Gouvernance, coopération et stratégie des firmes chinoises

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Les études rassemblées dans cet ouvrage visent à présenter les facteurs et les mécanismes à l'origine de la transformation de l'économie chinoise, considérée aujourd'hui comme "l'atelier du monde". Comment une économie en transition où les principaux préceptes du "consensus de Washington" sont absents a-t-elle pu connaître une si forte croissance, avec une montée en gamme qui en fait aujourd'hui une économie redoutée y compris parmi les économies le plus développées ?
Publié le : mardi 1 mars 2005
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EAN13 : 9782336271583
Nombre de pages : 212
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GOUVERNANCE,

COOPÉRATION

ET

STRATÉGIE DES FIRMES CHINOISES

cg L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8056-3 EAN:9782747580564

Coordonné par

Jean-François HUCHET et Xavier RICHET

GOUVERNANCE, COOPÉRATION ET STRATÉGIE DES FIRMES CHINOISES
CAHIERS DU CEDIMES N°2

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italla Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

LISTE DES AUTEURS
(Par ordre alphabétique)

HUCHET Jean-François, Maître de conférences, Université de Rennes 2, ancien chercheur au Centre Français d'Etude sur la Chine Contemporaine, Hong Kong PATUREL Robert, Professeur, Directeur de l'IAE de l'Université de Toulon-Var, Membre du Bureau Exécutif de l'Institut CEDIMES RICHET Xavier, Professeur, Université Sorbonne Nouvelle, Paris III, Chaire Jean Monnet, Membre du Bureau Exécutif de l'Institut CEDIMES, professeur invité, Université de commerce international et d'économie de Pékin, Université de Wuhan SU Zhan, CEDIMES-Québec, Professeur, Université Laval, Québec, Canada WANG Wei, Chercheuse, Institut d'Economie Mondiale et de Politique, Académie Chinoise des Sciences Sociales, Pékin

Collection Mouvements Economiques et Sociaux
Dirigée par Claude ALBAGLI

La collection « les Mouvements Economiques et Sociaux» présentée par L'HARMATTAN et l'INSTITUT CEDIMES se propose de contribuer à l'analyse des nouveaux aspects de la mondialisation en embrassant les phénomènes économiques, sociaux et culturels. Elle vise à faire émerger des recherches et des contributions originales sur les mutations du développement et de la mondialisation.
ALBAGLI Claude,

« Le surplus agricole, De la puissance
ColI. M.E.S., 2001

à la

jouissance conspiratrice
RUBY

», L'Harmattan,

DELIVANIS-NEGREPONTI », L'Harmattan,

Maria, « La mondialisation ColI. M.E.S., 2002

Marcel (sous la direction) « Une mondialisation », Préface du Ministre Délégué de la Coopération et de la Francophonie, Pierre-André WIL TZER L'Harmattan, ColI. M.E.S., 2003

humaniste

RAJEMISON Sahondravololona et ALBAGLI Claude, (sous la direction) «Mutations contemporaines et développement», Préface du Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, Jean-Théodore RANJIVASON, L'Harmattan, ColI. MES, 2003 MA YOUKOU Célestin, ALBAGLI Claude, TORQUEBIAU Emmanuel et THUILLIER Jean-Pierre (Coordonnateurs), « Gouvernance du Développement local », CIRAD, L'Harmattan, ColI. M.E.S. 2003 ALBAGLI L'Harmattan, Claude,

développements

(Coordonnateur) «Alter-Développements, altérés, Hommage à Jacques AUSTRUY 2003

et
»,

ColI. M.E.S.

KIM Yersu & ALBAGLI Claude (Coordonnateurs), «Corée du Sud, le modèle et la crise », Commission Nationale Coréenne pour l'UNESCO, ColI. MES, L'Harmattan, 2004 TREMBLAY L'Harmattan, Rodrigue 2004 «L'Amérique impériale» ColI. MES

HUCHET Jean-François & RICHET Xavier (Coordonnateurs), «Gouvernance, coopération et stratégie des firmes chinoises» ColI. MES, L'Harmattan, 2004 AUSTRUY Jacques, «Islam MES, L'Harmattan, 2004 En préparation DUPRIEZ Pierre et VANDERLINDEN «Balises pour le management L'Harmattan Blandine (sous la direction) interculturel», ColI. MES face au Développement» ColI.

