L'après 1993

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296277489
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L'APRES 1993 :
NOUVELLE DONNE SUR L'ECIllQUIER INDUSTRIEL EUROPEEN

Collection Dynamiques d'Entreprises

ALTERSOHN Claude, De la sous-traitance au partenariat industriel, 1992.
LOQUET Patrick, Sauver l'emploi et développer les compétences, le double enjeu de la gestion prévisionnelle des hommes et des emplois, 1992. SUMIKO HIRATA Héléna (00.), Autour du «modèle» japonais. Automatisation, nouvelles.formes d'organisation et de relations au travail, 1992.

GILBERT Patrick, GILLOT Claudine, Le management des apparences. Incantations, pratiques magiques et management, 1993.

Jean-Pierre

HUSSON - Yves André PEREZ

L'APRES 1993: NOUVELLE DONNE SUR L'ECHIQUIER INDUSTRIEL EUROPEEN
Préface d'Etienne
Président

DA VIGNON

de la Société Générale de Belgique, Ancien Vice-Président de la COlDlDission des Communautés Européennes

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@

L'Harmattan, 1993
2-7384-1898-8

ISBN:

REMERCIEMENTS

Nous adressons tous nos remerciements à Monsieur Philippe DE MONTGOLFIER, PDG de la Société de conseil ESSOR EUROPE à Paris qui nous a ouvert ses locaux et son Centte de Documentation afin que nous puissions y ttavailler. Nous tenons à remercier Monsieur Aïssa DERMOUCHE, Directeur Général du Groupe Ecole Supérieure de Commercede Nantes pour l'intérêt qu'il a manifesté depuis l'origine pour ce travail, Monsieur Richard GROSSIN de la Société BERTIN, Monsieur Pierre LEPETIT du groupe THOMSON,et les nombreux anciens collègues de Jean-Pierre HUSSON à la Direction Générale n° XII et à la Direction Généralen° XIII de la Commission des CommunautésEuropéennes. Nos remerciementsvont également à Mademoiselle Nathalie DUCROQUETqui a assuré, avec compétence et patience, la frappe et la mise en fonne défmitive de notre manuscrit.

TABLE DES MATIERES

PREFACE INTRODUCfION PREMIEREPARTIE Dynamique du grand marché et nouvelle donne industrielle européenne Chapitre I L'impact du marché unique sur les stratégies des entreprises européennes 1.1 Un impact différencié en fonction des types d'environnements concurrentiels concernés 1.2 L'émergence de nouvelles fonnes de compétition stratégique entre les entreprises à l'horizon 1993

p. 5 p. 15
p.21

p.25 p.27
p. 33

Chapitre II "Big is beautiful" : les entreprises européennes à la recherche de la taille critique p. 41 Il.1 Les facteurs explicatifs de la course à la taille critique: une obsession généralisée p. 43 Il.2 La concentration industrielle: une nouvelle source d'avantages concurrentiels pour les entreprises européennes p. 46

Chapitre III La politique de la concurrence de la CEE: entre la rhétorique p. 57 libérale et la tentation dirigiste In.1 La Commission, super-gendanne de la concurrence? : p. 60 La lutte contre les aides publiques et les distorsions de concurrence 111.2 Respect des règles communautaires: les bons et les mauvais élèves de la classe européenne p. 67

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DEUXIEME

PARTIE

Restructurations industrielles en Europe: entre laissez-faireet volontarisme Chapitre IV Derrière le boom des fusions-acquisitionsdans la CEE : européanisation ou nouvelle vague de mondialisationdes entreprises? IV.1 Fusions-acquisitionsen Europe: l'évolution récente IV.2 Euro-mariages ou alliancesmondiales? : le dessous des cartes

p. 77 p.81 p.84 p. 90

Chapitre V Le double jeu des Etats ou le résistible déclin des nationalismes industriels p. 101 V.1 La sUIVi ance de chasses gardées et de v protectionnismes rampants, diffus et tenaces V.2 Ultra-libéraux ou dirigistes : les 'Etats demeurent omniprésents dans la nouvelle donne industrielle Chapitre VI Cow-boys et samouraïs à l'assaut du grand marché

p. 104 p.111

P .123 Vll Les cow-boys: premiers et véritables "européens" ? p. 126 p. 132 VI.2 Les samouraïs ou l'audace des derniers arrivants

