//img.uscri.be/pth/5464d3bb80505cd7660beede3b644e7d957b2236
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Intégration monétaire et mutations du système financier international : défis et perspectives

De
260 pages
"Au-delà du bilan de la banque centrale, les réflexions menées au cours de ces deux jours ont été axées sur l'analyse des évolutions de la réflexion économique et financière et les pratiques des banques centrales, ainsi que l'examen des nouveaux défis et des enjeux liés à l'édification et à la consolidation des zones monétaires..." Tiémoko Meyliet KONE, Gouverneur de la BCEAO.
Voir plus Voir moins

n°00448 pel. BR. format : 155x240, dos=19.7 mm00448_couv.indd 1 24/03/2014 18:03:15






Intégration monétaire et mutations du système financier
international : défis et perspectives

Actes du symposium du cinquantième anniversaire de la BCEAO
tenu à Dakar les 5 et 6 novembre 2012




BCEAO





Intégration monétaire et mutations du système financier
international : défis et perspectives

Actes du symposium du cinquantième anniversaire de la BCEAO
tenu à Dakar les 5 et 6 novembre 2012
















































© Banque centrale des États de l’Afrique
de l’Ouest
Avenue Abdoulaye Fadiga – BP 3108 – Dakar – Sénégal




© L’HARMATTAN-SÉNÉGAL, 2014
« Villa rose », rue de Diourbel, Point E, DAKAR

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
senharmattan@gmail.com

ISBN : 978-2-336-30472-4
EAN : 9782336304724


SIGLES ET ABRÉVIATIONS
BAD : Banque africaine de développement
BCE : Banque centrale européenne
(ECB) : (European Central Bank)
BCEAO : Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest
BDEAC : Banque de développement des États de l’Afrique centrale
BEAC : Banque des États de l’Afrique centrale
BOAD : Banque ouest africaine de développement
CAMES : Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur
CEDEAO : Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
CEMAC : Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale
CEPII : Centre d’études prospectives et d’informations internationales
CERDI : Centre d’études et de recherches sur le développement
international
CIRPEE : Centre inter-universitaire sur le risque, les politiques
économiques et l’emploi (École des hautes études commerciales de
Montréal, Canada)
COFEB : Centre ouest africain de formation et d’études bancaires
CPIA : Country Policy and Institutional Assessment
FED : Federal Reserve Bank
FERDI : Fondation pour les études et recherches sur le développement
international
FMI Fonds monétaire international
(IMF) : (International Monetary Fund)
FRBM : Fiscal Responsibility and Budget Management
IADM : Initiative pour l’annulation de la dette multilatérale
MES : Mécanisme européen de stabilité
MESF : Mécanisme européen de stabilité financière
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
7 (OECD) : (Organisation for Economic Co-operation and Development)
PIB : Produit intérieur brut
PME : Petites et moyennes entreprises
PMI : Petites et moyennes industries
PPP : Public Private Partnership
PPTE : Pays pauvres très endettés
REM : Revue Économique et Monétaire
RRDC : Resource-Rich Developing Countries
SFD : Systèmes financiers décentralisés
SSA : Sub-Saharan Africa
TPE : Très petites entreprises
TSCG : Traité intergouvernemental de stabilité, de coordination et de
gouvernance
UMOA : Union monétaire ouest africaine
(WAMU) : (West African Monetary Union)
UEMOA : Union économique et monétaire ouest africaine
(WAEMU) : (West African Economic and Monetary Union)
ZMAO : Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest



