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Voyages Grammairiens

De
258 pages
En treize escales et onze traditions, ces voyages grammairiens visent à rassurer et redonner espoir quant aux nombreuses facettes de la matière au regard du problème de la préservation de la diversité linguistique. L'ouvrage se propose de faire côtoyer plusieurs langues et traditions grammaticales dans leurs différentes versions (historiques, normativistes, didactiques, explicatives, comparatives, etc.).
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Voyages grammairiens
Le genre « grammaire », ancien s’il en est, reste
bien vivant, dans ses différentes versions : historique Voyages grammairiens
(naissance, développement), normativiste (défnissant et
promouvant une ou des norme(s), aux différents sens du
mot), didactique (outil d’enseignement pour public scolaire
ou non), explicative (avec une théorisation plus ou moins
poussée), comparative (d’une langue à une autre), etc.
Le problème capital et très actuel de la préservation
de la diversité linguistique vient lui donner une nouvelle
impulsion : face au risque de la « pensée unique » (Claude
Hagège), la grammatisation chère à Sylvain Auroux revêt
de plus en plus, comme parade nécessaire, un caractère
d’urgence.
C’est de toutes ces facettes qu’il est question dans
ces Voyages grammairiens où, en treize escales et onze
traditions, l’évasion et l’action se combinent, en une
double démarche de réassurance et d’espérance.
Teddy Arnavielle, coordonnateur de l’ouvrage, est
professeur des universités émérite à l’université Montpellier
III-Paul Valéry, spécialiste de linguistique française et Teddy Arnavielled’histoire des idées et des théories linguistiques ; il a co-
dirigé l’équipe d’accueil 739 DIPRALANG.
ISBN : 978-2-296-99356-3
langue & Parole25,50 euros
Teddy Arnavielle
Voyages grammairiens








Voyages grammairiens







Langue et Parole
Recherches en Sciences du langage
Collection dirigée par Henri Boyer (Université de Montpellier 3)

Conseil scientifique :
C. Alén Garabato (Univ. de Montpellier 3, France), M. Billières (Univ. de
Toulouse-Le Mirail, France), P. Charaudeau (Univ. de Paris 13, France), N.
Dittmar (Univ. de Berlin, Allemagne), V. Dospinescu (Univ. "Stefan cel Mare"
de Suceava, Roumanie), F. Fernández Rei (Univ. de Santiago de Compostela,
Espagne), A. Lodge (St Andrews University, Royaume Uni), I.-L. Machado
(Univ. Federal de Minas Gerais, Brésil), M.-A. Paveau (Univ. de Paris 13,
France), P. Sauzet (Univ. de Toulouse-Le-Mirail), G. Siouffi (Univ. de
Montpellier 3, France).

La collection Langue et Parole. Recherches en Sciences du langage se donne
pour objectif la publication de travaux, individuels ou collectifs, réalisés au sein d'un
champ qui n'a cessé d'évoluer et de s'affirmer au cours des dernières décennies, dans sa
diversification (théorique et méthodologique), dans ses débats et polémiques également. Le
titre retenu, qui associe deux concepts clés (et controversés) du Cours de Linguistique
Générale de Ferdinand de Saussure, veut signifier que la collection diffusera des études
concernant l'ensemble des domaines de la linguistique contemporaine : descriptions de telle
ou telle langue, parlure ou variété dialectale, dans telle ou telle de ses/ leurs composantes;
recherches en linguistique générale mais aussi en linguistique appliquée et en linguistique
historique; approches des pratiques langagières selon les perspectives ouvertes par la
pragmatique ou l'analyse conversationnelle, sans oublier les diverses tendances de l'analyse
de discours. Elle est également ouverte aux travaux concernant la didactologie des langues-
cultures.
La collection Langue et Parole souhaite ainsi contribuer à faire connaître les
développements les plus actuels d'un champ disciplinaire qui cherche à éclairer l'activité de
langage sous tous ses angles. Rappelons que par ailleurs la Collection Sociolinguistique
de L'Harmattan intéresse les recherches orientées spécifiquement vers les rapports entre
langue/langage et société.

Dernières parutions

Abdenbi LACHKAR (sous la dir. de), Langues et médias en
Méditerranée, 2012.
Eléonore YASRI-LABRIQUE, Les forums de discussion : agoras du
XXIe siècle ?, 2011.
Mohamed EMBARKI, La coarticulation. Des indices à la représentation,
2011.
