Trop tard pour la France?

De
"La question de la place de l'État dans notre société est évidemment économique mais elle est aussi sociale et culturelle. Car si les Français sont déprimés et grincheux, c’est sûrement parce que, depuis des décennies, leur sphère d’autonomie s’est réduite à peau de chagrin.
Au cours des quarante dernières années, nous avons accepté que l’État prenne de plus en plus de décisions et dépense toujours plus à notre place. Depuis les années 1980, le poids des dépenses publiques est devenu supérieur à la moitié de la richesse produite en France. Les Français sont confrontés à un fardeau fiscal et social de plus en plus lourd et à un endettement public sans précédent.
Ces choix que les Français ne peuvent plus faire, ce sont les pouvoirs publics qui les font à leur place. C’est vrai en matière de santé, de retraite, de travail, de technologies, d’éducation, d’immobilier et dans bien d’autres domaines-clés. Nous avons été dépossédés de notre responsabilité et de notre pouvoir à gérer nos vies. Cela n’est pas sans incidences. Notre société s’est grippée et crispée et les Français sont de plus en plus inquiets vis-à-vis de l’avenir.
La crise que nous traversons aujourd’hui n’est donc pas seulement financière ou économique. Elle a des conséquences humaines et morales bien réelles. Mais cette crise offre une formidable opportunité de repenser le rôle de l’État dans nos vies. Les pouvoirs publics doivent en faire moins pour nous laisser en faire plus.
L’enjeu est de nous laisser construire nos vies plutôt que de subir des choix imposés. Oser remettre l’État à sa place, c’est redonner à chacun un espace de libertés et d’espoir. "
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782251900537
Nombre de pages : 158
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Collection
Entreprises et société

 

Sous la direction de Bernard Deforge
et Laurent Acharian

Ouvrages de la collection
« Entreprises et société »

 

Xavier Fontanet,
Si on faisait confiance aux entrepreneurs, 2010

Jean Emmanuel Combes,
Pour que votre retraite soit un succès, 2011

Laurent Acharian, Philippe Degonzague, Marc Gerretsen,
Les Cent Jours des dirigeants, 2011

Sylvie Gilbert,
Femmes d’altitude, 2012

Maurice Thévenet,
Managers en quête d’auteur, 2012

Institut Montaigne,
Réformer par temps de crise, 2012

Patrick Artinian,
Visages de France 2012, ma campagne électorale, 2012

Institut Montaigne,
Intérêt général, que peut l’entreprise ?, 2013

Edgard Added, Carine Dartiguepeyrou,
Image et rayonnement du DRH, 2013

Bertrand Martinot,
Chômage : inverser la courbe, 2013

Arnaud Robinet & Jacques Bichot,
La Mort de l’État providence. Vive les assurances sociales !, 2013

David Brunat
Giovanni Falcone, Un seigneur de Sicile, 2014

Yves Morieux et Peter Tollman
Smart Simplicity. Six règles pour gérer la complexité
sans devenir compliqué
, 2014

Robin Rivaton
La France est prête. Nous avons déjà changé

DU MÊME AUTEUR

 

C’est trop tard pour la terre,
J.-C. Lattès, 2007

 

 

 

 

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Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation

réservés pour tous les pays.

© 2014, Société d’édition Les Belles Lettres,

95, boulevard Raspail, 75006 Paris.

 

ISBN : 978-2-251-90053-7

 

Réalisation de l’ePub : Desk

 

 

 

À ma fille Clémentine

 

Introduction

Nous vivons une époque passionnante, avec une remise en cause profonde de toute une série de croyances et de certitudes.

Alors que la crise s’est installée de façon durable, nombre d’économistes avouent leur perplexité devant une situation qu’ils ont du mal à expliquer et des remèdes qui s’avèrent inefficaces. Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, constate par exemple que la macroéconomie est cassée et propose de la rebâtir.

Ce constat vient de ce que les outils habituellement utilisés pour sortir un pays de la crise ne fonctionnent plus. Les politiques budgétaires ou monétaires se révèlent, les unes comme les autres, impuissantes à endiguer le marasme actuel.

La magie des politiques de relance contra-cycliques ne fait plus recette. Cette méthode, pratiquée en France dès les années 1880, avant d’être popularisée avec brio au xxe siècle par les économistes keynésiens, apparaît aujourd’hui impraticable. En dépit des appels de Paul Krugman, les plans de relance ont été jusqu’à présent mesurés, et il est peu probable que cela change. Les pouvoirs publics, confrontés à un endettement massif, ont en effet peu de moyens mobilisables.

De même, nous avons aussi vécu depuis les années 1970 avec la croyance qu’on pouvait réguler la quantité de monnaie de façon indépendante et éviter ainsi les crises. Or si les indicateurs actuels n’attestent pas un retour à l’inflation, l’idée que la politique monétaire est capable de relancer la croissance est elle aussi battue en brèche. Pire, le rôle des banques centrales dans la genèse des crises financières est dans la ligne de mire.

