LA CROISSANCE ECONOMIQUE DANS LE LONG TERME

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Cet ouvrage fait le point sur l'avancée des recherches relatives aux conditions de retour à une croissance de longue période. Sommes-nous à l'aube d'une nouvelle phase longue d'expansion économique, une phase différente des précédentes ? Si oui, quelles sont les conditions économiques, politiques et sociales qui ont permis ou permettront un retour à une croissance durable, Peut-on extrapoler à partir des tendances actuelles et envisager les évolutions des prochaines décennies ? Une analyse et une recherche de théorisation des cycles économques.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296288638
Nombre de pages : 342
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lA CROISSANCE ECONOMIQUE DANS lE lONG TERME
Formes historiques et prospective

Sous la direction de Claude DIEBOL T & Jean-Louis ESCUDIER

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-2489-2

INTRODUCTION

La croissance économique

dans le long terme

Il

POURQUOI UN COLLOQUE D'ECONOMIE mSTORIQUE SUR LES THEORISATIONS DU LONG TERME ET LE DEPASSEMENT DES PHASES DEPRESSIVES? Claude DIEBOLT

La mer entourant l'Ecosse n'est pas la seule eau abritant des créatures étranges et fantastiques. Le pays, particulièrement les highlands, est découpé par d'innombrables lacs, ou lochs. Ces lochs s'étendent tels des doigts entourant les montagnes, reflétant un bleu azur profond contrastant avec l'or et le roux dans la clarté d'une journée d'automne, ou noir et menaçant d'une tempête hivernale. De nombreux lochs ne sont pas de véritables lacs intérieurs mais des bras de mer rampant tels des serpents géants et remontant les vallées de mile en mile. Selon le folklore des highlands nombre de ces lochs, en particulier les plus grands tels que le Loch Morar et le Loch Ness, abritent des monstres appelés jadis kelpies (esprits des eaux) ou water-horses (chevaux marins). Le monstre du Loch Morar se nomme Morag; mais le plus connu de tous les Nessie, celui du Loch Ness, défraya la chronique de ces cinquante dernières années et est devenu l'une des principales attractions de l'Ecosse. Ce qui est frappant en ce qui concerne le monstre du Loch Ness, c'est qu'à la fin du 20èmesiècle il est toujours un sujet à controverses. Il reste une réalité plausible, mais non prouvée. En fait, le Loch Ness est une faille étroite qui s'allonge sur 35 km au-dessous du Great Glen, une immense dépression qui coupe l'Ecosse d'Est en Ouest, d'Inverness à Fort William. Sur la plus grande partie de sa longueur, il n'a guère plus de 1,5 km de large et en aucun endroit plus de 3 km. Mais, avec ses 220 m, il est l'un des plus profonds et des plus mystérieux lacs d'Europe. Alors, pourquoi cette énorme masse d'eau ne serait-elle pas le refuge secret de monstres non encore découverts! De toute évidence, à ce jour, il n'existe aucune raison scientifique permettant d'exclure l'existence de formes de vie géantes au fond du Loch. Il en va des cycles économiques et plus précisément des cycles longs de type Kondratieff, comme du monstre du Loch Ness: personne ne les a vraiment vus et pourtant, à l'aube du 21 èmesiècle ils sont, dans l'esprit de beaucoup d'entrenous, plus présents que jamais. En fait, ils semblent jouir d'une certaine ressemblance avec les vampires. Régulièrement on les considère comme étant morts et c'est alors qu'ils se révèlent comme particulièrement vivants!

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Introduction

Mais le cycle long existe-t-il ? A-t-il une réalité économique ou n'est-il que le produit d'une illusion trompeuse, le fruit de manipulations statistiques trop peu, ou de plus en plus sophistiquées, la résultante d'une recherche de spectres dans le but de dévoiler des mouvements fantômes? En fait, même s'il est légitime de se poser clairement ces questions de méthode, il est aujourd'hui inutile de les compliquer indéfiniment. D'ailleurs, il paraît évident que les séries socio-économiques ne pourront jamais trouver la régularité observable dans les phénomènes traités par les sciences de la nature. De plus, ce serait faire preuve de candeur que d'espérer déceler dans les fluctuations de la vie économique et sociale des chronologies uniformes avec des périodicités symétriquesl. En somme, il apparaît aujourd'hui moins urgent d'apporter une preuve irréfutable de l'existence des cycles longs de l'économie que d'en proposer une interprétation théorique cohérente. A l'aube du nouveau millénaire et d'une fort probable nouvelle phase longue d'expansion économique, il faut donc bien plus de doute pour nier l'existence des cycles longs que de certitude pour les admettre! Intitulé La croissance économique dans le long terme. Formes historiques et prospective, les actes de ce colloque ont pour objet de faire le point sur l'avancée des recherches relatives aux conditions de retour à une croissance de longue période. Sommes-nous réellement à l'aube d'une nouvelle phase longue d'expansion économique, différente des précédentes? Si oui, quelles sont les conditions économiques, politiques et sociales, qui ont permis ou permettront le dépassement de la phase de difficultés économiques? En quoi l'expérience historique des différentes phases de difficultés économiques du 19èmeet du 20ème siècle permet-elle de mieux comprendre la situation actuelle? Quels sont les outils susceptibles d'observer, voire de déterminer le passage vers une période de croissance soutenue? Quel est le rôle de l'éducation et des salaires, des innovations technologiques, de la monnaie, etc. ? A quelle nouvelle partition spatiale va correspondre cette croissance renouvelée? Peut-on extrapoler les tendances actuelles et envisager les évolutions des prochaines décennies? Autant de questions difficiles, qui nécessitent, plus que jamais peutêtre, une réflexion collective, en instaurant un lieu d'échange sur la crise
IDIEBOLT, . ; GUlRAUD,V. (2000), "Long Memory Time Series and Fractional Integration. A C Cliometric Contribution to French and German Economic and Social History", Historical Social Research. An International Journal for the Application of Formal Methods to History, 25, 3/4, pp. 4-22 ; DIEBOLT, . ; GUIRAUD, (2000), "Mémoire longue et intégration fractionnaire. Une C V. application à la série du PIB de la France aux XIXème et XXème siècles", Economies et Sociétés, Série AF, 27, pp. 235-262 ; DIEBOLT, . ; GUlRAUD, . (2001), "Education, croissance C V économique et démographie en France et en Allemagne aux 19ème et 20ème siècles. Une analyse cliométrique", Association Française de Sciences Economiques, Paris, 20-21 septembre, 24 pages.

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économique

et son issue dans une optique que nous avons souhaitée

d' écon omi e- histori que.

Comme chacun le sait, l'évolution de longue période du potentiel de production des nations industrialisées est au centre des débats économiques les plus actuels. La préoccupation est pourtant loin d'être nouvelle. Les économistes Classiques déjà se souciaient de savoir comment élever le bien-être en élevant la
crOIssance.

Après la Seconde Guerre mondiale, avec le débat théorique sur la stabilité de longue période des économies de marchés, la question demeure un sujet à controverses. Cela dit, avec le modèle de croissance de R.M. Solow2, la pensée Néo-classique impose progressivement sa puissance. D'une part, elle se caractérise par sa clarté de raisonnement. D'autre part, elle explique de nombreux aspects liés à la croissance économique, parfaitement résumés dans les six/ails stylisés de N. Kaldof. En même temps, paradoxalement peut-être, disparaît l'intérêt scientifique pour les travaux consacrés à la croissance et aux fluctuations économiques, et cela pour deux raisons majeures. D'une part, la myopie des économistes centrés de façon quasi exclusive sur l'étude des mouvements de courte période. D'autre part, la relative faiblesse des modèles théoriques incapables de résoudre les aspects restés inexpliqués par les différentes théories de la croissance. Cela explique, en partie, le caractère insatisfaisant des modèles Néo-classiques de l'après Seconde Guerre mondiale. En effet, en dynamique, ils n'expliquent la croissance économique que par l'intervention de facteurs exogènes (abstraction faite du modèle de F. Ramsey4 redécouvert tout récemment), en l'occurrence le progrès technique réalisé sans coûts en dehors du système économique. De plus, le modèle de référence de R.M. Solow n'offre aucune solution afin d'expliquer, au niveau international, la divergence des taux de croissance, puisque dans l'optique d'un équilibre de longue période, l'ensemble des pays devraient progresser à des taux identiques et exogènes de progrès technique. Dans le même ordre d'idée, il faut noter que l'hypothèse de présence systématique d'une corrélation négative entre le niveau de revenu et le taux de croissance économique ne repose sur aucune vérification empirique satisfaisante. Et finalement, rien ne permet véritablement de corroborer

2S0LOW, R.M. (1956), "A contribution to the Theory of Economic Growth", Quarterly Journal of Economics, 70, 1, pp. 65-94. 3KALDOR,N. (1963), "Capital Accumulation and Economic Growth", in : D.C. HAGUE, F.A. LUTZ (édit.), The Theory of Capital. Proceedings of a Conference held by the International Economic Association, London: Macmillan & Co. Ltd., pp. 177-222. 4RAMsEY, F. (1928), "A Mathematical Theory ofSaving", Economie Journal, 38, pp. 543-559.

