L'entrepreneuriat francophone : évolution et perspectives

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Ces contributions sont issues de réflexions sur différentes problématiques en lien avec l'entrepreneuriat et la culture entrepreneuriale dans les pays francophones, et sont l'occasion de partager les expériences et d'identifier les mesures visant à mutualiser ce savoir-faire. L'ouvrage actualise les connaissances de l'entrepreneuriat moderne et réaffirme l'importance de la sensibilisation, la promotion et la mise à la disposition de moyens appropriés.
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782296245679
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L’ENTREPRENEURIAT FRANCOPHONE :
ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES

Sous la direction d’Yvon GASSE

L’ENTREPRENEURIAT FRANCOPHONE :
ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES

Collection Mouvements Économiques et Sociaux Dirigée par Claude ALBAGLI La collection Mouvements Économiques et Sociaux, présentée par L’HARMATTAN et l’INSTITUT CEDIMES, se propose de contribuer à l’analyse des nouveaux aspects de la mondialisation en embrassant les phénomènes économiques, sociaux et culturels. Elle vise à faire émerger des recherches et des contributions originales sur les mutations du développement et de la mondialisation. ALBAGLI Claude, Le surplus agricole, De la puissance à la jouissance, L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2001. DELIVANIS-NEGREPONTI Maria, L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2002. La mondialisation conspiratrice,

RUBY Marcel (sous la direction), Une mondialisation humaniste, préface du ministre délégué de la Coopération et de la francophonie, Pierre-André WILTZER, L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2003. RAJEMISON Sahondravololona et ALBAGLI Claude, (sous la direction), Mutations contemporaines et développement, préface du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Jean-Théodore RANJIVASON, L’Harmattan, Coll. M.E.S, 2003. MAYOUKOU Célestin, ALBAGLI Claude, TORQUEBIAU Emmanuel et THUILLIER Jean-Pierre (coordonnateurs), Gouvernance du développement local, CIRAD, L’Harmattan, Coll. M.E.S. 2003. ALBAGLI Claude (coordonnateur) Alter-développements et développements altérés, Hommage à Jacques AUSTRUY, L’Harmattan, Coll. M.E.S. 2003. KIM Yersu & ALBAGLI Claude (coordonnateurs), Corée du Sud, le modèle et la crise, Commission nationale coréenne pour l’UNESCO, L’Harmattan, Coll. M.E.S, 2004. TREMBLAY Rodrigue, L’Amérique impériale, L’Harmattan, Coll. M.E.S, 2004. HUCHET Jean-François et RICHET Xavier (coordonnateurs), Gouvernance, coopération et stratégie des firmes chinoises, L’Harmattan, Coll. M.E.S, 2005. AUSTRUY Jacques, Islam face au développement, L’Harmattan, Coll. M.E.S, 2005.

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DUPRIEZ Pierre (sous la direction), Entreprises roumaines en transition, études de cultures organisationnelles, L’Harmattan, Coll. M.E.S, 2005. TSAFACK-NANFOSSO Roger, L’économie solidaire dans les pays en développement, L’Harmattan, Coll. M.E.S, 2007. TRAIMOND Pierre, Le développement aux périls de la finance, L’Harmattan, Coll. M.E.S, 2009. GASSE Yvon (sous la direction), Vers une francophonie entrepreneuriale, L’Harmattan, Coll. M.E.S, 2009. ALBAGLI Claude, Sept scénarios pour une impasse, L’Harmattan, Coll. M.E.S, 2009.

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TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION .................................................................................................13 PREMIÈRE PARTIE : LE DÉVELOPPEMENT D’UNE CULTURE ENTREPRENEURIAL ...........................................................................................17 1Développer le goût d’entreprendre et préparer la relève d’affaires au sein du réseau de l’Association des clubs d’entrepreneurs étudiants (ACEE) de la francophonie. (Micheline Locas) ...................................19 L’entrepreneuriat jeunesse pour le développement de la culture entrepreneuriale au Niger : les expériences et les perspectives qui se dessinent. (Abdou Kongui)....................................................................29 Les jeunes entrepreneurs vietnamiens sont-ils opportunistes? (M. Le Quan) .....................................................................................................41 Les obstacles à la création d’entreprises par les femmes en Afrique. (François-Xavier Onana) .......................................................................53 Les femmes entrepreneures : des questionnements à renouveler. (Hélène Lee-Gosselin) ........................................................................................63 L’entrepreneuriat féminin : facteur clé pour soutenir le développement durable dans les petits pays émergents du sud : Île Maurice. (Patricia Day-Hookoomsing).................................................................73 Les coopératives de troisième génération : l’émergence d’un nouvel entrepreneuriat coopératif en réponse aux défis de la mondialisation. (Alain Bridault) .................................................................................... 79 L’environnement universitaire et l’entrepreneuriat au Canada atlantique. (Sylvie Berthelot) ................................................................................. 89 L’éducation à l’entrepreneuriat pour les personnes qui ne sont pas des gens d’affaires. (Ronald Robichaud) .....................................................99 Les types et les formes d’entrepreneuriat au Maroc : les facteurs favorables ou défavorables au développement de la culture entrepreneuriale. (Ferhane Driss) ........................................................107

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DEUXIÈME PARTIE : LE RÔLE DES INSTITUTIONS ET DES INTERVENANTS DANS LA PROMOTION DE L’ENTREPRENEURIAT............................................117 1112Le développement des valeurs et attitudes entrepreneuriales dès l’école primaire. (Claude Ruel) .......................................................................119 Concours pédagogique à la création d’entreprises innovantes : l’exemple du Challenge Projets d’entreprendre de TELECOM et Management SudParis. (Jacques Arlotto, Philippe Jourdan)...............127 Le Concours québécois en entrepreneuriat : un véhicule exceptionnel dans la promotion de l’entrepreneuriat et de ses valeurs dans toutes les régions du Québec et auprès de clientèles de tout âge. (Natacha Jean)139 Vers des localités entrepreneuriales : regards croisés Nord-Sud. (Tinasoa Razafindrazaka) ....................................................................151 L’entrepreneuriat dans les pays francophones en développement : enquête sur les conditions favorables et les freins à la création d’entreprises. (Gérard Lemoine)..........................................................157 La problématique de la promotion de l’entrepreneuriat dans les pays en voie de développement francophones. (Patrick Rakotoarison) ...........167 Un projet d’action pour développer la culture entrepreneuriale dans un milieu (Îles Comores). (Bruno Ponson)...............................................175 Le modèle de la démarche entrepreneuriale à l’Université Laval. (Yvon Gasse). .................................................................................................185 Contextes urbains et développement entrepreneurial : le cas du Projet entrepreneuriat Montréal (PEM). (Jean-François Lalonde, Robert Ladouceur, Martial Fauteux, Louis-Jacques Filion)............................201 Le financement du petit commerce à Kinshasa : cas des officines (pharmacies et boutiques de vente des produits cosmétiques) de la commune de Ngaba. (Jean Denis Miala Ndombele) ...........................217

