Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Stéréotypes et préjugés au travail

De
278 pages
Quelle relation entre stéréotypes et monde du travail ? Le monde du travail est intimement lié à des processus de sélection, de choix, d'exclusion. Il offre des possibilités d'ascension ou de déchéance sociale. Ces processus sont liés aux appartenances sociales, qui donnent lieu à des discriminations. La façon dont ces discriminations s'opèrent est susceptible d'être influencée en partie par des stéréotypes et des préjugés.
Voir plus Voir moins

et ressources humaines
Sous la direction deStéréotype S et préjugé S
Sabine Pohl et Olivier Kleinau rava
Après avoir brossé un panorama synthétique de la recherche sur
les stéréotypes et préjugés en psychologie sociale, cet ouvrage
s’intéresse à la relation entre les stéréotypes et le monde du travail.
Le monde du travail est intimement lié à des processus de sélection,
de choix et d’exclusion. Il ofre des possibilités d’ascension ou, au Stéréotype S et préjugé S
contraire, de déchéance sociale. Ces processus sont en partie liés
aux appartenances sociales, qui donnent lieu à des discriminations
au ravadont l’ampleur se marie parfois difcilement avec les idéaux de
tolérance et d’égalitarisme qui fondent les démocraties occidentales
contemporaines. Et comme nous le constaterons, la façon dont ces
discriminations s’opèrent est susceptible d’être infuencée en partie Des processus aux conséquences
par des stéréotypes et des préjugés.
Cet ouvrage, dirigé par Sabine Pohl et Olivier Klein, reprend la
contribution de diférents spécialistes en la matière.
Sabine Pohl est professeur de psychologie du travail et des organi­
sations au Centre de recherche en psychologie du travail et de la
consommation de l’Université libre de Bruxelles.
Olivier Klein est professeur de psychologie sociale et directeur du
Centre de recherche en psychologie sociale et interculturelle de
l’Université libre de Bruxelles.
Psychologie du travail
Association Internationale
de Psychologie du TravailISBN : 978-2-343-03861-2
de Langue Française27 €
PSYCHOLOGIE-DU-TRAVAIL_PF_POHL-KLEIN_STEREOTYPES-ET-PREJUGES-AU-TRAVAIL.indd 1 29/09/14 18:38itlitl
Sous la direction de
Stéréotype S et préjugé S au travail
Sabine Pohl et Olivier Klein
























Stéréotypes et préjugés au travail
Des processus aux conséquences



Collection Psychologie du Travail et Ressources Humaines
Dirigée par Bernard Gangloff

La collection Psychologie du Travail et Ressources
Humaines diffuse tout ouvrage traitant des conduites humaines
dans les organisations. Sont ainsi concernés : la formation,
l’orientation et le recrutement, l’ergonomie, la communication,
l’audit social, l’aménagement du temps de travail, la gestion
des ressources humaines, etc.
Tout type de travail susceptible de faire évoluer la
connaissance et la réflexion dans ces domaines trouve ici
naturellement sa place : présentation de méthodes et de
résultats d’interventions, recherches expérimentales ou
cliniques, analyses théoriques ou actes de congrès.
Co-responsable de la collection, l’Association Internationale
de Psychologie du Travail de Langue Française assure
l’expertise des ouvrages retenus pour publication.

Derniers titres de la collection
Jacqueline Vacherand-Revel, Michel Dubois, Marc-Eric
Bobillier Chaumon, Dongo Rémi Kouabenan et Philippe
Sarnin (2014). Changements organisationnels et
technologiques : nouvelles pratiques de travail et innovations
managériales.
Dongo Rémi Kouabenan, Michel Dubois, Marc-Eric Bobillier
Chaumon, Philippe Sarnin et Jacqueline Vacherand-Revel
(2013). Conditions de travail, évaluation des risques et
management de la sécurité.
Anne-Marie Costalat-Founeau (2013). Dynamique identitaire,
action et changement.
Marc-Eric Bobillier Chaumon, Michel Dubois, Jacqueline
Vacherand-Revel, Philippe Sarnin et Dongo Rémi Kouabenan
(2013). La gestion des parcours profesionnels en psychologie
du travail.
Caroline Closon et Marcel Lourel (2013). L’interface vie de
travail - vie privée.
Pascale Desrumaux, Anne-Marie Vonthron et Sabine Pohl.
(2012). Qualité de vie, risques et santé au travail.
Sous la direction de
Sabine Pohl et Olivier Klein
















Stéréotypes et préjugés au travail
Des processus aux conséquences












































































































































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03861-2
EAN : 9782343038612







Préface

STÉRÉOTYPES ET PRÉJUGÉS AU TRAVAIL :
DES PROCESSUS AUX CONSEQUENCES ?

