//img.uscri.be/pth/1557cdad2fd61c2bf8c9728e6fe92c002c9c692b
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La grande histoire des regroupements dans la distribution

De
254 pages
Le monde de la distribution évolue sans cesse. Les enseignes se créent, se modifient et disparaissent, souvent par suite de regroupements. Ce livre fait le point sur ce bouillonnement qui peut dérouter les observateurs. Une large place est faite aux entrepreneurs, artisans de ces changements, et un développement particulier est consacré à la "fusion du siècle" PROMODES - CARREFOUR.
Voir plus Voir moins

LA GRANDE HISTOIRE
DES REGROUPEMENTS
LA GRANDE HISTOIREDANS LA DISTRIBUTION
Le monde de la distribution évolue sans cesse. Les enseignes se DES
créent, se modifent et aussi disparaissent, très souvent par suite
de regroupements (fusions, absorptions, ou accords divers).
Cet ouvrage, inédit en France, fait le point sur ce formidable REGROUPEMENTSbouillonnement qui peut dérouter les observateurs tant le paysage
commercial évolue de façon quelquefois très rationnelle et d’autres
fois de façon surprenante.
Une large place est faite aux entrepreneurs, artisans de ces DANS LA
changements, et un développement particulier à la « fusion du
siècle » (PROMODES - CARREFOUR).
Le lecteur retrouvera les enseignes qui lui sont familières analysées
par deux experts de ce secteur. DISTRIBUTION
Public concerné : Professionnels, Enseignants, Etudiants, aussi bien
que Grand Public.
eeLa 2 édition du présent ouvrage a permis d’ajouter quelques 2 édition complétée et mise à jour
compléments et certaines mises à jour, notamment :
- graphes de regroupements d’entreprises ;
- liste des principales enseignes françaises ainsi que leur
appartenance à un groupe.
Claude Sordet est un ancien dirigeant succursaliste Cl Claude
(ECONOMIQUES DE RENNES) et patron de presse
(LSA), ainsi que fondateur de la chaîne d’hôtels SOR T BROSSelIN
MINIMOTE.
Il est membre de l’Académie des Sciences
Commerciales et Président d’Honneur de
l’Association pour l’Histoire du Commerce.
Claude Brosselin (ESCP, CPA, Expert Comptable)
est un ancien dirigeant du Groupe PRINTEMPS
PRISUNIC. Après avoir été Directeur Général des
Hypermarchés RADAR GEANT, il a fondé un Cabinet
d’Expertise Comptable international.
Il a enseigné dans de nombreuses Ecoles et
Universités (ESCP, HEC, ESSEC,...) et est Ancien
Président de l’Académie des Sciences Commerciales, et Président
de l’Association pour l’Histoire du Commerce.
collection
DISTRI 26 €
BUTIONISBN : 978-2-343-03322-8 
eaddeu
LA GRANDE HISTOIRE
DES REGROUPEMENTS
Claude SOR deT | Claude BROSSelIN
DANS LA DISTRIBUTION










La grande histoire des regroupements
dans la distribution














© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-03322-8
EAN : 9782343033228Claude Sordet
Claude Brosselin







La grande histoire des regroupements
dans la distribution



e2 édition
complétée et mise à jour






Collection Distribution L’Harmattan
sous l’égide de l’Association pour l’Histoire du Commerce








DES MEMES AUTEURS


Claude Sordet :

- La distribution nouvelle industrie, avec Marc Benoun et Michel Biroulès,
Presse de la Cité (1976)
- Chiffon rouge, Editions Romillat (1995)
- Evolution des grandes fonctions dans les entreprises du commerce, Edition
Ecodis (1996)
- Les Grandes Voix du Commerce (avec CD laser), Edition Liaisons
(1997)
- Docks de France, plein siècle, Edition les Grandes Familles
Sept et Neuf (1999)
- Les Grandes Voix de Promodès, Editions Liaison (1999)
- Les Marques de Distributeurs jouent dans la cour des grands avec Claude
Brosselin et Judas Paysant, Editions d’Organisation (2002)
- Paul-Louis Halley : de Promodès à Carrefour, Editions d’Organisation
(2004)
- Hypermarché : 50 ans déjà…, Editions L’Harmattan (2014)


Claude Brosselin :

- Le Grand Commerce, Dunod (1971)
- La Marque de Distributeur, Entreprise Moderne d’Edition (1979)
- Distribution, Collection Gestion Vuibert (1981)
- Les Marques de Distributeurs jouent dans la cour des grands avec Claude
Sordet et Judas Paysant, Editions d’Organisation (2002)


En collaboration :

- La Distribution en France (Association des Anciens Elèves ESCP),
Entreprise Moderne d’Edition (1972-1979)
- Guidebook to Worldwide Marketing, Technomic Publishing C°
(Westport, Connecticut, 1975)
Ils n’en mouraient pas tous,
mais tous étaient frappés.

