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La compétitivité internationale

De
304 pages
Comment améliorer et pérenniser la compétitivité internationale d'une entreprise ? La survie des entreprises françaises, la croissance de leurs chiffres d'affaires et le niveau d'emploi du pays dépendent de la force de ces entreprises sur le marché mondial. Cet ouvrage définit d'abord la "pyramide de compétitivité internationale" et propose ensuite une démarche de type microéconomique fondée sur la cartographie des principaux facteurs stratégiques de la compétitivité des entreprises au niveau international.
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http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1 @wanadoo.fr

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9792-X EAN: 9782747597920

LA COMPÉTITIVITÉ INTERNA TIONALE
Stratégies pour les entreprises françaises

Collection « L'esprit économique

»

fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis Si l'apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L'esprit économique» soulève le débat, textes et images à l'appui, sur la face cachée économique des faits sociaux: rapports de pouvoir, de production et d'échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement... Ces ouvrages s'adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu'aux experts d'entreprise et d'administration des institutions.

La collection est divisée en cinq séries: Economie et Innovation, Monde en Questions, Krisis, Clichés et Cours Principaux.

Le

Dans la série Economie et Innovation sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages d'économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l'étude des ressorts fondamentaux de l'économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications. La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d'histoire de la pensée et des faits économiques. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations. La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s'adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

Abdallah ALAOUI

LA COMPÉTITIVITÉ INTERNA TIONALE
Stratégies pour les entreprises françaises

INNOV AL 21, Quai de la Citadelle 59140 Dunkerque, France L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ; L'Harmattan Italia 15 Kônyvesbolt Kossuth 1. u. 14-16 Via Degli Artisti, 10124 Torino - RDC ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96

KIN XI

12B2260
Ouagadougou 12

1053 Budapest

de Kinshasa

À la mémoire de mon père emporté dans lafleur de l'âge

À ma petite et grande famille

SI TU VEUX QUE TON SILLON SOIT DROIT, ACCROCHE TA CHARRUE À UNE ÉTOILE (Proverbe arabe)

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage est le fruit de nombreuses années de recherche au sein du centre de recherche « CEDIMES PARIS» / Université Panthéon - Assas (Paris II), et de la nouvelle équipe de recherche «MOZAIIC» / Université Blaise Pascal (Clermont II). Il s'inspire des concepts et des idées d'une multitude de personnes, et de l'expérience de nombreux dirigeants d'entreprise qui ont apporté à la construction d~ cet ouvrage une vision professionnelle et pragmatique. A tous ceux qui ont contribué à notre apprentissage et répondu à nos questions, nous exprimons notre profonde gratitude. Nous tenons également à associer à ce travail de recherche tous nos étudiants du Master « Compétitivité internationale des entreprises» qui ont enrichi, par leurs multiples questions, le contenu de cet ouvrage. Enfin, nous remercions Adrien BONNET et Julien CHAGNIAUD d'avoir effectué la mise en page de cet ouvrage.

PRÉFACE

Globalisation et mondialisation conduisent plus que jamais les responsables d'entreprise à s'interroger sur leur capacité à s'adapter aux exigences de la concurrence internationale. Dans un monde où les notions d'espace fermé et de rente de situation n'ont plus cours, être compétitif est devenu un impératif vital. Dans son acception la plus courante, le concept de compétitivité peut être défini comme la capacité de l'entreprise à supporter la concurrence en s'adaptant aux changements qu'elle impose. Facilement compréhensible, cette définition se révèle à l'usage, peu opérationnelle. Conscient de cette situation, l'auteur nous propose d'en mieux cerner les contours et d'en préciser les modalités d'application. Après avoir constaté que la théorie «de l'avantage compétitif des nations », chère aux économistes classiques, fournit un cadre théorique qui se révèle être en adéquation avec l'évolution actuelle des échanges internationaux, il analyse en profondeur les différents déterminants du facteur compétitivité à l'international. Il s'attache ensuite à construire une batterie d'indicateurs par pays, fondée sur une approche tenant compte des préoccupations commerciales des entreprises (l'Indice Bilatéral Synthétique de Compétitivité). Procédant par étapes, il définit d'abord ce qu'il appelle la «pyramide de compétitivité internationale ». Véritable synthèse des facteurs endogènes et exogènes, la démarche débouche sur le calcul du rapport qualité / prix ce qui permet d'introduire de façon pragmatique, les notions de compétitivité-prix et hors-prix des entreprises.

