Fantasmes, mythes, non-dits et quiproquo

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Ces contributions plongent au coeur du paradoxe que propose le langage, entre ombre et lumière, entre ce qui est révélé et ce qui doit être compris, à la recherche du sens, souvent masqué derrière les signes. Appliqué au management, le courant discursif ne peut donc plus être séparé d'une analyse de type binaire positif-négatif (ce qui est dit/ce qui n'est pas dit, ce qui est compris/ce qui n'est pas compris). La richesse des méthodologies et des approches présentes dans le courant discursif constitue à la fois une force et une faiblesse.
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782296689039
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Ouvrages de la collection Conception et dynamique des organisations
La bureaucratie libérale : nouvelle gestion publique et régulation organisationnelle, de David Giauque, préface de Yves Emery 2003, 27 € [Série Publithèses] Sait-on piloter le changement ?, sous la direction de Jean-Claude Sardas et Alain Max Guénette, 2004, 350 p., 29 € Paradoxes de la gestion publique, d’Yves Emery et David Giauque, 2005, 250 p., 21,50 € Changement dans les organisations, sous la direction de Jean-Claude de Crescenzo, 2005 : Tome 1 : Stratégie, processus et performance, 2005, 250 p., 21,50 € Tome 2 : Communication, négociation et interventions, 2005, 230 p., 20 € Management de la santé et de la sécurité au travail : un champ de recherche à défricher, sous la direction d’Emmanuel Abord de Chatillon et Olivier Bachelard, 2005, 468 p., 39 € Capital immatériel, connaissance et performance, sous la direction d’Ahmed Bounfour, 500 p., 41 € L’art de l’innovation, sous la coordination de Nicolas Mottis, 2006, 266 pages, 23.50 € La facilitation des changements organisationnels : méthodes, outils et modèles, de Jacques Bec, François Granier et Jacky Singery, préface de Michel Lallement, 2006, 302 pages, 24 €. Les performances des organisations africaines. Pratiques de gestion en contexte incertain, sous la direction de Jean Nizet et François Pichault, 2007, 298 pages, 25,50 €. Comprendre et organiser : quels apports des sciences humaines et sociales ?, sous la direction de Jean-Claude Sardas, David Giauque et Alain Max Guénette, 2007, 546 pages, 45 € Le changement clandestin des organisations : Les réseaux clandestins de salariés face à l’immobilisme des entreprises, de Jean-Claude de Crescenzo, 2009, 100 pages [Série Synthèses]

PRESENTATION DES AUTEUR(E)S

Nicolas Arnaud est docteur en sciences de gestion et occupe actuellement un poste de professeur à Audencia, France, où il enseigne le management stratégique, la théorie des organisations et la gestion des ressources humaines. Ses recherches s'intéressent aux questions de management des collaborations inter-firmes dans une perspective interactionniste et communicationnelle. Ses travaux portent plus largement sur des problématiques d’apprentissage organisationnel et inter-organisationnel, de gestion des connaissances et de management des compétences collectives. Il est actuellement membre d’associations comme l’AIMS et l’AGRH et a publié des articles dans des revues académiques telles que Finance Contrôle Stratégie, Communication & Organisation. Christophe Assens est actuellement Maître de conférences HDR en sciences de gestion, rattaché au LAREQUOI, laboratoire de recherche en Management de l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Son domaine d’expertise couvre les stratégies de réseau, les systèmes complexes, la concurrence oblique et les choix en situation paradoxale. Il est membre du comité d’expert de Cyberlibris, première bibliothèque digitale en Europe sur la gestion d’entreprise. Cathy Bréda est enseignant-chercheur au groupe ESC Chambéry Savoie. Ses recherches portent sur les aspects de l’expérience de consommation et en particulier sur l’exploration du temps et la transformation de la conscience appliquée à la culture de consommation (loyauté, marque). Cathy Breda est éditeur invité (avec Rodolphe Ocler) d’une édition spéciale du Journal of Organizational Change Management ainsi que d’un ensemble d'ouvrages portant sur le ré-enchantement des organisations. David M. Boje holds the Bank of America Endowed Professorship of Management (awarded September 2006), and is past Arthur Owens Professorship in Business Administration (June 2003-June 2006) in the Management Department at New Mexico State University. His focus is on study of ethics, critical theory ethics, feminism, and power of language, discourse, and stories in organizations. His reputation corporate social responsibility ethics in academia and industry is widely known and respected in the United States and internationally. Professor Boje is described by his peers as an international

