L'essentiel de la gestion de projet 2014. 8e éd.

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Ce livre présente en 15 chapitres l’ensemble des connaissances nécessaires pour concevoir, développer, réaliser et assurer la vie opérationnelle d’un projet dans le respect des contraintes de budget, de délai et de qualité. La démarche de management de projet permet de répondre aux exigences de compétitivité des entreprises et de s’adapter aux évolutions du marché dans un environnement de plus en plus complexe et incertain. Au total, une présentation synthétique, rigoureuse et pratique pour faire découvrir, par une approche à la fois pragmatique et pédagogique, les « fondamentaux » de la conduite d’un projet industriel. Un index franco-anglais a été inséré en fin d’ouvrage.


- Étudiants des filières universitaires de gestion

- Étudiants des écoles de commerce et de gestion

- Étudiants des écoles d’ingénieur

- Responsables et chefs de projet


Roger Aïm, ingénieur diplômé de l’ESTACA et de l’ENSAE, est l’auteur de nombreux ouvrages universitaires. Il a effectué toute sa carrière dans l’industrie aéronautique et spatiale et a enseigné la gestion de projet à l’IUP de management des entreprises de l’université de Nice Sophia Antipolis. Il est conseiller de l’enseignement technologique de l’académie de Nice.


Publié le : mardi 1 avril 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782297042550
Nombre de pages : 140
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Introduction historique et économique
La gestion de projet est une démarche méthodologique qui a été introduite struc e turellement dans lentreprise à partir du milieu duXXsiècle pour conduire à bonne fin des grands projets. On admet que son origine date de la Renaissance italienne et quelle ne cessera dès lors de senrichir et de sadapter aux réalités économiques et technologiques. « Le chemin est long du projet à la chose.» Molière
CHAPITRE 1
1 Architectes et ingénieurs Méthodologie de lanticipation En revenant au style de lAntiquité, avec des projets de plus en plus élaborés et complexes (retour de la symétrie, des proportions...), larchitecture de la Renaissance exige des changements. Elle renonce donc aux chantiers médiévaux qui étaient improvisés et aux exploits des maîtres maçons du Moyen Âge utilisant de simples schémas et ignorant tout du concept de projet pour, désor mais, aborder un nouveau mode de fonctionnement et laisser la place à larchitecte (architecte et e ingénieur seront souvent synonymes jusquauXVIII» qui concevrasiècle), le « donneur de dessin de vrais projets. JeanPierre Boutinet, au sujet des conduites danticipation qui caractérisent la notion même de projet, écrit : «Malgré tout, le projet nest pas nimporte quelle forme danticipation. Il constitue au contraire une forme typique de la culture moderne en associant deux moments de lactivité de création, le moment de la conception, le moment de la réalisation» (extraitPsychologie des conduites à projet, Éditions PUF, collection « ? », Que saisje page 9).
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e Ces deux moments fondamentaux ont une origine historique qui se situe auXVsiècle à Florence et quil convient dexpliciter pour comprendre le concept même de projet. La construction de la coupole de la cathédrale de Florence, Santa Maria del Fiore, est lillustration de ce profond changement. Sa réalisation est un immense projet qui représenta, au début du e XVsiècle pour Florence, toute son ambition : une ville ouverte sur le monde. Une des premières mentions faites à son sujet est deLéon Battista Albertiqui cite : «érigée contre le ciel, si vaste quelle couvre de son ombre tous les peuples toscans, faite sans laide de poutres» (extrait deLencyclopédie de lart, Éditions de la Martinière, 1997, page 217). Arnolfo del Cambio commença le chantier de la cathédrale en 1296. Lédifice fut modifié à de nombreuses reprises et achevé par la construction de sa coupole en 1434. Revenons à la problématique de sa construction. Elle concerne la réalisation de la voûte de cette immense coupole. Celleci devant sélever sur un e tambour octogonal, aucune solution technique na encore été trouvée en ce début duXIVsiècle. Florence doit alors se résigner à arrêter le chantier en 1367. On est alors confronté aux limites du « pouvoir technologique » de lépoque. Le chantier béant de la cathédrale reste inachevé et silencieux pendant de longues années. Il faudra attendre la naissance de Filippo Brunelleschi en 1377 et, plus précisément lannée 1409, pour que ce problème posé par la réalisation de la voûte de la coupole passionne cet homme, lui, qui sera lun des plus grands architectes du Quattrocento, créateur dun art nouveau. Il lancera les bases de larchitecture de la Renaissance. Également reconnu comme étant le plus important théoricien de la perspective, il décide de relever ce défi en y consacrant une grande partie de son existence. Remportant en 1418 le concours, il défendra une solution technique audacieuse permettant de construire la coupole sans laide de cintres. Lencyclopédie de lart, concernant sa construction, indique : «Cette structure à double coque, avec son appareillage en arête de poisson, permettait à la voûte de se soutenir toute seule, au fur et à mesure quon allait vers la lanterne». On notera que la réalisation technique de la coupole, considérée comme lun des plus haut fait de lingénierie de la Renaissance, na toujours pas livré tous ses secrets. Il attendra 1423 pour être chargé de sa construction. Pour mettre enœuvre son projet, Filippo Brunelleschi va grâce aux lois de la perspective, montrer la conception de son projet, lœuvre à venir, et séparer clairement : : le projet la phase de conception ; et la phase de réalisation : la mise enœuvre.
