GÉO-ÉCONOMIE DE LINNOVATION

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La richesse des nations, des régions ou des entreprises dépend de leur capacité à générer, s’approprier et à innover. A un moment d’intense mobilité internationale du capital, la localisation est liée aux choix stratégiques d’investissement des entreprises et aux politiques économiques de croissance. Aussi, les auteurs montrent que quelle que soit l’industrie, la dynamique territoriale de l’innovation contribue fortement à la valorisation de la recherche scientifique, à l’émergence de l’entrepreunariat technologique, à l’amélioration de la compétitivité des entreprises et à la création de nouveaux besoins et de nouveaux marchés.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296288362
Nombre de pages : 276
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INNOVATIONS
Cahiers d'économie de l'innovation

N°16

GÉO-ÉCONOMIE DE L'INNOV ATION
Revue publiée avec le concours de l'Université du Littoral (Dunkerque) Ce numéro a bénéficié du soutien de l'incubateur NordlPas-de-Calais - MIT! et de la Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale Revuefondée en 1995

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Comité Scientifique et Éditorial D. AKAGÜL J.L. GAFFARD
Université de Lille I Université de Nice

J. PETRAS
lJ,niversité de Binghamton (Etats-Unis)

R. BORRELL Y
Université de Grenoble II

A. GUICHAOUA
Université de Lille I

Y. RIZOPOULOS
Université Université de Picardie de Lille I

Universitéde ParisXIII A.L. COT Universitéde LilleI G. DE BERNIS Universitéde GrenobleII R.DIRUZZA Universitéde Provence A. DJEFLA T Universitéde LilleI G. DOKOU Universitédu Littoral J. FONTANEL Universitéde GrenobleII D. FORAY Universitéde ParisIX

F. CHESNAIS

Universitédu Littoral S. DE BRUNHOFF CNRS(PARIS) G. CAIRE Universitéde ParisX

S. BOUTlLLIER

Universitédu Littoral J.F. LEMETTRE Universitéde Versailles G. LIODAKIS UniversitéTechnologique de Crète(Grèce) J. LOJKINE EHESS-CNRS B.A. LUNDV ALL Universitéd'Aalborg (Danemark) B.MADEUF Universitéde ParisX F.R. MAHlEU Universitéde Versailles J. MOLAS GALLART Universitédu Sussex (Royaume-Uni) P.OUTTERYCK IRM,Lille
Université de Picardie

B. LAPERCHE

P.ROLLET J.J. SALOMON
CNAM (Paris)

D. SCHOR
Université Université Université de Lille II de Versailles du Littoral

C. SERFATI D. UZUNIDIS C. VAITSOS
Université d'Athènes (Grèce) P. VAN ACKER
Université Université

t

du Littoral de Nantes

M. VERRET P. VRAIN
Centre d'Études de l'Emploi (Paris)

P. Y ANA
Université du Littoral

J. GADREY
Université de Lille I

C. PALLOIX

Secrétariat
Sophie BOUTILLlER UZUNIDIS (rédaction), Anne-Marie (publication), Blandine LAPERCHE (relations), Dimitri GORISSE et Jean-Claude RAIBAUT (international)

Laboratoire Redéploiement Industriel et Innovation Université du Littoral-Côte d'Opale 21, quai de la Citadelle 59140 DUNKERQUE téléphone: 03.28.23.71.34/47 - email: labrii@univ-littora1.fr URL : <http://www.editions-harmattan.fr/lnnova.html>

Les manuscrits doivent être envoyés en trois exemplaires au responsable de la publication:
Sophie BOUTILLlER 17, rue Camille Dramart 93350 LE BOURGET Prochains numéros: n016, Science, innovation, accumulation n017, La destruction créatrice de l'environnement n° 18, Brevets et copyrights de la nouvelle économie

LABORA':t'OUŒ U"i,e..ilé d" Liu

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L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-2473-6

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SOMMAIRE

ÉDITORIAL B. MADEUF, G.LEFEBVRE: Innovation mondiale et recherche localisée, Stratégies "technoglobales" des groupes, le cas français O. COPPIN: Le milieu innovateur: une approche par le système P. BÉRAUD : L'innovation comme "concrétisation de l'objet technique" : Quelle est la fonction de l'entrepreneur technolague ?

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de production du Mercosur dans les années 1990 J. PETRAS: Le mythe de la troisième révolution scientifique et technologique, l'ère des empires néo-mercantiles

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207

9 29

HISTOIRE DE LA PENSEE S. LELOUP: L'utilité de l'innovation selon Jeremy Bentham

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51 D. HILLAIRET : Existet-il un milieu innovateur dans l'industrie du sport ? 71 F. MUNIER: Analyse empirique de la conjecture schumpéterienne : l'apport du concept de compétence pour innover 101 I. PEAUCELLE : Santé et éducation dans les systèmes d'innovation du continent européen 125 C. RUSSU : La politique industrielle de la Roumanie et les relations avec l'Union Européenne 145 T. GRAMMIG : Processus socio-culturels, coopération et localisation technologique 163 T. JACOPIN : Interactions entre acteurs publics et privés dans les systèmes d'innovation et

A PROPOS... 245 Norbert ALTER: L'innovation ordinaire Par S. Boutiflier Marnix DRESSEN: De l'amphi à l'établi. Les étudiants maoïstes à l'usine (1967-1989) et Les établis, la chaÎne et le syndicat, evolution des pratiques, mythes et croyances d'établis maoïstes. Monographie d'une usine lyonnaise Par M. Verret Courrier de la planète: Entreprises, quelle responsabilite sociale? Par B. Laperche L'entrepreneuriat, approche théorique Par S. Boutiflier
Alain GAUTHERON (dir.) : Emile-Michel HERNANDEZ:

Une autre idée des télécoms Par B. Laperche

A /ire auss;...

Collection "Economie et innovation"
Bruno GUIGUE : L'économie solidaire, alternative ou paffiatif ?

