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Mémentos LMD - La gestion de projet - 5e édition

De
218 pages
La démarche de gestion de projet permet de répondre aux exigences de compétitivité des entreprises et de s'adapter aux évolutions du marché dans un environnement de plus en plus complexe et incertain.

Concevoir, développer, réaliser et garantir le succès opérationnel d'un projet, dans le respect des contraintes de budget, de délai et de qualité, sont les grands thèmes de ce livre. Conçu comme un outil pédagogique, il délivre, par une approche pragmatique et structurée, l'ensemble des clés méthodologiques permettant d'acquérir les connaissances nécessaires à la compréhension du déroulement, phase par phase, du cycle complet de vie d'un projet. Tous les fondamentaux de la gestion de projet.



- Étudiants des cursus universitaires de gestion et des IAE

- Étudiants des écoles de commerce et de gestion

- Étudiants des écoles d'ingénieurs



Roger Aïm ingénieur diplômé de l'ESTACA et de l'ENSAE, a effectué toute sa carrière dans l'industrie aéronautique et spatiale et a enseigné la gestion de projet à l'IUP de management des entreprises de l'université de Nice Sophia Antipolis.
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PPAARRTTIIEE
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Introduction historique
Chapitre 1 Chapitre 2
La division du travail : le concept fondateur . . . . . . . . . . . . . .25 L’émergence historique de la gestion de projet . . . . . . . . . . .35
1 CHAPITRE La division du travail : le concept fondateur
« Les plus grandes améliorations dans la puissance productive du travail, et la plus grande partie de l’habileté, de l’adresse et de l’intelligence avec laquelle il est dirigé ou appliqué, sont dues, à ce qu’il semble, à la division du travail... » Adam Smith
Les Grecs comme Xénophon, Platon, Aristote, ont bien cerné l’importance du concept de « division du travail », mais la division du travail ne peut être envisagée à cette époque car le mot travail est ignoré en grec. La question théorique du travail, synonyme de peine et souffrance, trouve une réponse dans l’esclavage. Platon, dans la description qu’il fait de la cité idéale, évoque une répar-tition des métiers et des tâches, mais pas du « travail ». La division naturelle des hommes a précédé la division du travail. La division naturelle se fera entre ceux qui produisent, et ceux qui sont libérés de cette nécessité pour pouvoir se consacrer à l’activité politique, la plus haute pour Aristote. Si Platon parle de « faire un seul métier » et Xénophon décrit un « travail délimité », on e attendra leXVIIsiècle avec Thomas Mun (1571-1641) et William Petty (1623-1687) pour trouver respectivement les notions de « travaux divisés » et de « manufactures divisées ». e AuXVIIIsiècle, même si Bernard Mandeville (1670-1733) et David Hume (1711-1776), fondateur de la philosophie moderne, ont explicitement parlé de « division du travail », c’est Adam Smith (1723-1790) qui est considéré, par les historiens de l’économie, comme le père du concept de la division du travail et le premier à avoir créer ce mot et à en avoir fait une théorie. Pour Adam Smith, il y a essentiellement deux causes majeures expliquant la richesse des nations : – la première est le travail ou plutôt la division du travail qui permet des gains prodigieux de productivité ; – la deuxième cause de la richesse des nations est le capital et son accumulation.
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MÉMENTOS LMD – LA GESTION DE PROJET
Si le terme de division du travail appartient d’abord aux sciences sociales, il sera plus tard utilisé en biologie et dans le monde des sciences et des technologies. La division du travail est un des thèmes de la sociologie du travail et de la sociologie industrielle. Ce premier chapitre a pour double objectif de présenter d’abord le concept même de division du travail et de montrer qu’il représente, dans le cadre de la gestion de projet, un concept fondateur permettant d’éclairer, puis de comprendre les méthodes qui ont e permis sa codification au milieu duXXsiècle.
1LE CONCEPT DE DIVISION DU TRAVAIL
Adam Smith considère que la division du travail est un facteur de croissance économique indispensable pour améliorer la productivité et ce, en vertu des différences d’aptitude qui existent entre les individus. Il est le premier à s’interroger sur l’émergence du capitalisme e auXVIIIsiècle dont le concept de division du travail permet de comprendre les méca-nismes de son apparition. Le concept de division du travail doit être analysé sous plusieurs angles : industriel, social et économique. On doit donc différencier : la division technique du travail, qui permet de décomposer et de morceler la production en opérations et tâches élémentaires. Ce mode de division influencera le choix de la structure organisationnelle de l’entreprise ; la division du travail social, qui est un concept permettant de comprendre les méca-nismes de transformation de la société ; la division internationale du travail, qui est une division du travail entre les pays au sein du marché mondial. La DIT (Division Internationale du Travail) désigne : « la réparti-tion de la production de biens et services entre les différents pays et zones économiques 1 qui se spécialisent dans une ou plusieurs productions » . On rajoutera comme autre forme récente de division du travail : « l’externalisation » qui divise les fonctions de l’entreprise, donneur d’ordres, entre plusieurs autres sociétés sous-traitantes.