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l'hypothèse de convergence, c'est-à-dire de transfert de capital des pays les plus riches vers le pays les plus pauvres5. Cela étant, avec les travaux remarqués de P.M. Romer6 et R.E. Lucas7, la fin des années 1980 marque une véritable renaissance de la théorie Néo-classique de la croissance. L'objectif premier est de dépasser les faiblesses des anciens modèles théoriques. Il s'agit également de répondre à de nouvelles interrogations: . Quels sont les déterminants d'une croissance économique durable? Le progrès technique est-il seul à pouvoir élever le bien-être social, ou une accumulation de capital peut-elle également aboutir à une augmentation permanente des revenus par habitants? Quels sont les facteurs de production qui engendrent une croissance économique durable: le capital physique, le capital environnemental, le capital humain, le capital social ou les savoirs technologiques? . Quels sont les mécanismes qui garantissent à une économie de marché une croissance de longue période? . Et finalement, quelle est ou quelles sont les structures de marché au sein desquelles on peut aboutir à une croissance économique? Peut-on envisager le modèle de la concurrence pure et parfaite ou convient-il de se référer, quasi exclusivement, aux approches en termes de concurrence imparfaite? siècle, force est donc de constater que l'on ne sait toujours pas A l'aube du 21 ètre quels sont les déterminants d'une croissance économique durable8. Les hypothèses théoriques sont nombreuses, mais les estimations numériques demeurent lacunaires. On observe, d'un côté, des procédures d'analyses assez formalisées, mais dans l'ensemble peu satisfaisantes, et, d'un autre côté, un corps de remarques ou d'intuitions plus justes, mais insuffisamment précises

5BARRO, . ; SALA-I-MARTIN, (1995), Economic Growth, New York: McGraw-Hill, Inc. Pour R X. le lecteur intéressé, cf. plus particulièrement le Chapitre Il. 6ROMER, P.M. (1986), "Increasing Returns and Long-Run Growth", Journal of Political Economy, 94, 5, pp. S1002-S1037 ; ROMER,P.M. (1990), "Endogenous Technological Change", Journal ofPolitical Economy, 98, 5, Part II, pp. S71-S102. 7LUCAS, .E., Jr. (1988), "On the Mechanics of Economic Development", Journal of Monetary R Economics, 22, 1, pp. 3-42. 8DIEBOLT, . (2000), "Towards a Theory of Systemic Regulation? The Case of France and C Germany in the Nineteenth and Twentieth Centuries", in : SCHRIEWER, (édit.) : Discourse 1. Formation in Comparative Education, Frankfurt am Main: P. Lang, pp. 55-85 ; DIEBOLT,C. (2001), "Human Capital and European Macroeconomic Growth: Trend, Cycles and Turning Points", Miméo, LametalCnrs, 17 pages; DIEBOLT,C. ; FONTVIEILLE, (2001), "Dynamic L. Forces in Educational Development. A Long-Run Comparative View. The Case of France and Germany in the 19th and 20th Centuries", Compare. A Journal of Comparative Education, 31, 3, pp. 295-309 ; DIEBOLT,C. ; MONTEILS, . (2000), "The New Growth Theories. A Survey of M Theoretical and Empirical Contributions", Historical Social Research. An International Journal for the Application of Formal Methods to History, 25, 2, pp. 3-22.

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pour qu'elles puissent fonder des décisions permettant de guider une stratégie de croissance. Aussi, il nous est apparu nécessaire d'organiser ce colloque d'économie-historique, d'une part pour faire appel aux approches empiriques, et d'autre part pour tenter d'arbitrer entre la réflexion théorique et les contingences de l'action. En fait, s'il l'on parvenait, pour l'ensemble des pays développés, par exemple, à établir un lien de causalité particulier régissant les périodes de développement ou de contraction du système économique et social, il serait également possible de déterminer si la crise de structure actuelle du système social est une conséquence de la crise générale du système économique, ou, au contraire, si c'est la crise du système économique qui résulte de la crise organique du système social. L'enjeu est considérable. En effet, il est facile de comprendre que, selon la vision retenue, la politique à mener par les pouvoirs publics n'est pas la même. Si le système social "pousse" le système économique, il conviendra, en période de difficultés économiques et afin de dépasser la phase dépressive, de prendre des mesures visant à rétablir prioritairement l'équilibre social. Mais, si le lien de causalité est inverse, il s'agira d'abord de restaurer les grands équilibres économiques, ce qui permettrait, par la suite, de déboucher sur un équilibre du système social. En prolongement, rappelons ici qu'à partir de notre estimation du stock de savoir total en Allemagne conjuguée avec notre vérification cliométrique des modèles de R.E. Lucas et P.M. Romer (en Europe), deux pistes de recherche semblent se dessiner9. . La première consisterait en une remise en cause partielle, voire totale, des théories de la croissance endogène dans le sens où le savoir ne croît pas sans limite mais peut croître à taux décroissant. En d'autres termes, le savoir n'expliquerait pas la croissance. En revanche, les dépenses consacrées au développement du savoir seraient étroitement liées à la croissance - notion d'investissement d'accompagnementlO.
9DIEBOLT, (2001), "Trends in the Quantities of Knowledge and New Growth Theories. Europe C. in the 19th and 20th Centuries", Comparative and International Education Society, Washington, D.C., 14-17 mars, 22 pages; DIEBOLT,C. ; MONTEILS, . (2000), "Knowledge and Economic M Growth in Germany, 1872-1989", Technical Change, Economic Growth and Convergence in Europe. New Approaches to Comparisons and Measurement, Lund, 22-23 septembre, 27 pages; DIEBOLT,C. ; MONTEILS, . (2001), "Explorations in Historical and Comparative Economics: M Education and Endogenous Growth. Europe in the 19th and 20th Centuries, Miméo, Lameta/Cnrs, 29 pages; DIEBOLT,C. ; MONTEILS, . (2001), "La croissance endogène: une M analyse cliométrique", Economies et Sociétés, Série AF, 28, pp. 1315-1343. lODIEBOLT, (1999), "Government Expenditure on Education and Economic Cycles in the C. Nineteenth and Twentieth Centuries. The Case of Spain with Special Reference to France and Germany", Historical Social Research. An International Journal for the Application of Formal Methods to History, 24, 1, pp 3-31 ; DIEBOLT, C. (2000), "Die Erfassung der Bildungsinvestitionen im 19. und 20. Jahrhundert. Deutschland, Frankreich, GroBbritannien und Spanien im Vergleich", Zeitschriftfiir Erziehungswissenschaft, 3, 4, pp. 517-538 ; DIEBOLT,C.

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inspirée des réflexions de R.M. Solow au sujet des théories de la croissance. En effet, ce dernier estime que les théoriciens de la croissance sont susceptibles d'être dans l'erreur en ne considérant que les taux de croissance et non les niveaux. Il pense que "[...] nous devrions considérer comme facteur de croissance économique tout ce qui élève de façon permanente la trajectoire de l'économie même si cela n'affecte pas son taux de croissance "11. Cette idée est originale, car s'intéresser aux niveaux de croissance économique et non plus à son taux permettrait peut être d'appréhender le rôle central des activités d'éducation et de R&D de manière plus efficace. En somme, comme dans le mythe de Sisyphe, le rocher est à nouveau au bas de la colline!

. La seconde est directement

(2000), Dépenses d'éducation et cycles économiques en Espagne aux 19ème et 20ème siècles, Paris: L'Harmattan. llSOLOW,Robert, M. (1998), "Histoire, institutions et production sur le long terme", L'Année de la régulation, 2, p. 198.

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THEORISATION

DU LONG TERME ET CYCLES LONGS DE L'ECONOMIE Jean-Louis ESCUDIER

Le concept de long terme est étroitement dépendant du champ disciplinaire auquel il s'applique. Le long terme des économistes, celui des physiciens, celui des biologistes ou celui des géologues sont radicalement différents, non seulement par la durée auquel chacun d'entre eux réfère mais aussi par les processus structurels qui leur sont sous-jacents. Parmi les seuls économistes, le long terme diffère selon les sous-disciplines: alors que le long terme est de l'ordre de 5 à 10ans pour l'économie financière, de l'ordre d'une ou deux générations pour l'économie du développement, l'expression peut évoquer une durée dépassant 100 ans en matière d'économie de l'environnement1. 1. Long terme, transformations et prévision

Le long terme s'exprime différemment dans la rétrospective et dans la prospective. Il convient d'évoquer cette dissymétrie entre long terme rétrospectif et long terme prospectif avant d'apprécier comment recourir au concept de long terme pour appréhender les transformations socio-économiques actuelles.
1.1. Prospective et prévision

Le long terme rétrospectif peut se construire sur deux siècles, voire davantage. La prise en compte d'une durée plus importante n'est pas forcément facteur d'incertitude croissante, elle peut, au contraire, être un gage de cohérence. Par exemple, la construction d'un long terme correspondant à la période du capitalisme industriel dominant est pertinente pour l'économiste. Pour l'historien, le débat est beaucoup plus complexe. Parce qu'il s'attache désormais à comprendre les transformations respectives de l'Orient et de l'Occident, A.