257

économiques dans la mondialisation

RÉSUMÉS/ABSTRACTS
LES AUTEURS BULLETIN D'ABONNEMENT RECOMMANSDATIONS AUX AUTEURS

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MarcRICHEVAUX, Mihail CALCIU, Eric VERNIER: L,e travail dans la Nouve((e Economie, aspects de Gestion et de Droit Smaïl AÏT-EL-HADJ : Systèmes technologiques et innovation, itinéraire théorique
Bruno GUIGUE : Les raisons de l'esclavage

269 273 274

Mohammed TAMIM

:

Le specte du tiers-monde, l'éducation pour le développement Yves GUIHENEUF : Economie et Utopies, du Marxisme à l'Ultralibéralisme en 31 pioints
Jean FAU : Acteurs et fonctions

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Editorial
La thèse selon laquelle la compétitivité d'une économie nationale dépend de la densité et de la perfonnance de son "système d'innovation" est largement admise par les économistes. En sens inverse, il n'est pas difficile de défendre l'idée d'une corrélation entre la puissance innovatrice et productive d'une entreprise et la richesse en ressources d'innovation dudit système (hautes compétences et qualifications de la main-d'œuvre, investissements abondants en recherche scientifique et en développement technologique, marchés d'acheteurs ayant une forte propension à se renouveler, encadrement institutionnel adéquat...). Depuis gue C. Freeman a élaboré le concept de "système national d'mnovation", en 19871,comme étant un réseau de R&D, d'institutions scientifiques et techniques, un système de production et d'apprentissage, plusieurs voies de recherche se sont ouvertes aux économistes, dont deux retiennent plus particulièrement l'attention des décideurs politiques: celle de la localisation des processus d'innovation et celle de l'émergence des réseaux d'innovation ayant pour agent central l'entrepreneur technologique. Ce créateur d'entreprise dont le capital connaissances est valorisé par le double processus d'investissement et de (re)appropriation. Aussi bien les aspects locaux qu'entrepreneuriaux de l'innovation révèlent de la mécanique de fonnation et d'appropriation de tous les ingrédients (capital) de l'activité productive. La question de l'appropriabilité est devenue cruciale pour le fonctionnement (la localisation ou la création) d'une entreprise. Considérer, par exemple, que les activités émettrices d'infonnations sCIentifiques et techniques ont un impact positif (en tennes de création des richesses appropriables et des profits) plus grand sur le plan collectif (un grand nombre d'entreprises) que sur une entreprise prise individuellement (ce qui est encore plus frustrant dans le cas où l'entreprise qui emet l'infonnation pour s'en servir dans ses activités innovantes en fait bénéficier d'autres), revient à défendre la thèse de la mutualisation des gains, des risques et des opportunités. Ce qui ne signifie pas que, dans une
1 A lire: D. Archibugi et J. Mitchie (éd.), Technology, Globa/isation and Economic Performance, Cambridge University Press, 1997.

économie marquée par l'asymétrie des firmes, les mécanismes de sélection des firmes ne peuvent pas opérer. Ceci signifie que les économies externes, auxquelles les firmes peuvent prétendre, guident leurs stratégies de localisation, de concurrence, d'essaimage, de coopération ou de compromISSIon. L'entreprise a tendance à se servir davantage de son environnement qu'à investir, par exemple, dans toutes les phases de création technologique; ce qUIpeut être expliqué par le fait que les investissements dans l'acquisition (appropriation) des ressources de production sont moins coûteux que ceux consacrés à la formation de ces ressources; ce qui explique aussi l'attractivité (en économie ouverte) d'une région disposant des ressources scientifiques et techniques abondantes. La rentabilité collective du capital peut s'avérer élevée, tandis que sa rentabilité privée peut devenir insuffisante. L'explication de la supériorité du rendement social des investissements en recherche et en innovation des entreprises par rapport au rendement du capital individuel se trouve dans l'augmentation du nombre des facteurs déterminant la possibilité de réalisation des profits par une entreprise donnée. Ces facteurs (éducation, environnement, santé, finance, liaisons interindustrielles, communication, besoins et aspirations,...) d'ordre global agissent sur la trajectoire du coût marginal d'une entreprise ou d'une activité et, toute chose égale par ailleurs, influent sur les rendements des capitaux investis. L'idée alors du "réseau" est apparue pour s'imposer dans l'observation et l'analyse économique. La réalisation des réseaux d'innovation qui est obtenue par la reconsidération des relations synergiques à l'intérieur du système scientifique et technologique d'un pays suit trois voies: la multiplication des échanges entre la recherche publique et les entreprises; la création d'institutions de valorisation de la recherche; l'aide à la création d'entreprises technologiques; l'aménagement du territoire à partir des "pôles d'excellence" scientifiques et technologiques. C'est l'environnement, le milieu, qui met en valeur une recherche, qui réalise des innovations, qui crée des entreprises; l'entrepreneur ou encore l'entreprise qui s'approprient (et mettent en valeur) toutes sortes de connaIssances scientifiques et techniques font office alors de fonction nodale, au milieu d'un ensemble d'interrelations et d'opportunités d'innovation et de profit.

