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Timsal - Enigmes berbères de Kabylie

De
256 pages
Timsal ? C'est une forme de joute oratoire en langue berbère. Dans cet ouvrage bilingue, l'auteur revient sur la collecte, le nom des énigmes et la manière d'en jouer.
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ENIGMES

TIMSAL BERBÈRES DE KABYLIE

Collection la légende des mondes

-

Albakaye Ousmane Kounta : . Contes de Tombouctou et du Macina, Jeanne Delais: . Les mille et un rires de Dj'ha, 1986.

tome 1, 1987.

-

S.A.H.Y.K.O.D.

.

Lundja,

contes du Maghreb,

:

1987. 1988. tome 2.

Alphonse Leguil : . Contes berbères de l'atlas de Marrakech, Albakaye Ousmane Kounta : . Contes de Tombouctou et du Macina, Solange Thierry : . De la rizière à la forêt, contes Khmers.

E. Gasarabwe- Laroche: . Soirées au pays des mille collines, contes du Rwanda.

- Gérard Meyer:

. .

Paroles

du soir, contes

toucouleurs.

-

A. Sefrioui : . Le jardin des sortilèges. Assadulah Raid et Layla Raïd
Demain vient le printemps et je ne le verrai pas et autres histoires traditionnelles d'Afghanistan.

y oucef ALLIOüI

TIMSAL ENIGMES BERBÈRES DE KABYLIE
Commentaire linguistique et ethnographique

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1990
ISBN: 2-7384-0627-0

I baba d yemma i yi'ilemden Taqbaylit,
j;-jidet d IJ:leq ;

tayri n wakall-lin n yemdanen

.

A mon père et ma mère qui m'ont appris la voie kabyle, la vérité et la tolérance; l'amour de la terre et celui des

hommes.
A Fernand Bentolila, sans qui cette modeste contribution n'aurait peut-être jamais vu le jour.

INTRODUCTION

Ce second recueil1 d'énigmes et de devinettes ne signifie pas que je fournis là un corpus exhaustif de ce genre littéraire; il s'en faut de beaucoup. En effet, la littérature orale tamazirt de Kabylie est un champ d'investigation scientifique pratiquement inépuisable. Imaginons un instant ce que cette littérature - laissée pour comptepour diversesraisons - peut représenter à travers le monde berbère. "On en remplirait des volumes", écrivait Ibn Kahldoun au IXème siècle. Plus près de nous, l'éminent africaniste Léon Frobenius - frappé par le style "âpre et grave de la littérature africaine" -, assigne à la nôtre la première place de par sa richesse, et donne aux Kabyles la primauté dans l'art de construire un récit 2. Aujourd'hui, un peu partout dans le monde, et particulièrement en France, des chercheurs Imaziren se préoccupent du sort de cette culture et de son support fondamental la langue tamazirt, menacée de disparition. C'est sans doute ce que pressentait déjà l'ancienne génération quand mon père me disait avec insistance : "Ecris ce que tu peux en Kabyle, tes enfants le trouveront". Et son ami, Dda Muhend Qasi, affirmait, en parlant de Mouloud Mammeri, qu"'un savant (et sage) digne de ce nom est celui qui écrit dans sa langue". Une affirmation, qui peut paraître subjective, si elle n'était partagée par des linguistes et des savants de réputation internationale qui assurent travaux à l'appui, qu'il n'y a pas de maîtrise dans quelque domaine que ce soit si l'enseignement de base n'a pas été dispensé dans la langue maternelle 3. En ce sens que l'intelligence abstraite ne peut être solidaire, au départ, d'une langue seconde.4
Le passé, assure Joseph Poth, ne sera vraiment conquis universelle qu'à partir du moment où le présent lui-même engendrant continuellement le passé. comme dimension sera conçu comme

.

C'est pour ça qu'il faut "happer les dernières voix, avant que la mort ne les happe. Tant qu"encore s'entendait le verbe, qui depuis plus loin que Syphax et Sophonisbe, raisonnait sur la terre de mes pères, il fallait se hâter de les fixer quelque part où il peut survivre..." 5 l'extinction finale, ne me demande de noter soit un poème, soit un proverbe ou un mot ancien qui lui revient soudain à la mémoire: Ô mon coeur soit bon cavalier Ne chevauche pas le vent La jarre qui est pleine de miel Son ange gardien c'est l'humilité Celui qui arrive à la lumière C'est avec courage qu'il l'a conquise.

Il ne se passe pas un jour - quand elle est à mes côtés-, que ma mère, inquiète par