Jean de la Fontaine





Collection Distribution L’Harmattan

sous l’égide de l’Association pour l’Histoire du Commerce
(www.ahc-asso.com)
________



La collection Distribution L’Harmattan a pour but de proposer des
réflexions sérieuses et concises sur ce secteur important de l’économie.

Elle s’appuie en grande partie mais pas seulement sur l’histoire, un des
principaux fils conducteurs en la matière.

Dirigée par Claude BROSSELIN, elle regroupe comme auteurs des
professionnels reconnus et des universitaires.

Déjà paru :

- Commerce et Distribution : les chemins de la mondialisation,
par Blaise DURAND REVILLE et Marc BENOUN.

A paraître :

- La Grande Saga du Commerce Français, livre de référence de la collection,
par Claude BROSSELIN

- Commerce et Urbanisme,
par Alain et Sylvie METTON


Voir bon de commande à la fin de cet ouvrage.









A NOS LECTEURS





La rédaction de cet ouvrage a été longue et difficile, en particulier en ce qui
concerne la recherche de renseignements.

Nous espérons avoir été complets, mais si vous releviez des inexactitudes
ou des oublis nous vous serions obligés de les transmettre par Internet à
www.editions-harmattan.fr ou par lettre à l’Harmattan, 7 rue de l’Ecole
Polytechnique 75005 Paris.














































SOMMAIRE



PREFACE ………………………………………………………… 13

INTRODUCTION ……………………………………………… 17

CHAPITRE I - De quoi s’agit-il ? …………………………….. 23

1. Raisons des regroupements ……………………………. 25
1.1. Economiques
1.2. Circonstancielles

2. Formes et variantes de regroupement ………………….. 28
2.1. Acquisitions
2.2. Fusions
2.3. Constitution d’une filiale commune
2.4. Franchise
2.5. Concessions
2.6. Gérance mandataire
2.7. Commerce associé
2.7.1. Groupements de détaillants
2.7.2. Chaînes volontaires
2.8. Divers

3. Techniques ……………………………………………. 35
3.1. O.P.E.
3.2. O.P.A.
3.3. Regroupements de « gré à gré »
3.4. Recours aux spécialistes

4. Réglementation ………………………………….……. 37

5. Problèmes et particularités de la distribution …………. 38
5.1. Direction générale
5.2. Personnels
5.3. Répartition géographique
5.4. Achats
9 5.5. Les principaux autres obstacles
5.5.1. Risque de position dominante
5.5.2. Problèmes de communication
5.5.3. Médiatisation

6. L’accélération des regroupements ……………………… 44

7. L’aventure c’est l’aventure ……………………………… 46

CHAPITRE II - Tous dans la danse ………………………….. 49

1. Coopératives de Consommation ………………................ 51
2. Au Printemps ………………………………………….. 54
3. Galeries Lafayette …………………………………….... 59
4. Casino …………………………………………………. 62
5. Les Docks de France …………………………………... 65
6. Auchan ………………………………………………… 84
7. Cedis ………………87
8. Euromarché ……………………………………………. 89
9. Cora ………………92
10. Rallye …………………………………………………... 96
11. Radar …………………………………………………… 98
12. Les regroupements d’achats ……………………….......... 102


CHAPITRE III - Les prémisses du rapprochement du siècle 107

1. Les Comptoirs Modernes ……………………………… 107
2. Promodès ……………………………………………… 125
3. Carrefour ………………………………………………. 139


CHAPITRE IV - La grande fusion …………………………… 143

2000 : L’année des découvertes ……………………… 144
2001 : La gouvernance en mouvement ………………. 146
2002 : La famille Halley confirme sa confiance
en Carrefour ………………………………....... 147
2003 : Disparition de Paul-Louis Halley ……………... 149
10 2004 : Robert Halley sur le devant de la scène … 151
2005 : Adieu Daniel Bernard,
bonjour José-Luis Duran ………………..…. 153
2006 : Le départ de Luc Vandevelde …………... 158
2007 : Les têtes de série changent ……………... 163
2008 : L’heure de vérité ……………………….. 168
2009 -2010 : Un nouvel avenir ………………………. 175