8


PRÉFACE
Tiémoko Meyliet Koné
Gouverneur de la BCEAO

Dans le cadre de la célébration de son cinquantième anniversaire,
la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a
organisé un symposium de haut niveau tenu à Dakar, les 5 et 6 novembre
2012, autour du thème : « Intégration monétaire et mutations du
système financier international : défis et perspectives ».
Au-delà du bilan de la Banque centrale, les réflexions menées au
cours de ces deux jours ont été axées sur l’analyse des évolutions de
la réflexion économique et financière et les pratiques des banques
centrales, ainsi que l’examen des nouveaux défis et des enjeux liés à
l’édification et à la consolidation des zones monétaires. Les travaux
ont permis d’identifier les mesures susceptibles de renforcer et
d’approfondir le processus d’intégration économique et monétaire dans les
pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA).
Trois sous-thèmes ont été développés. Le premier sous-thème,
intitulé : « Conduite de la politique monétaire en union monétaire :
défis et perspectives – cas de l’UMOA », a permis de discuter des
mutations du système financier international, qui ont rendu nécessaire
l’adaptation des instruments de la politique monétaire, ainsi que du
dispositif de supervision et de régulation financière.
Le second sous-thème, intitulé : « Rôle des banques centrales dans
le financement de l’économie : leçons de l’expérience des pays
émergents », a, quant à lui, été l’occasion de réfléchir sur des actions
susceptibles d’être engagées par les banques centrales afin de faciliter
le financement de l’activité économique.
Enfin, le troisième sous-thème, intitulé : « Mutations du secteur
financier, croissance économique et stabilité financière : quelles
réponses les banques centrales peuvent-elles apporter ? », a montré que
l’approfondissement du secteur financier facilite la mobilisation de
ressources nécessaires au financement des investissements porteurs de
croissance. Les discussions autour de cette problématique ont mis en
9 évidence, pour des pays comme ceux de l’UEMOA, l’importance de
l’inclusion financière, en vue de donner plus d’opportunités aux
consommateurs de services bancaires et favoriser le développement
des marchés financiers.
Le succès de cette rencontre scientifique est dû en grande partie à
la participation de spécialistes des banques centrales, de la finance,
du monde universitaire et des décideurs provenant des cinq
continents, de pays industrialisés et émergents, ainsi que de pays en
développement. Les interventions des différents participants ont permis un
partage d’expériences diverses, un élargissement de la réflexion
prospective et un recueil d’idées novatrices.
Les présents Actes retracent l’ensemble des présentations et la
substance des débats menés lors du symposium du cinquantième
anniversaire de la BCEAO.
10


INTRODUCTION GÉNÉRALE
Par Bassambié Bationo*
Depuis sa création, la BCEAO, Institut d’émission commun des
pays membres de l’Union monétaire ouest africaine (UMOA), a mis
en œuvre une politique monétaire qui s’est adaptée à un
environnement en permanente évolution.
Au cours des dernières décennies, la conduite de la politique
monétaire s’est inscrite dans un contexte de profondes mutations de
l’environnement économique international, marqué par l’accélération
du phénomène de la mondialisation des économies et des marchés. La
globalisation financière constitue l’une des dimensions les plus
importantes de ce phénomène. Elle s’est traduite notamment par une
intégration croissante des marchés financiers nationaux et l’émergence
progressive, à l’échelle de la planète, d’un marché financier de plus en
plus unifié. L’intégration financière a été accélérée, au cours de ces
dernières années, par la généralisation de la tendance à la
déréglementation, l’assouplissement des réglementations des changes, la
libéralisation corrélative des mouvements de capitaux et des échanges
commerciaux, ainsi que la révolution des technologies de l’information et
de la communication.
Les avantages de la mondialisation financière ont trait
principalement aux effets positifs des flux de capitaux transfrontaliers sur la
croissance, à travers notamment l’augmentation de l’épargne
disponible, la réduction du coût du capital, le transfert technologique et
l’impact positif attendu du développement des secteurs financiers
intérieurs. L’accroissement de ces flux entraîne également une intégration
plus poussée des pays aux échanges internationaux, en favorisant une
progression sensible des exportations.
Nonobstant les avantages sus-indiqués, ce phénomène
s’accompagne de défis majeurs pour la mise en œuvre efficace de politiques
économiques, financières et monétaires. En particulier, la volatilité des

