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La Grande Récession

De
250 pages
Comment une « crisette » sur un segment du marché immobilier américain (les subprimes) a-t-elle pu mettre la planète financière internationale sens dessous dessus ? Comment cette crise financière « systémique » a-t-elle pu s'accompagner d'une récession qualifiée de Grande Récession ? Et cette récession donner lieu à une nouvelle dépression dans une zone euro en proie à la crise de la dette souveraine ? C'est à l'ensemble de ces questions que cet ouvrage se propose de répondre, en combinant étroitement analyse économico-politique et Histoire.
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C o l l e c t i o n L’ E S P R I T É C O N O M I Q U E S É R I E L’ É C O N O M I E F O R M E L L E
FrancisBismans
La Grande Récession
Un autre regard sur des temps troublés(20072013)
Collection « L’esprit économique » fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis
Si l’apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L’esprit économique » soulève le débat, textes et images à l’appui, sur la face cachée économique des faits sociaux : rapports de pouvoir, de production et d’échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement... Ces ouvrages s’adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu’aux experts d’entreprise et d’administration des institutions.
La collection est divisée en six séries :
Dans la sérieEconomie et Innovation sont publiés des ouvrages d’économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l’accent sur les transformations économiques et sociales suite à l’introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L’innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles.
La sérieEconomie formelle a pour objectif de promouvoir l’analyse des faits économiques contemporains en s’appuyant sur les approches critiques de l’économie telle qu’elle est enseignée et normalisée mondialement. Elle comprend des livres qui s’interrogent sur les choix des acteurs économiques dans une perspective macroéconomique, historique et prospective.
Dans la sérieLe Monde en Questionspubliés des ouvrages sont d’économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l’étude des ressorts fondamentaux de l’économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications.
La sérieKrisisa été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d’aujourd’hui liés aux métamorphoses de l’organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d’ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d’histoire de la pensée et des faits économiques.
La sérieClichésété créée pour fixer les impressions du monde a économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d’une situation donnée. Le premier thème directeur est : mémoire et actualité du travail et de l’industrie ; le second : histoire et impacts économiques et sociaux des innovations.
La sérieCours Principauxcomprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s’adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l’application du vieil adage chinois : « le plus long voyage commence par le premier pas ».
LA GRANDE RÉCESSION
© L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Pariswww.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09391-8 EAN : 9782343093918
Francis Bismans La Grande Récession Un autre regard sur des temps troublés (2007-2013) OUVRAGE PUBLIÉ AVEC LE CONCOURSDE L'UNIVERSITÉ DELORRAINEL’HARMATTAN
À Pascal et Juliette
Pour les jours sombres parfois, mais surtout pour ces journées, bien plus nombreuses, baignées d’une douce lumière
Du même auteur
Bismans, Francis,Probabilités et statistique inférentielle Prélude à l’économétrie, Ellipses, Collection Référence sciences, Paris, 2016.
Bismans, Francis, Aimar Thierry, Diebolt, Claude,Business Cycles in the Run of History, Springer, Collection Springer Briefs in Economics, Heidelberg-New York-Dordrecht-London, 2016. Bismans, Francis,Mathématiques pour l’économie. Volume 1.Fonctions d’une variable réelle, De Boeck Université, Paris-Bruxelles, 1999. Bismans, Francis,Croissance et régulation. La Belgique 1944-1974, Palais des Académies, Bruxelles, 1992.
Introduction
L’objet de ce livre tient en quelques mots : rendre compte d’une période – pleine de bruit et de fureur – qui court de la crise dessubprimeà celle de la dette souveraine européenne, autrement dit de 2007 à 2013. Le commencement de la séquence temporelle examinée se situe aux États-Unis, parce que le tsunami nancier déclenché par l’éclatement de la bulle immobilière y a débouché sur une crise du crédit de grande ampleur en août 2007. Cependant, l’onde de choc ne s’est pas arrêtée là. L’effondrement de Northern Rock, de Bear Stearns et surtout de Lehman Brothers, couplé à celui des Bourses de valeurs, s’est accompagné d’une crise nancière systémique sans précédent, qui s’est ramiée à l’échelle internationale. Ce fut en réalité une première mondiale qui n’a pas manqué d’accen-tuer le repli conjoncturel préexistant en le transformant en une Grande Récession, elle-même sans équivalent depuis 1945. Cette Grande Récession prendra une forme particulière en Eurolande – la zone euro si l’on préfère –, dans la mesure où le cycle conjoncturel se greffera sur une crise de la dette souveraine et de l’euro.In ïne, elle se présentera comme la combinaison inédite d’une récession, suivie d’une légère reprise, puis d’une rechute dans la récession. C’est le double creux (ou double « dip ») symbolisé par la lettre W. Voilà pour l’objet de ce livre. Je tiens pour évident qu’une explication de l’enchaînement des crises multiples qui ont rythmé la séquence 2007-2013, ne peut se ramener à une description linéaire ou à un récit des événements principaux. Tout aussi restrictive serait une approche étroitement économique, qui ferait  de la richesse des déterminations sociales, politiques, culturelles et autres, qui structurent la réalité. À cet égard, je me trouve en plein accord avec la 1 belle exhortation de Thomas Piketty [2013, p.945] : « Pour une économie politique et historique ». En réalité, le mode d’exposition retenu relève de ce que je nommerais volontiers une approche historico-structurale. Historique, parce qu’on aura beau faire, il n’est pas possible de gommer les temporalités spéciques qui scandent la période étudiée et ses sous-périodes. Structurale, parce qu’en 1 Je voudrais préciser dès à présent que toutes les citations seront faites selon le système Harvard, c’est-à-dire en mentionnant le nom de l’auteur, la date de parution de l’ouvrage ou de l’article et éventuellement la page. Les références bibliographiques complètes sont reprises à la n de ce livre.