Chapitre V - Les principales conséquences des regroupements 187

1. Sur un plan général ………………………………….. 187
2. Les relations producteurs-distributeurs ……………… 190
2.1. Les regroupements en matière d’achats
2.2. Les conflits et les adaptations

CONCLUSION ………………………………………………... 195

ANNEXES

A. Les graphes des regroupements ……………………… 201
B. Liste des principales enseignes en France …………… 209
C. La peau de chagrin ………………………………….. 219
D. Loi Doubin ………………………………………. 227
E. Regroupements et réglementation ……………............. 231

REMERCIEMENTS …………………………………………. 233

INDEX ALPHABETIQUE ………………………………….. 235

BIBLIOGRAPHIE …………………………………………… 247

11



PREFACE





C’est avec un réel plaisir que j’ai, en effet, accepté d’écrire la préface de ce
livre hors du commun : « La grande histoire des regroupements de la
distribution en France ».

L’univers du commerce et de la distribution a toujours suscité ma curiosité
et mon intérêt.

Claude Sordet et Claude Brosselin sont les deux auteurs de cet ouvrage,
véritable roman d’aventures des pionniers du « grand commerce ». Le
premier est même un ami qui m’est très cher que j’ai rencontré à Rennes
au début des années soixante, alors qu’il était jeune directeur commercial de
la société Economique, entreprise succursaliste d’origine familiale. Peu après
nous nous sommes retrouvés au sein de la Fondation « J ». J’ai pendant de
longues années siégé au jury national de cette institution présidée par
Maurice Genevoix.

Quand en 1971, Claude Sordet changea de cap pour devenir journaliste, je
fus de ceux qui pensèrent que le destin était en train de bien faire les choses.
Il restera ainsi pendant vingt années directeur de presse coiffant les
rédactions des journaux faisant autorité dans le monde du commerce et des
services. Cette seconde carrière d’homme de presse a permis à Claude
Sordet d’acquérir une expertise reconnue d’historien du commerce.

Le compagnon de plume de Claude Sordet, Claude Brosselin ne m’est pas
inconnu ; je l’ai rencontré, il y a quelques années alors qu’il présidait
l’Académie des Sciences Commerciales. Le parcours de Claude Brosselin fut
pendant une vingtaine d’années très voisin de celui de mon ami Claude
Sordet.

Ce dernier était un Succursaliste alors que Claude Brosselin appartenait à
l’univers fermé des Grands Magasins et Magasins Populaires. (Printemps
Prisunic). Le premier termina son passage dans la distribution en dirigeant
une société ayant pour finalité la création en Bretagne d’hypermarchés sous
13 l’enseigne « Mammouth » alors que Claude Brosselin dirigeait une société,
Radar, qui disposait d’une vingtaine d’hypermarchés sous enseigne
éponyme. Tandis que Claude Sordet embrassait une nouvelle carrière de
patron de presse, Claude Brosselin devenait expert-comptable, commissaire
aux comptes et créait un cabinet franco-britannique d’expertise comptable.
Ils se sont connus au début des années quatre-vingts dans le cadre de
L’Académie des Sciences Commerciales. Claude Brosselin est actuellement
le Président de l’Association pour l’Histoire du Commerce Moderne,
institution dont Claude Sordet fut pendant cinq ans le premier président.

Ce livre totalement inédit est pour ses auteurs le premier maillon d’une
nouvelle collection de l’Harmattan qu’ils dirigeront. Celle ci sera dédiée à
des ouvrages sur le commerce et les services, toujours à propos de sujets
inédits. Dans ce cadre, ils poursuivent actuellement l’écriture d’un livre de
référence, la grande saga du commerce français.

L’ouvrage que je préface est passionnant à lire. Tout est dit et expliqué dans
la description de ces lames de fond qui ont totalement bouleversé en
France le paysage du commerce, important secteur de notre économie.

