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Intégration et développement

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336 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1997
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EAN13 : 9782296343207
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" INTEGRA TI ON ET DEVELOPPEMENT

Collection "Logiques Economiques" Dirigée par Gérard Duthil
BARET Serge, Monnaie, finance et dépendance aux Antilles françaises. COURLET Claude, SOULAGE Bernard, Industrie, territoires et politiques publiques, DJELLAL Faridah, Changement technique et conseil en technologie de l'information. DUMEZ Hervé etJEUNEMAITRE Alain, Diriger l'économie: l'Etat des prix en France( 1936-1986). DU TERTRE Christian, Technologie, flexibilité, emploi: une approche sectorielle du post-taylorisme. DUTHIL Gérard, Les entreprises face à l'encadrement du crédit. DUTHIL Gérard, Les politiques salariales en France, 1960-1992. GROU Pierre, Les multinationales socialistes. GUILHON Bernard, Les dimensions actuelles du phénomène technologique. JANY -CA TRICE Florence, Les services aux entreprises dans la problématique du développement. JULIEN P.-A., LEO P. -Y., PHILIPPE J. (eds), PME et grands marchés. PME québécoises etfrançaises face à l'ALENA et au Marché unique. LE BOLLOC'H-PUGES Chantal, La politique industrielle française dans l'électronique. MAHIEU François-Régis, Les fondements de la crise économique en Afrique. MARCO Luc, La montée des faillites en France. MA YOUKOU Célestin, Le système des tontines en Afrique. Un système bancaire informel. MIGNOT -LEFEBVRE Yvonne, LEFEBVRE Michel, La société combinatoire. Réseaux et pouvoir dans une économie en mutation. PINARDON François, La rentabilité, une affaire de points de vue. V ATIN François, L'industrie du lait. Essai d'histoire économique. WILLARD Claude-Jacques, Aspects actuels de l'économie quantitative. ZARIFIAN Philippe, P ALLOIX Christian, La société post-économique : esquisse d'une société alternative. ZARIFIAN Philippe, La nouvelle productivité. WILMOTS A., Crises et turbulences du commerce international ABDELMALKILahsen, COURLETClaude, Les nouvelles logiques du développement. P ALLOIX Christian, Société et économie ou les marchands et l'industrie. GALAND Gabriel,GRANDJEAN Alain, La monnaie dévoilée KEYNES John Maynard, Comment payer la guerre. REIMA T Anne, Des retraites et l'économie. Becart Alain, Intégration et développement.

@ Éditions ISBN:

L'Harmattan, 2-7384-5551-4

1997

Alain Bécart
Université du Littoral Collection "Logiques Économiques"

INTÉGRATION ET DÉVELOPPEMENT
Bilan et Perspectives de la Zone Franc en

Afrique

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y I K9

La carte de la Zone Franc en Afrique

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Union Economique et Monétaire de J'Ouest Africain (UEMOA) Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) Comores

SOMMAIRE
1) Le développement économique: un rappel et un constat Il) Le développement et la transformation des structures économiques et sociales 12) Les expériences récentes de développement et d'intégration et leur échec 2) La Zone Franc africaine comme projet d'intégration et de développement 21) 22) 23) 24) La naissance de la ZFA Les institutions et la crédibilité de la ZFA La politique économique et la pérennité La question de la Zone Monétaire Optimale 3) Les difficultés de la Zone Franc Africaine 31) L'échec de l'intégration et du développement 32) Les conflits d'objectifs et de moyens 4) La restructuration de la Zone Franc en Afrique 41) La dévaluation des FCFA était devenue inévitable 42) La Nouvelle Zone Franc Africaine (NZFA)
5) Les perspectives de la Nouvelle Zone Franc Africaine 17 21 31

67 73 91 103 123 141 147 185 211 217 229 257 263 293 309

51) La nouvelle Zone Monétaire Optimale 52) Les questions qui restent posées Conclusion

