SYSTÈME VERBAL ET DEIXIS EN PERSAN ET EN FRANÇAIS

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L’étude d’énoncés persans courants et la comparaison de trois œuvres de Camus (La Peste, La Chute, Caligula) avec leurs traductions persanes confirment que la mise en relation directe des temps verbaux avec la deixis n’a aucune valeur explicative. Seuls, comme on le verra, les contextes macrosyntaxiques et extralinguistiques permettent d’en rendre compte.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296298446
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SYSTÈME VERBAL ET DEIXIS EN PERSAN ET EN FRANÇAIS

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LES SAN PEZECHKI

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SYSTEME VERBAL ET DEIXIS EN PERSAN ET EN FRANÇAIS
d'après les traductions persanes de La Peste, La Chute et Caligula d'Albert Camus

Préface de Michel Maillard

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç)L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3001-9

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Préface

Il m'est bien agréable de préfacer un livre où je retrouve, intelligemment appliqués au persan, les grands concepts de linguistique générale et contrastive que j'ai enseignés pendant vingt ans à l'Université Stendhal de Grenoble, en particulier ma théorie de la deixis textuelle et de la diaphore, mon approche de l'impersonnel comme prédicat asubjectal et cette conception non déictique du système verbal et du présent de l'indicatif, que je partageais avec le regretté G. Serbat. Toutes ces idées ont été exposées et discutées dans le groupe METAGRAM. Aujourd'hui implanté à Madère, ce centre de recherches que j'ai fondé à Grenoble en 1989, dans le cadre du LIDILEM (Linguistique et Didactique des Langues Etrangères et Maternelles) de Louise Dabène, avait pour objet d'unifier le métalangage grammatical européen et sémitique. Hors de toute église constituée, notre recherche terminologique n'allait pas sans une vaste rénovation théorique, appuyée sur une approche contrastive des langues et alimentée par un patient travail sur corpus. Mme Lessan a fréquenté cinq ans ce riche laboratoire d'idées qui réunissait chaque mois quelque trente spécialistes des langues les plus diverses (allemand, anglais, arabe, bengali, bulgare, chinois, coréen, espagnol, grec, hongrois, japonais, latin, néerlandais, persan, polonais, portugais, russe, sotho, suédois, tchèque, twsana, turc, ukrainien, vietnamien, etc.). Tous apportaient leur écot

-

parmi eux D. Creissels - et

recevaient en échange une belle provision d'idées dont certaines ont été divulguées sans mention d'origine. Mais Mme Lessan cite ses sources et je lui en sais gré. Dans le sillage d'un colloque sur la deixis organisé à la Sorbonne en 1990 auquel j'avais pris une part active, beaucoup de travaux métagrammiens ont visé à tester les théories qui s'étaient alors affrontées, dont celles de Hagège (dite ici égocentrique), de Danon- Boileau (dite consensuelle) et de Kleiber (occurrentielle), sans oublier ma propre approche formelle de la deixis comme phénomène syntaxiquement contraint, conçue pour expliquer des faits laissés dans l'ombre par les théories précédentes.

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Seule une prise en compte des contraintes syntaxiques peut en effet éclairer l'usage paradoxal du déictique distal ân dans un énoncé tel que ânce ke dar delam hes mi-konam barâje xodam negah xâh-am dâst, « ce que je sens dans mon cœur je le garderai pour moi». Rien n'est plus proche du locuteur que son propre cœur et pourtant il ne saurait y référer ici que par le démonstratif distal ou prétendu tel. On retrouverait avec le latin illud quod, l'italien quello che, l'espagnol aquello que, le portugais aquilo que la même utilisation du « distal» devant une relative déterminative. Autre sujet de réflexion théorique et de rénovation terminologique, le système verbal et la temporalité, en relation avec les différents colloques Chronos, notamment le deuxième (Dunkerque 1995), où participèrent douze métagrammiens et qui aboutit à La conception métagrammienne du temps verbal, publié en 1998 chez Peeters dans Le langage et l'homme XXXIII, 2/3. Après ce grand brassage d'idées ont vu le jour sous ma direction une trentaine de thèses dont les plus importantes ont été publiées ou le seront, notamment E. Almeida (2000), La deixis en portugais et en français, chez Peeters; 1. Novakova (2001) Sémantique du futur: Etude comparée français-bulgare, chez l'Harmattan; chez l'Harmattan encore le présent ouvrage (2002) ; H.-L. Kim, Temporalité et aspectualité en français et en coréen (à paraître). Qui se donnerait la peine - et le plaisir - de lire ces travaux y trouverait une remarquable convergence d'idées, à commencer par une commune conviction: les tiroirs verbaux ne sont pas déictiques et ne le paraissent que par défaut, si aucun constituant nominal ou quasi nominal ne vient préciser l'application temporelle de V. On sait que selon Aristote le verbe est par excellence le « mot du temps» (le Zeitwort des germanophones) et que chaque paradigme verbal est affecté à un secteur temporel: passé I présent I futur. Cette idée devenue banale ne résiste pas à un examen sérieux. Déjà en grec, l'existence d'un aoriste (6 àOpl<JTOÇxpovoç,« le temps indéfini ») infirme la validité de la théorie dite des trois époques. Mes cours et articles ont tenté de montrer que l'élasticité temporelle de l'aoriste est généralisable aux autres « temps» verbaux. A l'époque je ne connaissais pas le persan mais pour qui compare les systèmes européens et sémitiques, le cas de cette langue indo-

PRÉFACE

Il

européenne est passionnant car elle assume un double héritage grammatical, l'un venu d'Europe, l'autre du monde arabe. J'ai donc accueilli avec beaucoup d'intérêt l'offre de contribution de Mme Lessan. Naviguant avec habileté au milieu de toutes ces confluences, l'auteure se montre à la fois fidèle aux grandes lignes directrices de METAGRAM et originale dans le domaine iranien par ses vues nouvelles sur le médiatif et sur une deixis spatio-temporelle jusque là très peu explorée (au colloque La Deixis, le persan était absent). On appréciera ici la rigueur du plan de masse et aussi la précision des analyses de détail, qui feront réfléchir traducteurs et traductologues en ébranlant bien des certitudes au sujet de déictiques trompeurs tels que hâlâ « maintenant », emruz « aujourd'hui» ou fardâ « demain». Seuls des composés comme « hier soir» ou « après-demain» ont quelque fiabilité déictique: dans les langues, c'est en ajoutant du flou au flou qu'on peut espérer faire du précis. Malgré le caractère un peu austère de la matière, le lecteur - y compris le non-spécialiste - prendra plaisir à lire ce livre au style sobre, précis, élégant, et qui, sans la moindre pédanterie, le fera pénétrer en douceur dans les arcanes d'une langue à la fois si lointaine et si proche de la nôtre. Madère, le 29 mai 2002 Michel Maillard Professor Catedratico Convidado Universidade da Madeira

