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L’ENTREPRENEUR FRANÇAIS
MODÈLE POUR LE XXI e SIECLE

Cet ouvrage est issu de ma thèse de doctorat effectuée au laboratoire LATAPSES-IDEFI-CNRS à Nice, sous la direction du Professeur Richard Arena, qui a été soutenue le 8 mars 2001 : L’analyse de la gestion des entreprises chez Jean-Baptiste Say : contenu et postérité intellectuelle. Cette thèse a obtenu la mention très honorable avec les félicitations à l’unanimité du jury. À l’occasion de ce travail de doctorat, j’ai bénéficié des encouragements, des réflexions et des critiques de nombreux professeurs. Parmi eux je voudrais remercier plus particulièrement : Yves Breton pour son soutien, ses remarques et ses critiques, Samuel Hollander pour nos nombreux échanges constructifs et Philippe Steiner pour son soutien continu et ses judicieux conseils afin que je puisse atteindre le but que je m’étais assigné. Thèse qui a été distinguée par l’Académie des Sciences Morales et Politiques : prix Lucien Dupont (5.000 euros) décerné au cours de la séance solennelle que l’Académie a tenue le lundi 15 novembre 2004 sous la Coupole du Palais de l’Institut de France à Paris. Je souhaite dédier cet ouvrage à mes parents Pierre et AnneMarie, mes grands-parents Fernande, René ; Espérance et Léon ainsi qu’à Sébastien et Marie.

© L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-04557-6 EAN : 9782296045576

Karine GOGLIO-PRIMARD

L’ENTREPRENEUR FRANÇAIS
MODÈLE POUR LE XXI e SIECLE

L'Harmattan

Collection « Recherches en Gestion », dirigée par Luc MARCO

Volumes publiés : 1. Nouvelles avancées du Management, sous la direction de L. Marco, 2005. 2. La publicité paneuropéenne, sous la direction de C. Toperkof, 2005. 3. Les nouveaux courants de recherche en Marketing, sous la direction de J.-M. Décaudin, J.-F. Lemoine et J.-F. Trinquecoste, 2005. 4. Design et Marketing, fondements et méthodes, sous la direction de J.-P. Mathieu, 2006. 5. Morale industrielle et calcul économique dans le premier XIXe siècle, l’économie industrielle de C.-L. Bergery, F. Vatin, 2007. 6. Risque. Formalisations et applications pour les organisations, sous la direction de B. Guillon, 2007.

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SOMMAIRE
Introduction générale…..………………………………………………. Partie I. L’industrie, les entrepreneurs et les économistes au XIXe siècle...………………………………... 7

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Partie II. L’économie politique et la conception de la gestion des entreprises chez J.-B. Say…….………………...... 21 I.- Économie politique théorique et économie politique pratique chez J.-B. Say..…………………………………. 23 II.- L’économie politique pratique contre les « systèmes »..…………………………………………… 29 2.1.- La diffusion des connaissances sociales et leur importance dans la société…………………………………… 30 2.2.- Des faux systèmes de connaissances : les systèmes prohibitifs………………………………………. 35 III.- L’économie politique pratique et les qualités spécifiques aux entrepreneurs……………………………………... 47 3.1.- Industrie et processus industriels : définitions……………………………………………………. 48 3.2.- Les processus industriels : le cas de l’industrie manufacturière…………………………... 48 3.2.1.- Les qualités de l’entrepreneur………………………........ 48 3.2.2.- Les différentes phases du processus industriel………….. 54 3.2.3.- L’entrepreneur et l’incertitude………………………....... 65 IV.- De l’économie politique pratique à l’analyse de la gestion des entreprises……………………………. 76 4.1.- L’analyse des comportements des entrepreneurs……………………………………………. 77 4.2.- La modernité de l’analyse Sayenne des fonctions de l’entrepreneur………………………………. 93 4.3.- Entrepreneur Sayen et entrepreneur Schumpéterien : une approche comparative………………….. 104

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Partie III. L’économie politique et la conception De la gestion des entreprises chez les économistes libéraux……….. V.- L’économie politique et l’analyse de la gestion des entreprises chez Charles Dunoyer et Adolphe Blanqui………... 5.1.- La conception de l’économie politique chez Charles Dunoyer………………………………………... 5.2.- L’analyse de la gestion des entreprises chez Charles Dunoyer……………………………………….. 5.3.- Adolphe Blanqui : une analyse de la gestion des entreprises centrée sur la question sociale………………... VI.- La science des affaires chez J.-G. Courcelle-Seneuil et P. Leroy-Beaulieu……………….. 6.1.- La conception de l’économie politique chez Courcelle-Seneuil……………………………………….. 6.2.- L’analyse de la gestion des entreprises chez Courcelle-Seneuil……………………………………….. 6.2.1.- Les fonctions industrielles…………………………….... 6.2.2.- La nouvelle méthode de gestion et le principe de libre action…………………………….. 6.3.- Paul Leroy-Beaulieu : Economie politique et grandes entreprises………………….. 6.3.1.- La conception de l’économie politique chez Leroy-Beaulieu…………………………………… 6.3.2.- La science des affaires et les entreprises industrielles….... 6.3.2.1.- La direction de la production et le rôle de l’entrepreneur….... 6.3.2.2 – La division du travail intellectuel….... 6.3.3.- L’analyse des comportements des entrepreneurs….... Conclusion générale……………………………………………….......... Notices biographiques………………………………………………….. Références bibliographiques……………………………………………. Index des noms…………………………………………………………