scholar in the areas of narrative, storytelling, postmodern theory & critical storytelling ethics. He has published over 100 articles in journals, including the top-tier journals such as Management Science, Administrative Science Quarterly, Academy of Management Journal, Academy of Management Review, Leadership Quarterly, and the international Journal of Organization Studies. Miguel Delattre est enseignant-chercheur à l’Université Lumière de Lyon, actuellement rattaché au laboratoire LIESP.Il a conduit pendant dix ans, au sein de l’ISEOR, des recherches et des interventions de longue durée sur la conduite et l’accompagnement du changement dans des entreprises et organisations de tailles et de secteurs variés. Ses recherches actuelles portent sur l’analyse des comportements des acteurs dans les processus de changement, le management des systèmes collaboratifs et le développement des performances dans des organisations ou des process peu structurés. Anna Linda Musacchio Adorisio is a post-doctoral research fellow of the Swiss National Science Foundation, currently visiting New Mexico State University. She holds a PhD in Communication Studies from the University of Lugano, Switzerland with a thesis on storytelling in organizations. She has conducted research in Switzerland, United States, and Italy where she collaborate with the Sociology Department of the University of Trento. Rodolphe Ocler est enseignant-chercheur au groupe ESC Chambéry Savoie. Ses recherches portent sur l’analyse de discours et ses applications et implications managériales ainsi que sur les approches postmodernes en management. Rodolphe Ocler est éditeur invité (avec Cathy Bréda) d’une édition spéciale du Journal of Organizational Change Management ainsi que d’un ensemble de livres portant sur le ré-enchantement des organisations. Laure Pairet est Maître de Conférences à l’Institut d’Administration des Entreprises de Picardie. Enseignant en systèmes d’information et fouille de données, elle étudie différents types de corpus depuis plusieurs années (entretiens semi-directifs dans les enquêtes de terrain, discours issus de sites institutionnels ...). Ses travaux portent sur la méthodologie d’extraction, la contingence du discours dans la dynamique organisationnelle. Isabelle Piette est doctorante au service de l’enseignement du management à HEC Montréal. Elle détient une maîtrise en science de gestion de HEC Montréal ainsi qu’une maîtrise en études littéraires réalisée à l’Université du Québec à Montréal. Ses travaux de thèse portent sur la concertation interorganisationnelle dans le contexte de la restructuration du secteur brassicole et utilisent une approche narrative. Elle est membre-étudiante du GéPS (Groupe d’étude sur la pratique de la stratégie) et boursière du FQRSC (Fonds de recherche sur la

société et la culture) et du CRIMT (Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail). Sébastien Point est Professeur des Universités à l’EM Strasbourg, où il enseigne la gestion des ressources humaines et le management international. Depuis une dizaine d’années, il s’intéresse au discours des entreprises publiés sous la forme des rapports annuels d’activité, des rapports de développement durable ou encore des sites internet. Il s’est plus particulièrement spécialisé dans la manière de promouvoir les ressources humaines. Ses deux derniers ouvrages sur le sujet sont Enjeux et outils du marketing RH (chez Eyrolles) et Vers une gouvernance des parties prenantes (chez Dunod). Linda Rouleau est professeure titulaire au service de l’enseignement du management à HEC Montréal. Elle y enseigne le management stratégique et les théories des organisations. Elle a obtenu son doctorat à HEC Montréal. Ses travaux de recherche portent sur la fabrique de la stratégie et la transformation du contrôle et de l’identité des gestionnaires intermédiaires en contexte de restructuration. Elle est co-responsable du GéPS (Groupe d’étude sur la pratique de la stratégie) et chercheure au CRIMT (Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail). Elle a récemment publié des articles dans diverses revues académiques telles Journal of Management Studies, Human Relations, Journal of Management Inquiry, Strategic Organizatio, etc. En 2007, elle a publié un ouvrage sur les Théories des organisations aux Presses de l’Université du Québec. Florian Sala est une personne éclectique : d’une part Professeur de Management des Ressources Humaines au CERAM à Sophia Antipolis et d’autre part Psychanalyste. Ce chercheur se passionne pour les relations qui existent entre le sujet humain, ses rêves et ses passions. Co-fondateur de l’Institut Psychanalyse et Management, dont il a été le président national de 1996 à 2000, il est aussi membre de nombreuses associations professionnelles préoccupées par les questions de société qui bouleversent notre monde globalisé en grande crise. Passionné par les histoires professionnelles, les récits de vie (monographies), la méthode des incidents critiques dans les milieux de travail et le management des risques psychosociaux, il propose dans cet ouvrage une observation et une réflexion très actuelles sur une PME performante et multiconfessionnelle. Henri Savall : Titulaire d’une thèse de doctorat d’Etat en sciences économiques et d’une thèse complémentaire en sciences de gestion soutenues à Paris, Henri Savall est professeur à l’Institut d’Administration des Entreprises, Université Jean Moulin Lyon 3 et Directeur de l’Iseor. Il dirige le centre Euginov (Ecole Universitaire de Gestion Innovante) et le Master Management socio-

économique. Auteur de nombreux articles et ouvrages, ses travaux de recherche sont centrés sur la théorie socio-économique des organisations, le management stratégique, les méthodologies de recherche qualimétriques et le nouveau programme sur la tétranormalisation . Il a reçu, conjointement avec Véronique Zardet, la célèbre Médaille du Prix Rossi de l’Académie des Sciences Morales et Politiques (Institut de France) pour l’ensemble de leur œuvre sur « l’intégration des variables sociales dans les stratégies d’entreprises ». Véronique Zardet : Titulaire d’une thèse de doctorat d’Etat en sciences de gestion soutenue à Lyon en 1986, Véronique Zardet est professeur à l’Institut d’Administration des Entreprises, Université Jean Moulin Lyon 3 et Codirectrice de l’Iseor. Elle dirige le programme de Master recherche en Gestion socio-économique. Auteur de multiples articles et ouvrages, ses travaux de recherche sont centrés sur la conduite du changement stratégique et l’amélioration des performances socio-économiques dans les entreprises et les organisations publiques. Elle a reçu, conjointement avec Henri Savall, la célèbre Médaille du Prix Rossi de l’Académie des Sciences Morales et Politiques (Institut de France) pour l’ensemble de leur œuvre sur « l’intégration des variables sociales dans les stratégies d’entreprises ».