Dans un deuxième temps, et c'est sans doute l'une des parties les plus novatrices de l'ouvrage, l'auteur propose une démarche de type microéconomique fondée sur la cartographie des principaux déterminants stratégiques de la compétitivité des entreprises au niveau international. Original et bien documenté, cet ouvrage s'adresse en premier lieu aux chefs d'entreprises qui cherchent des instruments de référence pour améliorer la compétitivité de leurs produits ou services face à la pression toujours plus forte de la concurrence internationale. Il s'adresse également aux étudiants de tous niveaux qui, dans le cadre de leur formation en commerce international, marketing ou management d'entreprise, cherchent à comprendre et analyser les différents facteurs de la compétitivité internationale d'un pays ou d'une entreprise.
Bernard GUILHOT, Professeur des Universités

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INTRODUCTION: LES EXIGENGES ACTUELLES DE LA COMPÉTITIVITÉ INTERNA TIONALE

L'observation de l'évolution des échanges et de la croissance des différents pays durant des deux dernières décennies, met en évidence des adaptations nationales différenciées face à une contrainte incontournable: celle de la compétitivité internationale. Les difficultés inhérentes à l'appréhension et à la mesure de cette contrainte sont à la fois d'ordre théorique, conceptuel et statistique. Pour mieux appréhender la dynamique de cette contrainte, il convient de rappeler les principales mutations qui ont contribué à son façonnement. En effet, la mondialisation des marchés et la régionalisation des échanges, l'accélération des fusionsacquisitions et des alliances, la multiplication des stratégies de partenariats et des délocalisations, l'émergence d'une nouvelle stratégie concurrentielle des pays d'Asie, l'ouverture croissante des PVD sur l'extérieur, constituent indéniablement les principales mutations économiques des vingt dernières années et très probablement celles des années à venir.

LA MUL TINA TIONALISA TION ET L'INTERNATIONALISATION DES MARCHÉS

L'intensification des échanges à partir des années soixantedix, s'est accompagnée par le développement du phénomène de multinationalisation. La multinationalisation, qui a joué un rôle important dans le durcissement de la contrainte de compétitivité, reflète le caractère multidimensionnel de l'intégration économique mondiale. La mondialisation est vécue aujourd'hui comme une réalité incontournable. Les marchés deviennent internationaux, les économies s'ouvrent de jour en jour sur l'environnement extérieur, les normes s'internationalisent et les résultats des firmes multinationales deviennent mondiaux. Cette tendance est, en fait, encouragée par le développement de la concurrence monopolistique qui permet d'établir que l'échange est possible et normal entre nations similaires en tous points. Il s'agit donc d'une nouvelle concurrence où la discrimination par les prix, est devenue une stratégie concurrentielle visant à améliorer la compétitivité économique. En effet, la multiplication d'innovations technologiques stratégiques a favorisé la mondialisation par la diminution des coûts de transport, l'augmentation des économies d'échelle et un certain rapprochement des conditions économiques et sociales nationales.

L'ACCELERATION DES ALLIANCES

DES FUSIONS-ACQUISITIONS

ET

Dans un monde marqué par l'incertitude et une intégration économique internationale de plus en plus poussée, le recours aux fusions-acquisitions et aux alliances internationales est un facteur clé de la mutation dans l'industrie mondiale. Selon une étude réalisée par l'Observateur des Stratégies Industrielles, le nombre des alliances industrielles croîtrait au rythme annuel de l'ordre de 20 %, soit presque un doublement tous les quatre ans. Les secteurs traditionnellement concernés par ces alliances sont l'électronique, l'informatique, la pharmacie, les biotechnologies et les télécommunications. L'objectif principal des fusionsacquisitions et des alliances stratégiques est de renforcer le positionnement des entreprises concernées sur leurs principaux marchés. Pour y parvenir elles cherchent donc à réduire les 12

coûts par une économie d'échelle, à pénétrer des marchés stratégiques et participer activement à la redéfinition du jeu concurrentiel (anticiper l'évolution ou la sophistication de la demande par une politique dynamique de R & D et d'innovation).

LA MULTIPLICATION DES STRATEGIES DE PARTENARIATS ET DES DELOCALISATIONS

L'objectif principal du partenariat consiste à améliorer la compétitivité des entreprises ou des pays qui mettent en œuvre un projet commun. Le concept du partenariat reflète donc une stratégie d'organisation efficace de la production aussi bien au niveau du fonctionnement interne des entreprises (soustraitance), qu'au niveau international (délocalisation et soustraitance) . Au niveau du fonctionnement interne de l'entreprise, la recherche d'une méthode de gestion efficace (hiérarchisation et répartition des tâches), s'inspirait à l'origine des conceptions purement tayloriennes. Actuellement, le système de gestion de la sous-traitance est basé sur la décomposition du cycle productif en tâches élémentaires entre plusieurs PME. L'objectif est de réaliser, grâce à une spécialisation à la fois fonctionnelle et opérationnelle, une production différenciée au moindre coût et à un meilleur rapport qualité / prix. Ce genre de partenariat suppose, l'institution de relations durables entre les entreprises et une réciprocité réelle des avantages. C'est, en fin de compte, cette stratégie d'organisation de la sous-traitance qui a rendu la concurrence nippone très efficace. Cette efficacité est due, en fait, à une organisation de type pyramidal permettant à chaque entreprise d'atteindre ses objectifs d'amélioration de compétitivité, tout en maintenant des relations durables et privilégiées avec les donneurs d'ordres. Au niveau international, la délocalisation d'une partie ou de la totalité de la production obéit au même principe: la recherche d'une amélioration de la compétitivité au moindre coût grâce à une main-d'oeuvre peu qualifiée, souvent assez bien formée, et bon marché. Certes, la sous-traitance a joué un rôle non négligeable dans la croissance des PVD et leurs relations de coopération avec les pays développés. Les pays qui ont entrepris avec succès les premières étapes de l'Ajustement 13

Structurel, en particulier le Maroc et la Tunisie en ce qui concerne le Maghreb, cherchent maintenant à établir un véritable partenariat avec les pays membres de l'Union européenne. Il s'agit de mettre en oeuvre, dans le cadre des conventions du libre-échange avec l'Europe, des projets communs basés sur une coopération durable et une réciprocité réelle des avantages entre partenaires. Il s'agit, en fait, d'une nouvelle stratégie de développement basée sur une interaction entre l'échange et la croissance dont la dynamique dépasse le cadre, devenu particulièrement étroit, des pratiques traditionnelles de l'échange international.

