche "organo-systémique" que nous préconisons, les mots constituent le matériel physique et naturalisé des espaces mentaux dédiés au sens. Transposés dans un modèle scientifique de l'esprit langagier, les mots deviennent les dictèmes de la Gg conçue comme le modèle d'un système capable d'assurer son fonctionnement, sa regénérescence et sa conservation grâce à l'auto-reproduction de ses objets grammaticaux. On appelle 'récursivité' la propriété formelle grâce à laquelle de tels processus peuvent s'accomplir. N'est -ce pas Chomsky qui, le premier au milieu des années 50, a su mettre en évidence, en les mathématisant, les propriétés récursives des langues naturelles ?, cf Chomsky (1975a). Grâce à la notion d" enchâssement' , qui s'applique à la subordination des syntagmes, ainsi qu'à celle de 'C-adjonction", qui s'applique à la coordination et à la complémentation adverbiale, les objets grammaticaux se reproduisent dans les langues naturelles, comme les autres objets que l'on observe partout dans la nature. Toutefois, la récursivité inhérente au système syntaxique des langues naturelles s'est vue confmée par le Maître de Cambridge aux seuls symboles catégoriques de GU. Mais la récursivité catégorique inhérente aux objets du Dictionnaire dans le système de la langue n'a jamais attiré son attention. Une langue est essentiellement un système de l'intellect dont on a osé ériger la grammaire en faculté de langage uniquement parce que ce système est dédié au sens linguistique. Mais on ne voit pas pourquoi la récursivité inhérente à n'importe système ouvert se mériterait le privilège de l'innéité uniquement lorsqu'elle est à l'oeuvre dans un système linguistique. C'est le sens, et non le système, qui est à la source de la probable innéité de la faculté de langage. En écho à notre Prologue, il n'y a pas d'« instinct du langage» (Pinker). Il n'y a que l'instinct du sens qui soit propre à notre espèce. 4.3 LA COMPOSITION: UNPROCESSUS DERECYCLAGE Pour en revenir à la composition lexicale, l'approche systémique permet d'envisager les choses comme suit. Générer du logos en quantité infmie dans l'esprit langagier est une tâche systémique primitive et auto-accomplie grâce aux propriétés récursives de certaines catégories de la grammaire, que ce soit celles de la morphologie ou de la syntaxe. Cette auto-reproduction de la base de données du système a massivement recours, entre autres, au "recyclage" lexical, en complémentarité avec plusieurs autres mécanismes de formation des mots. Lorsque c'est la récursivité syntaxique qui est mise à contribution dans cette tâche, celle-ci s'accomplit grâce au processus de la composition lexicale. Dans l'autre éventualité,

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il s'agit du mécanisme d' afftxation. Un tel processus procède alors au RECYCLAGE des lexèmes de la grammaire, ces derniers étant le fait des "mots existants" de la langue.

4.3.1 Le critère du mot existant Appréhender la composition lexicale sous l'angle du recyclage des mots existants n'est pas une idée nouvelle, cf Thompson (1973), Barbaud (1992), Mejri (1997). L'introduction de ce concept va bien au-delà de la commodité didactique car il est théoriquement structurant, comme on va le montrer. Recycler revient à dire qu'un mot existant (attesté) est réutilisé ou récupéré dans le système, entre autres par le processus de formation des DPL. l sert de matériau brut à partir duquel s'élabore I un autre objet de la Gg destiné à un autre usage sémantique bien que poursuivant la même fmalité.28 Or cela s'observe autant des noms composés que des locutions verbales, ce qui conforte l'idée du caractère processif de la composition, à condition qu'on veuille les réunir dans une même problématique. Aussi l'importance que nous accordons au critère du mot existant s'avère-t-elle décisive. La notion de recyclage unifie le phénomène universel de la polysémie et celui de la composition lexicale en ce que les deux ne sont pas concevables en dehors de la notion de mots existants. La même phénoménologie opère à l'intérieur même des systèmes linguistiques, car l'absence de recyclage ne semble pas devoir être une propriété des grammaires possibles. En syntaxe lexicale, le recyclage s'exerce donc nécessairement sur des !!ictèmes mono!exémiques, les DMLen abrégé désormais. Par conséquent, le recyclage est un dispositif forcément interne. Il permet de rompre défmitivement avec l'étymologie, puisque la dérivation étymologique, du moins pour les langues indoeuropéennes, doit être considérée comme un savoir indépendant du système. Crucialement, il importe de retenir que le recyclage s'exerce sur le signifiant de chaque élément, l'ancien matériau, nonobstant une certaine latitude pour la forme d'être modifiée, du moins graphiquement, V.g. un porte-clé~ des loup~garou~ un mille-patte~ etc., tandis que le matériau nouveau réside dans le signifié même du DPL créé. Ce recyclage grammatical consiste alors à rediriger vers le Dictionnaire l'information lexicale et structurale véhiculée par un signifiant SUPRA-AIDMIQUE indépendamment généré par la combinatoire du système, ce que nous appelons la SYNTAGMATION. 'supra-atomique' on entend tous les objets syntaxiquement Par construits, i.e. 'S-construits'. Par définition, il faut au moins deux atomes syntaxiques, techniquement notés xn 1, ou encore X 0 , ou simplement X, pour faire un objet S-construit, lequel est noté xn > 1. Cette sorte de "rétro-projection" consiste à associer ce signifiant complexe au signifié idiosyncrasique d'un DPL contenu dans le Dictionnaire de la Gg.29Ce couplage s'effectue grâce aux lois de la sémantique lexicales qui sont dépendantes des informations contenues dans le gabarit généralement bilexémique du DPL assure la stabilité mnésique de ces objets qui lexicaux.
~