Introduction

Ayant reçu à l'origine une formation littéraire, j'ai éprouvé en enseignant le français langue étrangère le besoin d'approfondir une formation qui me paraissait insuffisante. Les apprenants iraniens faisaient beaucoup de fautes en français, notamment dans les formes verbales, des pronoms personnels, des adverbes de temps et de lieu. Je me sentais un peu démunie en face de toutes ces erreurs et je ressentais de plus en plus vivement le désir de compléter ma formation initiale par une recherche en didactique des langues étrangères. C'est dans cet esprit que je me suis inscrite à l'université Stendhal de Grenoble dans le DEA de linguistique et didactique. J'ai particulièrement apprécié, dans le cadre de ce DEA, une tentative constante de la part des enseignants pour mettre en rapport la description des systèmes linguistiques et les différentes méthodes didactiques qui visaient une meilleure appropriation de ces systèmes par les apprenants de langues étrangères. Il m'est apparu clairement alors qu'il n'y avait pas de didactique des langues possible sans formation linguistique préalable. A quoi bon introduire des méthodes nouvelles dans l'enseignement si ce que l'on enseigne ne correspond pas au fonctionnement réel des langues? La linguistique me paraissait tout à fait appropriée à ce type de recherche, et j'ai tout particulièrement apprécié les cours de M. Maillard centrés sur l'enseignement du système verbal français aux non-natifs. Tous ses cours étaient faits dans un esprit contrastif. Sur le plan des principes, il se disait en plein accord avec les vues exposées par Adamczewski et Delmas dans l'avant-propos de leur Grammaire linguistique de l'anglais. Il en citait volontiers la phrase suivante: « On aura noté la démarchecontrastive qui caractérise notre grammaire: tout phénomène grammatical anglais est aussitôt confronté à ce qui lui correspond en français. On sait aujourd'hui qu'il est impossible de comprendre la grammaire d'une langue si on ne l'analyse pas dans la perspective du fonctionnement du langage, c'est-à-dire si l'on fait abstractiondes autres langues.Or les langues s'entre-éclairentles unes les autres et ce pour une raison aussi simple que fondamentale: c'est que les opérations profondes (les mécanismes abstraits) sont grosso modo les mêmes. Ce qui change, ce sont les traces en surface de ces opérations. Ce sont elles qui sont particulièresà telle ou telle langue et c'est ce fait qui est à l'origine de la diversitéapparentedes langues».

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C'est précisément parce que les opérations énonciatives profondes sont sensiblement identiques d'une langue à l'autre, en dépit de la diversité des formes de surface, que l'activité de traduction est possible et que l'on peut transposer d'une langue à l'autre un message profond, sans en trahir fondamentalement l'originalité ni la finalité. Un traducteur ne peut réussir dans son entreprise que s'il s'élève à ce niveau de « grammaire interne» dont parle Adamczewski. Il m'a donc semblé intéressant de mettre en parallèle les systèmes déictiques du persan et du français en partant d'un corpus français écrit et de sa traduction en persan. Partant de mes études de Lettres, j'ai décidé de travailler sur la traduction persane de trois œuvres de Camus: La Peste, La Chute, et Caligula. * * * On pourra m'objecter que ce travail, fondé sur la langue écrite, ne donne pas un aperçu global des deux systèmes en présence. A cela je donnerai deux réponses. La première est que la langue écrite intègre plus ou moins, selon les œuvres, des formes de la langue parlée. C'est vrai en particulier d'une œuvre théâtrale comme Caligula, si l'on admet que le langage de ce théâtre-là est très proche de la conversation ordinaire. On y trouve un fonctionnement des déictiques spatiaux qui rappelle celui du dialogue quotidien puisqu'il Y est fait référence à un espace que tout le monde a sous les yeux, acteurs comme spectateurs. Quant à La Chute, bien qu'il s'agisse d'un roman, il se présente comme un monologue, ou mieux comme une longue conversation enregistrée au magnétophone dont les répliques du coénonciateur auraient été effacées. Ici non plus nous ne sommes pas loin des conditions énonciatives de la conversation quotidienne avec une organisation temporelle en hier / aujourd'hui / demain qui est plus proche de l'échange verbal ordinaire que de la narration in Ulo tempore des romans traditionnels. Enfin La Peste, plus conforme au schéma classique du roman, comporte un très grand nombre de dialogues. L'avantage qu'il y a à travailler sur un tel matériau, c'est qu'on a affaire à des énoncés attestés que tout le monde peut vérifier. On s'affranchit ainsi de l'obligation ou de l'accusation de fabriquer des énoncés ad hoc ou de se constituer un corpus oral sur mesure. Il y a là un authentique garant d'objectivité. Cela dit, je ne me suis pas interdit de faire appel, de temps à autre, à des phrases de la langue courante de la plus grande banalité et de la

INTRODUCTION

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plus grande fréquence, que tout persanophone peut accepter sans l'ombre d'une hésitation. J'ai systématiquement éliminé les énoncés de grammaticalité douteuse qui ne font pas l'accord des persanophones entre eux. En tout état de cause, mes emprunts à la langue orale sont donnés à titre complémentaire et restent limités. Dans les deux cas, à l'oral comme à l'écrit, les faits de langues sont vérifiables par tout un chacun. * * * Les cinq chapitres de ce travail distinguent d'un côté le système verbal (chap. 1 et 2) et de l'autre la deixis temporelle, spatiale et personnelle (chap. 3, 4 et 5). Comme le lecteur pourra s'en rendre compte, la plupart des « temps» verbaux du persan sont applicables au trois moments du temps chronologique, temps qui précède l'énonciation, temps qui la suit, temps concomitant. Cela revient à dire que les différents « tiroirs» verbaux, malgré les étiquettes traditionnelles de « passé », « présent» et « futur» (mâzi, mozâre, âjande) sont mobiles sur l'axe chronologique et, de ce fait, doivent être dégagés des liens déictiques étroits dans lesquels la tradition veut les enfermer. Il m'a donc paru opportun de consacrer les premiers chapitres au système verbal, étudié en lui-même, en dehors de toute attache avec la deixis temporelle. Ne devrait-on pas revoir les étiquettes traditionnelles des « tiroirs» verbaux du persan, qui sont, comme dans beaucoup d'autres langues, de nature essentiellement temporelle? Un certain nombre d'exemples militent en faveur du réétiquetage du mâzije sâde comme aoriste et du mâzije naRli comme parfait, du moins en terminologie francophone. Sera-t-il possible de trouver des termes apparentés dans le cadre de la langue persane pour se débarrasser d'une terminologie arabe aujourd'hui contestée par les arabophones eux-mêmes? Quant au médiatifproposé par Gilbert Lazard pour couvrir un certain nombre de « tiroirs» traditionnellement laissés de côté, il semble qu'il puisse être traduit par bardâsti. Je me propose d'analyser en détail un certain nombre d'emplois de ce médiatif dont on parle beaucoup aujourd'hui, notamment à la suite des travaux de Z. Guentcheva sur le bulgare. En tant que persanophone, j'ai été moi-même étonnée par l'existence de ces formes, bien attestées dans mon corpus, et qui n'ont aucune existence reconnue dans la grammaire scolaire