L'ÉMERGENCE D'UNE NOUVELLE CONCURRENTIELLE

STRATÉGIE

Aujourd'hui, certains pays, notamment le Japon et les NPI d'Asie, ont expérimenté et adopté une nouvelle stratégie concurrentielle: la concurrence par la différenciation verticale et horizontale des produits. C'est une stratégie basée sur une politique de mutation et d'adaptation permanente des produits à la demande actuelle et future des consommateurs. Dans ce contexte, l'action sur les prix est étroitement liée, pour un producteur, à la possibilité de différencier ses produits par rapport à ses concurrents. Dans les conditions actuelles de la concurrence, la différenciation est devenue une des dimensions principales de la compétitivité internationale. Pour certains pays, la concurrence actuelle des pays asiatiques est tellement forte qu'elle constitue une menace sérieuse pour certaines industries européennes et américaines. La perte des parts de marché et des emplois qui en résulte, amènent à la constitution des blocs régionaux en Europe et en ~mérique du Nord (ALENA). En effet, la « conversion» des Etats-Unis à l'approche régionale des échanges, reflète un nouvel état d'esprit du gouvernement américain.

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L'OUVERTURE

DES PVD AUX ÉCHANGES

EXTÉRIEURS

L'exacerbation de la concurrence, qui s'est traduite par une détérioration des termes de l'échange de la quasi-totalité des PVD, a suscité deux attitudes différentes. Certains pays, peu nombreux, se sont confinés dans une politique protectionniste; il s'agit essentiellement des pays qui ont refusé les Programmes d'Ajustement Structurel proposés par les principaux pourvoyeurs de fonds. La plupart des PVD ont cependant opté pour une stratégie d'ouverture progressive aux échanges extérieurs. Cette stratégie se traduit, en fait, par l'application d'une politique monétaire et budgétaire d'ajustement, la libéralisation du système financier et l'élimination progressive des obstacles institutionnels à l'échange international. Il s'agit, selon les protagonistes de l'OMC, d'une stratégie de développement en harmonie avec les exigences actuelles du marché. Certaines études ont montré, à cet égard, que l'ouverture n'a pas uniquement pour rôle de développer l'échange afin de tirer la croissance économique, mais qu'elle constitue avant tout un facteur essentiel du changement des structures internes. Dans ce contexte, où les contraintes concurrentielles semblent se durcir de plus en plus surtout pour les entreprises importatrices et exportatrices, il nous paraît indispensable de réfléchir, dans une première partie, aux véritables fondements de la compétitivité internationale. Nous montrerons alors que la compétitivité est fondamentalement une question de Disposition-Organisation, d'où la prédominance du principe d'Avantage Compétitif des firmes et des pays. Contrairement au modèle économique traditionnel, ce principe présente l'avantage de tenir compte aussi bien des dotations factorielles que des capacités organisationnelles qui permettent à un pays d'adapter sa spécialisation aux conditions de la concurrence internationale. Une tentative d'identification des principaux déterminants de ce principe nous permettra de montrer que la compréhension de la, nature actuelle de la concurrence, du marché mondial, de l'Etat et de la monnaie, permet de concevoir une stratégie de développement en harmonie avec les exigences actuelles de la compétitivité internationale. Une analyse globale et sectorielle nous permettra d'évaluer la compétitivité de l'économie française en tentant de répondre aux questions suivantes: la France répond-elle au sens strict de «la compétitivité », c'est-à-dire est-elle capable de satisfaire la demande intérieure et extérieure? Comment se positionne-t-elle 15

par rapport à ses principaux concurrents de l'OCDE? Parvientelle à faire face à la pression concurrentielle des pays émergents? Quels sont ses secteurs économiques les plus compétitifs? Cette première étape s'avère nécessaire pour pouvoir analyser, dans une deuxième partie, les déterminant stratégiques de la compétitivité internationale des entreprises françaises, notamment celle des PME. Il s'agit de montrer pour chaque déterminant stratégique (technologique, financier, salarial, fiscal, organisationnel et mercatique), les contraintes que les entreprises doivent gérer avec la réactivité, voire la pro-activité, susceptible de leur procurer un avantage compétitif durable.