CHAPITRE1Introduction historique et économique
Il faut donc attendre la fin du Moyen Âge et lavènement de projets architecturaux complexes fondés sur des principes esthétiques supérieurs, pour remettre en cause les méthodes habituelles de travail fondées sur la « responsabilité collective ». Filippo Brunelleschi introduit la méthodologie de lanticipation de lœuvre à venir définie du point de vue linguistique par le terme dedisegno, qui se décompose en : disegno interno(desseinconception) ; disegno externo(dessinréalisation). Le projet, « la pensée », se disjoint donc de la réalisation, « le faire ». On passe du dessein au dessin. Cette méthodologie de lanticipation prônée par Filippo Brunelleschi nest pas quun tour nant fondamental dordre technique mais aussi dordre social car, de fait, il scinde socialement : pensée » ;les acteurs des métiers liés à la conception la « Lfaire ». des acteurs métiers liés à la réalisation le « organisation des tâches par métier se met en place. Ces nouvelles bases annoncent une structuration rationnelle de la conduite dun projet. Dès lors, on pourra se tourner vers la conception de systèmes complexes. De lémergence historique des ingénieurs à la gestion de projet On ne peut aborder la gestion des grands projets sans situer historiquement lapparition des ingé nieurs. Étymologiquement, le mot« ingénieur »vient du latiningeniumqui signifie : esprit, intelli gence mais aussi inspiration, invention habile. Le mot ingénieur proviendrait aussi de lancien fran çais« ingeigneur »ou« engigneor », dérivé de« engin »au sens de machine de guerre. Au Moyen Âge, l« engignour »est le maître artisan constructeur dengins. On le rencontre sur les champs de bataille où il intervient dans la mise au point des engins de guerre, mais aussi dans les grands chantiers seigneuriaux. Lingénieur met donc enœuvre son esprit dinvention, de lingenium,pour produire dabord des engins de guerre, mais aussi pour construire des ouvrages de fortification. e Historiquement, le titre dingénieur est donné à partir duXVsiècle en Italie et en Allemagne. On situera lapparition du mot ingénieur en France vers 1556. Les titres dingénieurs et darchitectes resteront confondus et souvent synonymes jusquau e XVIIIsiècle. Léonard de Vinci en est un exemple. Il aura le titre de « premier peintre, ingénieur et er architecte du roi » lorsque François 1 , séduit par son génie le fait venir, en 1516 au château de Cloux, près dAmboise. Si larchitecte est lié à lexistence même de la cité et à son développement, on distinguera lingé nieur en raison de sa formation scientifique pour diriger des grands travaux (des grands projets) et des recherches. Le titre dingénieur sera employé lorsque le savoir scientifique et technologique est
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mis au service de la cité, notamment dans les moyens de transport maritime (ingénieur de la marine, 1732) et fluvial, dans le développement des voies terrestres (ingénieur des ponts et chaus sées, 1747) et surtout dans le domaine militaire. Sous ldAncien Régime, les ingénieurs sont des agents du roi. À partir de 1602, la qualité « ingé nieur du Roi » est attachée à la fonction dingénieur. Vauban, à qui lon doit les « forts Vauban », reçoit son brevet dingénieur du roi et devient « ingénieur militaire responsable des fortifications », en 1655, à lâge de 22 ans. Une ambitieuse politique scientifique sera développée, sous Louis XIV, par Colbert avec : lAcadémie Royale des Sciences, fondée en 1666, qui rassemble les plus grands savants de France et dEurope et dont le programme est totalement associé aux grands projets de Colbert ; lObservatoire de Paris créé en 1667 et ; lAcadémie darchitecture en 1671. Des illustres écoles dingénieurs seront créées : sous Louis XV, en 1747, l;École des ponts et chaussée sous Louis XVI, en 1783, lÉcole des mines ; sous la Convention, en 1794, lÉcole polytechnique. e AuXXsiècle, les grands projets trouvent un cadre institutionnel en France : en 1939, avec le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) ; après la Seconde Guerre mondiale, en 1945 avec le CEA (Commissariat à l;énergie atomique) en 1961 avec le CNES (Centre national détudes spatiales). En Europe, dans le domaine spatial, avec lAgence spatiale européenne (ESA) qui verra le jour le 20 septembre 1973. Le lancement, dès les années 1950, des grands projets dans les domaines : spatiaux, aéronautiques, nucléaire, BTP... a nécessité davoir une approche structurée et codifiée de la gestion de projet.
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Les étapes clés de la gestion de projet
Examinons, pour mieux comprendre lémergence de ces méthodes de gestion, les grandes étapes fondamentales qui ont marqué lhistoire industrielle. Elles sont issues dune double analyse : celle de la théorie des organisations et celle des grands courants de la pensée économique.