TROISIEME PARTIE Les nouvelles batailles sur l'échiquier industriel européen Chapitre VII Chroniques d'une guerre économique annoncée VII.1 Une guerre sur deux fronts

p. 143
p.147 p. 150

VII.2 Les premiers blessés: l'automobile et l'électronique p. 156

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Chapitre vm
"Europe aux frontières" ou "Europe sans rivages" ? : Le nouveau dilemme de la CEE dans la bataille économique mondiale VIII.l Le retour des tentations protectionnistes VIII.2Vers de nouveaux "Rounds" de négociation mondiale: négocier et combattre Chapitre IX La quête inachevée de la Politique Industrielle Commune IX.l Heurs et malheurs de la politique européenne de Recherche- Développement IX.2 Réflexions et propositions pour une Politique Industrielle Commune à moyen tenne

p. 165 p. 168 p. 173

p. 181 p. 186 p. 193

CONCLUSION ANNEXES USTEDESTABLEAUX BIBUOGRAPHIE

p.201 p.207 p.221 p.223

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PREFACE
COMMUNAUTE EUROPEENNE ET INDUSTRIE
Comme le retour des hirondelles signale le printemps, la réouverture des discussions sur l'opportunité d'une politique industrielle européenne coïncide avec la dégradation de la conjoncture. Ce n'est certainement pas un reproche que l'on peut faire à Mr HUSSON et Mr PEREZ, qui ont toujours su déceler l'importance pour la Communauté de la mutation de l'environnement industriel. Pour essayer de faire le point sur ce thème si controversé, il convient d'abord de rappeler que la Communauté Européenne demeure marquée - et la tempête autour du Traité de Maastricht n'a fait que le confmner - par deux phénomènes contradictoires: - la Communauté, compte tenu d'un désaccord qui persiste entre ses Etats membres sur la détermination de son objectif final, connaît toujours un retard significatif sur la voie de son achèvement politique - cette lacune n'a pas gravement entravé son projet économique et commercial et n'a pas empêché les opérateurs économiques d'anticiper de manière constante, la réalité juridique et donc d'éliminer en partie au niveau de la réalité économique, les soubresauts et les retards de la délibération politique. L Que faire? Bien entendu, je pars de l'idée que nous écartons l'option protectionniste qui consisterait à privilégier le marché intérieur communautaire en oubliant qu'aujourd'hui encore, la Communauté est vulnérable à l'évolution du reste du monde. L'Europe est en effet dépendante pour ses approvisionnements en matières premières et en énergie, mais exportatrice nette en produits finis et en services.

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Nous avons besoin d'une production industrielle sans laquelle notre économie ne retrouvera pas le second souffle dont elle a besoin., mais, nous n'y parviendrons que dans la mesure où notre capacité industrielle dispose des mêmes caractéristiques d'efficacité et de qualité que celles de nos principaux concurrents industriels d'Amérique du Nord, d'Asie ou du Japon. C'est donc tout à fait logiquement que la priorité du marché intérieur s'est imposée à chacun et qu'il a été possible d'accomplir au 1er Janvier 1993 une étape qui, j'espère, sera décisive. L'existence de ce marché intérieur véritablement commun doit pennettre aux industriels d'entreprendre, au niveau de leur analyse de marché, des actions suffisamment précises pour que l'incertitude qui existe toujours par rapport à toute initiative, soit réduite à ce qui est supportable. Si on veut éliminer cette hypothèque, éliminons l'économie de marché! Mais on peut certainement ramener l'incertitude à ce qui est tolérable. C'est la différence entre un risque lié aux opportunités offertes par l'économie de marché et l'aventure, dans la mesure où l'environnement dans lequel l'industrie opére n'est ni connu, ni prévisible. Je crois que c'est ainsi que le problème se pose. Lorsqu'on étudie l'avantage que donne au producteur le fait d'être près de son marché par rapport à "celui qui vient de l'extérieur", on peut le chiffrer, dans un certain nombre de secteurs, en tennes très précis au niveau du lien avec la clientèle, de l'assistance qu'il peut lui fournir et des relations avec les soustraitants. C'est cela la préférence communautaire. Ce n'est pas une discrimination au niveau douanier, mais un avantage par rapport à la connaissance du marché. Mais ce grand marché demeure vulnérable dans la mesure où la convergence économique ne se réaliserait pas, où aux entraves existantes s'ajouteraient de nouvelles, où les distorsions nées des aides publiques s'accroîtraient et où la politique de concurrence ne s'adapterait pas à ces nouvelles circonstances. 6