Toutes les notes se trouvent à la fin de l'ouvrage 6

Traduction et enracinement socio-culturel La traduction bilingue est une sorte de caITefour où deux langues se rencontrent pour faire un certain chemin ensemble. Vivant des codes socio-culturels différents, elles ne peuvent "s'entendre" sur tout. On peut même affirmer, et ce n'est pas le moindre paradoxe, que lors de cette traduction - lieu priviligié et conscient du frottement de deux langues -, le contact est assidûment évité au cours même de l'entreprise d'interprétation. cOITespondance terme à terme est pour l'essentiel respectée. Elle est dans le sens et la valeur que prend chacun des deux ensembles, si bien que l'on assiste à cet étrange résultat de deux textes dont les éléments de détail coïncident et l'expression globale diffère. 6 Chaque langue est "un système rigoureusement lié de moyens d'expression "(A. Meillet) qui ne connaît que son ordre propre. Elle bâtit ainsi un réseau socioculturel, unique où les sous-systèmes (paradigmatique, syntagmatique, synthématique, etc.) qui la constituent découpent, agencent et structurent l'expérience et l'histoire humaines selon des taxinomies qui lui sont propres. Ainsi, de la langue d'origine à la langue cible, les signifiants postulent des signifiés dont les organisations et les agencements sont tellement caractéristiques et complexes qu'une identification rigoureuse de signifiant d'origine à signifiant cible n'est presque jamais réalisée. C'est pour cela que la concordance mot à mot entre la tamazirt et le français demeure impossible. Les champs sémantiques dans les deux langues sont presque toujours différents. En d'autre termes, les conditions qui président aux transformations formelles réalisatrices du sens au niveau de l'expression sont également différentes. Les mots ne sont pas des unités isolées. Il existe entre eux des rapports non seulement logiques qu'ils drainent dans des centres d'intérêt comme le vocabulaire des mondes physique, végétal, animal et humain, mais aussi (et surtout) des rapports socio-culturels, psychologiques et historiques. Nous avons bien souvent rencontré des énigmes dont l'explication de l'allégorie dépend entièrement d'un fait psychologique (souvent individuel), culturel ou historique. Et dans le genre litt. que sont les énigmes, on peut s'apercevoir qu'un autre critère, autrement plus important, intervient d'une façon déterminante. Il s'agit de la notion de situation dont nous avons déjà parlé. Celle-ci est bien souvent le noyau central d'une énigme. J'entends par là que les sujets traités dans les énigmes sont toujours explicités par l'ensemble des circonstances dans lesquelles ils sont exprimés. Par conséquent, c'est cette situation cOITélative à l'énoncé qui fournit toujours ou presque la clé de l'énigme. Le vocabulaire utilisé dans ce jeu comporte un certain nombre de codes et d'expressions dont le sens dépend entièrement sinon étroitement du contexte qui a provoqué l'énigme. On parle alors de tamsa reqt tamedyant" l'énigme anecdotique". Si on conçoit l'énigme comme un message, on doit savoir que celui-ci est appréhendé dans un contexte, voire un monde d'habitudes implicites qui "vont de soi". Il s'agit de cette empathie réciproque qui associe les joueurs. Chacun, de par sa connaissance du "moi socio-culturel", peut se mettre dans la peau de l'interlocuteur sans "qu'il soit seITéou qu'il y ait du jeu". Le vécu socio-culturel, la psychologie et 1'Histoire dont il est imprégné, font que le système des expectatives mutuelles entre le Sphynx et l'Oedipe (jouteurs) est tel que toute ambiguïté - causée bien souvent par une morpho-syntaxe malaisée ou par un hapax - tout écart de sens, amène immédiatement à une reconsidération de la 7

"Les différences - ou plutôt la différence - ne sont pas dans la forme: la

matrice d'interprétation implicite et admise des interlocuteurs, afin de rétablir la compréhension (cf. les n0204, 205, 206, entre autres). Au niveau de certaines énigmes, c'est la connaissance totale de leur champ sémantique qui permet d'en comprendre le sens (bien souvent caché) et par là de trouver la clé (cf. le n° 281). La compréhension de cette énigme dont le ss. caché est dans un proverbe exige la familiarité du jouteur avec l'environnement socioculturel. On est dans un monde de significations, où les meilleurs joueurs, associent les énigmes aux autres genres littéraires (mythes, contes, proverbe, etc.) pour mieux maîtriser celle-ci, et ce quelles qu'en soient l'ellipse et la morphosyntaxe (cf. le n° 593). En vertu des règles tacites de décodage dont usent les interlocuteurs, que ce soit dans le jeu des énigmes ou dans d'autres joutes oratoires (proverbe, paraboles,...) les écarts de syntaxe ou de vocabulaire sont des entorses normales attendues et tacitement prévues. Ce sont les mêmes règles discursives que chaque joueur essaie d'utiliser en les ramenant à son profit. Mais le vocabulaire et les formes langagières utilisées sont de différents niveaux. Comme on s'en doute, il existe une certaine différence dans une rencontre où s'opposent des jouteurs "ordinaires" et une réunion où se mesurent les imusnawen kabyles. Avec eux la métaphore, l'allégorie et la parabole, l'herméneutique et l'empathie réciproque atteignaient un degré d'isotérisme que seuls les initiés pouvaient connaître 7. Dans le procès herméneutique dont il est ici question, les modes d'interprétation sont une remontée sans fin à des présupposés et une réactualisation constante de la mémoire collective.

La question de l'emprunt et le développement

lexical.

Les essais d'enrichissement en tamaziYt -commencés depuis une vingtaine d'années- se sont, à mon avis, caractérisés par une démarche fort ingénieuse, même si celle-ci comporte quand même deux tendances qui peuvent paraître quelque peu irréaliste. Bien entendu, elle est loin de moi l'idée de condamner un "irréalisme" qui somme toute n'entreprend qu'un travail gigantesque de restauration et d'instauration de la langue tamaziYt. La première (de ces tendances) est le refus catégorique d'emprunter au français et surtout à l'arabe ("la langue qui nous tue", selon le poète kabyle). Cette tendance se remarque surtout par une volonté de défrancisation et de désarabisation du vocabulaire utilisé par les Kabyles. La deuxième tendance est l'engouement pour le parler touareg (tamaceYt) qui provoque le fâcheux fait de délaisser les autres parlers et notamment le kabyle dont sont originaires la majorité des chercheurs - et qui, dans la réalité, est bien plus riche qu'on ne se l'imagine.
C'est, paradoxalement, cette seconde tendance qui recèle les conséquences (heureuses) de la démarche ingénieuse dont je parlais plus haut. La portée de celle-ci est considérable, à la vérité inesperée. Ene a permis, ni plus ni moins de briser, l'isolement dans lequel étaient cantonnés les Kabyles. 8