DELIVANIS-NEGREPONTI Maria et ALBAGLI direction) « Euro, convergences et divergences AELF, ColI. MES, L'Harmattan ALBAGLI Claude développement, L'Harmattan DUPRIEZ Pierre américaines du L'Harmattan

Claude (sous européennes»

la

«Inventaire et itinéraire de la pensée en De Bandung à Cancun» ColI. MES,

(sous la direction) «Perspectives latinomanagement interculturel» ColI. MES

INSTITUT

CEDIMES

Réseau Francophone d'Economistes
Membre

et Gestionnaires

du Researchers Alliance for Development (RAD) de la Banque Mondiale Partenaire de l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF)

Président d'Honneur Fondateur:

Jacques AUSTRUY

Président: Claude ALBAGLI Vice-Président: Yves-Marie LAULAN Secrétaire Général: Célestin MAYOUKOU
CEDIMES ALGERIE: AUSTRALIE: BELGIQUE: BULGARIE: CAMEROUN: CANADA: CHINE: CEDIMES-ORAN CEDIMES-SYDNEY CEDIMES-BRUXELLES CEDIMES-SOFIA CEDIMES-DOUALA CEDIMES-QUEBEC CEDIMES-KUNMING CEDIMES-SANTA CEDIMES-BRAZZAVILLE CEDIMES-RIJEKA CEDIMES-PARIS Outre-Mer: CEDIMES-LA REUNION FE de BOGOTA Pierre Zhelyu
Directeurs, Membres du Conseil d'Administration

Abdelkader

DERBAL Tim DYCE DUPRIEZ

VLADIMIROV BEKOLO

Claude

Yvon GASSE
Jian Hua ZHANG Ricardo ROMERO Jean-Raymond DIRAT
Vinko KANDZIJA Alain REDSLOB DA VE Christian

COLOMBIE: CONGO: CROATIE: FRANCE: FRANCE GRECE HAïTI:

: CEDIMES-KOMOTINI CEDIMES-PORT-AU-PRINCE CEDIMES-BUDAPEST CEDIMES-TURIN CEDIMES-TOKYO CEDIMES-ALMATY

Maria NEGROPONTI-DELIVANIS Narcisse FIEVRE

HONGRIE: ITALIE: JAPON:

Jeno KOLTAY Sergio CONTI

Seiji YOSHIMURA Yerengaïp Ibrahim Mileva OMAROV MAROUN

KAZAKHSTAN: LIBAN:

CEDIMES-BEYROUTH (ERY) : CEDIMES-SKOPJE ANANARIVO

MACEDOINE

GUROVSKA

MADAGASCAR:CEDIMES-ANT MALI: MAROC: POLOGNE: CEDIMES-BAMAKO CEDIMES-MARRAKECH CEDIMES-WROCLAW

Sahondravololina RAJEMISON
Issa SACKO Mohamed EL FAIZ

Léon OLSZEWSKI

ROUMANIE: RUSSIE RUSSIE SUISSE: SYRIE: TUNISIE: TURQUIE: UKRAINE: VIETNAM:

CEDIMES-TÂRGOVISTE
Nina

Jan CUCUl SLANEVSKAYA MITCHENKO GERN

Occ.: CEDIMES-5A1NT-PETERSBOURG
Ori.: CEDIMES-BARNAOUL CEDIMES-NEUCHATEL CEDIMES-ALEP CEDIMES-TUNIS CEDIMES-IZMIR CEDIMES-KIEV CEDIMES-HANOï