Paul BACOT, La construction verbale du politique, Etudes de politologie
lexicale, 2011. Sous la direction de

Teddy ARNAVIELLE




Voyages grammairiens























© L'Harmattan, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-9935 6-3
EAN : 97822969935 63
PRESENTATION


On ne cherchera pas à faire ressortir, pour ce volume, une
unité qu’un simple regard sur la table des matières démentirait :
se côtoient ici plusieurs langues et traditions grammaticales,
anciennes ou récentes, témoignant que le vénérable art de la
grammaire se porte bien. C’est donc plutôt à une promenade, ou
un voyage, que le lecteur est convié, où sont visitées des
contrées diverses du continent grammairien, la constante étant
l’examen de l’objet-livre de grammaire : il est question de la
grammatisation de langues minoritaires, d’enseignement, pour
étrangers et pour autochtones, de modes de lecture, de
fabrication (des auteurs ont la parole, à côté d’usagers
professionnels des grammaires), de genre textuel, d’émergence
historique, de science et de norme… Onze langues, appartenant
à plusieurs familles et à diverses aires géographiques, à
vocation universelle, ou très large, ou limitée, ou très restreinte,
certaines très largement et anciennement illustrées, d’autres peu
documentées, telles disposant de statuts différents de celui de
telles autres, sont représentées, selon les treize propositions
recueillies à l’occasion du colloque Comment peut-on écrire
1une grammaire ? , tenu à Montpellier les 13 et 14 janvier 2011 .
Des regroupements étaient nécessaires : on a retenu, selon
l’éventail déployé ci-dessus, et avec la part d’arbitraire - y
compris dans les intitulés - inévitable pour ce genre
_________________________
1. La manifestation a été organisée par l’Equipe d’accueil 739 DIPRALANG,
avec notamment le soutien de l’Institut universitaire de France. Les autres
communications font l’objet de publications propres, dans des numéros de
revue.
La conception technique de l’ouvrage a été assurée avec la collaboration des
étudiants du Master Edition et Diffusion de l’écrit de l’Université Alger 2
sous la direction de M. Zenati Jamel.
7 d’apparentement, six sections, comprenant chacune de deux
articles (le plus souvent) à trois (dans un cas). C’est dire que,
pour un ouvrage où les chapitres s’enchaînent assez librement,
le mode de lecture pourra être suivi ou aléatoire.








































EMERGENCES HISTORIQUES







L’Angleterre médiévale, ou la naissance
de la grammaire française avec les premiers
glossaires
Thierry R EVOL
Université de Strasbourg
Faculté des lettres / EA 1337 – EA 1339
Les premières grammaires du français sont nées dans
l’Angleterre médiévale, au moment où la langue française y
devenait minoritaire, mais où elle conservait tout son prestige
parce que c’était la langue du roi et de son administration, du
premier enseignement, du droit et du commerce.
Le Moyen Âge occidental avait prolongé la longue tradition
d’analyse de la langue, qui remonte à l’Antiquité grecque et
romaine, en ne s’intéressant qu’au latin : n’étant pas considérées
comme suffisamment fondées (en religion, en prestige social, en
théorie), les langues vulgaires ne pouvaient pas être théorisées,
et elles passaient pour agrammaticales. Mais, dans les milieux
aristocratiques, juridiques, commerciaux et universitaires
anglais, on avait besoin d’apprendre le français, pour toutes
sortes de raisons : raisons politiques pour l’aristocratie, car la
monarchie encourageait à maintenir les liens avec des territoires
continentaux qu’elle possédait ou revendiquait, raisons
pratiques pour les marchands appelés à commercer au-delà du
Channel, raisons administratives pour les étudiants qui
souhaitaient développer une carrière de clerc…
Les premiers manuels ont donc eu une visée pratique. Ils
pouvaient même être rédigés pour un usage privé, y compris pour
des femmes, en vue de l’apprentissage efficace d’une langue
étrangère (apprentissage en contexte familial ou domestique).
Mais, le français étant aussi une langue d’enseignement pré-
universitaire, il s’est développé parallèlement des traités plus
construits destinés à des (futurs) étudiants, à la manière latine : ils
en suivaient la méthode, ils en reprenaient les catégories…
Selon les cas, le résultat constitue une approche systématique et
délibérément abstraite dans sa forme, ou un programme très
concret d’immersion linguistique. La plupart des ouvrages
11 relèvent évidemment de ces deux domaines. Parmi ceux-ci, les
Nominalia sont constitués essentiellement de listes de mots
(bilingues ou trilingues). Ils sont souvent restés sous le nom de
femina, car c’étaient les femmes qui étaient chargées d’un
premier apprentissage de la langue auprès de leurs enfants.