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INTRODUCTION GÉNÉRALE

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I N T RO D U C T I O N G É N É R A L E
L’entreprise moderne résulte d’une évolution historique qui conduit de l’organisation économique médiévale, dominée par l’activité agricole, au capitalisme industriel. Dans cette longue évolution, les ressources financières accumulées par certains agents économiques, comme les marchands, ont joué un rôle important. L’entreprise est liée aux développements des échanges monétaires et du salariat qui apparaissent à la fin du Moyen Âge. Pour que des entreprises se développent, il faut que naissent des États suffisamment puissants pour organiser et administrer des marchés de plus en plus vastes. Avant le XIXème siècle, on ne trouve pas de structures ressemblant à l’entreprise moderne avec ses grandes fonctions : investissement et gestion financière ; organisation de la production, maîtrise de la technique et de l’innovation ; gestion du personnel ; commercialisation et suivi de l’évolution des marchés (marketing). Jusqu’à la révolution industrielle et malgré la présence d’entreprises manufacturières, il existe aussi des entreprises agricoles qui reposent sur l’autoproduction. Les ressources financières ne font qu’effleurer cette économie d’autosuffisance. Cependant, il existe depuis la plus haute Antiquité, un marché mobilisant des capitaux importants : celui de produits de luxe. C’est à partir de ce marché que les premières entreprises, tout d’abord commerciales, vont se structurer. Les ressources financières accumulées par les marchands sont à la source des changements d’échelle de la production artisanale. En effet, ces ressources, en finançant l’activité jusqu’à ce que les biens produits soient écoulés, ont permis aux artisans de dépasser leur production sur commande et d’anticiper la demande de leurs clients. L’analyse néo-classique traditionnelle de la firme1 part d’une économie d’échange et de consommation et considère l’entreprise comme un agent particulier. Cependant, jusqu’à une date relativement récente, l’entreprise n’a occupé qu’une place marginale dans la théorie économique. Dans la théorie néoclassique traditionnelle, la firme est assimilée à un agent individuel sans que soit prise en considération son organisation interne. La firme ne fait que transformer de manière efficiente des facteurs de production en produits finis. La théorie néo-classique traditionnelle ne s’intéresse donc pas à l’organisation en tant que telle. Elle ne s’occupe que de ce qui se passe aux frontières de l’entreprise. Elle applique à l’entreprise une approche en terme de “boîte noire” qui consiste à
Nous employons le terme de “théorie néo-classique traditionnelle” dans le même sens retenu par Coriat et Weinstein quand ils utilisent le terme de “théorie néo-classique standard” au début de leur ouvrage : Les nouvelles théories de l’entreprise, Le Livre de poche, [1995], p. 12.
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regrouper, dans un ensemble, tous les détails de son activité et de son organisation. Sur la base des hypothèses de la théorie néo-classique traditionnelle, le marché est l’unique mode d’allocation des ressources face au mécanisme des prix. Aujourd’hui, pour trouver des analyses s’intéressant à l’entreprise en tant que telle, il faut considérer des travaux qui se situent en marge de la théorie standard de la firme. Le renouvellement profond de la théorie de la firme est précipité dans les années 1970 par la redécouverte d’un article datant de 1937 de Ronald Coase. Cet article est le point de départ de la vision contractuelle de la firme. En effet, dans son texte Coase rejette le caractère exclusif du mécanisme d’allocation par le marché. Il va pour cela donner une définition plus réaliste de la firme et donner de l’épaisseur à cette dernière en entrant dans la “boîte noire”. De nouvelles théories économiques pour gérer l’entreprise du XXIème siècle se sont donc développées pendant la seconde moitié du XXème siècle. Le but des sciences de gestion étant d’aider à la création de richesse ou de valeur, on ne peut pas nier qu’une meilleure compréhension du fonctionnement des entreprises ne facilite la réalisation d’un tel objectif. Dès lors, l’apport des théories de l’économie organisationnelle ou théories contractuelles des organisations qui regroupent les théories des droits de propriété, des comportements, des coûts de transaction et de l’agence est considérable. Ces courants théoriques ont contribué à construire de nouvelles grilles de lecture des organisations. Les théories contractuelles des organisations ont deux domaines d’application : d’une part, l’analyse du partage des activités sociales entre les marchés et les organisations, d’autre part, l’architecture organisationnelle et notamment les systèmes d’incitation et de contrôle. La théorie des droits de propriété repose sur une idée simple selon laquelle l’existence de droits de propriété bien déterminés est une condition essentielle de l’initiative individuelle. On ne peut pas nier l’apport de cette dernière théorie à la compréhension de l’entreprise. La théorie des comportements ou béhavioriste privilégie l’analyse des motivations des agents de la firme. Les théoriciens des comportements comme H.A. Simon, R.M. Cyert et J.G. March considèrent l’entreprise, en tant qu’organisation, comme une coalition d’individus dont chacun a ses propres aspirations. L’économie des coûts de transaction (Coase, Williamson) s’est imposée depuis 1975 comme une théorie qui permet aux gestionnaires de mieux comprendre les questions de l’intégration verticale, du processus d’internalisation. Elle éclaire les théoriciens de la gestion sur la question de l’existence et de la survie de l’entreprise. La théorie de l’agence, quant à elle, tente de résoudre les problèmes de divergences d’intérêts entre acteurs et de réduire les coûts qui émanent de leurs conflits. Toutes les approches traditionnelles, relevant des différents domaines des sciences de gestion, ont été