4.3.2 Le critère de la bilexémicité Le gabarit régulièrement bilexémique des DPL un critère utile et efftcace est pour les identifier car la bilexémicité possède des propriétés structurales propices à la lexicalité. Il s'ensuit que de nombreux dictèmes doivent être appréhendés en fonction d'un processus de recyclage différent de la composition du moment qu'ils échappent au critère de la bilexémicité structurale. Cela laisse entrevoir le rôle important du processus de LEXIFICATION le recyclage des mots existants accompli dans selon le mode de la lexicalité, au détriment de la compositionnalité qui sous-tend leur structure. C'est ce qu'on envisage pour un exemple comme le sot-l'y-laisse et ses nombreux semblables.

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A l'instar de Benveniste, nous estimons que le caractère idoine d'un DPL tient à ce qu'il est systématiquement formé de deux termes lexicaux.30
« Nous posons en principe qu'un composé comporte toujours et seulement termes. » deux

Benveniste (1974:

146)

La morphologie lexicaliste n'est guère en reste avec cette assomption, comme en témoignent les propos d'Anderson:
« Compounding differs ITom derivation in a way that is straightforward and traditional: it consists in the combination of (two or more) existing words into a new word, while derivation consists in the application of a word formation rule to a single existing word. » Anderson (1988: 187)

Jensen a aussi fait état d'une constatation analogue:
« The first thing to notice is that compounds made oftwo nouns, two adjectives, or a noun and an adjective are extremely common, easily created, and freely interpreted. » Jensen (1990: 99)

De son côté, Scalise, 1984, p. 151, soutient que la binarité des structures morphologiques est une hypothèse contre laquelle la composition n'enregistre aucun contre-exemple. Se basant sur des formations du type roast beef sandwich platter et d'autres, ce linguiste affIrme que les mots composés affIchent toujours une structure binaire. Pour sa part, M. Bréal stipule clairement le lien étroit qui existe entre la dyadicité et le sémantisme des mots composés:
« Quelle que soit la longueur d'un composé, il ne comprend jamais que deux termes. Cette règle n'est pas arbitraire: elle tient à la nature de notre esprit, qui associe ses idées par couples. » Bréal, 1982, p. 171

On pourrait immédiatement objecter que le caractère bilexémique des DPL se voit contredit par la relative productivité des patrons séquentiels formés de trois lexèmes, comme dans les locutions prêter mainforte,Jaire grise mine, avoir bonne conscience. Ce serait toutefois négliger le fait que le troisième terme est un adjectif généralement non modifiable. Ce troisième terme est un véritable épithète et non un adj ectif attributif ou éthique. En réalité, la bilexémicité matérialise l'adj acence de deux termes, celle-ci s'actualisant en fonction de deux catégories grammaticales, aucune des deux n'étant incompatible avec sa complexité propre, d'où un potentiel d'expansion polylexémique propice autant au figement rigide qu'au figement flexible ou discontinu. 4.3.3 Le critère de l'idiosyncrasie lexicale L'opposition radicale que la Gg instaure entre la mémoire et la combinatoire implique que toute idiosyncrasie lexicale d'une expression quelconque joue un rôle décisif dans le recyclage. L'idiosyncrasie lexicale est par définition ce qui s'oppose le plus farouchement à la compositionnalité du sens, puisqu'elle n'est pas "prédictible", c'est-à-dire déductible du résultat engendré par l'application des règles déclarées de construction structurale. C'est pourquoi nous faisons nôtre la position de F. Dell, dont l'extrait qui suit est tiré d'un article qui a inauguré le renouveau de la morphologie française:

