La gestion de projet - 3e édition

De
Publié par

La démarche de gestion de projet permet de répondre aux exigences de compétitivité des entreprises et de s'adapter aux évolutions du marché dans un environnement de plus en plus complexe et incertain. Elle n'est plus propre aux seuls grands groupes ; elle concerne aujourd'hui de nombreuses entreprises de tous secteurs d'activité et de toutes tailles. Concevoir, développer, réaliser et garantir le succès opérationnel d'un projet, dans le respect des contraintes de budget, de délai et de qualité, sont les grands thèmes de ce livre. Conçu comme un outil pédagogique, il délivre, par une approche pragmatique et structurée, l'ensemble des clés méthodologiques permettant d'acquérir les connaissances nécessaires à la compréhension du déroulement, phase par phase, du cycle complet de vie d'un projet, de l'appel d'offre à son démantèlement. Illustrée de nombreux schémas, ce livre constitue une synthèse ordonnée, complète et accessible des « fondamentaux » de la gestion de projet.


- Étudiants des cursus universitaires de gestion : économie et gestion, IAEJUP...

- Étudiants des cursus universitaires de droit : IUP juristes d'entreprise...

- Étudiants en masters professionnels de gestion et management de projet

- Étudiants des écoles polytechniques universitaires

- Étudiants des écoles d'ingénieurs

- Étudiants des écoles de commerce et de gestion des entreprises


Roger AÏM, ingénieur diplômé de l’ESTACA et de l’ENSAE est l'auteur de nombreux ouvrages universitaires. Il a effectué toute sa carrière dans l’industrie aéronautique et spatiale et a enseigné la gestion de projet à l'IUP de management des entreprises de l'université de Nice-Sophia Antipolis. Il est conseiller de l’enseignement technologique de l’académie de Nice.

Publié le : dimanche 1 juillet 2012
Lecture(s) : 48
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782297026680
Nombre de pages : 222
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

MP_005a220 21
CHAPITRE 1
La division du travail :
le concept fondateur
« Les plus grandes améliorations dans la
puissance productive du travail, et la plus grande
partie de l’habileté, de l’adresse et de
l’intelligence avec laquelle il est dirigé ou
appliqué, sont dues, à ce qu’il semble,
à la division du travail... »
Adam Smith
Les Grecs comme Xénophon, Platon, Aristote, ont bien cerné l’importance du concept
de « division du travail », mais la division du travail ne peut être envisagée à cette
époque car le mot travail est ignoré en grec.
La question théorique du travail, synonyme de peine et souffrance, trouve une réponse
dans l’esclavage. Platon, dans la description qu’il fait de la cité idéale, évoque une
répartition des métiers et des tâches, mais pas du « travail ».
La division naturelle des hommes a précédé la division du travail. La division naturelle
se fera entre ceux qui produisent, et ceux qui sont libérés de cette nécessité pour
pouvoir se consacrer à l’activité politique, la plus haute pour Aristote.
Si Platon parle de « faire un seul métier » et Xénophon décrit un « travail délimité »,
eon attendra le XVII siècle avec Thomas Mun (1571-1641) et William Petty (1623-1687)
pour trouver respectivement les notions de « travaux divisés » et de « manufactures
divisées ».
eAu XVIII siècle, même si Bernard Mandeville (1670-1733) et David Hume (1711-1776),
fondateur de la philosophie moderne, ont explicitement parlé de « division du
travail », c’est Adam Smith (1723-1790) qui est considéré, par les historiens de
l’économie, comme le père du concept de la division du travail et le premier à avoir créer ce
mot et à en avoir fait une théorie.MP_005a220 22
26 MÉMENTOS LMD – LA GESTION DE PROJET
Pour Adam Smith, il y a essentiellement deux causes majeures expliquant la richesse
des nations :
– la première est le travail ou plutôt la division du travail qui permet des gains
prodigieux de productivité;
– la deuxième cause de la richesse des nations est le capital et son accumulation.
