Entrepreneurs et PME

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L'ouvrage se propose de présenter un état des lieux et une synthèse des travaux menés dans le champ de la petite entreprise et de l'univers entrepreneurial en Algérie et en France. La petite entreprise et les petits entrepreneurs font aujourd'hui l'objet d'un regain d'intérêt de la part non seulement des pouvoirs publics mais aussi du monde de la recherche qui est de moins en moins réticent à mener des investigations dans leur direction. Ce livre met à contribution plusieurs disciplines des sciences sociales permettant ainsi d'allier analyse théorique et description empirique.
Publié le : lundi 1 novembre 2004
Lecture(s) : 89
EAN13 : 9782296377790
Nombre de pages : 280
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ENTREPRENEURSETPME:
Approches algéro-françaises

La série Les cahiers du Griot est une publication du Groupe de recherche interdisciplinaire sur les organisations et le travail (Griot-Lise /CNRS). Cette série accueille les travaux et recherches menés dans le champ du travail, de l'emploi, des organisations et de la formation. Les cahiers du Griot veulent p~mouvoir des recherches exigeantes sur le plan empirique, ouvertes et originales sur le plan des interprétations. Leur objectif est de donner à voir le travail en acte, mais aussi les multiples dynamiques des régulations organisationnelles, marchandes, éducatives... qui informent ce dernier. Directeur de la série: Michel Lallement N° 3, novembre 2004

(Ç) L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7333-8 EAN : 9782747573337

Abderrahmane

Abedou

Ahmed Bouyacoub Michel Lallement Mohamed Madoui
( eds. )

ENTREPRENEURS

ET PME:

Approches algéro-françaises

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie KossuthL. u.14-16 1053 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

CoUection Les cahiers du Griot: W l, Figures du temps: les nouvelles temporalités du travail et de la formation / Collectif Griot. W 2, Initiative individuelle et formation / Fabienne Berton, Mario Correia, Corinne Lespessailles, Madeleine Maillebouis (eds). N° 3, Pme et entrepreneurs approches algéro-françaises / Abderrahmane Abedou, Ahmed Bouyacoub, Michel Lallement, Mohamed Madoui

SOMMAIRE

INTRODUCTION

Les trois modes de production de la petite entreprise Michel Lallement 7 La place de la PME dans la production académique et scientifique 15 A quoi s'intéressent les sociologues du travail? ou l'analyse rapide d'une décennie des sommaires de la revue de sociologie du travail Marnix Dressen 17 Que publie la revue du CREAD? ou l'analyse de deux décennies de sommaires Ahmed Bouyacoub 29 Radiographie des PME-PMI 41 Quelques orientations actuelles de la recherche française sur les PME Philippe Trouvé 43 Les PME en Algérie: quelles réalités? 75 Ahmed Bouyacoub PME et gestion des ressources humaines 95 La GRH dans les PME: bilan des recherches et perspectives Anne-Françoise Bender 97 PME et processus de formalisation des fonctions organisationnelles 107 Abderrahmane Abedou et Kamel Boucher! Entrepreneurs des deux rives: trajectoires individuelles, sociales et professionnelles 125 Les entrepreneurs algériens: un groupe hétérogène entre logique familiale et logique économique Anne Gillet 127 Existe-t-il un seuil pertinent pour caractériser les très petites entreprises? 141 Pascal Charpentier

PREMIERE

PARTIE

Chapitre

I

Chapitre

II

DEUXIEME PARTIE Chapitre III

Chapitre IV

TROISIEME PARTIE Chapitre V

Chapitre

VI

QUATRlEMEPARTIE

Chapitre

VII

Chapitre VIII

CINQUlEME PARTIE Chapitre IX

Chapitre X

PME, qualifications, compétences 169 Le discours sur la gestion des compétences pénètre nos entreprises 171 Hasna Amina Kadri-Messaid Qualification, compétence et culture de métier 181 Elisabeth Dugué PME, coopératives et territoires 197 Coopération et développement local Jean François Draperie 199 Territoire, banques et création d'emploi en Algérie: le cas de la PME et des micro-entreprises de la wilaya de Béjaia 213 Matouk Be/atta! 237 PME, éthique des affaires, éthique religieuse Ethique des affaires: acculturation ou reconnaissance de la diversité? Yvon Pesqueux 239 Ethique islamique du travail et comportement économique: le cas des entrepreneurs algériens Mohamed Madoui 255 Dynamique entrepreneuriale petite entreprise Mohamed Madoui et métamorphoses de la 267