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habituelle. Ce qui est d'autant plus surprenant, comme nous allons le voir, qu'elles sont très répandues dans le langage familier. Comme ces formes supposent presque toujours une orientation rétrospective en direction d'une source d'information antérieure ou en direction d'un événement non constaté mais simplement reconstitué, le médiatif est utilisé le plus souvent pour référer à des faits passés ou supposés passés, d'où la dénomination de « passé distancié » proposée aussi par G. Lazard, concurremment avec celle d' « inférentiel ». Je me demanderai néanmoins s'il y a lieu ou non d'inclure dans le médiatif les énoncés associés à un fait de surprise. Y a-t-il encore médiation dans ces cas? Ne s'agit-il pas plutôt d'une saisie immédiate, sans l'intermédiaire d'aucune source d'information autre que celle de « nos propres yeux» ? Ou encore faut-il supposer que la surprise n'est qu'une discordance entre le spectacle qu'on a sous les yeux et l'image qu'on s'en faisait au préalable? N'y aurait-il pas, ici encore, un détour obligé par le passé? L'impression de surprise est-elle aussi immédiate qu'on le pensait? J'essaierai de répondre à ces questions à la fin du premier chapitre (section 1.6.9.). On se demandera aussi s'il y a dans le système verbal français quelque chose d'équivalent ou de correspondant au médiatif persan. Certains emplois du conditionnel, surtout du conditionnel passé, pourraient correspondre assez bien à plusieurs emplois du médiatif: (tebRe gofteje barâdar-am) ma' SURee sâbeRe mitrâ sabe gozaste be didanas j âmade- bude (ast), « (d'après mon frère) l'ancien amant de Mitra serait venu lui rendre visite la nuit dernière ». Au moment même où beaucoup de linguistes français nient au conditionnel le statut de mode pour l'intégrer à l'indicatif sur des arguments d'ordre essentiellement distributionnel, convient-il d'ériger le médiatif persan en mode autonome ou faut-il le considérer comme un ensemble de formes surcomposées rattachables à l'indicatif persan? Etant admis que la valeur modale de telles ou telles formes ne saurait constituer un argument suffisant pour promouvoir les formes en question en mode particulier, l'imparfait français ou persan devrait être, lui aussi, promu à ce compte au rang de mode à part entière. On examinera ensuite la deixis. Après une brève présentation de la notion (chapitre 3), on étudiera le matériel linguistique des deux langues (chapitre 4). On commencera par la deixis spatiale, la plus facile à exposer, qui sert aussi de base à l'édifice, en commençant par les morphèmes les plus directement liés à l'espace, à savoir les traditionnels « adverbes

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de lieu» . Nous verrons qu'ils sont en fait très proches de la classe des noms et que des mots comme ici ou là en français ou ind3â et ând3â en persan se retrouvent très souvent en position de constituants nominaux. On analysera les présentatifs des deux langues, qui sont, eux aussi, intimement liés aux lieux occupés dans l'espace, puis les démonstratifs dont la gamme référentielle va de la désignation de l'objet proche jusqu'à l'évocation d' objets universels qui, dans les énoncés génériques, ne sont liés à aucun lieu en particulier. Après avoir étudié la temporalisation des déictiques spatiaux, je passerai à la deixis temporelle essayant toujours, dans la mesure du possible, de mettre en relation le fonctionnement des déictiques temporels - noms, adverbes, adjectifs - avec les différents « tiroirs» de la conjugaison. Cela donnera l'occasion de vérifier la théorie de Maillard et Creissels, que c'est l'espèce nominale et non l'espèce verbale qui, dans les langues les plus variées, a essentiellement la charge d'exprimer le temps. Contrairement à ce que pensait Aristote, le verbe n'est pas comme on le verra le marqueur exclusif du temps. Bien au contraire, ce sont essentiellement des noms (semaine, matin, soir, heure, etc.) et les espèces qui leur sont apparentées, l'adjectif (prochain, dernier, etc.) et l'adverbe (hier, demain, etc.) qui, en français comme en persan, permettent de décider si le temps de l'énoncé est antérieur, concomitant ou ultérieur au temps de l'énonciation. N'est-ce pas ces noms ou quasi-noms qui permettent de situer l'un par rapport à l'autre Ie spoken event et Ie speaking event, Ie temps linguistique n'étant en somme rien d'autre que la relation entre ces deux types d'événements, relation qui peut être de précession, de concomitance ou de succession? C'est seulement en troisième lieu que j'aborderai la deixis personnelle qui, elle non plus, n'est pas le monopole du verbe. Certes, il existe bien une flexion personnelle verbale - surtout en persan où elle s'est bien maintenue - mais en français, cette flexion personnelle ne peut suffire à elle seule à déterminer exactement le statut énonciatif des participants à la communication. Ici encore, ce sont des noms, des pronoms ou des indices pronominaux, issus des précédents, qui permettent d'assurer le fonctionnement de la catégorie de la Personne que M. Maillard a rebaptisée locution dès 1974 pour la libérer de tout lien à la notion de personne humaine. Cette catégorie est organisée autour de trois rôles énonciatifs fondamentaux: élocutif, allocutif, délocutif. Ce dernier concept est le plus important car il arrive souvent que la prétendue troisième personne ne corresponde à aucune personne digne

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de ce nom, chaque fois qu'il est fait référence à des entités nonhumaines ou que l'énoncé verbal fonctionne sans sujet référentiel,

quand il est « impersonnel».

.

J'aborderai dans ce cadre le cas des énoncés impersonnels ou asubjectaux en persan. On aura l'occasion de voir à quel point il est difficile de les isoler en raison de la grande souplesse des règles de l'accord en nombre du verbe persan. On aura aussi l'occasion de constater la grande souplesse fonctionnelle des morphèmes personnels du persan, qui échappent à toute flexion casuelle. J'aborderai aussi l'usage des personnels en tant que possessifs, les mêmes morphèmes pouvant s' affixer tantôt au verbe tantôt au nom et indiquant alors dans ce dernier cas, le « possesseur» du référent désigné par le nom qui précède. Nous aurons l'occasion de vérifier alors le bien-fondé des critiques adressées par Maillard et Creissels à la notion de «possession », en montrant qu'en persan comme en français, le lien établi entre le possessif et le substantif auquel il se rapporte est très rarement un lien de possession authentique, mais constitue en vérité un rapport d'annexion, en tout point comparable à celui qui relie un nom et un complément de nom dans le cadre du syntagme génitival. Les possessifs doivent donc recevoir un autre nom. D. Creissels les appelle associatifs, M. Maillard annexifs. Je retiendrai ce dernier terme parce qu'il me paraît grammaticalement plus précis, et qu'il est motivé par ce fameux rapport d'annexion, classique en grammaire arabe et persane, et correspondant à la relation d'ezâfe (ar. iqa:fa). Je ne négligerai pas la question des réfléchis et réciproques dont le fonctionnement est sensiblement différent en français et en persan, puisque dans cette dernière langue ils peuvent ne pas varier en personne alors qu'en français leur variation personnelle est obligatoire. Le chapitre 5 portera sur la large gamme des traductions persanes possibles des principaux morphèmes déictiques français, en terminant par un classique, à savoir les différents correspondants persans du on français. * * *