On découvre certains points inédits sur la pratique des stratégies de
développement externe, les croissances exogènes. On doit sans conteste
aux acteurs de ce nouveau « grand bond en avant » du commerce la
métamorphose du paysage économique des biens de consommation
courante. Certes, soulignent les auteurs, ce grand changement s’est construit
avec la collaboration incontournable, encore que difficile, des distributeurs
ainsi qu’avec les avec les industriels des produits de grande consommation.

Les auteurs rappellent dès le début de leur ouvrage qu’il n’y a pas
d’innovation sans risques ni de joies sans larmes :
« Ces changements, voire ces bouleversements ont certes été progressifs,
mais on les savait inéluctables. Ils ont engendré des conséquences
heureuses, et d’autres plus discutables, voire cruelles. Car comme toujours
en pareil cas, les décisions prises sont irréversibles quels que soient les
résultats obtenus ».

Ce livre dédié aux rapprochements vécus par les grandes enseignes du
commerce a pour vocation à être un ouvrage d’histoire, retraçant par le
menu pour chacune des entreprises sélectionnées (parce que les plus
14 représentatives de ces regroupements) le pourquoi et le comment de ces
fusions.

J’ai remarqué que les auteurs s’étaient bien gardés de mettre en exergue les
erreurs ainsi que les échecs sans doute commis par les uns et les autres.

Dans un premier chapitre principalement à ambition didactique les auteurs
ajoutent quelques rappels et fournissent quelques précisions également sur
ce qu’il convient de savoir en matière de regroupements. On y trouve avec
intérêt : les raisons des regroupements, leurs différentes formes et variantes
mais également les techniques, les réglementations et, partant, les problèmes
et les particularités de la distribution.

La lecture du deuxième chapitre m’a rappelé non seulement des enseignes,
mais aussi des hommes de qualité que j’ai pu croiser dans ma vie. Ces
entreprises dûment sélectionnées par les auteurs s’imposaient, tant on
retrouve dans les descriptions de leur histoire propre une qualité
commune de leurs dirigeants : « être des chefs d’entreprises et non des
chefs d’entretien ». On découvre ainsi, récit après récit, des faits nouveaux,
des faces cachées des hommes et de leurs entreprises. Les auteurs ont su
recueillir des anecdotes et enrichir leur analyse par de nombreux
témoignages. Toutes ces précisions m’ont permis une nouvelle fois, de
mesurer à quel point le commerce de France a été l’un des grands acteurs
économiques des « Trente Glorieuses » et combien il a su le demeurer ; je
déplore, personnellement beaucoup, qu’il soit insuffisamment enseigné dans
notre pays.

Plus on avance dans la lecture de ce livre, et plus on devine que le sommaire
construit par Claude Sordet et Claude Brosselin a pour but de mettre le
lecteur sous une tension progressive. Mais c’est bien sûr… : « La fusion du
siècle », celle qui a été réalisée en septembre 1999 entre le groupe Promodès
et le Groupe Carrefour précédée, en 1998 par un premier rapprochement
entre Carrefour et les Comptoirs Modernes, qui marque ce chapitre.

Le troisième chapitre intitulé : « Les prémisses du rapprochement du
siècle » évoque une pertinente présentation des entreprises actrices telles
qu’elles étaient avant le jour J de cette mémorable fusion.

La reprise des faits et événements qui ont jalonné les dix premières années
de ce rapprochement (Carrefour – Promodès), qui a fait couler tant
15 d’encre et a suscité tant d’interrogations sur sa pertinence, constitue à n’en
point douter l’un des temps forts de ce chapitre.

Sa rédaction est très factuelle, les faits rien que les faits, tels que rapportés
par la presse économique et financière et par les analystes financiers. Ici
encore, pas le moindre jugement de valeur pas la moindre once de critique
de la part des deux auteurs qui nous convainquent qu’il appartient au lecteur
de se faire une opinion.

Demeure chez celui-ci, au moment où il referme ce livre, le sentiment
d’avoir découvert au fil des pages l’histoire des pionniers qui ont fait le
commerce du 20e siècle.

« Stratégie, stratégie, tout est stratégie »… le commerce lui non plus
n’échappe pas à cette règle.





Raymond François LE BRIS

Agrégé des Facultés de droit et des sciences économiques.
Membre du CESE.
Préfet Honoraire.
Ancien Directeur de l’ENA.
Ancien Directeur Général de la CCIP.