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Introduction

A nouveau, comme à la fin du ISe siècle en Europe, perturbé par un ensemble non coordonné d'événements imprévus, le monde entier se pose la question des modalités de la transition vers un nouveau système économique et social, dont le coût apparaît de plus en plus lourd pour le plus grand nombre. Au plan international en particulier, l'ouverture croissante des marchés fait resurgir l'inquiétude dans de nombreux pays qui, n'étant pas encore parvenus à l'ère industrielle, craignent avec raison, de ne pouvoir s'intégrer aisément dans cette « mondialisation» en marche, maintenant accélérée. C'est l'occasion de rappeler, que le développement économique et social est en fait le résultat d'un long et difficile processus de transformation des structures de la société. Il prend naissance nécessairement au niveau de l'individu, guidé en permanence par la recherche de liberté, seul moyen pour lui de satisfaire les besoins qu'il ressent dans ses relations avec l'environnement multiforme. La difficulté majeure apparaît lorsque cette liberté individuelle rencontre celle des autres individus, et des solutions vont devoir être apportées en termes de règles de raisonnement, de comportement et de fonctionnement. Pour être efficaces, ces règles vont devoir progressivement se stabiliser, se figer, créant ainsi des structures économiques et sociales qui caractérisent la société, lui donnant réalité et consistance au fur et à mesure que des réponses communes sont apportées, sur un territoire donné, aux grandes questions qui sont posées. Le temps et l'espace évoluent ensemble, et dans chaque société, les structures tacitement acceptées ou expressément formulées, sont par définition des contraintes qui pèsent sur la liberté, et il faut en permanence les surmonter, pour apporter de nouvelles réponses aux éventuelles questions qui ne

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manquent pas de se poser. En accord avec les thèses alors en vigueur, on a vu se multiplier au milieu du 20e siècle des programmes de développement, ainsi que des stratégies d'intégration régionale, qui généralement ont échoué. D'abord, parce que les décideurs ne les ont pas coordonnés, oubliant que le temps et l'espace sont ici très étroitement associés, et que ces deux politiques volontaristes peuvent se révéler contradictoires, le développement se réalisant par l'ouverture, l'intégration régionale au contraire pouvant répondre à des préoccupations plus restrictives. Ensuite, au niveau des moyens, il a également été oublié que les modifications de structures sont longues, et ici encore antagonistes. On peut rappeler l'opposition entre l'adaptation, indispensable à l'événement à court terme, qui requiert une flexibilité suffisante des moyens, et la volonté requise pour la poursuite de l'objectif à moyen et long termes, qui nécessite une rigueur significative. Constatant ces échecs, il serait toutefois illusoire de croire que la seule logique du marché et de I'harmonisation universelle, chère à la Théorie du Commerce International, puisse assurer en toutes circonstances le développement et l'intégration. L'impatience bien compréhensible des jeunes pays, ne permet pas toujours de laisser jouer les efficiences au gré des événements sur les marchés internationaux, et la volonté d'agir sur l'évolution semble irrépressible. En Afrique notamment, les petits pays ont besoin de l'intégration régionale pour créer les conditions « géographiques» d'une croissance économique, ou pour protéger le développement local naissant. La colonisation encore proche, a constitué un vecteur d'intégration évident, mais «forcé », et pour cette raison inefficace et inacceptable. Une solution a alors été recherchée

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dans la constitution d'unions régionales, sur le modèle qui apparaissait à la même époque en Europe, en associant des pays indépendants et dynamiques, mais aussi soucieux de préserver leurs prérogatives, et les marques de leurs nouveaux
pOUVOIrS.

Le choix de la monnaie comme facteur d'unification régionale, va être le tournant dans l'histoire de l'intégration et du développement africain. C'est à cette occasion que les pays vont montrer leur réelle volonté de s'unir, et de partager les coûts de l'intégration. L'Union Monétaire constitue une organisation particulièrement contraignante, le plus souvent sur la base d'une monnaie unique, qui en Afrique sera « ancrée» à taux fixe, sur le Franc Français. L'originalité du projet, et probablement sa faiblesse, tient essentiellement à la solution qui a été retenue pour faire face au conflit traditionnel dans une union monétaire, entre crédibilité et faisabilité de la politique économique. Pour que la rigueur reste compatible avec la flexibilité, c'est la convertibilité illimitée de la monnaie unique locale, le FCF A, qui a été choisie. Elle assure la souplesse la plus grande dans la gestion des activités extérieures, favorisant ainsi les conditions du développement économique, la garantie de la France assurant par la même occasion la