Enfin, l’idée que la crise financière avait débuté dans un secteur financier mal régulé est elle aussi mise à mal. Il apparaît de plus en plus clairement à tous que la finance est, depuis des décennies, un secteur hautement régulé et que cela n’évite nullement les crises.

Ces débats économiques n’empêchent pas les pouvoirs publics de remettre au goût du jour des idées anciennes. De la politique industrielle au patriotisme économique en passant par la remise en avant de la suprématie de l’État, ces propositions ne fournissent rien de nouveau et n’ont surtout pas fait leurs preuves dans le passé.

Ce livre vise à apporter un décodage alternatif et rappelle qu’il n’y a pas lieu de rejeter l’économie. Tout au contraire, nombre de penseurs de premier plan, trop souvent méconnus du grand public, à commencer par Friedrich A. Hayek, Prix Nobel 1974, proposent des explications particulièrement pertinentes du cycle économique. Celles-ci sont très utiles pour comprendre notre monde chaotique.

Ce livre est aussi le résultat d’une démarche personnelle. La crise financière et économique de 2007-2008 m’a incitée à concrétiser une promesse que je m’étais faite au lendemain de ma soutenance de thèse et à me lancer à la découverte de la monnaie, des bulles, des banques, de l’endettement, etc.

L’objectif était double. Réussir à expliquer ce qui se passait et – dans la lignée de la mission de l’Institut économique Molinari – restituer cette compréhension des choses en langage accessible pour des lecteurs cherchant, eux aussi, à comprendre la résurgence des crises et souhaitant des réponses à la morosité ambiante.

Ce livre conduit à s’interroger sur le rôle de l’État dans l’économie, en France notamment où ce rôle est à la fois plébiscité et omniprésent. En effet, le xxe et le début du xxie siècle y révèlent une croissance ininterrompue de la sphère publique. Les Français ne semblent pas en prendre la mesure, mais c’est bel et bien la réalité dans laquelle ils vivent depuis les années 1980. C’est dans ces années que le poids des dépenses publiques dépasse la barre symbolique des 50 %. Or, on constate que cette augmentation de la taille de l’État correspond à un ralentissement de la croissance économique et on peut finalement se demander s’il n’y a pas de bonnes explications à cela (chapitre 1).

De même, la vie économique est régulièrement troublée par des crises financières. Leur récurrence donne l’impression qu’elles sont inhérentes au fonctionnement de nos sociétés, et certains vont même jusqu’à dire que c’est un mal nécessaire dont il faudrait s’accommoder. À l’opposé de cette vision des choses, on peut se demander si, au contraire, cela n’est pas aussi le fait d’une intervention de plus en plus importante des autorités publiques en matière monétaire (chapitre 2). D’ailleurs, la crise des subprimes aux États-Unis offre un cas d’étude assez intéressant en la matière (chapitre 3).

Pour bien comprendre ce qui se passe, il est utile de s’interroger sur une institution fondatrice de nos économies et de notre prospérité : la monnaie. Car il y a bel et bien un paradoxe à expliquer au sujet de la monnaie, à savoir qu’elle est nécessaire au développement économique mais qu’elle peut aussi – si elle est créée en excès – engendrer des crises profondes qui bouleversent nos sociétés (chapitre 4).

La plupart des États européens ont réagi à la crise financière en augmentant les dépenses. Puis, suite aux dérapages constatés, ils cherchent à ramener leurs déficits publics dans les limites autorisées par le traité de Maastricht. Il en a résulté la mise en place de politiques drastiques d’ajustement, ayant permis de ramener le déficit moyen de l’UE de 6,9 % du PIB en moyenne, en 2009, à 4 % en 2012.

Cependant, ces politiques, dites d’« austérité », continuent d’être décriées aussi bien par des chefs de gouvernement, des ministres des Finances, des dirigeants de l’Union européenne que par le FMI lui-même. La question mérite de s’y attarder afin de comprendre de quelle austérité on parle et dans quelles conditions cela peut déboucher sur une reprise économique durable (chapitre 5).

La question de l’austérité est en fait intrinsèquement liée à la question de la capacité des États à engager des réformes structurelles. Aucun gouvernement français n’a encore osé prendre le projet à bras-le-corps – même si le virage de François Hollande en 2014 laisse penser que les choses évoluent. Les marges de progrès sont très importantes.

En effet, la France a instauré une gestion publique de divers risques comme la santé, la retraite ou le chômage. Ces domaines, particulièrement importants, souffrent de nombreux handicaps. Non seulement ils coûtent très chers, mais les impôts et charges ne suffisent plus à les financer et conduisent les pouvoirs publics à s’endetter pour servir les prestations promises (chapitres 6 et 7).

Autre caractéristique du système français : les risques sociaux sont surtout financés par les fruits du travail sur un marché extrêmement réglementé. En panne depuis plus de 30 ans, ce marché rend le financement de la protection sociale épineux (chapitre 8).