Je peux assurer, en toute objectivité, que les ImaziYen des autres régions, tant en Algérie qu'au Maroc et en "pays" touareg, ont fini "par venir aux Kabyles", et ce grâce à la ténacité de ces derniers à vouloir à tout prix sortir de cet isolement qui, à long terme, aurait été très néfaste à la berbèrophonie. Aujourd'hui, nous sommes heureux de constater qu'il existe une conscience et une solidarité pan-berbères. Celle-ci se caractérise notamment par l'emploi que font les autres ImaziYen de la notation de la tamaziYt et des termes scientifiques -tirés du touareg- jusqu'ici utilisés par les seuls Kabyles. Face à l'arabisation, cette "berbérisation" a eu un impact certain, sur le monde berbère, qui nous permet d'espérer un avenir encore meilleur. Par conséquent, le refus de l'emprunt aux langues exté-rieures s'est toujours appuyé sur trois constatations objectives. La première trouve son fondement dans les attaques incessantes que subissent notre langue et ceux qui, légitimement, s'y intéressent de près ou de loin. Le rejet d'ordre pseudo-linguistique consiste à dire que la tamaziYt est constituée d'une majeure partie de termes arabes, le reste venant du français!
La seconde constatation découle de la fâcheuse habitude qu'avaient les berbèrophones d'utiliser des termes arabes ou français même là où leurs parlers .

respectifs ont les termes appropriés.

Dans une chanson fort connue, le chanteur kabyle Ferhat fustige ces derniers, en leur démontrant, exemples à l'appui, que leurs emprunts injustifiés prêtent parfois à certains malentendus. Cette situation délicate est due évidemment au trilinguisme forcé auquel sont confrontés les berbèrophones depuis la colonisation.

En d'autres cas, la peur de l'emprunt est évidemment injustifiée. Comme l'explique Salem CHAKER "la notion de langue "pure" est une ineptie". 8 Effectivement, une langue est le résultat d'un long processus socio-historique. Celle-ci emprunte toujours à ses voisines les plus immédiates. Voir les nombreux emprunts de l'anglais au français et vice versa; ceux du français au grec; et enfin, ceux de l'arabe à ces trois langues. "En arabe, cette influence étrangère, écrit Chaker, est encore plus marquée si l'on sort du domaine du vocabulaire pour considérer celui de la syntaxe et de la grammaire: des tournures de phrases, des constructions syntaxiques (...) sont devenues la règle dans l'usage actuel de la langue moderne (...). 9 G. Granguillaume, connu pour sa sympathie pour l'arabe, non seulement partage tout à fait ce point de vue, mais en dit encore davantage sur ce point. 10. Si la pureté de la langue est purement d'ordre idéologique, étant donné les interactions des différentes langues du monde grâce au développement des moyens de communication, l'emprunt peut se poser aussi comme l'aspect qui stigmatise l'aliénation linguistique et culturelle. Ainsi en tamaziYt (Y = R), les différents emprunts mettent en lumière deux situations, l'une "normale", l'autre "anormale", en ce sens qu'elle découle de l'aliénation et de la tyrannie des mots (de la langue dominante) en général. Dans le premier cas, les termes étrangers sont intégrés à la morphologie de la tamaziYt en prenant bien souvent un sens différent. Ainsi ccix, laEyun (E = â), bessif, saqia, etc..., qui signifient en ar. successivement "vieux", "yeux", "rigole", veulent dire, en kabyle, "enseignant", "sourcils", "de force" et "goutière".
9

Dans ce cas, on peut parler d'emprunt dicté par un processus socio-historique, logique et naturel même si, évidemment, il existe les termes équivalents en kabyle. En revanche, dans le second cas, l'introduction de mots arabes de manière anarchique ne peut masquer la connotation idéologique dont le but est d'arabiser les berbèrophones. Il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter les émissions radiophoniques diffusées en tamaziYt, en Algérie et au Maroc. Constatation faite par Granguillaume, qui rappone, en ce qui concerne le Maroc, que le Mouvement Populaire - demandant depuis les années 60 l'enseignement du berbère- s'élève depuis 1968 contre la médiocrité des émissions berbères. Ces emprunts, que les berbèrophones ne comprennent même pas, outre leur aspect emphigourique et idéologique, bloquent les potentialités internes de la tamaziYt. A panir de là, cenains déclarent que la tamaziYt** n'est qu'un dérivé de l'arabe! Ce à quoi certains berbèrophones rétorquent "que puisque l'arabe n'est qu'un dérivé de l'hébreu, les Arabes n'ont qu'à désapprendre également leur langue." Mais, les défenseurs de la tamaziYt n'ont pas le pouvoir persuasif (par la coercition) de ceux qui veulent nous voir (comme eux ne s'étaient pas vus! ) disparaître à jamais. Pour certains pseudo-scientifiques Algériens, il y a eu une "politique berbère de la France". Mieux encore, c'est le colonialisme français qui a inventé les Berbères!! 11.Faute de place, nous répondons à nos frères aliénés et réifiés à l'extrême par un adage kabyle qui leur va bien: aYyul mi katen gwaErur-is, ad yeqqar : anda yekkat aka tbel ? "l'âne quand on frappe dessus s'étonne et dit: oùjoue-t-on donc comme ça du tambourin? Soyons sérieux! L'oppression, dont nous sommes victimes, renforce le complexe linguistique de cenains berbèrophones qui vont tomber dans, l'excès inverse -de celui que nous reprochions aux puristes- en attestant arabes des termes berbères qui n'existent même pas en langue arabe; en s'ingéniant à trouver une racine étrangère à certains termes berbères. Ces derniers sont confonés, par exemple, par des travaux aussi sérieux que celui de Dallet. 12 Ce qui, évidemment, ne saurait mettre en cause son travail d'une dimension universelle. Un ami, agrégé d'arabe classique, explique ce phénomène par le simple fait que ces derniers n'ont connu la tamaziYt qu'une fois avoir étudié l'arabe. "Dès lors, dit-il, tout emprunt, fait par l'arabe à la tamaziYt, est considéré dans le sens unique langue dominante vers langue dominée...". A mon avis, tant que l'on évacuera le fait historique la question de l'emprunt restera biaisée. On oublie, par exemple, que la tamaziYt a été fort longtemps au contact de l'hébreu, du grec, du phénicien et du latin. Ainsi des termes dont on s'ingénie à trouver une racine ar. ou fr. sont parfois d'origine hébraïque, grecque, phénicienne ou latine, et, pourquoi pas, tout simplement berbère! Nous proposons, à titre d'exemple, les termes de tamaziYt idub "dauber", biti "vite", aqenter "cantre", dont l'origine française n'est pas établie. Prenons quelques termes berbères, considérés à tort comme des emprunis à l'arabe : edder "vivre", achal "combien", mazal "ce n'est pas encore la valeur de". A panir de la racine ddr, nous avons les dérivés suivants: taddan "village" (lieu où l'on vit), Idir "survivre" (prénom k. fort connu), ddari "s'abriter", sdari "abriter", tadarit "abri", etc. Mazal vient de la contraction des deux termes macci "ce n'est pas" et azal "valeur", "mesure", "midi" : D azal naY macci d azal ? "c'est le moment ou non ?", macci se transforme phonétiquement en ma : d azal naY mazal ?
** y = ~.E = f