crédibilité à moyen terme. (1ere Partie)
Pendant plus de trente ans, ces conditions optimales ont d'autant mieux fonctionné, que le long et vigoureux essor mondial a profondément marqué les marchés internationaux. Les moyens étaient disponibles pour un activisme budgétaire favorable à la croissance et à la régulation des chocs, internes et externes, conformément au modèle optimal en économie ouverte, le modèle de MUNDELL-FLEMING. Les résultats ont d'abord été bons, faisant de la Zone Franc

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Africaine une région au devenir prometteur, avec des performances remarquées comme en Côte d'Ivoire et au Cameroun. Mais durant les années 1980, la tendance s'est inversée, et progressivement les équilibres macroéconomiques se sont rompus, faisant apparaître des dysfonctionnements majeurs, révélateurs d'une sousoptimalité non prévue. (l" partie) En janvier 1994, le FCF A était dévalué pour la première fois depuis 1948, et surtout, les unions monétaires africaines étaient totalement restructurées. Les 14 pays africains, la France, les organisations internationales ainsi que les marchés, ont souhaité mettre en place des conditions d'intégration plus efficientes, plus proches des recommandations de la Nouvelle Economie Classique (NEC), et ainsi plus favorables au développement. En associant institutionnellement le marché unique à la monnaie unique, un réel progrès a été réalisé. Les zones monétaires africaines sont devenues de véritables unions monétaires, et la question se pose des perspectives probables de cette expérience qui converge, mais sur une voie spécifique, vers le modèle européen. (3e partie) Trente mois après la dévaluation, et avant même que les nouvelles Unions Monétaires et Economiques puissent avoir joué un rôle essentiel, il est évident que les résultats sont bons pour les économies nationales et pour les unions, proches des objectifs fixés par les institutions internationales et la France qui ont guidé et soutenu les efforts entrepris. Les grands indicateurs évoluent favorablement: stabilisation des prix à un niveau relativement faible, après la hausse très forte due à la dévaluation, croissance de l'activité, en particulier dans les secteurs d'exportation, qui permet une restauration de l'équilibre extérieur, et surtout, bien que plus laborieusement, un rééquilibrage des budgets nationaux. (4e partie)
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Il est néanmoins encore trop tôt pour être totalement rassuré, et affirmer qu'un seuil a été franchi, que les conditions d'un développement véritable ont été créées par l'intégration monétaire. Il convient en effet d'attendre que les autres structures manifestent des signes évidents d'évolution, qui compléteront ces premiers résultats économiques encourageants. La grande difficulté immédiate qui reste à surmonter dans cette nouvelle logique qui se met en place comme en Europe, sera de faire accepter la coopération nécessaire dans la gestion des budgets nationaux, de la coordonner avec la politique monétaire commune qui n'a pas changé, malgré les difficultés qu'elle n'a pas su résoudre. C'est dire que les contraintes nouvelles nées avec les nouvelles unions, vont encore réduire les degrés de liberté de la politique monétaire, et alourdir les ajustements déjà difficilement supportables. Sauf à envisager un rapprochement précoce vers l'Union Européenne, ou à défaut vers le modèle européen. Les marges de fluctuations qui assurent une flexibilité réduite, comparée à la convertibilité illimitée de la Zone Franc Africaine, ainsi qu'une crédibilité institutionnelle, plus faible que celle représentée par la garantie de change, mais toutes deux suffisantes, et certainement plus efficientes pour des pays en développement. Cette solution permettrait également un apprentissage souple et modulable avant l'entrée effective dans la nouvelle forme d'intégration (se partie) Cette plus grande flexibilité, non dénuée de rigueur, pourrait aider les autorités africaines à mieux accepter les nécessaires et inévitables abandons de souveraineté, par ailleurs moins nombreux et mieux étalés dans le temps. Elle assurerait à la fois l'intégration des marchés, des institutions, et des politiques économiques, et permettrait de créer une vaste région de développement, efficace à court terme, et crédible à

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moyen terme. L'Afrique a besoin d'un tel pôle de croissance et de rayonnement, auquel pourraient venir s'associer d'autres pays ou zones monétaires en formation autour de pays de plus grandes dimensions, tel le Nigéria ou encore l'Afrique du Sud.