Quand on ajoute à cela que la France s’est aussi distinguée en introduisant un outil de gestion publique des risques technologiques sous la forme du principe de précaution, on comprend bien que la question est en effet de se demander si l’État n’en fait pas beaucoup trop (chapitre 9) et d’insister sur l’idée qu’il n’est pas trop tard pour le remettre à sa place.

Chapitre 1

La croissance de l’État
sous le feu des projecteurs

Si, au moment où je boucle ce livre, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) tout comme l’Insee et la Banque mondiale signalent « une inflexion positive », à savoir une accélération probable de la croissance en France, il n’empêche que le taux de croissance reste extrêmement faible.

En dehors des partisans de la décroissance, nous sommes pour la plupart d’entre nous préoccupés par ces chiffres qui signifient chômage, pauvreté, morosité.

Le gouvernement actuel continue de miser sur un retour de la croissance dont il a absolument besoin pour atteindre les objectifs de déficit public fixés par l’Union européenne. Le président Hollande sait aussi que c’est une condition sine qua non pour inverser la courbe du chômage en France, promesse qu’il n’a pas pu tenir en 2013. Seulement, voilà, la croissance économique se fait attendre et les Français se recroquevillent devant un avenir incertain.

À l’inverse, l’État français et la sphère publique ne se sont jamais aussi bien portés, et le discours sur la baisse des dépenses publiques a beaucoup de mal à se traduire dans les faits.

La croissance inexorable de la sphère publique

En effet, le constat en lui-même en dit long puisqu’il remet en question une idée répandue en France selon laquelle nous vivons l’ère du capitalisme triomphant. Or, les données empiriques[1] indiquent, au contraire, que la tendance marquante des dernières décennies est la montée en puissance de la sphère publique. En France, c’est certain, mais aussi dans la plupart des pays développés.

Il est vrai qu’au cours des dernières décennies, des changements majeurs ont laissé plus de place aux libertés civiles et économiques, qu’il s’agisse des pays d’Europe de l’Est qui ont vu en 1989 la fin du communisme, des membres de l’Union européenne qui ont joui d’une plus grande liberté de mouvement des biens et des personnes en son sein ou de la Chine et de l’Inde qui s’ouvrent au développement.

Sauf que ces évolutions n’ont aucunement empêché de voir se poursuivre l’augmentation de la taille et de la puissance des États au xxe-début xxie siècle. En fait, la plupart des gens ont tendance à croire qu’ils vivent dans une société du « tout capitaliste » parce que les termes s’y référant sont régulièrement employés, y compris dans des secteurs qui – loin de se libéraliser ou de se privatiser – continuent sur la voie de l’étatisation.

Au début du xxe siècle, les dépenses publiques en France ne représentaient qu’un peu plus de 10 % du PIB français. Au cours du siècle, le poids relatif de l’État n’a jamais cessé d’augmenter. C’est dans les années 1980 que la barre symbolique des 50 % est franchie. Si la croissance de l’État s’est ensuite ralentie, le ratio n’a pas diminué et atteignait un nouveau record en 2013 de 57,1 % du PIB.

 

Figure 1. Poids des dépenses publiques en pourcentage du PIB

Source : Eurostat, Total des dépenses des administrations publiques.

 

Selon un sondage OpinionWay[2], les Français se méfient grandement du marché. En parfaite concordance avec ce sentiment général en France, l’État est progressivement devenu un acteur majeur de l’économie française au point que ses dépenses représentent plus de la moitié de la richesse produite. Les Français considèrent d’ailleurs dans leur majorité que cette dépense publique caractérise le mieux leur organisation économique. Et pourtant, ils étaient 60 % à penser que nous vivons dans un pays plutôt libéral.

Or, quand les dépenses publiques représentent plus de la moitié du PIB, est-il légitime de parler de libéralisme ou de capitalisme triomphant ? La dépense publique est financée pour la plus grande partie par le prélèvement d’impôts ou de charges. Or, cela signifie concrètement que les choix publics se substituent aux choix privés au fur et à mesure que le poids des dépenses publiques augmente.

Le système français offre des prestations spécifiques en échange du prélèvement de certaines charges comme les cotisations sociales. Ainsi, en échange de leur paiement, les individus ont droit à des prestations santé ou retraite. Il n’en demeure pas moins que les individus au sein d’une telle organisation – à la différence d’un système libre – se voient dans l’impossibilité de disposer d’une partie de plus en plus large de leurs revenus tandis que les prestations, dans le meilleur des cas, restent stables et sinon diminuent.

1. Voir notamment Gouiffès, Pierre-François, L’âge d’or des déficits – 40 ans de politique budgétaire française, la Documentation française, 2013.
2. Dans un sondage OpinionWay en 2010, ils étaient 51 % à le juger négativement. Voir « Les Français et l’économie de marché », février 2010. Disponible à http://www.croissance-responsable.fr/wp-content/uploads/2010/11/Sondage-les-Francais-et-léconomie-de-marché-février-2010.pdf.
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