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Innovations, 0°16,2002-2,

Cahiers d'économie pp.9-27.

de l'innovation

Innovation mondiale et recherche localisée, stratégies "technoglobales" des groupes, le cas français
Bernadette MADEUF Gilliane LEFEBVRE Fondements des Organisations et des Régulations de l'Univers Marchand (FORUM) Université de Paris-X Nanterre

La thèse centrale de cet article est que le déploiement d'une stratégie technologique globale par les groupes industriels s'accompagne à la fOIsd'une spécialisation régionale et d'une intégration locale aux systèmes scientifiques et techniques locaux. En d'autres termes, la globalisation de la recherche industrielle n'est pas une négation du (des) territoire(s), ni des facteurs de localisation. La globalisation de la recherche industrielle constitue une des formes de la globalisation de la technologie impliquée par les stratégies des entreprises multinationales. L'ensemble des relations entre systèmes scientifiques et techniques nationaux ou locaux et la recherche internationalisée des entreprises multinationales représente un enjeu important de la politique scientifique et technologique (Archibugi, Iammarino, 1999 ; Madeuf, Lefebvre, 1999 ; Meyer-Krahmer, Reger, 1999). En effet, la conduite de R&D à l'étranger implique des choix de localisation en fonction de spécialisations scientifiques et de compétences technologiques préexistantes, mais elle induit le renforcement de ces capacités locales (Cantwell, Janne, 1999), Par ailleurs, on peut craindre que l'entrée de laboratoires sous contrôle étranger provoque des effets d'éviction, ou de captation de ressources scientifiques et techniques nationales conduisant à des innovations renforçant la compétitivité des firmes multinationales, mais non celle des espaces économiques nationaux.

En sens contraire, l'existence de laboratoires décentralisés intégrés à un environnement technologiquement dynamique peut servir à compenser les points faibles de l'appareil de recherche national d'ori~ine. Cette question est liée à la stratégie dans laquelle l'mternationalisation de la recherche prend place: s'agit-il d'exploiter des compétences technologiques créées dans l'économie d'origine ou d'accroître cellesci par la recherche et la coopération scientifique à l'étranger (Kuemmerle, 1999). La tendance vers une stratégie technocentrée, observable davantage aux Etats-Unis et pour un certain type de centres (centres d'excellence) donne plus de poids au thème du "technology-sourcing" (Doz, Santos, Williamson,200l). La globalisation de la R&D ne peut plus désormais être considérée comme une caractéristique marginale, propre à quelques entreprises globales issues d'économies de petite taille, ou comme le simple prolongement de l'adaptation des produits aux conditions locales de la demande. Elle constitue depuis quelques temps un phénomène largement étudié (Research Policy, 1999). Néanmoins, comparé au cas des entreprises originaires des économies anglo-saxonnes ou scandinaves, le cas français est beaucoup moins documenté. Une enquête menée au cours du premier semestre 2000 pour le MERT a constitué une première approche directe du phénomène de l'internationalisation de la R&D au sein des entreprises multinationales françaises (Madeuf, Lefebvre, Chentouf, 2000). Ses objectifs étaient, d'une part, de mesurer l'ampleur des moyens consacrés à des activItés de R&D hors de France et, de l'autre, d'analyser les motifs, les fonctions et l'organisation de cette R&D. Cette étude devait également permettre d'apprécier le rôle joué par les systèmes nationaux ou locaux d'innovation dans les choix de localisation et de spécialisation des laboratoires décentralisés. La question particulière de la tension entre proximité géographique et proximité organisationnelle dans les décisions stratégiques des entre{'rises multinationales occupe ici une place centrale (Blanc, SIerra,1999 ; Lawson, 1999). Pour évaluer la globalisation de la recherche industrielle, deux types d'approches sont utilisées: celles qui se fondent sur les dépenses de recherche (input) et celles qui emploient les statistiques de dépôts de brevets américains ou européens (output). Dans le premier cas, les enquêtes portent sur des échantillons de quelques dizaines de firmes (Gassmann, von Zedwitz, 1999 ; Gerybadze, Reger, 1999, etc.) alors que dans

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le second, l'analyse concerne les dépôts réalisés par de larges échantillons de plusieurs centaines de grandes entreprises multinationales (Cantwell, Janne, 2000 et 1999 ; Patel, Vega, 1999). Notre étude relève de la première catégorie (voir la méthode en annexe). Dans la première partie deux modèles régionaux sont distingués: les centres établis aux Etats-Unis diffèrent des centres européens. La seconde partie s'attache à l'analyse des centres d'excellence qui constituent la pointe la plus avancée de la recherche industrielle à l'étranger. Elle permet de montrer que les centres qui occupent une position centrale dans la stratégie de leur groupe (en termes de marché ciblé et d'avancement des compétences technologiques) sont également les mieux intégrés dans des réseaux locaux de partenariat, ce qui peut paraître paradoxal.
LOCALISATION ET STRATÉGIE: MODÈLES RÉGIONAUX VERS DEUX

Facteurs de localisation: dynamisme des marchés et avantages scientifiques locaux

Le marché et la concurrence ont été systématiquement mis en avant par nos interlocuteurs lors des entretiens. Les entreprises possèdent des centres de R&D à l'étranger pour être présentes sur les marchés porteurs (Europe, Etats-Unis). Dans 75% des cas, la constItution des centres de R&D résulte d'opérations de rachat d'actifs productifs. La présence de concurrents est un motif décisif de l'implantation sur ces marchés: les secteurs de haute technologie concentrent, en effet, un petit nombre de concurrents, tous présents dans les mêmes pays industrialisés. Les centres à l'étranger déclarent s'implanter pour faire face à la présence de concurrents locaux (35,8%) ou à celle de concurrents internationaux (40,5%). Néanmoins, bien que les objectifs de la R&D menée hors de France visent en priorité le marché mondial (61,5% des centres) et beaucoup moins le marché local ou régional, les avantages scientifiques et techniques locaux (AST) occupent une place déterminante dans les motifs d'implantation des centres créés et de maintien des centres rachetés. Il s'agit en particulier, parmi ces avantages, de la présence de personnel scientifique et technique hautement qualifié ainsi que de la possibilité d'entrer en