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-1-

Le développement économique: un rappel et un constat

Longtemps, les sociétés humaines ont évolué au hasard, sans stratégie, en fonction des seuls aléas naturels qu'elles s'efforçaient de surmonter. Très lentement, l'homme s'est organisé dans son environnement naturel, et c'est à partir du moment historiquement proche de nous, où il a pris conscience de son pouvoir sur son avenir, que le développement économique et social s'est mis en marche. Les individus, et avec eux la société, ont alors recherché les moyens permettant d'obtenir le meilleur résultat possible de l'utilisation des ressources naturelles rares, auxquelles on reconnaît traditionnellement trois propriétés. ( L. WALRAS) Un bien rare est échangeable, dès lors qu'il est utile, en ce sens qu'il répond à un besoin connu, répertorié pourrait-on dire, et ressenti par la majorité des membres de la société. En d'autres termes, un bien est économique lorsqu'il répond à un besoin, et il est possible de considérer que l'une des caractéristiques essentielles de toute société, une de ses structures que l'on peut qualifier de culturelle, est constituée de la mémoire collective des réponses qui ont été apportées depuis toujours, par les membres de la société, à cette question fondamentale: quels sont les biens utiles? Ensuite, un tel bien économique est appropriable, c'est à dire qu'il peut faire l'objet d'une appropriation privée. Cette qualité constitue aujourd'hui la réponse à la question de savoir à qui revient le fruit du travail dans la société qui cherche à s'organiser. Il s'agit ici d'établir un lien entre l'individu et la collectivité et, tout au long de son histoire, chaque société a dû apporter des réponses souvent contrastées, qu'elle a gardé en mémoire pour créer ce qu'il est possible d'appeler sa structure institutionnelle ou politique. Il est enfin, et surtout, multipliable. Pour satisfaire les besoins du plus grand nombre, il a fallu trouver des procédés de plus 19

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en plus efficaces pour produire des biens à partir des dotations initiales, et la collectivité a conservé en mémoire les solutions qui se voulaient toutes cohérentes et efficaces en leurs temps, et forment la structure économique de la société. Ces trois structures, spécifiques de l'état de maturité d'une société, définissent en quelques sortes, les «valeurs naturelles» des variables économiques (cf. les Classiques et M. FRIEDMAN, 1968), celles dont elles ne peuvent s'écarter durablement, et qui évoluent lentement, chacune à son rythme, en fonction des difficultés rencontrées et des arbitrages réalisés. Apparaissent ainsi des « sauts qualitatifs », révélateurs d'un développement économique et social.

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-11Le développement et la transformation des structures économiques et sociales

Les structures économiques et sociales qui caractérisent chaque système économique et social, présentent de nombreuses et évidentes relations d'interdépendance, sans que l'on sache précisément, et c'est tout le drame des théories du développement, laquelle est la plus importante pour l'évolution. Il est clair qu'à l'origine de toute modification du comportement humain, il y a la perception d'un besoin nouveau, qui engendre une action. Apparaît alors la difficulté du développement, qui naît très concrètement d'une rupture dans les habitudes de pensée, avec un contexte institutionnel et économique favorable. Il ne peut se manifester qu'à certains moments, à des conditions exceptionnellement rares, et se poursuivre que très lentement, en raison des pesanteurs très lourdes sur les structures.