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PREMIÈRE PARTIE: LES FONDEMENTS DE LA COMPÉTITIVITÉ INTERNA TIONALE

CHAPITRE I : LES FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA COMPÉTITIVITÉ INTERNA TIONALE

Aujourd'hui, la théorie traditionnelle (ricardienne) et celle dite moderne ou remaniée de l'avantage comparatif constituent la base de l'échange international. Pourtant, malgré la pertinence de l'analyse de certains économistes (notamment Balassa 1986, Leamer 1987 et Henner 1991), l'idée selon laquelle la théorie de l'avantage comparatif et la compétitivité sont actuellement totalement dissociées prédomine largement (Lafay 1987). C'est la raison pour laquelle il convient, après une présentation des analyses traditionnelle et moderne de l'échange international, d'orienter la recherche plutôt autour de la notion d'Avantage Compétitif et la relation entre la réalité actuelle de la mondialisation et la compétitivité internationale.

LA THÉORIE DE L'ÉCHANGE INTERNATIONAL L'ÉPREUVE DE LA COMPÉTITIVITÉ

À

Selon la théorie ricardienne de l'avantage comparatif, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les activités pour lesquelles il

est relativement avantagé. D'après le théorème d'Elie Heckcher et Bertil Ohlin, il s'agit des activités pour lesquelles ce pays est le mieux doté en facteurs de production (cf. Grjbine 1987, Mucchielli et Soulogoub 1980). Même si cette analyse est depuis longtemps considérée comme la référence théorique de base de l'échange international, sa cohérence a été remise en cause par certains tests empiriques. Rappelons, à cet égard, le paradoxe de Léontief (Lassudrie-Duchène 1972) et les travaux de Baldwin (1971). D'une façon générale, ces travaux reprochent à la théorie traditionnelle de l'échange international d'être envahie par des hypothèses de plus en plus détachées de la réalité (notamment l'hypothèse de la concurrence pure et parfaite, de la mobilité interne et de l'immobilité internationale des facteurs, de la neutralité de la monnaie et de la limitation de l'intervention économique et sociale de l'État). Plus récemment, d'autres explications, qui se sont particulièrement distinguées par leur pertinence, constituent un progrès certain dans la compréhension de la nature actuelle des échanges internationaux. Il s'agit, d'une part, des travaux qui ont essayé de tester empiriquement le phénomène des échanges intra-branche (notamment BaIssa 1966 et 1986, Grubel et Lioyd 1975). Ce phénomène caractérise essentiellement la période d'après guerre, pendant laquelle les échanges internationaux ont connu une expansion sans précédent aussi bien en ce qui concerne le volume que la nature des biens échangés (cf. Henner 1989). En effet, contrairement à la théorie classique qui explique l'échange par la différence, on assiste de plus en plus à des exportations et des importations des produits similaires appartenant à la même branche. L'industrie automobile illustre souvent ce phénomène d'échanges croisés des produits similaires, mais non identiques. En fait, même s'il est généralement admis que l'échange suppose toujours une différence, la nature de cette différence reste problématique. Elle peut être expliquée à la fois par les conditions de l'offre (coûts comparés et différence dans les dotations factorielles), et de la demande ou la différence dans les goûts et les préférences des consommateurs (LassudrieDuchène 1971). Appliquées à la France, les analyses de B. Lassudrie-Duchène J. L Mucchielli (1979) ont montré l'existence d'une hiérarchisation incontestable des avantages comparatifs. La France dispose, en fait, d'avantages comparatifs différents selon le degré de développement du pays avec lequel les échanges s'effectuent. Ainsi, la France importe essentielle20

ment des produits à forte densité technologique des États-Unis, alors qu'elle est en mesure d'exporter au Maroc, par exemple, des produits relativement capitalistiques (voitures et biens d'équipement) en échange des matières premières et des produits textiles. Cet exemple, met en évidence l'importance du niveau du développement et la composition géographique dans l'appréhension de la réalité des échanges actuels. La théorie des avantages comparés met donc en lumière le résultat recherché, mais ne parle pas des actions que les pays doivent ou peuvent entreprendre dans la recherche de ces mêmes avantages. En effet les diverses reconversions industrielles ne sont pas prises en compte, et pourtant on le sait, les innovations techniques remettent sans cesse en cause les positions concurrentielles des nations et de leurs entreprises. De plus elle suppose une situation bien loin de la réalité économique contemporaine (concurrence pure et parfaite, mobilité interne et immobilité internationale des facteurs, neutralité de la monnaie et limitation de l'intervention économique et sociale de l'État). Toutefois la structure de spécialisation d'un pays n'est pas neutre: sa qualité, sa dynamique ont des répercussions importantes sur la croissance du revenu national. Certains pays ont misé sur des produits à forts avantages comparatifs, tandis que d'autres se sont tournés vers la production de produits en net recul dans le commerce international et subissent de ce fait les effets négatifs de leurs mauvaises spécialisations. Le cas des pays riches est très complexe, leur compétitivité structurelle est fondée sur la création d'avantages au niveau microéconomique, leurs firmes agissent sur des marchés monopolistiques ou oligopolistiques, se protégeant temporairement des attaques par les prix de la concurrence extérieure en instituant des barrières à l'entrée par des stratégies d'innovation, d'amélioration de procédés de production et peuvent donc pratiquer une politique de prix élevés. La spécialisation de l'Europe le démontre bien, son principal point fort est les produits haut de gamme. L'Union Européenne, à l'instar des États-Unis, est un territoire uni: sa force compétitive est l'importance de ses échanges intra-branches et sa spécialisation dans les produits stables. Les filières de la mécanique de la chimie, et de l'automobile ont toujours été les principaux avantages comparatifs de l'Union. Pour ce qui est de ses points faibles, les déficits énergétiques ont peu évolué et ses désavantages comparatifs sur les produits agroalimentaires et électroniques se sont considérablement réduits. Il est vrai qu'une grande partie 21