1Faut-il voir dans le sous-titre du dernier annuaire rétrospectif de la France, Séries longues 19481988, une référence implicite à un long terme pour les économistes? En effet, le "temps moyen" dans lequel s'insèrent la plupart des séries proposées par l'I.N.S.E.E. dans ses principales publications recouvre une vingtaine d'années.

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Gunder Frank prône la nécessité de ne plus raisonner sur les seuls cinq derniers siècles mais sur 5000 ans2. En revanche, en termes prospectifs, la prise en compte d'une durée de plus en plus longue équivaut à une augmentation de l'incertitude. L'analyse économique opère, explicitement ou implicitement, une distinction entre un long terme que nous qualifierons d'immédiat, de proche et un temps long qui se poursuit au-delà des générations actuellement existantes. D'un point de vue du calcul économique fondé sur des hypothèses de rationalité, il n'est pas indifférent pour modéliser le comportement des agents économiques de savoir si l'impact d'une fiscalité, d'un placement ou d'un investissement sera perçu dans une, deux ou plusieurs générations. Certaines méthodes d'évaluation contingente prennent en compte la durée pour modéliser le comportement des agents: ce comportement serait d'autant moins altruiste que l'impact d'une politique, telle la lutte contre un type de pollution, serait plus lointain et concernerait donc des générations non encore existantes. L'avenir est réceptif à l'impact des événements aléatoires susceptibles d'altérer les trajectoires anticipées: ouvert à un grand nombre de possibilités, chaque instant devient un point de bifurcation possible. Il ne s'agit donc nullement pour l'économiste de deviner ou de prédire l'avenir mais d'élaborer un corps théorique à même de livrer une construction du réel et une interprétation des transformations en cours. Chaque économiste doit ainsi fixer sur quels matériaux il entend faire reposer sa propre construction du réel et son interprétation. Pour notre part, la connaissance des transformations passées est l'un des matériaux de base, même si d'autres sont tout aussi utiles, notamment la méthode comparative. L'approche historique de la transformation du système économique est une manière d'intégrer à l'analyse non seulement le passé et le présent mais aussi le futur. Nous rejoignons P. Chaunu affirmant que "l'histoire peut rendre plus efficace la lecture du présent, partant, elle est la condition de toute prospective. Sans l'histoire, il n y a pas de prospective, on fait des projections"3. Les positionnements sur la prévisibilité sont étroitement dépendants de la réponse donnée à cette alternative: retournement ou dépassement. La prévisibilité renvoie aux marges de manœuvre en termes de politique économique. Alors que le retournement peut être analysé en fonction des logiques qui ont prévalu lors des cycles précédents, la problématique du dépassement suppose qu'un futur reposant sur des fondements radicalement nouveaux se construit au travers des mutations actuellement à l'oeuvre. Or, si le
2Cf. GUNDER FRANK,A. (1990), "A Theoretical Introduction to 5000 Years of World System History", Review Fernand Braudel Center, vol. XIII, n02, pp. 155-248. GUNDERFRANK, A.; GILLS, B. (1993), The World System: Five Hundred Years or Five Thousand?, London Routledge. 3CHAUNU, . (1975), "Le tournant du monde plein", Revue d'histoire économique et sociale, P volume 53, n° 1, p. 5.

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futur est en rupture radicale avec le passé et le présent, la démarche historique en général et l'histoire quantitative en particulier sont-elles toujours pertinentes? Une fois résolus, ou tout au moins surmontés, les préalables évoqués ci-dessus, alors se pose la relation entre le long terme et les transformations actuelles.
1.2. Le long terme et les transformations actuelles

Le long terme n'est pas seulement la mise en regard dans un modèle formalisé ou implicite de séries statistiques recouvrant pour un espace donné une longue période de 50, 100 ou 200 ans. Théoriser le long terme implique qu'il y ait une volonté de construire une interprétation du système économique actuel et de ses possibles évolutions ou transformations. En effet pour certains, parmi lesquels nous aurions tendance à nous ranger, la théorisation du long terme équivaudrait à la théorisation de la transformation économique et sociale. Pour d'autres, la théorisation du long terme serait plutôt équivalente à la théorisation de la croissance économique en longue période. Pour certains économistes, il y a adéquation entre ces deux expressions, pour d'autres, non; un débat sur ce sujet serait probablement très fructueux. La recherche sur les mouvements de longue durée de l'économie est porteuse d'une ambiguïté fondamentale dans la mesure où, selon les travaux, deux niveaux scientifiques se côtoient, se superposent ou s'ignorent. Le mouvement de longue durée est d'une part la mise en évidence statistique de fluctuations d'une périodicité moyenne de 25 ans de certaines variables économiques. Il s'agit là d'une approche empirique qui procède du raisonnement suivant: les mouvements longs existent, le rôle de l'économiste est de les révéler, de les expliciter à la communauté scientifique et, éventuellement de proposer aux décideurs une politique adéquate pour s'y adapter ou/et tâcher d'en réduire l'amplitude. Cette démarche empirique pose bien des questions. Nous voudrions en relever au moins deux. D'une part, la présentation de fluctuations longues peut concerner des variables fort disparates: à l'origine, notamment pour N.D. Kondratieff, il s'agit du mouvement de l'investissement et des prix, mais il peut s'agir aussi du taux de croissance du P.I.B., du mouvement de la productivité, etc. D'autre part, les fluctuations observées donnent lieu à des traitements statistiques plus ou moins élaborés, traitements qui situent la série obtenue déjà dans le champ de l'analyse et donc de l'interprétation et non plus dans celui de l'observation. Cette démarche délibérément empirique a été largement adoptée par les historiens qui ont eu recours au cycle Kondratieff comme un postulat qu'il n'est donc pas utile de discuter, comme une toile de fond sur laquelle ils explicitent les mouvements des agrégats économiques. Cette position est parfaitement illustrée par cette sentence un tant soit peu

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provocatrice que J. Bouvier rappelait au congrès d'Histoire économique de Budapest, en 1982 : "Ou bien les fluctuations longues existent et les procédés les plus simples sont alors les plus sûrs pour les repérer, ou bien elles n'existent pas et, dans ce cas, les procédés les plus sophistiqués risquent d'en faire
apparaître
"4.

L'approche empirique conduit à situer le cycle long comme un cycle particulier au milieu d'une série de cycles de durées diverses. On connaît l'analyse aussi séduisante que peu étayée de J. Schumpeter sur l'interaction, voire l'emboîtement mécanique des "Kitchin", des "Juglar" et des "Kondratieff'. Nombre d'auteurs anglo-saxons ont privilégié l'hypothèse du cycle Kuznets5. On connaît l'attachement de F. Braudel au trend séculaire. Plus récemment, des cycles de plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires ont été avancés par des auteurs qui s'évertuent à intégrer des données climatiques dans leur représentation cyclique. Mais quelle est la capacité interprétative de telles entreprises? La durée des cycles renvoie à leur nature et, au delà, aux hypothèses théoriques, qu'elles soient implicites ou explicites. En effet, si on postule que le cycle long est consubstantiel au mode de production capitaliste industriel, il est vain de rechercher les mouvements de longue durée pour la période antérieure au capitalisme industriel, soit avant le XVIIIe siècle et plus généralement, antérieurement au moment où l'espace économique considéré est intégré à l'économie-monde capitaliste. II convient donc d'interpeller l'histoire moderne pour ne pas éluder ce débat fondamental. S'appuyant sur ces propres recherches portant essentiellement sur les XVIIe et XVIIIe siècles, M. Morineau remet en question tout à la fois l'unicité explicative des cycles longs et la césure de 1780 généralement retenue depuis N.D. Kondratieff comme point de départ du premier cycle long6. A ce stade de la réflexion, il paraît justement utile de revenir à N.D. Kondratieff, lequel, dès 1925, conférait au mouvement de longue durée sa dimension de construction statistique: "La tendance générale des séries traitées se développe de manière régulière ou irrégulière, mais quoi qu'il en soit, elle est par nature dépourvue de caractère cyclique. Je l'élimine donc des séries de données. A cette fin, pour chaque série empirique, je construis selon les méthodes de statistique mathématique une courbe théorique qui puisse exprimer

4BoUVIER,1. (1982), "Les difficultés spécifiques de l'analyse des fluctuations longues", Revue internationale d'histoire de la Banque, nOs28-29, page 409. 5VIDAL, .-F. (1993), "L'investissement international, le cycle Kuznets et la grande dépression de 1 la fin du XIXe siècle", Comité pour l'Historie économique et Financière, Etudes et Documents, V, pp. 155-199. 6MoRINEAU, . (1984), "Juglar, Kitchin, Kondratieff et compagnie", Review Fernand Braudel M Center, vol. VII, n04, pp. 577-598.