Olivier KLEIN et Sabine POHL


L’objet de ce volume est de re-contextualiser les stéréotypes
et préjugés en les examinant dans différents contextes
professionnels, dans lesquels ils sont susceptibles d’opérer et
d’avoir des conséquences bien réelles.
Il y en effet aujourd’hui au moins deux façons de parler des
stéréotypes et préjugés : le langage commun, « profane », d’une
part et la littérature scientifique, d’autre part.
Au quotidien, on utilise généralement le terme de
« stéréotype » pour désigner les pensées réductrices qui
conduisent à exagérer ou à appauvrir certains aspects d’une
réalité complexe, au détriment d’autres, ce qui conduit à la
représenter de façon simpliste. Du point de vue de celui qui
emploie le terme de « stéréotypes », cette façon de penser
certains objets (groupes sociaux ou autres) est généralement
l’apanage des « autres ». En stéréotypant, ceux-ci manqueraient
de percevoir l’infinie richesse de ce qui nous tient à cœur (que
ce soit l’art conceptuel, la Formule 1, Georges Brassens ou les
Italiens). Penser en stéréotypes est biaisé, voire pathologique
(ne parle-t-on du reste pas de « stéréotypie » pour désigner
certains comportements ou modes de pensée psychotiques ?).
Dans le langage commun, le préjugé, son voisin, désigne, quant
à lui, une forme de pensée biaisée également car trop rapide. Le
préjugé, résultat du « pré-juger », précède donc le vrai
jugement.
7
Le terme « stéréotype » est aujourd’hui défini comme
recouvrant des croyances généralement partagées, relatives aux
caractéristiques personnelles - souvent des traits de personnalité
mais aussi des comportements - possédés par des individus en
raison de leur appartenance à un groupe social (cf. Azzi &
1Klein, 1998 ; Leyens, Yzerbyt & Schadron, 1996) .
Remarquons que, selon cette définition des stéréotypes, ceux-ci
ne correspondent pas nécessairement à des croyances erronées,
fausses ou exagérées. Croire que les policiers connaissent le
code de la route ne constitue ni plus ni moins un stéréotype que
de penser que les femmes sont incapables de conduire
correctement. De même, cette définition écarte le terme de
stéréotype de la sphère morale. Ceux-ci ne sont ni bons, ni
mauvais, ils sont conçus comme une émanation du
fonctionnement normal de la psyché humaine et plus
particulièrement du processus de catégorisation, c’est à dire la
façon dont le système cognitif regroupe des stimuli dans des
catégories distinctes (on identifie différentes teintes comme
celle d’une tomate, d’un feu de signalisation ou d’une robe
2comme rouge) . Les stéréotypes sont donc universels : personne
n’y échappe.
Le terme de préjugé, quant à lui, se différencie également de
son acception dans le langage quotidien. Ce terme est employé
pour traduire le mot anglais prejudice, qui désigne une attitude
négative à l’encontre des membres d’un groupe social en raison
de leur appartenance à celui-ci. Contrairement au
« stéréotype », qui est une croyance à propos d’un objet
particulier, le préjugé n’a aucun contenu (il recouvre
uniquement une évaluation) : ne pas aimer les Berbères relève
du préjugé, les trouver paresseux relève du stéréotype.
En dépit de leur caractère biaisé et peu cartésien, ces
formes de pensée ne nous préoccuperaient guère si nous n’y
voyions pas la cause de pratiques et comportements sociaux