Convergence économique Si le grand marché a pu se réaliser en' grande partie, c'est parce que les économies des Etats membres n'étaient plus à ce point divergentes. En d'autres mots, ce que "rapportait" aux Etats membres le maintien de mécanismes protecteurs, n'était plus avantageux par rapport à la perte, en termes d'opportunités de développement, qui résultait du maintien d'un marché intérieur fractionné. C'était le coût de la non Europe. n serait faux de croire, qu'en période de basse conjoncture, ne peuvent renaître les tentations par le retour à ces mesures transitoires qui apportent un soulagement immédiat, mais qui entraînent un déficit de compétitivité qu'il deviendra de plus en plus difficile de combler. L'expérience prouve que l'instrument monétaire est le plus efficace pour entraîner la convergence des économies. L'union monétaire sera donc le garant du bon fonctionnement du marché intérieur. Les doutes sur cette finalité créeront l'incertitude au niveau des investisseurs et un ralentissement certain du dynamisme économique. D'autre part, l'instabilité monétaire donnera inéluctablement cours à cette "dévaluation" compétitive, que ceux qui en subissent les dommages ne voudront pas accepter sans réaction. Accroissement des entraves Au fur et à mesure du développement de notre société, de nouvelles réglementations se mettent en place. Il est essentiel que leurs répercussions économiques, au niveau européen, puissent être appréciées. Qui voudrait contester les mesures indispensables à prendre pour préserver notre environnement pour les générations futures? Mais la disparité des réglementations peut conduire à des distorsions de concurrence qui affecteront gravement l'homogénéité de notre marché intérieur. Par ailleurs, la différence d'approche à l'égard des pro7

blèmes très complexes comme ceux de la bio-éthique, peut conduire des secteurs nouveaux à ne pouvoir se développer qu'aux Etats-Unis et au Japon, du fait de réglementations atTêtées au seul niveau national. Aidespubliques La Communauté est confrontée au fait que tous les Etats membres ne connaissant pas le même niveau de développement,la solidarité communautaire est un élément indispensable de la construction européenne. fi subsistera dès lors des aides communautaires et nationales, mais qui doivent être gérées de manière à.ne pas créer des distorsions inacceptables. Par ailleurs, dans des périodes de basse conjoncture, les marges de manoeuvre politique diminuent et il est essentiel pour la Commtinauté de ne pas laisser se détériorer des situations sectorielles qui risquent de provoquer des réactions improvisées, en ordre dispersé et par le même fait, contradictoireset inefficaces. La situation de la sidérurgie offre aujourd'huiun exemple tout à fait significatif: quasi automatiquement les prix de vente s'alignent, dans tous les Etats membres, sur le prix le plus bas offert. On pourrait en déduire que nous nous trouvons, comme les économistes nous l'ont appris, dans un état de concurrenceidéale. Cependant, dans le même temps, les pertes énormes que cette situation entraîne, ne provoquent pas, vu leur impact régional et sur l'emploi, les fennetures d'installations. Tout le monde est en perte et les structuresde production restent identiques. La situation devient abérrante.Personne ne conteste la compétitivité japonaise, or les prix sidérurgiquespratiqués au Japonpennettraient, à la plupart des usines européennes,de connaître une rentabilité acceptable. La Communauté a donc une responsabi1itéà laquelle elle ne peut se dérober. Pour éviter les tentations funestes d'un retour sauvage à la subsidiation ouverte ou occulte, les autoritésde la Communautéont la responsabilité d'assurer une restructuration cohérente, qui maintienne, entre sidérurgistes, une concurrenceindispensable. Concurrence
La politique de la concurrence est également une composante du marché unique, mais il convient de réviser la façon dont elle est 8

