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La micro-finance au Congo-Brazzaville

De
235 pages
l'auteur propose une analyse critique des établissements de la micro-finance du Congo-Brazzaville. Il tente de répondre à un certain nombre de questions aussi pratiques que théoriques sur ce phénomène : comment créer un établissement de la micro-finance (EMF) au Congo-Brazzaville ? Quel est le cadre juridique et de contrôle des EMF au Congo ? Quelles sont les raisons de la faillite quasi-récurrente des EMF au Congo ? Quelles sont les approches de solution à la crise des EMF du Congo ? Une réflexion sur la question du financement de l'économie congolaise.
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La micro-finance
au Congo- Brazzaville

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05638-1 EAN: 9782296056381

Serges IKIÈMI

La micro-finance
au Congo- Brazzaville
Instrument de paupérisation ou moyen de lutte contre le sous-développement?

Comptes rendus

L'Harmattan

CE LIVRE EST PUBLIÉ DANS LA SÉRIE « DOSSIERS SCIENTIFIQUES » DE LA COLLECTION « COMPTES RENDUS »

Collection Comptes Rendus
Fondée et dirigée par Eddie Tambwe
(Avec la collaboration scientifique de Pascal Baylon et Aline Marge) (Avec la collaboration technique de Julien Denieuil, maquettiste)

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Dans la série « Dossiers politiques» de la collection -Lambert Mende Omalanga, Dans l'œil du cyclone, Congo-Kinshasa: les années rebelles 1997-2003 revisitées. -Eddie Tambwe et Jean-Marie Dikanga Kazadi, (préface de Augustin Katumba Mwanke), Laurent-Désiré Kabila, l'actualité d'un combat. Sept ans après.. . -Mwenze Kongolo, Laurent-Désiré Kabila, Ma part de Vérité. Témoignage pour l'Histoire. - Dieudonné Ilunga Mpunga, Etienne Tshisekedi, le sens d'un combat. -Philémon Mukendi Tshimuanga, RDCongo: entre crise et renaissance. Comment ré inventer l'espoir? Dans la série « Dossiers scientifiques» de la collection -Nguway Kpalaingu Kadony, Une introduction aux Relations Internationales africaines. -Jean-Jacques Purusi Sadiki, La femme dans la gestion des conflits en Afrique précoloniale. -Kashemukunda Kasongo-Numbi, Les eaux et forêts de la RDCongo. Changement climatique de la planète: les enjeux. -Anatole Collinet Makosso, Emile Bosuku, Orner Kande et Eddie Tambwe, L'Affaire des disparus du beach de Brazzaville. Mises au point pour l'Histoire. . Eddie Tarnbwe et A. Collin et Makosso, RDCongo, les élections, et après? Intellectuels et politiques posent les enjeux de l'après-transition. Dans la série « Dossiers littéraires» de la collection

. Henri

Mova Sakanyi, Sinuosités, Mots d'amour pour maux

d'amour. - Maurice Amuri Mpala-Lutebele, Testament de Tchicaya U Tam'Si.

Dédicace
Nous exprimons notre gratitude à tous ceux qui nous ont apporté leur soutien multiforme pour l'aboutissement de cette œuvre. A mes enfants et à tous ceux qui portent le nom IKIEMI, sachez que tout se passe dans la tête de l'Homme. Après une tendre mais tenible enfance, j'ai réussi après de multiples épreuves dans ce monde épris d'amour, de justice, de paix mais aussi plein d'injustice, de méchancetés, d'embûches, j'ai réussi à me faire une place et un nom grâce au stylo, à la prière, à la foi, au travail, au courage, à l'éthique, à l'humilité et à la persévérance: ONGORORO. Je vous exhorte à un combat constant, celui de défendre notre nom IKIEMI et de cultiver toujours les valeurs positives. La réussite doit être au bout de l'effort ou au prix de ce combat. Tenez, progéniture du prolétariat, mon père ne m'a point refusé d'argent pour l'achat de fournitures scolaires, ma mère m'a élevé parmi mes cousins et cousines et mes amis des autres ethnies, ce qui m'a appris le goût du partage, de la solidarité, de l'entraide, le sens de la famille et de la vie en communauté. Banquier et enseignant chercheur à l'université, contre vents et marées, j'ai toujours déposé moi-même les enfants dès 7 heures du matin à l'école pour leur témoigner mon affection et mon attachement aux vertus des études, du travail bien fait, de la rémunération de la sueur et de l'effort. Sachez donner toujours le meilleur de vousmêmes pour l'honneur, la dignité du nom IKIEMI. Agissez, bâtissez pour le bien-être de l'humanité car ce qu'un homme possède n'a de la valeur que si c'est utile pour l'Humanité. Que le bon Dieu, qui n'est jamais ni corrompu ni distrait, vous garde. Je vous aime beaucoup et aimez-vous comme le Christ nous a aimés.