1 Azzi, A.E. & Klein, O. (1998). Psychologie sociale et relations
intergroupes. Paris: Dunod.
Leyens, J.-Ph., Yzerbyt, V.Y., & Schadron, G. (1996). Stéréotypes et
cognition sociale. Sprimont (Belgique): Mardaga
2 La catégorisation s’applique également aux objets sociaux. On parle alors de
catégorisation sociale.
8
répréhensibles. Nous aborderons plus particulièrement dans cet
ouvrage, les stéréotypes et préjugés qui sont à l’origine de
pratiques discriminatoires dans le monde du travail.
Cet ouvrage se compose de trois parties.
La première partie pose les balises théoriques du reste de
l’ouvrage. Le chapitre de Klein et Leys, qui ouvre celui-ci,
brosse un panorama synthétique de la recherche sur les
stéréotypes et préjugés en Psychologie sociale et sur leur
rapport avec la discrimination. Dans le deuxième chapitre,
Nicolas Van der Linden se penche sur ce que l’on pourrait
considérer comme étant la forme de préjugé « par excellence »,
l’antisémitisme. L’antisémitisme aurait ceci de particulier par
rapport à d’autres types de préjugés qu’il se caractérise par une
certaine stabilité et intensité. Ce chapitre s’intéresse à la nature
des relations entre membres de deux groupes sociaux
particuliers, les Juifs et les non Juifs en s’appuyant sur
différents courants théoriques.
La deuxième partie de cet ouvrage examine le
développement des préjugés et des stéréotypes chez les enfants.
Cette partie de l’ouvrage se centrera sur une perspective plus entale. La compréhension de l’acquisition des
stéréotypes et des préjugés et de leur développement chez
l’enfant permet de mieux comprendre les manifestations chez
l’adulte. Comme nous allons le voir, les préjugés et stéréotypes
apparaissent dès la plus tendre enfance. Masha Vander Kelen,
Odile Lauwers et Laurent Licata abordent de façon générale la
question du développement des préjugés à la lumière de
théories dominantes dans le domaine, alors que Veerle-Lotta de
Coster examine plus particulièrement comment se développent
les stéréotypes sexistes chez les enfants. Elle se propose
d’analyser le développement des connaissances, des attitudes et
des comportements sexuellement stéréotypés chez les enfants.
L’auteure se centrera également sur les stéréotypes sexuels dans
l’univers ludique. La question de savoir si les stéréotypes de
genre sont la conséquence d’un apprentissage social est posée.
La troisième partie de cet ouvrage s’intéresse à la relation
entre les stéréotypes et le monde du travail. Le monde du travail
est intimement lié à des processus de sélection, de choix et
d’exclusion. Il offre des possibilités d’ascension (promotion)
9
ou, au contraire, de déchéance sociale. Ces processus sont en
partie fonction d’appartenances sociales qui donnent lieu à des
discriminations dont l’ampleur se marie parfois difficilement
avec les idéaux de tolérance et d’égalitarisme qui fondent les
démocraties occidentales contemporaines. Et, comme nous le
constaterons, la façon dont ces discriminations s’opèrent est
susceptible d’être influencée en partie par des stéréotypes et des
préjugés.
Le chapitre de Sabine Pohl et Olivier Klein examinera la
façon dont les stéréotypes affectent le processus de sélection
professionnelle. Ce chapitre analysera comment les stéréotypes
du recruteur peuvent intervenir dans les différentes étapes du
processus de sélection à savoir : l’analyse du CV, l’entretien de
sélection, les tests psychotechniques et enfin la décision finale
d’embauche.
Le chapitre de Pascale Desrumaux et Sabine Pohl se centrera
plus spécifiquement sur les stéréotypes liés à l’apparence
physique, stéréotypes particulièrement présents lors du
processus de recrutement.
Annalisa Casini et Margarita Sanchez-Mazas s’intéresseront,
quant à elles, au phénomène du « plafond de verre », qui
désigne le fait que les femmes aient souvent peu accès, au-delà
d’un certain niveau, aux postes à responsabilité. Ces auteurs
s’intéresseront aux effets de la discordance entre une image de
soi renvoyant au cliché de « l’éternel féminin » et la perception
d’un environnement de travail méritocratique.
Le chapitre de Catherine Hellemans se centrera, quant à lui,
sur les stéréotypes à l’égard des travailleurs âgés et à la façon
dont ceux-ci peuvent influencer leur itinéraire professionnel. Ce
chapitre tente également d’apporter des éléments d’information
à la compréhension de la raison pour laquelle le taux d’emploi
des travailleurs âgés est si faible : les problématiques telles que
les raisons qui poussent les travailleurs à prendre leur retraite
anticipée, la question du plafonnement de carrière, les aspects
principaux des changements physiques et cognitifs avec l’âge
seront abordés.
Enfin, Ginette Herman, David Bourguignon et Georges
Lienard considéreront l’autre côté de la barrière, à savoir les
chômeurs et la façon dont ceux-ci vivent la stigmatisation dont
10
ils sont l’objet dans notre société. Les personnes privées
d’emploi se sentent la cible d’images profondément
dévalorisantes. Ces images sont, dans certaines circonstances, à
la source d’une identité sociale négative, de performances
cognitives amoindries et d’estime de soi affaiblie. Ce chapitre
décrira non seulement ces effets mais mettra également en
perspective certaines stratégies de protection de soi mises en
place par ou pour les chômeurs ainsi que les conséquences sur
le plan de l’insertion professionnelle.



11



















































Première partie :


STÉRÉOTYPES ET PRÉJUGÉS AU TRAVAIL :
UNE INTRODUCTION










Chapitre 1

STÉRÉOTYPES, PRÉJUGÉS ET DISCRIMINATION
3EN PSYCHOLOGIE SOCIALE : UNE INTRODUCTION

Olivier KLEIN et Christophe LEYS

Centre de Recherche en Psychologie Sociale et Interculturelle,
Université Libre de Bruxelles


Le 6 mars 2010, durant l’émission télévisée de Thierry
Ardisson intitulée « Salut les terriens » diffusée sur Canal+, le
chroniqueur Eric Zemmour déclare : « les Français d’origine
immigrée sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart
des trafiquants sont noirs et arabes. C’est un fait » (Le Monde,
24 mars 2010). Une polémique s’en est suivie et a valu à son
auteur des plaintes de la part d’organisations antiracistes,
terminées par une condamnation à une amende de 2000 euros
avec sursis. Peut-on considérer ces propos comme exprimant un
stéréotype?
Ce terme désigne une croyance concernant les traits
caractérisant les membres d’un groupe social (« les Français
d’origine immigrée »). Que ces croyances soient fondées ou
non n’affecte en rien le fait qu’on puisse les considérer comme
des stéréotypes (voir l’avant-propos du présent ouvrage). De