des échanges internationaux est basée sur la différence comme le faisait remarquer la théorie classique de Ricardo. Cependant les échanges internationaux ne peuvent être expliqués par cette simple remarque, car les pays industrialisés échangent beaucoup de produits similaires (ayant les mêmes caractéristiques techniques) et font ce qu'on appelle des échanges intrabranches. Cf. tableau ci-après.
Tableau 1 - L'UE à 15 : la nature du commerce des pays membres, 1996

% Commerce total Interbranche 44,5 44,8 47,7 49,4 52,7 53,1 54,1 60,0 61,6 63,0 63,7 66,2 71,6 76,0 90,0 Intrabranche 55,5 55,2 52,3 50,6 47,3 46,9 45,9 40,0 38,4 37,1 36,2 33,8 28,3 24,0 10,0

UEBL
France Allemagne R-U UE à 15 Pays-Bas Autriche Espagne Italie Suède Irlande Danemark Portugal Finlande Grèce

% Commerce Intra-branche De De variété qualité 38,7 61,3 30,4 69,6 25,8 74,2 24,1 75,9 28,0 72,0 29,6 70,4 25,1 74,9 32,3 67,8 25,5 74,5 21,3 78,7 20,4 79,6 24,3 75,7 30,4 69,6 21,7 78,3 24,0 76,0

Les pays sont triés par ordre décroissant selon la part du commerce intra-branche total. Source: Calculs des auteurs à partir de Eurostat-Comext. Rapport du CEPII (Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales: La Compétitivité des Nations. 1998 Ed. Economica.

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En moyenne près de 50 % des échanges de l'Union sont des échanges intra-branches (pour la France on peut remarquer que ce type d'échanges représente plus de la moitié de son commerce total). Les différences technologiques ou de qualification de main-d'œuvre expliquent les échanges intrabranches de qualité. La France dispose d'avantages comparatifs différents selon le pays avec lequel elle commerce. Ainsi elle importe ~ssentiellement des produits à forte densité technologique des Etats-Unis, alors qu'elle exporte des produits moins élaborés vers les PVD. D'autre part, certains auteurs mettent l'accent sur le rôle des firmes multinationales dans l'évolution simultanée de leurs avantages compétitifs et de l'avantage comparatif des pays (Mucchielli 1985, Abd-El-Rahman 1987). L'idée principale consiste à montrer que, grâce à leurs avantages compétitifs et l'ampleur de leurs investissements directs, les firmes multinationales influencent fortement le niveau de développement aussi bien des pays d'origine que des pays d'accueil. En effet, dans le contexte actuel de mondialisation des économies, la recherche par les FMN de l'amélioration de leur compétitivité, les amène souvent à délocaliser leurs unités de production. Ce processus permanent de recherche des meilleures conditions de l'offre pour une adaptation efficace aux conditions de la concurrence internationale, permet à ces firmes de renforcer leurs avantages compétitifs et par conséquent l'avantage comparatif des pays d'origine et / ou des pays d'accueil. Enfin, ces dernières années ont été marquées par le retour en force d'une théorie dynamique de l'avantage comparatif, grâce aux apports respectifs de Balassa (1986), Leamer (1987) et Henner (1991). Le premier auteur a essayé de montrer, grâce à une approche par étape et un modèle à deux facteurs de production (travail et capital), qu'il existerait une dynamique de l'avantage comparatif. Cette dynamique se manifeste par l'existence d'une relation entre le niveau de développement, exprimé par une évolution favorable des dotations en capital physique des NPI et la composition de leurs exportations. Ce qui nous permet de penser que plus la dotation factorielle d'un pays se modifie en faveur du capital, plus la compétitivité de ses produits s'améliore. Ce qui est effectivement incontestable si l'échange n'est pas entravé par des obstacles réglementaires ou institutionnels. Le modèle théorique de Leamer tente de montrer, grâce à son triangle de dotation factorielle la terre (N), le travail (L) et le capital (K), l'existence de plusieurs sentiers 23

de développement. Tout dépend, d'abord, de la nature des dotations factorielles de chaque pays et de sa capacité, ensuite, de les combiner d'une façon plus ou moins efficace. L'intérêt de ce modèle théorique est de montrer que le gain de l'échange évolue dans le temps, et que « le développement s'accompagne généralement de l'accumulation du capital sous ses différentes formes» (Henner 1991). Nous n'avons pas l'intention dans cette étude de vérifier empiriquement si l'accumulation du capital est une condition suffisante pour réaliser le développement, surtout celui qui tient compte de la contrainte actuelle de la compétitivité. Mais il est certain que ce genre de développement nouveau se réalise, s'il est accompagné par une politique économique efficace (une politique d'Ajustement Structurel pour les PVD).