SOMMAIRE
Préface Yvon Pesqueux .................................................................................. Introduction Rodolphe Ocler .................................................................................. I. METHODOLOGIES ET THEORIE DU DISCOURS APPLIQUEES A L’ORGANISATION

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L’analyse de textes stratégiques à partir de l’herméneutique critique et de la narratologie littéraire Isabelle Piette et Linda Rouleau ........................................................ Comparaisons corpus RFG MEDEF 2002-2007, variabilité lexicale vs polysémie Laure Pairet........................................................................................ Analyse d’une conversation : ouverture du stock de connaissances de la compétence collective Nicolas Arnaud .................................................................................. II. MYTHES ET FANTASMES DANS LES ORGANISATIONS Cowboy and Wild West Myths in Community and Franchise Banking of the Southwestern United States David Boje et Anna Linda Musacchio Adorisio ............................... Sens et essence du fantasme dans une PME performante et multiconfessionnelle Florian Sala ........................................................................................ Les lettres des présidents aux actionnaires ou l’art subtil de la séduction Sébastien Point...................................................................................

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III. NON-DITS ET QUIPROQUO ORGANISATIONNELS Le réseau : concept ou métaphore ? Christophe Assens.............................................................................. Topographie spectrale de l’organisation : ambiguïté de sens ou quiproquo instrumentalisé ? Miguel Delattre .................................................................................. Le non-dit dans la théorie socio-économique des organisations : situations de management et pièces de théatre Henri Savall et Véronique Zardet ...................................................... Chronotopes et quiproquo : impacts du sens de l’expérience sur l’individu Cathy Bréda et Rodolphe Ocler ......................................................... 175

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PREFACE

Professeur titulaire de la Chaire « Développement des Systèmes d’Organisation », CNAM

Yvon PESQUEUX pesqueux@cnam.fr

Je remercie les coordinateurs de cet ouvrage de m’avoir donné la possibilité de rédiger cette préface qui, comme tout exercice de ce genre, n’est pas une introduction. Ceci me touche d’autant plus que la teneur de l’ouvrage s’inscrit dans des interrogations qui sont les miennes, interrogations qui touchent à l’épistémologie des sciences des organisations. Les lignes d’une épistémologie sont toujours multiples et celle qui concerne cet ouvrage interroge la manière dont on parle et dont on fait parler cet « animal » qu’est l’organisation. Cet ouvrage pose donc la question de la représentation et de ses conséquences en sciences des organisations. C’est en effet d’abord le discours qui fait « exister » l’organisation. Comme le souligne d’ailleurs J.-M. Besnier1, la question de la représentation est une des plus vieilles questions de la philosophie. Elle recoupe le thème de la vérité, c’est-à-dire la question de la conformité des idées avec les choses. La question de la représentation de l’organisation est donc aussi celle de la vérité. Et la stratégie recherchée par le recours à ces représentations n’est-elle pas la recherche de la production d’effets ? Ne s’agit-il pas d’induire des actions ? Focaliser l’attention sur la question de la représentation en organisation, c’est reconnaître la part accordée à l’interprétation. C’est aussi la question des limites des théories scientifiques et de leur fondation en vérité dont il est aussi question. L’intrusion de la question de la représentation en « sciences des organisations » est bien le signe d’un projet, celui de faire de ce domaine une science sociale. La notion de représentation comporte des constantes : il s’agit de
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J.-M. Besnier, « Les paradoxes de la représentation », in La stratégie et son double – Autonomie du sujet et emprise idéologique dans l’entreprise, E. Mounoud (Ed.), L’Harmattan, collection « Questions contemporaines », Paris, 2004, pp.255-266