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dénitive, la réalité ne se donne pas à l’observateur qui n’a d’autre lunette à sa disposition que des théories, fussent-elles très partielles ou limitées. Comme le disait si bien Paul Veyne [1975, pp.9-10], les faits historiques « n’existent pas à l’état séparé, sauf par abstraction ; concrètement, ils n’existent que sous un concept qui les informe. » Disons donc quelques mots sur les théories qui m’ont engagé sur la voie d’une tentative de compréhension de ce qui s’avérera probablement un tournant majeur, « structurel », de l’économie mondiale et donc aussi de nos sociétés. D’emblée, j’avouerai que je me suis appuyé sur la conceptualisation élaborée par Hyman Minsky, un économiste américain né en 1919 et mort en 1996. Celui-ci revendique clairement sa liation avec Keynes, l’auteur à l’origine de la macroéconomie, qui publia en 1936 son livre majeur :The General Theory of Employment,Interest and Money. Cependant, Minsky a subi l’inuence de bien d’autres économistes, au premier rang desquels il faut citer Michal Kalecki (1899-1970). Ce der-nier était lui-même fortement imprégné de la lecture qu’avait faite Rosa Luxemburg de l’œuvre de Marx. Qui plus est, il peut être crédité d’avoir découvert laThéorie généraleavant Keynes – Joan Robinson en a donné des preuves convaincantes. Le travail de Minsky se situe donc à la jonction de Kalecki et de Keynes ; du premier, il retient l’analyse en termes de grandeurs macroé-conomiques et le caractère central du prot des entrepreneurs ; du second, le rôle essentiel de la monnaie et du nancement dans l’économie. Son programme de recherche se résume en une phrase : montrer comment entrepreneurs et banquiers mus par la recherche du seul prot transforment un système nancier initialement robuste en un système sujet à des crises nancières répétées. Un tel programme a été développé très progressivement, par étapes successives. On en donnera ici une version très synthétique qui s’appuie essentiellement sur le dernier Minsky [1975, 1986, 1992]. (Pour une pré-sentation plus approfondie, mais aussi plus technique, on renverra à Aimar, Bismans et Diebolt [2010, pp. 35-38].) Le point de départ est constitué par une économie dotée d’actifs-ca-pital coûteux et d’un système nancier complexe. Dans le cours de son développement, cette économie accumule des biens de capital, qui doivent nécessairement être nancés. Pour ce faire, les entrepreneurs concernés acquièrent forces de travail et matières premières moyennant paiement, « produisent » ensuite des biens ou marchandises et les vendent enn en dégageant (habituellement) un surplus, c’est-à-dire un « prot » monétaire. Tout le processus s’analyse donc comme un échange de monnaie présente contre de la monnaie future, les prots.
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Toutefois, on a supposé, à ce stade, que les biens de capital trouvaient automatiquement preneurs. Rien n’est moins sûr, car les prots ne sufront vraisemblablement pas à les acheter et en conséquence, il faudra recou-rir à un nancement externe, c’est-à-dire emprunter auprès des banques. Celles-ci n’accorderont un prêt que si elles disposent de garanties sérieuses quant à la capacité de leurs débiteurs à faire face à leurs obligations. Mieux, les banques en tant que telles constituent des institutions cherchant à maxi-miser leurs prots (Minsky [1992, p. 6]). Semblablement, un entrepreneur ne demandera pas un prêt s’il pense que la somme actualisée des ux monétaires (les cash-ows)anticipéspro-curés par un investissement – en d’autres termes, les prots attendus – ne sera pas supérieure ou à tout le moins égale, au coût de cet investissement. En pratique, lesproïts réalisésdétermineront si les engagements contrac-tuels serontvalidés ou nonle futur. S’ils ne le sont pas, la banque dans créancière devra enregistrer, à son bilan, une perte ou une dépréciation. Le niveau des prots reste donc la variable ultime qui conditionne le compor-tement dynamique du système dans son ensemble. Un bémol doit cependant être introduit dans le tableau, car, dit Minsky [1992, p. 4], « dans le monde moderne, l’analyse des relations nancières et de leurs implications pour le comportement du système ne peut être limi-tée à la structure d’endettement des entreprises et aux cash-ows qu’elles génèrent. » D’autres unités économiques se nancent et s’endettent sur un mode tout à fait comparable : • les ménages (cartes de crédit ; acquisition de biens de consommation durables tels que voitures, habitations, etc., et achat d’actifs nanciers divers) ; • les gouvernements ou États, parce qu’ils sont amenés, via l’emprunt, à satisfaire un ensemble de besoins publics et à réguler l’économie par leurs politiques contracycliques ; • les unités mondialisées issues de l’internationalisation des relations nancières et de la globalisation de l’économie. Chacune de ces unités se trouve, en fonction de sa relation revenu-endet-tement, dans un des trois régimes suivants : la nance de couverture, la 1 nance spéculative et enn la nance que Minsky qualie de « Ponzi », du nom d’un escroc avéré. (Cependant, Minsky [1986, p.377] précise qu’un comportement à la Ponzi « n’est pas nécessairement frauduleux ».) Les unités à nancement de couverture sont caractérisées par le fait qu’elles satisfont à tous leurs engagements contractuels sur base de leurs 1 Charles Ponzi, d’origine italienne, mais installé aux États-Unis, proposait, en 1920, un placement rapportant un rendement de 50% sur investissement endéans les 45 jours ; en réalité, il ne plaçait pas l’argent qui lui était coné ou seulement une faible partie ; il se contentait de payer les intérêts des clients les plus anciens avec les sommes prêtées par les nouveaux investisseurs.
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