3 Nous remercions vivement Anne-Laure Rousseau pour sa relecture attentive
d’une version antérieure de ce chapitre. Ce chapitre est une adaptation du
texte de Klein, O. & Leys, C. publié dans Bègue, L. et Desrichard, O. (2013).
Manuel de Psychologie Sociale. Bruxelles : De Boeck.
15
même, il n’est pas nécessaire que tous les Français d’origine
immigrée soient perçus comme des trafiquants de drogue pour
qu’on puisse parler de stéréotype. Celui-ci est toujours relatif à
d’autres groupes : le fait même qu’une caractéristique soit
perçue comme plus fréquente dans une communauté que dans
d’autres la rend, par définition, stéréotypique de ce groupe.
Zemmour a donc bien exprimé son adhésion à un stéréotype.


Encart 1

Stéréotype: croyance concernant les caractéristiques partagées
par les membres d’un groupe social.
Stéréotype culturel et croyance personnelle: Un stéréotype est
dit culturel lorsqu’il est perçu comme faisant l’objet d’une
croyance partagée au sein de son groupe. Même si leurs
contenus se recouvrent en grande partie, les stéréotypes
culturels se distinguent des stéréotypes fondés sur des
croyances personnelles, qui impliquent une réelle conviction et
ne sont pas nécessairement partagés au sein du groupe auquel
appartient celui qui y adhère.
Envisageons à présent un second cas, celui d’une société
belge fabriquant des portes de garage, qui s’était singularisée en
2005 en signalant qu’elle recrutait des monteurs, « mais pas
marocains » (La Libre Belgique, 28 août 2009). Pour sa
défense, le chef de cette entreprise faisait valoir que lui-même
n’était guère xénophobe mais que sa clientèle n’appréciait guère
que des « étrangers » pénètrent chez elle. Cet exemple diffère
de l’adhésion à un stéréotype (une croyance) et illustre un cas
de discrimination et de préjugé.

La discrimination est un comportement préjudiciable à un ou
plusieurs membres d’un groupe social. Le terme « préjugé »
désigne, quant à lui, une attitude négative et s’inscrit dans le
registre émotionnel. Il est en effet important, pour la suite de cet
ouvrage, de rappeler la signification particulière du terme
« attitude » en Psychologie sociale : il s’agit de la valence,
16
positive ou négative, d’une émotion, et non d’un comportement.
En d’autres termes, avoir une attitude positive à l’égard d’un
objet signifie « apprécier cet objet ». Une attitude est donc
clairement distincte d’un comportement. Lorsque le patron de la
société fait allusion au fait que ses clients n’appréciaient pas les
étrangers, il exprime donc une attitude négative vis-à-vis des
étrangers, ce qui, par définition, représente un préjugé.


Encart 2

Préjugé : attitude négative à l’égard d’un groupe social ou à
l’égard d’un membre d’un groupe en raison de son
appartenance à celui-ci. Nous utilisons ici le terme « préjugé »
comme traduction de l’anglais prejudice, ce qui ne correspond
donc pas au sens de ce terme en français où il désigne un «
préjugement », un jugement « tout fait » n’ayant pas pris en
compte suffisamment d’informations.

Ce chapitre se propose d’introduire ces trois concepts -
stéréotypes, préjugés et discrimination - et les liens qui les
unissent. Ils ne peuvent cependant s’envisager sans aborder
préalablement un processus cognitif central dans leur
explication: la catégorisation sociale.


1. La catégorisation sociale
On pourrait arguer, à l’instar du magistrat Philippe Bilger
(2010), que, si les paroles de Zemmour correspondent à la
réalité (elles seraient appuyées par les statistiques criminelles),
elles ne méritent guère d’être sujettes à controverse. Il n’est
toutefois pas innocent d’envisager la façon dont le chroniqueur
a interprété un phénomène social particulier : la « sociologie »
des trafiquants. Il a en effet considéré qu’une dimension
spécifique constituait un découpage pertinent pour aborder ce
phénomène : l’origine (immigré versus autochtone). Il aurait pu
tout aussi bien utiliser une classification basée sur le genre
(« 99% des dealers sont des hommes ») ou l’appartenance
17
socio-culturelle (« 99% des dealers n’ont pas obtenu leur Bac»).
Toutefois, Zemmour a choisi l’origine ethnique. En
l’occurrence, on qualifie ce processus au travers duquel des
individus sont placés dans des groupes sociaux : la
catégorisation sociale. Elle implique généralement une division
de l’espace social en deux groupes : « Nous » - l’endogroupe
versus « Eux » et l’exogroupe.


Encart 3

Catégorisation sociale: regroupement d’individus dans
différents groupes sur la base d’un jugement de cohérence.

