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Eléments d'économie pratique

De
320 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296222793
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,

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Eléments D'Economie Pratique

@ L'Hannattan
ISBN

2-7384-0810-9

Christophe

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ÉLÉMENTS D'ÉCONOMIE PRATIQUE

Préface de Frédéric Pou/on

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris

PRÉFACE
par Frédéric POULON Professeur à l'Université Bordeaux I

Ecrire un livre d'initiation à l'économie est une tâche exaltante mais
difficile parce que pleine tf attraits contradictoires. La première tentation, pOllr l'auteur, est de répondre à l'attente de son lecteur désireux pour comprendre la réalité économique, de toujours rester sur le terrain des faits. La deuxième tentation est, au contraire, de s'éloigner des remous du quotidien pour gagner les profondeurs théoriques et ainsi faire découvrir au lecteur les ressorts du monde où nous vivons. Si l'auteur cède à la première tentation, il court le risque décrire un livre qui se périmera vite. S'il cède à la deuxième, il risque de faire un livre qui ne se lira guère. En somme, dans un cas il s'expose à l'obsolescence, dans l'autre à l'indifférence. Alors que faire? J'ai envie de dire qu'il suffit d'ouvrir le livre de Christophe H eckly pour le savoir. L'auteur, en effet, a trouvé le bon dosage, je dirais plutôt le bon rapport entre les faits et la théorie. lei, contrairement à la démarche la plus fréquente, la théorie occupe une place modeste: elle est la discrète servante des faits,' elle n'est là que pour donner un peu plus d' éclairage au lecteur, et seulement s'il en éprouve le besoin. Même sans bagage mathématique, sans habitude du raisonnement abstrait, celui-ci peut se lancer confiant dans la lecture du livre. Je ne dis pas qu'il ne rencontrera pas, chemin faisant, quelques pentes escarpées, mais cela se produira toujours après une bonne marche d'entraînement à travers des pages égayées d'exemples nombreux et variés, de sorte que l'effort, au moment où il lui sera demandé, lui paraftra toujours raisonnable. A cet égard, le chapitre /I est un modèle de progression habilement et savamment dosée. Si le mérite de l'ouvrage s'arrêtait à cela, ce serait déjà beaucoup. Mais la qualité du plan ainsi que celle du style sont encore à souligner.

En sept chapitres, l'auteur élargit presque insensiblement le champ d'analyse jusqu'à nous faire découvrir l'espace complet des relations économiques internationales.L'aboutissement est surprenant si l'on songe que l'on est parti de l'examen, quasiment au microscope, de la cellule
économique de base, le consommateur. L'auteur n'ignore rien des difficultés théoriques du passage de la microéconomie à la macroéconomie. Dès

l'introduction, il avertit très honnêtement le lecteur de l'existence d'un problème majeur, que l'on appelle, en anglais, le ccno bridge" , c'est-à-dire l'absence de passerelle entre l'univers microéconomique et l'univers
macroéconomique. Mais le parti pris de l'auteur de ne jamais mettre la théorie

en avant fait que, le moment venu, le passage s'opère sans effort, grâce
notamment au rôle charnière que joue alors la comptabilité nationale, promue ainsi à la place centrale qui devrait toujours lui revenir. Au total, toutes les connaissances que l'on est en droit d'attendre d'un étudiant d'économie, après une année d'études, s'enchaînent ici, grâce à l' habileté du plan, de la manière la plus naturelle et donc la plus agréable au lecteur. S' il fallait absolument trouver un défaut dans la cuirasse, je dirais que la question du chômage (de sa mesure et de son indemnisation) est peut-être traitée quelque peu en parent pauvre. Mais c'est bien la seule. Enfin, l'ouvrage de C. Heckly se signale par un style d'une grande qualité, chose assez rare dans la littérature économique contemporaine. Cela peut ne pas apparaître, car ce style est tout en simplicité, clarté et rigueur. Les lecteurs, de nos jours, ont tendance à croire que ce qui se lit sans effort s'est écrit de même. Il en va en réalité tout différemment, car, entre un auteur et son lecteur, tout se passe comme s'ils devaient se répartir un fardeau: plus l'auteur prend à sa charge, moins le lecteur sent le poids. Pour avoir personnellement eu connaissance des versions successives du manuscrit, je sais à quelle somme d'efforts correspond ce résultat final si réussi. Puisse donc ce livre, écrit pour l'initiation du débutant en économie mais aussi pour son plaisir, connaître le succès qu'il mérite.

INTRODUCTION

Cet ouvrage n'est pas seulement un manuel d'initiation. il ne s'agit pas de se limiter à communiquer les premiers éléments d'une science tellement complexe qu'elle conduit à des études très spécialisées, au terme desquelles les économistes ont parfois du mal à la saisir dans sa totalité. Le but recherché est de mieux permettre au lecteur d'aborder l'économie, notamment en le familiarisant avec un langage parfois ésotérique. Dans cette démarche, nous nous sommes efforcés de donner à ceux qui découvrent et souhaitent approfondir l'économie un certain nombre de clés, en insistant sur la définition aussi précise que possible d'un grand nombre de termes, qualifiés souvent de "jargon" économique. Il nous semble que l'apprentissage de l'économie implique l'acquisition de tout un langage, et il faut comprendre que ce langage n'a pas pour but de faire étalage de mots savants pour dérouter les profanes, mais que chaque terme a sa raison d'être. Si l'on constate que les étudiants débutants sont très demandeurs de glossaires ou de lexiques économiques, la lecture de ce type d'ouvrages montre les dangers de définitions figées, qui ne rendent pas suffisamment compte d'une réalité souvent mouvante. Ce livre va au-delà d'un travail de vulgarisation, en se refusant, contrairement à beaucoup d'ouvrages de ce genre, à présenter d'une manière simpliste et schématique une réalité qui est par nature complexe. Ce que nous souhaiterions montrer, c'est que l'économie est moins simple qu'il n'y paraît à la lecture de certains ouvrages d'initiation, mais aussi plus abordable que la présentation qui en est donnée dans certains manuels de Sciences Économiques. Cet ouvrage répond donc à un besoin et comble une lacune. il s'adresse plutôt à des lecteurs qui sont de formation juridique, littéraire ou technique, ainsi qu'à des candidats à des concours administratifs ou à des stagiaires de la formation professionnelle, qui ont surtout besoin d'une culture générale économique. Il peut cependant aussi avoir une utilité pour des étudiants en sciences économiques, dans la mesure où il constitue un outil de travail commode, qui donne une vue d'ensemble des principaux mécanismes et problèmes économiques contemporains. Cette vue d'ensemble paraît la condition préalable essentielle à toute compréhension véritable de l'économie, qui pourra être acquise par la suite par des lectures plus appronfondies. Le but de ce manuel est de donner envie au lecteur d'aller plus loin, et en fait de lui faire prendre goût à l'économie. 7