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TROISIÈME PARTIE : LES RESSOURCES ET LES MOYENS POUR LE SOUTIEN À L’ENTREPRENEURIAT .....................................................................................229 21Le mentorat de l’entrepreneur novice : un soutien aux apprentissages. Étienne Saint-Jean) ............................................................................. 231

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Impact de la pédagogie de formation en entrepreneuriat sur la culture entrepreneuriale et la décision d’entreprendre chez les jeunes porteurs de projet en Tunisie : cas des programmes de courte durée. (Riadh Bouzaouache) ......................................................................................241 Des exemples d’initiatives entrepreneuriales jeunesse dans la francophonie. (Gilles Saint-Pierre)......................................................253 Soutien et accompagnement à la création d’entreprises en Tunisie : l’exemple de la pépinière de l’Institut des sciences appliquées et de technologie (INSAT). (Afifa El Almi Ghamgui) ................................261 L’entrepreneuriat de l’entrepreneuriat, ou comment stimuler l’esprit d’entreprise par des services d’aide non financiers idoines. (Georges M. Hénault)..........................................................................................275 L’accompagnement à l’entrepreneuriat dans un contexte d’ouverture aux marchés extérieurs, le cas de Madagascar. (Lantosoa Rakotomalala) .............................................................................................................285 Réflexions sur le soutien et l’accompagnement à la reprise d’entreprises. (Eddy Bloy)...................................................................295 Le financement des petites entreprises en Afrique de l’Ouest : un modèle coopératif performant. (Guy Vaillancourt) .............................303 Microcrédit, microfinance, crédit communautaire ou des enjeux de la finance solidaire. (Lucie Villeneuve) ..................................................315 Le financement, un obstacle à la relève? Le cas des entreprises forestières de récolte du Québec. (Josée Audet)..................................325 Accompagnement des employés d’une entreprise vers l’entrepreneuriat : le cas de la société Britamer. (Gérard Lemoine et Manoj Vaghjee) ...................................................................................331

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COMMUNICATIONS GÉNÉRALES SUR L’ENTREPRENEURIAT ........................339 3233La culture entrepreneuriale : le quoi, le pourquoi et le comment. (PaulArthur Fortin) ......................................................................................341 Vers une francophonie entrepreneuriale : positionnement mondial et facteurs de différenciation. (Nathaly Riverin) .....................................349

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L’entrepreneuriat francophone au Québec : 60 ans d’observations. (Jean-Paul Gagné) ...............................................................................357

ANNEXE 1 : RECOMMANDATIONS ..................................................................371

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INTRODUCTION
Le présent ouvrage comprend les textes des communications présentées lors du colloque Vers une francophonie entrepreneuriale, qui s’est tenu les 3 et 4 mars 2008 à Québec (Canada), dirigé conjointement par l’Université Laval et l’Agence universitaire de la francophonie (AUF). Ce colloque international avait pour objectif de réfléchir aux différentes problématiques en lien avec l’entrepreneuriat et la culture entrepreneuriale dans les pays francophones. Il s’agissait également de faire des recommandations et des suggestions en vue de la Rencontre internationale de la francophonie économique (RIFE) qui a eu lieu en mai 2008 à Québec, et qui avait pour objectif d’acheminer les recommandations aux chefs d’État réunis lors du Sommet de la francophonie de Québec en octobre 2008. Les objectifs spécifiques du colloque étaient les suivants : Partager entre les pays de la francophonie les expériences en matière d’entrepreneuriat et de culture entrepreneuriale, et identifier des mesures visant à mutualiser ce savoir-faire. Proposer des recommandations sur l’entrepreneuriat aux chefs d’État et de gouvernement, réunis lors du Sommet de la francophonie de Québec. Suggérer des plans d’action et des suites concrètes à ces recommandations, entre autres, par la mise en place de bourses et programmes conjoints destinés à professionnaliser les formations universitaires et à faciliter le démarrage d’entreprises par des étudiants, et par des ateliers de sensibilisation sur l’entrepreneuriat pour les pays intéressés. Pour ce faire, le programme du colloque consistait à : Cibler les différentes problématiques dans les pays de la francophonie relatives à l’entrepreneuriat et à la culture entrepreneuriale. Les communications portaient sur l’entrepreneuriat jeunesse, l’égalité des genres et l’entrepreneuriat féminin, l’importance de l’éducation, le cadre législatif, le rôle des banques, les différents types d’organisation entrepreneuriale (petite et moyenne entreprise [PME], coopératives), etc. Passer en revue les initiatives prises au Québec et dans d’autres pays de la francophonie, dans le domaine du soutien à l’entrepreneuriat, qui étaient présentées comme des éléments de solution aux blocages existants dans la francophonie.

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Faire la synthèse des principaux échanges du colloque et rédiger des recommandations, à l’intention de la Rencontre internationale de la francophonie économique (RIFE), incluant la recommandation de lancer un programme de bourses et de mettre en place des ateliers de sensibilisation à l’entrepreneuriat pour le renforcement des relations NordSud.

Le programme du colloque a été élaboré autour de trois grands thèmes de réflexion : 1) LE DÉVELOPPEMENT D’UNE CULTURE ENTREPRENEURIALE Cette thématique portait sur la « désirabilité » de l’entrepreneuriat dans une société. Il s’agissait ici de voir comment un milieu, une société, un pays peut faire de l’entrepreneuriat un élément constitutif de sa façon de vivre. 2) LE RÔLE DES INSTITUTIONS ET DES INTERVENANTS DANS LA PROMOTION DE L’ENTREPRENEURIAT Pour faire la promotion de l’entrepreneuriat, il faut des intervenants et des organismes qui démontrent à la société que les activités entrepreneuriales sont accessibles et utilisables. La « faisabilité » de l’entrepreneuriat peut être mise en évidence, entre autres, par le système d’éducation, les gouvernements et les intermédiaires des milieux socioéconomiques. 3) LES RESSOURCES ET LES MOYENS POUR LE SOUTIEN À L’ENTREPRENEURIAT C’est dans « l’activité » entrepreneuriale que l’entrepreneuriat prend tout son sens. Les initiatives et les actions exigent à la fois des moyens et des soutiens adaptés aux personnes et aux projets. Bien que la création d’entreprises à vocation économique ait été le thème central de ce colloque, les participants ont rappelé que l’esprit d’entreprendre prend différentes formes dans la société, et cette dimension a aussi été abordée dans plusieurs ateliers. Le colloque aura permis d’actualiser les connaissances de l’entrepreneuriat moderne, et ainsi réaffirmer que le potentiel entrepreneurial peut être développé dans une société par la sensibilisation, la promotion et la mise à disposition de soutien et de moyens appropriés. Le lecteur retrouvera dans ces Actes l’intégral des communications présentées par les experts ainsi que les recommandations proposées par les participants des ateliers. Nous aimerions remercier les participants, les experts,