111) Le développement

comme émancipation vis à

vis des contraintes structurelles

La structure culturelle est par définition contrainte par le poids des traditions, coutumes, et religions, qui freinent ou même interdisent l'initiative individuelle, c'est à dire la libre expressiOl{des goûts, des capacités, des savoirs. La structure institutionnelle est de son côté marquée par l'empreinte lourde et permanente du pouvoir, le plus souvent de la peur banalement physique, voire métaphysique, qui limite l'expression de la liberté. La structure économique enfin, voit son évolution contestée
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par la faiblesse des dotations naturelles, ou par la « loi des rendements décroissants », qui affecte les facteurs de production employés. L'analyse a montré que d'une manière générale et logique, dans un état donné de la technique (K/L = constante), le seul moyen pour une société d'accroître sa production (Y) consiste en l'augmentation successive de chacun des facteurs de production, les autres étant maintenus constants. Mais après de bons résultats initiaux, très vite, l'efficacité nouvelle tend à disparaître, car les rendements marginaux deviennent décroissants. D'abord, dans l'utilisation du travail comme l'a vérifié I'humanité naissante après la Révolution Démographique, lorsqu'elle ne pouvait compter que sur le nombre pour produire davantage; Y = f (L). Puis, dans l'exploitation de l'espace, lors de la Révolution Agricole au Néolithique, lorsqu'il s'est agi de répondre aux défis naturels de l'environnement transformé par des éléments et des évènements incontrôlables, avec une population croissante, Y = f (N, L). Enfin, dans l'usage qui est fait du capital, Y = f (L, N ,K), cet input nouveau et différent, apparu lors de la Révolution Industrielle], en réponse à la nouvelle question posée alors par la société sur la performance du processus productif. Pendant très longtemps, le régulateur des sociétés a été la nature avec ses grands fléaux, et le caractère inexorable des « lois naturelles» avait impressionné les auteurs classiques. Ils ont montré l'importance de la division du travail dans une société guidée par le marché, comme par une «main
I-Expression que l'on doit à TOYNBEE, et événement qu'il situe vers 1760, année de mise en service des hauts fourneaux en Angleterre. fn BLAUG M.: La pensée économique, Economica, 1981 24

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invisible »2, orientant l'investissement du surplus vers les emplois les plus performants. Mais cette pensée classique reste essentiellement universaliste et atemporelle. Le temps et l'espace sont homogènes, les effets des mouvements qui apparaissent aux marges de la société, et qui génèrent les transformations de structures, sont ignorés. Le temps se déroule linéairement, et dans certains cas, il peut faire apparaître le développement, avec de son coté l'espace, c'est à dire l'étendue du marché, qui s'intègre, inerte et partout identique. On a longtemps oublié que le développement économique et social, était l'aboutissement heureux de l'émancipation progressive vis à vis des structures de la société, dans un long processus de transformation continue. Il faut une rupture fondamentale permettant aux agents économiques et à la société, engagés dans une lutte de vitesse entre la « croissance démographique et la croissance de la production» (T.R.MAL THUS 1798), de se donner les moyens de mieux maîtriser le temps par l'investissement et le progrès technique qui lui est lié. Il faut encore que la transformation des structures se produise « en même temps », et « au même endroit », ce qui est très « incertain». Mais dans la mesure où les évolutions sont substantielles, convergentes, et synchrones, hypothèses très improbables (est ce le fruit du hasard comme le dit J. AUSTRUY 1963 7), mais néanmoins possibles, puisque l'histoire nous en montre au moins trois (peut être le fruit de la nécessité 7), on parlera d'étapes de développement3.
2-Adam SMITH: La richesse des nations, 1776, qui rappelle dans l'introduction, que son livre est essentiellement concerné par le développement économique, ses causes et ses conséquences. 3-Les grandes étapes du développement économique et social déjà évoquées: démographique, agricole et industrielle. 25

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L'homme et la société évoluent par dépassement continu des contraintes, en réponse à un besoin fondamental de liberté, et le développement apparaît ainsi comme une longue et difficile quête qui met en jeu toutes les structures, et qui gagne toutes les sociétés. Il ne peut être considéré comme un événement totalement exogène.

112) L'ouverture

comme complément des lois de

régulation interne par le marché4

Tout en participant activement aux débats parlementaires en Grande Bretagne en faveur de projets de lois, dont l'influence sera déterminante pour l'histoire économique moderne, D. RICARDO (1815 et 1818), a montré que l'ouverture extérieure et son corollaire, la spécialisation, pouvaient procurer aux différents pays les mêmes « gains », que ceux que l'échange concurrentiel avait fait apparaître localement entre les agents économiques5.