* Directeur de la Recherche et de la Statistique.
11 capitaux à court terme, devenue une composante essentielle des flux
financiers internationaux, accentue l’instabilité dans la sphère
financière. Le comportement souvent imprévisible des acteurs de cette
sphère constitue un facteur important de fragilisation des marchés
financiers et une source de risques systémiques importants,
c’est-àdire susceptibles d’engendrer des crises majeures de l’ensemble du
système monétaire et financier régional ou international. Les
répercussions de la crise financière asiatique des années 1997-1998, celle plus
récente des subprimes qui a pris naissance en 2007 aux États-Unis et
la crise de la dette souveraine qui sévit depuis la fin 2010 dans la Zone
euro, sont particulièrement révélatrices de ce point de vue.
e
La célébration du 50 anniversaire de la BCEAO a coïncidé avec la
survenance de turbulences financières d’une grande ampleur dans
cette zone où les mécanismes mis en place pour réguler le processus
d’intégration semblent connaître des dysfonctionnements. Cette
situation requiert de la part de la BCEAO une réflexion approfondie sur les
questions qui l’interpellent. Il s’agit notamment des contraintes liées à
la mise en œuvre de la politique monétaire dans une union monétaire,
de la mise en place de dispositifs de prévention et de gestion de crises
et de l’amélioration du financement des économies dans un
environnement marqué par des incertitudes liées aux mutations
financières. Dans ce contexte, il a été retenu d’organiser le symposium
sur le thème central : « Intégration monétaire et mutations du système
financier international : défis et perspectives ».
L’objectif principal du symposium était de favoriser les échanges
entre des spécialistes des banques centrales, de la finance, du monde
universitaire et des décideurs sur les défis et les perspectives de la
conduite de la politique monétaire, de la supervision et de la
régulation financière, ainsi que du financement de l’économie dans une
zone monétaire unique, à l’aune des mutations du système financier
international.
Les travaux du symposium se sont déroulés les 5 et 6 novembre
2012 à Dakar. Ces assises ont été l’occasion d’un partage
d’expériences en vue d’identifier des voies appropriées de renforcement des
cadres d’intégration monétaire. À cette occasion, la BCEAO a dégagé
les principaux enseignements de la conduite de la politique monétaire
depuis cinquante ans et fait un bilan des succès et des
contreperformances dans la mise en œuvre de projets structurants visant à
12 promouvoir l’émergence d’un environnement bancaire et financier
communautaire sain.
Les discussions ont pris appui sur trois communications portant sur
les sous-thèmes ci-après :
• « Conduite de la politique monétaire en union monétaire :
défis et perspectives – cas de l’UMOA » ;
• « Rôle des banques centrales dans le financement de
l’économie : leçons de l’expérience des pays émergents » ;
• « Mutations du secteur financier, croissance économique et
stabilité financière : quelles réponses les banques centrales
peuvent-elles apporter ? »
À la suite d’un message audiovisuel de Madame Christine Lagarde,
Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), félicitant
la BCEAO pour ses grandes réalisations, notamment en matière de
stabilité monétaire, de maîtrise de l’inflation et de préservation de
l’équilibre du système financier, la présentation du thème de la session
a été effectuée par Madame Sylviane Guillaumont, Professeur émérite
à l’Université d’Auvergne en France.
La présentation de Madame Guillaumont a souligné deux
risques majeurs pour la conduite de l’action monétaire dans
l’UMOA. Le premier risque est relatif à l’hétérogénéité croissante des
économies de l’Union et le second a trait à la contagion, à l’ensemble
de l’Union, d’une crise bancaire nationale associée à une crise de la
dette souveraine, au fur et à mesure que le marché financier se
développe.
Concernant l’hétérogénéité croissante des économies de l’Union,
Madame Guillaumont relève que la BCEAO est confrontée, dans sa
gestion monétaire, à la faible intégration du marché interbancaire. Les
flux échangés, bien qu’en augmentation ces dernières années, restent
faibles et les flux régionaux sont majoritairement des flux
intragroupes. Les banques ayant un excédent de liquidité préfèrent
constituer des réserves excédentaires auprès de la Banque centrale plutôt
que de prêter à celles qui peinent à respecter le dispositif des réserves
obligatoires. Cette fragmentation du marché interbancaire entraîne une
dispersion des taux interbancaires et affecte les canaux de
transmission de la politique monétaire.
13 Pour le risque de contagion d’une crise bancaire et de dette
souveraine, Madame Guillaumont a affirmé qu’il ne semble pas que,
dans un avenir proche, l’UEMOA puisse connaître une grave crise
bancaire née d’un excès des crédits à l’économie. En revanche, la
BCEAO pourrait être confrontée comme la BCE à une crise de la dette
souveraine, en raison notamment du fait que le Pacte de convergence,
de stabilité, de croissance et de solidarité risque bien de ne pas être un
rempart suffisant contre un déséquilibre rapide des finances publiques.
Madame Guillaumont a par la suite abordé les enseignements que
la BCEAO peut tirer de l’exemple de la Banque centrale européenne,
pour faire face notamment aux deux risques ci-dessus évoqués. Ainsi,
elle a préconisé qu’en présence d’un marché interbancaire fractionné
et de positions de liquidité différentes des banques, il peut être justifié
d’utiliser des instruments monétaires différentiables par pays. Cela