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influencées par ces théories qu’il s’agisse de la finance, du marketing, de la gestion des ressources humaines, du contrôle de gestion, de la comptabilité ou de la gestion de la production. Ces théories qui apportent ainsi leur contribution aux différents domaines fonctionnels de l’entreprise remettent en évidence l’interdépendance de ces fonctions au sein de l’entreprise. Néanmoins, on remarque qu’il a fallu attendre près d’un demi-siècle (1937-1975) pour que la question de l’existence de l’entreprise trouve des réponses qui ont enrichi notablement l’analyse et la compréhension des organisations. On doit toutefois remarquer que plus d’un siècle auparavant Jean-Baptiste Say (1767-1832), économiste et industriel, s’intéressait déjà à l’entreprise et à sa gestion. Né le 5 janvier 1767 à Lyon, Say était ce que nous appellerions aujourd’hui un moderniste. Révolutionnaire, il s’engage pour le libéralisme dans une société peu libérale. Il préconise la plus grande liberté d’entreprendre sans entraves réglementaires. Économiste, il entreprend en 1800 la rédaction de son Traité d’économie politique qui paraît en 1803. Il écrit ensuite un rigoureux Catéchisme d’économie politique (1815) où il défend la concurrence et le libre échange. Praticien de l’économie1, il crée une filature de coton à Auchy dans le Pas-de-Calais qu’il s’efforce de gérer de façon efficace. L’entreprise se développe et emploie 400 salariés en 1810. Créateur d’une école de pensée et pédagogue apprécié, il est nommé professeur d’économie. Il enseigne au Conservatoire des Arts et Métiers où il rédige son Cours Complet d’économie politique pratique (1828-1829). Il obtient en 1830 la création d’une chaire d’économie au Collège de France qu’il n’occupera qu’en 1831. Say marque donc la venue d’une nouvelle discipline dans la pensée : l’économie politique. Say se démarque de l’école classique anglaise par sa problématique originale qui s’appuie sur deux éléments importants. D’une part, la première différence entre Say et les économistes classiques anglais repose sur la place qu’il accorde à l’économie politique dans la société moderne. Pour lui, l’économie politique entretient un lien étroit avec le développement de la société industrielle. La connaissance des lois de la production, de la distribution et de la consommation permet de résoudre les problèmes de la société. Ce lien nous éclaire sur la méthode de l’économie politique. Ainsi, Say insiste sur l’idée que l’économie politique qui lui est chère est une économie politique pratique. La “pratique” telle qu’il la conçoit
1 Say, après avoir été éliminé du Tribunat par Bonaparte en 1804, s’établit comme entrepreneur dans l’industrie du coton à Auchy. Ses affaires prospèrent. En 1812, Say vend ses parts à son associé pour une somme importante. Say ne cache pas sa fierté sur ce point : “Élevé dans le commerce, et pour le commerce, mais appelé par les événements, à m’occuper des affaires publiques, j’y ai porté quelque expérience que n’ont pas toujours les administrateurs et les gens de lettres. On peut donc regarder ce livre comme le fruit de la pratique aussi bien que de l’étude” (Traité, tome 9, Discours préliminaire p. 38).