2 LES GRANDES ÉTAPES DE LA DIVISION DU TRAVAIL
La division du travail qui nous intéresse, dans le cadre de la gestion de projet, est bien celle qui est liée au domaine technique et industriel. Mais il est nécessaire de prendre connaissance, à travers les textes, de la vision nuancée de la division du travail, dont l’analyse va de l’hymne à la complainte. Pour certains, la division du travail est à l’origine
1.Dictionnaire des sciences économiques, Armand Colin, 2002.
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de la croissance économique, pour d’autres, elle est responsable de la séparation des classes sociales, pour d’autres enfin, elle induit un travail émietté. Parcourons, à travers les siècles, ce concept : Xenophon(426-355 av. J.-C.), élève de Socrate comme Platon, décrit dans la Cyropédie(environ 378-362 av. J.-C.) les avantages de la spécialisation des métiers qui améliore la qualité des produits dans la Cité ; Platondialogue avec(427-348 av. J.-C.) justifie la spécialisation dans ce célèbre Adimante, dans le livre II de la République, en évoquant les avantages de la répartition naturelle des tâches fondées sur la multiplicité des besoins. La répartition des métiers, la différenciation des professions et la complémentarité des activités des individus, représentent les conditions essentielles de la construction de la cité idéale. Socrate – Ainsi donc, un homme prend avec lui un autre homme pour tel emploi, un autre encore pour tel autre emploi, et la multiplicité des besoins assemble, en une même résidence un grand nombre d’associés et d’auxiliaires ; à cet établissement commun nous avons donné le nom de cité, n’est-ce pas ? Adimante – Parfaitement. Socrate – Mais quand un homme donne et reçoit, il agit dans la pensée que l’échange se fait à son avantage. Adimante – Sans doute. Socrate – Eh bien donc ! repris-je, jetons par la pensée les fondements d’une cité ; ces fondements seront, apparemment, nos besoins. Adimante – Sans contredit. Socrate – Le premier et le plus important de tous est celui de la nourriture, d’où dépend la conservation de notre être et de notre vie. Adimante – Assurément. Socrate – Le second est celui du logement ; le troisième celui du vêtement et de tout ce qui s’y rapporte. Adimante – C’est cela. Socrate – Mais voyons ! dis-je, comment une cité suffira-t-elle à fournir tant de choses ? Ne faudra-t-il pas que l’un soit agriculteur, l’autre maçon, l’autre tisse-rand ? Ajouterons-nous encore un cordonnier ou quelque autre artisan pour les besoins du corps ? Adimante – Certainement. Socrate – Donc, dans sa plus stricte nécessité, la cité sera composée de quatre ou cinq hommes. Adimante – Il le semble. Socrate – Mais quoi ? faut-il que chacun remplisse sa propre fonction pour toute la communauté, que l’agriculteur, par exemple, assure à lui seul la nourriture de quatre, dépense à faire provision de blé quatre fois plus de temps et de peine, et partage avec les autres, ou bien, ne s’occupant que de lui seul, faut-il qu’il produise le quart de cette nourriture dans le quart de temps, des trois autres quarts emploie l’un à se pour-voir d’habitation, l’autre de vêtements, l’autre de chaussures, et, sans se donner du tracas pour la communauté, fasse lui-même ses propres affaires ? Adimante répondit : Peut-être, Socrate, la première manière serait-elle plus commode.
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MÉMENTOS LMD – LA GESTION DE PROJET
Socrate – Par Zeus, repris-je, ce n’est point étonnant. Tes paroles, en effet, me suggèrent cette réflexion que, tout d’abord, la nature n’a pas fait chacun de nous semblable à chacun, mais différent d’aptitudes, et propre à telle ou telle fonction. Ne le penses-tu pas ? Adimante – Si. Socrate – Mais quoi ? dans quel cas travaille-ton mieux quand on exerce plusieurs métiers ou un seul ? Adimante – Quand, dit-il, on en exerce qu’un seul. Socrate – Il est encore évident, ce me semble, que, si on laisse passer l’occasion de faire une chose, cette chose est manquée. Adimante – C’est évident, en effet. Socrate – Car l’ouvrage, je pense, n’attend pas le loisir de l’ouvrier, mais c’est l’ou-vrier qui, nécessairement, doit régler son temps sur l’ouvrage au lieu de le remettre à ses moments perdus. Adimante – Nécessairement. Socrate – Par conséquent on produit toutes choses en plus grand nombre mieux et plus facilement, lorsque chacun, selon ses aptitudes et dans le temps convenable, se livre à un seul travail, étant dispensé de tous les autres. Adimante – très certainement.