SIXIEME PARTIE Chapitre XI

Chapitre XII

SEPTIEME PARTIE Chapitre XIII

Chapitre XIV

CONCLUSION GENERALE

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INTRODUCTION

Les trois modes de production

de la petite entreprise Michel Lallement*

ALGERIE-FRANCE: OUVRJR UN NOUVEL ESPACE DE COMPARAISON

Les comparaisons internationales ont longtemps été victimes d'un fort travers ethnocentrique. Ce constat peut paraître paradoxal pour une raison majeure au moins. Parce qu'elle invite à travailler le même par confrontation avec le différent, la comparaison internationale devrait être le moyen par excellence de se départir de ce naturalisme spontané qui conduit si souvent à tenir pour donné ce qui est socialement, culturellement, politiquement... construit. En tant qu'expérimentation indirecte, pour reprendre l'argument d'E. Durkheim, la comparaison internationale n'est-elle pas le moyen par excellence de se défaire de nos pré-notions pour mieux ériger autrui, et surtout nousmêmes, en objets d'observation? Le bilan des pratiques comparatives montre que la réponse est loin, malheureusement, d'être toujours affirmative (Lallement, Spurk, 2003). Lors de la période de guerre froide, par exemple, les comparaisons - y compris les plus savantes - ont souvent servi à disqualifier les pays de l'Est, voire ceux qui étaient réputés être en voie de développement, pour mieux affirmer la supériorité de l'espace occidental démocratique. Le tropisme ethnocentrique se manifeste également par cette propension à comparer des espaces proches et souvent liés par une histoire tissée d'amertume, d'admiration, de ressentiment, d'amitié... Il en va ainsi, au premier chef, du couple franco-allemand qui a suscité de nombreuses études comparatives, dont celle de M. Maurice, F. Sellier et J.-J. Silvestre (1982) demeure le parangon. Alors que leur histoire commune s'est, hélas, aussi écrite en lettres de sang, la France et l'Algérie n'ont guère fait l'objet d'investigations comparées. On pourra trouver à cela de nombreuses bonnes raisons, à commencer par le poids des dissymétries - pays colonisateur/pays colonisé; pays industriel développé/ pays en voie de modernisation... - qui ne cessent encore de différencier à l'excès ces deux pays. Cet ouvrage, première livraison qui ne fait qu'inaugurer d'autres publications algéro-françaises à venir, fait le pari qu'il importe de rompre avec certaines des habitudes qui ont informé jusqu'à présent les comparaisons internationales. Une des plus fâcheuses d'entre elles est l'ignorance dans laquelle ont été longtemps tenus de nombreux pays, à commencer par les pays

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GRIOT-LISE

(CNAM/CNRS).

Michel Lallement

du Sud. Grâce au soutien du comité mixte d'évaluation et de prospective interuniversitaire franco-algérien (CMEP)l'occasion a été donnée récemment de rattraper le retard perdu. Dans ce cadre, deux laboratoires de sciences sociales ont joint leurs efforts pour entamer une collaboration dont le présent ouvrage est le premier fruit. Ces deux institutions sont le Centre de recherche d'économie appliquée au développement (CREAD) e l'université d'Alger et le Groupe de d recherche interdisciplinaire sur les organisations et le travail (GRIOT), quipe du é Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (USE)(CNAM/CNRS, Paris). Rédigées par des membres ou des chercheurs proches de ces deux centres, les contributions que l'on va lire ont été orientées par un double souci, pragmatique et théorique tout à la fois. Pragmatique d'abord. L'ambition a été de rapprocher des chercheurs algériens et français en mettant ces derniers en situation de débat sur des objets et des problématiques communes, celles relatives, pour l'essentiel, aux questions de travail et d'emploi. Il fallait, pour ce faire, favoriser des échanges croisés en permettant à des chercheurs, confirmés ou non, d' être accueillis dans nos laboratoires respectifs afin d'y rencontrer des collègues algériens ou français et contribuer de la sorte à un échange qui échappe à la routine des colloques internationaux. Il a fallu également permettre à des chercheurs d'aborder des « terrains» qui leur sont étrangers et pour l'accès desquels l'aide des collègues du pays est indispensable. Cela est vrai tout particulièrement en Algérie. Grâce à plusieurs chercheurs du CREAD, eux Français ont ainsi pu d réaliser des enquêtes dans les régions d'Alger, d'Oran et de Béjaïa (Kabylie). Certains des résultats majeurs acquis à cette occasion sont consignés dans les deux chapitres rédigés par A. Gillet et M. Madoui. Théorique ensuite. Une démarche comparative exige de travailler sur des concepts, notions ou objets transverses. Pour des raisons abondamment évoquées dans les chapitres qui suivent, l'équipe algéro-française a retenu le cas de la petite entreprise. L'objectif était de confronter des réalités, des interrogations, des entrées problématiques, des résultats d'enquêtes partielles ou achevées. .. relatifs à une entité organisationnelle dont l'on comprendra vite qu'il est insatisfaisant de la caractériser par le seul critère administratif de la taille. Si la comparaison constitue l'idéal-régulateur de notre collaboration, il faut avouer d'emblée que la première étape constituée par ce livre est loin de satisfaire pleinement aux impératifs de méthode qu'exige une véritable comparaison. Pourquoi cela? Tout simplement, parce qu'avant d'entrer dans le vif du comparatisme, il convient de poser des jalons relatifs aux espaces considérés: statut de l'objet d'étude dans les champs académiques algériens et français, état des travaux sur le sujet dans les deux pays, définitions de l'objet, place des « petites» entreprises dans les deux économies. .. C'est à cet exercice, prélude nécessaire, que se sont essayés les différents contributeurs de cet

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LES TROIS MODES DE PRODUCTION DE LA PETITE ENTREPRISE

ouvrage. Une des conclusions majeures de ce travail collectif est que la « petite» entreprise n'est pas seulement une donnée universelle, mais qu'elle relève d'un triple registre au sein duquel l'on peut repérer une diversité d'acteurs et de logiques qui participent de la construction de cet objet singulier.
LA PRODUCTION STATISTIQUE ET ORGANISATIONNELLE