Pourtant, il n’est pas sûr qu’il faille en rester à cette
définition un peu simpliste de ces nominalia, parce qu’elle
pourrait se révéler trompeuse. Certains d’entre eux, bien que
s’appuyant fortement sur la tradition qui les précède, sont
remarquables d’efficacité pratique et pragmatique. Bien qu’ils
les destinassent à un public plus ou moins lettré, les auteurs de
ces textes étaient eux-mêmes des savants qui connaissent les
théories latines et s’inscrivaient dans une tradition (I. Contexte
et antécédents). Le fonctionnement par listes des nominalia
pourrait laisser penser que la théorisation est faible, mais les
ouvrages s’en tiennent rarement à l’accumulation simple des
glossaires (II. Formes et contenus). C’est qu’ils sont élaborés
pour un public qui cherche à en tirer un bénéfice social
immédiat (III. Méthodes et effets attendus).
I. Contexte et antécédents
Le constat de l’existence des nominalia dans l’Angleterre
médiévale pose une série de difficultés qui ne seront que
rapidement évoquées, bien qu’elles permettent aussi d’en
comprendre les enjeux : la tradition dans laquelle ils
s’inscrivent, le contexte historique et social, et leur proximité
avec d’autres types de traités grammaticaux. En effet, les
nominalia ne sont pas isolés. Tout un ensemble d’ouvrages naît
e eau XII siècle, pour se développer surtout à partir du XIII .
Donat et la grammaire latine au Moyen Âge
1En réalité, ces réflexions grammaticales se coulent dans un
enseignement très ancien de la grammaire, venu du grec et du
_________________________
1. Swiggers Pierre, « La Tradition de l’Ars de Donat et les premières
grammaires vernaculaires du français : un moment de conversion », in
Dahmen Wolfang, Holtus Günter, Kramer Johannes, Metzeltin Michael,
Wunderli Peter (dir.), Zur Geschichte des Grammatiken romanischer
Sprachen. Romanistisches Kolloquium IV, Tübingen, Gunter Narr Verlag,
2000, p. 139-159.
12 1latin . Plusieurs auteurs proposent des « systèmes gramma-
ticaux » (artes grammaticæ), qui examinent successivement
phonétique, morphologie et syntaxe. Par rapport à nos
définitions actuelles, la partie phonétique s’intéresse évidemment
aux questions de prononciation, mais aussi d’écriture ; les
descriptions morphologiques examinent les différentes
catégories de mots (les « parties du discours ») ; la syntaxe reste
un peu en-deçà, et mêle l’analyse des tropes et des figures de
style, en s’interrogeant sur les fautes. Parmi les savants plus
connus, et ceux qui ont marqué la postérité scientifique,
e e 2Priscien (f. V / d. VI s.) a vécu à Constantinople . Il écrit des
Institutiones grammaticæ qui proposent, pour la première fois,
cette tripartition de la matière en phonétique, morphologie et
syntaxe. Mais c’est surtout Donat, qui lui est antérieur (il a vécu
eau IV siècle), qui est un bon représentant de ces approches, non
seulement parce que son analyse est plus méthodique, mais
3surtout parce qu’il inspire durablement la tradition . Ælius
Donatus est donc un grammairien romain qui crée un modèle,
avec tout un dispositif descriptif et une terminologie, dans deux
4ouvrages : l’Ars minor et l’Ars maior . Le fonctionnement
pédagogique de Donat sera aussi imité par la suite : l’Ars minor
est rédigée sous la forme d’une interrogation par le maître et,
surtout, l’efficacité pratique s’expose à travers un système
d’énumérations, de structuration et de hiérarchisation de
l’exposé.
5Le Moyen Âge se souviendra de tout cela . La grammaire est
une des bases et un des objets de l’enseignement puisqu’elle
_________________________
1. Marc Baratin, « Grammaires (histoire des) », Encyclopædia universalis 13,
2008.
2. Le latin n’y avait donc que le statut de langue seconde.
3. Comme le montrent les titres de grammaires médiévales ; voir, par exemple
(mais les titres sont nombreux), le Donatz proensals d’Uc Faidit au XIIIe s.
ou le Donat français de John Barton au début du XVe s. (et en Angleterre).
4. On trouve déjà, dans l’Ars maior un aperçu des lettres, des syllabes, des
barbarismes et des figures de style.
5. Pour le détail de la filiation, on se reportera aux articles de Serge Lusignan,
« Grammaire française médiévale », de Colette Jeudy, Irène Rosier et Jean-
Claude Chevalier, « Grammaire latine médiévale », in Bossuat Robert,
Pichard Louis et Raynaud de Lage Guy, Dictionnaire des lettres françaises.
Le Moyen Âge, 1964 ; édition revue et mise à jour par Hasenohr Geneviève
et Zink Michel, Paris, Fayard, 1992, p. 564-572.