pourrait être une différentiation des taux de réserves obligatoires, bien
que cet instrument soit mal adapté à un réglage fin de la liquidité
bancaire. Elle a également indiqué que la BCEAO peut recourir à des
enchères à taux fixe et quantités illimitées, ainsi qu’à des opérations
d’achat de titres en direction des banques ayant des problèmes de
liquidité.
Cependant, le Professeur Guillaumont a précisé que le traitement
de situations conjoncturelles différentes ne saurait reposer uniquement
sur la politique monétaire, puisque celle-ci doit conserver une certaine
uniformité qui est le principe même d’une union monétaire. Le
renforcement de l’intégration régionale devrait progressivement contribuer à
amortir l’effet de ces chocs et permettre un plus grand partage des
risques, grâce à une mobilité plus grande des biens, des personnes et
des capitaux dans l’espace régional.
Madame Guillaumont a souligné que l’efficacité de la politique
monétaire commune dépend d’une bonne combinaison de celle-ci
avec les politiques budgétaires nationales. Lorsque les États d’une
union monétaire sont soumis à des chocs spécifiques, économiques,
voire politiques, il convient que la politique budgétaire nationale
puisse exercer un rôle contra-cyclique ou que le budget
communautaire puisse venir en aide aux pays en récession afin d’assurer un
certain partage des risques correspondant au principe de solidarité
constitutif de la volonté d’intégration régionale. La question de la
coordination des politiques monétaire et budgétaire est une question
14 encore plus fondamentale face au risque d’une crise financière de
large ampleur associée à une crise de la dette souveraine.
Face aux risques de contagion des crises bancaires et de dette
souveraine, Madame Guillaumont a proposé en premier lieu une
redéfinition des critères du Pacte de convergence, de stabilité, de
croissance et de solidarité, adopté il y a plus de dix ans et des moyens
de renforcer son efficacité, en donnant plus de poids au critère de
l’endettement public dans la surveillance multilatérale des politiques
budgétaires. En second lieu, pour que la Banque centrale ne se
retrouve pas seule face à une crise de la dette souveraine, elle suggère que
des fonds communautaires soient dégagés pour venir en aide aux États
en difficulté, soit parce qu’ils souffrent d’une baisse d’activité
spécifique, soit parce que leur système bancaire ou leur Trésor public subit
une crise de liquidité.
En conclusion, Madame Guillaumont a retenu trois enseignements
principaux pouvant être tirés quant aux conditions d’efficacité de la
politique monétaire commune.
• Lorsque les économies d’une union sont affectées par un choc
exogène spécifique qui se traduit par un manque de confiance entre
banques, dont il résulte une fragmentation du marché interbancaire ou
plus encore lorsque survient une crise de la dette souveraine, la
Banque centrale peut être amenée à recourir à des instruments
quantitatifs et propres à chaque pays afin d’assurer la pérennité de l’Union.
• Cependant, comme le montre là encore l’exemple européen, le
risque d’aléa moral de la part des banques ou des gouvernements, qui
pourrait résulter d’une anticipation selon laquelle la BCEAO adopterait
le même type de comportement que la BCE, doit être combattu par un
renforcement de la régulation prudentielle et de la surveillance
régionale des banques.
• De plus, la coordination des politiques monétaire et budgétaire
est plus que jamais essentielle et devrait se traduire par un plafond
d’endettement soutenable communément accepté, ainsi que par la
constitution préventive d’un fonds de soutien aux États en difficulté.
La deuxième session a été marquée par la communication de
Monsieur Paul Collier, Professeur d’économie à l’Université
d’Oxford (Royaume-Uni), Directeur du « Centre for the Study of
Collier, African Economies ». Le papier de Monsieur intitulé :
15 « Deepening Financial Markets in Francophone West Africa », a
examiné les implications du boom des ressources naturelles pour les
finances publiques et l’investissement et, partant, pour le secteur
financier des pays francophones de l’Afrique de l’Ouest.
Dans son introduction, l’auteur a relevé que l’UEMOA offre à ses
États membres un bien public qui dispose de deux avantages
importants, à savoir un environnement de faible inflation et une monnaie
commune en circulation dans plusieurs petites économies. Ce bien
public peut potentiellement améliorer le fonctionnement du secteur
financier. Ce potentiel pourrait s’accroître en raison notamment du
boom des ressources naturelles que connaît l’Afrique de l’Ouest. La
vague de découvertes de ressources naturelles procure à la plupart des
pays d’Afrique de l’Ouest l’accès à de nouvelles ressources
financières. Ces flux de capitaux entrants offrent une opportunité unique à ces
pays qui tirent déjà avantage de la politique monétaire commune
(faible niveau d’inflation, relative intégration des économies), de
renforcer leurs secteurs financiers et d’intensifier les liens entre
finances publiques, finances privées et investissements. Ces flux de
capitaux présentent un certain nombre d’avantages pour les pays au
nombre desquels la baisse des coûts d’emprunt pour les États (des
ressources plus importantes induisent une baisse des taux d’intérêt).
La taxation des exportations de matières premières génère à son tour
des revenus supplémentaires. Parallèlement, une gestion efficiente et
durable de ces ressources appelle les décideurs publics et privés à
relever un certain nombre de défis qui concernent aussi bien des
éléments « macro-prudentiels » que des changements sectoriels
structurels.