4_«La loi des valeurs internationales n'est qu'une généralisation de la loi générale de la valeur que nous appelons l'équation de l'offre et de la demande », MILL J.S. , 1848. Cf. également: TORRENS R.: Essai sur le commerce extérieur du blé, 1815 Cités par SILEM A.: Histoire de l'analyse économique, Hachette, 1995, p.79 5-1846: vote par le Parlement Britannique de la loi annulant "la loi sur les grains" qui subventionnait et protégeait les productions agricoles nationales. C'est à cette époque, longtemps après les plaidoyers de 26

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D'abord, il fait apparaître les avantages qu'il y a pour mi pays à augmenter les «dimensions» de son territoire, sans précision toutefois sur la taille optimale, en limitant les protections aux frontières, en particulier sur ses productions agricoles à faible valeur ajoutée. La concurrence accrue permet de restaurer un niveau de rente plus modeste, et de revaloriser les perspectives de vente et de profit pour les produits industriels nationaux. Le développement est favorisé, non grâce aux exportations, mais paradoxalement par les importations dont les quantités augmentent avec des prix en baisse, ce qui accroît les ressources et l' «utilité totale» du pays. Ensuite, il répond à la question de la spécialisation nécessaire car, encore faut il savoir, par quelle production il sera avantageux de remplacer les biens primaires abandonnés. Dans un contexte international statique, c'est à dire avec dotations données entre les pays mais mobiles entre les secteurs à l'intérieur d'un pays, et rendements d'échelle constants6, tout pays peut idéalement augmenter sa richesse

RICARDO, que fut amorcé un mouvement de libéralisation des échanges, auquel il est possible de corréler l'accélération du développement économique mondial, qui s'est poursuivi plus récemment, sous la forme notamment des Accords du G.A.T.T, dont le dernier qui avait débuté en 1986 (Uruguay Round) a été signé en avril 1994. Depuis le 1er janvier 1995 le mouvement se prolonge après la création de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). 6-Les rendements d'échelle, qui ne doivent pas être confondus avec les rendements marginaux des inputs, concernent les résultats de la variation simultanée des inputs et sont souvent appréciés en termes d'homogénéité de la fonction de production. Lorsqu'une augmentation identique de chacun des inputs provoque une hausse du même ordre de l'output, on dit que les rendements d'échelle sont constants (la fonction est homogène de degré I). 27