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YVON PESQUEUX

reproduction du réel par rapport à un certain point de vue comme on le voit dans l’utilisation du terme pour le théâtre et la peinture, par exemple. La notion se situe alors dans le même champ lexical que la figuration. L’art de la représentation marque bien la prétention à la vérité par la « bonne » imitation. La question qui se pose est donc bien celle d’une vérité (ou non) au-delà de la représentation, cette vérité étant dans la chose elle-même et non dans la duplication. Selon les termes de J.-M. Besnier, la représentation n’est alors qu’un « idéal asymptotique », d’où tout le champ ouvert à l’interprétation. La représentation est faite alors pour être dépassée dans la mesure où elle n’offre qu’une présentation limite du réel. La représentation « fait écran » en quelque sorte en n’offrant qu’une vision superficielle à dépasser. Et c’est bien le projet des textes de cet ouvrage. Comprendre revient alors à dépasser les représentations. Mais celle-ci pose également le problème de la vérification dans la mesure où la représentation est extériorité, finitude, limitation. La posture qui vient fonder le bien fondé de la représentation dans les sciences des organisations est la posture empiriste, d’où la nécessité d’interpréter et d’associer une méthodologie. C’est à ce titre que l’on est amené à considérer que la représentation donne accès à l’objet. Mais cette posture se heurte à l’épaisseur de la représentation comme intermédiaire entre le sujet et l’objet de la représentation. Autrement, il s’agit bien de penser l’idée par élément de l’idée. La représentation suppose un tiers, forcément extérieur et ne peut conduire qu’à une construction abstraite et biaisée. Pour être « scientifique », il s’agit donc de tenter de supprimer la représentation par la mise en avant d’un processus d’évaluation. La représentation est aussi occultation du fondement, démarche de valorisation d’un préférable par la médiation du langage donc héritant des attributs formels de la Raison. La représentation est donc plus projet de cohérence que fait d’adéquation. La représentation conduit alors à la question de la justification passive et active. Ne s’agit-il pas de « vendre » son modèle avec la convocation d’arguments de cohérence et de pertinence tant internes que par rapport à l’objet représenté ? La représentation est alors aussi « projet de connaissance ». C. Enaudeau2 pose ainsi la représentation par rapport au thème de la conviction dont on souligne ici la racine « vaincre », de la recherche d’un pouvoir efficace dans une volonté de comprendre la conduite quand on l’exprime au regard de l’organisation. La représentation tient alors du pouvoir de faire-faire dans un projet « d’entraînement » des autres pour qu’ils mobilisent leur pouvoir de faire au regard de l’inépuisable « ressource humaine ». La
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C. Enaudeau, « Le point de vue de la philosophie : l’entreprise de la conviction », in La stratégie et son double – Autonomie du sujet et emprise idéologique dans l’entreprise, E. Mounoud (Ed.), L’Harmattan, collection « Questions contemporaines », Paris, 2004, pp.35-48

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PREFACE

représentation de l’organisation n’a-t-elle pas alors pour projet de « gouverner l’indétermination des hommes pour en faire la détermination de la richesse ? »3 Il s’agit alors de faire émerger du stable dans le paradoxe d’un homme aux prises avec l’absence de la chose (l’organisation « objet » de la représentation). C. Enaudeau met donc l’accent sur le « re » de représentation. Et s’il y a répétition, réplique, d’où vient l’original ? Est-il antérieur ou extérieur ? La représentation institue le représenté, elle le fait « exister » au point de pouvoir le remplacer. « C’est une valeur, non de duplication, mais de synthèse »4 car elle « pose » l’objet en le projetant. « Se représenter » les choses est bien une expression pronominale qui consiste à adresser les objets à sa « scène mentale ». L’esprit fait de lui-même une scène (c’est-à-dire construit un dispositif théâtral, spatial) conformément à l’acception courante du terme. Cette auto-représentation, visualisation des « objets », revient à se les figurer dans un processus où l’on se représente les autres et soi-même dans un projet d’articulation « pensée – action ». C’est une activité subjective d’accès au monde, mais d’un monde hors de soi et en soi à la fois. La critique de la représentation vise donc la toute puissance ainsi conférée à la subjectivité. La représentation pose aussi la question de la conviction, c’est-à-dire celle du rapport du sujet avec ses pensées. Un jugement n’est connu comme vrai que dans une expérience, un vécu et sa représentation se tissent en même temps. Elle n’est donc pas, à ce titre, un phénomène second. La représentation joue avec la conviction comme mode d’anéantissement du doute et de l’incertitude. La conviction qui accompagne la représentation n’est pas une représentation. C’est un acte à la fois passif (on se soumet car on est « vaincu ») et actif (on va alors vaincre) et soumettre par la mobilisation d’un objet de pensée considéré comme totalement adéquat. C’est donc bien une forme de paradoxe de vouloir à la fois se convaincre d’une représentation et de sa relativité. Les acteurs sociaux se mobilisent donc autour de projets « fugaces » car le temps en induit l’usure ou l’achèvement et la représentation en indique la stabilité et le modèle en même temps. Il s’agit d’engager et valider une représentation par rapport à une situation d’incertitude, question qui se situe au cœur de la théorie des organisations. Il serait alors possible de conclure, de façon tout de même quelque peu générique que là où il y a de la représentation, il y a de l’interprétation. Souhaitons un grand succès à cet ouvrage, qui est aussi un signe de la grande vitalité de la réflexion en sciences des organisations.

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C. Enaudeau, op.cit. C. Enaudeau, op.cit.,

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INTRODUCTION

Rodolphe OCLER rocler@free.fr
« Et si nous n’avions pas côtoyé les inquiétantes contrées de l’indicible, aurions nous le sens du secret, de l’intraduisible secret ? Et nos meilleurs échanges, dans l’amour et l’amitié, garderaient-ils cette qualité de discrétion/secret/discrétion qui préserve la distance dans la proximité ? » Paul Ricœur