La première partie de sa présentation a porté sur le rôle du secteur
des finances publiques dans l’intensification des investissements
publics. En effet, les ressources naturelles étant épuisables, il est
nécessaire que les investissements publics ne soient pas des éléphants
blancs mais plutôt assez rentables. Pour permettre au secteur public
d’allouer ses fonds à des investissements productifs (et non pas à des
dépenses de consommation souvent imprudentes), gage d’une
politique budgétaire prudente et disciplinée, des règles budgétaires sont
indispensables. L’auteur propose à cet égard une règle budgétaire
glissante (un taux d’épargne d’un niveau modeste la première année
d’exploitation devra atteindre 100% au « dernier baril de pétrole »
extrait, pour prendre l’exemple de ce produit).
16 La volatilité des gains issus des ressources naturelles est le
deuxième problème auquel doivent faire face les États. Pour stabiliser
ces revenus, l’auteur propose aux États ouest-africains de se
« couvrir » (« hedging rule ») en limitant les dépenses publiques dans
le cadre d’une règle de gestion. Cette règle consisterait à identifier
périodiquement le niveau optimal de dépenses (niveau au-dessus
duquel les revenus seraient épargnés et en deçà duquel l’État se
permettrait de convertir certains actifs financiers liquides). Dans la
perspective de l’amélioration de la qualité des investissements publics,
l’auteur a préconisé la création d’un « fonds souverain de
développement » commun pour les 8 pays qui devrait se charger des choix
d’investissement des deniers publics. Ce fonds pourrait être sous la
supervision conjointe de la BCEAO et des ministères en charge des
finances.
La deuxième partie de la présentation a analysé le rôle du secteur
privé dans l’intensification des investissements privés. Dans la
perspective de l’augmentation de la demande d’investissement privé
consécutive à la future croissance économique qu’induirait la
progression des revenus publics, les institutions financières privées doivent
développer de nouvelles expertises pour répondre à ces nouveaux
besoins des agents privés. À cet égard, le secteur financier devrait
davantage investir dans l’immobilier de masse en permettant, par
exemple, aux classes moyennes d’accéder au crédit immobilier à
moindre coût. Dans cette dynamique, les institutions spécialisées
(crédits fonciers, immobiliers, etc.) peuvent émerger, en plus des
banques traditionnelles. Cependant, une telle politique devra
s’accompagner d’un renforcement du cadre législatif. L’auteur a affirmé
également que la micro-finance traditionnelle ne suffira pas pour
satisfaire les besoins d’investissement des entreprises qui sollicitent
plutôt des financements longs. Pour pallier cette difficulté, l’auteur
suggère une prise de participation directe (venture capital) des
structures financières dans les entreprises demandant le financement,
afin de leur fournir le capital de long terme nécessaire.
Dans la troisième partie de la communication, l’auteur a examiné le
rôle des finances publiques dans le développement de l’investissement
privé. Sous certaines conditions, les fonds publics peuvent servir à
soutenir l’investissement privé dans les pays de l’UEMOA. Ces
conditions se réfèrent à des mesures qui préviendraient tout risque de
corruption. Cela pourrait passer par la politique du « quantitative
17 easing » (le financement de l’économie par la Banque centrale grâce
au rachat de bons privés auprès des banques commerciales). Une telle
stratégie permettrait d’éviter d’exposer les fonds publics au risque.
En conclusion, l’auteur a noté que l’Afrique de l’Ouest se trouve à
un moment prometteur lié aux possibilités économiques induites par
les découvertes de ressources naturelles. Pour faire face à ce nouveau
défi, il préconise pour le secteur public la création de deux nouvelles
institutions financières : un « fonds souverain de développement » et
un « fonds souverain de résilience ». D’une part, le « fonds souverain
de développement » est destiné à l’investissement des revenus des
ressources prévues par la loi, ainsi que l’ensemble des fonds
empruntés à l’étranger. D’autre part, il a pour but de renforcer les capacités de
l’investissement public. Quant au « fonds souverain de résilience », il
vise à couvrir à l’avance les États, afin de protéger le budget à court
terme, et enregistrer les recettes excédentaires pour lisser les dépenses
sur le moyen terme.
Dans le secteur privé, l’auteur a suggéré, d’un côté, d’encourager
les sociétés privées de construction à financer des logements à prix
modique formel. D’un autre, il propose l’encouragement des sociétés
de capital-risque à financer les investissements à long terme des
entreprises établies. Enfin, tout en étant prudent quant à
l’acheminement des recettes publiques vers l’investissement privé, l’auteur
suggère que les excédents publics soient canalisés au niveau des
sociétés de construction.
Les travaux de la troisième session se sont appuyés sur la
communication de Monsieur David Fielding, Professeur
d’économie à l’Université d’Otago (Nouvelle-Zélande), intitulée :
« Financial Sector Development and Economic Growth in
Africa », article examinant les tendances globales des indicateurs
financiers au cours de la dernière décennie par la mise en évidence de
l’amélioration de la situation des banques commerciales de l’UEMOA
dont la performance est particulièrement encourageante.
Pour introduire le thème, l’auteur est parti du constat fait par une
1étude récente de la Banque mondiale (Honohan et Beck, 2007) qui a
montré qu’une fraction anormalement faible de l’épargne dans les