1 Le système verbal persan

Avant d'aborder les analogies et les différences entre les deux systèmes verbaux français et persan, je commencerai par examiner les formes finies du verbe de la langue persane. Le verbe est une des catégories linguistiques qui posent le plus de problèmes en traduction-interprétation et dans l'expression en langue non maternelle. Le choix du tiroir verbal approprié au contexte suppose une bonne connaissance des deux langues. En ce qui concerne les auteurs des grammaires traditionnelles, leur raisonnement suit la théorie des temps avancée par Aristote. La conception aristotélicienne du temps 1 le partage en passé, actuel et avenir. Ainsi le temps ne se contente pas de couler, il est aussi mesuré. Et c'est cette approche philosophique qui a été adoptée et maintenue par les grammairiens, ce qui explique pourquoi dans les grammaires traditionnelles, temps grammatical et temporalité sont confondus. Avant de revenir sur cette distinction et de traiter la relation deixis - système verbal, je vais présenter le fonctionnement du système verbal persan qui, à bien des égards, diffère du français. S'agissant d'initier mes lecteurs et non de critiquer la façon dont les grammairiens traditionnels et scolaires ont présenté le système verbal, je me limiterai ici à la terminologie et au problème des «étiquettes ». 1.1. Terminologie Le persan a reçu un apport impressionnant de l'arabe. Ainsi, en ce qui concerne la terminologie de la conjugaison du système verbal, les étiquettes ne sont que des vocables empruntés à l'arabe. Cependant l' emprunt ne se fait pas sans dommage pour la nouvelle langue. La description des « temps» verbaux persans, vue à travers une grille qui ne leur convient pas tout à fait, en constitue un exemple instructif. Les grammairiens traditionnels, qui définissent le verbe comme « porteur du temps », divisent ce dernier en trois époques: passé (mâzi ou gozaste), actuel (mozâre ou hâl) et avenir (mostaRbal ou
Cf. Maillard [1989b : 92] : «Nul doute que cette vision des choses ne remonte, par des relais divers, à la théorie aristotélicienne dite des trois époques, exposée notamment dans la Poétique ».

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âjande). Malheureusement, on observe que le poids de cet héritage terminologique est très lourd et que le linguiste d'aujourd'hui a du mal à s'en débarrasser, même s'il manifeste constamment le désir de renouveler les définitions. Dans tôsife sâxtemâne dasturije zabâne fârsi, M. R. Bateni [1370/1991 : 113], qui a gardé la tradition terminologique, se justifie en avançant des raisons mnémotechniques et il ajoute que ces termes ne sont que des étiquettes et des outils formels auxquels il fait appel pour éviter des complications éventuelles de la compréhension. Il faut noter aussi que ces appellations ne sont pas transparentes et ne tiennent pas compte des valeurs modales et aspectuelles portées par le verbe. 1.2. Morphologie Pour décrire la structure interne des formes du verbe en persan j'aurai recours au commentaire de G. Lazard [1957 : 124, 125, 126, 130, 131, 154]. 1.2.1. La base verbale Du point de vue de la formation, on distingue les formes simples et les composées. Les formes simples se répartissent en deux groupes, selon le radical. Tout verbe persan a deux radicaux. Sur l'un d'eux (radical I) sont formés le présent, le subjonctif présent, le participe présent, le gérondif, et sur l'autre (radical II) sont formés le prétérite, l'imparfait, le participe passé et les deux infinitifs. A ces radicaux s'ajoutent des désinences personnelles et des préfixes verbaux pour constituer la conjugaison. 1.2.2. Les éléments de la conjugaison On divise ordinairement les verbes persans en deux grands groupes, verbes réguliers et verbes irréguliers, selon le rapport de leurs deux radicaux. Dans les verbes réguliers, le radical II se forme par l'addition du suffixe -id- au radical 1. Ce dernier s'obtient en retranchant de l'infinitif la finale -idan. Ex : xaridan « acheter», rad. I, xar- (présentmi-xar-am)«j'achète ». Rad. II xar-id (prétérite(xar-id-am))«j'achetai ». Le radical II des verbes irréguliers (infinitif en -dan ou -tan) est toujours -d ou -toIl est en -d après voyelle, Inl et Irl (âmadan « venir », xândan « lire », mordan « mourir»), et il est en -t dans les autres cas

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(sâxtan « fabriquer, construire », dâstan « avoir », goftan « dire»). Cette dentale -d ou -t n'apparaît pas au rad. I. Les verbes dits irréguliers ne sont tels que parce que le rapport de leurs radicaux n'est pas conforme à la règle. A partir de leurs deux radicaux, toutes les formes sont constituées et conjuguées régulièrement; seuls quelques verbes présentent des particularités. 1.2.3. Les préflxes La conjugaison comporte l'usage de deux préfixes: mi- a une valeur durative, et entre dans la formation de l'indicatif présent et de l'imparfait. be- n'a aucune valeur sémantique; c'est un simple instrument morphologique qui sert à caractériser le subjonctif et l'impératif.

La négation est marquée par la particule na- préfixée, qui prend régulièrement l'accent: Ex : na-xarid-am,«je n'ai pas acheté» devant voyelle, on a na-j- : Ex : na-j-âmad,« il ne vint pas» La particule na- précédant le préfixe -mi- devient alors ne- et exclut le préfixe -be-. Dans le cas des formes composées, elle est affixée au participe, et, pour le futur, à l'auxiliaire. 1.2.4. Les désinences Les désinences personnelles sont les suivantes: singulier 1 2 3 -am -i -ad (e) : « présent» pluriel -im -id (-in) -and (-an)

o : « passé

simple»

Excepté à la 3e sg, on emploie les mêmes désinences au présent et au prétérite. La 3e sg au prétérite n'a pas de désinence, elle est identique au rad. II. Les formes verbales du persan changent à chaque personne. Les désinences verbales nous donnent l'information qui est portée partiellement par les indices pronominaux du français, à savoir je, tu, il, etc.