ESC Chambéry

L’objectif de cet ouvrage est de montrer toute la richesse du courant discursif, en citant les méthodologies diverses et variées qui s’en inspirent, mais aussi d’attirer l’attention sur les impératifs méthodologiques qui sanctionnent la validité de toute recherche en gestion. Si en première lecture, les approches et les positionnements épistémologiques des chapitres composant ce livre semblent très éloignés les uns des autres, le socle commun de la rigueur méthodologique sur lequel ils ont été construits éclaire le champ de l’analyse de discours sous un jour nouveau. Bien qu’il n’ait pas la prétention d’être exhaustif, cet ouvrage a pour fil conducteur de regrouper autour d’un axe fédérateur : langage, vie organisationnelle et recherche de sens, des études originales dévoilant toute la richesse du thème. Le sous-titre que nous avons choisi « Fantasmes, Mythes, Non-dits et Quiproquo » dénote notre volonté de plonger au cœur du paradoxe que propose le langage, entre ombre et lumière, entre ce qui est révélé et ce qui doit être compris, à la recherche du sens, souvent masqué derrière les signes. Après avoir brièvement retracé l’origine de l’utilisation de l’analyse de discours dans les sciences de gestion, nous nous interrogerons sur quelques éléments clés de ce type de méthodologie puis présenterons les contributions qui composent cet ouvrage.

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RODOLPHE OCLER

Le courant discursif dans les sciences d’organisation fait son apparition lors des années 1970 (Grant et Iedema 2005). L’accent est alors principalement mis sur l’organisation en tant que « lieu de production de discours » avec pour corollaire l’impact que ce discours renvoie sur l’organisation, se démarquant ainsi du courant normatif en vogue à cette époque. Nous assistons dès lors à l’avènement de méthodes d’analyses qui, puisant leur source aux racines grecques, remettent au goût du jour les tropes et autres « outils rhétoriques ». Les années 1990 verront se développer de nouveaux courants initiant ce qu’il conviendra dès lors de nommer « les analyses discursives ». Ces courants : constructionniste, critique et postmoderne, illustreront notamment les interactions entre langage et organisation, en focalisant la démarche scientifique sur des thèmes tels que les interactions sociales, la répartition du pouvoir, les rapports dialogiques et la fragmentation des discours. L’institutionnalisation des méthodes discursives, quant à elle, se mettra véritablement en place au cours des années 2000 (Piette et Rouleau 2008). Mais au-delà de la reconnaissance de méthodologies de recherche spécifiques, nous voyons aussi poindre le recours à des méthodes pragmatiques visant, à travers l’analyse de discours, à proposer une finalité transformative des organisations. A cet égard, le dernier ouvrage de David Boje (2008) propose, par exemple, une méthodologie d’intervention en entreprise construite sur le « storytelling ». Cependant, la prolifération des méthodes et l’absence de définitions claires et communes de différents termes (discours, histoire, narrative…) tendent à poser problème. En effet quel lien peut-on faire entre une approche lexicométrique et une méthodologie basée sur des approches postmodernes ? Appliquées à un même discours, ces méthodes aboutiraient-elles à des résultats identiques ? Cette dernière question nous renvoie à ce que nous pourrions nommer le mythe de Babel mis en abyme. En effet, au sein d’un même langage, comme le rappelle Ricoeur (2004) « … ce n’est pas cette figure (la figure du sophiste) qui peut le plus déranger l’ordre de notre propos : c’est la propension du langage à l’énigme, à l’artifice, à l’hermétisme, pour tout dire à la non-communication ». Dans ce cadre, c’est l’outil même servant à construire l’échange qui génère des zones de flou, d’incompréhensions qui, à terme, laissent toute la place aux jeux d’acteurs. Ces zones de flou sont alors à la base du jeu organisationnel et des interactions qui s’y produisent. Cependant ces non-dits, révélateurs d’un sens caché, ne sont pas pour autant indécelables ni indescellables lorsqu’on procède à l’analyse du discours. Comme le note Jullien (1985) « on pourrait se demander aussi légitimement, dans la perspective de l’interprétation littéraire, comment se manifeste la présence implicite de « sens caché » … S’il est possible de dériver ainsi d’un sens premier vers d’autres sens, c’est qu’à la surface du sens littéral – comme au ras de l’onde – se manifeste le chatoiement des sens enfouis (selon la tradition ancienne quand une rivière contient dans son lit des