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«(...) Par définition, pour qu'une lexie soit idiosyncratique, il suffit qu'une seule des propriétés de cette lexie ne puisse pas être déduite des propriétés des éléments qui la composent. »

Dell, 1979,p. 196-197

Le même postulat est repris dans Fradin (2003) lequel, s'appuyant sur Bauer (1983) et Corbin (1992a), considère la lexicalisation en ces termes:
« (...) On peut la voir comme la dernière étape d'un processus qui se marque par le fait qu'un expression devient unité lexicale en acquérant au moins une propriété idiosyncrasique. » Ibid., p. 220

Soulignons au passage que les vues de cette linguiste en matière de composition ne s'accordent pas clairement avec l'importance dévolue à l'idiosyncrasie lexicale dans une grammaire générative dans la mesure où sa conception de la lexicalisation fait appel à la notion de règles lexicales de nature morphologique, comme en fait foi cette défmition:
«(...) Un mot composé est un mot complexe dont le sens est construit par la combinaison de constituant à pouvoir référentiel. » Corbin, 1992a, p. 35

Elle précise ensuite:
« Je restreindrai l'étiquette de mots composés au sous-ensemble d'unités lexicales construites par des règles lexicales de composition. » Ibid., p. 36

Si "lexicaliser" veut dire "mémoriser", comme l'affirme Dell, alors ce ne peut être que le fait d'une idiosyncrasie lexicale qui échappe à la règle. Il s'ensuit le dilemme suivant: ou bien les mots composés sont des unités lexicales dont le sens est engendré par des règles, auquel cas ils n'ont pas besoin d'être mémorisés; ou bien ils sont mémorisés en vertu d'une propriété de sens idiosyncrasique, auquel cas ils ne sont pas lexicalisés en vertu des règles lexicales. Pour notre part, nous soutenons que nul dictème en général, et nul DPLen particulier, ne sont dépourvus d'idiosyncrasie lexicale s'ils figurent dans le Dictionnaire, auquel cas le problème du couplage de leur lexicalité individuelle et de leur forme construite ne peut pas être résolu par quelque règle que ce soit. Il ne peut l'être que par l'intervention de principes d'interprétation lexicale dépendants de la structure. 4.3.4 Définition de la composition Grâce aux trois "ingrédients" que nous venons d'isoler, le processus de la composition lexicale doit être envisagé essentiellement comme un dispositif d'interprétation sémantique (et non comme un mécanisme de génération d'objets construits, ou "computation") dédié à la lexicalité des signifiants supra-atomiques de la grammaire. La défmition suivante tâche de rendre justice à toute cette complexité, dans une phraséologie aussi récapitulative que possible.
COMPOSITION LEXICALE: DÉFINITION La composition lexicale est le processus de recyclage systémique lexèmes d'une langue grâce auquel un locuteur interprète la structure Xn>1 de la syntaxe en fonction catégories de la lexicalité d'un appartenant au Dictionnaire de cette langue. des des DPL