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les membres du Comité d’organisation, les professionnels qui ont assumé la gestion et la logistique ainsi que la Faculté des sciences de l’administration et le Bureau international de l’université pour son soutien. Un remerciement spécial à John Zee, président du Comité d’organisation, et à Gérard Lemoine, coprésident du comité scientifique. Yvon GASSE, Ph. D., Coprésident du comité scientifique, Professeur et titulaire, Chaire en entrepreneuriat et innovation, Faculté des sciences de l’administration, Université Laval, Québec (Canada)

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PREMIÈRE PARTIE LE DÉVELOPPEMENT D’UNE CULTURE
ENTREPRENEURIALE

DÉVELOPPER LE GOÛT D’ENTREPRENDRE ET PRÉPARER LA RELÈVE D’AFFAIRES AU SEIN DU RÉSEAU DE L’ASSOCIATION DES CLUBS D’ENTREPRENEURS ÉTUDIANTS (ACEE) DE LA
FRANCOPHONIE Micheline LOCAS, Présidente-directrice générale ACEE de la francophonie, Canada Résumé Le développement de la culture entrepreneuriale chez les jeunes est un outil efficace et structurant pour relever les défis offerts à la francophonie au XXIe siècle (développement du secteur privé et renforcement du capital humain au Sud, retraite massive des entrepreneurs au Nord). L’Association des clubs d’entrepreneurs étudiants (ACEE) de la francophonie propose le concept des clubs d’entrepreneurs étudiants (CEE) pour développer le potentiel entrepreneurial des jeunes au sein des établissements d’enseignement. Par l’organisation d’activités entrepreneuriales (conférences, visites d’entreprises, activités avec le milieu d’affaires local, activités commerciales…), les jeunes impliqués dans les CEE peuvent créer une passerelle avec le monde de l’entreprise et développer des caractéristiques entrepreneuriales (leadership, autonomie, persévérance, créativité). Ces caractéristiques seront mises à profit plus tard dans d’éventuels projets de création, de reprise d’entreprises ou au sein d’entreprise existante (intrapreneuriat). Introduction « Quel est le meilleur gouvernement? Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous-mêmes ». Johann Wolfgang Von Goethe (1870) Cette phrase des Sentences en prose de Goethe s’applique aisément au monde de l’entrepreneuriat. En effet, les meilleurs gouvernements ne sont-ils pas ceux qui rendent les citoyens acteurs de leur vie, capable d’entreprendre

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leur vie? Car avant d’entrer dans les affaires, il faut d’abord avoir la volonté de se réaliser et de prendre son destin en main. Les individus ont un rôle prépondérant à jouer vis-à-vis des principaux défis économiques et sociaux qui touchent les sociétés du Sud et du Nord. En effet, dans la mise en action d’un développement durable, la lutte contre les fléaux de la pauvreté et du chômage, le renforcement du capital humain, l’individu est un acteur majeur de changement. Dans les pays du Sud, la lutte contre la pauvreté et le renforcement des capacités d’action de la population sont des enjeux majeurs en ce début de XXIe siècle. Ainsi, plus de 19 % de la population des pays en développement (PED) de même que plus de 41 % de la population de l’Afrique subsaharienne vivaient avec moins d’un dollar par jour en 20041. Même si le processus d’éradication de la pauvreté est en marche (31 % de la population des PED touchée en 1990), le chemin à parcourir reste immense. Il suffit d’aller visiter des villes comme Ouagadougou pour se rendre compte que la pauvreté est bien « implantée » même au cœur des grandes villes africaines. De plus, le capital humain des PED est largement déficitaire par rapport aux besoins qui émergent dans ces pays. Le manque d’infrastructures de formation, un système de formation des formateurs souvent inadapté, une adéquation entre les formations et les besoins de l’économie sont souvent mis en avant pour expliquer ce déficit. Or, sans un capital humain capable d’innover et d’entreprendre, les PED ne pourront mettre en marche un processus de changement menant vers la fin du sous-développement et de la pauvreté. Du côté des pays occidentaux, un phénomène démographique risque de bousculer l’équilibre économique et social au cours des 10 prochaines années. En effet, un grand nombre d’actifs, issus de la génération du baby-boom, atteindra l’âge de la retraite d’ici 2020. En matière d’entrepreneuriat, le risque est majeur. À titre d’exemple, près de 50 % des patrons des PME canadiennes seront à la retraite d’ici 2020. Au Québec, ce sont près de 75 % des chefs d’entreprise qui le seront d’ici 2015. Les risques sont immenses si ces entrepreneurs ne préparent pas leur relève. Or, parmi les entrepreneurs concernés, très peu préparent leur relève, qu’elle soit familiale ou managériale. Ce manque de préparation dans le transfert des entreprises est un signe précurseur de fermetures, de délocalisations et donc de chômage dans les régions et pays concernés. Les pays de la francophonie sont tous concernés par un ou plusieurs de ces enjeux. Dès lors, il s’agit de trouver les moyens d’y faire face de manière
1 ONU, Rapport sur les OMD, 2007.

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collective dans le cadre du monde francophone. Le développement de la culture entrepreneuriale chez les jeunes paraît être un outil efficace et structurant pour relever ces défis. La jeunesse francophone est considérée ici comme une part importante de la solution. Mais il faut se questionner sur les outils à lui proposer afin qu’elle devienne un acteur de changement endogène. Comment peut-on développer le plus efficacement possible le potentiel entrepreneurial des jeunes francophones pour en faire des agents de changement dans leur pays respectif? Dans le cadre de cette communication, nous étudierons tout d’abord en quoi le développement de la culture entrepreneuriale chez les jeunes francophones est une réponse évidente aux enjeux soulevés plus haut. Puis, nous analyserons l’objectif, les moyens mis en œuvre et les résultats obtenus par le concept de club d’entrepreneurs étudiants (CEE) développé par l’Association des clubs d’entrepreneurs étudiants (ACEE) de la francophonie, présent dans 13 États membres de la francophonie et sur trois continents. 1. 1.1 DÉVELOPPER LE POTENTIEL ENTREPRENEURIAL DES JEUNES : UNE
RÉPONSE AUX ENJEUX ÉCONOMIQUES DU MONDE FRANCOPHONE

Le développement du secteur privé, un projet incontournable pour les économies en développement

Les pays en développement du monde francophone, essentiellement les pays d’Afrique subsaharienne, ne disposent pas d’un tissu économique pouvant produire les richesses nécessaires pour assurer l’emploi, un niveau de salaire décent et l’accès aux biens courants pour la majorité de la population. Seules les couches privilégiées peuvent accéder aux produits de consommation courante à un prix de marché acceptable. Les populations défavorisées ont beaucoup de difficulté à s’approvisionner et, souvent, les prix d’acquisition sont largement supérieurs aux coûts du marché, car la demande est forte et l’offre limitée en quantité et en qualité. Dès lors, il s’agit de permettre au secteur privé de ces pays de se développer, d’innover, de trouver un marché captif et, surtout, d’être créateur et distributeur de richesse. Cette richesse ne peut être créée sans les entrepreneurs. Or, dans de nombreux pays francophones, le rôle de l’entrepreneur n’est pas mis en avant. Parfois même, il est dévalorisé. La création ou la reprise d’entreprises n’est pas envisagée comme une carrière possible. Les universités africaines francophones sont remplies d’étudiants qui espèrent devenir fonctionnaires, très peu s’imaginant devenir entrepreneurs. C’est pour faire face à cette culture de fonctionnariat que la culture entrepreneuriale, portée par des valeurs telles que le goût du risque, l’autonomie, l’engagement ou encore la persévérance, doit être promue. Le