13 1intervient dès le trivium , avec la rhétorique et la logique. En
2somme, elle est érigée en vérité universitaire . On ne peut donc
écrire de grammaire, au Moyen Âge, sans tenir compte de la
tradition et de cette vérité académique : ce n’est pas une science
neuve, qui devrait inventer ses concepts et ses méthodes,
d’autant moins que la matière est placée au début des cycles
universitaires, et que sa maîtrise systématique conditionne les
acquisitions de savoir ultérieures.
Pourquoi l’Angleterre ?
Depuis la conquête de l’Angleterre par Guillaume, en 1066, les
principaux leviers politiques, mais aussi administratifs,
économiques, commerciaux et même religieux sont aux mains
ed’une classe dirigeante francophone. Et dès le XII siècle, le
territoire devient un des premiers centres de production de
manuscrits français. Dans sa variante anglo-normande, le français
reste la langue maternelle des rois, pour ne pas dire la langue
officielle et administrative du royaume. Les choses ne changent
e 3qu’à la toute fin du XIV siècle, avec l’avènement des Lancastre .
Mais, alors même que ces rois parlent anglais, non sans intention
politique, ils insistent sur la nécessité du français : la dynastie
revendique le trône de France, et elle sera amenée à combattre
encore de longues années sur le Continent (la Guerre de Cent ans
4ne se termine officiellement qu’en 1454) .
Les spécificités de ce français sont multiples. Son usage est
socialement marqué : il est d’abord parlé par les élites, les
descendants des conquérants normands. Mais il reste
minoritaire : les chevaliers qui accompagnaient Guillaume se
_________________________
1. Sur trivium et quadrivium, et l’enseignement en général, voir par exemple,
John Balwin, Paris 1200, Paris, Aubier, 2006, le chapitre V « Les écoles »,
p. 285 sq. Sur les universités, voir aussi les travaux de Jacques Verger,
particulièrement Culture, enseignement et société en Occident aux XIIe et
XIIIe siècles, PUR, 1999.
2. On la retrouve même sur les façades des cathédrales, à Chartres et ailleurs,
allégorisée comme une femme sévère, tenant un livre dans une main et un
fouet de l’autre (les règles sont toujours difficiles à acquérir, pour la
jeunesse).
3. Henri IV, premier Lancastre, monte sur le trône en 1399, après avoir déposé
Richard II, dernier Plantagenêt.
4. Lusignan Serge, La Langue des rois au Moyen Âge. Le français en France
et en Angleterre, Paris, PUF, 2004.
14 sont rapidement mêlés, par mariage, à la noblesse anglaise. Or
ce sont les femmes qui apprennent aux enfants à parler. Il
semble donc bien que l’anglais ait remplacé le français comme
elangue maternelle des nobles dès la seconde moitié du XII
1siècle, ou au plus tard au siècle suivant . S’il était parlé, il ne
l’était que comme langue seconde, mais il n’en était pas moins
2indispensable dans l’entourage royal et les milieux judiciaires ,
d’autant que les premiers Plantagenêt, désireux de faire de leur
cour un foyer de création littéraire et artistique, promeuvent et
protègent les auteurs. L’usage du français doit donc être
rapproché de celui du latin médiéval, qui était à la fois une
langue écrite, et une langue parlée dans certains milieux comme
l’Église ou l’Université.
Il faut pourtant bien constater la décadence du français,
notamment sous la pression démographique. Mais, quoique de
plus en plus minoritaire, il n’en est pas moins nécessaire dans
certains milieux prestigieux ; il l’est aussi à cause des très
nombreux liens d’échanges commerciaux et universitaires que
les habitants de l’Angleterre entretiennent avec le Continent.
C’est donc ainsi que va se poser la question de son
enseignement.
Les quatre types d’ouvrages linguistiques
3La civilisation médiévale est essentiellement orale , mais
l’enseignement laisse des traces écrites. C’est ainsi que sont
restés toutes sortes de manuels didactiques, à destination des
Anglais désireux d’apprendre une langue qui leur était devenue
étrangère. Ce sont bien les premières grammaires du français.
_________________________
1. La vraie rupture aurait eu lieu, selon Andres Max Kristol, en 1202, lorsque
Philippe Auguste annexe la Normandie : « les barons normands doivent
choisir entre leurs possessions continentales et celles situées en
Angleterre », et la majorité choisit l’Angleterre, se détachant de ses origines.
Kristol Andres Max, « Le Début du rayonnement parisien et l’unité du
français au Moyen Âge : le témoignage des manuels d’enseignement du
français écrits en Angleterre entre le XIIIe et le début du XVe siècle »,
Revue de linguistique romane 53 (n° 211/212), 1989, p. 338.
2. Il faut attendre 1362 pour que le français cesse d’être d’usage systématique
dans l’administration et la justice. Voir Rothwell William, « Anglo-French
and Middle English Vocabulary in Femina nova », Medium Aevum 69-1,
mars 2000, p. 48.