LA PERTINENCE COMPÉTITIF

DU PRINCIPE D'AVANTAGE

«Il faut de plus en plus raisonner en termes d'A vantages Compétitifs plutôt que comparatifs. Les avantages comparatifs correspondent traditionnellement aux dotations en facteurs tels que les ressources naturelles et sont, de ce fait, assez rigides. Les avantages compétitifs reposent sur des éléments plus qualitatifs et sont, de ce fait, largement influençables par les stratégies d'entreprises et des politiques publiques ». Livre Blanc, C.C.E, Chapitre 2. Si l'on admet, conformément aux enseignements précédents, que la compétitivité économique est une question de disposition-organisation, il sera alors possible de mettre en évidence le caractère plus ou moins opérationnel de la théorie de l'avantage comparatif. Il est, à cet égard, étonnant de constater que cette théorie se focalise quasi-exclusivement sur les dotations factorielles pour expliquer la nature de spécialisation d'un pays et son sentier (ou ses sentiers) de développement. Les capacités organisationnelles des pays, autrement dit l'efficacité de leur politique économique et de l'évolution du marché intérieur et extérieur, qui sont souvent déterminantes dans la gestion des dotations factorielles, sont souvent négligées dans la quasi-totalité des modèles théoriques présentés. Il est, en effet, évident que, quelle que soit la nature de spécialisation d'un pays, ses produits incorporent toutes les phases de production et les circonstances qui ont contribué à 24

leur façonnement et à leur différenciation par rapport aux produits concurrents. Il s'agit, d'abprd, des conditions qui déterminent les coûts de production. A ce niveau, les dotations du pays jouent effectivement un rôle déterminant; d'où l'intérêt de la théorie de l'avantage comparatif. Il s'agit, ensuite, des conditions de la concurrence qui caractérisent le marché intérieur (son étendue, son degré d'ouverture sur l'extérieur, la qualité de la demande des nationaux et leur solvabilité) et la nature de la politique économique suivie par le pays. Il s'agit, enfin, des conditions de la concurrence qui règnent sur le marché extérieur et de la capacité des entreprises nationales à
s'y adapter.

Il est donc évident que la compétitivité d'un pays ne pourrait dépendre uniquement de ses dispositions en ressources naturelles, en capital physique et humain. Il est certain que la capacité d'organisation d'un pays, au niveau économique, politique et social (le lancinant problème des acquis sociaux en France, par exemple), et sa capacité de s'adapter a la concurrence étrangère, jouent un rôle déterminant dans l'évolution de son avantage compétitif. Compte tenu ç:leces deux contraintes, disposer d'un potentiel humain, matériel, technologique et surtout financier, est certes un avantage comparatif nécessaire, mais celui-ci n'est guère suffisant pour se maintenir à un niveau appréciable de compétitivité (problème des inerties ou de flexibilité aux niveaux micro et macro-économiques). Ces enseignements nous permettent, en fin de compte, de constater que l'avantage comparatif d'un pays n'est actuellement qu'une composante d'un enjeu plus général: son Avantage Compétitif. La pertinence et le réalisme du principe d'Avantage Compétitif s'expliquent, d'abord, par la nature de la notion de la compétitivité qui incarne une certaine dialectique de renforcement et de dépassement des acquis d'une entreprise ou d'un pays. Cette dialectique se situe indubitablement dans la durée: c'est une stratégie d'adaptation / anticipation permanente. Cette dynamique constitue, ensuite, une démarche analytique reflétant la composition de deux points de vue: celui des pays industrialisés et celui des PVD. Autrement dit, « l'inséparabilité et l'interdépendance réciproques de l'expansion des pays mûrs et des pays neufs» (Gasparetto 1982). Cet enseignement est d'autant plus important que les économies des PVD sont directement rivées, compte tenu de leur spécialisation internationale, sur la croissance des pays industrialisés et l'évolution du marché mondial. 25

Ces deux spécificités permettent à ce principe d'établir logiquement une jonction incontournable entre les facteurs hérités ou créés (les dotations factorielles), et les facteurs tenant aux capacités organisationnelles (flexibilité organisationnelle et institutionnelle) d'un pays. Pour comprendre la logique de ce principe, il est nécessaire d'en préciser les principaux déterminants à travers l'analyse de la relation mondialisation / compétitivité économique.