1
Honohan, P. & Beck, T. (2007) Making Finance Work for Africa, The World
Bank, Washington, DC.
18 banques africaines est canalisée dans des projets d’investissement
nationaux. Ce problème se manifeste de deux façons. Tout d’abord,
une fraction relativement élevée de dépôts bancaires africains est
détenue à l’étranger. Honohan et Beck ont estimé que le ratio moyen
des dépôts à l’étranger rapportés aux dépôts bancaires domestiques en
Afrique subsaharienne est d’environ 0,5, comparativement à environ
0,3 en Amérique latine et en dessous de 0,2 dans d’autres régions du
monde. Ensuite, une fraction anormalement faible des dépôts des
banques nationales africaines se transforme en prêts bancaires
domestiques. La fraction moyenne en Afrique subsaharienne est en dessous
de 0,3, comparativement à plus de 0,7 dans les pays à revenu élevé et
supérieur à 0,5 dans d’autres régions du monde en développement. En
conséquence, la part des dépôts détenus par les banques africaines
sous forme d’actifs liquides (0,2) et d’actifs étrangers (0,2) est plus
élevée que dans d’autres parties du monde. Cela signifie que la
mobilisation de l’épargne ne semble pas représenter une contrainte sur
la capacité des banques africaines à prêter. En revanche, les banques
africaines se plaignent d’un manque d’emprunteurs solvables tandis
que dans le même temps les ménages et les entreprises se plaignent du
manque de crédit.
La première partie de la présentation a procédé à une analyse
statistique de quelques agrégats financiers durant la période récente
pour les banques d’Afrique subsaharienne. Il ressort de ces données
un certain optimisme pour cette région en raison de l’existence d’une
tendance favorable à l’approfondissement financier. Toutefois, dans
l’UEMOA, cet approfondissement ne s’est pas accompagné d’une
croissance de liquidités ou d’actifs étrangers. En outre, dans cette
zone, la part moyenne des actifs bancaires affectés au financement du
secteur privé est encore faible par rapport aux standards de l’OCDE.
Dans la deuxième partie de sa communication, l’auteur a analysé
l’impact de la structure des actifs des banques sur leur performance à
travers un modèle explicatif du ratio des prêts sur les actifs. Dans son
modèle théorique, chaque banque court le risque de défaut de certains
de ses emprunteurs. Un emprunteur a tendance à faire défaut sur un
prêt si le coût du remboursement excède le coût attendu de défaut
(c’est-à-dire la probabilité pour que la banque prenne des mesures,
avec succès, contre l’emprunteur multiplié par la sanction imposée par
la loi). Ainsi, en utilisant les données individuelles sur les banques
africaines tirées de la base de données « Bank Scope », l’auteur a
19 montré qu’il est possible de tester la prédiction selon laquelle au-delà
d’un certain seuil, la qualité du cadre réglementaire et la réputation de
l’emprunteur n’ont pas d’effets sur le volume des prêts octroyés par
les banques. L’analyse statistique est basée sur des observations
annuelles des ratios « prêts sur actifs » de 194 banques dans 32 pays
pendant la période 1998-2008. Le modèle évalue dans quelle mesure
les variables ci-après influent sur le ratio des prêts rapportés aux actifs
d’une banque :
• taux de défaut sur les prêts passés de la banque (réputation de
l’emprunteur) ;
• âge et taille des banques ;
• croissance du PIB du pays dans lequel la banque exerce ;
• qualité de l’exécution des contrats du pays dans lequel la banque
2
opère .
Les résultats obtenus par l’auteur ont mis en évidence l’existence
d’un effet de seuil. En effet, parmi les banques exerçant dans des pays
ayant un niveau relativement faible de la qualité de la réglementation
(en dessous de la moyenne mondiale), des améliorations marginales à
la fois de la qualité de réglementation et du taux de défaut ont un
impact significatif et positif sur le ratio des prêts rapportés aux actifs.
La taille des banques et le taux de croissance du PIB ont également un
impact positif et significatif sur la variable dépendante. Dans les pays
ayant un meilleur cadre réglementaire, l’amélioration supplémentaire
de la qualité de la réglementation et la réputation de l’emprunteur
n’affectent pas le financement bancaire. L’étude montre également
qu’en moyenne, les banques exerçant dans un environnement
réglementaire plus sûr ont un ratio « prêts/actifs » plus élevé (63%) que
celles opérant dans des pays avec un système juridique et judiciaire de
moindre qualité (43%).
En conclusion, l’auteur suggère, premièrement, des mesures pour
accroître la contribution des banques au financement des projets
porteurs de croissance, tout en garantissant la stabilité du système
financier. À cet égard, il met un accent particulier sur l’amélioration
de l’environnement juridique. Toutefois, il a précisé qu’il n’est pas