La catégorisation sociale est un processus dynamique : un
individu peut passer d’une catégorie à l’autre de façon
extrêmement rapide selon le contexte. On l’a vu de façon
tragique dans le cas du génocide rwandais (1994), au cours
duquel des « voisins » tutsis ou hutus, avec qui l’on vivait en
bonne compagnie, sont devenus très rapidement des ennemis
(Hatzfeld, 2003). La catégorisation ethnique a pris le pas sur
d’autres critères envisageables (par exemple, le village). Les
conséquences tragiques qui en ont découlé montrent à quel
point il est important de mettre en évidence les facteurs qui
déterminent le choix d’une catégorisation plutôt qu’une autre.
Nous en envisagerons trois : l’accessibilité, le jugement de
similarité et les attentes.
L’accessibilité cognitive est le premier facteur qui détermine
la catégorisation. Ainsi, l’âge ou le sexe sont des dimensions
que nous avons constamment à l’esprit et qui sont susceptibles
d’être utilisées pour catégoriser autrui, même lorsqu’elles ne
sont pas pertinentes pour rendre compte de son comportement
(Blanz, 1999 ; Wegener & Klauer, 2005). L’accessibilité peut
dépendre de caractéristiques individuelles, comme la
personnalité de celui qui catégorise. Par exemple, pour des
personnes à haut niveau de préjugé vis-à-vis des « Noirs »,
l’appartenance raciale est davantage susceptible d’être utilisée
pour catégoriser autrui (Fazio & Dunton, 1997 ; Stangor,
18
Lynch, Duane & Glass, 1992). L’accessibilité peut également
dépendre de la situation. Ainsi, pendant un conflit armé
opposant deux factions, on peut s’attendre à ce que la
catégorisation correspondante soit fréquemment utilisée et soit
donc facilement accessible. Enfin, une catégorie peut être
accessible en raison des préoccupations ou des motivations de
l’individu (Bukowski, Moya, de Lemus & Szmajke, 2009). Par
exemple, pour une personne homosexuelle à la recherche de
l’âme sœur, l’orientation sexuelle d’autrui constituera une
dimension fort accessible.
Le deuxième facteur qui détermine la catégorisation est la
perception de similarité : conformément à l’adage « qui se
ressemble s’assemble », les individus catégorisent en fonction
de leur capacité à distinguer les catégories disponibles tout en
minimisant les différences au sein de celles-ci (Stangor & Ford,
1992 ; Turner, Hogg, Oakes, Reicher & Wetherell, 1987). Par
exemple, lorsque vous vous baladez dans votre quartier, vous
classerez peut-être votre voisin, Pierre Dupont, selon son
appartenance professionnelle (« c’est le facteur »). En revanche,
si vous le rencontrez accidentellement à Bangkok, vous le
catégoriserez comme « habitant de Gif-sur-Yvette » (comme
vous) par opposition aux Thaïlandais qui vous entourent. Le
choix de cette dimension, plutôt que l’appartenance
professionnelle, par exemple, s’explique par le fait qu’elle
maximise le rapport entre les différences inter-catégories et les
différences intra-catégories (du moins à Bangkok).
Cette analyse suggère que des personnes qui semblent
typiques d’une catégorie sociale A, c’est-à-dire qui sont
fortement caractérisées par les traits qui différencient A d’autres
catégories sociales, seront plus facilement catégorisées en A
que des personnes qui apparaissent moins typiques. En
examinant les archives judiciaires de l’état de Pennsylvanie,
Eberhardt, Davies, Purdie-Vaughs et Johnson (2006) ont ainsi
observé que la peine de mort était plus souvent infligée à des
prévenus afro-américains si leur visage présentait des traits
jugés stéréotypiques des Noirs (visage sombre, nez épaté, lèvres
épaisses, etc.). Cet effet se manifestait même si l’on contrôlait
différents facteurs susceptibles d’influencer la peine, tels que
l’existence de circonstances atténuantes ou aggravantes ou le
19
niveau socio-économique du prévenu. Le phénomène pourrait
s’expliquer par le fait que les stéréotypes associés aux Noirs
(« agressifs », « dangereux ») ont été davantage utilisés par les
jurys lorsque le prévenu leur semblait typique de ce groupe.
Enfin, le troisième facteur qui détermine la catégorisation
réside dans nos attentes concernant les catégories susceptibles
d’être pertinentes dans un contexte donné. Ces attentes,
largement déterminées par les stéréotypes, priment parfois sur
les processus d’évaluation de la similarité. Par exemple, si vous
assistez à un débat sur la politique étrangère israélienne
impliquant des étudiants juifs et arabes, vous serez sans doute
tentés d’utiliser cette dimension de catégorisation même si, en
pratique, les positions des uns et des autres s’avèrent
indépendantes de leur origine ethnique (Van Knippenberg, Van
Twuyver & Pepels, 1994). Notre perception de la réalité
s’organise donc ici selon ce que l’on s’attend à y observer. A
cet égard, le choix par Zemmour de la catégorisation ethnique
s’explique peut-être moins par le fait que cette catégorisation
décrive bien les caractéristiques des « dealers » que parce
qu’elle semble intuitivement les expliquer (par des stéréotypes