Sommaire
Dé di cac e .........................................................................................................6

Avan t -pro po s 1. Qu'est-ce que la micro-finance? 1.1. Historique de la micro-finance 1.2. Définition de la micro-finance 1.3. Emergence de la micro-finance 1.4. Les produits et services des EMF 2. L'épargne des établissements de micro-finance 2.1. Qu'est-ce que l'épargne ? 2.2. La conception des produits de l'épargne

9 15 15 17 19 22 23 23 29

3. Le cadre juridique des EMF 3.1. Le cadre juridiq ue 3.2. Le cadre institutionnel 3.3. Les enjeux sur le cadre juridique des EMF 4. Les crédits des établissements de micro-finance 4.1. Les différents types de crédits des EMF 4.2. Les établissements de micro-finance congolais 5. Analyse et suggestions sur les crédits des EMF 5.1. Analyse des crédits des EMF 5.2. Suggestions sur l'activité des EMF du Congo-Brazzaville 5.3. La pérennité du secteur de la micro-finance
Conclusion BibIi0gr aphi e
An n ex es.

37 37 39 43 45 45 50 103 103 106 106
119 122

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 125

Avant-propos
ans le contexte de la mondialisation, de la mondialité et de la lutte contre la pauvreté, le Congo-Brazzaville doit multiplier les efforts afin d'atteindre les objectifs du millénaire conformément aux recommandations du «Sommet mondial du millénaire» tenu en septembre 2000 à New York aux Etats-Unis. Pour mémoire, ce sommet avait formalisé les objectifs de développement prioritaires définis en 2000 par les Nations unies visant à réduire de moitié la pauvreté d'ici à l'an 20151. Au delà du document de stratégie de réduction de la pauvreté (D.S.R.P.) qui s'inscrit dans une démarche d'appropriation et d'implication du gouvernement dans le processus global de développement, sur le plan économique plusieurs pesanteurs méritent une attention particulière. Parmi celles-ci: la faible diversification économique, l'incapacité à assurer un équilibre macroéconomique sain, conforme aux exigences régionales et à celles des institutions financières internationales, la faible mobilisation et absorption des ressources financières des banques et de la micro-finance ainsi que des ressources de son accession à l'initiative des pays pauvres très endettés (P.P.T.E).

D

La micro-finance est donc un secteur du maillon de la chaîne non négligeable dans le processus de lutte contre la pauvreté et de développement. A cet effet, le gouvernement, les opérateurs économiques, les intellectuels et les chercheurs doivent s'investir dans ce débat de mobilisation et d'utilisation des ressources financières de la micro-finance en vue du développement économique et social de notre pays.

1

Les Dépêches de Brazzaville, n° 316 du lundi 17 septembre 2007.

Du point de vue historique, la micro-finance trouve son origine dans le micro-crédit. Le micro-crédit consiste généralement dans l'attribution de prêts de faible montant à des entrepreneurs ou des artisans qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques. La micro-finance s'inscrit dans une sphère plus complète qui comprend d'autres outils financiers tels que l'épargne, la microassurance et d'autres produits qui forment la micro-finance comme par exemple les séminaires de formation des usagers. Le micro-crédit trouve ses origines dans les mutuelles agricoles créées en Europe, à la fin du XIXème siècle. Ce concept a été repris et développé par le professeur d'économie Muhammad Yunus. Après des études aux Etats-Unis (université Vanderbilt), Yunus donne des cours d'économie à Chittagong au Bangladesh, sa ville d'origine. Lors d'une séance de travaux pratiques dans un cours d'investissement, il propose à ses étudiants d'interroger les fabricants de tabourets en bambou des villages des environs. Les artisans interrogés avaient besoin de (42) quarante-deux dollars au total (soit 25 000 FCFA) pour développer leur activité. Or toutes les banques refusent de financer ce trop faible montant à des clients a priori insolvables. Yunus déclara avoir eu «honte et mal» de cette situation. Il prêta la somme de sa propre poche. En permettant aux producteurs d'acheter d'avance le bambou sans subir des variations importantes de prix, ils réussirent à créer des emplois et à rembourser intégralement Yunus. C'est ainsi que ce dernier allait créer officiellement (en 1983) la Grameen Bank (littéralement «la banque des villages»), même si l'idée lui est venue durant une terrible famine au Bangladesh en 1974. Grameen Bank allait vite s'imposer comme un organisme qui propose des prêts aux plus pauvres du Bangladesh. La Grameen Bank a accordé environ trois milliards d'euros de crédits à plus de 2,4 millions d'emprunteurs. Le professeur Yunus est prix Nobel de la paix 2006. Cette expérience nous paraît utile dans nos sociétés où règnent divers phénomènes négatifs: la crise générale du crédit; la coupure