Si les critères administratifs de délimitation ne sont pas les mêmes en Algérie et en France, dans les deux pays, l'on s'aperçoit néanmoins que ceux-là sont à la fois décisifs et insatisfaisants. Décisifs, car l'on dispose là de repères qui permettent de mettre en évidence le caractère idiosyncrasique des petites structures productives. Dans les deux pays, les seuils constituent non seulement des référentiels importants pour la législation, mais un moyen également décisif pour le décompte statistique. Comment, hors ces conventions, espérer pouvoir brosser un tableau raisonné et comparable? De fait, compter permet déjà d'éviter les chausse-trappes du sens commun. Sait-on suffisamment, par exemple, que, comme nous le rappelle P. Trouvé, une entreprise française sur deux ne possède pas de salariés aujourd'hui? et que les entreprises de moins de dix salariés représentent 92,9% de l'ensemble des unités économiques juridiquement décomptées? A Bouyacoub montre que, en raison d'incitations en leur faveur et de la déstructuration des grandes entreprises publiques, les petites entreprises tiennent pareillement une place déterminante dans la dynamique économique algérienne depuis 1989. En dépit d'un faible taux de création, en comparaison de ce que l'on peut observer dans d'autres pays, les petites entreprises algériennes se signalent par une productivité apparente du travail et du taux de rentabilité plus élevés qu'au sein des grandes. Mais les critères conventionnels sont aussi insatisfaisants. Il faut savoir se défier du fétichisme du chiffre. P. Trouvé nous y convie en remarquant qu'en France le seuil pertinent pour différencier les petites entreprises en matière d'investissement, d'emploi ou d'usage des aides publiques est celui de trois salariés, non celui de dix qui s'impose habituellement dans une logique purement statistico-juridique (onze salariés étant le premier niveau qui oblige à une représentation des salariés dans le droit du travail français). L'idée majeure que soutient P. Charpentier dans sa contribution ne dément pas pareil constat. Ainsi qu'il le constate au terme d'une étude empirique serrée, la taille a, en fait, peu d'effet sur l'organisation. Plutôt qu'une condition a priori, elle est dans bien des cas la résultante d'une stratégie délibérée de la part de dirigeants qui souhaitent se maintenir dans une trajectoire de stabilité. Il ne faut pas, pour autant, jeter le bébé avec l'eau du bain. Selon A-F. Bender, il existe en effet des singularités propres aux petites entreprises en matière de gestion des ressources humaines, à commencer par... l'absence de

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Michel Lallement

ces dernières. Lorsque celles-ci existent cependant c'est alors sous le sceau de l'ambivalence qu'il convient de les appréhender. Certainement moins formalisée que dans les grandes entreprises et donc source, à ce titre, de contraintes, d'ambiguïtés, la gestion des ressources humaines peut être en même temps un vecteur d'innovation intéressant en de nombreux domaines (salaires, temps de travail, suivi individuel des missions...). S'il relativise la thèse de P. Charpentier, le propos d'A-F. Bender n'est fmalement pas si dissonant. A-F. Bender nuance, elle aussi, l'effet taille en soulignant, à l'instar de nombreux autres contributeurs, combien d'autres paramètres - la stratégie de positionnement sur le marché, le secteur d'appartenance... - comptent pour l'efficacité économique et la mise en forme organisationnelle des petites entreprises. Ici, la conclusion avec la situation algérienne est étonnamment convergente. A Abedou et K. Boucherf abondent en effet dans un sens similaire. Assise sur la notion de contrôle organisationnel, leur démonstration aboutit non seulement sur une typologie intéressante (degré de formalisation des fonctions selon la taille des entreprises), mais elle met surtout clairement en évidence le fait que le type de marché (local ou non) et la trajectoire des dirigeants (ancien cadre, ou non, dans une grande entreprise) expliquent en grande partie le niveau de formalisation organisationnelle.
LA PRODUCTION mSTORIQUE ET CULTURELLE

La petite entreprise est aussi un produit de l'histoire. M. Madoui nous offre ici une réflexion stimulante qui, dans une perspective typiquement wébérienne, met sur le métier de l'analyse le problème des liens entre éthique et travail. Sur la base d'une lecture des textes de la tradition islamique, il construit un cadre d'interprétation qui donne sens à ses travaux de terrain sur les « petits» entrepreneurs. Qu'on l'appréhende comme al âmal, choughl ou Sun, le travail est pensé dans l'imaginaire collectif comme occupation ou création indissociable du sacré. Situé en haut de l'échelle des valeurs, le travail honnête est aussi un canal privilégié de reconnaissance social mais aussi, a contrario, une obligation envers les siens. Alors que physiquement il le pourrait, un homme qui ne travaille pas est une offense à sa communauté. Le travail est donc pétri de morale. Il n'en va guère différemment dans la France contemporaine, si l'on en croit Y. Pesqueux. Réalisant un exercice salutaire de clarification conceptuelle, ce dernier montre que le rapport entre l'économique et l'axiologique passe aujourd'hui une étape nouvelle dans la longue histoire qui associe croyances et entreprises. La thèse mérite d'être entendue pour éviter tous ces amalgames qui rejettent dans un même fond pré-moderne l'absence de différenciation entre culture et économie: en France, l'éthique des affaires

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LES TROIS MODES DE PRODUCTION DE LA PETITE ENTREPRISE

connaît une vigueur inédite à l'occasion du mouvement de dérégulation qui affecte le monde productif lato sensu. Le poids et les soubresauts de l'histoire se font sentir aussi là où, parfois, on les attend le moins. Il en va, ainsi, de la notion de compétence, tellement de mode à l'heure actuelle dans le monde de la gestion des ressources humaines. Après avoir rappelé les enjeux liés au conflit sémantique qui conduit à l'obsolescence rapide du terme de « qualification », E. Dugué souligne, qu'en fait, l'innovation des compétences est toute relative puisqu'il suffit de relire avec attention certains travaux sur les petites entreprises (ceux de B. Zarca, par exemple) pour voir combien les cultures de métiers étaient déjà porteuses de ce que l'on présente volontiers comme une innovation radicale. Reprenant, côté algérien, les termes de ce même débat, A. Kadri-Messaïd constate d'abord que la mode a aussi gagné l'Algérie et que, tout comme en France, le prix à payer est celui d'un véritable flou dans la mesure où, pour ce qui concerne les PMEen particulier, le terme charrie au moins deux significations fort différentes (savoirfaire directement utilisable dans la production, adaptation au changement). De l'histoire et de la culture il est encore question à la lecture des deux contributions qui interrogent les petites entreprises dans leurs espaces locaux d'appartenance. M. Belattaf le suggère en objectivant de façon précise les modes de financement des PMEde la wilaya de Béjaïa et en ouvrant la porte à ce que serait la suite logique de son enquête, à savoir une interrogation sur les réseaux sociaux qui structurent ces mondes où se rencontrent entrepreneurs et banquiers. Le matériau mobilisé par J.-F. Draperi permet, de ce point de vue, d'avancer avec plus de certitude encore sur le chemin précis des fondements socio-historiques de l'innovation. Dans le cas du champagne comme dans celui des meubles du Queyras, les coopératives qu'étudie l'auteur n'ont rien de commun avec certaines images d'Epinal inspirées d'un néo-schumpeterianisme mal digéré. Ce sont les ressources originales du territoire - le savoir-faire traditionnel, la mobilisation collective des producteurs, leur capacité à se constituer en réseau et à normer les produits locaux... - qui sont les véritables moteurs de la réussite économique et les garants de la pérennité de ces petites unités de production que sont les coopératives.
LA PRODUCTION SOCIALE ET ACADEMIQUE