Pour essayer de donner cette vue d'ensemble sans être trop longs, nous ne nous sommes volontairement pas attardés sur certains points qu'il n'a pas paru souhaitable d'approfondir, au moins dans un premier temps, afin de pouvoir développer davantage d'autres aspects qui ont semblé très importants, ou d'actualité, ou pour lesquels on constate que les étudiants et les amateurs d'économie manifestent beaucoup d'intérêt. La présentation s'appuie sur une structure très claire, et le plan adopté présente l'avantage d'être commode, et de correspondre à un cheminement naturel. Dans un souci didactique, nous avons en effet découpé la réalité en allant du plus simple au plus complexe, selon une démarche linéaire traditionnelle, tout en sachant que l'économie forme un tout, dont les différents éléments agissent les uns sur les autres. Enfin, cet ouvrage est présenté d'une manière neutre et non orientée. Nous avons préféré rendre compte aussi fidèlement et honnêtement que possible des différentes théories, et montrer en quoi elles ne sont peut-être pas aussi contradictoires et incompatibles qu'elles peuvent paraître à première vue. Le but recherché est de donner au lecteur tous les éléments pour se faire une opinion personnelle et non de profiter de son manque d'expérience pour essayer de l'endoctriner sournoisement, dans un sens ou dans un autre, comme c'est malheureusement souvent le cas dans certains ouvrages. La démarche économique est en effet rarement innocente. Comme le fait observer J. Austruyl "l'économie est devenue sous tous les régimes une science de l'exécution des décisions le plus souvent indiscutées, des Princes et des Patrons"... Elle" devient la justification sophistiquée des décisions arbitraires du pouvoir dont elle ignore la signification ". Nous nous sommes aussi efforcés de prendre du recul par rapport aux théories à la mode, pour aider le lecteur à exercer son esprit critique, plutôt que de nous borner à lui transmettre quelques idées reçues, qui seraient d'ailleurs rapidement frappées d'obsolescence. Enfin, le souci qui nous a constamment guidés dans le choix des mécanismes et des faits économiques que nous analysons a été de privilégier les informations pouvant présenter une utilité pratique pour des responsables ou futurs responsables du secteur public comme du secteur privé. Par contre, nous avons volontairement abrégé les développements trop abstraits et théoriques qui ne peuvent présenter d'intérêt que pour des spécialistes. Pour ce qui est des phénomènes financiers, s'ils sont analysés d'une manière assez détaillée pour un ouvrage d'économie générale, c'est parce qu'en raison de l'importance considérable qu'ils ont prise à la fin des années 80 et de leur complexité, il n'a pas paru souhaitable de les traiter d'une manière plus succincte. Ainsi, les problèmes boursiers, qui étaient considérés il y a une dizaine d'années comme une affaire de spécialistes, font désormais partie des préoccupations quotidiennes de nombreux agents économiques.

1. Le Prince et le Patron ou l'économie

du pouvoir,

éd. Cujas, 1972, pp. 80-81.

8

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

Il existe de nombreuses définitions de l'économie, mais elles sont souvent soit trop générales, soit incomplètes. Selon Samuelson, "il n'existe aucune définition de l'Économique qui soit précise, ni qui s'impose réellement "1. On peut cependant, à titre indicatif, citer la définition donnée par Alfred Marshall, économiste britannique de la fin du XIX" siècle, selon laquelle l'économie" examine cette part de l'activité individuelle et sociale essentiellement consacrée à atteindre et à utiliser les conditions matérielles du bien-être" . A défaut d'une définition indiscutable de l'économie, il y a lieu d'examiner dès maintenant un concept économique de base, la valeur, et les deux notions qui y sont liées, la rareté et l'utilité. I - LES NOTIONS ÉCONOMIQUES L'UTILITÉ, LA VALEUR DE BASE: LA RARETÉ,

L'étude de l'évolution du concept de valeur, thème central de l'analyse économique, donne un aperçu de l 'histoire de la pensée économique au cours des deux derniers siècles. A - LES AUTEURS CLASSIQUES ET LA THÉORIE DE LA VALEUR TRAVAIL 1) L'apport d'Adam Smith

a) Les avantages de la division du travail

Dans sa "Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations" (1776), Adam Smith montre l'intérêt de la division du travail, en prenant pour exemple la fabrication d'épingles: si un homme devait fabriquer une épingle entièrement seul, en allant chercher la matière première dans le sol, il lui faudrait bien une année pour fabriquer une seule épingle. Si on donne à un artisan le fil de laiton, il fera peut-être 20 épingles par jour.

1. L'Économique, tome 1, p. 17.

9

Mais dans une manufacture où le travail est divisé, le produit est de 2 000 épingles par travailleur et par jour. b) Les deux significations du mot valeur Partant du principe que la division du travail est la source de l'enrichissement des nations, Adam Smith développe l'idée que la division du travail elle-même s'explique par la propension des individus à échanger. Cela le conduit à poser le problème de la valeur d'échange des biens : " Le mot valeur a deux significations différentes, quelquefois il signifie l'utilité d'un objet particulier et quelquefois il signifie la faculté que donne la possession de cet objet d'acheter d'autres marchandises. .. TIn'y a rien de plus utile que l'eau, mais avec elle on ne peut presque rien acheter. Un diamant, au contraire, n'a presque aucune valeur quant à l'usage, mais on trouvera fréquemment à l'échanger contre une très grande quantité d'autres marchandises ''2. Smith ne peut résoudre ce paradoxe qu'en subordonnant largement la valeur d'usage à la valeur d'échange. Selon lui, l'échange des marchandises est en réalité l'échange du travail nécessaire à leur production. Mais dans le prix il y a aussi le profit du capital. Smith en conclut qu'il n 'y a pas de rapport précis entre les prix des marchandises et leurs coûts en travail. 2) La théorie de la valeur-travail chez Ricardo

Dans ses" Principes de l'économie politique et de l'impôt" (1817), Ricardo précise l'analyse de la valeur d'échange. En définissant la valeur d'échange d'un bien par la quantité de travail que le bien permet d'acheter, ce qui dépend de la valeur du travail, Smith définissait une valeur par une valeur, et s'enfermait ainsi dans un cercle vicieux. Pour Ricardo, c'est la qantité de travail fixée dans une chose qui règle sa valeur échangeable, et non la valeur de cette quantité de travail. Cette quantité de travail peut être mesurée par le nombre d'heures de travail nécessaires à la production d'un objet. Ricardo est bien conscient du fait que cette règle ne s'applique pas rigoureusement à chaque objet pris en particulier, mais qu'elle est seulement valable en moyenne. TI précise aussi que sa théorie n'est valable que pour les biens que l'industrie humaine peut reproduire de façon pratiquement illimitée, c'est-àdire pour les biens reproductibles, à l'exclusion notamment des objets d'art et de certains biens naturels, comme la terre.

2. Recherches

sur la nature et les causes de la richesse des nations, tome l, p. 35.