10

générale de l'eau; la coupure générale de l'électricité; le règne général des rebellions, des guerres civiles et leurs corollaires.

D'après le séminaire national de dissémination sur le thème « La
pauvreté au Congo et l'impact des politiques », organisé par le Centre d'étude et de recherche sur les analyses et politiques économiques (CERAPE), le samedi 30 juin 2007 à l'hôtel Le Méridien (Brazzaville, Congo), avec l'appui du CREA, institution internationale de recherche basée à Nairobi (Kenya), le profil de la pauvreté au Congo se présente

de la manière suivante: sur la base de l'approche calorique (2400
calories par jour), il a été estimé un seuil de pauvreté de 1 406 FCFA par individu. La pauvreté, selon le Dr. Bethuel Makosso, est plus accentuée dans les zones urbaines. L'incidence de la pauvreté est, par exemple, plus élevée à Ouesso (61%) et Nkayi (53%) qu'à Brazzaville (38%). Il a montré que la profondeur et la sévérité de la pauvreté étaient plus prononcées à Nkayi que dans les deux autres localités. Il a aussi révélé que les ménages dirigés par des femmes étaient plus pauvres que ceux dirigés par des hommes. Le Dr. Jean-Christophe Boungou Bazika, coordonnateur de l'équipe de recherche, a déclaré que l'incidence des politiques était plus favorable aux non-pauvres qu'aux pauvres. C'est ainsi que le pourcentage des dépenses publiques affectées au secteur de l'éducation est de 30,7% et de 42,5% pour les quintiles les plus riches et seulement de 1,3% et de 8,7% pour les quintiles les plus pauvres qui ne reçoivent que 6,9% et 6,5% des dépenses publiques alors qu'elles s'élèvent nettement pour les quintiles les plus riches. Les subventions publiques dans le secteur de la santé profitent d'abord à ces derniers dans une proportion de 30% à 37%. L'incidence montre que les dépenses publiques d'eau et d'électricité dans leur ensemble bénéficient davantage au quintile 3, celui des non-pauvres avec 34,3%. Ensuite, vient le quintile 2, celui des pauvres avec 21,7%. Le quintile le plus pauvre (quintile 1) ne bénéficie que pour une part modique, soit 7,2%. Dans un pays où un adolescent, un vieillard, un invalide et un adulte payent le même tarif de transports en commun; dans un pays Il