3.Voir Paul Zumthor, Essai de poétique médiévale, Paris, Seuil, 1972.
15 1On peut, à la suite de Max Andres Kristol , les classer en quatre
types principaux, en fonction de leur contenu et de leur
méthode, mais aussi par leurs destinataires.
eLes nominalia se développent les premiers, dès le XII
siècle. Ce sont des glossaires bilingues (latin / français) ou
trilingues (latin / français / anglo-saxon). Ils s’adressent à deux
types de publics distincts. Les premiers d’entre eux, surtout,
sont des manuels destinés à l’apprentissage du latin ; ce sont les
enfants désireux de poursuivre des études (le latin reste la
langue de l’enseignement) qui doivent les utiliser. Mais ils
peuvent aussi avoir un usage plus familial et domestique, pour
des parents souhaitant que leur progéniture s’initie tôt au
vocabulaire français.
D’autres ouvrages se présentent comme des traités
d’orthographe. En réalité, les interrogations de graphie et de
prononciation débouchent très souvent sur des remarques de
2morphologie et même de syntaxe . Ils supposent de la part des
destinataires, et plus encore des auteurs, une bonne
connaissance de la terminologie grammaticale latine. Quoique
leurs exemples soient en français, ils sont rédigés en latin ou en
français. L’exposé emprunte à l’Ars minor de Donat, avec un
classement par lettres. Le niveau visé est celui de
l’enseignement scolaire ou (pré-)universitaire ; les auteurs se
vantent souvent de leurs études supérieures en France.
Les deux autres types sont clairement tournés vers un but
professionnalisant. Les cartaria ou artes dictaminis se
présentent, comme leurs noms l’indiquent, sous forme de
modèles de lettres administratives ou privées. Les lettres privées
montrent bien que le français est resté longtemps, pour les
milieux aristocratiques, la langue des semi-lettrés : pour ceux
qui ne maîtrisaient pas le latin, le français offrait un compromis
socialement acceptable (outre le fait que, selon certains recueils,
c’est aussi la langue de l’amour et de la courtoisie). Pour les
autres lettres, ce type d’ouvrages existe aussi en France et
_________________________
1. Kristol Max Andres, art. cit., en particulier p. 339-347.
2. Voir Revol Thierry, « Enseigner le français en Angleterre au Moyen Âge »,
in Olivier Bertrand et Isabelle Schaffner (dir.), Quel français enseigner ? La
question de la norme dans l'enseignement / apprentissage, Éd. École
polytechnique, 2009, p. 297-309.
16 ailleurs, avec une intention identique. Ils sont destinés à des
clercs qui sont en apprentissage, et qui pourront trouver un
emploi dans l’administration du royaume. Enfin, les manières
de langage s’adressent à des voyageurs, qu’ils soient
commerçants, étudiants en quête du savoir dispensé à
l’université de Paris, ou jeunes aristocrates jouant les touristes
sur le Continent pour se dégrossir un peu. Ces derniers textes se
présentent comme des manuels de conversation, souvent assez
1drôles , mettant des personnages dans toute sorte de situations
quotidiennes et concrètes. Elles comportent des listes, avec des
énumérations d’objets, d’animaux, de titres… Quelques mots
peuvent être glosés en moyen anglais. Reste que les cartaria ou
les manières de langage ne sont jamais théorisées. Leur visée
pratique est évidente puisqu’ils doivent fonctionner dans un
contexte déterminé, mais ce contexte n’est jamais celui de la
théorie grammaticale.
Le panorama des grammaires est donc riche dans l’Angleterre
médiévale, infiniment plus riche, en tout cas, que sur le Continent,
à cause du contexte linguistique particulier de ce royaume, où le
français était devenu une langue à apprendre. Cet apprentissage
passait par une théorisation plus ou moins poussée, c’est-à-dire par
des ouvrages plus ou moins grammaticalisés.
II. Formes et contenus
Il s’agit maintenant de se concentrer sur le premier type
d’ouvrages, les nominalia. A priori, la théorie grammaticale
devrait y être assez faible, car les glossaires ou les listes de
vocabulaire comportent peu de remarques métalinguistiques. Or ce
n’est pas toujours le cas, ce qui pose à la fois la question de la liste
(comment la conçoit-on ?) et celle des différences entre les textes.
La question des listes
Pour analyser et, surtout, décrire un phénomène linguistique
(ou non), plusieurs approches sont possibles. Une approche
abstraite permet d’en donner une définition théorique, ce que
font habituellement les grammaires, même si elles illustrent ces
_________________________
1. A la manière des méthodes Assimil.
17 théories par des exemples. Mais une autre approche scientifique
est possible, comme le dira René Descartes un peu plus tard :
Pour achever la science, il faut parcourir par un
mouvement continu et nulle part interrompu de la pensée
toutes les choses qui se rapportent à notre but et chacune
d’elle en particulier, et ainsi les embrasser dans une
1énumération suffisante et ordonnée .