associés aux « immigrés »).
Comme l’illustre cet exemple, les stéréotypes sociaux et la
catégorisation peuvent, selon le cas, être à la source l’un de
l’autre : si nous adhérons à des stéréotypes sociaux, nous
utilisons ceux-ci pour organiser notre perception de la réalité
sociale (Oakes, Haslam & Turner, 1994). Inversement, la façon
dont s’opère la catégorisation peut déterminer le contenu des
stéréotypes : une même catégorie sociale ne sera pas
nécessairement décrite de la même façon selon celle à laquelle
on la compare. Ainsi, on n’attribuera pas les mêmes traits aux
socialistes selon qu’on les oppose aux communistes ou aux
conservateurs. Ce type de relations circulaires et dynamiques
entre les concepts se retrouvera souvent dans le reste de
l’ouvrage. C’est probablement leur existence qui rend l’étude
des causes et des effets si complexe en Psychologie sociale.
La catégorisation produit deux conséquences : d’une part,
une tendance à percevoir les différences entre les catégories
sociales comme plus importantes qu’elles ne le sont
(accentuation inter-catégorielle) et d’autre part, une tendance à
20
percevoir les membres de chaque catégorie comme plus
similaires entre eux qu’ils ne le sont réellement (homogénéité
intra-catégorielle).
Ces deux conséquences ont été mises en évidence
expérimentalement. Par exemple, Corneille, Goldstone, Queller
et Potter (2006) ont montré qu’on éprouve plus de difficultés à
distinguer deux visages s’ils sont perçus comme appartenant
aux membres d’un même groupe. Pour tester leur hypothèse, ils
ont généré huit visages, grâce à un logiciel de morphose, de
façon à ce qu’ils varient de manière continue (l’écart entre deux
visages successifs étant toujours identique).
Ils ont désigné aléatoirement les quatre visages se situant
d’un côté du continuum comme étant ceux des membres d’un
même club fictif (ceux qui se situaient de l’autre côté n’étant
pas membres de ce « club »). Ils ont donc introduit une
catégorisation sociale. On présentait ensuite une série de
« couples » de visages, choisis parmi ces huit, et on leur
demandait s’ils étaient identiques ou non. On constate que les
sujets éprouvaient davantage de difficultés à différencier des
visages s’ils désignaient des personnes appartenant à la même
catégorie sociale. En revanche, ils distinguaient bien mieux les
visages se situant de part et d’autre de la frontière entre les deux
catégories. Ceci explique sans doute pourquoi les personnes
européennes rencontrent souvent des difficultés à distinguer les
visages asiatiques ou africains, et inversement : les membres
d’exogroupes sont plus souvent appréhendés en tant que
membres d’une catégorie sociale (« c’est un Africain ») que les
membres d’endogroupes, qui seront plus souvent envisagés à un
niveau individuel (« c’est mon voisin »).
La catégorisation sociale et les stéréotypes qui
l’accompagnent permettent de nous orienter plus aisément dans
notre environnement social. Ils nous aident à mobiliser
rapidement des connaissances - certes simplifiées et
approximatives - apprises sur certaines catégories. Considérons
le cas d’un individu vivant à Tijuana, une ville mexicaine minée
par le trafic de drogue. Le stéréotype selon lequel « les policiers
municipaux sont honnêtes » alors que les « policiers fédéraux
sont corrompus » est apparemment répandu à Tijuana
(Finnegan, 2010). Du point de vue de cet individu, son
21
application lui permettrait de solliciter l’aide la plus appropriée
de façon rapide et efficace dans l’éventualité où il serait
menacé. En revanche, s’engager dans le processus complexe
d’analyse psychologique de chaque policier afin de savoir s’il
est « corrompu » ou « honnête » demanderait un effort
considérable qui l’empêcherait peut-être de faire face
efficacement à une menace éventuelle. Il peut donc y avoir un
gain d’efficacité pour l’individu qui utilise ces stéréotypes.
Malheureusement, ce processus de catégorisation est
également associé à des effets pervers : il définit les cibles sur
lesquelles se porteront éventuellement les comportements
discriminatoires. Comparons, par exemple, la propagande nazie
en Allemagne avec le discours prédominant en Bulgarie (alliée
de l’Allemagne) concernant les Juifs dans les années 30-40.
Dans le premier cas, les Juifs allemands sont dépeints comme
membres d’un exogroupe à travers la catégorisation « Aryens
versus Non-Aryens ». Dans la seconde, les Juifs sont considérés
comme des Bulgares « avant tout ». Selon certains auteurs
(Reicher, Cassidy, Wolpert, Hopkins & Levine, 2006 ;
Todorov, 1999), ces catégorisations différentes expliqueraient
pourquoi aucun Juif bulgare n’a été déporté alors que la
population juive allemande a été exterminée massivement.
L’ensemble de ces éléments démontre bien que la
catégorisation est un processus flexible fort dépendant du
contexte. Selon la situation dans laquelle nous nous trouvons,
nos préoccupations du moment, notre environnement social,
une même personne sera catégorisée différemment.