Si le terme de division du travail appartient d’abord aux sciences sociales, il sera plus
tard utilisé en biologie et dans le monde des sciences et des technologies. La division
du travail est un des thèmes de la sociologie du travail et de la sociologie industrielle.
Ce premier chapitre a pour double objectif de présenter d’abord le concept même de
division du travail et de montrer qu’il représente, dans le cadre de la gestion de projet,
un concept fondateur permettant d’éclairer, puis de comprendre les méthodes qui ont
epermis sa codifi cation au milieu du XX  siècle.
1 • LE CONCEPT DE DIVISION DU TRAVAIL
Adam Smith considère que la division du travail est un facteur de croissance
économique indispensable pour améliorer la productivité et ce, en vertu des différences
d’aptitude qui existent entre les individus. Il est le premier à s’interroger sur l’émergence du
ecapitalisme au XVIII siècle dont le concept de division du travail permet de comprendre
les mécanismes de son apparition.
Le concept de division du travail doit être analysé sous plusieurs angles : industriel,
social et économique. On doit donc différencier :
– la division technique du travail, qui permet de décomposer et de morceler la
production en opérations et tâches élémentaires. Ce mode de division infl uencera le
choix de la structure organisationnelle de l’entreprise;
– la division du travail social, qui est un concept permettant de comprendre les
mécanismes de transformation de la société;
– la division internationale du travail, qui est une division du travail entre les pays
au sein du marché mondial. La DIT (Division Internationale du Travail) désigne : « la
répartition de la production de biens et services entre les différents pays et zones
éco1nomiques qui se spécialisent dans une ou plusieurs productions » .
On rajoutera comme autre forme récente de division du travail : « l’externalisation »
qui divise les fonctions de l’entreprise, donneur d’ordres, entre plusieurs autres sociétés
sous-traitantes.
1. Dictionnaire des sciences économiques, Armand Colin, 2002.MP_005a220 23
CHAPITRE 1 – La division du travail : le concept fondateur 27
2 • LES GRANDES ÉTAPES DE LA DIVISION DU TRAVAIL
La division du travail qui nous intéresse, dans le cadre de la gestion de projet, est bien
celle qui est liée au domaine technique et industriel. Mais il est nécessaire de prendre
connaissance, à travers les textes, de la vision nuancée de la division du travail, dont
l’analyse va de l’hymne à la complainte. Pour certains, la division du travail est à
l’origine de la croissance économique, pour d’autres, elle est responsable de la séparation
des classes sociales, pour d’autres enfi n, elle induit un travail émietté.
Parcourons, à travers les siècles, ce concept :
– Xenophon (426-355 av. J.-C.), élève de Socrate comme Platon, décrit dans la
Cyropédie (environ 378-362 av. J.-C.) les avantages de la spécialisation des métiers qui
améliore la qualité des produits dans la Cité;
– Platon (427-348 av. J.-C.) justifie la spécialisation dans ce célèbre dialogue avec
Adimante, dans le livre II de la République, en évoquant les avantages de la
répartition naturelle des tâches fondées sur la multiplicité des besoins. La répartition
des métiers, la différenciation des professions et la complémentarité des activités
des individus, représentent les conditions essentielles de la construction de la cité
idéale.
Socrate – Ainsi donc, un homme prend avec lui un autre homme pour tel emploi,
un autre encore pour tel autre emploi, et la multiplicité des besoins assemble,
en une même résidence un grand nombre d’associés et d’auxiliaires; à cet
établissement commun nous avons donné le nom de cité, n’est-ce pas ?
Adimante – Parfaitement.
Socrate – Mais quand un homme donne et reçoit, il agit dans la pensée que
l’échange se fait à son avantage.
Adimante – Sans doute.
Socrate – Eh bien donc ! repris-je, jetons par la pensée les fondements d’une cité;
ces fondements seront, apparemment, nos besoins.
Adimante – Sans contredit.
Socrate – Le premier et le plus important de tous est celui de la nourriture, d’où
dépend la conservation de notre être et de notre vie.
Adimante – Assurément.
Socrate – Le second est celui du logement; le troisième celui du vêtement et de
tout ce qui s’y rapporte.