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s’oppose à l’habitude, aux comportements routiniers. C’est la méthode que doit suivre celui qui gère une entreprise. Ceci peut expliquer l’opposition de Say à la méthode abstraite de Ricardo. Toutefois, cette première différence entre Say et l’école classique anglaise ne signifie pas que les économistes anglais négligent l’importance de l’économie politique dans le fonctionnement de la société ; mais cela montre selon Say qu’ils ne s’intéressent pas aux développements les plus utiles de l’économie des nations tels que la gestion de l’entreprise et le rôle de l’entrepreneur. D’autre part, la deuxième différence entre Say et les classiques anglais, réside dans des principes théoriques concernant le rôle de l’entrepreneur. Say développe une problématique originale étrangère aux économistes anglais relativement au rôle qu’il attribue à l’entrepreneur qui est absent dans leurs théories. Il est vrai que jusqu’au début du XIXème siècle, Say est l’économiste qui donne le plus d’importance au personnage de l’entrepreneur. Bien que certains auteurs qui l’ont précédé (Cantillon, Turgot) aient mis l’accent sur l’entrepreneur, Say garde une grande originalité par rapport à eux. En effet, dans son esprit, l’entrepreneur a des fonctions précises et spécifiques qui n’appartiennent qu’à lui. Sa fonction la plus importante est celle de coordinateur des différents services productifs, et la réussite de l’entreprise dépend de ses qualités de gestionnaire de la production et de son jugement. Il joue aussi le rôle d’intermédiaire entre les différents marchés et il affronte l’incertitude inhérente aux relations marchandes. Notre objectif est de démontrer que Say construit sa propre analyse de la gestion des entreprises. Au-delà de l’importance qu’il accorde aux entrepreneurs, Say critique leurs comportements réels et leurs erreurs dans la gestion de l’entreprise. Il dresse sa propre représentation de la manière dont ils fonctionnent dans l’entreprise. Say est un théoricien du management et en tant que tel, il s’intéresse aux problèmes internes et externes de l’entreprise. Nous montrerons comment, dans la lignée de Say, de nombreux économistes libéraux proposent eux aussi une analyse de la gestion des entreprises dans leurs écrits. Cependant, on démontrera que par leur conception de l’économie politique différente de celle de Say, ils ne s’intéressent pas aux mêmes problèmes inhérents à la gestion de l’entreprise. En conséquence, ils n’étudient pas le comportement de l’entrepreneur de la même façon. Ayant lui-même dirigé une entreprise, Say s’intéresse beaucoup à l’entrepreneur dans ses écrits. Il serait donc très étonnant qu’il n’ait pas mis l’accent sur la gestion de l’entreprise. Say s’est bien évidemment intéressé à l’activité interne de l’entreprise. L’objectif premier de Say, dans tous ses écrits du Traité d’économie politique au Cours complet d’économie politique pratique, est de

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promouvoir la diffusion de ce qu’il présente comme les vrais principes de l’économie politique. Pour Say, l’économie politique est une science de l’observation. Aussi, il lui paraît utile de délimiter l’économie politique théorique (la science) et l’économie politique pratique (l’art), mais sans les séparer. Say traite ces deux domaines conjointement car le second fonde le premier à travers l’observation, et le premier se sert du second comme champ expérimental pour la vérification. Sur le plan de la méthode, Say ne sépare pas l’art et la science car son objectif est de faire de l’économie politique une science pratique. Dans son chapitre sur la comptabilité commerciale (Cours complet, tome 11, chapitre XVIII, p. 467), Say affirme que les commerçants lui ont avoué l’importance et l’apport de ce chapitre dans son Cours oral d’économie industrielle. Les commerçants interpellent Say sur l’idée qu’au jour le jour ils ont des tâches managériales à accomplir et ils ont besoin de connaître les différents principes de gestion. L’intention de Say est donc de rendre l’économie opératoire dans l’intérêt des agents qui se trouvent à l’origine de la production industrielle. Ainsi, il détermine une méthode - la “pratique” telle qu’il l’entend - qui permet de gérer l’entreprise et qui s’appuie sur des connaissances particulières : celles de l’entrepreneur d’industrie. L’entrepreneur fait figure de héros de la société moderne et de son économie politique. Say insiste beaucoup sur les qualités que doit posséder l’entrepreneur. Il met au premier plan son jugement sain, qualité à laquelle se rattachent de nombreux problèmes moraux (intérêts sinistres) et économiques (incertitude, capacités limitées). L’entrepreneur tente de faire face à ces problèmes dans la gestion de son entreprise, souvent sans succès. Aussi, Say entretient une relation très ambiguë avec le héros de son économie politique pratique. Les entrepreneurs sont vigoureusement critiqués. Say souligne combien il faut être en garde contre leurs “intérêts sinistres”. Il construit une théorie des comportements des entrepreneurs. Les économistes libéraux que nous retiendrons s’intéressent eux aussi à la gestion de l’entreprise et au rôle de l’entrepreneur. Cependant du fait de leur conception beaucoup plus appliquée de l’économie politique, nous démontrerons qu’ils s’attachent à de nouveaux problèmes dans leur analyse de la gestion des entreprises : l’importance des “sous-ordres”, le problème de la délégation des compétences de l’entrepreneur, la hiérarchie des besoins des employés, la division du travail intellectuel. Charles Dunoyer, Adolphe Blanqui, JeanGustave Courcelle-Seneuil et Paul Leroy-Beaulieu ont leur propre analyse de la gestion des entreprises. Ces différents auteurs ne s’intéressent pas, comme Say, aux problèmes de jugement et d’incertitude, ils se penchent sur des problèmes inhérents à la complexification croissante des entreprises.