LA DYNAMIQUE DE LA RELATION MONDIALISATION / COMPÉTITIVITÉ

ÉCONOMIQUE

«Si la compétition est le levier qui permettra à un pays d'accroître sa productivité, le commerce, lui, en est le pivot» Nicolas Brady, 1989. La mondialisation contemporaine, sous ses différentes manifestations (convergence des marchés des finances et des échanges internationaux, développement des Nouvelles Technologies d'Information et de Communication (NTIC), redéfinition des régulations économiques des Etats et des institutions internationales, etc.), représente un processus dynamique de reconstruction / reconfiguration d'une matrice d'un nouveau type de développement. Il s'agit, en fait, d'un nouveau cadre économique et politique censé être le plus favorable aux échanges des biens, des services et des capitaux entre différents opérateurs. Celui qui permettrait aux entreprises et aux nations de réaliser les conditions macro et microéconomiques nécessaires à l'amélioration, sans cesse remise en cause, de leur compétitivité internationale. La dynamique de cette relation, mondialisation-compétitivité économique, met donc en évidence la pertinence de la notion d'Avantage Compétitif des Nations (A.C.N) qui reflète plus une stratégie concurrentielle internationale qu'un simple principe théorique des échanges internationaux. En effet, compte tenu de l' exacerbation de la concurrence internationale, trois déterminants principaux semblent façonner l' A.C.N: leur capacité de s'intégrer dans la logique de l'internationalisation des échanges des biens et des services, leur capacité de tirer le meilleur parti de la globalisation financière, et, enfin, la capacité des Etats d'adopter une «gouvernance entrepreneuriale» basée sur une 26

régulation coopérative et anticipative des politiques macroéconomiques à l'échelle nationale et supranationale. L'internationalisation des échanges La mondialisation contemporaine, dont le moteur principal est incontestablement «l'impératif de compétitivité », reflète l'émergence d'une nouvelle stratégie concurrentielle. Cette stratégie découle de deux tendances lourdes: d'une part, l'émergence d'une troisième révolution industrielle qui a engendré, grâce à une intégration industrielle mondiale, des innovations prodigieuses de la filière électronique et une diffusion massive des NTIC; d'autre part, cette nouvelle stratégie entérine le triomphe d'une Concurrence Technologique de Domination (CTD) qui a érigé en dogme l'impératif de la Qualité totale. En effet, l'importance des fusions-acquisitions effectuées ces dernières années reflète une nouvelle stratégie concurrentielle basée sur une intégration industrielle croissante des entreprises. Ce phénomène traduit, selon François Chesnais (1990), «la capacité des grands groupes oligopolistiques à adopter une approche et une conduite globales portant simultanément sur les marchés à demande solvable, les sources d'approvisionnement, la localisation industrielle et les stratégies des principaux concurrents ». Cette nouvelle stratégie concurrentielle a largement contribué à cette «décomposition industrielle» du processus productif. Ainsi, les multiples formes de coopérations interentreprises, et plus particulièrement les fusions-acquisitions, ce sont progressivement substituées aux créations de filiales de production qui se sont développées dans les années 60 et 70. Conséquence importante de cette évolution: les échanges internationaux sont actuellement dominés par les groupes multinationaux qui réalisent à eux seuls un tiers du commerce international du fait des échanges entre les filiales. Cette domination, qui s'exerce surtout sur le plan technologique et façonne largement les conditions de la concurrence internationale, a été facilitée par le dynamisme boursier des années 80 et 90 (en raison notamment de la globalisation financière et son corollaire la recherche d'un financement compétitif). Ce constat nous permet de qualifier cette nouvelle stratégie concurrentielle de Concurrence Technologique de Domination 27

(CTD). Trois raisons principales nous aident à comprendre cette réalité: D'une part, c'est une concurrence technologique dans la mesure où l'amélioration de la qualité des produits, par l'amélioration de la qualification du travail et par les innovations technologiques, est devenue une dimension capitale de la compétitivité internationale. En effet, parce qu'elle réduit les coûts, favorise la différenciation des produits et suscite une augmentation des investissements coûteux, la technologie confère aux entreprises les mieux dotées en capital physique et humain un « avantage concurrentiel capital ». (Porter 1986). D'autre part, les entreprises les plus compétitives disposent actuellement d'une stratégie technologique susceptible d'améliorer leur stratégie d'ensemble face à la concurrence, et leur permet d'exercer une domination plus ou moins durable sur certains produits, certains secteurs et certains marchés. Des études empiriques ont montré qu'il existe des «Feed-Backs» entre la compétitivité d'une firme et « son aptitude à générer ou assimiler, assez rapidement, le progrès technique» (Smida 1984). Cette domination technologique nécessite, en fait, des capacités financières importantes pour concevoir, développer et entretenir un capital matériel et humain souvent très coûteux. En analysant la stratégie financière japonaise, Eric Le Boucher (1980) constate que «les profits sur les marchés conquis financent les opérations de dumping sur les marchés à conquérir. Leur domination est ainsi passée du téléviseur au composant électronique, puis du composant au microordinateur, et ainsi jusqu'à la domination finale ». Ce rapport : domination financière / domination technologique est aisément transposable au niveau international (relations économiques entre différents pays, notamment entre pays inégalement développés). En effet, alors que les grandes entreprises s'orientent vers la technologie de pointe, celles des PVD se spécialisent dans les domaines qui nécessitent peu de capacité financière et une faible qualification (l'industrie textile, par exemple). Il s'agit donc d'une concurrence technologique de domination, puisque la conception, le financement et la maîtrise de la quasi-totalité des procédés technologiques sont l'apanage d'un nombre bien limité des firmes dominantes. Il s'agit, enfin, d'une concurrence teintée d'un protectionnisme à peine voilé dont la pratique quotidienne constitue manifestement une violation permanente au principe libreéchangiste de l'OMC. On est aujourd'hui loin de la vision du fondateur de l'école de Cambridge, Alfred Marshall, qui croyait 28