CHAPITRE1Introduction historique et économique
Linterchangeabilité e AuXVsiècle, Johannes Gutenberg (14001468), inventeur vers 1440 des caractères mobiles dimprimerie en plomb interchangeables, préfigure, en Europe, le concept delinter changeabilité des pièces. e Aux ÉtatsUnis, auXVIIIsiècle, Eli Whitney, utilisant ce même principe de linterchangeabilité des pièces, invente la machine à égrener le coton (1793) qui sépare les fibres des graines et des brin dilles. On estime que son rendement pouvait être cinquante fois supérieur au travail à la main. On assiste alors à une véritable révolution dans lindustrie du coton américain qui permet de méca niser la filature du coton et rendre ainsi abordable un article de luxe trop cher pour être populaire. Cette invention rend donc possible la vente de cette précieuse fibre. e La fabrication à grande échelle de machinesoutils, au milieuXVIIIsiècle, permet de réaliser un travail de précision et ouvre définitivement la voie à la fabrication de pièces interchangeables qui fait passer la production du stade artisanal au stade industriel. Le Colbertisme e AuXVIIsiècle, JeanBaptiste Colbert (16191683) développe pendant vingt ans une nouvelle économie commerciale. Le Roi présidera un nouveau conseil, le conseil de commerce, (septembre 1664). Étatiste, sa pensée économique est le mercantilisme qui est la première doctrine économique rationnelle de recherche de lenrichissement mesuré par laccumulation de métaux précieux (or et argent). LÉtat contrôle tout (les procédés de fabrication et les normes de qualité). Pour Colbert, le rétablissement du commerce intérieur de la France, qui était désastreux, passe par la vente de produits manufacturés de qualité. Colbert encouragera donc, avec conviction et de fortes incita tions, la création de manufactures Royales. En matière de commerce extérieur, il fera construire une flotte marchande et militaire et développera considérablement les capacités portuaires. Les compagnies commerciales maritimes se développeront et feront concurrence à celles des Pays Bas. Les compagnies Françaises qui naîtront seront : la compagnie des Indes Occidentales (1664), la compagnie des Indes Orientales (1664), la compagnie du Nord (1669), la compagnie du Levant (1670). On est au début de lère industrielle, Colbert instaure la qualité, le contrôle qualité et des normes qualité jugées parfois très sévères. Pour exporter, et être compétitif, il recherchera lexcellence des produits manufacturés, en étant très soucieux des procédés de fabrication et de la réglementation. Le règlement général pour la draperie, édicté en 1669, a été complété jusquen 1681 par des
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règlements particuliers. On est bien dans une démarche industrielle de normalisation et de recherche de qualité des produits. Dans le livre de JeanChristian Petitfils (Louis XIV, Édition Tempus, 2002), consacré à Louis XIV, on citera deux extraits qui illustrent bien cette démarche qui préfigure historiquement la « contrainte qualité », un des piliers, aujourdhui, de la gestion de projet. dune part : «Tout ceci implique le renforcement du corset administratif et réglementaire, lorga nisation minutieuse de la productivité, la surveillance constante de la qualité» (page 255) et, d: «autre part Un grand règlement général du 13 août 1669 fixait la longueur, la largeur, la qualité, la teinture des draps fins... Pour faire respecter un système normatif aussi contraignant, en 1670, le ministre constitua un corps dinspecteurs des manufactures, qui reçut pouvoir dinfliger des sanctions...» (page 260). On retiendra, dans le cadre de cette introduction historique à la gestion de projet, limportance de Colbert qui est à l». La qualité des produits manufacturés estorigine de la « démarche qualité le moteur de la réussite économique et commerciale de son temps. La division du travail e AuXVIIIsiècle, les travaux de lÉconomiste écossais, Adam Smith (17231790) introduisent le concept de ladivision du travailqui permet un accroissement de la productivité en spécialisant les activités. La division du travail est, selon lui, la source de la richesse. Père de léconomie moderne, et de lécole libérale, Adam Smith prône le développement de lindustrie. Sonœuvre maîtresse estThe Wealth of Nations(1776). Il rejette le mercantilisme et les idées de lécole physiocratique qui voient la terre comme la seule source de richesse. La « main invisible » est une expression célèbre dAdam Smith qui vise à faire du marché lunique régulateur de la vie économique. Il fait partie du courant de pensée économique classique qui nest pas pour une intervention de lÉtat dans léconomie. L: justiceÉtat doit se limiter aux trois fonctions régaliennes sécuritédéfense. Lindustrialisation James Watt (17361819) met au point la machine à vapeur. Cette invention rend possible lindus trialisation moderne. Cest le début du machinisme. Le pouvoir multiplicateur de la machine permet donc de passer de la production artisanale à la production de série. La machine à vapeur remplace définitivement la roue hydraulique et permet lindustrialisation de différents secteurs économiques : mines, métallurgie, minoterie, filatures...
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