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par le commerce international, aussi longtemps qu'il peut se procurer des biens sur les marchés internationaux, à des prix relatifs inférieurs à ceux qui s'appliqueraient sur les marchés nationaux, et plus le pays est petit, plus les possibilités de faire croître le revenu national sont élevées. Il reconnaissait implicitement l'aspect territorial du processus, ce qu'il confirmera avec sa théorie de la rente foncière. RICARDO montre ainsi le gain de la spécialisation dans les produits, pour lesquels chaque pays possède un ou des avantages relatifs en termes de coûts. Ce sont les marchés et les prix qui, au plan international, donnent également les bonnes informations pour l'affectation des ressources dans des emplois performants, et il ne faut pas attendre d'avoir un avantage absolu (A. SMITH ), mais simplement un écart de prix relatif favorable, à l'intérieur du pays, pour s'engager dans un processus d'ouverture et de spécialisation à terme profitable pour tous les pays. Le coût supplémentaire de gestion lors de l'arrêt de la politique douanière, sera compensé par le renforcement des termes de l'échange et du revenu disponible, et par une spécialisation plus fine et plus efficace. C'est ainsi que l'Angleterre est devenue « l'usine du monde », en sacrifiant son agriculture et l'utilité de ses agriculteurs, dans un processus de libéralisation par la déréglementation, lors de l'abolition de la loi sur les grains qui taxait les importations de céréales étrangères moins coûteuses. Ce qui a eu pour effet de: - baisser le prix des céréales, et donc le taux de salaire « indexé» sur le prix du pain, - augmenter le profit comprimé entre le salaire et la rente, et menacé à long terme, favoriser ainsi les investissements productifs dans l'industrie,
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- créer un exode massif vers les manufactures urbaines. C'est lS. MILL (1830 et 1848), qui va préciser le niveau des prix d'équilibre, en ajoutant à «la loi des avantages comparatifs », exclusivement tournée du côté de l'offre, la composante demande nécessaire à l'analyse en termes de marché. La demande de chaque pays pour les produits de l'autre pays, et sa sensibilité en fonction de leurs prix, vont fermer le modèle, et la règle d'or du commerce international deviendra la spécialisation dans les produits industriels, qui présentent les plus fortes « élasticités-prix ». HECKSCHER E. et OHLIN B.7, ont ensuite élargi la théorie limitée à deux pays disposant d'un seul facteur de production, le travail. Ils ont proposé une analyse plus générale, valable pour tous les stades de développement, et pour des pays disposant de plusieurs facteurs de production, et d'un niveau technologique comparable. Ce qui est vrai dans une société rurale où l'investissement améliore l'efficacité productive, est également vérifié dans une société industrielle ou en voie d'industrialisation, qui a besoin des marchés mondiaux pour freiner la tendance du taux de profit à diminuer, et avec lui l'investissement, au fur et à mesure que le capital productif augmente, et que sa productivité marginale baisse. Ainsi tout pays, étant donné sa dotation en facteurs, son « état de la technique », sa productivité, et ses économies d'échelle, a intérêt à se spécialiser, et à exporter prioritairement les productions qui incorporent ses facteurs de production abondants, et au contraire, à importer les produits qui nécessitent une part relativement plus élevée de ses facteurs rares.

7_CAYES R. et JONES R.: Economie

Internationale,

A. Colin, 1981

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« ....les bonnes spécialisations sont d'abord celles qui sont conformes aux avantages comparatifs et, ensuite celles qui, parmi toute la gamme des spécialités possibles , ont les perspectives de demande les plus favorables. » (P. ROLLET 1990) Il résultera de la spécialisation internationale, un élargissement « spontané» du marché, ainsi qu'une tendance à l'égalisation des coûts de production dans les différents pays, le facteur rare et coûteux devenant plus abondant et donc moins cher, à la diversification des productions et au développement (EDWARDS S. 1991 et LEAMER E.E. 1992).

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-12-

Les expériences récentes de développement et d'intégration, et leur échec

Les pays industrialisés ont tous emprunté, à des degrés divers et à des moments variés8, cette voie de développement qui consiste d'abord, à exporter des matières premières agricoles et minières à faible valeur ajoutée, puis à se spécialiser en fonction de leurs facteurs relativement abondants, afin d'obtenir les avantages liés aux échanges internationaux (R. CAVES et R. JONES, 1981), et mesurés en termes d'utilité totale. Mais la recette ne semble pas pertinente partout et toujours. Même bien conduite, son succès n'est pas assuré car toujours se pose la question des coûts et des avantages à retirer par chacun des participants, c'est à dire par les « institutions» qui représentent l'entité géographique à développer. L'immense majorité des pays du Sud cherchent encore à découvrir les secrets du développement, c'est à dire les modalités d'une évolution aléatoire dans un espace différentié en transformation permanente. « La planète est perçue désormais comme un monde fini dont tous les pays sont solidaires de l'évolution et co-responsable de l'avenir. » CGP 1993 Lassés d'attendre les performance annoncées de la régulation par le marché international, beaucoup s'interrogent sur la stratégie à mettre en place pour « aider» les efficiences à se manifester. En oubliant semble-t-il, que l'activisme efficace doit passer par un double mouvement très délicat à mettre en place, l'ouverture à la concurrence internationale, et en même temps, l'intégration des territoires. (P. ROBSON 1987)
8-Les régimes à organisation centralisée et aujourd'hui en transition ont admis la supériorité du libre échange sur la base des avantages comparatifs. Même ceux qui bloquent encore leurs structures institutionnelles se sont néanmoins engagés sur les marchés internationaux (Chine, Cuba). 33