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assez exactement l'orientation de la tendance... Il n'est bien entendu pas facile de trouver cette courbe théorique... '?7. Pour nous, le cycle long n'est pas un phénomène préexistant qui s'imposerait à tous mais un outil d'analyse, un cadre théorique et, en tant que tel, tout chercheur est libre de l'accepter ou de le refuser, comme l'on peut adhérer ou non aux hypothèses présidant à la théorie néo-classique. Par voie de conséquence, les controverses sur la validité du raisonnement doivent se situer dans le cadre de cette référence théorique. 2. Le cycle long comme théorisation du long terme. L'approche en termes de cycles longs recèle bien des ambiguïtés, des malentendus, des imprécisions dont la terminologie aussi hasardeuse que pléthorique est un reflet déformant: mouvements de longue durée, fluctuations longues, ondes longues, rythmes longs et, en anglais: long waves, long cycles... Est-illégitime de parler de cycle circulaire (modèle de Goodwin) ou de cycle ouvert pour reprendre une expression avancée par H. Guitton dans les années 19508? Nous avons montré par ailleurs combien ces errements terminologiques sont l'expression de la diversité des options théoriques9. Nombre de ces problèmes existent depuis l'émergence du concept de cycle long, notamment celui relatif aux points de retournement. Mais la transformation du système économique au cours des trente dernières années pose des questionnements nouveaux.
2.1. Phases dépressives et retournement

La périodicité du cycle long renvoie à plusieurs questions. Par quels indicateurs doit-on observer ou construire le cycle long: dans les prix, dans le taux de croissance, dans le mouvement du taux de profit, dans quel espace économique? Où est le régulateur? Le mouvement de longue durée procède-til, comme les cycles de périodicités moindres, de mécanismes essentiellement économiques et financiers ou bien relève-t-il d'un processus de transformation sociale? Quelle est alors sa relation avec le trend séculaire? La durée de chaque phase statistiquement observée jusqu'à présent ou théoriquement construite, est de 20 à 30 ans, c'est-à-dire de l'ordre d'une génération: hasard ou clé de la périodicité? Le concept de génération peut-il être un élément explicatif

7KONDRATIEFF, N.-D. (1992), Les grands cycles de la conjoncture, édition présentée par Louis Fontvieille, Paris, Economica, p. 115. 8GUITTON, (1954), "Oscillation et croissance économique", Economie appliquée, p. 192. H. 9EsCUDIER,J.-L. (1989), "Le mouvement long de l'économie: terminologie et options théoriques", Revue économique, série F, nOs7-8, juillet-août, pp. 349-369.

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Introduction

du cycle? D'une manière plus large, quelles relations le mouvement de longue durée entretient-il avec les variables démographiques? Qu'est-ce qu'une phase dépressive selon le positionnement adopté: une phase dont le taux de croissance du P.I.B. est durablement faible, voire négatif? Dans les années 1920, F. Simiand avait trouvé une parade habile en utilisant les expressions "phases A"et "phases B". Il évitait ainsi de s'interroger sur la nature de ces deux périodes identifiées et sur la justification des césureslO. Que cette terminologie ait depuis lors rencontré autant d'écho tendrait à confirmer qu'il s'agissait là d'un artifice de nature à éluder le problème. Par ailleurs, le retournement des tendances du taux de croissance réfère à un processus spatialisé par le biais de la propagation des conjonctures récessives ou dépressives11. Dans quel espace économique rechercher le retournement de la conjoncture longue: dans le pays hégémonique ou dominant, dans le pool des pays les plus avancés? Enfin, la datation des points de retournement est une procédure extrêmement délicate car elle renvoie aux hypothèses théoriques qui sous-tendent l'analyse en termes de cycles longs. Or ces hypothèses sont fort diverses et parfois non explicitées. Cette datation renvoie aussi à l'interaction entre les différentes variables étudiées, c'est-à-dire à "l'identité" du cycle long: cycle de prix, cycle d'investissement, cycle de production... La diversité des points de retournement annoncés12témoigne tout à la fois de la diversité des constructions statistiques et de la diversité des options théoriques. Certains auteurs ont évacué le problème en parlant de phase de crise ou de transition. Plus fondamentalement, G. de Bernis pose la problématique de la nécessité du point bas du cycle. Il ne peut y avoir cycle que si l'endogénéité du retournement du point bas est démontrée. Puisque l'existence d'un cycle n'est prouvée que si les points de retournement haut et bas sont également nécessaires, toute théorie du cycle long doit s'attacher à expliciter le mode de passage de la phase de dépression à la nouvelle phase de prospérité. Comme G. de Bernis, nous déplorons que cette exigence soit si peu remplie par les auteurs se réclamant du cycle long13.

lOSur l'élaboration de la pensée de Simiand en termes de mouvement de longue durée, cf. ESCUDIER, J.-L. (1996), "Emergence du cadre d'analyse des mouvements longs", chapitre 12 de François Simiand (1873-1935) Sociologie, Histoire, Economie, sous la direction de GILLARD, . ; ROSIER,M., Editions des Archives Contemporaines, pp. 151-160. L llNous avons développé cette question dans ESCUDIER,-L. (1993), "Sur la dimension spatiale l dans les théories des mouvements économiques de longue durée, Economies et sociétés, série F, nOs7-8, juillet-août, pp. 349-369. 12Lelecteur trouvera une datation avancée par les principaux auteurs dans BOSSERELLE, (1994), E. Le cycle Kondratieff. Théories et controverses, Paris, Masson, p. 146. 13DEBERNIS,G. (1993), "L'incertitude est-elle compatible avec le cycle long ?", Economies et
Sociétés, nOs 7-8, pp. 39-71.

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2.2. Retournement ou dépassement? Estimer que la phase actuelle du cycle long est radicalement différente de ce que furent les phases dépressives antérieures implique d'approfondir les questions relatives à la nature de la réversibilité, à la nécessité du retournement et de sa prévisibilité, au caractère des transformations qui préparent le retournement du mouvement de longue durée. Quelle relation peut-on formaliser entre retournement et dépassement? Y-a-t-il antinomie ou complémentarité entre ces deux interprétations de la dynamique économique et sociale de longue durée? Quand L. Fontvieille évoque le dépassement des phases dépressives, il signifie qu'il ne constate pas simplement le retour d'une phase A de type Kondratieff, l'émergence d'une phase de croissance soutenue de longue durée après une phase de croissance lente14.Par ce terme, il signifie qu'il perçoit un modèle profondément nouveau, en rupture
avec les lois de transformation de l'économie qu'il avait mises en évidence. Ce

faisant, se pose le problème des outils d'analyse et de la méthodologie. La référence au dépassement intègre les transformations structurelles, elle suppose que l'avenir ne peut qu'être de nature intrinsèquement différente du présent, que la prochaine phase de croissance n'est pas comparable à celle des précédents cycles longs. Enfin, l'analyse en termes de dépassement n'implique pas une reprise durable du taux de croissance. Le concept de retournement est lui-même ambiguë. S'agit-il de la restauration de taux de croissance comparables à ceux des années 1950-1970 ? Faut-il y voir la restauration d'un ensemble d'équilibres touchant au marché de l'emploi, aux marchés financiers, ou encore à l'efficacité du système productif? En quoi peuton interpréter les retours précédents à de longues phases de prospérité comme des retournements ou comme des dépassements? Le cycle long, révélateur d'une régulation inconsciente centrée sur la composante matérielle du processus de production, est-il encore un outil théorique opérationnel pour analyser les économies les plus avancées, c'est-àdire des économies caractérisées par le rôle prépondérant de la qualité des hommes, de leur formation et de leur capacité d'adaptation, des économies au sein desquelles les échanges immatériels prennent le pas sur les échanges de biens physiques? Par delà ses diverses acceptions, le cycle réfère à une récurrence, à un retour. Or, la problématique du dépassement renvoie à l'interrogation sur la pérennité du cycle long. Si le cycle long est transformation structurelle, il ne peut être

14FONTVIEILLE, ; MICHEL,S. (1998), Transformation des rapports de production capitalistes et L. construction de leur dépassement. Application à la relation éducation-croissance, Congrès Marx International II, Paris, Université Paris X Nanterre, 30 septembre, 3 octobre, 22 pages.