que «la libre concurrence est le meilleur des terreaux pour favoriser la prospérité ». En fait, même si la volonté de « faire éclater» les structures sclérosantes de l'économie mondiale et les entraves à la libre concurrence est souvent affichée, le non respect des "règles et disciplines" de I'OMC est fréquent (protectionnisme institutionnel, protection par les normes, régionalisation, etc.). Au début des années 90, le PDG de Chrysler soutenait « qu'il faut mettre de côté certains préceptes de la pure concurrence qui ne sont que handicaps à l'heure actuelle de guerre économique. Puisque les Japonais trichent, il faut tout négocier avec eux marché par marché... » (Le Boucher 1990). En effet, les arguments contre le libre-échange ne manquent pas. Dans un débat sur l'échange international, Gérard Lafay (1993), jugeant déloyale la concurrence asiatique, propose aux Européens de doser leur libre-échange en fonction de la proximité des pays: « il doit être total au sein de la CEE, très grand avec les pays proches de l'Afrique du Nord et de l'Europe de l'Est et plus mesuré avec le reste du monde ». Sur ce sujet, deux économistes américains, Cowhey et Aronson (1993), préconisent de substituer au libre-échange strict le concept «d'accès au marché ». Ce concept, qui reflète l'état d'esprit du gouvernement américain des années 90, vise à réglementer la pépétration de leurs marchés en légitimant l'intervention de l'Etat. Ces affirmations reflètent, en fait, une réalité qui se caractérise par une concurrence relative et un protectionnisme relatif: les accords d'autolimitation et l'accord multifibres conclus avec les pays de la CEE et certains PVD, constituent à cet égard un exemple éloquent (Article 115 du Traité de Rome). La Banque mondiale dénonce évidemment ce protectionnisme en précisant qu' "un accès libre aux marchés des pays industriels ferait gagner aux pays en développement quelques 55 milliards de recettes additionnelles d'exportation, soit autant que l'aide qu'ils reçoivent" (Rapport 1991). Les évolutions récentes (réunion de Seattle en 2000) de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), vont bien dans ce sens. Compte tenu des spécificités de cette nouvelle stratégie concurrentielle, les implications de l'intégration industrielle mondiale se traduisent concrètement par le développement des investissements directs; ce qui permet aux firmes multinationales de renforcer leur efficience productive, voire leul domination technologique, financière et commerciale. A l'échelle nationale et régionale, il s'agit en fait d'améliorer l'attractivité du territoire en proposant un environnement favorable à la productivité et à l'innovation. Le critère décisif 29

devient désormais, aussi bien pour les entreprises nationales qu'étrangères, l'amélioration de leur part de marché mondial, quel que soit le lieu de localisation de leurs unités de production. Maurice Durousset (cité par Redslob, 1999), note à cet égard que «l'entreprise mondiale organise ses activités comme un ensemble intégré au niveau international, et procède ainsi dans tous les domaines: recherche, développement, marketing, production, commercialisation... De même quelle s'approvisionne en matières premières là où celles-ci sont à bon marché, elle assemble dans les lieux où les coûts sont les plus faibles, et acquiert les compétences là où elles sont en pointe ». Sur le plan de management stratégique, cette démarche devrait aboutir à la réalisation de la qualité totale (zéro défaut, zéro panne, zéro stock, zéro papier, zéro accident, etc.) qui détermine la pérennité de la compétitivité des entreprises. Si nous avons mis plus l'accent sur la mondialisation des échanges plutôt que sur celle de la production, c'est parce que nous avons constaté que la production se régionalise davantage qu'elle ne se mondialise. Deux raisons principales expliquent cette tendance: - Les fluctuations relativement importantes des taux de change des grandes devises (notamment pendant les crises financières asiatiques des années 80 et 90) ; ce qui conduit les sociétés qui opèrent à l'échelle mondiale à produire à l'intérieur des grandes régions ou zones monétaires (zone euro, par exemple). Cette stratégie leur assure des revenus et des dépenses plus équilibrés et surtout prévisibles. - L'impératif de la «localisation globale» (voir Oman, 1999), c'est-à-dire l'importance croissante de la proximité des entreprises de leurs clients et de leurs fournisseurs, en vertu de la nouvelle conception post-taylorienne flexible de l'organisation de la production. Le succès de cette nouvelle organisation du travail s'explique ainsi par les progrès réalisés ces deux dernières décennies dans l'automatisation et les NTIC. En résumé, l'internationalisation des échanges s'effectue actuellement dans le cadre d'un marché mondial où les FMN jouent un rôle important d'impulsion, de coordination et de contrôle de la technologie, des finances et des échanges. Dans ce marché, les FMN sont donc considérées comme de véritables "fer de lance" de la compétitivité internationale. Elles ont ainsi tendance à créer un marché mondial caractérisé par une structure oligopolistique où prime une seule exigence le rapport qualité/prix des produits échangés, abstraction faite de l'origine 30