S'il a donc des racines historiques dont il conviendrait de repérer pareillement l'origine dans le cas français, le mode de production des petites entreprises ne se satisfait pas, pour autant, d'une homogénéité que tous les chercheurs ici réunis, s'accordent à qualifier d'illusoire. Dans son échantillon français, P. Charpentier repère, par exemple, trois profils distincts: le dirigeant « entrepreneurial », l'entrepreneur « affairiste» et enfin le « gestionnaire ».

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Michel Lallement

Côté algérien, A. Gillet propose, quant à elle, une typologie quelque peu différente. Dans l'ensemble des créateurs de PME qu'elle a rencontrés, elle recense cinq figures (le cadre, l'héritier, le migrant, l'entrepreneur d'anciennes PME et l'ouvrier) dont la texture se tisse par croisement de logiques différenciées (économique, sociale et domestique). Bref, en Algérie comme en France, le champ de la petite entreprise est hétérogène. C'est peu dire, par voie de conséquence, que la petite entreprise est aussi une construction sociale dont justice ne peut être rendue qu'à la seule condition d'éprouver empiriquement les multiples forces qui pèsent et s'agencent selon des combinatoires variées. Il n'en est pas moins quelques pesanteurs sociétales qui, au-delà des typologies que l'on verra se dessiner au fil des chapitres, informent nos espaces de comparaison. La plus évidente est peut-être celle de l'informel qui, en Algérie bien plus qu'en France, imprègne les pratiques. Mais, comme le note A. Bouyacoub, la sous-déclaration des ressources utilisées (main-d' œuvre, équipement...) et la fraude fiscale ne relèvent pas simplement d'actions rationnelles en finalité destinées à minimiser les coûts. Cet informel s'impose aussi, et certainement surtout, parce que le financement et les ressources en main-d'œuvre sont souvent d'origine familiale. La production sociale de la petite entreprise est aussi une affaire de légitimité. En Algérie, on le sait, le modèle productif par excellence a longtemps été celui de la grande entreprise publique, la petite entreprise étant alors vouée au statut de scorie. Depuis 1989, et avec notamment la désagrégation des entreprises publiques en petites unités productives, les PME bénéficient d'un élan et d'une reconnaissance incomparables avec la situation d'antan. Bien que la France ne puisse se prévaloir de ruptures aussi radicales, l'historicité est aussi au rendez-vous dans ce dernier pays. Comme le montre P. Trouvé, alors que, sous l'impulsion notamment de quelques décideurs politiques, les PME françaises ont bénéficié d'une image positive au long des années 1990, les travaux de recherche récents invitent à nuancer le tableau et à se défier des discours enchanteurs qui, sans aucun discernement, associent pêlemêle petites entreprises, innovations, création d'emplois, convivialité... En Algérie, comme en France, un tel emboîtement n'est jamais automatique. Les petites entreprises sont, enfin, ce que les spécialistes des sciences sociales du travail et des organisations veulent bien en faire à travers leurs discours savants. De ce point de vue, le pessimisme est de rigueur de chaque côté de la Méditerranée. Parce que les paradigmes fordiens, étatiques... appelons-les comme l'on voudra - demeurent des référentiels analytiques de base, la petite entreprise est toujours confinée aux marges des études scientifiques. Comme y incitent les conclusions aux recensions critiques effectuées en début de cet ouvrage par M. Dressen et A. Bouyacoub, il est grand temps de rompre avec une tradition qui, dans nos deux pays, a longtemps donné

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LES IROIS MODES DE PRODUCTION DE LA PETITE EN1REPRlSE

la priorité à l'étude des grandes structures productives. En indiquant avec force que la petite entreprise n'est pas la simple reduplication de la grande à une taille inférieure, les chercheurs algériens et français souhaitent contribuer à une dynamique de recherche qui, riche des apports de la comparaison internationale, incite à sortir des sentiers battus de la sociologie, de la gestion et de l'économie du travail « classiques ». Si, grâce à la collaboration entre nos deux équipes, un premier pas a été fait en cette direction, alors ce sera déjà beaucoup.
Références bibliographiques:

Lallement M., Spurk 1. (eds) (2003), Stratégies de la comparaison internationale, Paris, CNRSéditions. Maurice M., Sellier F., Silvestre J. J. (1982), Politique d'éducation et organisation industrielle en France et en Allemagne, Paris, PUF.

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PREMIERE PARTIE

LA PLACE DE LA PME DANS LA PRODUCTION ACADEMIQUE ET SCIENTIFIQUE

CHAPITRE I

A quoi s'intéressent les sociologues du travail? ou l'analyse rapide d'une décennie de sommaires de la revue Sociologie du travail
Marnix Dressen
*