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Introduction

dissocié du mode de production qui l'a engendré, auquel il est associé. Ainsi, la problématique en termes de cycle long est-elle toujours pertinente? Pour notre part, nos travaux récents nous conduisent à affirmer que la phase de l'entre-deux guerres est déjà porteuse de la transformation fondamentale qui s'exprimera clairement dans la phase de prospérité d'après la Seconde Guerre mondiale. Durant les années 1920-1940, des formes manifestes de développement des hommes (augmentation de l'effort d'éducation, extension et institutionnalisation de la protection sociale) cohabitent avec des formes de "désappropriation" (recul des qualifications sous l'effet de la taylorisation)15. La nature de la phase de prospérité suivante est profondément marquée par ce rapport dialectique. L'approche par les cycles longs est une des voies de prise en compte du long terme en économie et un cadre accepté par certains historiens. Mais, l'analyse des travaux se référant à cette approche révèle que de nombreux problèmes d'ordres épistémologiques, théorique, méthodologique et statistique restent en suspens. De la mise à plat de ces problèmes et des réponses que les chercheurs en économie historique seront à même d'y apporter dépendra l'avenir de ce corpus théorique.

15EsCUDIER, J.-L. (1999), "La dynamique de la protection sociale en France de 1850 à 1940", Sociétés et Représentations, n° hors série, septembre 1999, pp. 273-290. ESCUDIER, J.-L. (1999), "Transformations de longue période et financement du système de soins en France. Une approche par la théorie des cycles longs de l'économie", Xllr Journées des Economistes Français de la Santé, Université Montpellier I, 24 et 25 juin, 16 pages.

EPISTEMOLOGIE

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LONG WAVES: THEIR SECULAR CHANGE, IRREGULARITIES AND CRISES - A Methodological Discussion1 Svante LINGARDE

This chapter is inspired by the view that the present state of research is, in many respects, inconclusive as regards the existence of long waves in any strict sense. The topic of the chapter, however, has rather an indirect bearing on the existence problem. It concerns (the investigation of) irregularity rather than regularity . Since the pioneering works of J. van Gelderen and N. Kondratieff, among others, a number of different terms have competed in the literature on long economic fluctuations. As J.-L. Escudier points out, two of the most common English terms have slightly different meanings in much of the literature. The Kondratieff cycle is often given a rather narrow definition. For instance, it may be supposed to have a practically constant period (often around 56 years), and/or to have some kind of endogeneity property. Researchers who do not wish to emphasise such aspects often prefer a wider term, long wave, to denote a pattern of 40-60-year repetitive fluctuations involving economic variables. This chapter, being on a relatively high level of abstraction, will make use of the term 'long wave' according to this rough definition. Given that long waves show empirically in a number of (qualitative and/or quantitative) economic variables (henceforth: the wave variables) in a social system, and given the assumption that there are causal connections among those variables that account for correlated movements, there are a large number of possible explanatory schemes. The character of the long wave, as regards its

1Parts of this chapter are based on material from a paper with the title "Can Long-Wave Theory Endogenise Secular Change ?", which was presented at the conference Long Waves and Structural Change in Economic History, Lisboa, 11-13 March 1999. I am grateful for all the support and helpful comments from LOUCA,Francisco; OLSSON,Carl-Axel and conference participants in Lisboa and Montpellier. The research has been financed by the Bank of Sweden Tercentenary Foundation. 2EsCUDIER, .-L. (1990), Long-Term Movement of the Economy: Terminology and Theoretical J Options, in VASKO,T. ; AYRES,R. ; FONTVIEILLE, (eds.), Life Cycles and Long Waves. Berlin, L. Springer-Verlag.

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Epistémologie

regeneration, may fall within any of the following categories, or some intermediate category : (1) No regeneration: each long wave is generated by some historically unique, exogenous impulse, which acts on some of the wave variables, which in turn transmits the movement to the others. (2) Direct exogenous regeneration: a sequence of long waves is generated by periodic impulses from an impulse system outside the scope of the study3. (3) Direct self-regeneration: the wave pattern is self-regenerating (i.e., endogenously regenerating) due to mutual negative feedback between the wave variables. (4) Indirect regeneration of a long wave without separate existence: the impression of long waves is created by (exogenous or endogenous) shorter cycles superimposed on each other. (5) Indirect regeneration of long waves with separate existence: the long waves are created by overshooting effects from shorter cycles, longer cycles, or trends. These effects may be combined with longer-run negative feedback, as in case (3)4. Long waves generated by, or interacting with, some kind of life-cycles (e.g., of physical capital stocks, technological systems, or institutional arrangements) fall into category (3) if these subsystems are part of the research object and the maturity phase of each such subsystem's life-cycle brings forth the establishment or diffusion of a substitute. This study, however, will not be concerned with the question of regeneration or repetition. It has been presented at some length only as a background for the following discussion. For convenience, it will henceforth be presupposed that we have access to a theory of self-regenerating long waves according to case (3) above. This conception is supported by a large share of the long-wave theories currently debateds. Still, such a conception of the long wave will leave several questions unanswered. First, what are ultimately the necessary and sufficient conditions
3See the discussion of 'Frisch-type' long wave models in LOUCA,F. (1997 : 126ft), Turbulence in Economics. Cheltenham, Edward Elgar. 4Categories (4) and (5) are discussed by SCHUMPETER, (1939), Business Cycles. Vol. J., New 1. York & London, McGraw-Hill, (166-8). sIt is not unchallenged, however. For instance, some Marxist theorists like MANDEL,E. (1995), while holding that capitalist economic upswing contains the seed of downswing, maintain that the turn into upswing is only conditional. Kondratieffs position in this respect has been debated. However, TYLECOTE, (1998), has argued that, at least implicitly, Kondratieff was not far from A. ascribing a self-regenerating property to the long wave, "Politics, Technology and Economics: Kondratiev's endogenous theory of long waves", pp lxxi to lxxxiii in MAKASHEV, N.; SAMUELS, A W.J. ; BARNETT,1. (eds.), The Works of Nikolai D. Kondratiev. Vol. I : Economic Statics, Dynamics and Conjuncture. London, Pickering & Chatto.

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for the long wave movement? How did it originate in the past, and (how) may it be terminated in the future? Of course, most long-wave accounts contain some remarks on this problem. The waves may be thought of as a structural feature of industrial capitalism and/or an echo effect from a kind of First Upswing during the Industrial Revolution of the late 18th century. Alternatively, they may go further back in the past; if so, their origin may be beyond the scope of many of the empirical methods currently used. A future termination of long waves is sometimes (e.g., in the Marxist view) seen as connected with the termination of capitalism. By contrast, A. Tylecote6 argues that the economic long wave originated as late as around 1900 and may be terminated within the framework of industrial capitalism. A second question concerns the great changes that have taken place under industrial capitalism. The mechanisms of the long wave, as described in the literature, usually include fluctuations of GDP growth, technological innovations, and institutional reforms. From this, it is not self-evident how the mechanisms have survived enormous secular growth of GDP and vastly different technologies and institutions. A third problem, maybe more serious, concerns temporary disturbances and crises, whose occurrence mayor may not be explained by the long-wave theory. In any case, the effects of such disturbances, and the outcome of crises, tend to be difficult to deal with theoretically. In my view, many works in long-wave theory actually succeed in combining idiographic and nomothetic analysis in a fruitful way to explain the co-existence of specific features of each long wave and, at the same time, the survival of a set of basic mechanisms of wave regeneration. But this is only as long as the processes are described as determinate. The big problems arise if genuinely indeterminate elements in the outcome of, e.g., wars or depression crises (which may have endogenous causes) disturb the pace of the wave movement, temporarily or permanently. A fourth problem is clearly related to the second and third. Evidently, wave movements in historical time series generally show considerable irregularities. The chronology of long waves (taken as reference cycles) differs between the scholars due to different choices of relevant time series and methods of investigating them. Regardless of this, a period like 1914-1945/50 tends to pose theory problems. This was largely an adverse period for world trade and (to some extent) world output, but the period is often perceived as too long to be simply delineated as a 'downswing' or 'depression' of the long wave, without further qualifications. (There are also considerable differences between countries as regards the timing of the long wave; however, this will be outside the present discussion, which, for convenience, will refer to the world economy as an aggregate).
6TYLECOTE,A. (1992), The Long Wave in the World Economy. London, Routledge.