Aristote(384-322 av. J.-C.), disciple de Platon, auteur fondamental de l’Antiquité, établira une distinction entre l’économie naturelle (économique) et l’économie de l’argent (chrématistique). La distinction qu’il fait entre la valeur subjective et la valeur commerciale d’un bien e sont des notions économiques qui sont à rapprocher auXVIIIsiècle de celles d’Adam Smith qui distinguera la valeur d’un bien par sa valeur d’usage et sa valeur d’échange. Aristote justifiera aussi l’importance de la différenciation des métiers dans la cité, en exposant dans l’Éthique à Nicomaqueses réflexions sur les questions économiques : «Ce n’est pas deux médecins qui forment une société, mais un médecin, un agricul-teur et d’autres» et dansPolitique: «des semblables ne font pas une cité...» ;
Bernard Mandeville(1670-1733), l’auteur de lafable des abeilles(1714) et de la recherche sur la nature de la société(1723), est le premier à utiliser l’expression de division du travail : «En divisant et subdivisant les occupations d’un grand service en de nombreuses par-ties, on peut rendre le travail de chacun si clair et si certain qu’une fois qu’il en aura un 2 peu pris l’habitude, il lui sera presque impossible de commettre des erreurs» ;
FrançoisMarie Arouet de Voltaire(1694-1778), l’auteur deCandide, décrit dans le chapitre trente de ce conte philosophique, l’organisation d’une métairie qui repose sur la division du travail.
2.Fable des abeilles.
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Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien laide ; mais elle devint une excellente pâtissière ; Paquette broda ; la vieille eut soin du linge. Il n’y eut pas jusqu’à frère Giroflée qui ne rendît service ; il fut un très bon menuisier, et même devint honnête homme ; et Pangloss disait quelquefois à Candide : «Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le der-rière pour l’amour de Mlle Cunégonde, si vous n‘aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldo-rado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. – Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin.» On notera qu’Adam Smith qui admirait Voltaire le rencontra en France en 1765 ;
Adam Ferguson(1723-1816) disciple de David Hume (1711-1776) fut le maître d’Adam Smith. Marx se référera à Adam Ferguson lorsqu’il évoquera la division du travail. Pour illustrer l’approche d’Adam Ferguson sur la division du travail, on retiendra dans la quatrième partie de son livreEssai sur l’histoire de la société civile, le troisième paragraphe intitulé : « De la séparation des arts et des professions ». «L’artiste éprouve que plus il peut resserrer son attention, et la borner à une partie de quelque ouvrage, plus son produit est parfait, et plus il augmente la quantité de ses productions. Tout entrepreneur de manufactures s’aperçoit que ses frais dimi-nuent, et que ses profits croissent à mesure qu’il subdivise les tâches de ses ouvriers, et qu’il emploie un plus grand nombre de mains à chacun des articles de l’ouvrage. Le consommateur, de son côté, exige dans toutes les marchandises une exécution plus parfaite qu’on ne pourrait l’obtenir de mains occupées à plusieurs sortes d’ob-jets ; et de cette manière, la progression du commerce n’est qu’une subdivision continuée des arts mécaniques» ;
Adam Smith(1723-1790) estime que la division du travail est positive, dans la mesure où elle permet d’accroître la productivité et de faire disparaître les temps morts. Il décrit, dans son ouvrageRecherche sur la nature et les causes de la richesse des nations(1776), l’organisation d’une manufacture d’épingles, dans laquelle la division technique du travail a permis d’accroître considérablement la productivité, en divisant le cycle de réali-3 sation en dix-huit opérations distinctes. Il citera : «Les plus grandes améliorations dans la puissance productive du travail, et la plus grande partie de l’habileté, de l’adresse et de l’intelligence avec laquelle il est dirigé ou appliqué, sont dues, à ce qu’il semble, à la division du travail... Prenons un exemple dans une manufacture de la plus petite importance, mais où la division du travail s’est fait souvent remarquer : une manufacture d’épingles.