A quoi s'intéressent les sociologues du travail en France ces dernières années? Plusieurs méthodes s'offraient à qui voulait répondre à la question. Il était possible de s'appuyer sur les annuaires professionnels qui fournissent les coordonnées des enseignants-chercheurs et des chercheurs et leurs thèmes de recherche. Mais nous n'étions pas certains que ces annuaires soient à jour et nous craignions que les thèmes de recherche aient été excessivement généraux, davantage en tout cas que des articles publiés. C'est pourquoi, sans ignorer les inconvénients de cette méthode, nous avons choisi d'analyser les titres de ces derniers. Mais, à partir de quelle source? Il aurait été possible de procéder à un passage en revue, c'est le cas de le dire, de tout ou partie des sommaires des différentes publications spécialisées valorisant les travaux de nos collègues (Travail et emploi, Revue française de sociologie, Revue française des affaires sociales, Actes de la recherche en sciences sociales, Droit social, Economie et société, etc.) - qui peuvent parfois consacrer des numéros entiers au travail-, ou des revues plus généralistes (Esprit, Projet, Les Temps modernes, etc.) et beaucoup d'autres plus ou moins spécialisées dans un domaine précis (comme Formation et emploi, Travail-genre et société, La Revue française de gestion, etc.) sans oublier les revues d'historiens (Vingtième siècle, Le Mouvement social, etc.). Assurément, il aurait aussi été fécond de comparer les sommaires d'une ou plusieurs revues françaises avec des homologues étrangères, car on peut risquer l'hypothèse qu'aurait ainsi été mis en lumière le caractère étroitement hexagonal d'un certain nombre de nos préoccupations et notre indifférence pour des questions qui intéressent nos collègues étrangers. Mais quel travail! Et comment le réaliser en si peu de temps? Aussi bonnes qu'aient pu être toutes ces idées, chacune excédait le temps dont nous disposions dans le cadre de cette contribution. C'est pourquoi, comme G. Lajoinie l'avait fait, presque trente ans plus tôt [1973], comme déjà un ouvrage passionnant s'y était essayé il y a quinze ans déjà [Le Travail et sa sociologie, Essais critiques, 1985], comme la revue Sociologie du travail l'a fait pour son trentième et son quarantième anniversaire [Sociologie du Travail: 40 ans après, 2001], nous avons choisi de nous centrer sur une seule revue, la plus emblématique de notre discipline, la revue Sociologie du travail. Sans ignorer

.GRIOT/LISE

(CNAM/CNRS).

Marrilx Dressen

qu'une partie des auteurs qui publient dans ce périodique ne sont pas sociologues du travail (mais par exemple des spécialistes de la gestion, économistes hétérodoxes, ou historiens) et que des sociologues du travail n'ont jamais publié dans ladite revue..., nous avons postulé que l'analyse des sommaires refléterait avec une distorsion acceptable, les préoccupations actuelles de la discipline (ou de la sous-discipline puisque c'est, curieusement, ainsi que l'on nomme parfois les sociologies spécialisées, comme la nôtre). Figurant depuis sa création parmi les revues académiques de référence de la sociologie française, la revue Sociologie du travail, a fêté ses quarante ans en 1999. Soutenue par le CNRS, elle publie quatre numéros par an et tire à environ 1 800 exemplaires, compte quelque 1300 abonnés dont 92% sont des institutionnels. Il est difficile de préciser l'ampleur de son lectorat, surtout qu'existent désormais des abonnements électroniques qui autorisent ceux qui les ont contractés à une large diffusion. Elle est animée par un comité de rédaction de neuf personnes plus un responsable des comptes-rendus, soit quatre femmes et six hommes, majoritairement enseignants-chercheurs (trois appartiennent au CNRS), tous Français à une exception près. S'y ajoute un comité d'orientation de vingt deux membres parmi lesquels on dénombre. .. une seille femme! et six collègues étrangers (parmi ces derniers, quatre Européens et deux Américains du Nord). On ne repère aucun représentant de l'ancien bloc soviétique, de l'Asie, de l'Amérique latine ni d'une façon générale du Tiers-monde ou des pays émergents. Sur la période étudiée, chaque numéro compte en moyenne de 6 à 7 articles de fond, parfois des notes critiques assez substantielles (elles font un point assez exhaustif sur l'état d'une question) auxquels s'ajoutent parfois un symposium (qui n'est plus un banquet comme l'indique son étymologie, mais un débat de spécialistes) sur un concept ou une table ronde autour d'un ouvrage jugé important [Sur E. Friedberg, Le Pouvoir et la règle (1/94), sur F. Dubet, Sociologie de l'expérience (1/96), sur le concept de classe sociale (2/96), à propos du livre de L. Karpik sur les avocats (1/97), sur l'analyse des entretiens biographiques (4/99), sur l'ouvrage de C. Dejours, Souffrance en France (2/2000), sur celui de R. Castel, Les métamorphoses de la question sociale (2/2001), sur celui de E. Chiapello et L. Boltanski, Le Nouvel esprit du capitalisme (3/2001)]. Chaque article est précédé d'un résumé en langue française et anglaise. Le débat sur « l'engagement du sociologue », s'est poursuivi sur 3 numéros (1/99, 3/99, 2/00). La revue s'ouvre, parfois, sur un article rendant hommage à un collègue qui vient de disparaître [Pierre Naville (3/93), Jacques Dofny (4/94), Jean-Jacques Silvestre (2/96), Thomas Lowit (2/97)]. S'y ajoutent, enfin, des comptes-rendus de lecture de plus en plus nombreux au fil du temps.

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A QUOI

S'INTERESSENT

LES SOCIOLOGUES

DU 'IRA V AIL

?