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changement des mentalités dans les pays francophones du Sud est un passage obligé pour permettre au secteur privé de se développer. En ce sens, le travail de sensibilisation effectué auprès des jeunes dans les établissements d’enseignement, du primaire à l’université, est la première pierre à apporter à l’édifice de la culture entrepreneuriale nationale. Parce qu’ils sont au cœur du processus économique, qu’ils sont porteurs de changement dans le secteur privé, il est nécessaire de préparer les jeunes à une carrière d’entrepreneur. Du moins, il est essentiel de leur faire connaître cette possibilité pour leur future carrière. Cette sensibilisation doit par ailleurs se faire le plus tôt possible dans leur parcours scolaire, sans cela rien ne serait possible. L’investissement dans l’entrepreneuriat jeunesse est durable, pérenne (s’il est accompagné de structures fédératives de coordination) et profitable à court et moyen terme pour un pays. Il doit bien sûr être accompagné d’un environnement légal, économique et social propice à l’éclosion de ces futurs entrepreneurs. 1.2 Les compétences entrepreneuriales pour valoriser les formations traditionnelles

L’acquisition de savoir-être, de savoir-faire et de savoir-agir entrepreneuriaux, en complémentarité des formations traditionnelles, est une clé incontournable pour ouvrir la porte du secteur privé aux plus jeunes, parce qu’elle leur permet de saisir les opportunités et d’en identifier les risques. En effet, les formations traditionnelles, qu’elles soient généralistes, techniques ou professionnelles, n’offrent que très rarement l’occasion de développer des compétences entrepreneuriales2 : identifier des occasions d’affaires, élaborer une vision entrepreneuriale, impulser une organisation. Ce sont ces compétences qui permettront pourtant aux jeunes finissants de pouvoir développer un projet d’affaires et ainsi créer leur propre emploi et l’emploi des autres par la suite. Ces compétences, qui mettent en avant des qualités de leadership, de créativité mais aussi une certaine rigueur de travail, permettent une meilleure valorisation du capital humain non seulement pour les pays en développement mais aussi pour les pays du Nord. Certains jeunes mettront ces nouvelles compétences au profit d’un projet entrepreneurial, alors que d’autres pourront les utiliser dans un cadre plus traditionnel de salariat (concept d’entrepreneuriat).
2 E. Laviolette, C. Loue, Les compétences entrepreneuriales : définition et construction d’un référentiel, CIFEPME 2006.

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Dès lors, on ne peut que favoriser le développement d’une culture entrepreneuriale en complémentarité des formations traditionnelles. Il est nécessaire de créer des passerelles entre le monde de l’éducation et le monde de l’entreprise afin de faciliter l’insertion économique des jeunes finissants. Permettre à ces jeunes d’acquérir des compétences entrepreneuriales au sein des établissements d’enseignement découle tout à fait de cette logique. 1.3 Faciliter la reprise d’entreprises en permettant la rencontre entre les entrepreneurs et la jeunesse entrepreneuriale

Nous avons montré dans l’introduction de ce propos que les pays développés sont en proie à un phénomène démographique qui pourrait bouleverser les équilibres économiques et, possiblement, entraîner la fermeture de plusieurs milliers d’entreprises dans un horizon rapproché. Le processus de reprise d’entreprises doit donc être promu afin d’assurer une continuité dans l’activité économique de ces pays. Pour anticiper ce processus, il faut encore une fois préparer la jeunesse à une carrière d’entrepreneur. Nous l’avons vu, l’acquisition des compétences entrepreneuriales, en complémentarité aux formations traditionnelles, est absolument nécessaire. Cependant, dans le cadre de la problématique de la reprise d’entreprises, il est très important aussi de mettre en place des espaces de rencontres et d’échanges d’expériences entre les générations. En effet, la reprise d’entreprises suppose qu’il y a un vendeur et un acquéreur. Or, il n’est pas toujours évident pour les deux parties d’identifier le partenaire idéal pour mener son projet à bien. Une transmission d’entreprises est un processus qui ne peut, et ne doit pas, se faire dans l’urgence. Il est donc primordial que se noue une relation de confiance afin d’assurer la réussite de l’opération et maintenir intactes les valeurs de l’entreprise. La mise en réseau des jeunes avec les regroupements de gens d’affaires, leur participation à des activités de réseautage organisées par ces regroupements, la participation d’entrepreneurs à des activités de sensibilisation sont autant d’activités à promouvoir dans les pays du Nord. Ces rencontres constituent un bon départ pour préparer les reprises d’entreprises et permettre aux jeunes d’identifier des occasions d’affaires parfois difficiles à percevoir de leur banc d’école.

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2. 2.1

LES CLUBS D’ENTREPRENEURS ÉTUDIANTS : UNE EXPÉRIENCE ENTREPRENEURIALE POUR LA JEUNESSE FRANCOPHONE

Un concept né au Québec et développé dans 13 États membres de la francophonie

En 1991, désireuse de développer le potentiel entrepreneurial dans les établissements d’enseignement postsecondaire québécois, Micheline Locas a créé l’Association des clubs d’entrepreneurs étudiants (ACEE) du Québec. La même année, cinq clubs de niveau collégial et universitaire sont créés dans les régions du Centre-du-Québec et de la Mauricie. La vision de Micheline Locas est alors testée dans ces cinq premiers CEE. En 2004, le premier ministre québécois, M. Jean Charest, lance le Défi de l’entrepreneuriat jeunesse, ouvrant ainsi un nouveau créneau pour le développement des CEE, soit les centres de formation professionnelle. En 2007, le réseau de l’ACEE compte plus de 169 CEE implantés dans toutes les régions du Québec. Plus de 650 participants se réunissent dans le cadre du 15e Colloque annuel de l’ACEE du Québec. 2007 marque aussi la première édition du Colloque de l’ACEE de la francophonie (10 États membres de la francophonie représentés). Depuis plusieurs années, des acteurs francophones du monde de l’enseignement (directeurs d’établissement, professeurs, étudiants) ont sollicité Micheline Locas et l’ACEE du Québec afin que le concept de CEE soit implanté au sein de leur établissement, de leur région ou de leur pays. À partir de ces demandes, le concept a été développé dans plusieurs pays de la francophonie selon différentes méthodes de transfert d’expertise : sessions de formation avec les présidents et les personnesressources (Belgique, Guadeloupe); présentation du concept dans les établissements (France); soutien à distance par des échanges de courriel avec des étudiants, professeurs, animateurs socioéconomiques souhaitant créer des CEE (Afrique). Le succès du concept des CEE au Québec a été un excellent levier pour la création de plusieurs dizaines de CEE dans la francophonie mais aussi d’ACEE nationales. Ainsi, depuis les cinq dernières années, plus de 120 CEE et huit ACEE ont été créés dans les autres provinces canadiennes, en Europe (Belgique, France métropolitaine, Guadeloupe) et en Afrique (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte-d’Ivoire, République démocratique du Congo [RDC], Tchad, Togo, Tunisie).