Vitali

Jean-Pierre Hassan Abderrazak

HAZZOURI ZOUARI

Neçati TASKIRAN Petro SAPOUN Vu Luan PHAM

INTRODUCTION

Les textes rassemblés dans ce n° 2 des Cahiers du CEDIMES sont issus de recherches et d'enquêtes de terrain conduites en Chine au cours de ces dernières années par deux équipes de chercheurs, l'une d'économistes francochinois (Wei Wang, Jean-François Huchet et Xavier Richet), l'autre de gestionnaires franco-canadiens (Robert Paturel, Zhan Su). Les deux équipes, indépendamment, ont mené des recherches sur des problématiques qui sont aujourd'hui au cœur des réflexions et des interrogations sur la dynamique de ce capitalisme atypique qui est en train de se développer et qui ne cesse d'interpeller les spécialistes, tant sinologues, « transitionnistes », comparatistes des systèmes, gestionnaires, ainsi que le simple lecteur qui s'interroge sur les raisons de cette fantastique transformation qui se déploie sous nos yeux. En ce plaçant au cœur de l'entreprise, là où prennent forme les transformations, les travaux rassemblés dans ce Cahier essaient de répondre à plusieurs questions: - au regard des analyses sur le gouvernement d'entreprise, le contrôle des firmes, les incitations, comment une économie où les droits de propriété sont flous, le système bancaire notoirement inefficace, peut-elle afficher de tels résultats?

- comment l'hybridation des fonnes de contrôle crée un espace pour le développement de nouvelles activités, notamment en poussant des tinnes privées à entrer sur le marché? - comment le relâchement du contrôle du centre sur les firmes, la quasi-privatisation d'une partie d'entre elles, peutelle s'opérer sans que ne se reproduise le «vol du siècle» comme cela s'est produit en Russie? En d'autres termes, est-il possible de mettre en place une forme de contrôle d'un type particulier (<< multi-principaux, un agent ») sans ouvrir la brèche à une corruption massive? Le capital étranger continue à jouer un rôle moteur dans la transformation. Une grande partie des succès des firmes chinoises à l'exportation est imputable à la présence des firmes étrangères implantées en Chine. Il y a cependant un double revers à ce succès: l'importance des coûts de transaction associés au transfert du savoir-faire (aussi bien technique que culturel), l'appropriation du savoir-faire: y a-til endogénéïsation des technologies étrangères présentes, comment leur appropriation se traduit-elle en termes d'offre domestique? En bref, les finnes chinoise peuvent-t-elles s' approprier ces technologies et les utiliser en proposant une offre concurrentielle non seulement sur le marché chinois mais aussi sur le marché mondial sur lequel la Chine a décidé de s'engager de manière dynamique? Ce sont à ces questions que les analyses et les études de cas rassemblées dans ce Cahier essaient de répondre.

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ENTRE BUREAUCRATIE ET MARCHE
LES FIRMES CHINOISES A LA RECHERCHE D'UN NOUVEAU GOUVERNMENT D'ENTREPRISE

Jean-François HUCHET
Université Université Sorbonne nouvelle Rennes Il

Xavier RICHET
-Paris III

Mondiale
membre

La décision du conseil ministériel de l'Organisation du Commerce (OMC) d'accepter la Chine comme
de plein

droit peut être considérée comme le point

d'orgue du mouvement de réformes économiques développées dans ce pays, qui est à l'origine des succès économiques impressionnants que la Chine a enregistrés au cours du dernier quart de siècle de manière quasiment

continue depuis leur lancement en 1979. S'abritant derrière une monnaie non convertible au cours de la crise financière asiatique de 1997 qui a bouleversé l'Asie, la Chine apparaît de plus en plus comme un des grands moteurs de la croissance dans la région. Toutefois, l'adhésion à l'OMC et les contraintes et obligations qui en découlent, font ressortir les faiblesses structurelles de la croissance chinoise, et notamment la nature de la spécialisation qui s'est développée au cours des deux dernières décennies avec l'ouverture sur l'extérieur et l'apport du capital étranger. En même temps, elles déplacent les conditions de la concurrence en ouvrant d'importantes parts de marché aux firmes étrangères qui peuvent entrer dans des secteurs jusqu'ici fortement protégés, et affaiblir les positions de certaines firmes qui doivent leur succès à un degré élevé de protectionnisme et à des conditions avantageuses d'accès au financement. La montée de la concurrence, en outre, conduit le gouvernement chinois à clarifier le système des droits de propriété dont le flou, avec la poursuite d'une politique financière laxiste (Lardy, 1998), a facilité l'entrée de nouvelles firmes, permis de maintenir en activité de nombreuses firmes qui auraient dû quitter le marché en présence d'une contrainte budgétaire plus dure. Cet accroissement de la concurrence aura pour conséquence notable d'accélérer la restructuration des grands groupes industriels chinois. La croissance rapide d'un secteur d'entreprises privées, échappant totalement au contrôle de l'Etat devrait accompagner les changements institutionnels dans le secteur d'Etat dont les formes de contrôle comme le modus operandi devraient se modifier de manière conséquente. L'adhésion à l'OMC inscrit donc la dynamique des réformes dans un autre contexte en poussant les dirigeants chinois à modifier à la fois la nature du système de contrôle, à décentraliser le système financier et à rendre plus transparentes les pratiques des différents acteurs.