Adimante – C’est cela.
Socrate – Mais voyons ! dis-je, comment une cité suffira-t-elle à fournir tant de
choses ? Ne faudra-t-il pas que l’un soit agriculteur, l’autre maçon, l’autre
tisserand ? Ajouterons-nous encore un cordonnier ou quelque autre artisan pour
les besoins du corps ?
Adimante – Certainement.
Socrate – Donc, dans sa plus stricte nécessité, la cité sera composée de quatre ou
cinq hommes.
Adimante – Il le semble.MP_005a220 24
28 MÉMENTOS LMD – LA GESTION DE PROJET
Socrate – Mais quoi ? faut-il que chacun remplisse sa propre fonction pour toute
la communauté, que l’agriculteur, par exemple, assure à lui seul la nourriture
de quatre, dépense à faire provision de blé quatre fois plus de temps et de peine,
et partage avec les autres, ou bien, ne s’occupant que de lui seul, faut-il qu’il
produise le quart de cette nourriture dans le quart de temps, des trois autres quarts
emploie l’un à se pourvoir d’habitation, l’autre de vêtements, l’autre de chaussures,
et, sans se donner du tracas pour la communauté, fasse lui-même ses propres
affaires ?
Adimante répondit : Peut-être, Socrate, la première manière serait-elle plus
commode.
Socrate – Par Zeus, repris-je, ce n’est point étonnant. Tes paroles, en effet, me
suggèrent cette réflexion que, tout d’abord, la nature n’a pas fait chacun de nous
semblable à chacun, mais différent d’aptitudes, et propre à telle ou telle fonction.
Ne le penses-tu pas ?
Adimante – Si.
Socrate – Mais quoi ? dans quel cas travaille-ton mieux quand on exerce plusieurs
métiers ou un seul ?
Adimante – Quand, dit-il, on en exerce qu’un seul.
Socrate – Il est encore évident, ce me semble, que, si on laisse passer l’occasion
de faire une chose, cette chose est manquée.
Adimante – C’est évident, en effet.
Socrate – Car l’ouvrage, je pense, n’attend pas le loisir de l’ouvrier, mais c’est
l’ouvrier qui, nécessairement, doit régler son temps sur l’ouvrage au lieu de le
remettre à ses moments perdus.
Adimante – Nécessairement.
Socrate – Par conséquent on produit toutes choses en plus grand nombre mieux
et plus facilement, lorsque chacun, selon ses aptitudes et dans le temps
convenable, se livre à un seul travail, étant dispensé de tous les autres.
Adimante – très certainement.
– Aristote (384-322 av. J.-C.), disciple de Platon, auteur fondamental de l’Antiquité,
établira une distinction entre l’économie naturelle (économique) et l’économie de
l’argent (chrématistique).
La distinction qu’il fait entre la valeur subjective et la valeur commerciale d’un
ebien sont des notions économiques qui sont à rapprocher au XVIII siècle de celles
d’Adam Smith qui distinguera la valeur d’un bien par sa valeur d’usage et sa
valeur d’échange. Aristote justifiera aussi l’importance de la différenciation des
métiers dans la cité, en exposant dans l’Éthique à Nicomaque ses réflexions sur les
questions économiques :
« Ce n’est pas deux médecins qui forment une société, mais un médecin, un
agriculteur et d’autres » et dans Politique : « des semblables ne font pas une cité... »;
– Bernard Mandeville (1670-1733), l’auteur de la fable des abeilles (1714) et de la
recherche sur la nature de la société (1723), est le premier à utiliser l’expression de
division du travail :MP_005a220 25
CHAPITRE 1 – La division du travail : le concept fondateur 29
« En divisant et subdivisant les occupations d’un grand service en de nombreuses
parties, on peut rendre le travail de chacun si clair et si certain qu’une fois qu’il en
2aura un peu pris l’habitude, il lui sera presque impossible de commettre des erreurs » ;
– François-Marie Arouet de Voltaire (1694-1778), l’auteur de Candide, décrit dans
le chapitre trente de ce conte philosophique, l’organisation d’une métairie qui
repose sur la division du travail.
Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer
ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien
laide; mais elle devint une excellente pâtissière; Paquette broda; la vieille eut
soin du linge. Il n’y eut pas jusqu’à frère Giroflée qui ne rendît service; il fut un
très bon menuisier, et même devint honnête homme; et Pangloss disait
quelquefois à Candide : « Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des
mondes possibles; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à
grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde, si vous
n‘aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si
vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu
tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats
confits et des pistaches. – Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver
notre jardin. »
On notera qu’Adam Smith qui admirait Voltaire le rencontra en France en 1765;
– Adam Ferguson (1723-1816) disciple de David Hume (1711-1776) fut le maître
d’Adam Smith. Marx se référera à Adam Ferguson lorsqu’il évoquera la division du
travail.
Pour illustrer l’approche d’Adam Ferguson sur la division du travail, on retiendra
dans la quatrième partie de son livre Essai sur l’histoire de la société civile,le
troisième paragraphe intitulé : « De la séparation des arts et des professions ».
« L’artiste éprouve que plus il peut resserrer son attention, et la borner à une
partie de quelque ouvrage, plus son produit est parfait, et plus il augmente la
quantité de ses productions. Tout entrepreneur de manufactures s’aperçoit que
ses frais diminuent, et que ses profits croissent à mesure qu’il subdivise les tâches
de ses ouvriers, et qu’il emploie un plus grand nombre de mains à chacun des
articles de l’ouvrage. Le consommateur, de son côté, exige dans toutes les
marchandises une exécution plus parfaite qu’on ne pourrait l’obtenir de mains
occupées à plusieurs sortes d’objets ; et de cette manière, la progression du
commerce n’est qu’une subdivision continuée des arts mécaniques »;
– Adam Smith (1723-1790) estime que la division du travail est positive, dans la
mesure où elle permet d’accroître la productivité et de faire disparaître les temps
morts. Il décrit, dans son ouvrage Recherche sur la nature et les causes de la richesse
des nations (1776), l’organisation d’une manufacture d’épingles, dans laquelle la
2. Fable des abeilles.MP_005a220 26
30 MÉMENTOS LMD – LA GESTION DE PROJET
division technique du travail a permis d’accroître considérablement la productivité,
3en divisant le cycle de réalisation en dix-huit opérations distinctes. Il citera  :
« Les plus grandes améliorations dans la puissance productive du travail, et la plus
grande partie de l’habileté, de l’adresse et de l’intelligence avec laquelle il est dirigé
ou appliqué, sont dues, à ce qu’il semble, à la division du travail... Prenons un
exemple dans une manufacture de la plus petite importance, mais où la division
du travail s’est fait souvent remarquer : une manufacture d’épingles.
Un homme qui ne serait pas façonné à ce genre d’ouvrage, dont la division du
travail a fait un métier particulier, ni accoutumé à se servir des instruments qui
y sont en usage, dont l’invention est probablement due encore à la division du
travail, cet ouvrier, quelque adroit qu’il fût, pourrait peut-être à peine faire une
épingle dans toute sa journée, et certainement il n’en ferait pas une vingtaine.