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Afin d’assurer l’animation et le développement de ce réseau en plein essor, le conseil d’administration de l’ACEE du Québec a décidé d’être le promoteur de l’Association des clubs d’entrepreneurs étudiants (ACEE) de la francophonie. Cette nouvelle organisation est née en décembre 2006 avec pour mission de développer le potentiel entrepreneurial des jeunes francophones par l’implantation et l’animation d’un large réseau de CEE et d’ACEE dans les pays et régions francophones et francophiles. Cette organisation facilite le transfert d’expertise pour la création de CEE et d’ACEE et compte actuellement plus de 280 CEE dans son réseau international francophone composé de 13 États membres de la francophonie sur trois continents. 2.2 Qu’est-ce qu’un CEE? Il s’agit ici de comprendre le concept de clubs d’entrepreneurs étudiants afin de mieux appréhender son développement au niveau tant du Québec que de la francophonie. Un CEE est un regroupement composé d’étudiants, implanté dans un établissement d’enseignement postsecondaire et encadré par une personne-ressource (un professeur ou un animateur de la vie étudiante, par exemple). Ce cadre d’action est animé par les idées, les projets élaborés et mis en œuvre par les étudiants membres du club. Ainsi, les activités entrepreneuriales organisées par les CEE, dans un cadre extrascolaire, sont de nature très diverses : conférences, visites d’entreprises, participation aux activités du milieu d’affaires local, rencontres avec les intervenants d’aide à la création d’entreprises, activités commerciales, services marchands aux entreprises, missions internationales. Les CEE constituent un véritable terrain d’apprentissage, agissant comme une passerelle entre le monde de l’éducation et le monde de l’entreprise pour les jeunes. L’apprentissage sur le terrain, basé sur l’expérimentation des jeunes et sur l’ouverture du monde de l’éducation au monde économique, est un élément qui doit être mis en avant pour présenter le concept de clubs et surtout pour le promouvoir. Parce qu’ils sont acteurs de leur propre formation, de leur propre développement et qu’ils découvrent par eux-mêmes le monde de l’entrepreneuriat, les jeunes impliqués dans les CEE auront toutes les cartes en main pour se lancer en affaires et devenir les acteurs de changement dont leur société, tant au Sud qu’au Nord, ont tellement besoin.

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L’apport personnel de l’implication des jeunes dans les CEE se vérifie chaque année depuis la création du concept au Québec. Les jeunes acquièrent du leadership, cultivent le goût de l’autonomie, de la persévérance et, surtout, développent leur confiance en eux. Ce sont ces atouts qui permettront ensuite à la jeunesse francophone d’être au cœur du changement. Les CEE constituent un cadre d’action leur permettant de développer leur potentiel entrepreneurial et d’investir dans leur avenir et celui de leur communauté. 2.3 Une première expérience réussie pour l’ACEE de la francophonie en Afrique de l’Ouest

Au mois d’avril 2007, l’ACEE de la francophonie signait une entente de service avec Oxfam-Québec afin de mettre en action le projet Appui au développement du potentiel entrepreneurial des jeunes du Burkina Faso et du Bénin, financé par l’Agence canadienne de développement international (ACDI). En septembre 2007 et en janvier 2008, l’équipe de l’ACEE de la francophonie a donc passé une semaine dans chacun des pays concernés afin d’animer des sessions de formation, visant à promouvoir le concept des CEE et d’en assurer la création dans des établissements d’enseignement. Des rencontres au sein de ministères et d’organismes à vocation économique étaient également organisées pour présenter le projet et le réseau de l’ACEE de la francophonie. L’implication des participants aux formations, l’intérêt des autorités gouvernementales, la création effective de plusieurs CEE dans chacun des pays sont des éléments qui viennent démontrer l’impact positif de ce projet. Son résultat quantitatif est la création de neuf CEE au Bénin et 28 au Burkina Faso alors que l’objectif fixé était de trois CEE dans chacun de ces pays. Il s’agit de souligner ici l’exemple particulier du Burkina qui peut être présenté comme un modèle d’implantation des CEE dans le monde francophone. Des CEE avaient en effet été créées en 2000, à la suite de la rencontre entre M. Robert Sangaré, directeur du CENOU du Burkina, et Micheline Locas, pdg de l’ACEE du Québec, dans le cadre de l’École d’été internationale des jeunes entrepreneurs organisée à l’Université de Sherbrooke. M. Sangaré a ensuite transmis les informations sur le concept de CEE à quelques étudiants burkinais qui se sont appropriés le concept et ont pu par la suite créer huit CEE, fédérés par le CEE-Burkina et bénéficiant du soutien à distance de Micheline Locas pour le suivi de leurs activités. Lors de la mission du mois de septembre, et après plusieurs mois sans échanges, l’ACEE de la francophonie a pu identifier quelques-uns des anciens membres des huit CEE burkinais créés à l’époque. Ces jeunes, devenus entrepreneurs depuis, étaient toujours regroupés au sein du CEE-Burkina, association qui avait tenu le rôle à l’époque de l’ACEE du Burkina. Le CEE-

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Burkina est donc devenu le partenaire local de ce projet au Burkina Faso. C’est à partir de cette structure que l’ACEE de ce pays a été récemment créée par les promoteurs du CEE-Burkina. Les membres du CEE-Burkina ont participé aux sessions de formation organisées à Ouagadougou et ont pu témoigner de leur expérience aux étudiants impliqués dans les nouveaux CEE. Cet échange restera un des moments les plus forts du projet au Burkina Faso. L’exemple donné par les anciens fut un apport d’une grande richesse pour des jeunes qui ont pu s’identifier à leurs « grands frères ». Conclusion Les CEE sont-ils un atout pour aider les pays francophones à développer le potentiel entrepreneurial des jeunes? La réponse ne peut être que positive. Les CEE étudiants sont-ils une solution aux enjeux auxquels les pays francophones du Nord et du Sud font face? Si ce n’est pas la réponse absolue, c’est au moins un élément de réponse, une partie de la solution globale, car ils permettent à la jeunesse de créer une passerelle vers le secteur privé et de se projeter dans un avenir d’entrepreneur. Les CEE allument des flammes entrepreneuriales. Mais il convient d’entretenir cette flamme et de la transmettre au plus grand nombre, d’où la nécessité de création d’ACEE nationales pour pérenniser l’action. Tel est le propos de notre conclusion. Les pays francophones ne peuvent imaginer le développement de l’entrepreneuriat sans prendre en compte la dimension transversale et globale de cette problématique. Ainsi, les CEE peuvent être une partie de la réponse à cette problématique. La mise en place d’une stratégie nationale pour le développement de la culture entrepreneuriale notamment chez les jeunes apparaît être un préalable nécessaire pour faire évoluer les mentalités et créer un environnement économique, institutionnel, social et réglementaire permettant aux différentes initiatives entrepreneuriales de se réaliser. Nous pouvons donc nous interroger sur la capacité des pays francophones à mettre l’entrepreneuriat au cœur de leur stratégie de développement. L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ne doitelle pas jouer un rôle moteur dans la mise en place de cette stratégie?