conduite, en fonction des nouvelles réalités économiques de la concurrence internationale. fi faut que les chefs d'entreprise aient la liberté de restructurer leurs opérations à l'échelle européenne, là justement où des entreprises fortes et compétitivespeuventnaitre et prospérer. fi incombe au marché de décider de la vie ou de la mort de telle ou telle entreprise, aux pouvoirs publics de veiller au bon fonctionnement des mécanismes du marché, aux industriels d'assurer la compétitivité. La Communauté européenne quant à elle, doit aujourd'hui revoir sa politique de la concurrence dans le contexte du marché unique et des exigences de la compétitivitémondiale. II. Le premier axe d'une action industrielle est donc, comme je viens de tenter de le démontrer, l'existence et le développement du marché intérieur. Mais l'Europe fait partie du monde et elle est influencée par le comportement des autres. La politique commerciale est donc le second axe indispensble de l'environnement industriel communautaire.
Cette politique est aujourd'hui plus cruciale que jamais, puisqu'elle doit traiter simultanément - de grands équilibres entre pays industrialisés et c'est l'enjeu principal des négociations au GAIT de la stratégie à suivre pour intégrer les anciens pays communistes d'Europe et de l'Union Soviétique dans notre système démocratique d'économie de marché - des relations avec les pays en voie de développement, au premier rang desquels figurent les pays de la Convention de Lomé traditionnellement dépendants de l'Europe.

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La politique commerciale doit prendre en compte nos intérêts économiques de manière telle que la liberté des échanges demeure le principe sur lequel se fonde le système, mais l'égalité de traitement, entre grands concurrents industriels, en est la garantie. Pour que cet équilibre délicat soit atteint, une liste précise d'objectifs prioritaires doit être définie au regard desquels des conc~ssions peuvent être envisagées. La réciprocité des avantages, appréciée sur une base globale, est un critère auquel on ne peut échapper; s'y est ajoutée maintenant, la nécessité d'obtenir, pour les entreprises européennes, le droit de bénéficier aux Etats-Unis et au Japon du régime réservé aux entreprises "nationales" de ces pays. 9

Cela concerne au premier degré les industriels européens qui, comme aux Etats-Unis, doivent apprendre à dialoguer de manière continue avec les autorités communautairespour fixer les objectifs d'ensemble et non pour se contenter de chercher à faire prévaloir, secteur par secteur, leurs préférences laissant aux autres le soin de faire la synthèse. C'est ce qui est nécessaire,souhaitableet possible. ID. Mr HUSSON et Mr PEREZ évoquent aussi les actions industrielles spécifiques. J'ai déjà mentionné la responsabilité communautaire dans l'accompagnement de la restructuration industrielle et je m'en voudrais de ne pas mentionner ici, d'une manière générale, le défi de la fonnation. L'adaptation de nos structures d'instruction et de fonnation, pour qu'elles puissent prendre en compte le changement de notre monde et donner la capacité à la force de travail de s'ajuster à ces bouleversements, est un élément clé de notre compétitivité industrielle. Elle est donc au coeur de la politique industrielle. Sur un plan plus spécifique, les chapitres que consacrent Mr HUSSON et Mr PEREZ portent sur deux thèmes essentiels: la recherche et le développement, et la nonnalisation, sont d'une grande lucidité. Il n'y a plus de temps à perdre. La Communauté Européenne doit assumer,au niveau de la recherche, une triple responsabilité: a) Par un dialogue renouvelé avec les scientifiques et les universités, essayer, au niveau de la prospective, d'alerter les acteurs économiques sur les changements à attendre, sur les lacunes qui demeurent et proposer les remèdes et accompagner les actions indispensables. b) Pour les grands projets, organiser une vraie collaboration européenne. c) Favoriser par des incitants juridiques et financiers la collaboration entre entreprises sur des projets spécifiques transnationaux en Europe. A cet égard, il faut supprimer l'interdiction désuète, qui écarte la possibilité pour les entreprises bénéficiant d'un appui de la Communauté, de poursuivre leur coopération dans la recherche au delà du stade précompétitif. La nonnalisation est un sujet technique ardu, mais il est essentiel pour donner toute sa significationau marché intérieuret permettre une véritable ouverture des marchés publics. Si je ne sais toujours pas quelle est la bonne définition de la 10