2
Ce critère est mesuré par l'indice de qualité de la réglementation mis au point par
la Banque mondiale.
20 nécessaire, du point de vue du secteur bancaire, d’avoir un cadre
réglementaire parfait (A+). Un environnement réglementaire de moins
bonne qualité (B-) fonctionnera tout aussi bien. Atteindre la moyenne
historique internationale est un objectif approprié pour l’Afrique. En
conséquence, des mesures supplémentaires sont nécessaires pour
atteindre cet objectif. Dans l’UEMOA, certains pays comme le
Burkina Faso et le Sénégal ont des environnements réglementaires très
proches de la moyenne mondiale, telle que mesurée par la qualité de la
réglementation. Dans ces pays, la moyenne du ratio des prêts
rapportés aux actifs est supérieure à 60%. En revanche, dans d’autres pays
comme la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau et le Togo, qui ont des
environnements réglementaires de moins bonne qualité (mais parmi
les mieux classés en Afrique), le ratio des prêts rapportés aux actifs est
inférieur à 50%.
Deuxièmement, il considère que les pouvoirs publics devraient
accroître leurs efforts en vue de la mise en place de bureaux de crédit
et d’autres mécanismes permettant d’obtenir l’information la plus
complète possible sur les clients potentiels. Toutefois, à ce stade,
l’Afrique se situe au même niveau que la plupart des pays en
développement. Il semble urgent que les banques centrales notamment
élargissent leurs actions en vue d’améliorer les conditions de
l’intermédiation financière en Afrique.