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L’ENTREPRENEURIAT JEUNESSE POUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA CULTURE ENTREPRENEURIALE AU NIGER : LES
EXPÉRIENCES ET LES PERSPECTIVES QUI SE DESSINENT Abdou KONGUI, DEPA3 en entrepreneuriat. Directeur des Études à l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) de Niamey-Niger. Résumé Une des caractéristiques de l’économie nigérienne est la prédominance du secteur informel et la faible industrialisation. Le commerce d’import-export, source courante d’enrichissement individuel accéléré, est l’activité dominante au Niger. Ce pays dispose toutefois de potentialités entrepreneuriales latentes qui permettent d’espérer une prospérité à venir. La plus grande richesse du pays est une jeunesse pleine de dynamisme. Les jeunes diplômés de tous les niveaux représentent un gisement dormant d’entrepreneurs capables de grandes choses. Une stratégie nationale de promotion de l’entrepreneuriat des jeunes au Niger est en cours d’élaboration, et ce, avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Le document préliminaire a d’ailleurs fait l’objet d’une réunion de validation sous le patronage du président de la république les 25 et 26 janvier 2008. On peut affirmer qu’il existe une culture entrepreneuriale traditionnelle très lourde de pesanteurs sociales, expliquant dans une certaine mesure la large place que le secteur informel occupe dans l’économie du Niger. Toutefois, l’environnement socioéconomique est aujourd’hui en train de couver une culture entrepreneuriale moderne. La plus grande partie de la population des entreprises au Niger est constituée d’entreprises familiales. La modernisation de ce tissu économique pourrait venir du développement d’une nouvelle culture entrepreneuriale portée par une synergie entre l’école, le monde des entreprises, les élus et les organismes d’appui technique et financier. Introduction Aujourd’hui, les entrepreneurs constituent une « race » d’individus sur laquelle comptent les pays pour assurer leur développement économique et social, leur puissance et leur grande présence dans l’arène internationale.

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Diplôme d’études professionnelles approfondies (IFE, île Maurice)

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Les entrepreneurs sont en effet des créateurs d’organisations productrices de richesses et de pouvoir (Fortin, 2002). Chaque pays, du moins ceux d’économie libérale, se pose la question de savoir comment s’y prendre pour multiplier le nombre des éléments de cette « race » précieuse? Le premier réflexe pour répondre à cette question est de donner le goût et les moyens d’entreprendre à ceux et celles qui présentent des conditions pour réussir. Or, «…l'esprit entrepreneurial commence par un changement des attitudes culturelles. Cela signifie en particulier que l'esprit entrepreneurial doit être développé le plus tôt possible » (Béranger et al., 1998, p. 24). Autrement dit, il faut semer cet esprit chez les jeunes et s’assurer de le faire germer, croître et mûrir. C’est ainsi qu’on peut espérer la formation d’entreprises nouvelles, porteuses du développement dont les pays, comme le Niger, ont tant besoin. Ce chantier, mis en route par différents pays et selon des expériences spécifiques, est peut-être une voie de renouvellement des économies et la solution de rechange aux anciens modèles économiques, dont les mécanismes sont en perte d’efficacité. Nous présentons ici les expériences nigériennes et des perspectives qui se dessinent en matière d’entrepreneuriat jeunesse. Ce propos est construit sur la base d’une recherche documentaire sommaire et de quelques entretiens libres avec des acteurs du soutien à l’entrepreneuriat, soit les responsables du Fonds d’insertion des jeunes (FIJ). 1. 1.1 L’ENVIRONNEMENT NIGÉRIEN ET LA CULTURE ENTREPRENEURIALE
POTENTIELLE

Analyse du contexte au Niger

Pour analyser le contexte nigérien relativement à son niveau de développement de la culture entrepreneuriale, nous empruntons à Paul-Arthur Fortin la formule d’appréciation du potentiel de la culture entrepreneuriale par la mesure de l’intensité entrepreneuriale et de la vitalité entrepreneuriale (Fortin, 2002, p. 201-202). La mesure de l’intensité entrepreneuriale, que Fortin (2002) définit comme « la mesure à un moment donné de la culture entrepreneuriale dans un milieu », intègre les dimensions suivantes : 1. 2. 3. 4. Discours et comportements gouvernementaux. Tradition et valeurs religieuses favorables. Engagement des élus et des leaders locaux. Engagement de l’école dans la diffusion : des attitudes, des valeurs, des connaissances, des habiletés.

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5. Collaboration des médias grand public et spécialisés. 6. Dynamisme des réseaux de l’entrepreneur : affectif, compétences, performance. 7. Valorisation du métier d’entrepreneur. L’auteur mentionne par ailleurs que les actions négatives du gouvernement, de même que celles des traditions et des valeurs religieuses d’autre part, peuvent enrailler le processus même si les autres composantes fonctionnent dans le bon sens. Cela dit, examinons la situation en contexte nigérien sous cette formule. 1.1.1 Le discours et le comportement gouvernementaux par rapport à l’entrepreneuriat

L’interventionnisme de l’État a été très important, voire monopolistique, jusqu’au début des années 1980 (Mathis et Riestch, 2000). Toutefois, des difficultés économiques ont contraint le gouvernement de l’époque à entreprendre la démarche de libéralisation de l’espace économique, marquée notamment par la création en 1983 du Fonds d’intervention en faveur des petites et moyennes entreprises nigériennes (FIPEMEN), destiné à créer une nouvelle génération d’entrepreneurs (Mathis et Riestch, 2000, p. 158). En 1987, la création du Programme d’appui à l’initiative privée et à la création d’emplois (PAIPCE) a favorisé la création d’entreprises privées par des fonctionnaires sortant de la fonction publique, ou les nouveaux diplômés qui n’aspiraient pas à l’intégrer. À partir de 1991, on a assisté à l’avènement d’un programme spécialement dédié aux jeunes : le programme « entrepreneuriat jeunesse » mis en place avec l’aide de la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports des États et gouvernements ayant le français en partage (CONFEJES). Par la suite, en 1992, l’Agence de financement et d’encouragement de la libre entreprise (AFELEN) a été créée. Elle fut essentiellement un organisme de gestion des fonds mis à la disposition du Niger par le Fonds européen de développement (FED) pour l’appui (financier) à l’entrepreneuriat privé. En 1997, le projet Entreprendre au Niger a vu le jour avec l’aide du PNUD et celui du Bureau international du travail (BIT). Enfin, en 2000, la chambre de commerce a mis en place une cellule spécialement destinée à l’encouragement de l’entrepreneuriat des femmes (CAEF) avec l’appui du PRAMEF et l’Agence canadienne pour le développement international (ACDI) (Kongui, 2004). Ces différentes expériences montrent l’engagement évident de l’État et des gouvernements de l’époque pour la recherche des voies et moyens du développement de l’entrepreneuriat au Niger. Aujourd’hui, l’actualité nationale est chargée de discours révélant un regain d’intérêt pour l’entrepreneuriat. On constate notamment des efforts dans le déploiement d’une stratégie de développement du secteur privé et de