politique industrielle, je suis toujours plus convaincu que sans industrie, il n'y a pas de grande économie et que l'industrie ne peut se développer et accepter les dures règles de la compétitivité que dans la mesure où le pouvoir public veille à ce que l'environnement lui demeure favorable. fi n'est donc pas anonnaI que mon dernier propros porte sur les instnunents de cette action. Le double jeu est ici souvent la règle; elle consiste, la plupart du temps pour le moins, à prétendre, sur le plan des principes, renforcer les moyens d'actions de la Communauté, tout en les contestant dans la pratique en vue, sur le plan national, de chercher à conserver des pouvoirs dont les Etats n'ont souvent plus la possibilité de faire bon usage. fi n'y a pas de bonnes actions industrielles sans bonnes institutions communautaires. Mr HUSSON, qui a vécu ces problèmes, a compris l'importance de ce facteur. Sur le plan économique, tout se tient et la fatalité ne devient la règle que dans la mesure où la volonté et la capacité de décider n'existent pas.

Etienne Davignon Président de la Société Générale de Belgique, Ancien Vice-Président de la Commission des Communautés Européennes

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INTRODUCTION

Le présent ouvrage se propose de réfléchir sur les politiques et les stratégies industrielles européennes "fin de siècle". n s'articu1e autour d'une double conviction:

- la première est que l'industrie est - et demeurera - un référentiel incontestable de mesure de la puissance économique des nations ou des fédérations de nations. - la seconde est que l'Europe ne saurait exister dans la compétition économique mondiale si elle limite son ambition à n'être qu'un simple espace marchand, une zone offerte plutÔt qu'ouverte à la concurrence du grand large.
L'idée force, le fil conducteur de ce livre, est que l'Europe industrielle ne naîtra pas spontanément de la libération des forces du marché, mais également d'initiatives communes et de stratégies concertées. L'EUROPE: PUISSANCE ET FRAGILITE ECONOMIQUE MONDIAL EN DEVENIR. D'UN GEANT

A l'aube des années quatre vingts, la plupart des experts décrivaient l'Europe comme un continent en perte de vitesse, voué à un déclin industriel et technologique irrémédiable. A les entendre, le coeur de "l'économie-monde" était en train de basculer des rivages de l'Atlantique vers ceux du Pacifique. Dix ans plus tard, leur verdict est devenu plus nuancé, et certains d'entre eux, comme par exemple, l'économiste Lester Thurow, professeur au MIT, vont même jusqu'à voir dans l'Europe, la future grande puissance économique du XXI ème siècle (1). "Europa is back", l'Europe est de retour! (2). En dix ans, elle aura réussi le tour de force de passer de l'inexistence à la reconnaissance existentielle - ou à tout le moins à un début d'existence dans la compétition économique mondiale.