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1.3. Temps et temporalité Le terme temps est employé d'une manière équivoque en linguistique française, ainsi que dans la plupart des langues indo-européennes. Le mot renvoie à plusieurs notions. La façon dont on classe les différentes formes ou désinences que peut prendre le verbe est appelée Tempus en allemand et tense en anglais. C'est le temps grammatical. En revanche, Zeit en allemand et time en anglais expriment le moment où le procès se passe. C'est le temps chronologique. En persan, le terme zamân, « temps », englobe ces deux acceptions, ce qui entraîne la même confusion qu'en français. Pour faciliter l'approche de ces notions en persan, il m'a semblé nécessaire de revoir comment les linguistes les ont interprétées. Dans «La représentation du temps dans la langue française », G. Guillaume [1951 : 30, 36] écrit: L'architecture du temps, en tout idiome où elle existe, est une représentation systématiséeobtenuepar des moyens spatiaux.La simple représentation linéaire du temps qui fuit est déjà, en son état élémentaire, un commencement de spatialisation du temps.

Plus récemment, B Pottier (1973), Ch. Baylon et P. Fabre (1978), C. Vet (1981), H. Adamczewski ([1982] 1990), etc., insistent sur l'ambiguïté du terme «temps» en illustrant leurs articles de remarques et d'exemples convaincants. Mais c'est chez Arrivé, Gadet et Galmiche [1986 : 669,670] qu'on trouve détaillés d'une manière explicite les trois différents signifiés de « temps» : 1. «temps» est fréquemment utilisé avec les valeurs habituelles du mot dans la langue commune, par exemple dans les phrases telles que Le verbe est la classe qui exprime le « temps », ou dans l'expression complément circonstanciel de « temps» (...) ou la diachronie vise l'évolution dans le «temps» des phénomènes linguistiques. 2. Le terme se spécialise dans la désignation d'une catégorie morphologique spécifique, en français, du verbe, mais susceptible, dans d'autres langues, d'affecter d'autres classes. Ce second emploi est en relation métonymique avec le premier (. ..) 3. Sous l'effet d'une seconde métonymie, le mot « temps» s'utilise pour désigner dans la conjugaison, chacune des articulations spécifiques de la catégorie du temps 2 (.. .).

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C'est ce « temps 3 » que l'on remplace par le terme « tiroir ». Il rend plausible l' idée (fausse) que le verbe marque le temps indépendamment de la modalité et de l'aspect. En ce qui concerne le temps 2, il s'agirait plus d'un problème conceptuel que d'un malentendu terminologique. Selon Adamczewski [(1982) 1990 : 38] « on a pris l'habitude d'attribuer au verbe ce qui appartient à l'énoncé, voire à l' énonciateur ». La réduction du temps linguistique aux tiroirs verbaux est de plus en plus contesté. Déjà pour P. Imbs [1960 : Il], la catégorie du temps peut affecter non seulement le verbe, mais aussi un substantif (nuit), un adjectif (matinal), un adverbe (journellement), une préposition (après), une conjonction (quand). Co Vet [1980 : 172] adopte à peu de choses près le même point de vue. D. Creissel [1979b : 184, 185] montre bien que le temps n'est pas uniquement confié au verbe: Il semblerait plutôt que (...) dans aucune langue, le temps C...) n'intervient directement et de manière privilégiée au niveau des signifiés des morphèmes de conjugaison, ce qui veut dire que (...) la valeur temporelle que nous attribuons néanmoins de manière évidente aux énoncés résulte plutôt d'un calcul faisant intervenir tout un jeu de compatibilités sémantiques ou si l'on veut, de sélection mutuelle entre les signifiés des morphèmes de conjugaison, des éléments de sens présents dans le contexte et des données situationnelles. La notion de temps ne se manifeste clairement qu'au niveau de certains circonstants (par exemple: hier / aujourd'hui / demain), pas au niveau de la conjugaison.

Tout ceci aide à éviter la confusion toujours menaçante entre trois plans différents: Le plan du temps chronologique, mesurable, ou temps extralinguistique. Le plan du temps énonciatif ou temporalité linguistique. Le plan morphologique des tiroirs de la conjugaison, appelés à tort « temps verbaux».

La temporalité linguistique s'exprime à travers l'ensemble du contexte et pas seulement par le biais des «temps verbaux », simples tiroirs pouvant contenir des valeurs temporelles très différentes en fonction des variables contextuelles. 1.4. Aspects et aspectualité Un autre problème - étudié depuis déjà presque un siècle mais toujours actuel- est celui de « l'aspect ». Malgré l'abondance des études

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ET DEIXIS EN PERSAN ET EN FRANÇAIS

dans ce domaine, cette catégorie est négligée par la grammaire traditionnelle. De ce foisonnement d'études proviennent différents termes comme intensif / extensif, inchoatif / non-inchoatif, accompli / inaccompli, peifectif / impeifectif, etc. Cette dernière opposition est empruntée à la grammaire des langues slaves où, traditionnellement, l'aspect imperfectif montre le caractère inachevé de « l'action» exprimée. Chez certains linguistes, cette même paire d'étiquettes sert à désigner une opposition au niveau du sémantisme du verbe, tandis que d'autres l'utilisent pour opposer des tiroirs verbaux. Pour Co Vet [1981 : 113], l'aspect est une relation entre le point référentiel et l'intervalle qu'occupe la situation à laquelle se réfère la phrase. Plus large que la notion traditionnelle d'aspect, l' aspectualité est à l'instar de la temporalité - diffuse dans l'ensemble du contexte verbal. Il ne suffit pas de prendre en compte l'aspect des formes verbales, il faut tenir compte du sémantisme du verbe, des tiroirs verbaux, de la nature du sujet, des périphrases verbales, en gros, de l'énoncé entier. 1.4.1. L'aspect lexical Un exemple de Maillard 2 va nous servir pour une première approche de la notion d'aspect: Le mercredi 20janvier 1987,Terry Waite, émissairede l'église anglicane, disparut I a disparu I disparaissait au Liban, alors qu'il essayait I *essaya I *a essayé de prendrecontact avec les ravisseurschiites de deux otages américains.(Le Monde du 20janvier 1988) Soient les verbes disparaître et essayer. Ils n'ont pas le même aspect lexical 3. Le premier est perfectif (disparaître en quelques minutes), le second est imperfectif (essayer pendant quelques instants). Le perfectif implique l'idée que le processus est mené à terme: ex : il s'est rasé en cinq minutes, alors que l'imperfectif signifie un processus sans terme assigné, ex : il a marché pendant cinq minutes. L'aspect lexical peut couvrir d'autres couples aspectuels, à savoir:

2 3

Cours de DEA, 1991-92. En allemand « die Aktionsart » est ainsi composé: « Aktion » = « action» (ou plus exactement procès) + s (du génitif saxon) + die «Art» objectivement, indépendamment du point de vue propre du locuteur », on peut définir l' Aktionsart comme « la nature aspectuelle du procès».

= « manière

», « façon », « nature»...