Mais de la manière dont cette industrie est maintenant conduite, non seulement
l’ouvrage entier forme un métier particulier, mais même cet ouvrage est divisé en
un grand nombre de branches, dont la plupart constituent autant de métiers
particuliers... L’important travail de faire une épingle est divisé en dix-huit opérations
distinctes ou environ, lesquelles, dans certaines fabriques sont remplies par autant
de mains différentes... J’ai vu une petite manufacture de ce genre qui n’employait
que dix ouvriers... Mais, quoique la fabrique fût fort pauvre et, par cette raison,
mal outillée, quand ils se mettaient en train, ils venaient à bout de faire entre eux
environ douze livres d’épingles par jour; or, chaque livre contient au-delà de quatre
mille épingles de taille moyenne. Ainsi ces dix ouvriers pouvaient faire entre eux
plus de quarante-huit milliers d’épingles dans une journée; donc chaque ouvrier,
faisant une dixième partie de ce produit, peut-être considéré comme faisant dans
sa journée quatre mille huit cents épingles. Mais s’ils avaient tous travaillé à part
et indépendamment les uns des autres, et s’ils n’avaient pas été façonnés à cette
besogne particulière, chacun d’eux assurément n’eût pas fait vingt épingles
peutêtre pas une seule, dans sa journée, c’est-à-dire pas, à coup sûr, la deux cents
quarantième partie, et pas peut-être la quatre mille huit centième partie de ce
qu’ils sont maintenant en état de faire, en conséquence d’une division et d’une
combinaison convenables de leurs différentes opérations. »;
– Le Baron Riche de Prony (1755-1839), mathématicien et ingénieur, fut chargé
en 1794, par la Convention, de réaliser un projet très ambitieux : celui d’établir les
tables logarithmiques et trigonométriques pour le service de la géodésie, et d’après
la division centésimale du cercle, conformément au nouveau système métrique
décimal. Ce travail énorme, comprenant dix-sept volumes in-folio de calculs, fut
terminé en quelques années, grâce à une application ingénieuse de la division du
travail. Charles Babbage relate comment ce projet extraordinaire fût réalisé. Il cite :
« Il fut aisé à M. de Prony de s’assurer que, même en s’associant à trois ou quatre
habiles opérateurs, la plus grande durée présumable de sa vie ne lui suffirait pas
3. A. Smith, Extrait de Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776, coll.
« Idées », Gallimard, 1976.MP_005a220 27
CHAPITRE 1 – La division du travail : le concept fondateur 31
pour remplir ses engagements. Il était occupé de ces fâcheuses pensées lorsque,
se trouvant devant la boutique d’un marchand de livres, il aperçut la belle édition
anglaise de Smith, donnée à Londres en 1776. Il ouvrit le livre au hasard, et tomba
sur le premier chapitre, qui traite de la division du travail, et où la fabrication des
épingles est citée pour exemple. À peine avait-il parcouru les premières pages, que
par une espèce d’inspiration, il conçut l’expédient de mettre ses logarithmes en
manufacture, comme les épingles ».
Prony utilisa le principe de la division du travail en répartissant méthodiquement le
travail en trois sections :
• la première section fut confiée à des mathématiciens de talent chargés de trouver
la meilleure méthode pour réaliser les calculs numériques;
• la seconde section fut confiée à des chargés eux de convertir les
formules mises à leur disposition en opérations numériques simples;
• la troisième section fut confiée à des exécutants qui ne connaissaient que des
règles élémentaires de mathématiques ne faisant appel qu’à la pratique des
additions et des soustractions. Ils furent chargés de calculer les opérations fournies par
la seconde section.
Cette répartition des tâches, selon les compétences, illustre parfaitement les
considérations d’Adam Smith qui considère : « que la division du travail est un
facteur de croissance économique qui permet d’augmenter la productivité en
vertu des différences d’aptitude qui existent entre les individus ». Cette division
du travail, qui s’installe dans les activités de l’esprit, annonce le Taylorisme qui
sépare les tâches par compétence;
– Karl Marx (1818-1883) étudie, dans le Capital (1867), la division du travail et ses
effets sociologiques et politiques.
Pour lui, le facteur principal de l’aliénation de l’homme au travail est la « division
manufacturière du travail » qui est un moyen de contrôle et d’exploitation des
ouvriers qui deviennent un rouage « parcellisé » de la manufacture.
Avant de parvenir à la division manufacturière du travail, Marx distingue, en
premier lieu, la division naturelle du travail, propre aux sociétés primitives, qui
s’effectue suivant l’âge et le sexe, puis la division sociale du travail qui est une
évolution de la division naturelle fondée sur l’apparition de multiples activités
autonomes et complémentaires.