La question du traitement rationnel d’une matière par
2l’énumération systématique se pose donc. Pour prendre
3quelques exemples, le « Bescherelle », dont on ne niera pas
l’intérêt grammatical, se présente essentiellement sous forme de
liste(s), alors que la problématique est l’exhaustivité
4morphologique. La Grammaire méthodique du français , dans
sa macrostructure au moins, liste les types de pronoms, de
phrases ou de propositions circonstancielles. Même la méthode
5Assimil , pourtant basée sur un apprentissage intuitif, propose
périodiquement (toutes les sept leçons au moins) des mises au
point lexicales ou morphologiques sous forme de listes.
L’intérêt des listes de vocabulaire (ou des glossaires) se
mesure à plusieurs niveaux, et leur fonctionnement pédagogique
est assez complexe. Nina Catach expose le fait que, en français
contemporain, soixante-neuf mots (en général des mots outils)
couvrent, selon les études d’Henmon et de ceux qui l’ont suivi,
50 % environ des occurrences de n’importe quel texte français
6de quelque ampleur .
Et elle ajoute que « 1000 mots couvrent à eux seuls 85,59 %
des occurrences » d’un texte. On mesure mieux ainsi l’intérêt de
_________________________
1. René Descartes, Règles pour la conduite de l'esprit dans la recherche de la
vérité (Regulae ad directionem ingenii), (1628 ?) publié en 1701, in Roger
Verneaux (éd.), Textes des grands philosophes, III, Temps modernes, Paris,
Beauchesne, 1964, p. 8.
2. Il s’agit-là de l’opposition traditionnelle de la définition d’un ensemble en
compréhension ou en extension.
3. Le Nouveau Bescherelle. 1. L’art de conjuguer. Dictionnaire de 12 000
verbes, Paris, Hatier, 1980 (et nombreuses rééd.).
4. Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat, René Rioul, Grammaire méthodique
du français, Paris, PUF, 1998 (et rééd.).
5. Voir, par exemple, Anthony Bulger, Le Nouvel anglais sans peine,
Chennevières-sur-Marne, Assimil, 1978.
6. Nina Catach, L’Orthographe française, Paris, Armand Colin, 2008, p. 53
et, pour la citation suivante, p. 54.
18 ces listes dans le contexte de l’apprentissage d’une langue, ce qui
est le cas dans l’Angleterre médiévale. La partie glossaire du
1Femina , un de ces nominalia, comprend 338 entrées, ce qui
constitue un beau chiffre, d’autant que les mots grammaticaux sont
exclus. Enfin, ce type de texte est adressé à des enfants ou des
jeunes gens, à un âge où l’apprentissage par cœur est censé être
une des méthodes les plus efficaces d’acquisition du savoir, et à
une époque, surtout, où l’oral est valorisé y compris dans les
contextes académiques et universitaires (même pour les étudiants,
les prises de notes étaient rares). Les nominalia, qui se contentent
souvent de proposer des listes de mots, doivent donc bien être
considérés comme des ouvrages de grammaire. Cette conclusion
s’impose d’autant plus que leur corpus est assez varié, et le
glossaire proprement dit n’en constitue souvent qu’une partie.
Le corpus des nominalia
Ces nominalia comportent trois caractéristiques principales,
presque toujours présentes, et destinées à faciliter
l’apprentissage, souvent dans un milieu familial. D’abord, la
plupart des nominalia proposent une mise au point
lexicologique basée sur une répartition thématique : les mots
sont donc rangés par matière, avec un effort de composition.
Pour les auteurs, il s’agit de communiquer les nuances du
lexique français par l’étude de grands champs sémantiques.
L’adulte peut donc choisir en fonction de ses centres d’intérêt,
de ceux de l’enfant ou de l’avenir social ou professionnel de
celui-ci. Mais le souci pédagogique ne s’arrête même pas là
puisque ces manuels sont souvent versifiés. La versification
facilite l’apprentissage par l’oral (le retour des rimes et des
rythmes donne un moule formel à la mémoire). Enfin, ces textes
sont presque toujours glosés : ils se présentent donc comme
multilingues ou au moins bilingues : l’anglais peut manquer
alors que le latin, langue du savoir, s’impose naturellement.
Ainsi dans cet extrait du Tretyz de Gautier de Bibbesworth :
Femme ke aproche soun tens
_________________________
1. William Rothwell (éd.), Femina, Aberystwyth, The Anglo-Norman On-
Line Hub, 2005, p. 104-118. Texte accessible en ligne <http://www.anglo-
norman.net/texts/femina.pdf> (le 29 décembre 2010).