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L'idée que l'on soutient dans cet articlel est que l'institution du capitalisme en Chine, dans la nouvelle période qui s'ouvre, va se réaliser à la fois par en bas et par en haut: par en bas en libérant le droit d'entrée et de développement des firmes de novo sur l'ensemble du territoire, en assurant des conditions identiques d'accès aux sources de financement; par en haut en restructurant à la fois la propriété et l'organisation des grands groupes et des grandes entreprises d'Etat, soit par l'Etat, soit par le marché (vente, distribution), ou encore par la sortie (faillites). Un capitalisme d'Etat, protégé, subsistera parallèlement au développement d'un 'corporate capitalism' contrôlé par différentes institutions et un capitalisme familial des petites et moyennes entreprises. Par ailleurs, l'Etat aura à trouver et à mettre en place des nouvelles régulations permettant de gérer cet ensemble économique de plus en plus complexe en assurant à la fois la pérennité de son pouvoir sur les firmes qu'il contrôle et celle de la stabilité sociale, gage de sa survie à moyen terme. Cet article est basé sur des recherches conduites en Chine dans plusieurs régions au cours desquelles nous avons pu faire des enquêtes dans différents types d'entreprises (entreprises d'Etat, collectives, conjointes, privées) et rencontré les autorités en charge du contrôle des firmes d'Etat (bureaux économiques de municipalité, sociétés de
Nous tenons à remercier, pour leur soutien, les services de l'Ambassade de France à Pékin, le CNRS, le Centre d'Etudes Français sur la Chine contemporaine à Hong Kong, l'Euro-China Higher Education Programme de Lund, la Fondation Ford à Pékin, le laboratoire OEP de l'université Marne la Vallée pour l'aide matérielle apportée à la réalisation de cette recherche. Nous remercions également nos collègues chinois des universités et centres de recherche qui nous ont apporté leur aide au cours de notre recherche: Institut d'économie mondiale et de politique, Pékin, Universités de Wuhan, Hangzhou, Canton et Hong Kong ainsi que les chefs d'entreprise et responsables de bureaux économiques de Canton, Hangzhou, Wuhan, Chengdu, Shanghai, Jilin, Shenyang, Pékin qui nous ont reçus. Les commentaires et les éventuelles erreurs nous sont imputables.
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gestion des actifs d'Etat). Sur la base de ces enquêtes et de l'analyse de la littérature économique, nous avons cherché à introduire une typologie des firmes opérant sur le tenitoire chinois en évaluant, pour chacun des groupes que nous identifions, d'une part, leurs capacités à s'adapter au nouvel environnement qui va résulter des nouvelles formes de concurrence, et d'autre part le nouveau type de régulation des firmes qui devrait émerger dans les prochaines années. Dans une première partie, on rappelle la dimension organisationnelle de la réforme économique chinoise au cours des différentes phases de son développement récent. On énumère ensuite les caractéristiques du gouvernement d'entreprise en Chine en faisant ressortir ses principaux traits qui sont à l'origine des dysfonctionnements actuels. La seconde partie présente une typologie des entreprises chinoises sur la base de leur mode de contrôle, sur leur capacité à affronter le nouvel environnement concurrentiel, face aux nouvelles contraintes découlant l'adhésion de la Chine à l'OMC.