10

Ma d nekki ? "est-ce moi ?" peut recevoir comme réponse macci d kecci "ce n'est pas toi". Par conséquent, on constate que les termes k. mazal et ma (interrogatif: "est-ceque ?") n'ont rien à voir avec les termes ar. ma' et zâl. Quant à achal, de la racine chI qui nous donne cehhel "évaluer", ce terme est totalement inconnu en dehors du Maghreb. Venons-en à notre dernier exemple où la confusion tient au fait que, par un hasard (comme il en existe beaucoup au niveau linguistique), "maison" soit rendue en ar. par ddar ; terme qui, à priori, contient effectivement le radical ddr. Mais, le niveau phonématique de l'analyse linguistique montre que les deux racines (k. et ar.) n'ont rien à voir ensemble. D'ailleurs, la même nous donne tout à fait autre chose en ar. populaire: dir "faire".

Plus ambigus,sont encore les termes anciens:

.

prenons comme ex. le terme k. (et grec) asemaên "faire allusion", "faire signifier" dont les dérivés sont imên "il est intelligent", umaîn "intelligent", ammn "cri en travail collectif', maâna "mais" et lmaâna "valeur", "significaton", "sens"... Seul ce dernier terme trouve son équivalent en ar. ; ce qui, dès lors, range tous les autres termes k. dans les emprunts à l'arabe! C'est sans aucun doute, cette complexité multidimentionnelle et multi-spatio-temporelle de l'emprunt qui ont poussé Martinet et Cohen à garder une réserve même au niveau des termes comme lmut et lmawt qui signifient "la mort" respectivement en tamaziYt et en arabe. Le système d'emprunt doit être situé dans le système global socio-politique et historique pour qu'on puisse déterminer les règles adéquates au développement de la langue maternelle. L'interprétation abusive de l'emprunt, quand il s'agit de la langue berbère, confirme la position de ceux qui, pourtant ImaziYen comme nous, nous demandent (tout simplement) de désapprendre la tamaziYt ! En perdant sa langue, l'individu devient un autre. Pendant la colonisation, il nous était interdit de parler en tamaziYt dès qu'on entrait dans l'enceinte de l'école. Depuis l'indépendance, aussi paradoxal que cela puisse paraître, notre situation s'est beaucoup empirée. La méconnaissance de l'arabe ou du français condamne le berbèrophone à vivre comme un étranger sur sa propre terre: son existence n'est pas reconnue constitutionnellement, et ce quel que soit le pays de TamazYa où il se trouve. Toute expression écrite en tamaziYt, (chanson, poésie, roman, théâtre, écrit scientifique ...), qui soulèverait le problème de la tamaziYt, si elle n'est pas sévèrement réprimée, est quand même censurée. Depuis que fe vent de la démocratie a soufflé sur l'Algérie, les choses changerontelles pour nous? L'analyse du terrain politique montre que, malheureusement, nous ne sommes pas au bout de nos peines! A notre humble avis, la solution n'est pas d'arabiser les berbèrophones qui ne le sont pas encore, mais de faire en sorte que chaque AmaziY, qu'il soit berbèrophone ou arabophone, apprenne la langue de ses pères, la tamaziYt. 11