où le phénomène

des enfants de la rue, communément

appelés

« Shégués», et des enfants en armes prend de l'ampleur; bref, dans un

contexte de pauvreté, d'endettement excessif; de développement du sous-développement; dans un contexte de quasi-absence d'une politique nationale de sécurité ou de défense sociale fiable, il convient de faire preuve d'ingéniosité, comme le professeur Yunus en 1976 au Bangladesh, afin de vaincre ces fléaux. Dans les années 1970, le secteur financier a été utilisé comme instrument de financement de politiques interventionnistes avec la mise en place des banques de développement, ce qui se traduisait dans les projets par un crédit considéré avant tout comme un intrant. Ceci, suite à la décision des gouvernements africains et de leurs partenaires de lancer, d'une part, des programmes de développement qui incluaient la distribution d'intrants et d'équipement à crédit et, d'autre part, d'appuyer le développement. En 1980, ce secteur financier connaît une grave crise dans la plupart des pays africains en général et au Congo en particulier, entraînant ainsi la fermeture de plusieurs banques. C'est le cas de la Banque nationale pour le développement du Congo (BNDC) et de la Banque commerciale congolaise (BCC). Cette réalité va poser les questions du financement des activités économiques et du développement à l'échelle nationale. C'est dans ce contexte que va se développer la micro-finance en tant qu'approche du développement économique qui s'intéresse spécifiquement aux populations à faible revenu exerçant un travail lucratif indépendant. Au Congo, la première expérience de la microfinance fut la Coopérative d'épargne et de crédit (COOPEC). Celle-ci était régie par la loi n047-1775 du 10 septembre 1947, comme toutes les coopératives d'ailleurs, portant statut de la coopération et était sous la tutelle de ce que l'on appelait alors le ministère du Développement rural. Notons qu'en cette période d'absence de réglementation spécifique à ce type d'activité d'épargne et de crédit, certaines coopératives se 12

rendaient au ministère des Finances alors que d'autres allaient au ministère du Développement rural pour obtenir l'autorisation d'exercer leur activité. Par ailleurs, certaines dispositions de la réglementation bancaire en vigueur se sont révélées, en pratique, difficilement applicables aux structures de micro-finance, en raison de la particularité qui les anime. Cependant, l'évolution et la croissance des structures de micro-finance dans la sous-région d'Afrique centrale sont rendues possibles grâce à l'existence de besoins spécifiques en matière bancaire, militant en faveur de la mise en place d'un cadre régissant les activités des structures de micro-finance pour sécuriser l'épargne et favoriser le financement des initiatives économiques de base. Le Comité ministériel de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (CEMAC), sur proposition de la Commission bancaire d'Afrique centrale (COBAC), a adopté un règlement relatif aux conditions d'exercice et de contrôle de l'activité de micro-finance dans la zone CEMAC1. Dans cette œuvre, nous ouvrons le débat sur le secteur de la microfinance, maillon de la chaîne des sources de financement économique

non négligeable pour un pays qui se dit « pays pauvre très endetté ».
Au regard des recettes du bois, du pétrole et de la crise de surliquidités dont font montre les banques et les établissements de la micro-finance de la place, nous pensons que le Congo est un «pays riche souséquipé », voire même un « pays riche en ressources males gérées ». En 2001, le groupe Salut Humberto Brada (SHB), un établissement de micro-finance, qui ne disait pas son nom, créé par un Angolais, a réussi à mobiliser en moins de deux ans, plus de Il milliards de F CFA d'épargne des Congolais pour plus de 25 000 abonnés. En 2005, les MUCODEC ont collecté 36 milliards de F CFA d'épargne contre à peine 6 milliards de crédits accordés aux Congolais; c'est dire que ce pays regorge d'énormes ressources et potentialités. Communément appelés banque des pauvres, les établissements de micro-finance (EMF) sont un instrument de lutte contre la pauvreté.

1

En sa séance du 26 janvier 2002 : cf. règlement n02, CEMAC/UMAC/COBAC. 13

C'est pour cela qu'ils offrent des produits et services financiers adaptés aux besoins de la population. Grâce aux EMF, les populations pauvres peuvent espérer exercer des activités lucratives, généralement appelées activités génératrices de revenus (AGR) à travers des financements, et s'il y a lieu, obtenir la formation que ces EMF offrent aux pauvres, usagers de leurs services. Cependant, si l'on n'y prend garde, les EMF peuvent basculer en un moyen de paupérisation des usagers. Au Congo, le groupe Salut Humberto Brada a laissé des séquellesdans la tête de ses « abonnés ». Au regard des énormes potentialités et enjeux dont regorge le secteur de la micro finance, on peut déduire aisément que les établissements de micro-finance (EMF) nécessitent des études et une attention particulière tant des autorités monétaires, gouvernementales, des usagers des EMF que des intellectuels et des chercheurs. Dans ce livre, nous contribuons au débat sur le financement de l'économie congolaise par les établissements de micro-finance en essayant de donner des réponses à cinq questions fondamentales à savoir: Qu'est-ce que la micro-finance? Comment créer un établissement de la micro-finance (EMF) au Congo-Brazzaville? Comment fonctionnent les établissements de micro-finance du Congo- Brazzaville? Quel est leur cadre juridique et les cas pratiques? Comment vaincre la pauvreté grâce aux établissements de microfinance au Congo-Brazzaville? Quelles leçons tirer de l'activité des établissements de micro-finance du Congo-Brazzaville? Cet ouvrage prend à bras le corps une question fort controversée: la problématique du financement de l'économie congolaise par les établissements de micro-finance. Il s'agit, in fine, de savoir si la microfinance est capable de vaincre la pauvreté ou, au contraire, de paupériser les usagers. Quel est rapport des établissements de la micro-finance dans le développement de l'économie congolaise et la lutte contre la pauvreté, à l'aune des objectifs du millénaire?