10

Surtout, il y a une partie de la valeur qui est irréductible, selon Ricardo, à une quantité de travaiL Cette partie correspond au profit de l'entrepreneur, dont le rôle est d'avancer le capital pour produire le bien. La valeur des biens ne pouvant être strictement égale au travail incorporé dans ces biens, elle lui est au mieux proportionnelle. Il y a donc une contradiction dans l'analyse de Ricardo: il définit le travail comme fondement de la valeur et reconnaît le profit comme composante de la valeur, mais il rejette le travail comme fondement du profit. Tout se passe comme si, pour Ricardo, le profit était et n'était pas tout à la fois partie intégrante de la valeur. B - L 'ANALYSE MARXISTE Dans le Capital, dont le Livre I a été publié en 1867, les deux autres livres ayant été publiés respectivement en 1885 et 1894, après la mort de Marx, par son ami Engels, Marx reprend la thèse de la valeur-travail de Ricardo et s'efforce d'en résoudre la contradiction. Pour lui, le capitaliste achète la force de travail de l'ouvrier. Cette force de travail est payée à sa valeur, suivant les normes de l'économie capitaliste: le salaire se trouve toujours ramené au minimum vital permettant d'entretenir et de reproduire la force de travaiL C'est ce que Ferdinand Lassalle a désigné sous le nom de "Loi d'airain des salaires ". Mais la force de travail peut fournir davantage de travail qu'elle n'en coûte, et la différence demeure entre les mains du capitaliste: c'est ce que Marx appelle la plus-value, reprenant à cet égard dans une large mesure les thèses de Sismondi (1819 - Nouveaux principes d'économie politique). Cette théorie de la valeur travail débouche, chez Marx, sur une analyse des contradictions du capitalisme. Selon lui, l'insuffisance des salaires ouvriers aboutit à une sousconsommation générale, et à des crises de surproduction de plus en plus graves, qui entraîneront à terme la révolution et la disparition du système capitaliste. Pour Marx, la suppression de la propriété privée des moyens de production est le seul moyen de mettre fin à l'exploitation des salariés par les détenteurs du capital. C - L'ANALYSE DE LA VALEUR CHEZ LES AUTEURS NÉoCLASSIQUES Les conséquences politiques de la théorie de la valeur-travail, mises en évidence par Marx, expliquent en partie que les économistes libéraux aient eu tendance à se détourner de cette théorie. De plus, leur outil d'analyse s'est affiné. L'école néo-classique, dite" marginaliste ", représentée par Stanley Jevons (Théorie de l'économie politique, 1871) puis par Menger et Alfred Marshall, s'est efforcée de réhabiliter la notion d'utilité comme fondement de la valeur, en ayant recours au concept d'utilité marginale. 11

L'utilité marginale est le supplément d'utilité, ou de satisfaction, qu'apporte à un individu donné une unité supplémentaire du bien qu'il consomme. Cette notion permet de résoudre le paradoxe de l'eau (utile mais de peu de valeur) et du diamant (peu utile mais de grande valeur) mis en évidence par Adam Smith. La courbe ci-après fait apparal'tre les variations de l'utilité d'un bien x en fonction des quantités consommées.

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:JP Q(x) On suppose que l'utilité est nulle pour une quantité nulle. Si l'utilité totale croît avec la quantité consommée, l'utilité marginale ,qui représente le rapport entre la variation d'utilité et la variation de la ~ g quantité consommée, est décroissante. A pa.rtir d'un certain niveau de consommation, qui varie selon la nature des biens, on observe en effet un phénomène de saturation. On peut toujours mesurer l'utilité d'un individu à partir d'une origine, l'utilité nulle, et d'une unité choisie arbitrairement Les nombres obtenus n'ont alors aucune signification en soi. Seul compte leur ordre: si l'utilité de l'individu dans un premier état est supérieure à son utilité dans un second état, on peut dire que cet individu préfère le premier état au second. Mais chaque individu pouvant choisir arbitrairement l'échelle de mesure de son utilité, les comparaisons interpersonnelles d'utilité, ainsi que les tentatives de construction de fonctions d'utilité sociale, sont vouées à l'échec. En fait, la théorie de la valeur-travail (valeur d'échange) et la théorie de la valeur-utilité (valeur d'usage) ne sont pas incompatibles entre elles. Elles représentent deux aspects d'un même phénomène, et il existe des liens entre valeur d'échange et valeur d'usage. 12

Ainsi, lorsque le coût d'un bien, exprimé par la quantité de travail nécessaire à sa production, diminue, son prix peut baisser, ce qui permet normalement une augmentation de sa consommation et, par conséquent, une baisse de son utilité marginale. Valeur d'usage et valeur d'échange varient donc dans le même sens. Comme le fait observer Joseph Schumpeter3 : "La violence des antagonismes en matière de méthodes et de doctrines au sein de l'économie politique s'explique en partie par le caractère inhérent aux études de cet ordre et l'intérêt politique qui s'attache à des thèses économiques ou dites telles... Si on essaie de voir plus loin que les arguments de la polémique, on aperçoit beaucoup moins de contradictions qu'il n'en résulte des expressions, souvent tranchantes par principe". D - LA NOTION DE RARETÉ Le concept d'utilité marginale incOlpore à la fois la notion d'utilité et la notion de rareté. Si les besoins s'accroissent sans cesse, les moyens de les satisfaire sont limités. Même si toutes les ressources devenaient abondantes, il y a un bien qui échappe à la maîtrise humaine, c'est le temps. il faut donc établir des priorités, faire des choix. En choisissant, nous renonçons à autre chose, nous supportons un coût. Si l'on considère un bien A, la notion de coût d'opportunité désigne la satisfaction que le consommateur aurait retirée de l'achat d'un autre bien B auquel il a renoncé pour acheter le bien A. Le comportement économique rationnel consiste à maximiser la satisfaction en réduisant au minimum les coûts. L'économie étudie un aspect de l'activité humaine, la lutte contre la rareté. C'est, selon R. Barre, "la science de l'administration des ressources rares ". 11- LES DIFFÉRENTS AGENTS FONCTIONS ÉCONOMIQUES ET LES PRINCIPALES

Les différents agents économiques (ménages, entreprises, institutions financières, administrations, extérieur) et les principales fonctions économiques (consommation, épargne, investissement, production, répartition) seront étudiés plus en détail dans la suite de cet ouvrage, dans l'ordre indiqué, et notamment dans le Chapitre IV avec la Comptabilité Nationale.

3. Esquisse d'une histoire de la Science Économique 2ème édition, 1972, p. 221.

des origines au début du XXe siècle. Dalloz.

13

Il est cependant utile d'avoir dès maintenant une vue d'ensemble de l'activité économique et des interactions entre les différents agents à l'aide de schémas simples. A - LE SCHÉMA LE PLUS SIMPLE D'UNE ÉCONOMIE À DEUX AGENTS Dans ce schéma, les ménages offrent leurs services productifs aux entreprises sur le marché du travail. Les biens et services ainsi produits sont offerts aux ménages, qui peuvent les payer grâce aux salaires que leur versent les entreprises. On obtient le schéma suivant, où les flux réels sont représentés en traits pleins et les flux monétaires en pointillé.