Lorsque nous avons proposé de travailler à cette petite étude, nous n'en avons pas mesuré toute la difficulté. Classer les articles dans différentes catégories, se heurte en effet à une complication familière à ceux qui pratiquent l'analyse de contenu. Il faut, en effet, définir des catégories suffisamment nombreuses pour ne pas aplatir la diversité mais sans excès et surtout, ce qui est encore plus difficile, des catégories exclusives (un article ne peut figurer dans plusieurs rubriques). Pour illustrer le propos d'un exemple concret parmi cent possibles, l'article de Nathalie Besucco et de Michèle Tallard intitulé « l'encadrement collectif de la gestion des compétences: un nouvel enjeu pour la négociation de branche» (2/99), pouvait à la fois figurer dans la rubrique « relations professionnelles» ou dans la rubrique « compétences versus qualifications »; c'est ce dernier choix que nous avons opéré. Outre la relative subjectivité inhérente à l'exercice, juger du contenu d'un article sur son titre est parfois hasardeux. Quoi qu'il en soit, nous avons systématiquement analysé les sommaires de la revue depuis 1991 (le premier numéro est noté 1/91) jusqu'au premier trimestre 2002 (noté 1/2002), soit plus de onze ans de publication et 41 sommaires (dont un numéro hors-série). Nous n'avons tenu compte ni des avant-propos, ni des introductions des numéros thématiques. Dans la mesure où nous avons pris la décision de ne retenir que les articles de fond (en excluant les compte-rendus), on peut estimer que nous avons analysé approximativement 260 titres. La présentation de nos investigations figure dans les trois tableaux cidessous 1. Tableau 1. Ventilation par objets des articles de Sociologie du travail depuis dix ans Tableau 2. Secteurs, branches ou professions étudiés Tableau 3. Aires géographiques analysées (autres que la France) Un même article ne peut figurer dans deux lignes d'un même tableau mais peut, en revanche, se retrouver dans deux des tableaux, voire dans les trois.
Tableau 1 : Ventilation des articles par objets
.......................

1lliêm~s
...

......... ..
.

.......................................................

Réfét~ii8edê$îiilirieros..

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Epistétt)olowe, Méthodolowe. et nOllveauÜhè es de la soCÏolo.'e.: Méthode, histoire de la discipline De la connaissance De la confiance De l'éthique Du don
1

1/96, 1/99, 1/99 3/96, 3/96, 3/96, 3/96, 3/96 1/94, 4/96, 4/96, 3/97 2/92 1/97

On verra infra qu'on a ensuite consacré un qua1rième tableau à la question des pME/PMI.

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Marnix Dressen

Du goût De la routine De la modernité Illstifutiolls de recherche et de fornÜltiollsU .érieure i Des institutions de recherche Du système universitaire Stratification sociale, identités . collectives et.. rofessioJ)]lelles: De la stratification sociale
Des professions lata sensu

Du travail. Concept et anthropologie Travailleurs âgés, protection sociale
. .

3/92, 2/96, 2/96, 2/97 1/91,2/91,3/91,2/93,2/93,4/93,4/93, 4/93,4/93,3/94,3/94,3/94,2/96,3/97, 2/99, 1/00, 1/00, 2/00, 3/00, 1/01, 1/01, 4/01,4/01 4/91, 2/97 3/91,3/94,4/95,2/96,2/99,4/00,4/00, 4/00, 1/01, 1/01, 1/01 1/96 Uréf.(4.23%) HS/94, HS/94, HS/94, HS/94, HS/94, HS/94, HS/94, HS/94, 2/97, HS/94, 2/01 3/93, 3/93 1/91, 1/91, 1/91, 1/93, 1/93, 1/93, 1/93, 1/93, 1/93, 3/94, 3/95, 3/95 3/95, 4/98, 2/01 3/98 1/92,4/92,4/92,3/93,2/01 3/92, 1/94, 1/95, 3/95, 3/95 1/98 4/94, 4/94, 4/94, 4/94, 1/98, 3/99, 3/01, 4/01 1/92, 4/94, 4/94, 3/95, 2/97 1/95, 1/02, 1/02, 1/02 3/94, 1/2002, 1/2002 1/91, 1/92,4/92,4/92, 1/97, 1/98

Lellouveaucours.

deseritre

rises:

Des nouveaux modèles productifs

De l'innovation, processus de conception De l'organisation du travail, du poste de travail, rationalisation Des or anisations / de l'action De l'entreprise Travail et cognition, normalisation des processus, économie de la qualité De l'expertise, du diagnostic De la relation commerciale De la relation de service, relation téléphonique Du management et de l'encadrement RelationsprofessioJ)]lelles~co11f1its, .. Dé odatioD<:
..

Relations professionnelles européennes (ou dans un pays d'Europe)

2/91,2/93,2/98,2/98,2/00

20

A QUOI S'INTERESSENT

LES SOCIOLOGUES

DU TRAVAIL?

Relations professionnelles, syndicalisme Des conflits Du droit, juridique Sçmçes. ptibHç!i,adlÏ1ilÏistra.tioJl, p~Jlitiqtiede la "iIIç, de"eIopP~l11el1t .. ... .
. .. .. .....

1/91,3/91,3/91,2/93, 1/94,2/98,2/98, 4/01 2/91,4/97,4/97,4/97,4/97,4/97,4/97, 4/01 4/96, 4/96, 4/96, 2/97

local:

...

Des services publics De l'administration Sociologie urbaine, politique de la ville Relation économie /collectivités territoriales
Du développement industriels locaux local, des systèmes

3/93, 1/00, 1/00 4/91,4/91,3/93,2/95,

1/98,2/00

1/95, 2/95, 2/95, 2/95, 2/95, 2/95, 2/95, 2/95, 1/98, 1/99, 3/99, 4/99 2/00, 2/01

4/91, 4/91, 4/91, 3/92, 4/93, 1/94 1/92, 1/96, 1/96, 4/96, 1/00, 1/00, 3/00

Politique / régulation, politique /économie Sociologie. fie l'emploi, des fo.ril1es .
... . ... . .

d'eDllOi; dllchômll ë:
De la flexibilisation, temps partiel, temps de travail /emploi Relation famille / emploi, femme / emploi, Relation formation / emploi De la formation De l'emploi, du chômage
. .

3/92, 4/92, 3/94, 2/98 1/91,2/91, 1/92,4/99 1/91, 4/95, 4/95, 4/95, 4/95, 4/95, 4/95, 4/95,4/95, 1/96,3/97 2/91, 3/92, 4/93, 4/99 1/91, 1/92, 2/93, 4/95, 4/95, 3/98, 3/00

Sociolo °eeconomi rie:

.