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La composition lexicale est donc un processus de nature interprétative qui résulte de la convergence d'une double nécessité, l'une qui émane de l'esprit par le biais de cet instinct du sens qu'incarne le logos, et l'autre qui émane de l'intellect par le biais d'un mécanisme auto-reproducteur animé par la récursivité de ses catégories symboliques. En démonter les rouages au moyen d'une analyse étayée par une description adéquate du phénomène dans son ensemble est un travail scientifique qui n'a de véritable portée intellectuelle que s'il éclaire davantage notre compréhension du lien atavique qui unit l'Homme grammatical et l'univers des mots, juste retour de la Science dans le savoir ordinaire. Telle est donc la perspective que nous entendons imprégner à notre cheminement, avec l'espoir qu'elle emporte l'adhésion du lecteur. 4.4 RÉALISME SCIENTIFIQUEET NATUREDES OBJETS Toutefois, l'équivoque ne cesse de planer sur la syntaxe, cette composante exclue du lexique à laquelle est dévolue toute la puissance de 'computation' de l'esprit langagier. La raison de cette équivoque est historique, comme on le verra au chapitre I, section 3. Dans l'esprit chomskyen, la computation qui assure la mise en forme des expressions linguistiques en suites articulables ne saurait être hypothéquée dans son unité par une pluralité d'opérations mentales en raison du défi que cela représenterait en regard de l'acquisition, celle-ci se voyant logiquement mais arbitrairement soumise aux critères de l'économie, de la simplicité et de l'élégance. C'est pourquoi le Maître de Cambridge peut difficilement accepter l'idée d'une double computation accomplissant la mise en forme des divers objets de langue, d'un calcul en parallèle des construits proprement syntaxiques et des construits morphologiques, comme l'indique sa tenace volonté d'assimiler la morphologie flexionnelle à la syntaxe distributionnelle, (voir la note 33, plus bas). D'où aussi cette aberration qui consiste à verser la morphologie dérivationnelle dans le lexique, cette composante dédiée à la mémoire, et non à la combinatoire. L'équivoque de la syntaxe en tant que composante insigne de la faculté de langage en grammaire générative réside alors dans l'inexpression théorique de la double tâche qu'on lui assigne, qui est de caractériser autant la combinatoire syntaxique affectant les positions dévolues aux lexèmes que la combinatoire morphologique affectant les places dévolues aux morphèmes. Positions et places doivent être soigneusement distinguées du site, comme on en discutera, puisqu'un site est le fait de l'adjacence de deux positions structurales en syntaxe ou de deux places concaténatives en morphologie. Une telle dichotomie, on s'en doute, affaiblirait considérablement la thèse d'une compétence linguistique minimaliste et inscrite dans la nature humaine sous forme de quelques principes simples, bien qu'infmiment paramétrisés, exprimant l'universelle spécificité des langues naturelles. L'unité théorique de la computation syntaxique est donc devenue la 'raison d'état' qui justifie cette « fureur généralisatrice» dénoncée par François Lurçae1, laquelle est accomplie au nom de la légitime et nécessaire abstraction requise par toute science qui se respecte. On en veut pour preuve que la notion grammaticale de 'tête', par exemple, est censée régir autant les construits syntaxiques que morphologiques, ou que toute marque flexionnelle est censée tenir lieu de tête structurale, ou encore que tous les déterminants sélectionnent un argument. Nous y reviendrons.
4.4.1 Vice de procédure et discipline Mais cette unification théorique accomplie au prix de contorsions descriptives notoires, loin d'être un gain, camoufle en réalité des pertes sévères d'adéquation descriptive et explicative puisqu'elle est édifiée sur des notions qui sont elles-mêmes