Pour Marx, l’avènement de la « manufacture » entraîne la division manufacturière
du travail et bouleverse, en le modifiant, le rapport des individus au travail. La
marchandise produite, dans le cadre de la division manufacturière du travail, résulte
d’une action collective qui ne permet plus aux individus de réaliser de façon
indépendante leur propre marchandise. Ils seront l’accessoire d’un atelier de production;
– Frederick Winslow Taylor (1856-1915) propose une double division du travail :
• La division verticale du travail : mettre la bonne personne à la bonne place,
« the right man on the right place », en séparant le travail intellectuel de concep-MP_005a220 28
32 MÉMENTOS LMD – LA GESTION DE PROJET
tion des ingénieurs du « bureau des méthodes » de celui des ouvriers. Cette
séparation implique une division sociale entre les ingénieurs, les « cols blancs »
et les ouvriers, les « cols bleus »,
• La division horizontale du travail fondée sur la parcellisation des tâches. On
décompose le travail en tâches élémentaires, et en gestes élémentaires, en
supprimant les gestes inutiles, pour obtenir la meilleure façon de faire « the one
best way »;
– Emile Durkheim (1858-1917), l’un des pères fondateurs de la sociologie,
préoccupé par la cohésion sociale de la société, recherchera, dans De la division du travail
social (1893), ce qui peut bien lier les individus les uns aux autres dans la société.
La division du travail, en tant que phénomène social, est pour lui un concept
permettant de comprendre les mécanismes de transformation de la société. Il
attribue à la division du travail un rôle majeur dans le maintien du lien social. La
division du travail produit le lien social, la solidarité et l’intégration de l’individu
dans un groupe, par l’échange des compétences qu’elle permet.
Pour E. Durkheim, la société prime sur l’individu. C’est la société qui fait l’individu
et non l’individu qui fait la société. C’est la raison pour laquelle la division technique
n’aurait pas pu être possible et réalisable, sans l’apparition au préalable d’une
différenciation sociale. L’analyse de la division du travail lui paraît être essentielle
pour comprendre l’histoire des sociétés, et le passage de la société traditionnelle
à la société industrialisée qui entraîne une évolution de la solidarité sociale.
Il opposera deux types de société et de solidarité :
• dans les sociétés traditionnelles, la solidarité est mécanique. C’est une solidarité
dite aussi par similitude. Elle comprend des membres similaires, peu différenciés,
peu spécialisés, liés par une forte conscience collective et fortement soudés. Ses
membres se ressemblent et sont attachés aux même valeurs. Rejetant toute
forme d’innovation, ils reproduisent le passé qu’ils ont connu,
• dans les sociétés industrielles ou modernes, la solidarité est organique : les
membres d’un même organe sont liés entre eux et chacun d’eux dépend
étroitement du travail de l’autre. C’est une solidarité dite aussi de coopération. Ces
sociétés modernes fondées sur la division du travail comprennent des membres
différenciés qui sont distincts les uns des autres. Chacun, à son niveau, apporte
une contribution rendant possible un consensus entre ses membres et un esprit
de solidarité;
– Henry Ford (1863-1947) s’inspire du principe de la division horizontale du travail de
Taylor. Ford approfondira ce concept qui débouchera sur le travail à la chaîne
continue : travail dit posté. Le Fordisme poussera, à l’extrême, la division du travail
par des tâches répétitives et déqualifi antes;
– Georges Friedman (1902-1977), sociologue critiquera, dans Le travail en miettes
(1956), les conséquences, sur le plan humaniste, de l’organisation scientifi que du
travail et de la division du travail génératrices de fatigue physique et psychique (le
travail à la chaîne...);MP_005a220 29
CHAPITRE 1 – La division du travail : le concept fondateur 33
– HannahArendt (1906-1975), philosophe. Sa réflexion, dans son livre Condition de
l’homme moderne (1958), la conduit à distinguer les notions de travail, d’œuvre et
d’action. Dans le chapitre relatif au travail, Hannah Arendt donne à la notion de
division du travail, qu’elle considère comme un grand principe du processus du travail
humain, plusieurs éclairages, en particulier, concernant la « spécialisation » et la
« coopération ». Elle écrit :
« La division du travail naît directement du processus de l’activité de travail et il ne
faut pas la confondre avec le principe apparemment similaire de la spécialisation
qui règne dans les processus de l’activité d’œuvre, comme on le fait
habituellement... Mais tandis que la spécialisation est essentiellement guidée par le produit
fini, dont la nature est d’exiger des compétences diverses qu’il faut rassembler et
organiser, la division du travail, au contraire, présuppose l’équivalence qualitative
de toutes les activités pour lesquelles on ne demande aucune compétence
spéciale, et ces n’ont en soi aucune finalité : elles ne représentent que des
sommes de force de travail que l’on additionne de manière purement quantitative.