16






INTRODUCTION






Les regroupements d’entreprises, qu’il s’agisse d’acquisitions, de fusions ou
d’autres formes, ont toujours existé mais se sont accélérés depuis plusieurs
décennies dans la distribution comme, d’ailleurs, dans d’autres secteurs.

Ces opérations ont bouleversé le paysage économique. Elles sont toujours
difficiles à réaliser (ne serait-ce que sur le plan humain). Etonnamment, elles
ont peu fait l’objet d’études impartiales. Peut-être les protagonistes ne
souhaitaient-ils pas qu’on s’étende trop sur un sujet qui reste toujours
délicat ? Ou encore peut-on supposer que les risques de litiges judiciaires
nombreux consécutifs à ces actions ne pouvaient qu’inciter à une (relative)
discrétion ?

Une autre explication relève aussi du fait que, sauf en certains cas
(regroupements suite à liquidation judiciaire), les regroupements sont
précédés de discussions et de négociations très discrètes entre les dirigeants
1concernés, ce qui ne facilite guère les choses.

Toujours est-il que la littérature est peu prolixe sur ce sujet.




1 C’est aussi une raison pour laquelle une défiance de délit d’initié pèse souvent sur les
protagonistes de ces négociations préalables aux regroupements.
17 Pour cette raison nous a-t-il semblé opportun « d’éclairer la lanterne » d’un
important lectorat intéressé : hommes d’entreprises, enseignants, étudiants,
analystes ainsi que journalistes.

Dans un premier temps, de style didactique, nous proposons au lecteur
d’examiner de façon synthétique les différentes formes de regroupement,
2leurs raisons, les techniques, la réglementation. Dans ces domaines, nous
mettons en exergue les particularités de la distribution. Tel est l’objet de
notre premier chapitre : De quoi s’agit-il ?

Nous examinerons ensuite les principales opérations intervenues en France.
C’est dans le deuxième chapitre : Tous dans la danse.

Comme le lecteur va le découvrir, chaque cas est différent. En effet, les
dimensions des entreprises concernées, le poids des hommes en place, la
structure financière, le contexte et la vitesse d’évolution de l’économie en
général, sont tellement changeants que cette « ouverture d’éventail » permet
de proposer un tour aussi exhaustif que possible des stratégies de
regroupement bel et bien vécues, au demeurant toutes construites sur
mesure. Nous ne sommes pas partis de raisonnements théoriques mais de
faits historiques, dûment avérés, seule façon de procéder dans un domaine
aussi fortement imprégné d’humain que la distribution où l’exécution
compte au moins autant que la conception, surtout en matière de croissance
exogène. C’est pourquoi nous avons tenu dans ces portraits d’entreprises à
retracer leur vécu mais également à souligner la personnalité de leurs
dirigeants.

Nous avons conscience de ne pas avoir été aussi exhaustifs dans nos
recherches que nous l’aurions souhaité. Nous n’avons pas traité certaines
opérations, souvent de moindre envergure, qui ne sont pas toujours
connues du grand public.





2 Ce qui n’est pas inutile car, quelquefois, ce qui peut apparaître comme un regroupement
erne l’est pas. Ex : les logos « Eco+ » (LECLERC) et « 1 Prix » (CASINO) sont presque
semblables, ce qui pourrait laisser croire à un regroupement ou au moins un accord, alors
qu’il n’en est rien.

18 L’établissement d’une liste complète nous a semblé trop détaillée, aussi nous
sommes-nous concentrés sur les cas à la fois importants et différents dans
leur motivation. Nous n’avons pas traité, non plus, des regroupements hors
hexagone, bien qu’ils constituent un phénomène déjà important dans le
passé et peut-être encore plus de nos jours. Un chapitre du prochain
ouvrage de la collection y sera consacré et comblera les « trous » de nos
développements pour certains groupes (PROMODES, CARREFOUR,
AUCHAN,…).