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dépourvues de généralité, ainsi qu'en témoigne, encore une fois, la notion capitale de tête grammaticale, laquelle s'accommode d'une double défmition, voire de multiples défmitions, cf Corbett, Fraser & McGlashan (1993). La conséquence la plus dramatique de cette forme de rationalisme est que, à l'encontre d'une empirie bien établie depuis quelques siècles, rien ne devrait différencier les lexèmes et les morphèmes dans l'esprit langagier de l'Homme grammatical. Le dilemme de l'idéalisme générativiste s'exprime alors dans toute son amplitude: soit que le linguiste minimaliste doive décréter l'unité de nature des objets mis enjeu par la computation syntaxique pour préserver l'unité requise par son hypothèse universelle; soit qu'il doive renoncer au postulat de l'unité de la computation pour respecter la différence de nature des objets construits au risque d'être en porte-à-faux avec son hypothèse universelle. Dans l'état actuel de la situation en grammaire générative, c'est l'unité de la morphologie qui fait les frais de la nécessité d'abstraction. En effet, la morphologie dérivationnelle y relève de l'apprentissage ou de la performance puisqu'elle est confmée quelque part dans le lexique en dépit de son caractère combinatoire bien établi, tandis que la morphologie flexionnelle relève de l'acquisition ou de la compétence puisqu'elle se mérite 1'honneur suprême d'être traitée sur un pied d'égalité avec les atomes régis par la combinatoire de la syntaxe distributionnelle. Le grand écart, quoi! Vis-à-vis des objets morphologiques, la grammaire générative entretient un vice de procédure aussi inadmissible en science que celui auquel s'adonnerait un neurobiologiste qui soutiendrait que les neurones sont des cellules programmées grâce au génotype, mais que les globules blancs (leucocytes) sont des cellules programmées grâce au phénotype. 4.4.2 De la physique des objets grammaticaux En matière de théorie linguistique, le réalisme scientifique - par opposition à l'idéalisme réductionniste - s'oblige à considérer que les lois et les principes universels qu'il impute à l'esprit langagier ne sauraient passer outre aux frontières des propriétés physiques inhérentes aux éléments grammaticaux qui peuplent cette science. Nous soutenons que la limite de l'abstraction linguistique réside dans la concrétude sonore des objets de langue, et un monde sépare 'l'image acoustique' de Saussure de 'l'image mentale' de Chomsky, bien que les deux soient tenues pour des créatures de l'esprit. Par exemple, selon M. Gross (1979), il n'existerait rien de tel en langue qu'une 'catégorie vide', v.g. la 'trace' mentale que laisse une transformation de "mouvement", qui serait comme une réplique du zéro en mathématique dans un système binaire. Dissocié de la physique des sons, le "vide" mental est une fleur de rhétorique dans la mesure où il est une représentation dépendante d'une autre représentation, ce qui est conceptuellement problématique. En effet, une trace est une représentation opératoire, c'est -à -dire liée à une opération transformationnelle, mais qui ne vaut que par la représentation structurale de l'énoncé qui est censée l'instancier. Calculer le vide grammatical, c'est comme vouloir résoudre une équation à deux inconnues, dont l'une serait le produit de l'autre: une aberration. Al' instar de tout système évoluant dans un environnement quelconque, le sonore est cette frontière à l'intérieur de laquelle opère un système grammatical. Il est donc légitime d'axiomatiser la Gg en posant que la nature des objets conditionne leur "visibilité" structurale au niveau d'analyse qui leur est propre. Aussi, comme toutes les sciences gouvernées par la nature et non uniquement par le pur intellect, la linguistique doit-elle se soumettre à la "physique" de ses propres éléments de base, en respectant leurs limites matérielles et les contraintes liées à leur diversité. Cela n'est en rien contradictoire avec une conception abstraite de cette

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physique, comme le prouve amplement le haut degré d'abstraction atteindre certaines théories phonologiques. que peuvent