II

coopération avec la recherche du secteur académique ou avec celle des firmes. Pour une proportion élevée de centres (43,9%) la présence d'avantages sCIentifiques et techniques, sous l'une ou l'autre de leurs formes, a constitué un motif d'implantation. Quant à la possibilité de coopérer avec le secteur académique ou avec le secteur des entreprises, elle intervient pour 32,4% des centres. La répartition géographique des centres indique que la recherche à l'étranger s'effectue principalement dans les pays industriels, avec une orientation d'abord vers la zone européenne puis vers la zone nord-américaine. Elle présente de grandes similitudes avec celle de groupes originaIres d'autres pays européens. Qu'il s'agisse de la répartition géographique du nombre de centres ou de celle des dépenses de R&D, l'Europe domine avec 101 des 214 centres et 64,8% du budget total de R&D à l'étranger. La seconde ré&ion est l'Amérique du Nord, en fait les Etats-Unis, qui totalIsent 52 centres et 29,5% de ce bud~et. La multiplication récente des implantations aux Etats-Ums, ainsi que les projets annoncés par les groupes pour le futur proche, correspondent aux tendances décelées par des études portant sur les dépôts de brevets (Cantwell et lanne, 2000). D'une certaine manière, jusqu'à ces dernières années, l'internationalisation de la recherche au sein des entreprises européennes (plus prononcée que celle des entreprises américaines ou japonaises) a pu être analysée à la fois comme la conséquence de l'étroitesse des espaces nationaux et comme le résultat de l'intégration économique européenne. Aujourd'hui on note non seulement une" régionalisation" de la recherche industrielle, mais une véritable globalisation correspondant à une diversification géographique des implantations; le cas des groupes français s'inscrit dans cette tendance. L'examen comparatif de la répartition par activités, des modalités de constitution des centres, de la nature et de l'or~anisation de la R&D dans les deux zones permet de distmguer deux modèles de globalisation de la recherche industrielle. Spécialisation sectorielle des centres En premier lieu, la répartition du nombre de centres dans chaque région (tableau 1) révèle la spécialisation très marquée de l'Europe en électronique-informatique-télécommumcations (avec 44 centres en Europe contre 22 en

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Amérique du Nord, sur un total de 71) et la spécialisation en chimie-pharmacie de l'Amérique du Nord (16 centres contre 19 en Europe, sur un total de 45). La répartition des budgets comparée à la moyenne générale, confirme ces spécialisations: en Europe l'ensemble électronique-informatiquetélécommunications représente 71,4% des budgets: En Amérique du Nord, le poids de la chimie-pharmacie est de 47,1%.
Taille des centres et historique des implantations

Répartition par taille et périodes d'implantation des centres de R&D différencient les deux régions. Alors que les centres européens sont d'implantation ancienne et relativement plus grands, les centres américains résultent d'implantations récentes et en nombre croissant, mais sont majo-' ritairement de petite taille. La répartitIOn des centres de recherche par taille tous secteurs confondus fait ressortir la prépondérance des centres de grande taille en Europe (46,9% des centres au budget supérieur à lOIMF). Ce constat correspond à la présence numérique importante des centres du secteur électronique-informatique-télécommunications qui sont en moyenne plus grands et d'emblée plus globalisée. A l'opposé, les centres de très petite taille représentent 60% du total en Amérique du Nord. Cette observation est à mettre en relation avec l'historique des implantations de centres dans les deux régions (tableau 2). Globalement, les centres européens sont plus anciens. En 1995, 43 centres y étaient implantés contre 18 en Amérique. La répartition géographique de l'internationalisation des groupes français a évolué au cours du temps. La progression constante des imr.lantations en Europe jusqu'en 1995 a été suivie d'une stabIlisation. Simultanément, les implantations aux Etats-Unis commencent à se multiplier à partIr de 1986. Les implantations de centres aux Etats-Unis ont été en majorité réalisées au cours des deux phases d'accélération de l'investissement direct à l'étranger (1986-90 et 1996-2000) et plus encore au cours de la seconde. Les Etats-Unis ont alors occupé le premier rang en tant que zone d'accueil des investissements directs.

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Origine des centres: créations versus rachats

Les centres européens sont issus de rachats dans une proportion supérieure à celle des centres américains (82,3% contre 73,9%). Inversement la part des centres créés est plus élevée aux Etats-Unis (23,9% contre Il,4%)'. L'internationalisation de la R&D en Europe a donc plus souvent correspondu à des opérations internationales de fusion-acquisition ; celles-ci traduisent la participation des woupes français à la constitution de l'espace industriel régIOnal par une stratégie classique d'acquisition de parts de marché et de recherche de taille optimale. En Amérique du Nord, l'internationalisation de la R&D associée à une fréquence plus élevée des créations de centres, renvoie plutôt à une stratégie techno-centrée. Les circonstances des seuls rachats confirment les différences de stratégie observées. Pour l'ensemble des centres rachetés, l'acquisition des actifs technologiques n'intervient comme motif central du rachat de firmes que dans un cas sur cinq. L'acquisition d'un centre de R&D est de ce fait plus souvent la conséquence que la cause du rachat de firmes, dans les deux régions. Néanmoins, l'acquisition d'actifs technologiques comme motif principal de l'acquisition de firmes apparaît de façon légèrement plus marquée aux Etats-Unis. Ceci peut être relié au caractère récent et croissant des implantations dans cette région, car l'acquisition d'actif technologique est plus souvent mentionnée pour les centres les plus récents. Motifs d'implantation, nature de la R&D et typologie des centres L'image qui ressort de l'analyse des motifs d'implantation présente deux profils régionaux différenciés: les centres américains semblent relever d'une stratégie où les éléments de caractère scientifique et technique jouent un rôle plus importants. La recherche d'avantages sCIentifiqueset techniques locaux, sous l'une de leurs formes, constitue un motif d'implantation pour 45,7% des centres (tableau 3). D'une manière un peu surprenante, le motif "accès à du personnel scientifique" joue un rôle sensiblement plus élevé en Europe qu'en Amérique du Nord (39,2% contre 30,4%). Par contre
1 Le reste correspond auxjoint ventures, peu significatives en nombre.