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Dès à présent, notre problématique se dessine très clairement. La question est celle de savoir quelle est la conception de la gestion des entreprises chez Say et chez les économistes libéraux français ? Existe-t-il une analyse de la gestion dans leurs écrits ? Trois questions majeures ont orienté notre travail : ▪ Dans un premier temps, quelle est la conception de l’économie politique chez Say et chez les économistes libéraux français ? ▪ Dans un second temps, quelles sont les connaissances nécessaires et spécifiques à l’entrepreneur chez Say et chez les économistes libéraux français pour une bonne gestion de l’entreprise ? ▪ Dans un troisième temps, au-delà des connaissances que doit posséder l’entrepreneur, quelle est la représentation que Say et les libéraux se font du comportement de cet agent économique dans la gestion de l’entreprise ? Cette démarche nous paraît fondamentale car notre objectif est de montrer comment Say tente progressivement de construire sa propre analyse de la gestion des entreprises. Dès lors, dans un premier temps, on expliquera quelle est la conception de l’économie politique chez Say. Sa conception est particulière par rapport à certains économistes libéraux qui viendront après lui (C. Dunoyer, A. Blanqui, J.-G. Courcelle-Seneuil, P. Leroy-Beaulieu). Il définit deux sortes d’économie politique : une économie politique théorique et une économie politique pratique. L’économie politique pratique repose sur le respect des principes de l’économie politique théorique. On verra que la bonne gestion de l’entreprise dépend du respect des principes d’utilité et de liberté. Dans un second temps, on montrera que, selon lui, l’économie politique pratique doit reposer sur un ensemble de compétences entrepreneuriales particulières pour permettre le bon fonctionnement du processus industriel. L’entrepreneur intervient à toutes les phases de ce processus et il est le seul centre de décision de l’entreprise. Cette question des connaissances nous permettra de mettre l’accent sur le jugement de l’entrepreneur et sur l’incertitude (incertitude marchande, profits incertains de l’entrepreneur). Dans un troisième temps, face aux problèmes de jugement, d’incertitude et de capacités limitées des entrepreneurs, nous démontrerons que Say dresse les éléments d’une théorie des comportements de ces agents économiques. Ainsi, cela nous permettra par la suite de définir la conception Sayenne de l’entrepreneur. On notera l’originalité de Say dans la façon dont il conçoit la gestion de l’entreprise et la place de l’entrepreneur. Say est allé plus loin que Cantillon ou Turgot et il annonce aussi des fonctions très modernes de l’entrepreneur : la fonction de preneur de risques, la fonction de coordinateur des éléments matériels et humains de l’entreprise, la fonction d’un homme à l’affût des connaissances, opposé aux routines et participant à la diffusion de la science.

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Nous rapprocherons l’entrepreneur « Sayen » et l’entrepreneur « Schumpéterien », car Schumpeter joue un rôle important dans l’histoire de la théorie de la firme. Sa contribution à l’analyse économique est riche : la théorie de l’évolution économique, la mutation du rôle de l’entrepreneur, le rôle des innovations. Il est intéressant, dans la lignée de Say, d’analyser la manière dont les économistes libéraux français vont concevoir la gestion de l’entreprise et la place qu’y tiennent l’entrepreneur et ses qualités. On verra que ces auteurs mettent en exergue des problèmes novateurs dans leur analyse de la gestion de l’entreprise. La première partie de notre ouvrage présentera l’industrie, les entrepreneurs et les économistes au XIXème siècle. Cette partie introductive et historique servira de toile de fond aux autres parties de notre travail. La seconde partie de notre ouvrage s’intéressera à la conception de la gestion des entreprises chez Say. Dans un premier chapitre, on déterminera quelle est la conception de l’économie politique chez Say. Cette étape nous paraît importante car elle nous permettra de comprendre le rapport qu’il établit entre économie et gestion de l’entreprise. Dans un second chapitre, nous continuerons à expliciter la conception particulière de l’économie politique de Say. Il sera intéressant de montrer comment l’économie politique pratique découle des principes de l’économie politique théorique. On verra ainsi que le respect des principes de l’économie politique théorique favorise une bonne gestion de l’entreprise. Say dénonce les effets néfastes de la protection des faux systèmes de connaissances : les systèmes prohibitifs. Dans un troisième chapitre, nous présenterons les qualités spécifiques que doit posséder l’entrepreneur. On verra que l’entrepreneur et ses qualités interviennent dans les deux phases du processus industriel Sayen. Au-delà de l’idée que l’entrepreneur est le héros de l’économie politique de Say, ce dernier est conscient des problèmes inhérents à la gestion de l’entreprise. Dans un quatrième chapitre, nous démontrerons que face à ces problèmes Say construit sa propre théorie des comportements des entrepreneurs. On définira par la suite le concept Sayen d’entrepreneur et on le confrontera au concept Schumpéterien. La troisième partie de notre travail traitera de quelques économistes libéraux français du XIXème siècle qui ont succédé à Say. L’objectif de cette