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INTRODUCTION

perles ou du jade, se perçoivent à sa surface des rides aux configurations rondes ou carrées) : comme une légère irisation de la textualité qui est un appel à plonger dans ses profondeurs. » Cependant Ricœur (2004) identifie un autre problème lié au langage. « Ce n’est pas tout : les langues ne sont pas seulement différentes par leur manière de découper le réel mais aussi de le recomposer au niveau du discours ; à cet égard Benveniste, répliquant Saussure, observe que la première unité signifiante est la phrase et non le mot dont on a rappelé le caractère oppositif. Or la phrase organise de manière synthétique un locuteur, un interlocuteur, un message qui veut signifier quelque chose et un référent, à savoir ce sur quoi on parle, ce dont on parle (quelqu’un dit quelque chose à quelqu’un sur quelque chose selon des règles de signifiance). C’est à ce niveau que l’intraduisible se révèle une deuxième fois inquiétant : non seulement le découpage du réel, mais le rapport du sens au référent : ce qu’on dit dans son rapport à ce sur quoi on le dit ; les phrases du monde entier flottent entre les hommes comme des papillons insaisissables. Ce n’est pas tout, ni même le plus redoutable : les phrases sont de petits discours prélevés sur de plus longs discours qui sont les textes… Et les textes, à leur tour, font partie d’ensembles culturels à travers lesquels s’expriment des visions du monde différentes, qui d’ailleurs peuvent s’affronter à l’intérieur même du système élémentaire de découpage phonologique, lexical, syntaxique, au point de faire ce qu’on appelle la culture nationale ou communautaire : un réseau de visions du monde en compétition occulte ou ouvert. …. ». Si Ricœur traite ici principalement du problème de traduction, il met aussi le doigt sur les tensions intrinsèques, inhérentes à tout langage. Cette opposition, qui se manifeste dans la zone mouvante engendrée par le langage, impulse une dynamique d’évolution. Cette idée se retrouve sous la plume de Foucault (1986) lorsqu’il décrit le langage : « en sa racine première, le langage est fait, comme dit Hobbes, d’un système de notes que les individus ont choisies d’abord pour eux-mêmes : par ces marques, ils peuvent rappeler les représentations, les lier, les dissocier et opérer sur elles. Ce sont ces notes qu’une convention ou une violence ont imposées à la collectivité ; mais de toute façon le sens des mots n’appartient qu’à la représentation de chacun, et il a beau être accepté par tous, il n’a d’autre existence que dans la pensée des individus pris un à un. » Appliqué au management, le courant discursif ne peut donc plus être séparé d’une analyse de type binaire positif-négatif (ce qui est dit/ce qui n’est pas dit, ce qui est compris/ce qui n’est pas compris) ; Saussure, lui même (1913) ne rappelait-il pas que l’unité de la langue est négative (le signe est ce que les autres signes ne sont pas) et relationnelle, déterminée par sa place dans le réseau de relations que forme toute langue, mais aussi du « sensemaking », cher à Weick (2007, 1995) dans le sens où le contexte joue un rôle primordial. Comme le rappellent Autissier et Bensabaa (2006), pour Weick, « comprendre c’est donner du sens : comment les praticiens et les chercheurs

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RODOLPHE OCLER

octroient du sens aux situations, plus ou moins collectivement, avec plus ou moins de coordination, et comment ils octroient du sens à la construction de sens. Dès lors, les explications duales des phénomènes organisationnels, consistant à les considérer comme désordonnés, indéterminés, chaotiques et donc essentiellement incompréhensibles, ou comme totalement ordonnés et déterminés, attendant simplement la sagacité des chercheurs pour être mis à jour, sont rejetés par Weick. Il préconise plutôt une science organisationnelle, riche de la multiplicité des sens qui peuvent être imposés sur des situations phénoménologiques complexes. » Or si l’on en croit Foucault (1986) « le langage a repris la densité énigmatique qui était la sienne à la Renaissance. Mais il ne s’agira pas maintenant de retrouver une parole première qu’on y aurait enfouie, mais d’inquiéter les mots que nous parlons, de dénoncer le pli grammatical de nos idées, de dissiper les mythes qui animent nos mots, de rendre à nouveau bruyant et audible la part de silence que tout discours emporte avec soi lorsqu’il s’énonce ». A ce titre, la richesse des méthodologies et des approches présentes dans le courant discursif constitue à la fois une force et une faiblesse. Le courant discursif balaie un large spectre de positionnements ontologiques et épistémologiques. Le tableau 1 synthétise ces derniers :

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INTRODUCTION

Tableau 1 : Positionnement ontologique et épistémologique des analyses discursives5
Narratologie Réalisme Ontologie
Le réel ne se reflète que partiellement dans le discours. Le discours n’est qu’un artéfact culturel.

Epistémologie
Dualiste : le réel est réel (approche positiviste) le discours est sujet à interprétation, le discours n’est qu’un objet servant à connaître d’autres objets (culture, stratégie). Le discours est un système de signes indépendant de la connaissance du signifié, c’est un outil rhétorique qui permet une épistémologie contextualisée d’un événement historique ayant un impact dans le présent. Les idées ne sont pas de simples interprétations, elles sont les essences les choses sont ce qu’elles sont. Le langage montre la nature réelle des choses qu’il désigne.

Auteurs
Wilkens (1979) ; Lombardo (1986). McCall et al. (1989).

Formalisme

Le « réel » peut exister partiellement et certaines de ses formes sont fiables et représentatives (objectifs, scenarii, action).

Czarniawska (1997) Ford & Ford (1995).

Pragmatisme

Interprétation de la réalité en termes de lois génériques, le sens doit être interprété par rapport au contexte.

Emery (1993, 1994)

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Adapté de Boje, Alvarez and Schooling (2002) « reclaiming story in organization narratologies and action sciences, in « language and organization » by Westwood and Listead, Sage Publications Ltd

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RODOLPHE OCLER
Constructionnisme social
La réalité est construite de façon sociale et individuelle. Le discours est un outil subjectif de réification de la connaissance, le discours est un acte de recherche de sens. Boyce (1995 Czarniawska (1997 en relation avec Blumer & Weick). Cooperrider & Srivastva (1987).