14

1.
Qu'est-ce que la micro-finance?
1.1. Historique de la micro-finance L'histoire des EMF remonte de la décennie 80-90, à la suite de la crise du système bancaire qui frappa le monde. La micro-finance est née dans les années 1980 en réponse aux interrogations et aux conclusions d'études concernant l'offre publique de crédits subventionnés destinés aux pays pauvres. Dans les années 1970, les organismes gouvernementaux se trouvaient à l'origine des principaux crédits à la production octroyés aux personnes qui n'avaient auparavant aucun accès aux instruments de crédit (les pauvres). Ce qui faisait que ces derniers étaient obligés de recourir à des usuriers ou de louer leur force de travail. Gouvernements et bailleurs de fonds internationaux ont reconnu le besoin des pauvres d'accéder à un crédit peu coûteux et y ont perçu un moyen de pouvoir sur la production agricole par des petits propriétaires terriens. Les bailleurs de fonds ont proposé des crédits agricoles subventionnés et ont créé des coopératives d'épargne et de crédit inspirées par le modèle Raiffeisen développé en Allemagne en 1864. Ces coopératives se sont concentrées essentiellement sur la mobilisation de l'épargne dans la zone rurale afin «d'apprendre aux paysans pauvres à épargner ». A partir du milieu des années 1980, le modèle de crédit ciblé, subventionné, préconisé par de nombreux bailleurs de fonds a fait l'objet de critiques sérieuses. En effet, la plupart des programmes accumulaient des pertes importantes et avaient fréquemment recours à la capitalisation pour continuer à fonctionner. Il devenait de plus en plus évident que des solutions fondées sur la loi du marché devaient

être envisagées. Ce qui a conduit à une nouvelle approche de la microfinance considérée dès lors comme une partie intégrante du système financier global. L'accent ne fut plus mis sur l'octroi rapide de crédits subventionnés aux populations cibles, mais sur la création d'institutions locales pérennes au service des pauvres. Parallèlement, des ONG locales ont commencé à rechercher une approche de développement à plus long terme que celle préconisant la génération de revenus sans perspective de viabilité. En Asie, le docteur Mohammad Yunus se bat pour redonner leur dignité aux humbles et aux sans-grade, au travers de la Grameen Bank, au Bangladesh. Il a montré la voie avec un projet pilote de crédit de groupe destiné aux paysans non propriétaires. En Amérique latine, Action internationale a soutenu le développement du crédit solidaire destiné aux petits commerçants en zone urbaine, tandis que la Fundacion carvajal a développé avec succès un système de crédit et de formation pour les micro-entrepreneurs individuels. En Afrique, l'idée de créer une coopérative d'épargne et de crédit apparut pour la première fois en 1955, à Jirapa, un des grands villages situés au Nord ouest du Ghana, grâce à un prêtre catholique ayant étudié au Ghana, faisant ainsi la promotion des mutuelles de crédit. On assiste, alors, à un développement des mutuelles d'épargne et de crédit - notamment dans les pays ci-après: l'île Maurice en 1960, le Lesotho en 1961, le Cameroun en 1963, le Kenya en 1964, le Libéria en 1966, le Togo en 1967 et la Zambie en 1967. Au Congo-Brazzaville, le développement des EMF date des années 80 avec la création, à l'initiative du ministère de l'Agriculture, de la Coopération d'épargne et de crédit (COOPEC) en 1984 à Madingou, dans le département de la Bouenza. Elle deviendra, par la suite, la MUCODEC, la première EMF du pays à ce jour. A cette époque, aucun texte ne réglemente l'activité d'épargne et de crédit. Les seules règles édictées étaient formulées en faveur de la MUCODEC, mutuelle sous tutelle du ministère de l'Agriculture. En 1989, des jeunes sous l'encadrement d'un prêtre catholique, le père 16