Cette langue, comme toutes les autres, contient d'immenses richesses. Sans elle, on ne peut comprendre profondément l'Afrique - qui lui doit son nom Taferka - et surtout le Maghreb, qui lui doit également le sien, Tamazirt ou TamazYa. Cette langue millénaire est plus que jamais vivante. C'est une langue de tous les jours, qui traduit la réalité journalière et celle du milieu socio-culturel ouvert sur le monde extérieur. Il ne faut pas que la politique réifiante et les voyages dans l'espace nous fassent tout oublier. Nous avons moins besoin d'une terminologie physico-nucléaire que d'un vocabulaire de base qui nous permette de saisir les réalités d'un monde quotidien. Mais il n'en demeure pas moins que la planification linguistique de la tamaziYt reste un problème politique qui demande des moyens importants et dont tous les pays de TamazYa devront un jour se saisir. Et si tel n'est pas leur volonté, qu'ils aient au moins le bon sens de laisser leurs frères arabisés ou non encore arabisés exploiter ce trésor inépuisable que sont la culture et la langue timaziYin "berbères". Chaque Maghrébin gagnerait à apprendre la tamaziYt. Il comprendrait enfin que l'Afrique se dit Taferka "terre", "trésor", "richesse" et non pas "celle qui divise" (Ifriqiya, enar.). Il comprendrait aussi que l'Afrique du Nord se dit TamazYa "terre libre", du nom même de ses habitants, les ImaziYen "hommes libres"... Il comprendrait enfin la signification de chaque endroit où il passerait à travers toute TamazYa. Cela lui servirait de pas d'élan pour comprendre le monde extérieur et l'humanité toute entière, que la tamaziYt a de tout temps enrichi. Art. 18 des statuts des droits de l'homme: "Certains groupes ethniques ne sont bien traités par les nations dominantes que dans la mesure où ils rejettent leur culture, leur langue maternelle, leur histoire et leur littérature, dans la mesure où ils sont assimilés. Nous devons encourager les groupes ethniques à s'opposer à l'assimilation, à développer et à enrichir leur langue maternelle, leur littérature et leur culture. Car ce n'est qu'ainsi que la culture mondiale se développe, s'enrichit et rend service à l'Humanité". Amag. 18 n izuyar n izerfan n wemdan : "Kra n yegrawen ilsiyen ur tafen lehna ar iYlan iEecbiyen (iYmaren) haca-ma teggren idles nsen, tameslayt tayemmat nsen, amezruy nsen d tasekla nsen, alma twasemsen naY nino Ilaq-aY a ndehher igrawen imdaniyen bac ad gedlen tamsertit naY asemsi-yagi, ad sneflen w-ad messIen tutlayt tayemmat nsen, tasekla nsen yakw d idles nsen. lmi s wakka,gi i gneffel u yetnemi yidles amdali yettaken di tferka ynes i Talsa". Rappelons que l'Algérie a signé le 10.12.1968 le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (ONU, 1966), qui stipule en son article 27 : "Dans les Etats où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques, les personnes appartenant à CeSminorités ne peuvent être privées du droit d'avoir, en commun avec les autres membres de leur groupe, leur propre vie culturelle, de professer et de pratiquer leur religion, ou d'employer leur propre langue." Wakken qqaren imezwura neY : 12

Anda yella wul, ad awden Irgazen !.

Et comme disaient nos pères: "Là où le coeur réside, tout est possible à l'Homme!"

13

Des énigmes et des sujets traités Je reviendrai ici sur la collecte, le nom des énigmes et la manière d'en jouer 13 d'une façon très succinte, notamment pour apporter certaines précisions. Ainsi, dans le premier corpus, j'ai totalement oublié un genre d'énigmes assez singulier qui se pratiquait sous forme de joute oratoire et que l'on appelle timsal (cf. le chapitre VIII). Ce sera d'ailleurs le titre de ce corpus. Ce jeu ne se pratique plus déjà depuis longtemps. Personnellement, je n'ai jamais participé à sa pratique. Il nous reste seulement sous forme de proverbe, de sentences et de maximes. C'est par hasard que mon père m'a apppris que cela se pratiquait autrefois sous forme de joute oratoire. Nous en étions venus à en parler grâce au n° 701, qu'il m'avait révélé en premier, pendant 1'hiver de 1969. Un jeu qu'il aimait tout particulièrement.
C'est sur ce thème de timsal que le poète kabyle Ben Mohammed construit l'un de ses plus beaux poèmes: Ô Sage d'entre les sages Qui se souvient des amandiers fleuris Dis-moi, je te prie, Quel est le meilleur des jours? Moi qui me souviens des amandiers fleuris, Je me souviens aussi du pays qui brûlait, Pour moi le meilleur des jours, C'est celui où la justice triomphera14 a

Il se peut qu'il en existe d'autres noms et d'autres façons de jouer. Les sujets traités dans les énigmes sont d'une très grande variété. Dans une cueillette qui en comporte un millier environ, on peut constater que rien n'est laissé au hasard. C'est d'ailleurs pour cela que leur classement s'imposait, comme dans ce corpus:

14

CHAPITRE I

- LE MONDE PHYSIQUE:

Par une belle nuit d'été, le ciel est si bas que l'on peut jouer avec la lime et les étoiles. Le ciel et les astres (soleil, lune, étoiles, clair de lune) occupent ici une place prépondérante. On peut les "rencontrer" de jour comme de nuit. Dans sa course perpétuelle, le temps est fixé dans l'E. comme sur une image. Les jouteurs s'attachent à décrire un moment donné qui, pour une raison quelconque, les a frappés. Le berger, subjugué par l'étoile du matin, la compare à "un agneau qui demeure à la traîne" (n026). Et c'est toujours lui qui compare l'étoile filante à la salamandre (nO 29). Quand on est si proche de la nature, on aime jouer avec elle. Et ce n'est pas sans fierté que notre berger laisse courir son imagination. Qui peut prétendre avoir observé le temps mieux que lui !? Il est dehors qu'il vente, qu'il neige ou qu'il pleuve. On dit à juste titre akken yella wass at ikess umeksa "bon ou mauvais jour le berger doit sortir". Aussi, quand il nous parle du vent (nO 32,33..) de n'importe quel autre phénomène atmosphérique, c'est toujours en connaissance de cause. Car, bien souvent, il revient des pâturages trempé jusqu'aux os et transi de froid. Mon père était ce berger. Il racontait que la personne pour qui il travaillait n'aimait pas le voir revenir un jour d'hiver, sans avoir été mouillé de la tête aux pieds! Quiconque a été berger comme lui n'aura aucune peine à reconnaître la justesse du proverbe ci-dessus. Mais là n'est pas notre propos. Nous voulons simplement dire que le berger était de ceux qui comprenaient le mieux les énigmes. En effet, on ne peut saisir pleinement le sens d'une énigme qu'en ayant vécu la situation qui a présidé à sa création. Citons l'énigme 83 : Il y a un forgeron; Qui travaille fort bien; Il a deux filles et deux garçons; L'ainé s'appelle "le poussiéreux"; La seconde s'appelle "dame verte"; Le troisième s'appelle "le fortuné"; La quatrième s'appelle "dame gelée" -l'année et les quatre saisons. La poussière, la verdure le soleil et le gel désignent respectivement l'été, le printemps, l'automne et l'hiver. En été, la couche de terre, laissée par les pluies diluviennes, se transforme en poussière. Le printemps, rappelons-nous, est pour les Kabyles, cette dame très élégante (à la marche de perdrix) qui s'entoure de fleurs. En plus des fleurs, nous l'aimions pour tout ce qu'elle ramène comme légumes et légumineux variés que bergers, nous consommions crus. Lxella "bonne récolte" désigne, métaphoriquement, l'automne qui est la saison préférée des Kabyles. Une saison que le berger et les plus démunis attendaient 15