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dans cette dernière zone, la possibilité de participer à des accords de coopération avec le secteur académique, comme avec les entreprises, présente une fréquence supérieure, respectivement 34,8 et 28,3% contre 29, I et 17,7%, ce qui confirme l'aspect plus technologique des implantations dans cette région. Alors que les travaux des centres européens sont orientés vers le développement expérimental et les technologies de base, les centres américains sont caractérisés par l'importance relative de la recherche appliquée et la prédominance de la technologie de pointe. Amsi, la part du développement dans les activités de R&D est de 88,3% en Europe et de 77, I% en Amérique du Nord. A l'inverse, la suprématie technologique de l'Amérique du Nord explique l'importance de la recherche (appliquée et fondamentale) qui représente 22,9% du budget des centres, contre Il,7% en Europe. L'attractivité scientifique et technologique de l'économie américaine justifie la décision des groupes français d'y localiser une partie de leur recherche aux Etats-Unis. Cette différence relative à la nature des travaux de recherche est accentuée par le type de technologies auxquelles les centres sont dédiés. En Europe, les unités de recherche couvrent de façon sensiblement équivalente les trois champs technologiques. La technologie de base est la mieux représentée et la technologie de pointe la plus faiblement. En Amérique du Nord, les activités des centres se distinguent par la position prééminente de la technologie de pointe. Quelle que soit la technologie considérée, les centres sont généralement décrits comme leaders dans leur domaine de compétence, avec pour chaque zone une référence particulière aux champs technologiques prioritaires: les centres européens sont leaders le plus souvent pour les technologies de base et technologies clés, les centres américains pour les technologies de pointe. Le marché mondial est le premier marché visé par les travaux des centres dans les deux régions, tant pour l'innovation que pour l'adaptation de produit ou de procédé. La dimension mondiale est toutefois plus marquée en Europe où 67,1% et 53,2% des centres opèrent pour l'innovation et l'adaptation pour le marché mondial, contre 52,2% et 45,6% pour les centres américains. En Europe, le marché local est rarement évoqué alors qu'aux Etats-Unis, l'adaptation pour le marché local est la troisième cible des travaux; ceci traduit

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la volonté des groupes de capter une part croissante du marché américain. Le classement des centres par type permet la synthèse des éléments précédents; les centres de type "laboratoire global" occupent une place quasiment comparable en Europe et aux Etats-Unis (48,1% et 45,6% des centres). Par contre, la fréquence des "centres d'excellence" oppose les deux régions: les centres américains sont plus souvent classés comme centres d'excellence (43,5%) que les centres européens (35,4%). Les centres américains se trouvent également plus souvent en position de soutien local (30,4%, contre 22,8%). Ceci reflète la répartition sectorielle des activités: l'électronique-informatique, en effet, se distingue par la fréquence élevée de centres chargés de la fonction de "soutien local", associée le plus souvent avec celles de "laboratoire global" ou de "centre d'excellence". Il y a donc deux tendances simultanées: l'orientation de la recherche vers la satisfaction de normes locales spécifiques et la décentralisation de la recherche de pointe. De plus, on l'a vu, la décision d'établir des centres aux Etats-Unis est, par comparaison avec l'Europe, un peu plus motivée par la possibilité d'entrer en coopération avec des centres de recherche proches. En d'autres termes, la motivation scientifique de l'implantation y est plus prononcée, ce qui justifie la présence des centres d'excellence (Florida, 1997; Serapio, Dalton, 1999). La comparaison condUItà conclure que la R&D réalisée dans des centres américains se révèle différente de celle des centres européens. Les deux groupes de laboratoires diffèrent non seulement en termes de branches industrielles, de modalités de constitution, de périodes de création, de motifs d'implantation ou de maintien (pour les centres rachetés), mais aussi en termes de nature de la recherche et d'objectifs visés. Deux modèles d'internationalisation de la R&D ont donc été distingués. Le comportement des centres en matière de coopération locale, soit avec des entreprises, soit avec la recherche académique, est également différencié selon la région, comme on le verra par la suite.

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CENTRES D'EXCELLENCE: OBJECTIFS SCIENTIFIQUES GLOBAUX ET INTÉGRATION LOCALE Cette seconde partie est consacrée à l'examen des relations entre la globalisation de la R&D et l'intégration des centres de recherche à leur environnement scientifique et technologique local. Elle commencera par la présentation d'une catégorie de centres qui occupent une position stratégique dans l'appareil de recherche et d'innovation des groupes étudiés: les "centres d'excellence". Elle portera ensuite sur l'intégration locale des centres, envisagée sous l'angle des accords de coopération en R&D avec les universités et les entreprises.
Caractéristiques des centres d'excellence

Parmi les 148 centres de recherche de l'enquête, 74 ont été désignés comme "laboratoires globaux", 54 comme "centres d'excellence", et 29 comme centres destinés au "soutien local" ou à "l'innovation locale" (ces derniers sont les moins nombreux: 9, dont 7 combinent cette fonction à la fonction de soutien local). Dans les deux premières catégories, 9 centres ont été classés simultanément comme "laboratoire global" et "centre d'excellence". Nous allons considérer la totalité des centres d'excellence, y compris ceux qui ont une autre fonction. L'importance relative de ces centres peut être mesurée par leur budget de recherche: alors que par le nombre, les centres d'excellence ne représentent que 36,5% du total, ils pèsent 63,5% du budget total. Ils sont donc en général plus grands: leur taille moyenne, mesurée par les effectifs, est de 315 personnes, contre 189 pour l'ensemble des 148 centresl, Plus de la moitié des centres d'excellence (52%) disposent de budgets supérieurs à 100 millions de F, contre un peu plus du tiers (36%) dans la population totale. Enfin 9 des Il budgets les plus importants (supérieurs à 500 millions de F) correspondent à des centres d'excellence. La répartition géographique des centres d'excellence paraît différer assez peu de la moyenne d'ensemble: l'Europe accueille 52% d'entre eux et les Etats-Unis 37%. En revanche, la proportion des centres d'excellence parmi les centres
I

165 personnes pour les "laboratoires globaux" et 31 personnes pour les
locale" qui sont les plus petits.