« la façon dont le procès se présente

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-

statif / évolutif (états de chose plus ou moins durable / phénomène en devenir). ex : demeurer, conserver / verdir, duratif / ponctuel (processus qui s'inscrit nécessairement dans la durée / événement instantané). ex : vivre / exploser, semelfactif / itératif (qui ne peut avoir lieu qu'une fois / qui se répète nécessairement). ex : mourir / clignoter, inchoatif / terminatif (processus saisi à son commencement! processus saisi à son achèvement). ex : s'en aller / aboutir.

A cette Aktionsart, qui est liée à la morphologie lexicale, s'ajoutent des aspects grammaticaux. Le locuteur peut suffixer grammaticalement un verbe perfectif pour lui conférer une valeur imperfective dans l'énoncé. Ex : l'avion décollaitlorsque la bombe explosa. Pourtant le couple perfectif / imperfectif ne doit pas être confondu avec celui d'accompli / inaccompli, qui vise l'aspect grammatical. 1.4.2. L'aspect grammatical Dans l'exemple cité supra, trois «tiroirs verbaux» de la « commode» 4 indicatif sont commutables dans le même « créneau syntaxique » : disparut / a disparu / disparaissait, tandis que dans la subordonnée temporelle de concomitance, introduite par alors que, un seul est possible: essayait. En changeant de tiroir verbal dans la principale, ce n'est pas la temporalité qui varie puisqu'il s'agit dans les trois cas d'un passé précis. Ce n'est pas le « mode» non plus, car on reste à l'indicatif. Ce qui change, c'est l'aspect grammatical, le point de vue que nous donne l'énonciateur sur le déroulement de l'événement. Cet exemple nous permet d'isoler, avec une parfaite clarté, la variable aspectuelle, puisque les autres variables verbales gardent une valeur constante. Les angles de vision qui définissent l'aspect avec les deux autres paramètres les bornes du procès et les repères temporels sont représentés par un angle et un œil. Ils se subdivisent en vision globale et vision partielle.

4

Nous devons cette métaphore à M. Maillard. Les commodes: indicatif, subjonctif, impératif et leurs tiroirs respectifs: simples, composés et surcomposés.

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ET DEIXIS EN PERSAN ET EN FRANÇAIS

VISION SYNOPTIQUE

Aoriste il di,rparllt

~~,,[ ,---]B "
'TISION INCliJjJJENTE

A

(GLOBALE)

I

/

0-----+

(PARTIELLE)

Inaccompli

_

A]~[B

o ----to

il di~rparaissait VISION RETR.OSPECTIVE(PARTIEIJLE)

Accompli

A]

]B

0--.

il a disparu état resultant: il reste introuvable Rt= 20/1/87 Ro=2011/88

N.B. Le rapt ayant duré quelques secondes, les bornes A et B sont nécessairement très proches l'une de l'autre.

Vision globale ou synoptique 5 C'est celle de l'aoriste, qui s'oppose à la fois à l'accompli et à l'inaccompli. Le procès, qu'il soit long ou bref, est embrassé d'un seul coup d' œil. Il implique nécessairement une coupure par rapport au moment de l'énonciation, à la différence de l'accompli. Dans la mesure où il entraîne une vision globale du procès, il s'oppose aussi à l'inaccompli. Le passé composé français peut être utilisé comme le passé simple pour saisir le procès de son début jusqu'à sa fin, à condition d'y ajouter des circonstants pour le situer dans le temps: Il mangea / a mangé de midi à une heure. Cet emploi du passé composé, appelé souvent « passé composé 2 », commutable avec le passé simple à l'écrit, présente une différence principale avec ce dernier: le procès peut s'y prolonger jusqu'en Ra, et même au-delà, si la borne n'est pas citée. Ce qui est exclu avec le passé simple, toujours coupé du moment de l'énonciation. Le futur s'accommodant d'un double bornage temporel, à l'instar du passé simple et à l'encontre de l'imparfait, peut également saisir le procès de son début jusqu'à sa fin: Ce jour-là, il mangea / mangera de midi à une heure.

5

Terme utilisé par certains chercheurs de MET AGRAM.

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Vision partielle Contrairement à ce qui se passe dans la vision globale, on ne voit qu'une partie de l'événement, et parfois même celui-ci n'a pas été vu et est simplement deviné et inféré à partir de la situation présente. Les visions incidente, rétrospective et prospective en font partie. En ce qui concerne la première, c'est une vision propre à l' inaccompli, c'est -à-dire que le processus est saisi en plein déroulement et le regard « tombe» sur un événement en cours: A midi, il pleuvait. Dans un cas comme celui-ci, on constate que le processus est, non seulement saisi en plein déroulement, mais que son début et sa fin ne sont pas pris en considération. La deuxième, la vision rétrospective, est propre à l'accompli. Elle suppose que l'événement est deviné à partir de ses traces: Il a plu, les trottoirs sont mouillés. Et la dernière, la vision prospective, est attribuée à un événement qu'on arrive à prévoir à partir de signes annonciateurs: Il y a de gros nuages, il va pleuvoir. 1.5. Modes et modalités Le mode, en tant que catégorie grammaticale, généralement associé au verbe, exprime le type de communication établi par le locuteur vis à vis de son allocutaire. Mais il exprime aussi l'attitude prise par le sujet à l'égard de l'énoncé. Ainsi note-t-on un manque de cohérence dans l'emploi de « mode» et de « modalité », entre autres J. Dubois et al. [1973 : 320] qui ne les distinguent pas: Comme synonyme de « mode », la « modalité» définit le statut de la phrase: assertion,ordre ou interrogation. Wilmet [1978 : 51-68] sacrifie la «modalité» « mode» : au bénéfice du

Au sens large, le mode émet un jugement de vérité ou de validité sur un énoncé. Il inclut la forme - assertive, injonctive ou interrogative - des propositions, le choix des personnes et des repères limitant le champ énonciatif, l'opposition temporelle du passé et du présent (domaine du vrai ou faux), au futur (domaine de l'incertain), l'emploi des auxiliaires « devoir », « falloir », « pouvoir », « savoir », « vouloir» et des « adverbes de phrases» « peut-être », « selon moi », etc. Au sens étroit, le mode grammatical désigne trois stades de représentation du temps en fonction de la personne et du repère: 1. Repère ne constituant ni énonciation ni actualité 2. Repère constituant énonciation mais non actualité (.. .) 3. Repère constituant à la fois énonciation et actualité.