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troisième partie est de montrer que l’on peut parler d’une analyse de la gestion des entreprises qui se développe dans la lignée de celle de Say. Dans un cinquième chapitre, on analysera la conception de l’économie politique chez Charles Dunoyer et chez Adolphe Blanqui. L’objectif étant de montrer que Dunoyer mais surtout Blanqui font le pont entre la conception Sayenne de la gestion et une conception plus empiriste et plus fonctionnelle de la gestion. En effet, on verra que ces deux économistes étendent la “pratique” telle que Say l’entend aux connaissances techniques de l’entreprise. L’économie politique pratique (compétences personnelles de l’entrepreneur) ne suffit plus à gérer une entreprise. Il faut faire appel aux compétences techniques. Dunoyer insiste sur l’importance des “sous-ordres” et Blanqui met l’accent sur l’utilité des spécialistes dans la gestion de l’entreprise. Aussi, on soulignera qu’ils ne se préoccupent pas des mêmes problèmes que Say et qu’ils analysent les comportements des entrepreneurs à leur manière. Dans un sixième et dernier chapitre, on présentera la conception de l’économie politique et de la gestion développée par J.-G. Courcelle-Seneuil et par P. Leroy-Beaulieu. Notre objectif est de montrer que chez ces auteurs, l’économie ne sert qu’à éclairer la gestion de l’entreprise. Une science de gestion est indispensable pour organiser les entreprises complexes en tenant compte de la distinction entre les fonctions personnelles de l’entrepreneur et les fonctions techniques de l’entreprise. Dès lors, ces économistes s’intéressent encore à d’autres problèmes liés à leur propre analyse de la gestion des entreprises. Ils étudient donc les comportements des entrepreneurs face à ces problèmes.

Partie I - L’industrie, les entrepreneurs et les économistes au XIXème siècle
Notre ouvrage dont les thèmes se situent en permanence aux confins de l’histoire de la pensée économique et de l’histoire de l’économie industrielle s’inscrit dans un cadre historique bien précis et bien délimité : le XIXème siècle. Les économistes que nous allons étudier dans la troisième partie de notre ouvrage sont postérieurs à Jean-Baptiste Say (1767-1832). Dunoyer (1786-1862) et Blanqui (1798-1854) représentent la première moitié du XIXème siècle ; Courcelle-Seneuil (1813-1892) et Leroy-Beaulieu (1843-1916) représentant la seconde moitié où le développement des grandes entreprises s’accélère en France. Comme nous le verrons dans la suite de notre ouvrage, ces auteurs s’intéressent tout particulièrement dans leurs écrits aux problèmes concrets de leur siècle inhérents à la naissance de l’industrie, aux révolutions industrielles, à l’évolution historique de l’entreprise moderne, à l’apparition et au développement des grandes entreprises ainsi qu’à l’importance croissante des entrepreneurs et des ingénieurs dans la gestion des entreprises. L’histoire n’a guère connu de transformations aussi importantes qu’au XIXème siècle. En effet, on assiste à la transformation et au développement de l’industrie et du commerce. En à peine plus d’un siècle, une Europe de grands domaines ruraux, d’exploitations paysannes et d’ateliers familiaux s’est transformée en une Europe de pays industriels. D’un côté, l’outillage à main et les techniques rudimentaires sont remplacés par des machines-outils, l’atelier de l’artisan par l’usine, la vapeur et l’électricité replace l’eau et le vent. D’un autre côté, le paysan émigre vers les villes industrielles. Il devient l’ouvrier de l’ère nouvelle. Une autre classe de professionnels apparaît aussi composée d’entrepreneurs, d’ingénieurs, de techniciens et de financiers. C’est la révolution industrielle et technologique qui a marqué le XIXème siècle et ses penseurs économistes. On peut distinguer la révolution du fer et du charbon de 1780 et 1850 et celle de l’acier et de l’électricité qui a eu lieu de 1850 à 1914. Ces révolutions sont l’œuvre des savants et des inventeurs du monde entier, elles n’ont pas été particulières à un pays. Les deux éléments importants de ces révolutions ont donc été la vapeur et l’électricité. La vapeur, animant les machines, a transformé les moyens de fabrication dans les usines et les moyens d’échange avec les chemins de fer. L’électricité, par le télégraphe et le téléphone a rendu presque instantanée la transmission des messages et des ordres commerciaux. Ainsi, le développement des moyens de communication par les révolutions industrielles et technologiques a pu favoriser l’évolution de l’entreprise moderne. Toutes les industries anciennes ont été transformées : le tissage grâce à l’utilisation de la