19 De enfaunter moustre sens
of a myde wyf
Kaunt se porveyt de une ventrere
Ke soyt avisee conseylere.
the chyld ybore
Kaunt ly enfes serra nez
swethe hym
Cel enfaunt dounk mayllolez.
hys cradel
En soun berz l'enfaunt couchez ;
of a lullere vel norice
1De une bercere vous purvoez .
Le texte commence un peu abruptement, par une naissance,
ce qui permet d’introduire plusieurs mots en rapport avec ce
thème très familial. Les vers comptent théoriquement huit
syllabes (mais les vers hypométriques ou hypermétriques ne
sont pas rares), avec des rimes suivies. La glose interlinéaire
2traduit à l’anglais des mots isolés ou des segments plus longs .
On notera même, dans le dernier vers cité, que le terme bercere
3est traduit par deux mots de moyen-anglais : l’un lullere est
d’origine germanique, et l’autre norice est d’origine latine (bas-
latin *nutricia), mais par l’intermédiaire probable du français
(nourrice) ; les deux gloses sont séparées par la conjonction
latine vel (réflexe du clerc pour qui le latin est devenu une
seconde nature).
Andres Max Kristol a recensé les différents textes classés
4dans les nominalia ; il en compte trois principaux. Le Traité
sur la langue française de Walter de Bibbesworth (1240-1250),
dédié à Madame Dyonise de Mountechensi et rédigé pour
l’éducation de ses enfants, est écrit dans la langue de la seconde
emoitié du XIII siècle, avec des gloses interlinéaires anglaises. Il
_________________________
1. Cité d’après Paul Meyer, « Ms. 8336 de la bibliothèque de Sir Thomas
Phillips », Romania XIII, 1884, p. 502.
2. Plus précisément, les gloses se trouvent au-dessus des segments.
3. Voir le dictionnaire en ligne de moyen anglais :
<http://quod.lib.umich.edu/m/med/> (le 10 janv. 2011).
4. Kristol Andrés Max, art. cit., p. 340-343. Pour la citation plus loin, p. 342.
20 1compte plus d’un millier de vers . Il a souvent été copié, ce qui
2montre sa notoriété . Un Nominale, versifié aussi, est d’écriture
3plus simple . L’auteur anonyme a travaillé vers 1340 ; dans sa
forme actuellement conservée, il a dû être copié par un scribe
normand « car la traduction anglaise fourmille d’erreurs ».
Reste enfin le Femina ou Femina nova (l’hésitation est dans le
manuscrit même).
Femina ou Femina nova
4Ce dernier texte s’inspire de celui de Walter de Bibbesworth
(et d’autres) dont il constitue une sorte de réécriture actualisée.
Il a été rédigé vers 1415 et a même connu plusieurs traductions
intégrales à l’anglais. Le texte proprement dit est précédé d’une
phrase d’introduction en latin :
Liber iste vocatur femina quia sicut femina docet infantem
loqui maternam, sic docet iste liber juvenes rethorice loqui
gallicum prout infra patebit (p. 1).
L’auteur part de l’idée habituellement reçue de l’appren-
tissage du français par les mères, dans un contexte intime et
familial, ce qui lui permet de baptiser son manuel Femina. Mais
il ne s’en tient pas là. En effet, la phrase de présentation est
relancée, et l’on s’aperçoit que ce premier élément phrastique
n’est là que pour servir une comparaison introduite par
l’adverbe sic. Il ne retient pourtant de l’idée initiale qu’une
seule chose : la pédagogie du traité. Pour le reste, il accumule
les différences puisqu’il s’adresse aux juvenes et non aux
infantes, ce qui implique une différence d’âge mais aussi de
nature de l’apprentissage : à l’infans (littéralement « celui qui
_________________________
1. 1140 exactement, dans l’édition de William Rothwell, < http://www.anglo-
norman.net/texts/bibb-gt.pdf> (le 30 décembre 2010).
2. Andrés Max Kristol pense qu’il a été largement utilisé dans les écoles au
XIVe siècle.
3. W.N. Skeat (éd.), « Nominale sive Verbale », Transactions of the
Philological Society, 1906, p. 1-50.
4. Voir l’introduction au texte (en ligne sur l’internet) par William Rothwell,
op. cit., p. i-v. Les pages d’où sont tirées les citations seront indiquées entre
parenthèses ; elles font toutes référence à cette édition. Voir aussi l’analyse
de ce texte dans son article, « Anglo-French and Middle English Vocabulary
in Femina nova », Medium Aevum 69-1, mars 2000, p. 34-58.
21 ne parle pas », de for « parler ») à qui il faut enseigner la parole
même, succède l’adolescent qui sait déjà parler mais à qui il
faut enseigner à parler rethorice, c’est-à-dire que le traité vise
une langue élégante et éloquente. C’est peut-être cette
différence qui explique l’apparition du qualificatif nova, dans le
changement de dénomination finale : les derniers mots du texte
sont « Explicit ffemina nova » (p. 118).