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Epistémologie

A 'Holy Grail' of long-wave theory might be a formula, or paradigm, for solving all these problems simultaneously, since all of them may provide arguments for perceiving the long-wave theories as ad hoc constructions. In an earlier study7, I argued that any account of an endogenous long wave should be supplemented by an endogenous theory of secular change, which should grasp all the problems mentioned. Here I shall first present the rather specific endogeneity concept I used in that study and my way of applying that concept prescriptively to long-wave theory. Then I shall proceed to three possible ways of relaxing some of those criteria that, at least for some purposes, may be unnecessarily strict.
A 'dialectic' paradigm

A self-regenerating long wave (case 3 above) shows what I (1997) called empirical endogeneity: as a real entity, the wave is contained within the empirical boundaries of the economic or social system that constitutes the research object. Given an empirically endogenous long wave, a specific longwave theory mayor may not be analytically endogenous; that is, the theory may or may not give thorough explanations of all causal chains and intentional actions involved in the regeneration mechanism. In order to be thorough enough (i.e., to avoid 'ad-hoc-ness'), the explanation should refer to some set oflaw-like statements of a general character. Thus, empirical endogeneity of the entity is a necessary but not sufficient condition for the analytic endogeneity of the theory. An illustrative case is the status of the innovative entrepreneur in Schumpeter's long-wave theory8. The entrepreneur's action is clearly viewed as part of the socio-economic system under study; more specifically, it constitutes part of the process that puts an end to depressions. But did Schumpeter put forward a deterministic argument saying that business depression is a sufficient cause of such entrepreneurial action, and if so, did he succeed in explaining why? The interpretation is not easy to make, since, as Louca puts it, Schumpeter "included a variable he insisted to classify as an endogenous factor and which still could behave like an exogenous variable"9 Since the entrepreneur plays a central role in Schumpeter's theory, the explanation for (empirically endogenous) long wave regeneration may be analytically endogenous only if the entrepreneur's autonomy has little bearing on the general features of the upswing (e.g., its timing and duration).

7LINGARDE, S. (1997), Dialectic Explanations of Long Waves. General Issues and a Theoretical Case Study, Lund, Economic History Society. 8SCHUMPETER,1. (1939), op. cit. 9LOUCA,F. (1997 : 137), op. cit.

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So far, we have touched upon the aspect of regular repetition of the long wave. What about secular change and irregularities? A pitfall in long-wave theory is the temptation to classify various kinds of abnormal events, like major wars, as (superficially) endogenous in case they are pro-cyclical, and (superficially) exogenous in case they are counter-cyclical. The boundaries of the research object may thus be chosen with a pro-cyclicity bias. The remedy may be the adherence to stricter endogeneity criteria, which do not permit manipulation of system boundaries. Hence, the search for analytic endogeneity may be relevant not only for the 'regeneration' theory, but also for the 'meta-theory' of change and irregularities. The ideal I called for, as an answer to these problems, was 'dialectic explanation'. The formal properties ofthis paradigm were inspired especially by E. NagePO and M. J. Levyll; but my inspiration at the outset came first and foremost from a monograph by the Norwegian philosopher Jon Elster12.In this excellent piece of work, the author argued that an explanation in economic history should make clear how an economic system, by its very way of functioning, contains the seed of its own destruction or transformation. Elster took pains to give some examples of such explanations in historical literature; among other things, he found Marx's theory of history, and of capitalism, ambiguous or incomplete. Elster's idea (at that time, in contrast to his later works) had a somewhat functionalistic flavour: heavy emphasis was placed on the idea that an economic system does or does not accept a certain novelty, depending on whether that novelty is benign or malign to the system as a whole. However, if we drop functionalism (as I suggest we should), a long-wave theory should not be expected to describe the economic system as such as a causal agent. Long waves are transmitted within a capitalist system, but our primary interest here is in the presence or absence of long waves, not in the survival or breakdown of the capitalist system. Therefore, I suggest that we keep only a skeleton of Elster's (1971) vision. The boundaries of the system constituting the research object becomes entirely a methodological question, not an ontological one, since the system is not necessarily anything like an organic unity. The causal agents in the system (persons, institutions, etc.) are expected to behave in a way that is possible to describe deterministically or probabilistically, as far as the regeneration of the long wave is concerned. The research problem becomes the survival of the system property of long waves, rather than the survival of the system itself.
l~AGEL, E. (1953), "A Formalization of Functionalism", pp. 247-83 in : NAGEL,E. (1956), Logic Without Metaphysics, Glencoe, Illinois. llLEVY, M. 1. (1968), "Structural-functional analysis", pp. 21-8 in SILLS,D. (ed.), International Encyclopedia of the Social Sciences, vol. 6, New York, Free P. Cop. l2ELSTER, (1971), Nytt perspektiv pa oekonomisk historie, Oslo, Pax. J.

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Epistémologie

(The term 'dialectic explanation' may turn out to be misleading as a consequence of all those positivistic distortions of the original idea. However, I shall keep it in the absence of a better term). The paradigm (i.e., the list of criteria a theory should satisfy) can then be summarised as follows13. (i) There should be a well-defined research object, which constitutes a (social) system in the sense of a set of regularly interacting parts. (ii) There should be a well-defined research problem connected with a certain system property (like the presence or absence of mechanisms producing long waves). (iii) The theory should include probabilistic law-like hypotheses covering all those regularities in causal chains and intentional actions that have a bearing on the system property14. (iv) The theory should provide an analytically endogenous explanation (in terms of those regularities) for the short- or medium-run persistence of the system property (e.g., recurrent long waves). (v) The same set of regularities should also provide an analytically endogenous explanation for the change or disappearance of the system property in the very long run. We may go back to the four problems outlined above to see how this paradigm may be applied to long waves. The first problem concerned the origination and possible termination of the long wave. An economic or social system of the past (possibly, a pre-industrial and/or pre-capitalist system) should then be shown to have functioned in such a way that it did not produce long waves at first, but later gave rise to such a movement. If the long wave is expected to vanish in the future, this should be demonstrated analogously. The second and fourth problem concerned secular change and temporary irregularities. The theory should analytically endogenise both the recurrent character of the wave and the temporary or permanent changes in, e.g., amplitude or period of the wave, or its failure to show in certain variables maybe due to specific features of certain technologies or institutions, which would have to be analysed very thoroughly. The third problem, concerning crises, proves to be the big stumbling-block. Since criterion (iii) on law-like hypotheses implies that every part of the
13

A more thorough presentation

is given in LINGARDE,S. (1997 : 12-31), op. cit.

14The conception of causal laws in history expressed here might be naive and will be briefly discussed below. Cf. WRIGHTVON, G.H. (1971), Explanation and Understanding. London, ROUTLEDGE KEGAN (21-5) for a discussion of causal laws and historical method, and & ELSTER, . (1983), Explaining Technical Change. Cambridge University Press & Oslo J Universitetsforlag, (15-24, 49-68) for a discussion of causal, functional and intentional explanations.

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explanation should be in terms of sufficient (or, in probabilistic terms, nearsufficient) causes, there will be no possibility of admitting any genuinely indeterminate elements of the processes studied. A crisis in the sense of a period with several ex ante possible futures, as regards amplitude, period (etc.) of the ensuing long wave, could only demarcate the end of the period subjected to endogenous analysis; the next period would have to be analysed separately, if endogeneity were to be maintained. If such crises occurred in each long wave, it would be devastating to the account of self-regeneration. A case study of the long-wave theory presented by Tylecote15 revealed that his account of certain crises, like the Second World War, was not thoroughly subsumed under covering law-like statements. Therefore, the analysis of the 20th century as a whole could not be seen as analytically endogenous. The major advantage of the dialectic paradigm, as I see it now, is its effective preclusion of ad hoc statements about factors disturbing the long-wave pattern. The disadvantages include rigid requirements of determinism and, possibly, an inherent conflict between idiographic historical analysis and a positivistic conception of covering laws.
Relaxing determinism: crises and relative autonomy

Explanations in the dialectic paradigm not only preclude genuinely exogenous causal forces and genuinely autonomous action by entrepreneurs, the State, and so forth, but also any kind of relative autonomy. Relative autonomy may be taken to mean that endogenous forces may affect the possibility or probability of various important events or actions (e.g., financial crashes or wars), but not in such a way that there can be anything near determination of the actual outcome. The business-cycle theory of Michal Kalecki16 contains two semi-autonomous variables affecting capitalists' consumption and investment decisions. These variables are not described as explicit functions of the other variables of the model but as functions of time; implicitly, they constitute functions of a large number of present and past states of the economic system under investigation. Kalecki adds that several model parameters (which, for convenience, are held constant) should also ideally be seen as semi-autonomous variables. However, this kind of modelling means that complexity (and, maybe, genuine indeterminism) enters the analysis at every single point of time. Though this might be a relevant approach from an ontological point of view (depending on the features of reality), it is methodologically problematical. If the long wave is
15TYLECOTE, A. (1992), op ci!.