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L'emploi distinctif de ces deux termes ne date pas d'aujourd'hui. P. Imbs [1960 : 251] le souligne d'une manière précise: Il importe ici, plus qu'ailleurs, de distinguer soigneusement « mode» et « modalité ». Indicatif, subjonctif, impératif, infinitif, gérondif, participe sont des « tiroirs-mode» qui groupent en système des formes homogènes; mais ils peuvent chacun exprimer des « modalités» diverses. Les remarques de Benveniste pas sans intérêt non plus: [1974 : 187, 188] à ce propos ne sont

Il faut d'abord légitimer la catégorie de la modalité. Nous entendons par modalité une assertion complémentaire sur l'énoncé d'une relation... On prendra seulement soin de la bien distinguer des « modes» admis traditionnellement en grammaire dans la morphologie du verbe. Il est à préciser que le problème ne se limite pas à la distinction des deux termes. De nombreux chercheurs ont essayé d'aborder la question de la définition, de la construction, de l'organisation et de la classification des modalités. Au colloque de la faculté des Lettres de Metz, Jean-Louis Gardies [1981] intitule son intervention « Tentative d'une définition de la modalité» : Ni la définition restreinte héritée d'Aristote, qui se limite aux notions de nécessité, d'impossibilité, de possibilité ou de contingence, ni la conception large, plus récente, qui englobe toute modification du contenu d'une proposition, ne permettent de délimiter rigoureusement un domaine, qui contiendrait tous les faits linguistiques rangés habituellement sous l'étiquette de modalité. Concluant à l'échec de cette tentative, il prétend seulement obtenir une « certaine localisation qui varie selon les points de vue adoptés ». On se contentera de cette idée que chaque énoncé porte une information, dite « contenu propositionnel de l'énoncé». Chez Bally, qui a introduit cette opposition, le dictum est le contenu propositionnel et le modus l'attitude que le sujet parlant manifeste vis-à-vis du dictum. Commentaire de Dubois et al. [1973 : 153, 322] : Pour Ch. Bally, une analyse logique de la phrase conduit à postuler l'existence d'éléments corrélatifs au procès (par exemple la pluie, la guérison, l'arrivée, etc.) et d'éléments corrélatifs à l'intervention du sujet parlant; ces éléments indiquent le jugement porté, les sentiments éprouvés par ce dernier (croire ou ne pas croire, se réjouir ou regretter, vouloir ou ne pas vouloir). La première série d'éléments constitue le dictum, la deuxième, la modalité.

Adamczewski [(1982) 1990: 142] distingue deux plans dans les énoncés modalisés et le modalisateur n' y change rien:

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1. Le plan cognitif (le dictum) : Il s'agit de la proposition abstraite, du couple prédicatif qui va être soumis à modalisation : she / miss her bus.

2. Le plan modal (le modus) : Ce modus (...) se présentesous des formesdiverses: modal, adverbe,etc. Pour ce qui est de la modalité, il faut bien préciser qu'elle couvre un domaine plus large que le mode. On distingue des modalités d'énoncé et des modalités d'énonciation. Les premières concernent la nature du procès telle qu'elle est présentée, et les secondes l'interaction entre locuteur et allocutaire. Chevalier [1993 : 125] :
Dans tout énoncé, il y a eu au moins une modalité obligatoire qui se manifeste par la forme déclarative de la phrase. A ces types de phrases correspondent respectivement les modalités de l'assertion, de l'interrogation, de la requête, du désir et de l'expression; c'est ce qu'on appelle les modalités d'énonciation. A la modalité d'énonciation peuvent s'ajouter des modalités d'énoncé qui modifient la valeur à donner au contenu propositionnel Elle continue suivante: son exposé à propos de la modalisation de la façon

La modalisation exerce un double effet sur le contenu propositionnel (p). Elle indique l'angle sous lequel un sujet présente le contenu asserté, et elle exprime l'évaluation que l'on fait de la validité de (p). Au niveau de l'angle d'approche du contenu propositionnel, on distingue les modalités aléthiques, épistémiques, déontiques et appréciatives.

Les modalités aléthiques correspondent à la possibilité de l' existence du contenu propositionnel, les modalités épistémiques présentent son degré de certitude, les modalités déontiques, englobant l' obligation, l'interdit, le permis et le défendu, expriment le contenu d'un devoir, et les modalités appréciatives sont l'expression d'un jugement. Un mode verbal est censé véhiculer certaines modalités énonciatives. On entend par « modalité énonciative» la manière dont l' énonciateur assume son énoncé et le degré de validité qu'il lui prête. Les « modes verbaux» ont cédé leur place à des « commodes» dont les « tiroirs» contiennent les valeurs modales les plus diverses. Le groupe METAGRAM, propose la définition distributionnelle suivante:

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Les trois modes fondamentaux

du français

mode conjugable en phrase simple assertive (phrase non subordonnée)

mode non conjugable en phrase simple assertive

mode explicitement subordonné avec sujet exprimé ou indice préverbal indicatif (conditionnel inclus)

mode implicitement subordonné sans sujet exprimé ni indice préverbal

subjonctif

impératif

Tout comme la temporalité et l' aspectualité, la modalité ne se limite pas au verbe. Elle comporte, elle aussi, des signifiants lexicaux et grammaticaux. Dans la première catégorie, prennent place les adverbes modaux et en ce qui concerne la deuxième, il faut prendre en considération les deux axes syntagmatique et paradigmatique. Cette brève étude des concepts de base, temporalité, aspectualité et modalité, montre qu'ils sont étroitement liés à l'énonciation. Et comme l'interprétation de l'énoncé n'est pas envisageable en dehors de cette dernière, il faut donc étudier ces catégories d'une manière globale, ce qui n'est pas le cas dans la grammaire traditionnelle, française ou persane. 1.6. Les tiroirs verbaux persans L'ensemble des formes verbales persanes comme celles du français, est réparti entre un certain nombre de paradigmes temporels qui, à leur tour, sont classés selon les trois fameuses époques du temps: présent, passé, futur.

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1.6.1. Présent Le présent persan est connu sous l' étiquette mozâre, terme emprunté à l'arabe, qu'on traduit d'ordinaire par « présent-futur ». Il est à noter que la définition classique et traditionnelle ne fait pas état de cette double valeur temporelle et se contente de parler « des faits et des événements effectués au moment de l'énonciation». Formation Le « présent persan» est formé à partir du Radical I du verbe préfixé par mi- et suffixé par des désinences personnelles. Ex : xândan « lire », Rad. I> xân > mi-xân-am«je lis »
Emploi Lazard [1989 : 269] caractérise le «présent persan» de la façon suivante: Procès en cours au moment de l'énonciation: (quelqu'un vient de sortir
de chez lui) - kod3â mi-rav-ad bureau. » « où va-t-il ? »

. .Procès habituel: har ruz be edâre mi-rav-ad « il va chaque jour au .Procès futur: mâhe âjande be mosâferat mi-rav-ad « il part / partira en

voyage le mois prochain ».6

Mais il ne faut pas oublier un point très important qui concerne cette forme verbale. Quand elle est employée indépendamment, on ne peut pas définir sa référence temporelle: mi-or-am «je mange », sans appui déictique, pourrait aussi bien correspondre au présent qu'à l'avenir et même parfois beaucoup plus rarement à un procès passé. Prenons un autre exemple beaucoup plus explicite: une mère appelle son fils depuis la cuisine: - ce / mi-kon-i ? - quoi / fais (tu) - Que fais-tu? - nesaste-am/ ketâb / mi-xân-am (mi-xun-arn) - je suis assis / livre / lis (je) - Je suis assis,je lis Il est, sans hésitation possible, question du moment présent. C'est le verbe nesaste-am «je suis assis» montrant l'état du fils qui actualise le présent de l'indicatif, mi-xân-am «je lis ».
6 Nous avons modifié la transcription de Lazard de façon que l'ensemble des exemples soit homogène.