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B - L'INTERVENTION DES INTERMÉDIAIRES FINANCIERS
Le rôle des intennédiaires financiers est d'accorder aux agents à déficit de financement (en général, les entreprises, dans le cas de la France) des crédits grâce à l'épargne qui leur est confiée par les agents à excédent de financement (en général les ménages, dans le cas de la France).
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C - L'INTERVENTION DES ADMINISTRATIONS La fonction principale des administrations (État, collectivités locales et organismes de Sécurité Sociale) est une fonction de redistribution. Elles prélèvent des impôts et cotisations sociales et versent des subventions et prestations sociales aux autres agents. Elles offrent aussi des services publics aux autres agents et reçoivent d'eux soit des biens et services (dans le cas des marchés publics conclus avec les entreprises) soit des services productifs (dans le cas des agents employés par les administrations). Les opérations effectuées par ces quatre catégories d'agents peuvent être représentées par le schéma suivant. Pour simplifier, on limitera le rôle des institutions financières à leur fonction financière, qui est leur fonction essentielle, sans tenir compte du fait qu'elles bénéficient aussi des services publics, versent des impôts et cotisations sociales aux administrations et en reçoivent des subventions (bonifications d'intérêts, primes...), achètent des biens et services aux entreprises et versent des salaires en rémunération des services productifs offerts par les ménages.
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D - LES OPÉRATIONS AVEC L'EXTÉRIEUR

Dans la comptabilité nationale, l'extérieur est considéré comme un seul agent, qui comprend donc à la fois les entreprises, les ménages, les
institutions financières et les administrations de l'étranger

15

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16

CHAPITRE I LE CONSOMMATEUR
Bien que les produits existent avant les besoins exprimés, il semble logique de panir d'une analyse de la consommation avant d'étudier la production plutôt que d'adopter la démarche inverse. L'entreprise produit avant tout pour satisfaire un besoin, parce qu'elle a un marché. TIfaut donc qu'il existe une demande préalable. Cela peut paraftre un truisme. pounant, un économiste comme JeanBaptiste Say niait, dans son Traité d'Économie politique (1803) la possibilité de crises de surproduction en venu de sa "Loi des débouchés" : les produits s'échangent contre des produits et se servent mutuellement de débouchés. S'il est vrai qu'en longue période, l'équilibre finit par s'établir, quoique d'une manière qui n'est pas forcément satisfaisante, à court terme on observe des déséquilibres entre l'offre et la demande. L'offre s'efforce de créer une demande qui lui corresponde, mais on va voir qu'elle n'y parvient pas toujours. Selon Keynes, "la consommation est la seule fin et l'unique objet de toute l'activité économique ".

I - LA THÉORIE DES CHOIX DU CONSOMMATEUR A - EXPOSÉ DE LA THÉORIE
1) L'établissement des courbes d'indifférence On considère tout d'abord un individu isolé qui se trouve en présence de deux biens, dont il fait varier les quantités de telle manière que chaque combinaison de ces biens lui procure la même utilité. En prenant l'exemple du pain (évalué en kilogrammes) et du vin évalué en litres), on peut établir le tableau ci-dessousl .
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1. Exemple

emprunté

à F. Poulon. Bconomie

Générale,

Dunod, p. 19.

17

A partir de ce tableau, on peut tracer la courbe d'indifférence suivante:

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1 3
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1 2 3 4 1

"4

Si l'on considère deux biens x et y, le taux marginal de substitution de x en y est le rapport entre la quantité de y que le sujet désire obtenir et la quantité de x dont il consent à se défaire pour y parvenir. Le taux marginal de substitution de x en y, rapport entre l'utilité marginale de x et celle de y. En effet, si le bien x est abondant, son utilité marginale est très faible et il a peu de valeur, donc il faut céder beaucoup de x pour avoir peu de y, dont l'utilité marginale est très forte. 2) Le prix Un prix est un rapport d'échange entre deux biens. Si l'on échange 10 unités d'un bien B contre 20 unités d'un bien A, le prix de A en B est égal à

:~

est égal à l'inverse du

ig =

~

le prix de B en A est égal à ig

=2

Si l'on veut maintenant exprimer le prix d'un bien A en monnaie, ce prix sera égal au rapport entre la quantité de monnaie versée et la quantité du bien A obtenue.

18

3) La courbe de ENGEL Si l'on considère toujours deux biens A et B, dont le rapport d'échange est constant, on peut tracer la droite AB représentant toutes les combinaisons de A et B qui épuisent le revenu du consommateur:

A

B Si le sujet achète uniquement du bien A, il se place en A; S'il achète uniquement du bien B, il se place en B. Si le revenu augmente, le rapport d'échange entre A et B restant inchangé, la droite AB se déplace vers la droite en gardant la même pente. On obtient le graphique suivant, qui fait apparaître les niveaux de satisfaction successifs du consommateur en fonction du revenu dont il dispose. A AJ

A~

A"

8..

~

83

8

19

Pour chaque niveau de revenu, représenté par les droites AlBI, A2B2 et A3B3' l'individu maximise son utilité au point de tangence entre la droite AB et la courbe d'indifférence entre ces deux biens. Si en effet la droite AB coupe une courbe d'indifférence en deux points, c'est qu'il est possible, compte tenu du budget disponible, d'accéder à un niveau d'utilité plus élevé, chaque courbe d'indifférence correspondant à un certain niveau de satisfaction. La courbe ClC2C3, ou courbe de Engel, représente l'ensemble des consommations maximisant la satisfaction de l'individu quand son revenu augmente. Dans le cas de figure, on voit que, quand son revenu augmente, le consommateur en consacre de moins en moins à l'achat du bien B, donc que A est préféré à B. Dans le cas particulier où la courbe de Engel est une droite, le rapport entre les quantités de A et de B consommées ne se modifie pas quand le revenu augmente. B - LES LIMITES DE LA THÉORIE 1) Le problème du "no bridge"

Cette analyse envisage uniquement le comportement d'un consommateur isolé face à deux biens dont il fait varier les quantités en fonction de ses préférences. A la limite, cette théorie débouche sur l'image caricaturale de "l'homo œconomicus" décrit par Veblen dans sa "Théorie de la classe de loisir" (1899): c'est l'individu dont le comportement est supposé parfaitement rationnel et qui cherche avant tout à maximiser sa satisfaction compte tenu des contraintes que représentent ses ressources; L'un des critères de la rationalité est la transitivité des préférences: si l'individu préfère A à B et B à C, il doit préférer A à C. Or, outre le fait que les préférences ne sont pas comparables d'un individu à l'autre, le paradoxe d'Arrow2 montre l'impossibilité du passage d'une fonction de préférence individuelle à une fonction de préférence collective (problème du "no bridge") si l'on veut respecter la condition de rationalité. En effet, si l'on considère les préférences de trois individus 1, 2, 3 concernant trois biens A, B, C, on peut, en supposant que chacun d'entre eux a un comportement rationnel, déterminer leurs préférences de la manière suivante: Si 1 préfère A à B et B à C il préfère A à C Si 2 préfère B à C et C à A il préfère B à A Si 3 préfère C à A et A à B il préfère C à B On en déduit qu'une majorité préfère A à B et B à C.

2. Social Choice and individual

values,

1963.