avec impatience à cause des figues et des raisins. On dit: Anebdu ~~aderbalt igellil, lexrif ~-~al;1ellabt-is" l'été est la couverture du pauvre, l'automne c'est son pot à lait.,,15 Ce que le montagnard (surtout s'il est berger) craint le plus en hiver, c'est le gel. Ce dernier l'empêche de sortir. On a connu des cas où l'on a été obligé d'abattre une bête qui mourait de faim. En général, le berger connaît à peu de choses près le sort des bêtes dont il a la garde. C'est à dire que les énigmes ne se créent pas "comme ça". Elles tiennent d'un vécu quotidien, d'une expérience - agréable ou désagréable, heureuse ou malheureuse -, qui aura marqué solidement le sphynx (cf. supra).

16

CHAPITRE II

- LE MONDE VEGETAL ET ...L'HISTOIRE

:

Pour nos ancêtres ImaziYen qui ont dû se réfugier dans les montagnes - à cause des invasions successives -, le monde végétal suppose une étape difficile pendant laquelle il leur a fallu" domestiquer" et maîtriser l'environnement alors inhospitalier. "Le labeur acharné des hommes a détruit ou transformé ce qui, étant sauvage, restreignait. les possibilités d'exploitation de la terre. Le montagnard a défriché, greffé, planté à l'envie jusque dans les escarpements qui donneraient le vertige même aux chèvres. Avec une patience de fourmi, il a monté des murettes de pierres sèches pour retenir la terre où il fait venir ses arbres: poiriers, pruniers, pommiers, figuiers surtout. 16 Pourtant semer dans la terre rocailleuse des montagnes n'est pas chose facile. Pour survivre sur ce sol ingrat, plus près de nous, nos parents ont dû bien souvent se nourrir de baies sauvages (cf n0160) et de racines. Combien d'eux ont failli mourir après avoir mangé des baies toxiques ou des herbes vénéneuses tels que l'asphodèle (n0193) et le gouet (n0202). Durant cette étape, le montagnard essayera de reconstituer sur les hauteurs, les jardins abandonnés dans les plaines occupées par les Vandales de 439 à 533. - par les Byzantins de 533 à 647, date à laquelle les Arabes envahirent à leur tour le pays amaziY. Cela ne s'arrête pas là: à partir de 1516, les Turcs, à leur tour, ont bien souvent brûlé les récoltes des plaines jusqu'en 1824 où les Kabyles - sous l'autorité

successivement: - par les Romainsde 146avolC. à 439 ap. J.C.; -

d'un At Meqwran (El-Moqrani) signent avec eux un pacte de nonagression portant le nom kabyle de Lawaya. Mais les Algériens n'étaient pas au bout de leur peine. Un envahisseur, encore plus pernicieux, arrivera 6 ans après. Ce dernier se "contentera" de s'approprier toutes les terres à la suite de l'insurrection de 1871.

Comme disait mon père: D ccehwa n kra yeccedha wul, i d yettawin tamsalt-is "c'est le désir de quelque chose dont on a fortement envie qui fait venir l'énigme". C'est à peu de chose près ce que chante Chérif Kheddam :"on racontait des histoires pour oublier la faim". Une faim, heureusement, que les Algériens ne connaissent plus.

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CHAPITRE III - LE MONDE ANIMAL: J'entends encore mon père psalmodier: "et les ânes des braves gens que Dieu les aide à travers les temps et que les boeufs qui labourent reçoivent de lui la force et la santé... ". J'avais 10 ans quand mon père me vit écraser des fourmis du pied, alors que je tenais fièrement à la main mes premiers cahier et stylo. Il s'approcha de moi, me prit le stylo de la main et le jeta au sol avant de faire la même chose que ce que je fis aux fourmis. J'éclatais en sanglots. - Tep'uçlaf twedfin i tenYiçl naY af leqlam i rziY ? "Tu pleures pour les fourmis que tu as tuées ou pour le stylo que j'ai cassé? " me demanda-t-il. -Af ustillu i terziçl" A cause du stylo que tu as cassé", lui répondisje. -Twalad a mmi, nekk i-yi YaçlenHiweçlfin-ni; imi wlac kra yecban . tud~rt xas ma Hin n tweHuft. Leqlam-ni i terziçl akken, tzernreçl ad taYeçl wayeçl am win s myat frank; d acu yiwet n tweguft ur tezmireçl ara at-id terreçl ar ddunit, Yas s isurdiyen yakw yellan di lqaEa n rebbi.." Tu vois mon fils, moi, je pleure plutôt pour les fourmis, étant donné que rien ne vaut la vie même si c'est celle d'une fourmi. Le stylo que tu as cassé, tu pourras en acheter un autre identique avec 100 francs (anciens) ; mais une seule fourmi, tu ne pourras la rendre à ce monde, même avec l'argent qui existe sur toute la terre de Dieu..". Et, sous l'oeil intrigué de Si Tahar (notre voisin), nous partîmes à la recherche d'une fourmilière. Nous en trouvâmes rapidement une, devant laquelle nous nous accroupîmes. Et mon père se mit à me parler des fourmis et de leur organisation. 17Avant de conclure que tawettuft n weltma-s n lEebd "la fourmi est la soeur de l'Homme".