2. L’influence des stéréotypes sur le jugement social et le
comportement
4Imaginez un « Dupont Lajoie » convaincu que « les Arabes
ne sont pas fiables ». Cette croyance constitue bien un
stéréotype et on pourrait s’attendre à ce que Dupont Lajoie soit
consciemment influencé par cette croyance. Par exemple, il
pourrait inciter le militant à refuser de louer un logement à une
personne d’origine maghrébine. Nous pouvons dès lors établir

4 Héros raciste du film éponyme.
22
un lien direct entre le stéréotype et le comportement de
discrimination. Ce lien est, ici, conscient et rationalisé. S’il en
était toujours ainsi, il serait toujours possible de se soustraire à
l’influence néfaste des stéréotypes négatifs par l’entremise de
son jugement critique. Cependant, même si de telles influences
conscientes ne sont pas à exclure, leurs effets sur le jugement
d’autrui et les comportements sont souvent beaucoup plus
sournois.
Pour influencer le comportement, un stéréotype, comme
toute structure cognitive, doit être « activé ». Par activation, on
entend que cette structure devienne potentiellement utilisable
d’un point de vue cognitif, en d’autres termes, il faut qu’on y
« pense ». Par exemple, si je vois une dame musulmane voilée,
cela peut me faire penser au stéréotype culturel selon lequel les
femmes voilées seraient soumises à leur mari. Pour autant, je ne
vais pas nécessairement juger cette personne comme possédant
ces traits. Il faut donc distinguer l’activation du stéréotype de
son application.
Blair (2002) suggère que l’activation des stéréotypes est
automatique : lorsque nous catégorisons une personne, nous ne
pourrions pas nous empêcher d’activer une représentation
stéréotypique de la catégorie dont elle fait partie. Toutefois, des
facteurs individuels et contextuels déterminent le contenu du
stéréotype qui sera activé. Citons quelques-uns de ces facteurs :
- Le contexte dans lequel se trouve la personne jugée.
Comme nous l’avons vu (cf. exemple « thaïlandais »), ce
dernier peut affecter le processus de catégorisation et donc le
stéréotype activé. Ainsi, dans une étude (Macrae, Bodenhausen,
& Milne, 1995), une femme asiatique présentée avec des
baguettes à la main activait le stéréotype « chinois », alors que
la même femme présentée en train de se maquiller activait le
stéréotype « féminin ».
- Il en va de même en ce qui concerne le contexte dans
lequel se trouve l’observateur. Ainsi, Schaller, Park et Mueller
(2003) ont observé que chez certains Américains, le stéréotype
du « Noir » comme « dangereux » était davantage présent à
l’esprit lorsque ces personnes se trouvaient dans une pièce
plutôt sombre que claire. Le stéréotype aurait alors une fonction
pragmatique : se prémunir de dangers éventuels.
23
- Le préjugé. Le niveau de préjugé d’un individu modulerait
le contenu du stéréotype activé : les personnes à haut niveau de
préjugé activeraient automatiquement des stéréotypes plus
défavorables que celles qui ont des attitudes positives vis-à-vis
du groupe cible : dans une expérience de Lepore et Brown
(1997), les sujets étaient exposés de façon subliminale à une
catégorie sociale par l’entremise de mots présentés en vision
5para fovéale (par exemple, « les Noirs »). Suite à cette
présentation, les sujets caractérisés par un haut niveau de
préjugé recouraient davantage à des termes négatifs et
stéréotypiques pour décrire une personne au comportement
ambigu que les personnes caractérisées par un faible niveau de
préjugé. Ceci ne se produisait pas chez les sujets qui avaient été
exposés à des mots neutres dans la première phase.
Une fois activé, le stéréotype peut être ou non appliqué,
c’est-à-dire utilisé pour juger la personne qui nous fait face. Il
orientera notre attention vers les dimensions qui l’organisent.
Par exemple, si Zemmour croise un jeune maghrébin adossé à
un mur, peut-être se demandera-t-il « s’il trafique de la drogue »
alors qu’en voyant un jeune cadre « français » en costume dans
la même posture, cette idée ne lui viendra pas à l’esprit. Ceci
conduit souvent les observateurs à ne percevoir chez une
personne que les caractéristiques qui confirment leurs attentes
stéréotypées, voire à interpréter tout comportement ambigu en
accord avec celles-ci (Fiske & Neuberg, 1990). L’impression
que nous nous formons des membres du groupe concerné s’en
trouve donc souvent altérée.
Lorsque le stéréotype n’est pas fondé, ce décodage peut
parfois donner lieu à des conséquences tragiques. Ce fut le cas
lorsque, en février 1999, des policiers new-yorkais ont
erronément pris pour une arme le portefeuille que brandissait
Amadou Diallo, un jeune homme d’origine africaine, qu’ils
interpellaient et l’ont criblé de balles (Gladwell, 2005 ; Klein &
Doyen, 2008). Le fait qu’Amadou soit un « Noir » aurait activé
chez les policiers le stéréotype selon lequel il était
potentiellement dangereux. A son tour, cette interprétation