20

Si la communauté applique la règle de décision majoritaire, elle préfère donc A à B et B à C. Si elle est considérée comme agissant rationnellement, ses préférences sont transitives et elle doit donc préférer A à C. On a constaté qu'en fait, une majorité préfère C à A. L'utilisation du vote majoritaire pour passer des préférences individuelles aux préférences collectives ne remplit donc pas la condition de rationalité telle qu'elle est entendue généralement. Pour obtenir une fonction de choix collectif, il faut affaiblir l'exigence de rationalité de la collectivité ou accepter un certain degré de contradiction dans le choix de la société. L'une des conclusions du théorème d'Arrow est d'ailleurs qu'il ne saurait y avoir de fonction raisonnable de choix collectif autre que dictatoriale.

2) Le caractère de plus en plus artificiel des besoins Le caractère irréaliste de la théorie du consommateur considéré individuellement apparaît notamment dans le fait que les besoins essentiels, ceux qui doivent être obligatoirement satisfait~ pour que l'individu subsiste, sont relativement limités, par rapport à tous ceux qui sont le produit de la société. Cette constatation n'est pas en contradiction avec le fait qu'en raison de la crise, une fraction de plus en plus importante de la population n'ait pas de ressources suffisantes pour faire face à ses besoins élémentaires. L'analyse économique s'intéresse en effet en premier lieu aux besoins solvables, à ceux qui débouchent sur une demande, exprimée sur un marché. Les besoins non solvables, relèvent d'une autre logique, notamment celle de l'aide sociale. TIsne peuvent être satisfaits que hors marché. Ils relèvent de la consommation collective, par opposition à la consommation privée. La littérature de la fin des années 60 sur la "Société de consommation" reste donc toujours largement valable, bien qu'élaborée en période
de prospérité relative. La logique du système reste la même, mais l'exclusion croissante de la population le rend de plus en plus fragile. d'une fraction

11A-

LA DEMANDE,

FONCTION

DU PRIX

CAS D'UN SEUL BIEN

En général, la demande est une fonction décroissante du prix et varie selon le schéma suivant: Prix

Quantités

21

La fonne de cette courbe s'explique notamment par l'effet de revenu, mis en évidence par Hicks: si le prix d'un bien diminue, il en résulte une augmentation du pouvoir d'achat du consommateur et par conséquent un accroissement de la demande. Cet effet ne se vérifie pas pour certains biens inférieurs comme le pain, comme l'a constaté au XIXe siècle l'économiste anglais Giffen en étudiant les budgets des familles pauvres: le paradoxe de Giffen est que, parfois, l'augmentation du prix du pain s'accompagne d'une augmentation de sa consommation, la perte de pouvoir d'achat des familles pauvres les obligeant à consommer davantage de biens de première nécessité. Un autre facteur explicatif de la fonne de la courbe de demande est l'effet de substitution, mis en évidence par Alfred Marshall: le consommateur a tendance à substituer aux autres la marchandise dont le prix a diminué, les biens inférieurs faisant exception à cet égard. L'élasticité de la demande par rapport au prix est le rapport entre la variation relative de la quantité consommée et la variation relative du prix: l1Q

crP
l1P Elle est en général négative, une baisse du prix entraînant une augmentation de la consommation et vice versa. Par exemple, si une hausse du prix de 10 % entraîne une baisse de la consommation de 5 %, l'élasticité-prix correspondante est de: 0,05 1

-lf.T=-2
L'élasticité dépend des facteurs suivants : -la nature et la place du produit dans la consommation du sujet. La demande est d'autant plus rigide qu'elle sert à satisfaire un besoin nécessaire; -l'étendue possible de la substitution: si le produit n'a pas de substituts, sa demande est inélastique. Les biens dont la demande est très élastique (supérieure à 1 en valeur absolue) sont les biens de demi-luxe non essentiels et ceux qui sont achetés par la classe sociale moyenne, qui calcule le plus. La rationalité du comportement augmente l'élasticité. La demande des biens qui comporte des substituts étroits est aussi très élastique. Par contre, les biens dont la demande est rigide (inférieure à 1 en valeur absolue) sont les biens de première nécessité, consommés par les catégories sociales les plus défavorisées, et aussi les biens de luxe, dont le prix est sans importance pour leur clientèle. La demande de biens complémentaires est également rigide: ce n'est pas le prix des tonneaux qui influence leur demande, mais la quantité de vin récoltée.

22

B-

CAS DE PLUSIEURS BIENS

L'élasticité croisée d'un bien B par rapport à un bien A fait apparaître la variation de la consommation de B lorsque le prix de A varie. ~QB On peut l'exprimer sous la forme:

QB

p;:Si l'élasticité croisée est positive, les biens sont substituables et ce sont des substituts d'autant plus étroits que l'élasticité est élevée. Si l'élasticité croisée est négative, les biens sont complémentaires. Dans la vie courante, il est rare que des objets soient offerts seuls, sans un contexte d'autres objets. Pour J. Baudrillard3, la relation du consommateur à l'objet en est changée: il ne se réfère plus à tel objet dans son utilité spécifique mais à un ensemble d'objets dans sa signification totale: machine à laver, réfrigérateur, machine à laver la vaisselle ont un autre sens à eux tous que chacun d'eux

~PA

comme ustensile.

.

Les centres commerciaux sont conçus de manière à orienter l'impulsion d'achat vers des réseaux d'objets. Les vêtements, les appareils, les produits de toilette constituent ainsi des fIlières d'objets, .telles que le consommateur soit amené à aller d'un objet à l'autre. III

-

CONSOMMATION

ET REVENU

A - LA FONCfION DE CONSOMMATION Keynes a montré que la consommation est une fonction croissante du revenu. On entend par revenu le revenu disponible, qui correspond au flux total de ressources dont l'individu peut disposer sans s'appauvrir; c'est-à-dire sans entamer son patrimoine s'il en a un, ou s'endetter. Le revenu disponible est égal au revenu brut ou revenu primaire (du travail ou du capital) diminué des impôts et cotisations sociales et majoré des prestations sociales.
c

3. La société de consommation,

Gallimard,

1974.

23

La consommation C est une fonction croissante du revenu R qui peut s'exprimer sous la forme suivante: C=aR+Co où Co désigne une consommation incompressible, qui existe même en l'absence de revenu, et a désigne la propension marginale à consommer ~ ~ ' c'est-à-dire le rapport entre une variation de la consommation et une variation du revenu. Quant à la propension moyenne à consommer

~, elle est égale au rapport

entre le montant de la consommation et le montant total du revenu. On constate, quand le revenu augmente, que la propension moyenne à consommer tend à diminuer. En effet:

R= R =R . La propensIOnmoyenne à épargner

CaR

+ Co

aR

+ E

Co

Co

If = a + If
R-C C ou 1 - R augmente donc

R=R

avec le revenu. On va voir qu'à long terme, cette relation n'est cependant pas toujours vérifiée, le système productif s'efforçant, par la publicité et le lancement de produits nouveaux, de favoriser une tendance à la surconsommation des ménages. La fonction keynésienne se vérifie donc surtout en courte période. Keynes avait bien vu qu'à long terme, d'autres facteurs que le revenu pouvaient influer sur la répartition entre consommation et épargne. Mais il s'intéressait essentiellement au court terme et pensait que, dans cette optique, on pouvait négliger l'influence de facteurs tels que le taux d'intérêt, auquel les auteurs néo-classiques accordent une importance déterminante, et la valeur du patrimoine déjà accumulé. 1) La théorie du revenu permanent du Milton Friedman