A - Une hybridation des formes de contrôle et la montée de la concurrence L'hybridation des formes de propriété et de contrôle des entreprises chinoises ne résulte pas de l'application d'un concept de réforme qui aurait envisagé - ex ante - les différentes phases de la transformation des entreprises parallèlement à l'application de la stratégie d'ouverture et d'appel au capital étranger (Lemoine 1994). Elle résulte plutôt de contraintes politiques et de la juxtaposition de 16

réformes successives sensées régler à des moments donnés des problèmes concrets; elle est également due au caractère segmenté de la réforme au cours de deux dernières décennies. Si les firmes se sont développées « hors du plan» (B. Naughton, 1995), leur contrôle par le Centre (i.e. les différentes instances à Pékin de l'Etat et du Parti communiste chinois (PCC) et des institutions économiques sous leur contrôle direct) est demeuré inchangé, donnant lieu, dans les faits, à un modèle de contrôle original que l'on pourrait qualifier, en se référent à la théorie de l'agence, à un système «multi-principaux, un agent» dans lequel le propriétaire (l'Etat-parti au centre) délègue à des instances intermédiaires et subalternes (provinciales, municipales), le droit de gérer en son nom les actifs des entreprises. Ces différentes instances poursuivent, à l'instar du Centre, d'autres objectifs que le simple contrôle de la firme2. 1. Décentralisation et autonomie croissante de la gestion des entreprises Depuis la mise en œuvre de la réforme de l'économie chinoise en 1979, l'autonomie de gestion des entreprises d'Etat a connu plusieurs phases (Woo, 1998) : - 1979-1983 : Les entreprises ont été autorisées à conserver une partie du profit pour l'utiliser à leur discrétion. Un système de bonus a été mis en place pour récompenser les entreprises dont les résultats étaient supérieurs aux normes fixées par le plan; à partir de 1983, les entreprises d'Etat ont commencé à payer le coût d'utilisation du capital; les
2La notion de contrôle elle-même est ambiguë puisqu'elle implique d'évaluer différentes performances de l'entreprise à l'aune d'une rationalité qui n'est pas seulement économique.

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dotations budgétaires inscrites au plan ont été remplacées par des prêts bancaires. - 1984-1993 : une plus grande autonomie a été accordée aux entreprises pour fixer les prix de vente, décider de l'assortiment de leur production, du volume de l'investissement et l'utilisation du profit. Plusieurs types de contrats stipulant les engagements des parties ont été introduits entre l'entreprise et les organismes de tutelle. Cette nouvelle vague de réformes n'a pas affecté les droits de propriété. - à partir de 1993, la décision a été prise de transformer les entreprises d'Etat en sociétés anonymes (corporatization). Une partie des petites et moyennes entreprises d'Etat ont été placées en leasing, louées à des personnes, d'autres ont été vendues aux employés des entreprises ou à des personnes individuelles. Dans ce contexte, marqué par la forte croissance du PIB chinois, le comportement des entreprises s'est modifié de différentes manières. Les entreprises d'Etat, notamment dans le secteur non concurrentiel, ou celles qui bénéficiaient d'un pouvoir de marché relativement important, ont continué à recevoir leurs inputs par les procédures habituelles, sans innover outre mesure; celles qui se sont trouvées en concurrence avec les nouveaux entrants (nouvelles entreprises collectives, J.V. avec des capitaux étrangers, entreprises privées) ont vu leurs parts de marché menacées et ont été conduites à adapter leur stratégie en conséquence, le plus souvent par l'adoption de nouvelles technologies de production ou de marketing (tableaux 1 et 2).