De la coopération, tiers-secteur De l'immigration, entrepreneuriat ethnique De la gestion Articulation socialisme / marché, postcommunisme De la santé publique De l'information, de la communication, des médias, TIC

4/00, 4/00, 4/00, 4/00 3/93,2/94,2/94,2/94, 1/95 2/92, 1/93, 2/96, 3/98 3/91 2/97, 3/98, 2/99, 3/99,3/00, 3/01, 3/01, 3/01 1/95

21

Marnix Dressen

Des transferts nationaux et internationaux de technologie

1/91,2/92,2/92,2/92,2/92,2/92,2/92, 2/92 1/94,4/94,3/00

Six commentaires sur le tableau 1 : - l'ordre dans lequel ces rubriques sont présentées n'a aucune signification consciente. - L'abondance de références dans la colonne de droite est moins significative que la dispersion dans le temps (celle-ci signifie un intérêt qui ne se dément pas tandis que celle-là révèle surtout une concentration d'articles dans le même numéro) . - Se confirme la faiblesse du nombre d'articles sur la classe ouvrière (deux en 1991) alors que c'est autour de son étude que la sociologie du travail s'est constituée. Comme d'autres ont pu l'observer avant nous, la seule forme ou presque sous laquelle la classe ouvrière semble subsister concerne sa composante immigrée. - Plus étonnant encore, on dénombre peu d'articles sur les questions de l'exclusion, de la déviance et de la marginalité. - Au vu de ces statistiques qui mériteraient d'être vérifiées de plus près, il semble bien que ce qui intéresse avant tout les sociologues du travail aujourd'hui concerne le nouveau cours des entreprises (ce qui est heureux) au détriment peut-être (cela reste à confirmer) du contenu concret du travail. - Un autre sujet important des sociologues du travail aujourd'hui renvoie à l'emploi, à la sociologie des identités et, enfm, à tout ce qui concerne le local au sens très large.

22

A QUO! S 'INfERESSENT

LES SOCIOLOGUES

DU TRAVAIL?

Tableau 2 : Secteurs, branches ou professions étudiées Administration, politiques publiques Aluminerie Automobile Avocats/ architectes Banques BTP / construction Cabinets de conseil Centres d'appels téléphoniques Conservateurs de musée EDF Enseignement, Université, recherche Formation des ingénieurs Hyper-marchés, désigner, packager, merchandiser Industrie électronique Industrie pétrolière Institution pénitentiaire Internet, Intranet Marchés financiers Mareyage, marché du poisson Mécatronique Plantation d'hévéas Plasturgie Pompes funèbres Presse Professionnels du marché Professions médicales, institution hospitalière Recherche développement Réseaux sociotechniques Restauration collective Services de proximité Télécom Télévision Théâtre Tiers secteur, Transports collectifs, chemins de fer Transports routiers Travail social, prostitution Viniculture 4/92, 1/00, 1/00, 2/01, 3/95, 3/94, 4/01, 3/92, 1/95, 2/01,4/01, 3/94, 1/2002 1/01, 2/01
1/91,3/93, 3/96, 1/96,3/96,4/96, 1/00, 1/97,4/99

1/91 3/94, 3/00, 2/92 3/92 1/97, 3/01, 1/2002 3/00, 1/91 3/92 3/97, 3/00, 2/93, 3/00, 3/00, 1/2002, 3/92,2/93,2/93,4/94,3/97,2/99, 1/00, 1/00, 1/00, 1/00, 1/00 1/91 2/97, 1/2002, 3/92 2/92 4/93, 4/93, 4/93, 4/93, 1/94, 4/01, 4/00, 4/91,2/92,4/94,4/94,4/97,4/97,4/97,4/01, 4/97 2/96,2/00, 1/01, 1/01, = 75

23

Marnix Dressen

Trois commentaires sur le tableau 2 : - Ce tableau n'est certainement pas exhaustif, notamment parce qu'il ne mentionne un secteur que s'il apparaît dans le titre de l'article; - Trois branches ou secteurs paraissent particulièrement étudiés: les transports collectifs ou les transports routiers, les professions médicales et les institutions scolaires (au sens large) et de recherche. Les deux premiers secteurs connaissent ou ont connu des luttes importantes et répétitives. En revanche, on peut se demander si l'intérêt pour les institutions de formation et de recherche ne provient pas, outre un intérêt pour la massification des études supérieures, de ce que les sociologues s'intéressent à eux-mêmes... (ce qui n'est évidemment pas un reproche) ; - On observe une prééminence des services sur l'industrie. Cela correspond vraisemblablement à une évolution par rapport à ce qui était le cas les décennies précédentes. Pour une part, cela est aussi le reflet de l'évolution de la structure des emplois puisque près de deux tiers sont aujourd'hui situés dans des activités de service (toutefois, il faut noter que tous les emplois d'intérimaires y sont affectés, même si leur mission s'effectue dans un atelier traditionnel).

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A

QUOI S 'INrERESSENT

LES SOCIOLOGUES

DU 'IRA V AIL

?

Tableau 3: Aires géographiques analysées (autres que la France)

Europe occidentale en général Allemagne Espagne G. Bretagne Italie Suisse

2/93, 3/95, 4/95, 4/95, 2/00, 1/93, 4/92, 4/95, 2/96, 3/96, 4/95, 4/91, 2/95, 4/95, 2/98, 3/91,4/93,4/95, 1/92,
..

j~u ~. riW~...~M)j)~f~ijg~ij~r~n:.. 3mt#ô.~%Y..............................................
. .

.

.

. ...

.

...

...