centres de "soutien et/ou innovation

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implantés est plus élevée aux Etats-Unis qu'en Europe (43,5% contre 35,4%) ce qui conforte l'hypothèse d'une stratégie plus techno-centrée dans le cas des centres américains. Quant à la répartition sectorielle, elle ne révèle pas de variation importante entre activités, si ce n'est pour l'ensemble "autres" qui présente une proportion moindre de centres d'excellence. L'analyse des circonstances d'origine des centres d'excellence montre que leur implantation relève d'une décision délibérée (création) plus que de la conséquence d'une opération de fusion-acquisition décidée pour des motifs de taille ou de conquête de marché. En effet, comparée à l'ensemble des 148 centres, la J?artdes centres d'excellence issus d'une création atteint le tIers (contre 21% pour la moyenne). En termes d'âge, les centres d'excellence seraient, par comparaison avec la population totale et avec les laboratoires globaux, légèrement plus anciens. Leur origine sera mise en relation avec les motifs de localisation dans le paragraphe qui suit. Les vocations principales des centres d'excellence apparaissent dans la répartition de leur budget entre types de recherche et entre champs technologiques (Tableau 4). Si concernant le premier point, les différences ne paraissent pas très notables entre centres d'excellence et laboratoires globaux (le total des parts de recherche fondamentale et de recherche appliquée ne diffèrent guère), il faut rappeler qu'en raison de leur taille les centres d'excellence concentrent 87,6% de la recherche fondamentale et 46,7% de la recherche appliquée conduite à l'étranger. De plus, l'orientation de leurs travaux privilégie les technologies de pointe, à la différence des laboratoires globaux plus tournés vers les technologies de base. Facteurs de localisation des centres d'excellence L'analyse des motifs d'implantation des laboratoires classés selon les catégories de la typologie révèle des disparités marquées qui produisent des profils bien différenciés (tableau 5). D'une manière générale, l'analyse des facteurs d'implantation des centres d'excellence montre que le choix de leur localisation est plus fortement motivé qu'il ne l'est pour les autres catégories de centres. Les centres d'excellence se trouvent en général plus proches de la catégorie des laboratoires globaux, et donc oppo-

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sés aux centres de soutien et/ou d'innovation locale ainsi qu'à la moyenne. Néanmoins, on peut remarquer que, de tous les centres, ce sont les moins concernés par la réactivité face à la demande locale et, dans une moindre mesure, par l'adaptation du produit (à l'opposé des centres de soutien local). En revanche, leur implantation à l'étranger répond sensiblement plus à la présence de concurrents internationaux. C'est dans le domaine des avantages scientifiques et techniques locaux que la spécificité des centres d'excellence apparaît avec le plus de clarté. La possibilité de trouver du personnel qualifie, le niveau de salaire des chercheurs, la possibilité de conclure des accords de coopération avec le secteur académique ou avec les entreprises motivent la localisation des centres d'excellence. Le niveau de salaire et la coopération scientifique avec le secteur académique sont particulièrement pris en compte. Enfin, la localisation des centres d'excellence paraît sensible à des facteurs généralement peu significatifs pour la majeure partie des centres: il s'agit des mesures fiscales favorables à la recherche, ainsi que des mesures législatives et réglementaires qui peuvent avoir un effet dissuasif, ou au contraire stimulant, sur certaines activités de recherche (biotechnologies). Ce qui caractérise donc la localisation des centres d'excellence c'est la combinaison entre, d'une part, l'ex{Jloitationd'avantages scientifiques, en particulier la possibilIté d'entrer en coopération avec la recherche académique, et de l'autre, la volonté de répondre à la pression de concurrents internationaux. L'orientation mondiale des activités des centres d'excellence se manifeste à travers la nature des objectifs poursuivis (tableau 6) comme à travers l'origine des projets. Pour plus de 80% des centres d'excellence, l'innovation pour le marché mondial est prioritaire; à l'inverse, l'adaptation ou l'innovation pour le marché local ne les concerne que de façon très marginale. L'image est totalement inversée pour les centres de soutien ou d'innovation locale. Les laboratoires globaux partagent avec les centres d'excellence l'orientation vers le marché mondial, mais leurs activités de R&D sont moins tournées vers la pointe la plus avancée de la recherche technologique. Les centres d'excellence présentent donc la particularité d'occuper une position doublement stratégique dans le développement global des groupes: position stratégique pour l'accès à des ressources scientifiques et la production de

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nouveaux savoirs technologiques, mais position stratégique, également, dans la compétition par le lancement d'innovations globales. Intégration locale de la recherche: le paradoxe de la globalisation L'implantation de laboratoires à l'étranger et la signature d'accords de coopération internationale constituent deux modalités complémentaires de la globalisation de la technologie, utilisées conjointement par la majorité des groupes de taille mondiale. Ainsi, les groupes dont la R&D est internationalisée sont également ceux qui participent à un grand nombre d'alliances stratégiques (Narula, Hagedoorn, 1997). Néanmoins, les principaux objectifs poursuivis par ces deux modalités ne sont pas identiques. En effet, la coopération technologique est principalement motivée par la recherche d'actifs spécifiques complémentaires, par le partage des coûts et des risques (ce qui n'exclut pas les motifs d'accès aux marchés et de défimtion de normes technologiques). L'internationalisation de la R&D est encore largement le résultat indirect des stratégies de taille ou d'accès au marché par fusion-acquisition, sauf dans le cas des centres d'excellence et dans celui de la stratégie techno-centrée. La question qui se pose naturellement est celle des relations de complémentanté ou de substitution entre localisation de la recherche à l'étranger et accord international de coopération. Notre étude permet d'aborder cette questIOn, non pas au niveau global des groupes, mais au mveau des différents centres. Plus les centres sont portés par une stratégie technocentrée globale, plus leur intégration à des accords de coopération est prononcée. Tel est le constat principal. Ainsi l'orientation des activités des centres vers la recherche fondamentale ou appliquée et vers l'innovation pour le marché mondial s'accompagne de la multiplication des liens de coopération avec des entreprises et des laboratoires universitaires situés à proximité. En d'autres termes, la globalisation n'est pas une déterritorialisation, comme pourrait le donner à penser l'usage du terme anglo-saxon de "footloose" pour désigner les activités productives ou autres dont l'enracinement local est faible. Bien au contraire, la globalisation s'accompagne d'une multiplication des liens locaux. On l'a vu, la possibilité d'entrer en coopération, soit avec les acteurs de la recherche académique, soit avec les entre-