Poststructuralisme

Il n’y a pas de solution à la dualité textuelle.

Le discours ne peut être compris que par une analyse intertextes, les discours sont des idéologies ayant un impact politique. Les mythes dominent les connaissances dites locales. Mais il peut exister des résistances face aux mythes.

Martin (1990) Kilduff (1993).

Approche critique

Le matérialisme historique (y compris la téléologie dialectique) est influencé par la classe sociale, l’ethnicité, le genre sexuel et la valeur économique. Hyper réalité culturelle et virtuelle, critique sceptique du capitalisme, affirmation d’un monde spirituel.

Alvesson & Willmott (1996); Mills & Simmons (1995); Fulop & Linstead (1999).

Postmodernisme

La connaissance et le pouvoir sont fragmentés dans les discours.

Burrell (1988); Clegg (1990); Hassard & Parker (1993).

La diversité de ces positionnements génère une myriade de méthodologies ou d’approches se basant sur l’analyse des textes organisationnels. Foucault (1966) peut être considéré comme un précurseur lorsqu’il énonce « les méthodes d’interprétation font donc face, dans la pensée moderne, aux techniques de formalisation : les premières avec la prétention de faire parler le langage au dessous de lui-même, et au plus près de ce qui se dit en lui, sans lui ; les secondes avec la prétention de contrôler tout langage éventuel, de le

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surplomber par la loi de ce qu’il est possible de dire. » Il convient de signaler que ces méthodes appliquées en sciences de gestion font souvent appel à des emprunts auprès d’auteurs situés, à la base, hors du champ du management (Ricoeur, Foucault, Derrida, Bakthine,…). Si au cours de ce processus, les sciences s’enrichissent, des éléments importants demeurent toutefois dans l’ombre. A ce titre, il est assez étrange, par exemple, que la notion de corpus ne soit abordée qu’avec timidité dans le courant discursif. Tout se passe comme si tout groupe de texte était susceptible de se prêter à l’analyse textuelle. Or en linguistique, il existe des règles très strictes de constitution des corpus, règles très rarement appliquées en gestion. Cet ouvrage rassemble des contributions qui souhaitent témoigner de la vitalité et de la richesse des recherches sur l’analyse de discours dans les organisations. Il est structuré en trois chapitres. Dans un premier temps nous avons souhaité apporter un éclairage, assurément non exhaustif, sur les méthodologies utilisées dans le champ de l’analyse de discours. Isabelle Piette et Linda Rouleau s’attachent à dresser l’historique du développement des méthodes discursives en sciences de gestion, à partir de l’étude des textes dits stratégiques. Elles posent ensuite un cadre d’herméneutique critique afin d’analyser ces textes en tant que pratiques sociales. Pour ce faire, elles prennent appui sur un texte stratégique de nature sectorielle produit dans le contexte de la réforme législative du secteur de la bière au Québec. Les apports théoriques (définition des textes selon leur parcours génératif, pris en considération comme des « effets du discours »), se mêlent à des contributions méthodologiques (notion de triangulation), mettant ainsi en lumière des précautions particulières visant les limites d’une telle approche, notamment sur la sélection du corpus qui permet l’analyse. Laure Pairet applique une approche lexico-métrique afin de mettre en évidence les concepts de synonymie et de polysémie à travers la comparaison d’un corpus constitué d’articles émanant de la Revue Française de Gestion (RFG) et des communiqués de presse issus du Mouvement des Entreprises Françaises (MEDEF). Tout d’abord, dans une vision d’ensemble constituée des deux discours, les concepts et les unités topiques apparaissent après l’extraction des mots et des segments. Puis, l’analyse des spécificités montre une variabilité lexicale impliquant une polysémie des usages poussant à croire que chercheurs et décideurs semblent ne pas partager leurs connaissances langagières. L’auteur s’interroge donc sur l’opportunité de constituer une lexicologie propre à chacun de ces deux médias. Nicolas Arnaud, quant à lui, introduit le concept d’analyse de conversation. Il se base principalement sur l’ouverture du stock de connaissances de la compétence collective. Dans un premier temps l’auteur va articuler les éléments propres à la tension macro/micro qui fondent une étude approfondie de la compétence collective. En cela, l’analyse proposée ne peut faire l’impasse sur