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privatisation des entreprises publiques. Actuellement, cinq ministères affichent des préoccupations entrepreneuriales dans leur cahier de charge : 1. Le ministère du Commerce, de l’Industrie et de la Normalisation. 2. Le ministère de la Promotion des jeunes entrepreneurs et de la reforme des entreprises publiques. 3. Le ministère de la Formation professionnelle et technique. 4. Le ministère de la Culture, des Arts, des Loisirs et de la Promotion de l’entrepreneuriat artistique. 5. Le ministère de la Jeunesse et des Sports. Tous ces éléments traduisent un certain engouement de la part des instances gouvernementales pour le développement de la culture entrepreneuriale. L’influence de la tradition et des valeurs religieuses L’influence des traditions et des valeurs religieuses est plus délicate à identifier, mais nous pouvons aisément constater que les traditions ont une forte influence sur l’entrepreneuriat. La culture entrepreneuriale est entre autres en relation avec la division sociale du travail : les métiers sont transmis des parents (père ou mère) aux enfants ou du maître à l’apprenti selon ce qu’il est convenu d’appeler le système de caste. Ce système, prédominant chez certaines ethnies du Niger, est de plus en plus mis à mal par la nécessité de s’adapter au monde moderne, du moins dans sa dimension économique. Les métiers sont maintenant plus ouverts et les jeunes n’hésitent pas à s’y investir s’ils y découvrent une occasion d’affaires. L’engagement des élus et des leaders locaux L’engagement est plutôt mitigé quand il s’agit d’intervenir en matière de soutien ou de parrainage des jeunes en entrepreneuriat. Cependant, les élus et leaders locaux constituent des modèles, étant généralement opérateurs économiques et responsables de structures politiques locales. En dehors du programme spécial de président (nous y reviendrons), à ce jour seul un parti politique a publiquement manifesté son intérêt pour le lancement d’un projet touchant l’entrepreneuriat destiné aux jeunes. L’engagement de l’école dans la diffusion de l’entrepreneuriat L’école commence timidement à initier des expériences isolées pour promouvoir l’esprit d’entrepreneuriat chez les élèves au niveau des enseignements secondaires professionnels. Trois établissements, dont un privé, ont des modules d’initiation à l’entrepreneuriat avec des niveaux d’approfondissement variés.

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Collaboration des médias grand public et spécialisés Certes, le Niger connaît depuis l’avènement de la démocratie une prolifération des médias audiovisuels et de la presse écrite. Mais leur présence sur le terrain du développement de la culture entrepreneuriale n’est pas sensible. Dynamisme des réseaux d’entrepreneurs La culture de réseaux est en train de naître et de se développer, ce qui est porteur de grands espoirs. On peut en citer trois types : 1. le réseau de jeunes entrepreneurs (l’UJE : Union des jeunes entrepreneurs du Niger, la Jeune Chambre internationale– Niger, le forum des jeunes entrepreneurs, le RAJENI : Réseau des jeunes entrepreneurs du Niger. 2. le réseau des femmes (Réseau des femmes chefs d’entreprise [REFCEN]), 3. les corporations de divers types de professionnel (la plateforme paysanne et autres associations d’opérateurs économiques), une chambre consulaire et ses structures décentralisées. Valorisation du métier d’entrepreneur L’image de l’entrepreneur est positive au Niger : on le considère comme étant à l’abri de la pauvreté et de la privation. De par sa situation, il supporte financièrement les membres de sa communauté à des occasions spéciales et même de façon régulière par une aide alimentaire. Même s’ils envient la sécurité financière des entrepreneurs, les jeunes sont possiblement moins attirés par cette responsabilité supplémentaire de venir en aide à leur entourage. Quant à la vitalité entrepreneuriale, Fortin (2002) la définit comme « l’augmentation quantitative et qualitative d’entreprises, d’emplois et d’entrepreneurs », elle articule en six variables qui se multiplient entre elles, soit : 1. 2. 3. 4. 5. 6. L’intensité entrepreneuriale. La présence d’entrepreneurs motivés. Le marché. Les produits ou services. Le capital disponible. L’horizon retenu.

La première dimension est celle de l’intensité entrepreneuriale, dont nous venons de discuter. Les autres dimensions sont présentées ci-dessous. La présence d’entrepreneurs motivés L’existence d’un grand bassin d’entrepreneurs motivés est sans

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équivoque au Niger. Tous ceux qui ont visité ce pays au cours des dernières années ont pu constater le dynamisme des activités entrepreneuriale dans les domaines comme le bâtiment, les télécommunications, le transport, la formation, etc. Le marché Il est indéniable que certains problèmes structurels de l’économie nigérienne persistent : par exemple, une forte croissance démographique (3,3 %) limite l’impact de la croissance économique actuelle (3,1 %) quant à la réduction de la pauvreté. Par ailleurs, le flux d’investissement directs étrangers demeure faible. La perception des investisseurs est par ailleurs assez ambiguë par rapport à l’attractivité du pays. Les produits ou les services Les produits ou les services qui caractérisent le marché nigérien sont peu technologiques. Ce sont surtout des produits de base ou des produits agricoles tels que l’oignon, le sésame et le niébé, ou encore des produits de l’élevage. Aujourd’hui, la production de biens et services est très marquée par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (la téléphonie mobile et Internet), en plus du transport et de la formation. Le capital disponible Il y a visiblement un regain d’intérêt pour l’espace économique nigérien par les banques. Trois nouvelles institutions ont fait leur apparition au cours des quatre dernières années auxquelles il faut ajouter une multitude de structures de microfinance qui offrent des microcrédits aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural. L’horizon retenu Le cadre stratégique en cours d’élaboration s’arrime sur l’horizon de la stratégie de réduction de la pauvreté, c’est-à-dire cinq ans. On envisage la création de 100 entreprises en 2008 et de 350 par année pour les quatre années restantes, pour un total de 1 500 entreprises (Hamid et al., 2008, p. 51). Le cadre stratégique repose sur quatre objectifs généraux et couvre cinq axes stratégiques : 1. Impulser une dynamique auto-entretenue et cumulative chez les jeunes entrepreneurs nigériens, en termes de création d’emplois et de richesses, de développement de la compétitivité et de la concurrence, de recherche permanente de l’excellence. 2. Valoriser les ressources humaines que constitue la jeunesse et optimiser leur utilisation par l’économie nationale.

