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Gabriel Julien Ouvrard

De
230 pages
Gabriel Julien Ouvrard fut traité de vil spéculateur et poursuivi à de nombreuses reprises par le souverain. Toutefois les idées nouvelles qu'il défendait notamment en matière de gestion des finances publiques en ont fait un personnage en avance sur son temps. Il témoignait de la vision d'une politique économique moderne conçue par une vive intelligence et un savoir-faire hors du commun, en dépit de sa réputation sulfureuse et douteuse.
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JeanPierre Sarrazin
Gabriel Julien Ouvrard
Grandeur et misère d’un nancier de génie sous l’Empire
BIOGRAPHIES e SérieXIXsiècle
Gabriel Julien Ouvrard
e Biographies série XIXsiècle Dernières parutions Marquis (Yvon), ArthurVerdier, Une ambition africaine (1835 - 1898),2013. Leclerc (Christophe),Gustave Doré, le rêveur éveillé,2012.
Jean-Pierre Sarrazin
Gabriel Julien Ouvrard
Grandeur et misère d’un financier de génie sous l’Empire
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02355-7 EAN : 9782343023557
PROLOGUE
Chaque époque a connu des personnages hors du commun sortant de la routine et de l’ennui du quotidien. Souvent la guerre, les armes ont servi le destin de ces hommes exception-nels avec leurs qualités et leurs défauts. Dans une société figée par des structures sociales rigides ainsi en était-il de l’Ancien régime avant la période révolution-naire, les individus d’exception émergent difficilement dans leur environnement confiné; ils ont du mal à supporter le morne quotidien, à quelques exceptions près, lorsque des hommes d’État éminents ont pu rassembler les grands talents de l’époque. Les périodes de rupture et de bouleversement sont propices à l’épanouissement de tels personnages. La période révolution-naire s’est prolongée durant plus de vingt ans; Elle a favorisé l’émergence de personnalités remarquables dans de nombreux domaines, dont le plus illustre fut Napoléon, qui, qualifiait à Sainte-Hélène son destin, une histoire unique et exceptionnelle. Ces personnages célèbres ont d’abord été politiques (Mira-beau, Lafayette, Robespierre, Danton, Barras) et surtout mili-taires sous l’Empire; Murat, Bernadotte, Lannes, Masséna, Ney, Davout, ne seraient jamais devenus glorieux sans les guerres.
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Ce chemin est une tradition bien française. Les noms des rues de Paris en portent témoignage. Les autres voies de la célébrité sont plus difficiles, ce sont notamment les sciences les arts, la musique ou l’action politique. En France en revanche, la réussite par la voie des affaires, la banque ou la finance fait l’objet d’une réputation douteuse. Depuis des siècles, ce pays entretient des relations très ambi-guës avec ses financiers et ses banquiers. La religion catholique, après la condamnation du prêt à intérêt par le pape Innocent IV au Moyen âge, en fut une des causes ; mais, hors de l’hexagone, des pays voisins, tout en ayant adopté cette religion, n’ont pas connu autant de réserve ou de méfiance ; peut-être parce que la tradition de la société française monarchique organisée en classes hiérarchisées selon le modèle de Platon et décrite par George Dumézilavec au sommet, le clergé, puis les militaires, défenseurs de la cité, et en bas de l’échelle la classe inférieure assurant la production des richesses (agriculteurs, marchands, financiers) avait jeté le discrédit sur les métiers d’argent. La fonction de banquier et de financier, suspecte depuis des générations, l’est plus que jamais de nos jours. Elle a souvent été exercée par des minorités en marge de la société: Lom-bards, Juifs, protestants. L’histoire de France est remplie de violences et de persécutions organisées par le pouvoir royal contre des groupes ou personnes considérées comme les puis-sances d’argent «exploitant »les populations; rappelons briè-vement la persécution et la condamnation par le roi Philippe IV le Bel de l’ordre des Templiers devenus ses banquiers, les relations de Jacques Cœur avec Charles VII, de Nicolas Fou-quet, Samuel Bernard avec Louis XIV, de Law avec leRégent Philippe d’Orléans, de Gabriel Julien Ouvrard avec Napoléon. e Au XX siècle, ces relations difficiles ont perduré: citons pour mémoire les «deux centsfamilles »sous le Front popu-laire et la nationalisation des banques en 1945 et 1981. Le monde de la finance est ainsi toujours considéré comme une puissance occulte agissant dans le secret et s’enrichissant sur le «dos du peuple» ;la puissance des fermiers généraux, collecteurs d’impôts sous l’Ancien régime, fut sanctionnée par les révolutionnaires en les condamnant à la guillotine.
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De nos jours, les sondages effectués dans la population con-firment la mauvaise réputation du monde de la finance dans l’opinion publique: «tous des escrocs, tous des voleurs! »Le terme debanquiera toujours un sens péjoratif. Ce jugement est lié au rôle traditionnel du financier sous l’Ancien régime. Il participait régulièrement aux besoins du pouvoir royal et de l’État, impécunieux permanent, à la recherche de financements supplémentaires. Lorsque le poids de la dette publique devenait insupportable, le souverain cherchait querelle à son créancier, l’accusant de malversation et de prévarication, le condamnant à la confiscation de ses biens, pour effacer ainsi la dette contrac-tée auprès de lui. Ainsi furent condamnés des financiers cé-lèbres tels que Jacques Cœur, les Médicis, Nicolas Fouquet et Gabriel Julien Ouvrard. e Au XXsiècle, le mouvement de nationalisation des banques et des établissements financiers a été la traduction moderne de cette attitude hostile du pouvoir politique. Ainsi Gabriel Julien Ouvrard fut-il traité de «vil spéculateur» et poursuivi à de nombreuses reprises par le souverain. Toutefois les idées nou-velles qu’il défendait notamment en matière de gestion des finances publiques en ont fait un personnage en avance sur son temps. Il témoignait de la vision d’une politique économique moderne conçue par une vive intelligence et un savoir-faire hors du commun, en dépit de sa réputation sulfureuse et douteuse.
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