Friedman se place dans une perspective à plus long terme que Keynes. Selon lui, l'individu, dans son arbitrage entre consommation et épargne, fait des plans en fonction du revenu dont il s'attend à pouvoir disposer en longue période, c'est-à-dire de son revenu permanent. Friedman élimine donc les facteurs transitoires (gains et pertes imprévus) de son analyse. La distinction entre facteurs transitoires et facteurs permanents dépend de l' horizon économique des ménages (période prise en compte par l'individu dans ses anticipations, et qui a été évaluée, à l'aide d'enquêtes statistiques, à environ trois ans aux États-Unis). Le niveau de consommation et d'épargne dépend donc, selon Friedman, du revenu permanent, et varie aussi en fonction de paramètres faisant inteIVenir le taux d'intérêt, le patrimoine déjà accumulé, ainsi que des facteurs qui varient d'un groupe de ménages à l'autre.

L'analyse de Milton Friedman apparaît donc plus fine mais moins
opérationnelle que celle de Keynes.

24

2) La théorie du cycle de vie de F. Modigliani
Modogliani s'est efforcé de concilier les deux approches de Keynes et de Friedman, en introduisant l 'hypothèse du cycle de vie, qui attribue un rôle accru au patrimoine des ménages: pour les personnes jeunes et celles qui sont encore dans la force de l'âge, le revenu attendu devrait avoir une influence prépondérante sur le niveau de la consommation. Par contre, pour les personnes d'âge avancé, qui dépensent au-delà même de leur revenu, la variable déterminante serait le patrimoine, représentatif des actifs déjà accumulés. 3) L'effet de cliquet de Duesenberry

Selon cet auteur, les consommateurs s'efforcent toujours de préserver le niveau de vie qu'ils ont déjà atteint. En cas de baisse de leur revenu, ils préfèrent donc tirer sur leur épargne plutôt que de réduire leur consommation. L'effet de cliquet explique peut-être en partie la tendance à la baisse du taux d'épargne des ménages observée en France depuis une dizaine d'années (ce taux était d'environ 12 % du revenu disponible en 1988). Le souci de maintenir le niveau de vie contribue aussi à expliquer l'augmentation de l'endettement des ménages obselVée récemment. 4) Évolution de l'endettement des ménages

Les établissements de crédit ont enregistré une augmentation des crédits à la consommation de 40 % en 1986, 34 % en 1987 et 20 % en 1988. Le fait que, malgré des taux d'intérêt élevés et une inflation ramenée à 3 %, les Français empruntent encore massivement, peut s'expliquer par trois raisons: a) Un effet de rattrapage: l'endettement à court terme, (c'est-à-dire hors immobilier pour l'essentiel) des ménages français ne représentait, en 1985, que 3,6 % de leur revenu disponible, cOl}tre 7 % en GrandeBretagne, 13 % en Allemagne et 16 % aux Etats-Unis. En 1988, l'endettement des ménages français atteignait 7,2 % de leurs revenus.
b) Le ralentissement dans la progression du pouvoir d'achat des salaires Malgré ce ralentissement, les achats de téléviseurs-couleur ont augmenté de Il %, et il en a été de même pour les automobiles, entre 1986 et 1987. Près d'une voiture sur deux vendue actuellement est accompagnée d'une formule de crédit.

c) La concurrence très vive observée dans le secteur des crédits à la consommation. Outre les sociétés spécialisées (SOV AC, SOFINCO, DIAC), de nouveaux distributeurs de crédits aux particuliers ont engagé une offensive sur ce marché: les banques, les grands distributeurs et les sociétés de cartes de crédit. Les banques de dépôt, notamment, sont particulièrement actives. Libres de l'emploi de leurs fonds du fait de la suppression de l'encadrement quantitatif du crédit, elles voient en outre leur clientèle traditionnelle, les

25

entreprises, déserter leurs guichets. Ayant amélioré leurs marges et leur capacité d'autofinancement, ces dernières n'ont plus besoin de financements aussi importants et elles les satisfont d'ailleurs en ayant de plus en plus recours aux marchés financiers (en émettant des actions, obligations et billets de trésorerie). Les banques se précipitent donc sur le marché des crédits à la consommation, encore mal couvert, et inventent de nouvelles formules, comme le crédit à caractère permanent associé à un compte-chèque. Les grandes banques, le Crédit Agricole et les caisses d'épargne ont donc accru, en 1986, leurs prêts aux particuliers dans des proportions qui varient entre 30 et 60 %. B - LA RÉPARTITION DE LA CONSOMMA nON 1) Les lois d'Engel
L'élasticité de la consommation par rapport au revenu .1C C .1R représente

R

la faculté de réponse du consommateur à une variation donnée de son revenu. Les lois d'Engel (statisticien allemand du xrxe siècle) ont été établies à partir de comparaisons des consommations de ménages ayant différents niveaux de revenus. Elles ont débouché sur une classification des différents biens de consommation selon leur degré de nécessité:
comme les produits alimentaires. Plus le revenu est faible, plus la part de la consommation l'alimentation est forte.

-

Les biens essentiels, dont l'élasticité-revenu est faible (inférieure à 1),
consacrée à

- Les biens dont la part dans la consommation reste à peu près constante, quel que soit le niveau de revenu (élasticité voisine de 1) comme les articles d 'habillement et le logement. - Les biens non essentiels, dont l'élasticité-revenu est forte (supérieure à 1), une petite augmentation du revenu ayant pour effet d'accroître fortement leur consommation. On peut classer dans cette catégorie les dépenses de loisirs et de transport. En cas de baisse du revenu, ce sont en principe ces biens qui sont sacrifiés les premiers. Les observations d'Engel étaient établies à un moment donné, en comparant les consommations des ménages ayant différents revenus. Peut-on en déduire que la structure des consommations d'un même individu, lorsqu'il s'enrichit, évolue conformément aux lois d'Engel ? Cela n'est vrai qu'en tenant compte d'un phénOl:nène supplémentaire, l'obsolescence et le renouvellement des biens de consommation. A mesure qu'un nouveau produit est introduit sur le marché, son élasticité diminue (ce qui veut dire qu'il correspond de plus en plus à un besoin essentiel).