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CHAPITRE IV - LE MONDE HUMAIN Val tamurt s wudmawen-is ma d rebbi yiwen i gellan "Chaque pays a ses visages, mais Dieu est partout le même" dit le proverbe On rencontre bien souvent, à tort ou à raison, des énigmes qui dévoilent la xénophobie du Kabyle. Mais que l'on ne se fie pas aux apparences, l'étranger est roi en pays kabyle; où il jouissait et jouit encore d'une immunité absolue (LaEnaya), dont s'inspire le proverbe ci-dessus qui prône la différence dans la tolérance. Aussi l'Homme dont on parle dans le corps humain 18est universel. C'est seulement dans les énigmes consacrées aux habitudes, aux habits, à la maison, que le lecteur peut reconnaître une société différente, une culture et un monde différents. On peut donc également classer les énigmes par leur universalité ou leur particularité. Sont "universelles" celles dont les "tableaux" peuvent être vus un peu partout dans le monde; et particulièrement celles qui offrent une image propre à la société kabyle. Exemple d'énigme "universelle" (n0396): lui c'est moi; moi c'est lui; quand nous nous rencontrons, nous ne nous ressemblons pas -l'individu Ici "apparaît" "le visage" dont il est question dans le proverbe cidessus.

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CHAPITRE V - LA MAISON:

Exemple d'énigme paniculière (n054l) : J'ai acheté ma mule à Bou heddou; elle pane les charges mais ne marche pas

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la soupente.

Outre le nom du village et la typique soupente kabyle, il s'agit ici d'une énigme qui s'inscrit dans l'histoire personnelle d'un individu qui a dû effectivement acheter une mule qui refuse d'avancer dès qu'elle est chargée. Là est la différence à laquelle fait encore allusion notre proverbe C'est dans la soupente qu'on entassait le bois pour l'hiver. Celle-ci servait à la fois de débarras et de chambre à coucher pour les filles.
Et je ne peux m'empêcher dit: Axxam mebla taErict am taddart mebla taqcict "Une maison sans soupente est comme un village sans jeune fille". de citer à ce propos un autre proverbe qui

Tant il est vrai que cette soupente fait à elle seule toute la maison kabyle.19

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CHAPITRE

VI - LES TRAVAUX DES CHAMPS:

Qu'il me soit permis de continuer par un autre proverbe: D afellav i d agellid ad ixdem a laEca ad issuden iYil-is "C'est le paysan qui est roi : il travaille jusqu'au soir et baise son bras". L'amour du travail de la terre (nourricière) réside aussi dans l'indépendance du montagnard. Ici aussi, nous ne pouvons échapper à l'Histoire: en 1871, c'est pour briser cet esprit d'indépendance que la France avait exproprié les Kabyles de leur terre. A partir de 1954, elle pratiqua dans les montagnes, la politique de la terre brûlée, en achevant par les mines les maisons et les arbres qui ont échappé au feu des bombardements. Mais on a gardé en souvenir tiwizi "l'entraide collective", que Hanoteau et Letourneux qualifiaient de "corvée" (cf. le n0643) : Le hibou appelle; la fourmilière se réveille-l'entraide collective. Il y avait aussi d'autres formes d'entraides: il était fait, par exemple, obligation - dans le qanun kabyle - aux désoeuvrés de tailler et de défricher même chez le voisin. C'est notamment grâce à cette forme d'entraide qu'il existe encore des terres communautaires (aYerbuz) dans la montagne. Jadis, le défrichage (afraç!) faisait partie des nombreuses fêtes religieuses populaires. Ainsi, lEinsara consistait à brûler les broussailles tirées du maquis en faisant de grands bûchers. Au crépuscule, les gens festoyaient autour. La légende attribue cette fête à la commémoration de la mort d'une jeune fille, LEinsara, brûlée sur le bûcher à cause de ses relations amoureuses avec un jeune homme qui a connu le même sort.

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CHAPITRE VII - LES METIERS, LES ARMES, LA GUERRE ET LA CHASSE, L'ETUDE ET LES LOISIRS:

Tous les métiers n'étaient pas nobles dans la Kabylie d'autrefois. "Ainsi les esclaves et les bouchers, appelés en kabyle du même nom : aklan, parce que la profession était réservée aux descendants d'anciens esclaves, du reste pas toujours noirs".2o.

En revanche, la fabrication des armes, tenue secrète, est jugée aussi noble que celle des charrues.21 C'est elle qui permet à la montagne de garder son nom: adrar n lEez d lhorrna, "la montagne de la considération et de la dignité". Il aura fallu aux français près de 30 ans pour "pacifier" la Kabylie. Les armes étaient également fabriquées pour chasser. La chasse complétait les maigres ressources de beaucoup de familles kabyles. La vie austère des Kabyles laissait peu de place aux études. Mais presque tous les garçons allaient à la mosquée pour apprendre à lire et écrire le Coran. Quant aux loisirs, il y en avait beaucoup. "Il y en avait", car aujourd'hui on ne les pratique plus. Et comme le chante si bien Jean Ferrat, chez nous ausi "les distractions les plus saines ont disparu des cités; télé, voiture et week-end les ont remplacées". Aujourd'hui peu de familles veillent encore au coin du feu pour jouer aux énigmes ou pour entendre les contes merveilleux qui ont bercé notre enfance. Les énigmes qui vont suivre comporteront chacune trois rubriques au lieu de quatre, comme dans le précédent corpus: Ici, je ne reprendrai pas la traduction nécessaire pour le spécialiste. Ces trois rubriques seront les suivantes: liu. qui est seulement

a - notation à tendance phonologique, c'est-à-dire d'origine orale en tamazirt b - traduction c - commentaire linguistique et ethnographique.