2/92, 3/93, 2/92

1/92,2/01, 3/94, 1/96,

2/92, 4/01 2/92,

Japon Vietnam

2/92,2/92,2/92, 1/95, 1/91, 1/91, 1/91, 1/91, 1/91, 1/91, 1/91, 1/91, 1/91, 1/91, 1/91, 1/91, 3/98,

Les seules aires géographiques mentionnées dans ce tableau sont extrahexagonales. 46 titres d'articles au moins concernent explicitement une autre aire géographique que la France, soit environ 17,6% du total. On remarque que l'Afrique au sens large est totalement absente et que si l'Asie fait (très) bonne figure, c'est qu'un numéro spécial de la revue comptant 11 articles a été consacré au Japon (1191). Si l'on ne s'intéresse qu'à l'Asie non industrialisée, on ne compte que six références et aucune sur les « tigres» qui connaissent pourtant des bouleversements socio-économiques sur un tempo ultra-rapide.
ET LES PME/PMI DANS TOUT CELA ?

Au moment de relire cette contribution, il apparaît que la place consacrée dans la revue aux PME-PMIa sans doute été négligée par notre balayage. Aussi, nous nous sommes replongés à nouveau frais, mais en remontant cette fois-ci

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Mamix Dressen

beaucoup plus loin dans le passé puisque nous avons parcouru tous les sommaires de 1959, date de création de la revue, à l'automne 2002. En formulant les mêmes réserves qu'en introduction, nous pouvons dire que la PME-PMIsemble, sur la longue durée, la mal aimée de la revue (en fait, sans doute, cela reflète-t-il le faible intérêt des sociologues du travail). Notons cependant quelques exceptions dont nous nous efforçons de fournir ci-dessous la liste exhaustive.
Tableau 4 : Références des articles portant explicitement sur les PME-PMI (1959-2002) Derouin P. Broda J., Demilly S., Labruyère C. Tripier M. Raveyre M.-F., Saglio J. Cawestro W. Verdier E. Collectifs Guffond J.-L., Leconte J.-P.
CONCLUSION

4/68 4/78

La participation du personnel à l'entreprise: l'expérience d'une entreprise de taille moyenne Crise de la sidérurgie et recomposition du procès de travail, la sous-traitance à la Solmer Culture ouvrière et culture d'entreprise: à propos de la disparition d'une PME en milieu rural Les systèmes industriels localisés: éléments pour une analyse sociologique des ensembles de PME industriels Automatisation, organisation du travail et qualifications dans les PME: le cas des machines outils à commande numérique L'efficacité de la formation continue dans les PME Qu'est -ce que le tiers secteur? Associations, économie solidaire, économie sociale Le pilotage d'activités distribuées: le cas du chantier

3/86

2/84

4/84 3/90 4/00 2/01

De l'examen de plus de 250 intitulés d'articles de fond publiés dans la revue Sociologie du Travail, dont rien ne nous permet d'affirmer qu'elle reflète le travail de l'ensemble de la profession, et en insistant sur le fait que nos tableaux mériteraient d'être vérifiés, nous tirons huit conclusions schématiques. - Il n'est pas mauvais que ceux qui aiment « voir sans être vus» [G. Lajoinie, 1973 : 203], se regardent eux-mêmes. Cela relève de la sociologie ou du moins de la sociographie de la sociologie et donc de la connaissance. D'ailleurs, si cette analyse avait été confiée à des observateurs non sociologues,

26

A

QUOI S'INrERESSENT

LES SOCIOLOGUES DU TRAVAIL?

sans doute auraient-ils mis en exergue d'autres aspects (d'autres sociologues aussi sans doute...). - TI aurait sans doute été intéressant de donner plus de précisions à ces résultats: d'abord, en lisant les articles pour mieux refléter leurs contenus; ensuite, il aurait été possible de compter le nombre de pages relevant de chacun des items repérés dans nos trois tableaux, voire de leur place dans la revue (article de tête, etc.). - Ces résultats provisoires auraient aussi gagné à inclure un indice de dispersion sur la période étudiée. Ainsi, un numéro spécial sur le Japon n'a pas la même signification qu'un même nombre d'articles mais étalés dans le temps. - Ces résultats gagneraient aussi à être comparés avec les enquêtes précédentes mentionnées en introduction sur le même sujet. - A distance des idées reçues, on vérifie que notre profession (nous n'osons parler de corporation) ne se désintéresse pas des préoccupations de son époque, comme le montre son centrage sur les emplois du tertiaire. Mais, elle reste focalisée sur le monde économiquement développé où qu'il se situe d'ailleurs sur la planète Terre. - En même temps, sous bénéfice d'inventaire, on ne repère aucun article de fond sur les salaires, comme si cette question ne faisait plus problème. C'est d'autant plus étonnant que les systèmes de rémunérations sont en plein bouleversement dans nombre d'entreprises et, notamment, dans le secteur bancaire, où la part des rémunérations variables prend de très fortes proportions. - En adoptant une vision large et en se basant exclusivement sur une lecture attentive des titres, en quarante trois ans de revue (1959-2002), huit titres seulement paraissent concerner directement ou indirectement la situation des PME_PMI2. Cela ne veut pas dire que d'autres articles ne traitent pas des rapports sociaux dans les PME-PMI ais cela ne paraît que très rarement en être le cœur. m - Nous n'avons, personnellement, aucune légitimité pour orienter la revue, mais en en dépouillant le contenu, nous nous sommes interrogé sur ce qui peut apparaître comme un manque d'ouverture à des zones entières de la planète. Un peu comme s'il existait un décalage entre la mondialisation capitaliste en cours et les objets des sociologues hexagonaux.
Références bibliographiques:

Durand C.(coord.), (l985), Le Travail et sa sociologie, Essais critiques, Paris, L'Harmattan (Logiques sociales), 304 pages. Lajoinie G., (1973), « Sociologie du travail, vers de nouvelles frontières », in, Une nouvelle civilisation?, Hommage à Georges Friedmann, Paris, Gallimard, pp. 197-220.
2 En effet, l'intégralité des articles publiés sur quarante trois ans n'a été analysée que sur cet item.

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Mamix Dressen

Pouchet A. (coord.), (2001), Sociologies du travail: 40 ans après, Paris, Elsevier, 370 pages. Sociologie du travail, « Tables », 1959-1999, novo 1999, 71 pages.

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