A l'origine de ce "come back", on trouve le lancement du projet de Grand Marché, projet tardif et qui ne fait que concrétiser les dispositions prévues par les signataires du Traité de Rome en 15

1956. Bien que plus lente et difficile que prévue, la mise en oeuvre progressive du Marché Unique a créé une dynamique contagieuse. A l'intérieur de la Communauté, elle a stimulé l'esprit d'e compétition des entreprises en leur offrant un nouvel horizon, un nouveau mythe directeur. A l'extérieur, ce projet a contribué à modifier en profondeur l'image que se faisaient de l'Europe nos principauxconcurrents. Les entreprises américaines et japonaises n'ont pas tardé à saisir l'importance stratégique de ce marché, et elles ont mis à profit toutes les brèches ouvertes par le démantèlementdes frontières internes entre les Etats membres et l'affaiblissement des tutelles publiques, afm de renforcer leur implantation au sein de la Communauté.
Cependant, cette montée en puissance de l'Europe demeure fragile et incertaine. Alors même qu'elle se trouve menacée par la virulence redoublée de la guerre économique et commerciale qui l'oppose aux Etats-Unis et au Japon, par la déstabilisation économique et politique des pays de l'Europe de l'Est et du Bassin Méditerranéen, l'Europe reste à ce jour, une construction inachevée. En effet, le Grand Marché ne constitue que le premier étage de la Maison Europe. Il manque encore les étages supérieurs de la maison prévus par les architectes, à savoir une monnaie unique - car comment concevoir à tenne le fonctionnement d'un Marché Unique avec le maintien de douze monnaies.différentes! une politique étrangère et une politique de défense communes.

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Si elle ne parvenait pas à se doter de telles politiques organiques, la "Maison Europe" risquerait fort de n'être à la fin du siècle qu'une "expression géographique", qu'un espace de libre-échange, un objet plutÔt qu'un acteur de l'histoire. Ces réflexions s'appliquent tout particulièrement à la sphère de l'industrie européenne travaillée de l'intérieur par les gennes de résurgence des nationalismes industriels, et menacée- de l'extérieur, par une concurrence américaine et japonaise avivée. Dans cette perspective, la question reste posée, l'industrie sera-t-elle plutÔt un frein ou un catalyseur de l'intégration économique européenne?

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LtINDUSTRIE: FREIN OU CATALYSEUR DE LtINTEGRA TION ECONOMIQUE EUROPEENNE? L'échiquier industriel européen est le champ privilégié d'intenses rivalités entre les entreprises des pays de la TRIADE. Ces compétitions ont pour enjeux majeurs le contrOledes fIlières, des marchés, et des technologies-clés qui orientent le développement industriel mondial. Au cours de ces conflits économiques et commerciaux,lorsqu'elles choisissent d'y participer en ordre dispersé, les entreprises européennes enregistrent le plus souvent de sévères déconvenues, comme en témoignent les cas récents de l'électronique et de l'infonnatique. Car, en effet, rares sont celles qui ont réussi, à l'instar de leurs concurrentes américaines ou japonaises, à se doter d'une véritable capacité stratégique à l'échellemondiale. Par contre, lorsqu'elles parviennent à agir en commun et à développer une pédagogie de Itaction concertée, les entreprises européennes sont alors en mesure de remporter de réels succès, et de remettre en cause l'hégémonie sans partage qu'exerçent les Etats-Unis dans certains secteurs tels que l'aéronautique,l'espace, la défense ou le nucléaire. LtEUROPE INDUSTRIELLE ENTRE DEUX RIVES: LAISSEZ-F AIRE OU STRATEGIES CONCERTEES? Positive en soi, la dynamiqueengendréepar la mise en chantier du Grand Marché ne pennet pas de garantir l'émergence d'une véritable Europe industrielle. La libération des forces du Marché, orchestrée par le Marché Unique, constitue assurément une étape nécessaire mais non suffisante. Cette libération, si elle n'est pas prolongée rapidement par une véritable politique industrielle commune, risque d'accélérer le déclin de pans entiers de l'industrie européenne. Une telle Europe serait de plus en plus vulnérable aux initiatives des entreprises d'Outre-Atlantiqueou d'Asie du Sud-Est. Le risque demeure donc entier qu'en l'absence de projets fédérateurs d'envergure, la Communauté ne se dilue progressivement dans un ensemble plus vaste, aux liens plus lâches que ceux qui unissent actuellementles Etats membres et sans autre ambition que de constituer une vaste zone de libre-échange. 17

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