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prises, constitue un des motifs de la rubrique "recherche d'avantages scientifiques". Pour environ un tiers des centres, la possibilité d'une telle coopération a joué un rôle. Ce rôle est plus important aux Etats-Unis qu'en Europe. Il reste à voir si la réalité des accords de coopération dans lesquels les centres sont engagés confirme ou non cette tendance. L'analyse porte sur la fréquence de la coopération pour l'ensemble des centres et pour les différents types (tableau 7). L'importance de la coopération locale est confirmée: la proportion des centres signant des accords de coopération (80, soit 67,2% des centres ayant répondu) est nettement supérieure à celle des centres pour lesquels cette coopération constituait un motif d'implantation. Une seconde surprise concerne la ftéquence relative des deux types de coopération, avec le secteur académique ou avec les entreprises. La coopération avec les entreprises est plus ftéquente que la coopération avec le secteur académique pour les différentes catégories de centres. Enfin, on observe que les centres d'excellence sont engagés dans tous les types de coopération avec une fréquence sensiblement supérieure à la moyenne. Il existe aussi des variations entre régions et secteurs, ce qui permet d'illustrer les relations entre globalisation de la recherche et insertion locale (Madeuf, Lefebvre, 200 I). D'une manière générale, les centres localisés aux Etats-Unis tendent à entrer plus fréquemment dans des accords de coopération (près des trois quarts d'entre eux) ce qui renforce les informations tirées des motifs d'implantation. Si les centres ayant des accords uniquement avec la recherche universitaire sont moins nombreux qu'ailleurs, le plus remarquable est que près de 58% des centres coopérant collaborent à la fois avec des entreprises et avec des centres universitaires. II y a donc une complémentarité marquée entre les deux types de coopération. Sur le plan sectonel, la situation est très contrastée entre les deux familles d'activités les plus dynamiques sur le plan technologique. Dans la chimie-pharmacie, bien que les centres paraissent en moyenne moins tournés vers la coopération, ils signent plus souvent des accords avec le secteur académique. Dans le secteur de l'électronique-informatiquetélécommunications, à l'inverse, les centres sont plus fortement impliqués dans la coopération, en particulier avec les entreprises. La tendance qui se dégage est que la coopération est d'autant plus développée que les activités des groupes concernés

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se situent dans des domaines de changement technologique rapide et visent le marché mondial. L'orientation vers la coopération avec les entreprises correspond aux activités où la nécessité de faire face à la concurrence implique l'adaptation ou l'innovation pour les marchés locaux, ce qui n'exclut pas que le marché mondial soit également visé. La coopération avec la recherche académique quant à elle permet aux centres concernés de se situer à la frontière de l'évolution technologique et scientifique. Les centres qui coopèrent se caractérisent donc comme des centres visant l'avancement et l'enrichissement des compétences technologiques de leur groupe d'appartenance et non pas simplement comme exploitant des actifs technologiques déjà conçus par des unités centrales de recherche. Cette liaison entre coopération et développement des compétences scientifiques pour l'innovation destinée au marché mondial est au cœur de la démarche de quelques firmes leaders exemplaires pour leur stratégie de "technology sourcing" (Doz, Santos, Williamson 200 I). Le couplage entre l'accès aux avanta~es scientifiques et techniques locaux, central dans la localIsation des centres d'excellence, et l'engagement actif de ces centres dans des liens de coopération locale explique leur place clé dans la stratégie globale de gestion de la technologie des groupes et ~anifes!e le caractère paradoxal des ~tra~égiesde globalisabon qUi supposent un ancrage temtonal permettant une dynamique de coopération. La globalisation de la recherche et de la technologie constitue un processus qui n'est pas très ancien (surtout dans le cas français) et en pleine évolution. Plusieurs tendances récentes permettent de considérer que les groupes français présenteront une orientation plus marquée vers la stratégie techno-centrée. Il s'agit en premier lieu, de la progression des travaux de recherche (appliquée et fondamentale) dans la répartition des tâches des centres les plus récents, en second lieu du rôle accru des avantages scientifiques et techniques locaux parmi les motifs de localisation; il s'agit ensuite des perspectives annoncées par les groupes quant au développement futur de leur recherche à l'étranger qui devrait concerner surtout les Etats-Unis. Il s'agit, enfin, de la volonté de redéfinir les attributions des centres de R&D à l'étranger dans le sens d'une spécialisation et d'une coordination renforcées. L'importance du nombre de centres rachetés multiplie,

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en effet, les risques de duplication d'effort et impose la recherche d'économies d'échelle ainsi que la rationalisation dans l'allocation des ressources en fonction des potentiels locaux. Dans cette logique de spécialisation accrue, la coopération des centres de R&D à l'étranger avec les acteurs locaux de la recherche scientifique et technologique devrait être poursuivie ou même renforcée.
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- Results