5 C’est-à-dire en dehors de la région centrale de la rétine, ce qui empêche de
les traiter consciemment.
24
aurait influencé l’identification de l’objet et induit une réponse
à la menace qu’il représentait.
Les stéréotypes sont souvent conçus comme des « raccourcis
cognitifs » qui nous épargnent une dépense d’énergie et de
temps nécessaires à atteindre une compréhension approfondie
de l’individu ou de la situation. Cela nous permettrait
néanmoins de réagir rapidement et efficacement à un événement
donné. A l’appui de cette hypothèse, l’influence des stéréotypes
sur le jugement est particulièrement forte lorsque les ressources
cognitives sont limitées, comme, par exemple, lorsque
l’observateur est distrait par une tâche concurrente (Macrae,
Milne & Bodenhausen, 1994). Dans cette perspective, seules la
motivation et des ressources cognitives suffisantes permettent
d’envisager l’individu dans sa singularité sans l’assimiler au
stéréotype.
Si les stéréotypes apparaissent comme des outils d’économie
cognitive nous évitant de traiter un surplus d’informations, ils
servent également à combler un vide d’informations. Ils sont
particulièrement utilisés lorsque l’individu doit chercher à
comprendre une situation alors qu’elle ne contient aucune
information diagnostique. Ceci n’est pas sans conséquences : si
deux candidats à un poste sont d’égale valeur, celui qui
appartient à un groupe faisant l’objet d’un stéréotype positif
dans le domaine considéré sera souvent privilégié (Dovidio &
Gaertner, 2000).
Plusieurs travaux (Wheeler & Petty, 2001) suggèrent que
l’activation du stéréotype pourrait également exercer une
influence automatique sur le comportement, en suscitant des
attitudes correspondant au trait stéréotypique activé. Ainsi, dans
6une expérience célèbre (Bargh, Chen & Burrows, 1996),
l’activation du stéréotype de la vieillesse induisait les sujets à
marcher plus lentement.
Une question essentielle émerge de ces exemples : dans
quelle mesure est-il possible de contrôler l’influence des
stéréotypes sur le jugement, et donc sur le comportement ?
Peut-on s’empêcher de juger une personne appartenant à un

6 Les résultats de cette expérience se sont toutefois avérés fort difficiles à
répliquer, cf. Doyen et al., 2012
25
groupe stigmatisé sur base du stéréotype correspondant ? Selon
Devine (1989), une fois qu’un tel stéréotype est activé, par un
processus automatique, les personnes tolérantes (c’est-à-dire à
faible niveau de préjugé) pourraient s’abstenir de l’appliquer à
autrui par le biais d’un effort conscient. Toutefois, de telles
tentatives de suppression du stéréotype s’avéreraient parfois
contreproductives : selon un processus qui s’apparente au
fonctionnement d’une casserole à pression, le stéréotype
« supprimé » pourrait se réactiver de façon plus vive une fois
que l’observateur, animé par d’autres préoccupations, a délaissé
cet objectif de suppression (Macrae, Bodenhausen, Milne &
Jetten, 1994). Par ailleurs, contrôler l’application du stéréotype
requiert un effort et donc une motivation suffisante.
A défaut de contrôler l’application des stéréotypes,
pourraiton, malgré tout, contrôler leur activation ? Moskowitz et Ignarri
(2009) ont proposé que certaines personnes soient animées par
des objectifs « égalitaires » : elles cherchent à juger les
membres d’exogroupes de façon équivalente à celle de leur
propre groupe. Ces personnes poursuivent cet objectif
« égalitaire » spontanément, voire même inconsciemment,
lorsqu’elles rencontrent un membre de la catégorie sociale
considérée. Activer des stéréotypes culturels dévalorisants
constituerait un échec par rapport à cet objectif. Dès lors, le
système cognitif se régulerait de façon à éviter cette issue. Ce
processus de régulation serait non conscient, peu gourmand en
ressources cognitives et donc, sensiblement plus efficace que
des stratégies de contrôle conscient. Ce modèle remet en cause
l’hypothèse d’une activation exclusivement automatique des
stéréotypes culturels.
Enfin, certains travaux suggèrent que chez des personnes qui
sont expertes dans certains types de comportements, il est
possible de contrôler l’influence du stéréotype activé sur le
comportement. Correll, Park, Judd et Wittenbrink (2002) ont
élaboré un « jeu vidéo » dans lequel il fallait tirer le plus
rapidement possible sur une personne si elle était équipée d’une
arme et décider de ne pas tirer sur celle-ci si elle était équipée
d’un objet inoffensif. Ils constatent un « biais du tireur » : les
sujets, des étudiants, décident plus rapidement de tirer sur une
cible noire armée plutôt que blanche et décident plus
26