La division du travail se fonde sur le fait que deux hommes peuvent mettre en
commun leur force de travail et “se conduire l’un envers l’autre comme s’ils étaient
un”. Cette “unité” est exactement le contraire de la coopération, elle renvoie à
l’unité de l’espèce par rapport à laquelle tous les membres un à un sont identiques
4et interchangeables » .
3 • LA DIVISION DU TRAVAIL ET LA GESTION DE PROJET
La division du travail, dont se réfère le domaine consacré à la gestion de projet, est
principalement la division technique ou manufacturière ou encore Taylorienne issue de
el’émergence de la société industrielle au XVIII  siècle.
La démarche méthodologique de gestion de projet repose sur le concept de la division
du travail. En décomposant le projet, on segmente sa complexité et l’on peut identifi er
les « points durs » et par conséquent, supprimer ou diminuer les risques potentiels du
projet.
Henry Ford, en écrivant : « Aucune tâche n’est particulièrement difficile si vous la
découpez en petits boulots », illustrait à sa façon ce concept.
La gestion de projet se réfèrera aux deux types de division suivants :
– la division technique (décomposition de la production en tâches);
– la division professionnelle (décomposition en spécialisation par corps de métiers).
Les méthodes fondamentales de gestion de projet (Organigramme technique,
organigramme de gestion, systèmes de planification, analyse des coûts, principe de
découpage en phases du cycle de vie du projet...) reposent sur ce principe fondateur.
4. Condition de l’homme moderne, pages 172 et 173, coll. « Agora », éditions Pocket, 2006.
2 - LEX0046 - 32pag-4V4H - MEMENTO - LA GESTION DE PROJECTS -FRESATO- NP170112MP_005a220 30
34 MÉMENTOS LMD – LA GESTION DE PROJET
Outils de gestion
Principaux objectifs Type de division
de projet
Organigramme technique Décomposition en produits, Division technique
lots de travaux, tâches...
Cycle de vie du projet Attribution d’une durée
aux produits, lots de travaux, à caractère temporelle
tâches...
Organigramme de gestion Attribution d’un coût aux Division technique
pr à caractère économique
tâches...
Structure Organisationnelle Hiérarchisation des fonctions Division professionnelle
du projet
Organisation industrielle Relation « client-fournisseur » Division technique
à caractère contractuelle
4 • REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Dates Auteurs Œuvres
390 av. J.-C. Xénophon L’Économique
384-377 av. J.-C. Platon La République
335-332 av. J.-C. Aristote L’éthique à Nicomaque
1690 William Petty Arithmétique politique
1714 Bernard Mandeville La fable des abeilles
1759 Voltaire Candide
1767 Adam Ferguson Essai sur l’histoire
de la société civile
1776 Adam Smith Recherche sur la nature
et les causes de la richesse des
nations
re1780 1 révolution industrielle Coton Charbon Machine
à vapeur
e1850 2 révolution industrielle Sidérurgie Électricité Chimie
Transport Ferroviaire
1794 Baron Riche de Prony Grandes tables du cadastre
1867 Karl Marx Le Capital
1893 Emile Durkheim De la division du travail social
1911 Frederick Winslow Taylor Principles of Scientifi c
ManagementMP_005a220 31
CHAPITRE 1 – La division du travail : le concept fondateur 35
1925 Henry Ford Ma vie mon œuvre
1956 Georges Friedman Le travail en miettes
1950 Gestion de projet Introduction structurelle
dans l’industrie
1958 Hannah Arendt Condition de l’homme
moderne
e1980 3 révolution industrielle Nouvelle Technologie
de l’Information
et de la Communication

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.