Il convient aussi de procéder à une mise au point. La distribution de bons et
mauvais points à laquelle nous procédons, par la force des choses, dans cet
ouvrage est bien plus aisée a posteriori que si elle avait été faite en temps
réel, dans le feu de l’action. Dans le même ordre d’idées, on se doit de
souligner combien les réactions et appréciations sur ces regroupements,
manifestées à l’époque par les personnes les ayant vécus, ont pu évoluer
avec le temps. Le recul donne à l’évidence un tout autre éclairage sur le
vécu. C’est là sans aucun doute un phénomène particulièrement sensible
dans des entreprises du tertiaire à fort contenu humain comme la
distribution. Que de craintes non avérées mais aussi d’espoirs déçus…

Autre remarque : nous ne nous intéresserons qu’à l’aspect économique des
regroupements, sans traiter les questions juridiques, fiscales et comptables
s’y rattachant, certes, mais qui brouillent quelquefois le paysage. A titre
d’exemples, le problème du report des déficits sur le plan fiscal amène
quelquefois les juristes à faire absorber la société « dominante » par la
3société « dominée » ou encore lorsque les deux sociétés protagonistes
disparaissent pour laisser la place à une nouvelle société, on parle de fusion
4sur le plan juridique, mais ce n’est pas toujours le cas sur le plan
économique. D’ailleurs la législation et la fiscalité changent plus vite que les
fondamentaux économiques.

Par ailleurs le montage financier des regroupements est, comme nous le
verrons, très variable. Très souvent il y a intégration, mais certains groupes
sont basés sur un contrat, plus ou moins détaillé d’ailleurs (ex : LECLERC),
ou même sans accord financier du tout.

3 C’est la raison pour laquelle nous préférons utiliser le terme « acquisition » à celui
d’« absorption ».
4 Toujours sur le plan juridique (et fiscal) on parle aussi de scissions lorsque la société
scindée transmet son patrimoine, sans liquidation, à deux ou plusieurs sociétés
préexistantes ou nouvelles.
19 De même, nous ne nous attarderons pas trop sur les « faux
regroupements », c’est-à-dire des opérations purement financières et la
plupart du temps spéculatives, comme la constitution de conglomérats
d’entreprises différentes sans intégration réelle (bien que quelquefois ceci
concerne des entreprises de distribution), sauf en ce qui concerne le
PRINTEMPS qui constitue un exemple original d’un modèle au demeurant
5de plus en plus duplicable dans l’avenir.

Pour la même raison les « changements de propriétaires » uniquement
6financiers, n’entrent pas dans notre champ d’étude. Par contre, ceux qui
préfigurent un regroupement économique (véritable objet de notre étude)
seront évidemment mentionnés.

Pour toutes ces raisons, cet ouvrage peut interpeller le lecteur tenté de
penser que nous avons négligé certains secteurs et privilégié d’autres. Mais
en fait certaines formes de distribution (LECLERC, FNAC, par exemple)
ont effectué peu d’opérations de regroupement d’envergure mais plutôt des
acquisitions ponctuelles de magasins. D’autres groupes, en revanche, en ont
fait une stratégie incontournable de leur croissance externe et cela même
depuis leur origine. De générations familiales en générations on retrouve le
même esprit de conquête, ce qui est peut-être aussi une affaire de « gènes ».
Pourquoi avons-nous choisi le parti de développer plus particulièrement
quelques groupes au risque de donner au lecteur une telle impression ?
Simplement parce que ces entreprises avec des personnalités et partant des
approches très différentes sont celles qui ont opéré le plus grand nombre
d’opérations de regroupement. Deux chapitres ont été réservés à
CARREFOUR (version 1999), du fait de la taille de cette « fusion du
siècle », et deux autres chapitres aux deux protagonistes que sont
PROMODES et COMPTOIRS MODERNES.




Enfin, un chapitre spécial, fort important à nos yeux, est consacré aux
conséquences de tous ces regroupements, notamment sur le plan des achats.

5 Ces « faux groupes » mettent quand même quelquefois sur pied des opérations communes
mais celles-ci sont toujours très limitées (ex : cartes-cadeaux vendues dans les bureaux de
poste valables presque uniquement dans des entreprises du groupe PPR).
6 Ex : PICARD qui, après plusieurs changements de propriétaires, vient d’être racheté par
LION Capital.

20 L’émergence de puissantes et relativement peu nombreuses centrales
d’achats modifie complètement les relations existantes entre l’agriculture,
l’industrie et le commerce, ce qui a occasionné des controverses virulentes,
qui sont loin d’être terminées, et des interventions plus ou moins heureuses
des pouvoirs publics, régulièrement sollicités par les acteurs de l’économie
de biens de consommation. Nous serions heureux si nous pouvions
contribuer à poser le problème de façon impartiale.