4.4.2.1 Le caractère libre ou lié de l'observable linguistique De quoi est donc faite cette 'physique' des objets grammaticaux? On répondra d'abord et avant tout que cette physique est celle que partagent, de manière générale, tous les systèmes externes mis au jour par l'homme dans sa quête incessante de comprendre son univers: information, hiérarchie, (auto- )organisation, interaction, conservation, etc.. 32Ensuite et plus spécifiquement, on récapitulera cette physique élémentaire en la symbolisant au moyen du trait <:1:5£>assignable à tous les atomes grammaticaux d'un système linguistique, c'est-à-dire le caractère Dlibre = <+~> inhérent aux atomes syntaxiques ou D-lié = <-~> inhérent aux atomes morphologiques. L'attribut <::I:~> affecte donc le signifiant de l'atome.33 Dans ces deux étiquettes, le script préfixal "D" est un abrégé de 'distributionnellement', ce qui fait primer le critère syntaxique de l'autonomie (relative) conférée par l'énoncé (et non pas seulement par la phrase) dans la formulation de cette propriété binaire. La valeur morpholo~que <+~> est donc discrète parce qu'unique, tandis que la valeur < - ~> du liage3 étant impérativement régie par la sélection et la sous-catégorisation atomiques (à ne pas confondre avec la valence, qui relève de la sémantique fonctionnelle), elle est forcément multiple, ce qui donne une "distribution orientée" des affixes selon qu'ils sont préfixes, suffixes, infixes ou circonfrxes. Le caractère libre ou lié du signifiant d'un atome conditionne le type de distribution qui affecte cet atome, i.e. concaténatoire en morphologie romane ou combinatoire en syntaxe. Par exemple, la combinaison du trait <-~> et du trait <+AGENT> donnera le suffrxe agentif <-eur >, tandis que la combinaison du trait <+~> avec le même trait <+AGENT>onnera plutôt le lexème d menteur. Si la distinction entre les lexèmes et les morphèmes n'était que pure convenance de grammairien, le processus linguistique de la composition lexicale n'existerait dans aucune langue naturelle puisqu'un tel processus repose crucialement sur le fait qu'elle ne met enjeu que des lexèmes existants. Dans la plupart des cas, le test classique qui relève le mieux du critère de la distribution est celui de la fonction sujet. Tout élément susceptible de valider cette fonction est un élément D-libre par défmition. La mobilité interne de certaines catégories, i.e. clitiques, adverbes, quantifieurs et adjectifs, est aussi un bon indice du caractère libre des éléments syntaxiques. Dans la phrase Dormir nuit (Devos), le verbe fléchi à l'est un élément D-libre puisque cette forme valide à elle seule la fonction sujet de la phrase, mais ni son radical ni son suffrxe seuls ne pourraient le faire puisque l'expression *Dorm- nuit est aussi mauvaise que l'expression *-Ir nuit. Dans la phrase Le temps file, les mots le et temps sont D-libres parce qu'ils servent à valider la fonction sujet, ce que l'article seul ne peut faire, V.g. *Lefile, pas plus que le nom commun tout seul d'ailleurs, V.g. *Temps file. Pour les autres catégories atomiques, les tests de distribution syntaxique doivent varier. Aussi la technique générale de la commutation en syntaxe permet -elle de mettre au j our la "physique" abstraite de la propriété distributionnelle notée <::I:~> qui affecte intrinsèquement chaque objet de langue. Ajoutons cette précision importante: seules sont analysables en fonction de la référence les entités qui sont D-libres. Une entité D-liée telle qu'un morphème n'est jamais susceptible d'être interprétée par la sémantique référentielle. C'est la raison pour laquelle on considère ici que les clitiques sont des atomes syntaxiques, donc D-libres, ce qui n'entache en rien le fait que leur distribution s'avère fort restreinte. Il s'ensuit que notre distinction fondamentale entre les lexèmes et les morphèmes s'avère irréductible à ladite Hypothèse Lexicaliste Faible que

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préconisent Chomsky et ses disciples, cf Spencer (1991).35 Ce radicalisme méthodologique n'a rien d'outrancier puisqu'il est intégralement reproduit dans la théorie influente de Beard (1995). La syntaxe référentielle qui est exposée dans le présent ouvrage ne fait qu'apporter de l'eau au moulin de la LMBM (MorphemeLexeme Base Morphology) que cet auteur n'a cessé de perfectionner depuis le début les années 80.36Toutefois, nous récusons sa conception d'un "lexique génératif' qui, à l'instar de celui de Pustejovsky (1996) et de bien d'autres, comprendrait des "règles" de morphologie et autres processus de formation des mots. 4.4.2.2 La computation distribuée et la syntagmation La question qui se pose est alors celle-ci: la nécessaire abstraction dont a besoin la théorie linguistique pour formuler des propositions relatives à la cognition langagière justifie-t-elle que l'on généralise les faits au point de ne plus tenir compte de la matérialité des objets de grammaire impliqués par ces mêmes propositions? Autrement dit, la distinction physique entre lexèmes et morphèmes serait-elle sans incidence vraiment importante vis-à-vis de l'Homme grammatical, voire des propriétés universelles des langues naturelles? Se pourrait-il qu'il s'agisse, en défmitive, d'un seul et même objet ontologique que manipulerait le système de computation élémentaire qui siège au plus profond de l'esprit langagier? A nos yeux, les réponses sont claires: c'est non, parce que l'abstraction s'arrête là où la confusion se substitue à la généralisation. Or généraliser sur la base d'une confusion des lexèmes et des morphèmes en un objet computable unique dans le but de préserver l'unité de la 'syntaxe' langagière supputée par la thèse réductionniste constitue une erreur d'abstraction. Concrètement parlant, un lexème n'est pas un objet de même nature cognitive qu'un morphème en raison de cette différence de matérialité ou de "physique mentale" abstraite. Nonobstant la différence méthodologique capitale entre la distribution des lexèmes dans la phrase et la concaténation des morphèmes dans une entrée lexicale, et parce que l'environnement de la commutation expérimentale applicable à chacun d'eux n'est pas du tout comparable, aucune théorie linguistique n'a fait la démonstration convaincante jusqu'à présent que ces deux objets obéissent à la même computation mentale.37 Par computation, il faut entendre la façon dont ils s'amalgament 'mécaniquement' en une unité matériellement construite. De même qu'en astrophysique, le fait pour les planètes et les étoiles d'être uniformément régies par les lois de la relativité ne saurait permettre de les confondre en tant qu'objets célestes, aucune règle ni aucun principe s'appliquant uniformément en linguistique aux lexèmes et aux morphèmes ne doivent permettre de confondre ces deux objets grammaticaux en tant qu'objets d'analyse justiciables de la même compétence. Pour être computable en syntaxe, un atome grammatical ne saurait être à la fois lexème et morphème, pas plus qu'un astre n'est à la fois planète et étoile, ou encore une cellule à la fois neurone et leucocyte. Bien que ce soient les mêmes lois de la Nature qui régissent les divers objets célestes malgré leurs différences physiques, rien ne permet jusqu'à présent de soutenir que des objets mentaux aux propriétés physiques différentes sont régis par des lois de l'Esprit qui seraient les mêmes. Le caractère proprement mental de l'attribut "physique" <:!:~> qui affecte les objets grammaticaux n'autorise pas d'outrepasser cette différence, que ce soit au nom de la nécessaire abstraction scientifique, ou au nom de l'adéquation explicative, ou encore au nom de l'unité de la science. Il semble au contraire que les lois de l'esprit langagier n'ont rien de l'uniformité des lois newtoniennes de la nature. C'est pourquoi nous prenons le parti de concevoir la Gg en termes de "computation distribuée", c'est-à-dire en maintenant une ligne de démarcation