Christian de la Brettesche, créent le Forum des jeunes entreprises du Congo (FIEC) duquel émanera la Caisse de participation à la promotion des entreprises à leur développement (CAPPED). Des initiatives d'épargne et de crédit non étatiques commencent à émerger. Ainsi, après la MUCODEC en 1984 et le FJEC en 1989, s'installera par exemple la Caisse féminine d'épargne et de crédit en 1994. En l'absence de cadre légal adapté, ces structures de micro-finance prennent la forme, soit d'association soumise à la loi de juillet 1901, soit de société à responsabilité limitée soumise au registre du commerce. Après la guerre de 1997-2000, d'autres EMF naîtront sans cadre juridique approprié. La faillite du système bancaire a donné naissance, entre 1999 et 2002, à une explosion des filières informelles d'épargne et de crédit. La situation de vide juridique a engendré beaucoup d'abus et de spoliation de l'épargne de membres du pays et de l'ensemble de la sous-région. C'est pourquoi, les Etats de la CEMAC, devant la croissance exponentielle des initiatives des EMF, ont confié à la COBAC, la mission de réglementer ce secteur naissant à l'image du secteur bancaire. En 2005, l'Association professionnelle des établissements de micro-finance (APEMF) demandait la fermeture par le gouvernement de l'ensemble des structures illégales qui continuent à ternir l'image du secteur. 1.2. Définition de la micro-finance La micro-finance possède plusieurs définitions possibles, mais nous allons nous intéresser juste à quelques-unes. Dans un article1, la « micro-finance» est définie comme une activité exercée par des entités agréées n'ayant pas le statut de banque ou d'établissement financier, et qui pratiquent à titre habituel des opérations de crédit et de collecte de l'épargne et offrent des services financiers spécifiques au profit des populations évoluant pour l'essentiel en marge du circuit bancaire traditionnel1.

1

Cfr. article 1 du règlement n° OI/02/CEMAC/UMAC/COBAC. 17

Par cette définition, une distinction nette est faite entre les institutions de micro-finance (IMF IEMF) et les banques classiques. Il ressort aussi que l'activité de la micro-finance n'est pas temporelle, mais continuelle. La MF désigne aussi l'ensemble des dispositifs permettant d'offrir des petits crédits (micro-crédits) à des familles pauvres pour les aider à conduire des activités productrices de revenus leur permettant ainsi de développer leurs petites entreprises. Ceci justifie rapproche de PlaNet Finance (2004), qui estime qu'un ensemble d'opérations permettant de rendre le crédit plus accessible aux populations à faible revenu en leur octroyant de petits prêts à court terme et à un taux de remboursement très bas est un atout afin de leur permettre de trouver un capital minimum pour lancer leurs activités. Ainsi, relativement à toutes ces approches, la MF se définit donc comme l'activité de collecte d'épargne et de financement des petits producteurs ruraux et urbains. Il s'avère, finalement, que deux critères permettent de déterminer la MF: la population bénéficiaire, relativement pauvre ou au moins exclue du système bancaire classique; les opérations d'épargne et de crédits de faibles montants. Il y a donc une intermédiation financière moins contraignante qui se développe grâce à la MF, comme le stipule Marc Labie: les IMF sont des organismes d'appui financier, légales et formalisées, parfois établies comme institutions financières à part entière, ayant pour vocation d'apporter du crédit aux micro-entrepreneurs délaissés par le secteur financier institutionnel (au sens le plus large du terme), et ce, en utilisant des techniques inspirées de celles mises en œuvre par la finance non institutionnelle!. Cette définition est restrictive dans la mesure où elle ne considère que les IMF qui ont pour base de fonctionnement les expériences informelles, comme Grameen Bank. La clientèle visée ne se limite
qu'aux micro entrepreneurs2.
1

A cette dernière, nous pouvons ajouter

J.

Labie M., «Perspectives d'autonomie et de pérennisation des systèmes fmanciers

décentralisés ». 2 COBAC, Recueil de textes relatifs à l'exercice des activités de MF, éd. 2002.