le

texte

A la suite du commentaire, j'indiquerai si l'énigme est identique à celle recueillie par Génevois 22 et Ben Sedira 23par G., BS. =. Dans le cas d'une var., les initiales des auteurs seront suivies du signe #. Ce travail de comparaison m'a paru utile à plus d'un titre. Belkacem Ben Sedira a dû recueillir "ses" énigmes peu avant la parution de son ouvrage, c'est-à-dire vers 1887. Un peu plus d'un demi siècle sépare sa cueillette de celle de H. Génevois entreprise dans les années 50, laquelle a précédé la nôtre commencée en 1968 - de plusieurs hivers au cours desquels ce genre litt. a traversé le temps jusqu'en 1987, année de parution d'une oeuvre collective sur les énigmes berbères. Cette oeuvre qui 22

comporte trois volumes a réuni une dizaine de chercheurs sous la direction de Fernand Bentolila. Cent ans auront séparé la première publication de la nôtre. Et beaucoup d'énigmes n'ont pas changé d'un seul phonème! C'est dire que les paroles de nos ancêtres ne s'envolent pas facilement. C'est peut-être à travers la littérature orale que chacun peut constater l'attachement du peuple amazir à sa culture. C'est également ce que chacun, pour peu qu'il cherche à comprendre, peut théoriquement soupeser de la faculté intellectuelle de nos anciens que l'on a tendance à considérer comme naïfs et incultes.

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Point n'est besoin d'être versé dans les sciences linguistiques pour évaluer la somme de "stratagèmes intellectuels" auxquels s'adonnaient les Imaziren pour que leur culture ne s'envole pas en fumée.
Rime, assonance, rythme, vocabulaire, morpho-syntaxe particulière, hapax et archaïsmes littéraires savamment entretenus ont permis que notre littérature orale soit aujourd'hui parmi celles qui appréhendent l'an 2000.

Résolument tournée vers l'avenir, elle peut se targuer de demeurer entre les littératures qui continuent d'étonner. Il n'appartient qu'à nous qu'elle continue de servir de base à notre civilisation plusieurs fois millénaire. Aujourd'hui que les anciens nous ont tous quittés, la "transmission vécue" (N. Belmont) n'existe plus. Il nous reste la transmission orale pour peu d'années encore, tant il est vrai que lorsque la première s'arrête, la seconde, à son tour, ne tarde pas à disparaître; car une civilisation est d'abord vécue avant d'être pensée et transmise sous forme d'énigmes, d'adages, de maximes, de contes, de proverbes et d'axiomes percutants. Qu'on ne s'y trompe pas, une langue meurt quand plus personne ne la parle et ne la transmet. Notre devoir est de préserver la nôtre, ce n'est qu'ainsi que nous pouvons témoigner aux générations futures notre soif de vouloir servir toute l'Humanité.

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TAZWART

Yeqqar-ed baba (ad yaEfu rebbi fell-as) : aru ayen i wi tzernreçl s teqbaylit, arraw-ik at-id afen". Tasekla tamaziYt ma~~i dayen yezmer yiwen ad yaru s tirni. D agerruj iY -d Man imezwura i glaq ad yaEreçl yalwa deg-ne Y ad yettef deg-s citul)..Citul).agi, ama J-pimacahuJ, ama d asefru, ama d anhis naY t-tamsaE- reqt. "AEeqqa, aEeqqa .. ...", am win illeqwçlen azemmur. Akka i tlel).l).u tmussni (s wawal). Wa at yettak i y..-a..aneggaru at . yaru. Akken yura Lmulud At MEemmer "ilaq a negef awalen ineggura weqbel a ten tekwbellmut. Si wasmi id tejna ddunit, akkin i Sifaqs d Sufunisb, awalen-agi ssawlen si tama Yer tayeçl di wakallejdud neY" 24 Dayen i getfaten. Assa llan, azekka wlac-iten. Assa nella, azekka wlac-aY. "Tura d IkaYeçl,at-id afen ineggura" (L. At Mengellat). Asmi yemmut baba, neqqim nekk d jeddi gw-ennar. NniY-as : a jeddi, ke~ tura meqqwreçl (iEedda myat-sna imiren), d-acu i twallaçl ger wayen ifuten d wassa-gi ? Yenna-k : a mmi weUeh ar-am-akken idelli id luleY. D-acu kan ar a k-d iniY a mmi, lmut n baba-k am win yekksen ajeggu i wexxam. Ma~~i d lmut i yugade Y ; ugadeY ad yesref wexxam rn-ur d kkiren wid ar as i beddlen ijegga. Ad yass yiwen lweqt, ad yemnaE rebbi Leqbayel.. .".
Kra n wussan kan yeçifer baba. Id yeqqimen ala awalen-ni i-yi-d Man; akken i wen-d ~~an akw ibabaten d tyemmatin nwen awalen nsen. D awa1en agi i glaq a-ten naru amzun d lsas n wayen yaEnan assa d uzekka.

Yenna-yi Dda Mul).endQasi (amdakwel n baba, yemmut di 1985 ): - "Acebdi (amussnaw) bu yisem d win yeJtarun s tmeslayt-is", i lmend n Lmulud At MEemmer. Ur yuksan yiwen tamaziYt ! Ma~i d yunwass
-

i yemma (yekukran lqid n lmut) tenna-d : a mmi cfiY af awal (asefru, anhis, tamsaEreqt, taruçl... weqbel ad irul). : Ay ul-iw ili-k d amnay ur rekkeb ara f lhawa l~ila ixeznen t-tament asIa Y ines d nniya kra g-win iggwçlen ar tafat s sber i t-id il).ella. atg,.) ma tebYiçl a J

mi tella zdat-i i sliY

AF TEMSAERAQ T-TEMSAL:

25

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