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théorique entre la combinaison des lexèmes entre eux, et la combinaison des morphèmes entre eux, eu égard à la double tâche de tout système linguistique qui consiste d'une part à structurer des phrases pour l'expression verbale, et d'autre part, à structurer des dictèmes pour le Dictionnaire. Rien ne justifie de penser que le caractère distribué de la computation linguistique est une distinction théorique dénuée de fondement scientifique au motif que la dynamique externe de l'expression verbale devrait être régie par les mêmes lois que celles de la dynamique interne du Dictionnaire. Aussi disons-nous que la combinatoire grammaticale se "distribue" en deux domaines, celui de la syntaxe et celui de la morphologie, une séparation que D. Leeman (1999), entre autres, n'exclut pas d'envisager en conclusion ultime de sa discussion de la dépendance réciproque du Lexique et de la Syntaxe. Désormais, on appellera SYNTAGMATION la combinatoire ("computation") syntaxique qui manipule les atomes D-libres, tandis qu'on appellera AFFIXATION qui manipule les atomes celle D-liés. En bref, la syntagrnation dépend de l'attribut <+~> de ses objets, et l'affIxation, de leur attribut < - ~>. 4.5 TOPOLOGIE DUDICTIONNAIRE Dans la mesure où il représente la mémoire langagière de l'Homme grammatical, le Dictionnaire constitue le "plan de travail", le socle subsymbolique de l'esprit qui sert de lieu d'ancrage de la Gg. Les atomes lexicaux forment une population d'objets de mémoire qui meublent cette géographie du mental en côtoyant une masse d'autres objets de mémoire non atomiques, donc nécessairement supraatomiques. Les lexies de la morphologie (mots potentiels) et les DPL la syntaxe de (mots composés) sont les objets supra-atomiques qui co-habitent avec les atomes, chacun dans leur domaine. Le Dictionnaire se laisse donc appréhender comme une topologie d'objets divers, qui se déploie dans l'inextricable réseau des connections neurales selon leurs propriétés "physiques" spécifiques.38 Qu'ils appartiennent à la syntaxe ou à la morphologie, nous disons que les atomes se répartissent aussi nécessairement en fonction d'un second attribut ontologique, à savoir l'attribut < ::!: ERMË> affecte le signifié de l'atome. Le trait F qui < -.'7> vaut pour le caractère ouvert et le trait <+.'7> vaut pour le caractère fermé du sémantisme qui affecte le signifié d'un atome, i.e. paradigrnatique ou extensionnel. On instrumente dans la Gg le produit cartésien de ces deux attributs ontologiques au moyen d'une table dite "tétrachorique" de traits symboliques: <:I:Sf>pour l'attribut du signifiant, et <:I:!T> pour l'attribut du signifié.39 C'est donc la matrice de ce produit cartésien présentée à la page suivante qui définit cette "géométrie", cet "espace topologique", ce "plan de travail" dans lequel se structure le signe linguistique dans la mémoire langagière.40 Donnons quelques précisions sur la terminologie. Le 'fonctème' est le néologisme que nous proposons pour désigner l'ensemble des traditionnels "mots grammaticaux" ou encore lesdites "catégories fonctionnelles" de la GU, tels que nos deux critères permettent de les identifier dans la langue. En vérité, le fonctème est plus que ça. Il désigne tout dictème dont l'ontologie lexicale n'est ni celle du substantif, ni celle du prédicatif, ni celle du modificatif, cf Chapitre II, 93.2.2. Le terme de 'syntaxème' est emprunté à Warnant (1982) par opposition à son 'sémantème'. L'acception qui lui est donnée dans la Gg correspond à la définition de "catégorie lexicale synaptique". Parmi les atomes morphologiques qui tiennent lieu de bases, on note les 'lexies' dont la forme correspond à celle d'un mot existant, au contraire des radicaux, une distinction hautement pertinente en regard de la mémoire langagière. Par exemple, dans le mot injustice, la base /3yst/ est une lexie parce que sa forme phonétique actualise un mot existant du français contemporain, ce qui est pertinent à la mémoire lexicale, tandis que dans le mot subreptice, la base