26

Par contre, pour les produits qui sont en voie de disparition, l'élasticité devient négative, seuls les titulaires de faibles revenus continuant à les consommer. 2) Évolution de la consommation des ménages en France Tout au long de la période 1949-1974, qui correspond aux années de forte croissance de l'après-guerre, la consommation en volume par habitant a progressé au rythme annuel de 4,1 %, ce qui signifie qu'elle a été multipliée par 2,7 au total. De 1975 à 1980, la consommation finale a cru, en volume, au taux annuel moyen de 3,4 %, avec même, en 1976 et 1978, des taux comparables à ceux de la période de prospérité. Il a fallu le contrecoup du deuxième choc pétrolier de 1979 pour que s'installe un ralentissement notable de la progression de la consommation. Ce progrès a, dans l'ensemble, profité à peu près également à toutes les catégories socio-professionnelles, notion qui ne se confond pas toujours avec celle de niveau de revenu. Les disparités ont trait surtout au niveau et à la structure de la consommation. Les dépenses d'habillement, qui, d'après les lois de Engel, représentent une proportion constante du revenu, varient cependant fortement d'une classe à l'autre. C'est toutefois dans les dépenses de vacances, loisirs et culture que l'on observe les plus grandes disparités ente classes sociales extrêmes. Les différences se maintiennent, contrairement à l'évolution observée en d'autres domaines, où il y a un rattrapage très net des classes favorisées par les autres. C'est le cas des dépenses d'alimentation, de santé, et plus nettement encore des dépenses de biens de consommation durables. Pour les biens durables, c'est l'évolution du taux d'équipement, c'est-àdire la proportion, dans une population donnée de ménages, de ceux possédant tel ou tel bien, qui permet le mieux de juger de l'atténuation des disparités. L'exemple le plus frappant à cet égard est celui des postes de télévision, pour lesquels toutes les catégories socio-professionnelles ont à peu près le même taux d'équipement, de l'ordre de 90 %. L'automobile illustre aussi ce phénomène de rattrapage, ainsi que le téléphone depuis le début des années 70. Cette évolution, quî conduit à l'atténuation des inégalités de consommation de biens durables, est compensée par l'apparition constante de nouveaux biens, maintenant au total un certain degré d'inégalité. Malgré la persistance de nombreuses disparités entre catégories sociales, les dépenses de consommation des ménages dans leur ensemble reflètent la lente diffusion d'un nouveau mode de consommation orienté surtout vers les dépenses de loisirs, culture, logement, santé. Les coefficients budgétaires, c'est-à-dire les proportions du budget des ménages correspondant à tel ou tel type de dépenses, l'indiquent nettement par

leur évolution: la part des dépenses de loisirs et culture dans le budget des ménages est passée de 5,4 % en 1959 à 7,8 % en 1984, et pourrait 27

atteindre 10,6 % en l'an 2000. Pour les dépenses de santé, les chiffres correspondants sont respectivement de 7,2 % en 1959, 15,7 % en 1984 et 19,3 % en l'an 2()()()4. Cette tendance générale à l'unifonnisation dissimule la logique même du système, qui réside dans une différenciation constante, notamment des membres d'un groupe social donné par rapport aux autres groupes sociaux.

C - LES FACI'EURS PSYCHOLOGIQUES ET SOCIOLOGIQUES DE LA CONSOMMA nON: LA "socIÉTÉ DE CONSOMMA nON" La consommation apparat"!: e moins en moins comme la satisfaction d'un d besoin, mais plutôt comme la recherche d'un statut social. Selon J. Attali et M. Guillaumes: "le besoin, c'est l'acquis du désir, ce qui est nonnalisé: il couvre ce à quoi on ne prend plus plaisir, mais dont la non-satisfaction serait inacceptable (car c'est le domaine du nonnal) ". Les achats des autres font en effet disparaître progressivement une satisfaction qui, pour l'essentiel, était liée à une recherche de différenciation sociale. C'est ce que Duesenberry désignait sous le nom d'" effet de démonstration ". Ce besoin constant de différenciation aboutit à la multiplication des fausses innovations, sans bénéfice réel pour le mode de vie. Certes, il existe des consommations qui entraînent une amélioration des conditions de vie de chacun indépendatnment des consommations des autres; les consommations entraînées par les progrès de la médecine, par exemple, sont au moins partiellement dans ce cas; mais il existe en contrepartie des consommations qui sont source d'encombrements et de nuisances. "L'ordre de production ne survit qu'au prix de cette extennination, de ce " suicide" calculé perpétuel du parc des objets, que cette opération repose sur le sabotage technologique ou sur la désuétude organisée sous le signe de la mode. La publicité réalise ce prodige d'un budget considérable consommé à seille fin non pas d'ajouter mais d'ôter à la valeur d'usage des objets... en les assujettissant à leur valeur-mode et au renouvellement accéléré.''6 Par conséquent, "la croissance ne nous éloigne ni ne nous rapproche de l'abondance. Elle en est logiquement séparée par toute la structure sociale ".7 C'est la croissance elle-même qui est fonction de l'inégalité. C'est la nécessité pour l'ordre social inégalitaire, pour la structure sociale de privilège, de se maintenir, qui produit et reproduit la croissance.

4. Source:

P. L'Hardy et D. Dannon, La consommation des minages

1960-2000,

Futuribles,

septembre 1987, p. 22. 5. L'anti-économique, PUF, 1973, p. 144. 6. J. Baudrillard, La société de consommation, 7. Ibid. p. 66.

pp. 54-55.

28

Le système ne se maintient donc qu'en produisant autant de
dissatisfactions que de satisfactions, autant de nuisances que de progrès, et vit de déséquilibres et de pénurie structurelle. Le caractère potentiellement illimité de la consommation ne peut s'expliquer que si l'on abandonne la logique individuelle de la satisfaction pour rendre à la logique sociale de la différenciation son importance décisive. La filière des besoins est donc socialement sélective. Les besoins et les satisfactions filtrent vers le bas, la divulgation ne se faisant qu'en fonction de l'innovation sélective au sommet. C'est au sommet, et pour réagir à la déperdition des signes distinctifs antérieurs, que se fait l'innovation, afin de restituer la distance sociale, si bien que les besoins des classes moyennes et défavorisées sont toujours, comme les objets, passibles d'un décalage culturel par rapport à ceux des classes supérieures. Ils obéissent à ce que Veblen appelait" l'effet d'imitation ". Une des contradictions de la croissance est qu'elle produit en même temps des biens et des besoins, mais qu'elle ne les produit pas au même rythme, le rythme de production des biens étant fonction de la productivité industrielle et économique, le rythme de production des besoins étant fonction de la logique de la différenciation sociale. Le système industriel lui-même suppose un excédent perpétuel des besoins par rapport à l'offre des biens, et aussi la croissance de ce déséquilibre même entre croissance des besoins et croissance de la produètivité. D'où la paupérisation psychologique et l'état de crise latent, chronique. La société de consommation, c'est aussi la société d'apprentissage de la consommation, de dressage social à la consommation. Il n'est pas question pour le consommateur, pour le citoyen moderne, de se dérober à cette contrainte de bonheur et de jouissance, qui est l'équivalent dans la nouvelle éthique de la contrainte traditionnelle de travail et de production. Le crédit joue ici un rôle détenninant. " Sous couleur de gratification, de facilité d'accès à l'abondance, de mentalité hédoniste et "libérée des vieux tabous de l'épargne, etc...", le crédit est en fait un dressage sodo-économique systématique à l'épargne forcée et au calcul économique de générations de consommateurs qui autrement eussent échappé, au fil de leur subsistance, à la planification de la demande et eussent été inexploitables comme force consommative ".8 Le dressage actuel à la consommation systématique et organisée est l'équivalent et le prolongement, au xxe siècle, du grand dressage des populations rurales au travail industriel. Dans l'ensemble, les consommateurs sont, en tant que tels, inconscients et inorganisés comme pouvaient l'être les ouvriers du début du XIXesiècle, surtout en France où les organisations de consommateurs n'ont pas l'importance et la puissance qu'elles peuvent avoir dans certains pays anglosaxons.