Ce traité comporte quatre parties très inégales. La première,
et de loin la plus longue, est une reprise (plus ou moins exacte,
selon son éditeur scientifique William Rothwell) du Tretyz de
Bibbesworth, avec sur la colonne de gauche, le texte français
versifié, sur la colonne de droite sa traduction en moyen anglais
et, en bas de page, des indications de prononciation du
1français :

(1)
Cette partie est suivie de deux courts éléments, empruntés
eux aussi, mais pas à un manuel à visée linguistique : la
rubrique latine De moribus infantis introduit un bref extrait
d’Urbain le Courtois (p. 83-93) qui se termine sur les vers
_________________________
1. L’éditeur moderne utilise différentes couleurs pour distinguer les trois
langues.
22 Querez Catoun pur autorité (en français) et SecheÞ Catoun for
authorite (en moyen anglais). Cette partie est suivie d’un
emprunt aux Proverbes de bon enseignement de Bozon (p. 93-
102). Ces deux titres sont explicites : il est question ici des
mœurs des jeunes gens, et c’est moins leur instruction
linguistique qui est visée que leur aptitude à bien se comporter
en société.
Enfin, un glossaire termine l’ouvrage (p. 102-118). Il se
présente sur trois colonnes, dont la première donne les mots
français présents dans la première partie (celle qui est
empruntée au Tretyz de Bibbesworth), la seconde leur
prononciation et la troisième leur traduction en moyen anglais,
ce que l’auteur exprime ainsi :
en tiel manere la primer Rule enseigne pur scrivere, la
seconde pur lire, la tierce pur entendre et ensement
enseigne plusours differencez du ffraunceys (p. 103).
La variété des traités grammaticaux s’est construite au fil des
siècles, pour s’adapter aux besoins de certains milieux anglais
qui perdaient l’usage quotidien du français. De même, le
premier type d’ouvrages, les nominalia, s’est transformé et
complexifié en même temps que la réflexion grammaticale sur
eles langues vulgaires avançait, pour aboutir, au XV siècle, à
des ouvrages assez complexes dans leur forme. Ainsi, dans le
Femina (nova), la liste de vocabulaire apparaît à la toute fin,
comme nos modernes glossaires suivent les éditions de textes
scientifiques.
III. Méthodes et effets attendus
La mise à jour des formes devait donc accompagner les
effets attendus de ces méthodes de langue. À partir du terme
1rethorice de l’introduction , William Rothwell développe l’idée
que le Femina propose une formation linguistique complète
pour ceux qui doivent s’initier à la langue française. Il est même
probable que cette formation linguistique aboutissait à une
instruction plus générale sur les mœurs et la manière de se
_________________________
1 Il fait remarquer une autre occurrence immédiatement proche, p. 1 aussi,
c’est dire l’insistance de l’auteur au début de son traité.
23 comporter dans cette partie de la société anglaise qui parle
français. Les rapports entre maîtres et étudiants impliquent un
type d’apprentissage particulier, en fonction des débouchés
professionnels qu’ils supposent.
Dictatores et étudiants
Comme tous les textes, le Femina cherche à mettre en rapport
un auteur et un destinataire. L’ouvrage est resté anonyme, mais un
certain nombre d’indices trahissent la personnalité de l’auteur.
Ainsi, la nature même du texte laisse penser qu’il est le résultat
d’un travail de clerc, universitaire ou pour le moins enseignant. Les
trois premières parties fonctionnent à la façon des réécritures
1médiévales : à la fois compilation, réappropriation d’un texte
antérieur, rapprochement thématique d’éléments jusque-là
étrangers… Les nouveautés signalent aussi un travail typiquement
universitaire : les notes explicatives de bas de page (concernant la
2prononciation) , et la reprise commentée des matériaux de la
première section dans la quatrième partie. La forme même de ce
glossaire trilingue est aussi un travail typique des maîtres
universitaires, capables de maîtriser trois langues de travail et de
faire les rapprochements nécessaires à l’aide d’outils appropriés
comme la présentation en colonnes ou les traits explicatifs
(p. 114) :
(2)
_________________________
1. Voir, par exemple l’article d’Emmanuèle Baumgartner, « L’écriture
romanesque et son modèle scripturaire : écriture et réécriture du Graal »,
L’Imitation, Actes du Colloque de l’École du Louvre (1985), Paris, La
Documentation française, 1985, p. 84-103.
2. William Rothwell est assez sévère avec ces notes, qu’il trouve fautives et
répétitives. Il a de très bons arguments. Il ne s’agit pas ici de juger la valeur
de l’auteur qui a écrit le Femina, mais de montrer le fonctionnement de son
ouvrage.
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