Comme toutes les opérations que nous traitons dans cet ouvrage sont le fait
de dirigeants et de propriétaires d’entreprises, hommes et femmes, nous
avons cru bon de joindre un index alphabétique.

Dans les annexes, nous indiquons :

- des graphes visualisant les séries de reprises opérées ;
- un tableau des enseignes familières à la plupart de nos lecteurs qui
facilitera un meilleur repérage lors de la lecture de cet ouvrage ;
- la loi de la peau de chagrin qui illustre la nécessité de la croissance,
qui conduit justement très souvent aux regroupements ;
- la loi DOUBIN, pertinente en cette matière.

21







CHAPITRE I

DE QUOI S’AGIT-IL ?





Comme l’aurait (sans doute) dit Monsieur de Lapalisse, le regroupement est
le fait de deux, ou quelquefois plus, entreprises qui s’unissent. C’est une
forme d’expansion externe qui permet à la fois :

- de gagner du temps (par rapport à la croissance interne) ;
- de réaliser des économies d’échelle ;
- d’éliminer un concurrent, qui troque ainsi sa casquette de
concurrent contre celle d’associé ;
- de conforter l’image du nouveau groupe, à l’interne comme à
l’externe ;
- in fine de gagner de nouvelles parts de marché ; augmentant ainsi la
puissance d’achat de la nouvelle entité constituée.

On peut aussi souligner qu’il y a de moins en moins de place, dans la
distribution de masse, en tout cas, pour l’entreprise isolée. A y bien
réfléchir, ces opérations n’ont rien d’exceptionnel, s’inscrivant dans l’ordre
normal des choses. C’est le cycle de la vie des affaires.

En effet quand un nouveau concept apparaît, la phase suivante est celle
d’une forte croissance avec création d’entreprises dédiées à ce nouveau
concept. Ces créations sont certes de qualité de gestion inégale, mais on ne
s’en aperçoit guère car, justement, cette croissance naturelle du marché
gomme en quelque sorte les imperfections.
23 Lorsqu’arrive la phase de maturité, en revanche, la concurrence devient de
plus en plus vive, une certaine réorganisation du paysage devient nécessaire
et ainsi les entreprises les mieux gérées (ou en meilleure position sur leur
marché), absorbent celles qui le sont moins, ou encore qui n’ont pas eu le
7temps d’atteindre un certain seuil de respectabilité, la fameuse taille critique.
On peut alors parler de réveil douloureux pour certains opérateurs,
prospères au départ et absorbés par la suite. C’est ce qui s’est passé pour les
grands magasins, par exemple, surtout depuis la seconde guerre mondiale.

La conjoncture économique joue aussi un grand rôle. Pendant les « trente
glorieuses » certaines entreprises ont survécu, se sont même développées,
pour se retrouver fragilisées lorsque le marché est devenu plus difficile et
l’accès aux capitaux plus compliqué.

Quelquefois aussi, mais moins fréquemment, deux « champions » s’unissent
pour accroître leur emprise sur le marché et/ou aussi pour des raisons
stratégiques (ouverture de l’éventail de l’offre, par exemple). L’exemple le
plus récent est constitué par CARREFOUR et PROMODES.

Pour compléter cette définition, on peut dire que les regroupements
modifient le périmètre du nouveau groupe (en matière d’achat ou de vente).
Si ce n’est pas le cas il s’agit d’une consolidation, la plupart du temps
financière.

C’est la raison pour laquelle nous ne ferons que mentionner, sans les
détailler, les nombreuses reprises d’affiliés de grands magasins et magasins
epopulaires par la maison-mère, intervenues avant et surtout après la 2
guerre mondiale.

Autre remarque d’importance : lors d’une fusion, ou absorption, il arrive
que des magasins « doublons » ou simplement jugés non stratégiques soient
revendus ou transformés (ex : certains magasins MARKS & SPENCER lors
de la reprise par les GALERIES LAFAYETTE). Le détail de ces
opérations secondaires alourdirait par trop notre ouvrage. Ne pas oublier
également que pour des questions de règle de la concurrence le CNCC
(Conseil National de la Concurrence) impose lors de certains
rapprochements des cessions de magasins quand le nouveau groupe
présente une sur-densité concurrentielle dans certaines régions.

7 Voir à ce sujet l’Annexe C « loi de la peau de chagrin ».

24