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Par contre, la mère pourrait amorcer la conversation sui vante: - age / dust-et / bijâd / ce / mi-kon-i ? - si / ton ami / vienne / quoi / fais (tu) - Si ton ami vient, que fais / feras-tu?

de la manière

- fôran / mi-ram - tout de suite / vais (je) - Je pars / partirai tout de suite. Ainsi mi-kon-i « tu fais» mi-rav-am «je pars », glissés tous deux dans le tiroir présent, n'ont rien d'actuel et renvoient au futur. A part les déictiques temporels, il y ad' autres moyens dans la langue persane pour actualiser les procès au moment de l'énonciation. On peut choisir tout d'abord une forme périphrastique, formée à partir de la combinaison de deux formes verbales au présent 7, celle du verbe « avoir» suivi du verbe exigé: - ce / mi-kon-i ? - quoi / fais (tu) - Que fais-tu? - dâr-am / mi-xun-am - j'ai / je lis - Je suis en train de lire / je lis.

Comme le souligne Lazard, cette forme périphrastique exprime le procès en cours (ou imminent) au moment de l'énonciation et on pourrait préciser que cette forme ajoute une touche d'insistance sur le déroulement du procès. L'interrogation de l'exemple précédent pourrait se formuler de la façon suivante, en permutant forme nue et forme périphrastique du présent: - dâr-i / ce / mi-kon-i ? - as / quoi / fais (tu) - Qu'est-ce que tu es en train de faire? - mi-xun-am. -lis (je) - Je lis Le résultat est le même. En même temps on évite une accumulation de formes périphrastiques. En somme, lorsque la question comporte une périphrase, la présence de celle-ci n'est plus indispensable dans la

7

Le verbe dâstan « avoir» et budan « être» sont conjugués au présent et à l'imparfait sans le préfixe mi-.

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réponse et un « présent simple », mi-xun-am « je lis », fera l'affaire. Non seulement le présent n'exprime pas toujours l'actuel- il peut anticiper l'avenir - mais, inversement, l'actuel n'est pas seulement traduit par le tiroir présent, il peut l'être aussi par le parfait. C'est ce qui se passe avec certains verbes inchoatifs tels que: nesastan « s' asseoir », istâdan « se meUre debout », xâbidan « (s'en)dormir », où c'est le « passé composé» du verbe qui exprime l'actuel, tandis que le tiroir verbal dit « présent» réfère au futur. Une mère demande à son fils, qui est toujours au lit à neuf heures du matin: - Xâbid-i (xâbid-e-i)? * - tu as dormi (sous entendu: et tu continues à dormir)

-

Tu dors?

Là où le français utilise un présent à valeur continuative (tu dors ?), le persan utilise le parfait continuatif avec un verbe qui signifie ici que l'enfant est entré antérieurement dans l'état de sommeil et qu'il y est resté. Pour trouver une analogie assez lointaine, si je dis « hier soir, il est entré dans le coma », tout francophone natif est tenté de comprendre que le malade est toujours dans cet état au moment de l'énonciation. Après avoir passé en revue les différents emplois du « présent persan », nous pouvons conclure que d'un présent sans contexte surgit le sens futur. La définition de P. 1mbs [1960 : 32] pour le présent français est valable pour le persan: Le présent est fait d'un peu de présent et d'un peu de passé; il est d'autre part en contact immédiat avec tout le passé et avec tout l'avenir; il peut enfin, par un effet d'imagination, représenter le passé et le futur comme
s'ils étaient des présents, tantôt pour le passé, tantôt pour le futur.

Toutefois des différences existent entre persan et français quant à la fréquence d'emploi de leurs présents respectifs pour l'évocation du passé et du futur. En français, l'utilisation passée du présent n'est pas rare, alors qu'en persan c'est une rareté. L'analyse de mon corpus fera ressortir les différents emplois de ce « tiroir» dans les deux langues. Pour l'instant, je me contenterai de cet aperçu général et de ces quelques exemples: - hâlâ / mi-bin-i / fardâ / havâ / xub / mi-se
maintenant / (tu) vois / demain / l'air / bien / devient - Tu vas voir, demain il fait I fera beau.
-

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ET DEIXIS EN PERSAN ET EN FRANÇAIS

Il est curieux de voir que le verbe didan « voir» au présent mi-bin-

i, renvoie au futur malgré le déictique hâlâ « maintenant ». En persan,
le mot hâlâ, est souvent attiré vers l'avenir, tout comme son homologue français, qui signifie fréquemment « à partir de maintenant». Dans la phrase citée, hâlâ mi-bin-i doit se comprendre avec le sens de « tu vas voir» (prédiction à très forte valeur de certitude, exprimant une évidence). Le motfardâ « demain », ne fait que confirmer et renforcer l'interprétation future des deux procès. Etudions un autre procès:
-

hâlâ / mi. fahm-am / ke / diruz / manzur -at / ce / bud

- maintenant/ (je) comprends / que / hier / ton intention/ quoi / était - Je comprends maintenantce que tu voulaisdire hier. Dans ce deuxième exemple, le verbe fahmidan, «comprendre », est au présent de l'indicatif: mi-fahm-am et le déictique hâlâ « maintenant» paraît le renforcer. Mais il faut noter que le fait de comprendre précède le moment de l'énonciation, même si le décalage est minime, et la traduction par « j'ai compris» ou « je viens de comprendre» serait plus correcte, « Maintenant j'ai compris ce que tu voulais dire hier ». Etant donné que la concordance des temps n'existe que rarement en persan, c'est le présent qui est employé dans cette langue, là où le français utiliserait par concordance un temps dit du « passé» comme l'imparfait. On pourrait aussi rencontrer en persan le présent de narration, dans les récits populaires ou dans des fictions contemporaines, mais moins fréquemment que le « présent» français. Néanmoins, cela n'empêche pas l'omniprésence de ce tiroir dit « présent» pour les « trois fameuses époques du temps». - be / man / goft / ke / digar/ be / dânesgâ/ ne-mi-ravad - à / moi / dit (déclara) / que / plus / à / université/ ne va pas - Il m'a dit qu'il n'allait plus (jamais)à l'université. Non seulement le « présent» peut exprimer le passé comme le futur, mais il peut aussi exprimer ce qui échappe au temps: l'atemporel. Il en va ainsi des vérités métaphysiques et mathématiques qui se rendent par ce « présent» gnomique : xodâvand/ d3âvdân/ ast dieu / éternel/est
Dieu est éternel.

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