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les contextes de l’équipe, de l’organisation et du secteur auxquels la situation étudiée est empruntée. Enfin, l’analyse d’une conversation entre acteurs d’une équipe d’exploitants d’un important prestataire logistique du secteur de l’ameublement permettra d’ouvrir ce que nous nommons, en référence aux travaux de Berger et Luckman, le « stock de connaissances » de la compétence collective. Reprenant les idées développées par Boden et notamment celle relative au laminage, l’auteur souligne l’importance de l’activité communicationnelle dans la construction de sens et - ce faisant - attire l’attention sur les éléments contextuels entourant le développement de compétences collectives. Si la première partie de l’ouvrage passe en revue un certain nombre de méthodologies utilisées dans l’analyse discursive, la seconde se concentre plus particulièrement sur les notions de mythes et de fantasmes tels qu’ils sont véhiculés par le langage écrit ou parlé. David Boje et Anna Linda Musacchio Adorisio nous invitent à nous interroger sur les mythes fondateurs du système bancaire. Le seul chapitre en anglais de cet ouvrage nous réconcilie avec la philosophie de la recherche. Au delà de la haute qualité scientifique de ce chapitre, nous exprimons, en tant qu’éditeur, notre reconnaissance au fondateur du « storytelling ». Qu’il ait non seulement accepté d’écrire dans ce livre, mais aussi invité une « jeune chercheuse » talentueuse nous honore. L’éditeur ne s’autorise pas, sur ce chapitre à faire un résumé et en synthèse n’a qu’un seul mot, merci, qui en termes linguistiques se décline comme suit : thanks, Дзякую, დიდი მადლობა, danke, çox sag olun, a ni kié, hvala, gràcies, mèsi, tashakor, akpé, takk fyri, vinaka, tapadh leibh, ευχαριστώ… Florian Sala relate l’importance de la prise en compte des fantasmes et de leurs manifestations en entreprise. En partant de l’exemple d’une PME performante et multiconfessionnelle, l’auteur mobilise des mécanismes propres à la psychanalyse et donc à l’étude du et des langages. Il nous entraîne à la fois dans l’étude du positionnement des « cas » dans la psychanalyse mais également dans une histoire porteuse de sens et d’essence. L’objectif de ce chapitre est donc montrer que le langage (langage = pouvoir dire + dire) peut être utile pour décrypter certains comportements en entreprise. La contribution de Sébastien Point, en décortiquant les lettres des présidents directeurs généraux des firmes à leurs actionnaires, traite à la fois de mythes et de fantasmes en focalisant l’attention sur la notion de séduction. Au-delà du rituel de la lettre aux actionnaires, l’auteur met en lumière les différents niveaux de lecture qui peuvent émerger lors de l’analyse de ces documents, en insistant sur la frontière qui existe entre discours et manipulation. L’objectif de ce chapitre n’est donc pas de se focaliser sur une dimension « instrumentale » du discours (c’est-à-dire à l’essence du message) : il s’agit de s’attarder sur la dimension « normative » et symbolique de celui-ci.

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Dans la dernière partie ont été regroupés les chapitres traitant du quiproquo et des non-dits dans les organisations, en mesurant l’impact des zones de flous ainsi créées sur le fonctionnement des entreprises, sur les acteurs qui les animent mais aussi sur la compréhension de certains concepts propres aux sciences de gestion. Christophe Assens affirme le caractère polysémique du réseau. Il convient alors de s’interroger sur la portée scientifique de la notion de réseau, en cherchant à savoir si cette terminologie peut être employée comme un concept en dépit des obstacles théoriques, ou au contraire si elle doit être cantonnée au stade d’une métaphore visant à révéler notre ignorance sur des mécanismes de solidarité se déroulant en dehors des institutions officielles. L’auteur révèle ainsi deux acceptions du réseau : l’une basée sur une conception purement stratégique, axée sur la durabilité et les mécanismes d’autorégulation, la seconde fondée sur une approche linguistique utilisant les tropes et démontrant les paradoxes propres au réseau, en le définissant comme une organisation désorganisée capable de cohérence. Miguel Delattre fait appel à l’analyse spectrale afin de rendre compte des difficultés d’appréhension du mot « organisation » tel qu’il est perçu en sciences de gestion. La multitude de points de vue exprimés sur un objet aussi polysémique que le terme « organisation » génère une myriade d’interprétations différentielles, contradictoires voire antagonistes qui alimente en retour la sphère discursive de l’objet support de l’investigation. Ce chapitre se concentre principalement sur le quiproquo qui dérive d’un champ polysémique dense (celui de la gestion). L’auteur profite alors de ces différences d’interprétation afin de questionner le positionnement des sciences de gestion à l’intérieur des sciences sociales. Henri Savall et Véronique Zardet s’intéressent au statut du non-dit dans l’analyse socio-économique et plus spécifiquement à son impact sur la dynamique du changement. L’objet de ce chapitre est d’analyser plus précisément le rôle du non-dit et sa contribution à la dynamique de changement, en considérant l’entreprise comme un théâtre, où se jouent autant de pièces que de situations de management. Les jeux complexes et multiformes des acteurs individuels et collectifs sont au centre de cette analyse pour mieux comprendre comment atteindre et maintenir un certain niveau de performances sociales et économiques. Grâce à l’emploi des concepts de jeux, d’émotions, de théâtre du changement, les auteurs sont ainsi en mesure de proposer une méthodologie innovante de conduite du changement articulée autour du rôle du consultant, qui devient alors méthodologue-médiateur-thérapeute. Cathy Bréda et Rodolphe Ocler organisent leur démarche autour de la notion d’expérience en marketing. Après avoir répertorié différentes confusions inhérentes à cette dernière, ils construisent, à partir des chronotopes de Bathkin (relations espace/temps), une typologie des expériences en marketing et tracent différentes pistes pour faciliter la compréhension du sens réel de l’expérience.

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L’approche utilisée a consisté à déconstruire un ensemble d’articles séminaux sur la notion d’expérience afin de mettre en avant une classification possible. Pour ce faire une analyse basée sur la recherche de sens par fragmentation a été mobilisée.

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