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Ir€ptl est un radical parce que sa forme sonore ne correspond à rien de connu du vocabulaire français,. pas plus d'ailleurs que la base Iva ni du mot vanité. Les bases
TABLEAU!

TOPOLOGIE DU DICTIONNAIRE SELON LES DICTÈMES ASSOCIÉS À L'ATOME

lexèmes (noms, verbes, adjectifs) Fonctèmes (pronoms, déterminants, etc.)

Bases (radicaux& lexies)

Affixes
(préfixes &. suffixes)

dont la forme est existante sont donc des lexies, celles-ci pouvant être construites ou non. Un morphème radical n'est jamais construit. Dans le motformalisme par exemple, la baseformal~ par rapport .au morphème ~isme est une lexie construite au

moyen des morphèmes form, une lexie, et +al, un suffixe. Mais dans le mot
catéchisme, la base par rapport au mêmemorphème est constituée du radical catéch qui est non-construit. 4.6 DE LA CONSTITUANCE DESDICTÈMES Il ya quelque avantage à recourir à une critériologie complémentaire dans le but de confectionner une typologie prédictive des dictèmes basée sur le savoir intériorisé du découpage élémentaire des unités grammaticales. Ce savoir intériorisé dépend du jugement linguistique qui s'exerce sur la nature construite ou non des divers objets de langue. C'est le savoir intériorisé de la constituance des objets grammaticaux. Bien que ce savoir soit plutôt l'apanage du savant que du sujet parlant ordinaire, on idéalisera ce savoir de manière robuste, en disant que les objets linguistiques se laissent répartir entre obj ets construits et objets non-construits. Dans la Gg comme dans la grammaire générative, la constituance se matérialise dans la structure interne. Au point d'intersection de ce savoir binaire intuitif et des deux composantes formelles de la grammaire qui relèvent de l'attribut <::I::~>,on constate que la distribution prévisible des objets lexicaux obéit à une nécessité structurale externe, en quelque sorte. Des objets identifiés <+~> construits par application des opérations de syntagmation de la composante syntaxique, on dira qu'ils sont Sconstruits, i.e.. "syntaxiquement construits". Parallèlement, des objets <-~> qui sont construits par application des opérations d'affixation de la composante morphologique, on dira qu'ils sont M-construits, i.e. "morphologiquement construits". Mais on ne saurait évacuer du logos la masse des objets lexicaux qui ne sont pas construits du tout. Ce sont les objets Z-construits, i.e. non construits ou "zéro-construits" , de la grammaire. Il s'ensuit que selon le critère de la constituance, le Dictionnaire de l'Homme grammatical contient seulement trois grandes classes d'objets lexicaux. Le tableau II de la page suivante systématise ces observations.