16KALECKI, (1968), "Trend and Business Cycles Reconsidered", Economic Journal, 78, M. pp. 263-76.

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Epistémologie

actually structured in such an indeterminate way, it will be difficult to separate pro-cyclical and counter-cyclical factors in a precise manner17. The long-wave theory of Ernest Mandep8 had a quite different approach. He considered the capitalist mode of production to generate crisis through mechanisms stated as endogenous to the system (and, at least partly, analytically endogenous in my terminology). Then he emphasised that according to a "dialectical, parametrical socioeconomic determinism" the "relative autonomy" of factors like class struggle affects the outcome of the crisis, which belongs to a set oftwo or three "possible" outcomes19. This leads us to a ftamework with bifurcations (or trifurcations) of possible futures at certain points of time, which collapse to determinate paths of development up to the next crisis. Other long-wave theories with quite different ontological foundations, like Tylecote's (or, for that part, Kondratieffs), might be interpreted in the same manner. Methodologically, this has the advantage of keeping the number of causal principles at a level that makes the theory possible to grasp intuitively. Judging from my case study (1997) of Tylecote's theory, this 'bifurcation paradigm' has better possibilities of being reconciled with existing long-wave theories than the unmodified dialectic paradigm has. It is a common conception in long-wave theory that there are differences between phases of the long wave with respect to the degree of determinacy of development2o. If, at some point in the future, the long-wave pattern is terminated, the immediate causes are more likely to manifest themselves in a complex long-wave crisis than in a smooth upswing or downswing. The bifurcation paradigm is less straightforward than the unmodified dialectic paradigm, hence it relies more on the precision and honesty of the researcher. He or she will have to give a full account of all important factors shaping the

17Cf., however, LOUCA'S(1997, 164ft), assessment of the productive use of semi-autonomous variables by Marx, Keynes, and Schumpeter, op. cit. 18MANDEL, (1992), "The International Debate on Long Waves of Capitalist Development: An E. Intermediary Balance Sheet", pp. 316-37 in KLEINKNECHT al (eds.) (1992), New Findings in et Long Wave Research. New York, St Martin's Press. MANDEL, . (1995), Long Waves of Capitalist Development. 2ndrevised ed. London, Verso. E 19MANDEL, (1992 : 331t), op. cit. E., 20See, e.g., VERCELLI,A. (1989), "Uncertainty, Technological Flexibility and Long Term Fluctuations", pp. 130-44 in MATTEO,M. DI ; GOODWIN, . M ; VERCELLI, . (eds.), (1989), R A Technological and Social Factors in Long Term Fluctuations, New York, SpringerVerlag. (eds.) ; SCHON,L. (1991), "Development blocks and transformation pressure in a macro-economic perspective - a model of long-term cyclical change", Skandinaviska Enskilda Banken Quarterly Review 1991, n° 3-4. ; DOCKEs,P. (1992), "Long Waves and the Dialectic of Innovations and Conflicts", p. 301ff, in
KLEINKNECHT, A. (1992), op. cit.

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outcome of each 'bifurcation crisis', including all counter-cyclical ones, even if the outcome was pro-cyclical (i.e., maintained regularity of the long wave). Relaxing generality: structural analysis Given a determinate pattern of development between the crises, the character of this causal determination remains an open question. Are the most relevant causal mechanisms behind the long waves subjected to general laws for the whole period studied, partiallaws for sub-periods (e.g., one set of laws for each long wave), or causal necessity that is not expressible in terms of laws? At least the first and second alternative have been considered in long-wave research. Sometimes they have been combined, as in the Marxist framework of Mandel the regularity there is in the waves stems largely from capitalism's laws of motion, whereas each wave also demarcates a historical period (bourgeois revolution, free competition, imperialism, late capitalism). The differing structural features of those periods may give the waves slightly different features also in a shallow, technical sense (possibly as regards their totallength, probably as regards the timing and intensity of their upswing and the set of affected variables). Similar ideas may be found in the essentially non-Marxist Swedish tradition of 'structural analysis'. Johan Akerman21 described various cyclical patterns (though not long waves) within periods demarcated by structural breaks and also presented a general methodology for investigating relations between cycles and structural change. In this connection, structural change referred to largescale economic change, expressible as parameter shifts in the equations describing the mechanisms of cycles, such as took place in the UK in 1931, in the US and Germany in 1933 and generally during the World Wars22Partly in the same vein, Lennart Schon23has presented a theory of 40-45-year "structural cycles". These are to a large extent related to general capitalist mechanisms of complementarity and stickiness in techno-economic and institutional variables, but also contain some irregularities (variations in the severity of crises) whose causes may partly be analytically endogenous. The Swedish structural analysis does not necessarily imply a hierarchical ontology, like Mandel's theory, where the specific features of each long wave are seen as deducible from a determinate path of capitalist development or as surface manifestations of deep structures. In both cases, however, the theories seem to be possible to evaluate according to either the dialectic paradigm or the bifurcation paradigm. The only necessary modification seems to be a more
21AKERMAN, J. (1960), Theory of Industrialism, 22 AKERMAN, J. (1960 : 183ft), op. cit. 23SCHON,L. (1991), op. cil.

Lund, C. W. K. Gleerup.

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Epistémologie

elaborate definition of the concept of causality than the one given in paragraph (iii) above. This more elaborate definition should be explicitly connected with either a flat or a hierarchical ontology, a problem that I shall not discuss here. Relaxing system theory: separate meta-theory One ofmy (1997) criticisms ofTylecote's2410ng-wave theory was that it is not a complete theory of capitalist development. From the perspective of the dialectic paradigm, such a theory should be inseparable from the long-wave theory, since certain features of capitalist development - like the gradual globalisation of markets, which created an international system with "inequality feedback" - are described by Tylecote as central factors in the historical origin of the long wave. Hence, while Tylecote gave an analytically endogenous explanation for wave regeneration, his meta-theory of the change of feedback mechanisms was not deducible from this theory (although it was compatible with it). But as I now see it, there is no necessity to include regeneration theory and meta-theory ('irregularity theory', if we wish) in the same endogenous system. There is no 'ad-hoc-ness' in the presentation of two complementary theories. Paragraph (v) in the specification of the dialectic paradigm above could thus be modified as follows: (v) Some set of well-specified regularities (or laws) should also provide an explanation for the change or disappearance of the system property in the very long run. Conclusion The aim of this chapter has not been to evaluate or develop existing long-wave theories, nor (even less) to re-invent the wheel in the theoretical field. The chapter has briefly outlined a menu of paradigms for the evaluation of the present state of research. Three kinds of relaxation of a very demanding 'dialectic' paradigm have been suggested: a 'bifurcation' paradigm, a 'structural analysis' paradigm and a 'separate meta-theory' paradigm. These may also be combined in various ways but this interesting issue shall not be discussed here.

24TYLECOTE, A. (1992),

op. cil.

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CYCLES ECONOMIQUES DE LONGUE DUREE ET CYCLES DE GUERRE: LE RETOUR DtUN DEBAT Eric BOSSERELLE1

Introduction C'est dans le cadre de la problématique des cycles longs économiques et politiques qu'ont été formulées depuis une quinzaine d'années, principalement dans le monde anglo-saxon, plusieurs tentatives de théorisation du long terme. Certains auteurs ont, en effet, avancé l'idée que les conflits majeurs qui apparaissent au sein du système international opéreraient de façon cyclique en rapport avec les mouvements longs de type Kondratieff. Certes, un tel point de vue est loin d'être partagé par une majorité de spécialistes des relations internationales dont bon nombre considèrent d'ailleurs, que dans un monde de plus en plus complexe et interdépendant, la guerre à grande échelle en tant que réponse/solution à des conflits entre Etats est sans doute appelée à devenir obsolète. Quatre raisons essentielles se conjuguent pour justifier la présente communication qui a pour objet de jeter un éclairage sur le retour du débat: cycles économiques de longue durée - cycles de guerre. - En premier lieu, l'accessibilité à ce débat est rendue complexe du fait de plusieurs éléments. Certains analystes admettent la présence de fluctuations longues de type Kondratieff avant la Révolution industrielle, d'autres non, et parmi ceux qui admettent cette présence il existe des désaccords qui portent sur le nombre effectif de mouvements qui peuvent être recensés avant le début du XIXe siècle. Par ailleurs, si certains auteurs acceptent l'hypothèse d'une récurrence des guerres, il existe des controverses au sujet de leur périodicité. Sur ces divergences viennent encore se greffer des querelles de méthodes qui concernent les techniques d'analyse qu'il convient de mettre en œuvre pour avancer sur le sujet.