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Tableau I Part du pm dans différents secteurs (en 0/0)

Année

Entreprises d'Etat

Entreprises collectives urbaines et rural es (TVE) 22,4 32,1 35,6 36,6 38,1 35,4

1978 1985 1990 1995 1997 1999

77,6 64,9 54,6 34,0 25,5 20,3

Entreprises Autres types privées et d'entreprises individuelles non étatiques (dont entreprises étrangères) 0,0 0,0 1,8 1,2 4,4 5,4 12,9 16,6 17,9 18,4 18,2 26,1

Source: Bureau d'Etat des statistiques 2000

La position de monopole de beaucoup de firmes d'Etat, au départ, a constitué un atout, soit pour maintenir les sources de financement provenant du centre (subventions, prêts bancaires), soit pour conserver leurs parts de marché arguant à la fois de leur position stratégique ou encore de leurs obligations sociales (logement, protection sociale, retraite) qui représentent un coût élevé que les municipalités ne peuvent pas assurer à elles seules. Le développement du marché, par contre, les a obligées à intégrer le nouvel environnement concurrentiel et à développer des stratégies nouvelles, différentes que celles qui consistaient à maximiser le niveau des inputs et à limiter celui de l'output, bien que la menace de sortir du marché était très faible en raison de la non application de la loi sur la faillite adoptée en 1986.

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Distribution

Tableau II de l'emploi par type de propriété (en millions)
Entreprises privées
et auto-emploi

Années

Entreprises d'état

Entreprises collectives urbaines et rurales

Total

Dont: Entreprises privées 1,7 9,6 13,5 20,2

Dont: Auto-emploi

Autres types de propriété non étatique
(financemen t

étranger) 1978 1985 1990 1995 1997 1999 74,5 89,9 103,5 112,6 110,4 85,7 48,8 103,0 128,1 160,1 159,3 144,2 4,5 22,8 55,7 67,9 62,6 4,5 21,1 46,1 54,4 62,4 8,9 Il,1 18,3

Source: Bureau d'Etat des statistiques 2000

Les finnes produisant des biens relativement standards avec une technologie pas trop élaborée, d'un côté, et se trouvant près du marché final, de l'autre, ont d'avantage subi l'impact de la réforme et ont été plus pennéables à la pression concurrentielle. A l'inverse, les entreprises produisant en amont des biens de production ou des semi-produits, donc dans des secteurs moins exposés à la concurrence, possédant souvent des actifs très spécifiques, n'ont pas modifié leurs comportements en s'appuyant sur l'imbrication très forte des liens unissant la direction de ces entreprises et l'appareil politico-administratif soit au niveau local (bureaux économiques au niveau de la municipalité) ou central (Ministère de branche). Dans ce nouvel espace induit par la réforme, les finnes du secteur collectif en milieu rural (TVE)3, c'est-à-diredes entreprises non directement soumises au contrôle de l'Etat par opposition aux finnes du
3 Les entreprises de campagne et de districts ou Township and Village Enterprises en anglais (TVE).

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secteur collectif urbain qui opèrent à peu de choses près comme des entreprises d'Etat (figure 1) ont progressivement accru leurs parts de marché. Paradoxalement, ces firmes sont des réminiscences des tentatives d'industrialisation reposant sur le principe maoïste du « compter sur ses propres forces ». Cette stratégie a conduit à la démultiplication et la prolifération à l'entrée des petites unités industrielles souvent avec de fortes déséconomies d'échelle. Xu et Wang (1997) y voient un défi au paradigme des droits de propriété avancé par les principaux théoriciens de la transition post-socialiste. L'application de droits de propriété stricts, dans ce contexte, n'apparaît pas comme le moyen le plus pertinent pour faciliter l'entrée et la création de nouvelles firmes. Ces nouvelles organisations se sont montrées plus efficaces en termes de croissance du volume de la production, d'investissement, d'emploi, de productivité des facteurs, d'entrée sur de nouveaux marchés que beaucoup d'entreprises d'Etat, bien que voyant leur part diminuer dans le PIB, attirent encore près des deux tiers des crédits bancaires et retiennent plus de la moitié de l'emploi. A contrario, il faut souligner la grande hétérogénéité du secteur collectif, celui-ci étant peuplé d'une grande variété d'entreprises, certaines ayant été créées avec peu de financement, pour des raisons sociales, d'autre, par de véritables entrepreneurs cherchant à tirer profit du statut que confère ce statut d' entreprise (qui évite à ses dirigeants d'apparaître comme un capitaliste). Avec de faibles barrières à l'entrée, la prolifération qui en résulte, sans contrepartie de sanction rapide pour les

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