from a Survey of

23

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ANNEXES
METHODE L'enquête a été conduite auprès des premiers groupes français en matière de R&D à la demande du Ministère de l'éducation nationale au cours de l'année 2000 (Madeuf, Lefebvre, Chentouf, 2000). Réalisée sur la base d'entretiens directs auprès de 27 groupes industriels appartenant à la population des entreprises ayant les budgets de R&D les plus élevés, elle porte sur l'évolution de la R&D à l'étranger de ces groupes sur la période 1985/1999. L'échantillon a été construit à partir de l'enquête annuelle sur les moyens consacrés à la recherche dans les entreprises du Ministère de l'éducation nationale de 1999, données 1997. Ces 27 groupes concentraient alors plus de la moitié (57,6 %) des dépenses de R&D de l'ensemble des entreprises françaises hors filiales de &roupesétrangers. Ils ont été classés en fonction de leurs actIvités industrielles et regroupés - pour raison de confidentialité - en quatre secteurs aux caractéristiques technologiques relativement homogènes: la chimie-pharmacie (10 groupes), la construction mécanique et électrique (6 groupes), l'électronique, l'informatique et les télécommunications (8 groupes) et les autres activités (3 groupes). Ces groupes sont nettement plus mondialisés que la moyenne et l'une des principales difficultés de cette recherche est due au grand nombre de fusion-acquisitions internationales, associées à des restructurations d'envergure, auxquelles ils ont participé. Ensemble, en 1999, ces 27 groupes contrôlent 214 centres à l'étranger (contre 138 en France) et dépensent hors de France 34,8 % de leur budget total de R&D. Des informations quantitatives et qualitatives détaillées ont été obtenues pour 148 de ces centres qui représentent 78% du budget total de R&D hors de France des groupes étudiés. 24

TABLEAUX
Tableau 1 Répartition " les deux zone (%) sectorielle des centres de R&D dans
AMÉRIQUE DU NORD

Chimie Pharmacie Construction mécanique et électrique Electronique Informatiq. Télécomm. Autres

EUROPE Nombre Budget 24,1 22,8 15,2 5,1 55,7 5,0 71,4 0,7

Nombre 34,8 15,2 47,8 2,2

Budget 47,1 10,1 42,2 0,6

Tableau 2 Périodes géographique"
Avant 1980 5 2

d'établissement
1986-90 15 10

des centres et zone
1991-95 19 3 1996-99 18 16 Total 61 34

1981-85 4 3

EUROPE ETATS-UNIS

Taux de réponse 79%, infonnation sur l'année de constitution des centres de recherche obtenue pour 117 des 148 centres à l'étranger

Tableau 3

"

Motifs d'implantation
EUROPE

Adaptation du produit Adaptation du procédé Locale Régionale

Support à la production Réactivité à la demande

ETATS-UNIS

44,3 32,9

52,2 26,1 32,6 32,6 50,0 45,6 30,4 8,9 34,8 28,3 15,2 8,7 10,8

13,9 11,3 Réponse à la présence de concurrents Locaux 27,8 Internationaux 39,2 Avantages scientifiques locaux Personnel scientifique 39,2 Niveau de salaire 5, l Coopération avec R&D académique 29,1 Coopération avec R&D entreprises 17,7 Avantages financiers et législatifs Fiscalité 6,3 Subventions 5,1 Aspects législatifs et réglementaires 3,8

25

Tableau 4: Nature des activités de R&D : Centres d'excellence, Laboratoires globaux et ensemble, en % des budgets
RÉPARTITION DE LA R&D SELON LA NATUREDES TRAVAUX Recherche Fondamentale Recherche Appliquée Développement expérimental
NATURE DE LA TECHNOLOGIE*

d'excellence 0,7 17,8 81,5

Centres

Laboratoires e:lobaux 0,4 17,8 81,8

Total (148) 0,6 15,4 84,1

Technologie de base 37,0 Technologie clé 38 ,9 Technoloe:ie de pointe 58,3 * Total en colonne supérieur à 100%, car les activités peuvent couvrir plus d'un champ technologique

54,0 41,2 43,2 33,8 35,1 35,1 de chaque centre

Tableau 5 : Motifs: type* (en %)
MOTIFS D'IMPLANTATION NOMBRE

comparaison
DES CENTRES

des centres selon leur

CX LG SL+IL TOTAL 54 74 29 148 Support à la production 43,9 72,4 35,2 37,8 Adaptation du produit 29,7 10,3 33,3 33,8 Adaptation du procédé Réactivité à la demande 21,6 65,5 7,4 14,9 Locale 20,3 10,3 22,2 25,7 Régionale Réponse à la présence de concurrents 35,8 62,1 27,8 27,0 Locaux 40,5 3,4 51,8 43,2 Internationaux Avantages scientifiques et techniques locaux 34,5 Personnel scientifique 48,2 43,2 3,4 8,8 Niveau de salaire 15,1 8,1 3,4 29,7 Coopération avec RD académique 42,6 28,4 10,3 22,3 Coopération avec R&D entreprises 27,8 24,3 10,3 Avantages financiers et législatifs 20,4 6,7 0 8,8 Fiscalité 7,4 6,7 3,4 6,1 Subventions Aspects législatifs et réglementaires 16,7 8,1 0 6,7 *CX : centres d'excellence, LG: laboratoire global, SL : soutien local, IL : innovation locale.

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Tableau 6: Objectifs
OBJECTIFS

de la R&D des centres par types (%)
(74) 18,9 4,1 17,6 8,1 52,7 73,0

(54) Marché local: Adaptation Innovation Marché régional: Adaptation Innovation Marché mondial: Adaptation Innovation 1,9 0 Il,1 13,0 64,8 81,5

ex

LG

SL+IL (29) 86,2 3,4 10,3 6,9 3,4 6,9

Total (148) 26,3 2,7 13,5 9,5 48,6 61,5

Labo avec accords (80) 10,5 2,5 17,5 15,0 65,0 85,0

Labo sans accords (68) 45,6 2,9 8,8 2,9 29,4 33,8

Tableau 7 : Centres avec accords types* (en %)

de coopération par ex LG Total

Part des centres ayant des accords: 77,8 62,3 67,2 -avec le secteur académique local 51,9 34,8 41,2 -avec le secteur académique étranger 37,0 15,9 24,4 -avec des entreprises locales 64,8 49,3 55,5 *pour la catégorie SL+IL, l'information n'est pas utilisable (taux de réponse trop faible)

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