8. J. Baudrillard. ibid.. p. 114.

29

Parmi les mesures prises en faveur des consommateurs, on peut notamment citer la Loi du 10 janvier 1978 sur la protection et l'information des consommateurs, qui prévoit que l'amende infligée à un annonceur, en cas de publicité mensongère, peut aller jusqu'à 50 % du budget de publicité mis en œuvre. Cette protection à caractère général est en outre renforcée par des mesures spécifiques dans de nombreux domaines: publicité immobilière, démarchage à domicile, appel à l'épargne. La même loi prévoit qu'en cas de vente à crédit, le prêteur doit déclarer à son client toutes les conditions de l'offre de crédit. Un délai de rétractation est accordé à l'emprunteur. On peut citer aussi le projet de loi adopté en septembre 1989, visant à prévenir le surendettement, mais aussi à régler dans de meilleures conditions le cas des débiteurs en défaut de paiement. Par ailleurs, une loi de 1966 a défini un taux d'intérêt maximal dont le niveau est établi chaque semestre par le Conseil National du Crédit en fonction de l'évolution observée des taux de rendement des obligations à la Bourse des valeurs mobilières.

IV - LES DÉTERMINANTS DE L'ÉPARGNE DES MÉNAGES A - DÉFINITIONET MESURE DE L'ÉPARGNE
L'épargne se définit comme un résidu, c'est-à-dire comme une différence entre le revenu disponible et la consommation. On peut représenter les différents emplois du revenu dans le schéma suivant:

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usage

30

La sous-évaluation des revenus, due au fait qu'ils sont déterminés en partie sur la base des déclarations fiscales, entraîne une sous-estimation de l'épargne, aggravée encore par le phénomène de thésaurisation, très important

en France.
On peut aussi définir l'épargne à partir de ses emplois (investissements et placements) comme une différence entre deux états du patrimoine. Mais les données disponibles sur le patrimoine sont rares et se heurtent aux difficultés d'évaluation des actifs d'usage (le logement notamment) par rapport aux actifs de rapport dont la possession par le ménage entraîne en principe une augmentation de son revenu. Il vaut donc mieux définir l'épargne à partir de la somme de ses composantes, c'est-à-dire les divers actifs acquis par les ménages au cours d'une période donnée.

B-

LE VOLUME DE L'ÉPARGNE

Il n'existe pas un modèle unique de l'épargnant, sur lequel serait fondée une théorie de l'épargnant comme il existe une théorie du consommateur, mais plusieurs catégories d'épargnants, aux comportements distincts. Pour Dorothy Brady et Rose Friedman, l'épargne d'un ménage ne dépend pas du niveau absolu de son revenu, mais de sa position dans l'échelle des revenus du groupe social auquel il appartient: si son revenu se situe en bas de l'échelle il épargnera peu, s'il se situe en haut de l'échelle il épargnera beaucoup. Il semble que le taux d'intérêt n'influe guère sur le volume de l'épargne, sauf peut-être pour certains titulaires de revenus élevés. En période d'inflation, comme il ya quelques années, le taux d'intérêt réel applicable à la plupart des instruments d'épargne était négatif. On disait alors parfois que le meilleur placement était de s'endetter. Mais pour cela, il fallait être sûr de pouvoir disposer de revenus stables et, de plus, il fallait pouvoir anticiper une poursuite de l'accélération de l'inflation, car les taux d'intérêt évoluaient parallèlement à l'inflation. La situation a désormais changé, mais on observe encore une certaine inertie des comportements, influencés par l'inflation des années récentes. Une réapparition des anticipations inflationnistes reste toujours possible. C - LES FACfEURS DE LA RÉPARTITION DE L'EPARGNE

La composition optimale des patrimoines est déterminée par la
comparaison des avantages, en tennes de liquidité et en termes de rendement,

des actifs.
1) Les taux d'intérêt

Ils ont plus d'influence sur la structure des patrimoines que sur le volume de l'épargne. Il est cependant difficile d'isoler l'influence du taux d'intérêt de celle des autres facteurs. 31

Les petits épargnants, qui ignorent souvent le niveau des taux, considèrent l'intérêt comme une compensation de l'élévation des prix en général, l'intérêt ne motivant pas pour eux l'épargne. n en est de même pour ceux qui épargnent en vue d'un achat déterminé. Seuls les gros épargnants seraient donc sensibles aux taux d'intérêt. n est très difficile de prévoir l'effet d'un relèvement ou d'un abaissement du taux applicable à un placement donné. La mesure de l'influence du taux d'intérêt est rendue plus délicate par la multiplicité des taux, ainsi que par le jeu des exonérations fiscales. 2) La réglementation La répanition de l'épargne dépend largement de la réglementation en cours et de ses modifications, dont l'influence est sans doute au moins aussi grande sinon plus que celle des différents taux d'intérêt. n en est ainsi notamment des réglementations fiscales. Les allégements fiscaux accordés en 1978 par la "Loi Monory" aux titulaires d'actions et de SICA V explique en panie le succès de ce type de placements à panir de 1979. L'instauration de "comptes d'épargne en actions" a eu des effets analogues à panir de 1982. 3) L'inflation récente a aussi exercé une influence sur la structure des patrimoines, entraînant notamment une forte demande de biens immobiliers (le logement représente environ 40 % du patrimoine des ménages). A l'opposé, les catégories bénéficiaires de l'inflation (les débiteurs) y ont peut-être trouvé l'occasion d'une épargne supplémentaire. L'inflation a par ailleurs longtemps incité les ménages à préférer les actifs liquides aux actifs à long terme, obligeant les intermédiaires financiers à procéder à une" transformation ", c'est-à-dire à convertir en emplois à long terme des ressources à coun terme. Au cours des années récentes, malgré l'inflation, on observe un tassement de l'investissement en logements, surtout depuis 1975. Cela s'explique à la fois par le coût élevé du crédit et par un équipement en logements nettement plus satisfaisant qu'au cours des années antérieures à 1970. L'immobilier de loisir et l'immobilier de rappon n'ont que partiellement pris le relais des investissements en habitations principales. Au cours des dernières années, le recul de l'inflation et les conséquences de la loi Quilliot ont encore plus détourné les épargnants du placement-pierre, d'autant plus qu'au début, l'inflation a diminué beaucoup plus vite que les taux d'intérêt nominaux, ponant les taux réels à un niveau très avantageux. Le marché obligataire a donc connu une fone expansion à panir de 19821983. Le développement plus récent du marché des actions s'explique à la fois par la vague des privatisations de 1986-1987 et par l'amélioration des profits des entreprises (pour la première fois depuis très longtemps, le rendement réel des actions françaises est redevenu positif en 1986).

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