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vapeur aux métiers à filer et à tisser, la métallurgie par la substitution du charbon au bois…De plus à côté de la transformation des industries anciennes se sont développées des industries modernes : le gaz d’éclairage, les produits pharmaceutiques, les engrais chimiques, le sucre de betterave, le pain et le sel…Comme le souligne Serge Chassagne (1991), l’industrie du coton est un bon exemple d’industrie totalement transformée en France. Il distingue trois grandes phases : de 1760 à 1785 les indiennes c’est-à-dire l’impression des cotonnades tissées en France ou importées du Bengale ; de 1785 à 1815 les “mécaniques anglaises” à filer mues à la main ou par l’énergie hydraulique ; de 1815 à 1840 les usines et la mécanisation générale (filature, tissage, teinture, séchage). Le secteur cotonnier est un bon exemple des différentes étapes de l’évolution historique de l’entreprise moderne et des entrepreneurs en France. Jean-Baptiste Say (1767-1832), Dunoyer (1786-1862), Blanqui (17981854), Courcelle-Seneuil (1813-1892) et Leroy-Beaulieu (1843-1916) ont pu observer l’évolution de l’entreprise moderne et le développement des grandes entreprises ainsi que leur complexité croissante. Après avoir été éliminé du Tribunat par Bonaparte en 1804, Say s’établit comme entrepreneur dans l’industrie du coton à Auchy. Il est très fier de son statut d’entrepreneur et de son expérience qui manque souvent comme il le souligne aux administrateurs et aux gens de lettres. Son expérience entrepreneuriale qui a duré environ huit ans a enrichi ses réflexions sur les sujets qui sont au cœur de notre ouvrage : le rôle des entrepreneurs et leurs qualités dans l’entreprise. Les phases de la transformation de l’industrie cotonnière en France sont très représentatives de l’émergence de ces nouveaux gestionnaires : les entrepreneurs d’industrie. Les entrepreneurs de la première phase sont répartis entre anciens ouvriers qualifiés de l’indiennage et acteurs provenant de la proto-industrie ou du négoce (Chassagne, 1991, p. 94). Les autres entrepreneurs proviennent de la catégorie des commis qui ont l’habitude de tenir des livres de comptes et de pratiquer le commerce. En ce qui concerne leur éducation, ils ont eu un apprentissage sur le tas puisqu’ils ont travaillé dès leur plus jeune âge. Face à leur instruction comme le souligne Chassagne (1991) ce qui est important pour les entrepreneurs de la première phase est leur éducation morale (faire le bien et fuir le mal). Les indiennes et l’impression sur tissus s’appuient donc sur un savoir-faire pratique qui passe par un apprentissage sur le tas par imitation et réitération et par une éducation morale. Les entrepreneurs partagent difficilement leur savoir-faire qui est pour eux un capital humain. Ce sont des entrepreneurs héros et chefs d’orchestre qui maîtrisent la technique de toutes les phases du cycle de l’impression. Ils contrôlent toutes les phases de la fabrication des tissus.