3. A. Smith, Extrait deRecherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776, coll. « Idées », Gallimard, 1976.
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Un homme qui ne serait pas façonné à ce genre d’ouvrage, dont la division du travail a fait un métier particulier, ni accoutumé à se servir des instruments qui y sont en usage, dont l’invention est probablement due encore à la division du travail, cet ouvrier, quelque adroit qu’il fût, pourrait peut-être à peine faire une épingle dans toute sa journée, et certainement il n’en ferait pas une vingtaine. Mais de la manière dont cette industrie est maintenant conduite, non seulement l’ouvrage entier forme un métier particulier, mais même cet ouvrage est divisé en un grand nombre de branches, dont la plupart constituent autant de métiers particuliers... L’important travail de faire une épingle est divisé en dix-huit opérations distinctes ou environ, lesquelles, dans certaines fabriques sont remplies par autant de mains différentes... J’ai vu une petite manufacture de ce genre qui n’employait que dix ouvriers... Mais, quoique la fabrique fût fort pauvre et, par cette raison, mal outillée, quand ils se mettaient en train, ils venaient à bout de faire entre eux environ douze livres d’épingles par jour ; or, chaque livre contient au-delà de quatre mille épingles de taille moyenne. Ainsi ces dix ouvriers pouvaient faire entre eux plus de quarante-huit milliers d’épingles dans une journée ; donc chaque ouvrier, faisant une dixième partie de ce produit, peut-être considéré comme faisant dans sa journée quatre mille huit cents épingles. Mais s’ils avaient tous travaillé à part et indépendamment les uns des autres, et s’ils n’avaient pas été façonnés à cette besogne particulière, chacun d’eux assurément n’eût pas fait vingt épingles peut-être pas une seule, dans sa journée, c’est-à-dire pas, à coup sûr, la deux cents quarantième partie, et pas peut-être la quatre mille huit centième partie de ce qu’ils sont maintenant en état de faire, en conséquence d’une division et d’une combinaison convenables de leurs différentes opérations.» ;
Le Baron Riche de Prony(1755-1839), mathématicien et ingénieur, fut chargé en 1794, par la Convention, de réaliser un projet très ambitieux : celui d’établir les tables logarithmiques et trigonométriques pour le service de la géodésie, et d’après la division centésimale du cercle, conformément au nouveau système métrique décimal. Ce travail énorme, comprenant dix-sept volumes in-folio de calculs, fut terminé en quelques années, grâce à une application ingénieuse de la division du travail. Charles Babbage relate comment ce projet extraordinaire fût réalisé. Il cite : « Il fut aisé à M. de Prony de s’assurer que, même en s’associant à trois ou quatre habiles opérateurs, la plus grande durée présumable de sa vie ne lui suffirait pas pour remplir ses engagements. Il était occupé de ces fâcheuses pensées lorsque, se trou-vant devant la boutique d’un marchand de livres, il aperçut la belle édition anglaise de Smith, donnée à Londres en 1776. Il ouvrit le livre au hasard, et tomba sur le premier chapitre, qui traite de la division du travail, et où la fabrication des épingles est citée pour exemple. À peine avait-il parcouru les premières pages, que par une espèce d’inspiration, il conçut l’expédient de mettre ses logarithmes en manufacture, comme les épingles ». Prony utilisa le principe de la division du travail en répartissant méthodiquement le travail en trois sections : la première section fut confiée à des mathématiciens de talent chargés de trouver la meilleure méthode pour réaliser les calculs numériques ;
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la seconde section fut confiée à des mathématiciens chargés eux de convertir les formules mises à leur disposition en opérations numériques simples ; la troisième section fut confiée à des exécutants qui ne connaissaient que des règles élémentaires de mathématiques ne faisant appel qu’à la pratique des additions et des soustractions. Ils furent chargés de calculer les opérations fournies par la seconde section. Cette répartition des tâches, selon les compétences, illustre parfaitement les consi-dérations d’Adam Smith qui considère : « que la division du travail est un facteur de croissance économique qui permet d’augmenter la productivité en vertu des diffé-rences d’aptitude qui existent entre les individus ». Cette division du travail, qui s’installe dans les activités de l’esprit, annonce le Taylorisme qui sépare les tâches par compétence ;