18

Ledgerwood qui associe à la micro-finance deux fonctions: la fonction d'intermédiation sociale et la fonction d'intermédiation financière. Pour lui, «la MF consiste en une offre de services financiers à une clientèle pauvre composée, notamment, de petits travailleurs indépendantsl». Il y a effectivement une intermédiation sociale à travers le groupement2 de personnes, le renforcement de la confiance en soi, la formation dans le domaine financier et la gestion des compétences au sein d'un groupe; et intermédiation financière car les EMF collectent l'épargne pour la transformer en crédit. De la même manière, M. Lemart considère la micro-finance comme «une manifestation du développement de la finance informelle» qui se traduit par trois facteurs: le financement local préféré au financement extérieur; l'épargne privée préférée à l'épargne publique; le secteur privé préféré au secteur public. Certaines IMF offrent des services d'appui au développement d'entreprise (formation technique par exemple) et sociaux (alphabétisation et santé.. .), mais ceux-ci ne sont pas souvent inclus dans la définition de la MF. La micro-finance a un ~ouble objectif: favoriser l'accès des petits producteurs exclus du circuit bancaire à des services financiers de proximité et adaptés à la taille de leurs activités (micro-entreprises, micro-crédits); réaliser une meilleure collecte de l'épargne des ménages et des petits entrepreneurs pour la réinjecter dans le circuit économique. Ainsi, les principaux axes sont: l'incitation à la production; l'accroissement de la productivité; la lutte contre la thésaurisation ; la lutte contre la pauvreté. 1.3. Emergence de la micro-finance Le concept de finance informelle est apparu durant les années 80, tandis que le concept de micro-finance a émergé pendant la décennie
Manuel de micro fmance: Une perspective institutionnelle et financière, éd. Banque mondiale ( 1999 ), p.l.
2
1

LalartM. : « L'évolutionde la fmance informelleet ses conséquencessur révolution
nOl19, 2002, p. 17.

des systèmes fmanciers », In: Revue Monde en Développement,

19

suivante. Plusieurs facteurs sont à l'origine de cette émergence, mais nous allons nous en tenir aux plus explicatifs. Le recours au financement extérieur. Ce recours a commencé après le choc pétrolier de 1973 et s'est peu à peu généralisé. L'endettement excessif des Etats qui s'ensuivit a conduit à la crise de la dette. Beaucoup de pays du Sud se sont trouvés, eux aussi, dans l'incapacité de faire face à leurs engagements. La dette extérieure des pays de la zone franc, à la veille de la dévaluation décidée en janvier 1994, atteignait 36 milliards de dollars et les arriérés correspondaient à 10 milliardsl. Plusieurs mesures ont été prises pour réduire le service de la dette. La communauté internationale a fini par accepter, à la fin des années 80, une annulation partielle de la dette de certains pays. Et en 1996, la Banque mondiale et le FMI ont mis en place une initiative spéciale en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) qui annonçait une réduction très importante de ladite dette (elle ira jusqu'à 82 %). Il est évident que dans ces conditions, bien des pays ne peuvent plus continuer d'emprunter, il faut donc que l'épargne domestique prenne, au moins partiellement, le relais des crédits extérieurs, c'est -à-dire de l'épargne étrangère. Réduction de l'intervention du secteur public Comme on le sait, le modèle marxiste a vu se réduire inexorablement l'enthousiasme qu'il suscitait. La chute du mur de Berlin en 1989, l'éclatement de l'ex-URSS qui a suivi et la transition rapide vers l'économie de marché ont renforcé le sentiment que l'Etat ne doit pas tout fairel. Dans bien des pays du Sud, nombre d'entreprises commençaient à être privatisées, non seulement parce qu'elles étaient peu ou pas rentables, mais aussi parce que les pays prenaient conscience du rôle moteur que devaient jouer les entreprises dans le processus de développement, en particulier les plus petites. De même, les banques