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3. Favoriser le développement d’un tissu économique moderne tourné vers la transformation des produits locaux et la satisfaction prioritaire de la demande nationale. 4. Promouvoir les projets des jeunes entrepreneurs ruraux. 2. L’ENTREPRENEURIAT JEUNESSE ET LA CULTURE ENTREPRENEURIALE 2.1 Le concept de l’entrepreneuriat jeunesse

Si l’entrepreneuriat « est le processus d’accomplissement de quelque chose de nouveau (création) et de quelque chose de différent (innovation) dans le but de créer de la richesse pour la personne et une valeur ajoutée pour la société » (Kao, 1995), ou encore «… l’ensemble des activités et démarches qu’implique la création d’entreprises et plus généralement la création d’activités » (Béranger, 1998), l’entrepreneuriat jeunesse semble plus ambigu en tant que concept. On peut être tenté de dire qu’il s’agit de l’acte de création d’entreprises et son apprentissage par les jeunes. L’entrepreneuriat jeunesse au Niger est un concept nouveau, mais non méconnu du grand public. Il correspond dans la pratique à une action de soutien aux projets de jeunes selon des critères liés aux objectifs du programme de l’organisation intergouvernementale : la CONFEJES. Le FIJ s’adresse aux jeunes déscolarisés ou diplômés sans emploi de 18 à 30 ans, qu’ils aient déjà ou non une activité ou une idée de projet. Après leur formation à l’esprit d’entreprise, ils soumettent une demande de financement à la CONFEJES par une commission nationale de sélection. Le financement peut être accordé au projet individuel, mais il est de préférence accordé aux micro-activités ou micro-entreprises collectives. La formation à l’esprit d’entreprise dispensée dans le cadre de ce programme est d’une durée de deux à trois semaines et est fondée sur trois modules principaux : 1. Être ou ne pas être entrepreneur? 2. Mon projet d’entreprise. 3. Négocier mon financement. Un guide de rédaction de plan d’affaires est également fourni. L’objectif de ce programme est de mettre à la disposition des jeunes des formations sur la vie associative, sur l’entrepreneuriat et sur les aides financières afin qu’ils deviennent les acteurs responsables de leur propre itinéraire d’insertion sociale et économique.

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2.2

Le dispositif au plan national de promotion de l’entrepreneuriat jeunesse

Depuis 1991, les jeunes du Niger et de tous les pays membres de cette organisation bénéficient d’un appui sous forme de formation à l’entrepreneuriat accompagnée du financement des meilleurs projets, avec l’appui de la CONFEJES. À la suite d’une formation de trois à quatre semaines sur l’esprit d’entreprise, les collectivités nationales financent les projets des jeunes entrepreneurs. Cette formation est accompagnée d’une sélection de projets les plus méritants en vue du financement. Le programme vise les jeunes de 16 à 30 ans, déscolarisés et organisés en groupements ou en coopératives. Un dispositif national dit « dispositif pour la promotion de l’entrepreneuriat jeunesse » (DINAPEJ) a été donc mis en place. Mission : 1. Promouvoir l’entrepreneuriat jeunesse. 2. Accompagner les jeunes créateurs. 3. Sélectionner les projets des jeunes pour les appuis financiers (subvention). 4. Assurer l’installation et le suivi des jeunes. 5. Aider le coordonnateur national. 6. Assurer la formation de jeunes candidats au FIJ. Le dispositif pour la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes est une structure composée d’acteurs publics et privés. Le point focal se trouve au ministère de la Jeunesse et des Sports où une direction d’appui aux initiatives privées des jeunes est créée depuis un certain nombre d’années. Le dispositif national pour la promotion de l’entrepreneuriat jeunesse comprend une commission nationale de soutien et une cellule nationale de formation constituée de formateurs qui, tout comme les commissions régionales, regroupe des représentants de tous les départements ministériels, à l’exception de la défense nationale et de l’intérieur. En outre, elle coiffe huit commissions régionales comportant chacune une cellule de formation. Enfin, le coordonnateur national est le secrétaire exécutif de la commission nationale du FIJ. 2.3 L’orientation terrain : les actions et les résultats obtenus

Dans la pratique, l’entrepreneuriat jeunesse comporte la formation de formateurs, la formation des promoteurs et le financement des projets des jeunes.

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Formation des formateurs-cadres de la jeunesse : Dès les premières années du programme entrepreneuriat jeunesse, 54 formateurs ont été formés. Les cadres de la jeunesse et des sports étaient les plus nombreux (43), auxquels s’ajoutaient des agents en provenance d’autres ministères (huit). Les organismes privés avaient fourni le moins de candidats (trois). En 1998, deux formateurs ont été formés à Abidjan sous l’égide de la CONFEJES pour favoriser l’introduction d’un programme de formation de formateurs dans les instituts de jeunesse et des sports. Aujourd’hui, l’enseignement de l’entrepreneuriat est effectif à l’institut national de la jeunesse et des sports. Il est adressé aux futurs animateurs et formateurs des jeunes dans les écoles et les centres sociaux éducatifs, ou encore les organisations civiles et privées de développement (organisation non gouvernementale [ONG] et associations). Formation et financement de jeunes promoteurs et le FIJ : Jusqu’en 1997, il y avait un seul centre de formation de jeunes promoteurs à Niamey. La capacité était limitée à 50 participants. À partir de 1999, le nombre des centres est passé à onze dans toutes les régions du pays et ont accompagné 1 500 jeunes candidats dans la création d’une micro-entreprise ou d’une micro-activité. Au bout de quatre années, 4 650 jeunes ont été formés par le FIJ. Pendant la même période, l’État a mis en place un fonds d’aide aux jeunes dans collectivités inscrit au budget national d’investissement. De ce côté, on estime à 19 800 le nombre de jeunes touchés par la sensibilisation à l’entrepreneuriat. En effet, tous les ans, chacune des huit régions nigérienne offre une formation à une cinquantaine de jeunes gens. Cela s’est étendu aujourd’hui aux 36 arrondissements (Kongui, 2004, p. 39). En 2004, un programme dit « programme spécial du président » a initié une expérience de formation de jeunes diplômés dont les projets ont été par la suite financés sur des fonds Pays pauvres très endettés (PPTE). Conclusion : ce qu’il y a lieu de faire? Élaborer un diagnostic de la situation Pour envisager le développement de la culture entrepreneuriale au Niger, il convient de mettre l’école au cœur d’un dispositif stratégique et opérationnel. Cela passe par un diagnostic de la situation pour identifier les composantes à mobiliser dans l’environnement et les différentes opportunités à saisir. Au plan stratégique il s’agit de trouver un modèle de développement de l’entrepreneuriat qui tienne compte d’une vision claire des défis et des enjeux nationaux. Le Niger a certes une préoccupation de lutte contre la pauvreté et

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