- En second

lieu, depuis le début des années 1990, et en cela certaines d'entre elles s'inscrivent dans le prolongement de critiques antérieures, des critiques de fond ont été formulées à l'encontre de certaines thèses centrales exposées

IBoSSERELLE, . (1996), "Vers un nouveau conflit majeur ?", L'Homme et la société, n° 119, E pp. 101-113.

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Epistémologie

sur le sujet, dont celle de J. Goldstein2 en particulier. Dans le même temps, de nouvelles investigations statistiques ont été réalisées afin de tester la présence de cycles longs qui opéreraient dans la dynamique du système monde contemporain. - En troisième lieu, les travaux qui associent les cycles économiques de longue durée et les cycles de guerre jettent un éclairage sur les processus de croissance économique en longue période, leurs déterminants, et sur la façon dont l'économique et le politique s'influencent mutuellement pour déterminer les trajectoires enregistrées par les systèmes sociaux contemporains. Ces travaux présentent donc un intérêt au moins double. Celui, d'une part, de poser explicitement la question du devenir de l'économie mondiale au XXIe siècle; celui, d'autre part, de s'interroger sur l'avenir des conflits internationaux et leur résolution, donc sur la stabilité ou l'instabilité du monde qui se dessine. - En quatrième lieu, enfin, et de façon connexe, ces travaux se proposent de mettre en perspective les longues phases de difficultés économiques enregistrées par l'économie mondiale au cours des derniers siècles et leur récurrence, et il en va en particulier de la phase de crise actuelle. Afin d'éclairer le retour du débat: cycles économiques de longue durée - cycles de guerre, nous procéderons en deux étapes. Dans un premier temps, nous restituerons le débat dans une perspective historique, des premiers repérages à la formulation de l'hypothèse d'une périodicité des conflits, pour aboutir aux controverses autour de celle-ci et à sa réapparition à l'époque contemporaine. Dans un second temps, nous nous attacherons au retour du débat au cours des années 1990. Après avoir exposé les rebondissements récents autour de ces approches, fait état des interrogations suscitées par celles-ci, nous nous risquerons à quelques éléments d'appréciation pour tenter de souligner l'aspect stimulant de ce débat. 1. La coïncidence entre conflits majeurs et cycles économiques de longue durée: d'un repérage ancien aux prolongements contemporains L'idée selon laquelle les conflits d'envergure occuperaient une place incontournable au sein des mouvements longs Kondratieff, n'est pas, loin s'en faut, une idée nouvelle. Le repérage a été effectué par de nombreux auteurs français comme étrangers dans l'entre-deux-guerres, voire dès le début du siècle, et a été confirmé au cours des années 1950. L'hypothèse d'une périodicité dans la distribution des conflits va progressivement émerger, elle donnera lieu à controverses, et reviendra pourtant en force au cours des années 1980.

2GOLDSTEIN,1. S. (1996), International

Relations,

Harper Collins, New York.

La croissance économique 1.1. Un repérage ancien

dans le long terme

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Dans ses travaux, F. Simiand retient parmi les faits non économiques qui permettent de typer les phases d'expansion longue, les migrations et également les conflits majeurs. A la même époque, analysant l'évolution du niveau des prix-or depuis la fin du XVIIIe siècle, J. Lescure souligne que les guerres ont exercé une influence évidente sur le profil de celui-ci. Ce constat fait écho à celui effectué par A. Aftalion qui, dès 1913, relève que depuis la fin du XVIIIe siècle, il existe une forte coïncidence entre les hausses décisives des prix en longue durée et les conflits d'envergure. En 1931, dans une note relative aux mouvements de longue durée des prix, J. Saint-Germès va plus loin encore, en affirmant que la guerre paraît dans le mouvement de longue durée des prix, avoir la place occupée par les crises dans le mouvement cyclique. La localisation des conflits va également attirer l'attention d'économistes étrangers qui investissent le long terme. De N.D. Kondratieff bien sûr, qui remarque que c'est à l~occasion des phases d'expansion longue que surviennent les principales guerres et révolutions, et qui souligne que l'origine de celles-ci doit être recherchée dans les conditions économiques nées de la hausse. De E. Wagemann3 et de C. Von Ciriacy Wantrup4 ensuite, qui considèrent, pour leur part, que le retour périodique des guerres s'explique par l'opposition des générations. De E.M Bernstein5 encore, qui conclut que si la guerre n'est probablement pas la cause en tant que telle des mouvements longs de l'économie, elle contribue cependant à la fin de la phase d'expansion longue et ajoute des difficultés supplémentaires au cours de la phase de baisse. A.H. Hansen6 considère de son côté, que la phase expansive du cycle long crée des conditions propices à la guerre dans la mesure où, grâce à son activité économique soutenue et ses excédents budgétaires, elle autorise l'entretien du potentiel militaire. A. Rose7 sera on ne peut plus explicite sur la question puisqu'il n'hésitera pas à affirmer que la guerre moderne pourrait bien être l'innovation par excellence dans le système schumpeterien, et dès lors, la cause essentielle des mouvements longs de l'activité économique. Après la seconde guerre mondiale, l'existence d'une corrélation entre les conflits majeurs et les mouvements longs de l'économie continuera d'être relevée par plusieurs

3W AGEMANN, E. (1930), Economic Rhythm. A Theory of Business Cycles, McGraw-Hill, Londres. 4VON CIRIACY W ANTRUP, C. (1936), Agrarkrisen und Stockungspannen zur Frage der langen HWelle" in der Wirtschaftlichen Entwicklung, Berlin, P. Parey. 5BERNSTEIN, E.M. (1940), "War and the Pattern of Business Cycles", American Economic Review, 30, pp. 524-535. 6HANSEN, A.H.(1941), Fiscal Policy and Business Cycles, W.W. Nortond, New-York. 7RoSE, A. (1941), "Wars, Innovations and Long Cycles: A BriefComment", American Economic Review, vol. XXXI, pp. 105-107.

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Epistémologie

analystes des dynamiques de longue période. L.H. Dupriez8 soulignera la place incontournable occupée par les guerres dans la dynamique des mouvements longs, ces dernières jouant un rôle central dans l'expansion du crédit au cours de la phase de type A, puis de nouveau, à travers la contraction monétaire qu'elles provoquent, au cours de la phase de type B. G. Imbert9 pour sa part, accordera aux guerres une place déterminante au sein du cycle long: l'explication du passage de la phase de hausse à la phase de baisse du Kondratieff ne peut être rendue intelligible sans l'intégration des guerres. Si l'intérêt de ces travaux et de ces réflexions est d'attirer l'attention sur le fait que les conflits d'envergure et les processus de croissance économique à long terme sont interdépendants, il n'en demeure pas moins que l'état de la littérature concernant l'articulation guerres/mouvements de longue durée demeure pour le moins confus voire contradictoire. Dans leur ouvrage publié en 1996, Modelski et Thompson1o ont d'ailleurs pu recenser dans les écrits anciens comme récents, pas moins de quatorze points de vue différents concernant la relation entre guerre et croissance économique à long terme.
1.2. L 'hypothèse d'une périodicité des conflits

Une mention particulière doit revenir aux travaux de J. Akerman11 qui ira plus loin encore que les auteurs précédents, en considérant que l'énigme des cycles économiques de longue durée n'est ni plus ni moins que le reflet de celle du retour périodique des guerres. Ce serait, et la thèse est de taille, la fréquence des guerres qui introduirait l'élément périodique dans les fluctuations longues de ltéconomie. Mais l'hypothèse dtune périodicité des conflits n'a pas seulement été formulée par des économistes: elle l'a également été par des historiens et par des sociologues. A l'occasion de ses recherches, l'historien A. Toynbee (1954), souligne qu'une guerre majeure est réapparue tous les cinquante ans dans l'histoire moderne et il fait remarquer que l'alternance de phases de guerre et de paix peut être décrite comme la contrepartie dans la sphère politique, de l'alternance de vagues de prospérité et de dépression dans la sphère économique. Cependant, c'est dans les travaux de Q. Wright12 qui professa le droit international à ltuniversité de Chicago, que Iton trouve une première formulation systématique de l'hypothèse d'une périodicité des conflits, et plus particulièrement de l'existence d'un cycle des guerres majeures qui opérerait de

manière synchrone avec le cycle Kondratieff. Prenant pour champ d t étude la
8DupRIEZ, L.H. (1951), Des mouvements économiques généraux, Editions Nauwelarts, 2 tomes. 9IMBERT, G. (1959), Des mouvements de longue durée Kondratieff, La Pensée universitaire, 535 p. 10MoDELSKI, G. ; THOMPSON,W.R. (1996), Leading Sectors and World Powers: The Coevolution of Global Economics and Politics, University of South Carolina Press, Columbia. 11AKERMAN,1. (1957), Structures et cycles économiques, tome 2, PUF, Paris. 12WRIGHT,Q. (1942), A Study ofWar, 2 volumes, University of Chicago.

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