1

Lelart M. : De la finance à la micro-finance,

Ed. des Archives contemporaines,

2005,

p. 47. 20

publiques qui, pour la plupart, étaient des banques de développement finançant des grands projets, ont été de plus en plus liquidées. Ce sont surtout les PME, qui se voient maintenant reconnues comme des acteurs essentiels du développement. L'insuffisante mobilisation de l'épargne domestique Ce n'est pas le volume de l'épargne qui pose problème, c'est son affectation. Le cas de l'Afrique, à cet égard, est particulièrement surprenant. Les banques commerciales disposent souvent de liquidités abondantes. Dans les pays de la zone franc, les avoirs extérieurs des banques dépassent régulièrement, depuis 1994, leurs engagements extérieurs. L'excédent de leurs dépôts est donc prêt à l'étranger. Les banques financent les importations, le commerce de gros, la construction. Elles ne financent pas les petites entreprises, qui déclarent que le manque de capitaux est leur principal goulot d'étranglement. Il en est de même pour les populations locales qui manquent de capitaux pour développer des activités dites certes informelles mais génératrices d'emplois et de revenus. La capacité d'innovation de lafinance informelle Contrairement à toutes les limites précitées, la capacité d'innovation de la finance informelle ne cesse de surprendre par son aptitude à faire face aux problèmes financiers des PVD. Celle-ci s'est manifestée avec la création de la Grameen Bank au Bangladesh. Après une terrible famine, un professeur d'université, Muhammad Yunus, a eu l'idée d'accorder des petits crédits à quelques groupes de personnes pauvres (surtout celles qui se sont spécialisées dans l'élevage) pour les aider à développer une activité qui leur procure un revenu. Ce crédit est accordé pour un an, au taux de 20%, remboursables dès la deuxième semaine par l'emprunteur ou par ses comparses, car le groupe est solidaire. Ce n'est que lorsque le premier crédit est remboursé qu'une autre personne peut emprunter à son tour, et ainsi de suite. Progressivement, le montant des emprunts peut augmenter.

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Cette méthode d'octroi de crédits fut reprise dans beaucoup de pays, du Sud comme du Nord, en vue d'aider les plus démunis à s'arrimer à l'évolution de la donne socioéconomique. Sans conteste, elle fait reculer l'extrême pauvreté. Ainsi, le crédit devient une opération importante. C'est donc aux individus qui composent ce segment de marché exclu ou mal servi par les institutions financières classiques (banques, assurances) que s'adresse la micro-finance. 1.4. Les produits et services des EMF Les EMF peuvent offrir à leurs clients une variété de produits etlou services. Toutefois, en raison de la spécificité des clients cibles, les EMF ne peuvent pas fonctionner sur le même modèle que la plupart des IF formelles. On distingue quatre grandes catégories de services susceptibles d'être proposés aux clients de la micro-finance: 1. L'intervention financière ou l'offre de produits et Iou services financiers tels que l'épargne, le crédit, l'assurance et les services de paiement; 2. L'offre de services financiers aux personnes à faible revenu nécessite souvent une intermédiation sociale, c'est-àdire « la création d'un capital humain et social, nécessaire à la mise en place d'une intermédiation financière pérenne au service des groupes ou d'individus pauvres et défavorisés» ; 3. Certaines IMF proposent en outre des services d'appui au développement d'entreprises ou services non financiers d'appui aux micro-entrepreneurs: les services d'appui marketing et technologique, le renforcement des compétences et l'analyse du secteur d'activité; 4. Ainsi, les IMF proposent des services sociaux ou des services non financiers destinés à l'amélioration du bien-être des micro-entrepreneurs. Ils concernent, notamment les domaines de la santé, de l'alimentation et de l'éducation.

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L'épargne des établissements de micro-finance
L'épargne est l'un des principaux supports de la croissance et du développement. L'étude des faits économiques et sociaux montre que le décollage économique et social de l'Europe au siècle dernier a été rendu possible, parce qu'il a été précédé préalablement par une importante formation d'épargne. L'épargne, dans les pays à économie sous-développée, notamment au Congo, existe. C'est une réalité dont les économistes ont actuellement pris conscience et que nous n'avons plus à prouver. 2.1. Qu'est-ce que l'épargne? La notion d'épargne est fonction de l'utilisateur et de la destinée. Il existe peu de notions qui soient aussi courantes que difficiles à définir comme la «notion d'épargne ». Au regard de cette complexité, nous allons présenter la « notion d'épargne» et montrer ses déterminants. Au regard de toutes les divergentes définitions qui entourent la notion d'épargne, il ressort que celle-ci est une partie du revenu disponible non consacré à la consommation immédiate. On ne peut contester que le revenu de l'argent économique est réparti entre la consommation et l'épargne, surtout quand le revenu est élevé. Donc, r épargne n'est qu'un résidu. La littérature économique dégage plusieurs définitions de la notion d'épargne. Ainsi, de manière générale, r épargne est définie comme la constitution d'un capital, d'un patrimoine, d'une fortune. Epargne est