21



CÉRÉMONIE D’OUVERTURE




ALLOCUTION DE BIENVENUE
DE MONSIEUR TIÉMOKO MEYLIET KONÉ
Gouverneur de la BCEAO

Excellence, Monsieur le Président de la République du Sénégal,
Messieurs les Premiers ministres,
Messieurs les Ministres,
Messieurs les Présidents des Organes et Institutions de l’UEMOA,
Monsieur le Directeur général adjoint du Fonds monétaire
international,
Mesdames et Messieurs les Gouverneurs de banques centrales,
Mesdames et Messieurs les Professeurs et Chercheurs,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
C’est pour moi un insigne honneur et un grand plaisir, en ma
qualité de Gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de
l’Ouest, de souhaiter la bienvenue à son Excellence Monsieur Macky
Sall, Président de la République du Sénégal, pays hôte du siège de la
BCEAO, qui a bien voulu accepter de présider cette cérémonie
d’ouverture.
Monsieur le Président, votre présence parmi nous ce matin
témoigne de votre attachement à l’Union monétaire ouest africaine et
à la Banque centrale. En effet, samedi dernier, vous avez accepté de
représenter le Président de la Conférence des Chefs d’État et de
gouvernement de l’UEMOA à la cérémonie de lancement du billet de
500 FCFA et aujourd’hui vous présidez la cérémonie d’ouverture du
symposium. Je voudrais, à cet égard, vous exprimer ma profonde
gratitude, ainsi que celle de l’ensemble du personnel de la Banque
centrale pour votre sollicitude.
Je voudrais également exprimer ma reconnaissance aux membres
des Organes et Institutions de l’Union et de la BCEAO.
25