INDUSTRIE, ENTREPRENEURS ET ÉCONOMISTES

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Les entrepreneurs de la seconde phase viennent pour la plupart de l’industrie et possèdent des qualités qui manquent souvent aux entrepreneurs des indiennes. Ils ont une connaissance plus approfondie de la gestion de la production (de la fonction production à la fonction ressources humaines en passant par la fonction financière) et des marchés. La formation de ces industriels passe par le suivi de cours au Conservatoire des Arts et Métiers. Jean-Baptiste Say reçoit lui même lorsqu’il devient filateur de coton en 1804 des cours au Conservatoire. C’est à cette occasion qu’il a l’un de ses premiers contacts avec le Conservatoire des Arts et Métiers où il étudie avec son fils Horace les machines textiles, et où il enseignera plus tard à partir de 1819. Dans ses écrits, Say propose une description détaillée de la machine à filer d’Awkright et il analyse les conséquences de son introduction sur la production et sur le commerce (amélioration de la productivité des ouvriers, créations d’emplois). Les entrepreneurs d’industrie de la deuxième phase étudient comme Say les machines au Conservatoire. Ils doivent connaître toutes les tâches de l’entreprise pour être capables de remplacer ceux qui en ont la charge. Au temps de Jean-Baptiste Say, au sein d’une économie dominée par les petites entreprises (tout au début du XIXème siècle), le savoir-faire est concentré dans l’entrepreneur d’industrie, chef d’orchestre. Entre 1800 et 1840, les systèmes deviennent de plus en plus complexes en intégrant de nombreuses techniques. Dès lors, de nouveaux métiers apparaissent à un haut niveau de qualification et de spécialisation : ingénieurs techniciens. Les entrepreneurs de la troisième phase proviennent majoritairement de l’industrie. Leur fonction est de gérer des usines avec une marge suffisante et moderniser ou agrandir leur entreprise. Comme le souligne Chassagne (1991), l’emploi du terme usine signifie la mécanisation définitive d’opérations qui ne l’étaient pas jusqu’à présent. Ainsi, les grandes usines de la troisième phase reposent sur des techniques et des machines complexes. De nombreuses compétences (ingénieurs, chimistes, techniciens…) sont très importantes pour seconder l’entrepreneur et pour qu’il puisse affronter cette complexité. Comme nous le verrons dans la troisième partie de notre ouvrage, Jean-Gustave Courcelle-Seneuil et Paul Leroy-Beaulieu s’intéressent au développement des grandes entreprises et aux problèmes inhérents à leur complexification due à cette mécanisation croissante. Il est nécessaire de souligner leur implication directe et importante dans la direction des grandes entreprises. Dans les années 1830, Courcelle-Seneuil crée une entreprise de métallurgie en Dordogne dont il assurera la direction jusqu’à la révolution de 1848. De même, en 1880-1881 l’exceptionnelle expérience de brasseur d’affaires qu’a eu Leroy-Beaulieu dans des secteurs très différents tels que les mines de phosphates, les chemins de fer, l’agriculture ainsi que sa création en 1873 du journal L’Économiste Français ne sont pas étrangères à ses développements sur l’entrepreneur, la grande

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L’ENTREPRENEUR FRANÇAIS

entreprise et la division du travail intellectuel (délégation des compétences de l’entrepreneur). Pendant cette période, comme le souligne Marco (1991) il mène plusieurs vies « journaliste, professeur, auteur, pamphlétaire, expert, administrateur des phosphates de Gafsa en Tunisie, de la Compagnie des Chemins de Fer Portugais, de la société des Assurances « La Foncière » ; président de la compagnie pour le chemin de fer sous-marin entre la France et la GrandeBretagne… ». L’Économiste Français est un hebdomadaire lu par les milieux d’affaires et le monde de la finance. Leroy-Beaulieu a fondé ce journal avec 250 actionnaires membres de Chambres de Commerce où il veut publier de l’économie politique pratique. Les trois phases de la transformation de l’industrie cotonnière en France retracent l’évolution de l’attitude de la société française vis-à-vis des entrepreneurs pendant la période. Comme le souligne Rioux (1971), les conditions économiques ne suffisent pas toujours à l’avènement d’une nouvelle classe d’acteurs économiques. Les hommes doivent modifier leurs habitudes culturelles, mentales et trouver des possibilités politiques pour que l’agrandissement, la conquête des marchés et l’esprit d’entreprise soient possibles. La constitution d’une nouvelle classe d’entrepreneurs d’industrie n’a été possible qu’avec un changement progressif des mentalités face à l’instruction, à l’argent, son profit, son maniement et sa valeur sociale. L’attitude de la société française a pu ainsi évoluer progressivement vis-à-vis des entrepreneurs d’industrie. En effet, en premier lieu, la révolution industrielle et l’apparition des premiers entrepreneurs interviennent dans des pays que cela soit la France ou l’Angleterre où le taux d’adultes illettrés a beaucoup diminué. Comme l’a souligné Serge Chassagne (1991), les entrepreneurs de la première génération possèdent les éléments d’instruction élémentaires (« lisants-écrivants ») ce qui leur permet d’avoir une habileté manuelle inventive et un esprit d’initiative individuelle plus pointu. La transformation de l’industrie avec au départ des techniques encore simples ne nécessite pas une formation poussée, mais de l’habilité et du courage. Plus tard avec le développement de la mécanisation et l’usinage, comme le soutiennent les économistes libéraux français étudiés l’instruction est la condition préalable au progrès scientifique, technique et industriel. Comme nous le soulignerons dans la troisième partie de notre ouvrage, Adolphe Blanqui revendique une réforme de l’enseignement pour mettre fin aux mauvaises relations existant entre le monde des savants et celui de l’entreprise : la lecture et l’écriture ne suffisent pas, ce ne sont que des instruments pour acquérir la science. En second lieu, la révolution industrielle suppose une attitude nouvelle face à l’argent : « Autant que le capital, c’est sa vitesse de circulation qui compte,

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