Karl Marx(1818-1883) étudie, dansle Capital(1867), la division du travail et ses effets sociologiques et politiques. Pour lui, le facteur principal de l’aliénation de l’homme au travail est la « division manufacturière du travail » qui est un moyen de contrôle et d’exploitation des ouvriers qui deviennent un rouage « parcellisé » de la manufacture. Avant de parvenir à la division manufacturière du travail, Marx distingue, en premier lieu, la division naturelle du travail, propre aux sociétés primitives, qui s’effectue sui-vant l’âge et le sexe, puis la division sociale du travail qui est une évolution de la division naturelle fondée sur l’apparition de multiples activités autonomes et complé-mentaires. Pour Marx, l’avènement de la « manufacture » entraîne la division manufacturière du travail et bouleverse, en le modifiant, le rapport des individus au travail. La marchandise produite, dans le cadre de la division manufacturière du travail, résulte d’une action collective qui ne permet plus aux individus de réaliser de façon indépendante leur propre marchandise. Ils seront l’accessoire d’un atelier de production ;
Frederick Winslow Taylor(1856-1915) propose une double division du travail : La division verticale du travail: mettre la bonne personne à la bonne place, «the right man on the right place», en séparant le travail intellectuel de conception des ingénieurs du « bureau des méthodes » de celui des ouvriers. Cette séparation implique une division sociale entre les ingénieurs, les « cols blancs » et les ouvriers, les « cols bleus », La division horizontale du travailfondée sur la parcellisation des tâches. On décom-pose le travail en tâches élémentaires, et en gestes élémentaires, en supprimant les gestes inutiles, pour obtenir la meilleure façon de faire «the one best way» ;
Emile Durkheim(1858-1917), l’un des pères fondateurs de la sociologie, préoccupé par la cohésion sociale de la société, recherchera, dansDe la division du travail social (1893), ce qui peut bien lier les individus les uns aux autres dans la société. La division du travail, en tant que phénomène social, est pour lui un concept permet-tant de comprendre les mécanismes de transformation de la société. Il attribue à la
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division du travail un rôle majeur dans le maintien du lien social. La division du travail produit le lien social, la solidarité et l’intégration de l’individu dans un groupe, par l’échange des compétences qu’elle permet. Pour E. Durkheim, la société prime sur l’individu. C’est la société qui fait l’individu et non l’individu qui fait la société. C’est la raison pour laquelle la division technique n’aurait pas pu être possible et réalisable, sans l’apparition au préalable d’une diffé-renciation sociale. L’analyse de la division du travail lui paraît être essentielle pour comprendre l’histoire des sociétés, et le passage de la société traditionnelle à la société industrialisée qui entraîne une évolution de la solidarité sociale. Il opposera deux types de société et de solidarité : dans les sociétés traditionnelles, la solidarité est mécanique. C’est une solidarité dite aussi par similitude. Elle comprend des membres similaires, peu différenciés, peu spécialisés, liés par une forte conscience collective et fortement soudés. Ses membres se ressemblent et sont attachés aux même valeurs. Rejetant toute forme d’innovation, ils reproduisent le passé qu’ils ont connu, dans les sociétés industrielles ou modernes, la solidarité est organique : les membres d’un même organe sont liés entre eux et chacun d’eux dépend étroitement du travail de l’autre. C’est une solidarité dite aussi de coopération. Ces sociétés modernes fondées sur la division du travail comprennent des membres différenciés qui sont distincts les uns des autres. Chacun, à son niveau, apporte une contribu-tion rendant possible un consensus entre ses membres et un esprit de solidarité ; Henry Ford(1863-1947) s’inspire du principe de la division horizontale du travail de Taylor. Ford approfondira ce concept qui débouchera sur le travail à la chaîne continue : travail dit posté. Le Fordisme poussera, à l’extrême, la division du travail par des tâches répétitives et déqualifiantes ; Georges Friedman(1902-1977), sociologue critiquera, dansLe travail en miettes (1956), les conséquences, sur le plan humaniste, de l’organisation scientifique du travail et de la division du travail génératrices de fatigue physique et psychique (le travail à la chaîne...) ;
Hannah Arendt(1906-1975), philosophe. Sa réflexion, dans son livreCondition de l’homme moderne(1958), la conduit à distinguer les notions de travail, d’œuvre et d’action. Dans le chapitre relatif au travail, Hannah Arendt donne à la notion de divi-sion du travail, qu’elle considère comme un grand principe du processus du travail humain, plusieurs éclairages, en particulier, concernant la « spécialisation » et la « coopération ». Elle écrit : «La division du travail naît directement du processus de l’activité de travail et il ne faut pas la confondre avec le principe apparemment similaire de la spécialisation qui règne dans les processus de l’activité d’œuvre, comme on le fait habituellement... Mais tandis que la spécialisation est essentiellement guidée par le produit fini, dont la nature est d’exiger des compétences diverses qu’il faut rassembler et organiser, la division du travail, au contraire, présuppose l’équivalence qualitative de toutes les activités pour lesquelles on ne demande aucune compétence spéciale, et ces activités