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La mondialisation et ses effets: nouveaux débats

286 pages
Dans cet ouvrage consacré à la mondialisation et ses effets, le CERALE se penche sur la globalisation non pas pour en dresser un état des lieux exhaustif, mais plutôt pour analyser ses effets sur le renouvellement de certaines disciplines et mesurer son incidence sur l'environnement des entreprises et leur management. Des questions telles que l'emploi, la gestion de la dette, les nouvelles formes organisationnelles, ou encore les problèmes identitaires et la crise des valeurs sont interrogées.
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Changement Social N°9

Changement Social
Direction
Vincent de Gaulejac, Université Paris 7 - Denis Diderot LCS Jean Philippe Bouilloud, ESCP/EAP, LCS Comité de rédaction France Aubert, Université Paris 7 Denis Diderot, LCS Jacqueline Barus Michel, Université Paris 7 Denis Diderot, LCS Jean François Chanlat, Université Paris IX Martine Chaudron, Université Paris 7 - Denis Diderot, LCS Sabine Delzescaux, Université Paris 7-Denis Diderot, LCS Eugène Enriquez, Université Paris 7 Denis Diderot, LCS Laurent Fleury, Université Paris 7 Denis Diderot, LCS Florence Giust Desprairies, Université Paris 8 Fabienne Hanique, Université Paris 7 Denis Diderot, LCS Dominique Lhuilier, Université Paris 7 - Denis Diderot, LCS Jean Vincent, Institut National Agronomique, Paris

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Comité Editorial Pierre Ansart, Université Paris 7 Denis Diderot, France; Ana Maria Araujo, Université de Montevideo, Uruguay; Nicole Aubert, Ecole Supérieure de Commerce de Paris ESCP/EAP, LCS, France; Bertrand Bergier, Université Catholique d'Angers, France; Frédéric Blondel, LCS, France; Robert Castel, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, France; Teresa Carreteiro, Université Fluminense, Rio de Janeiro, Brésil; Adrienne Chambon, Université de Toronto, Canada; Martine Chaudron, Université Paris 7 - Denis Diderot, France; Bernard Erne, Institut d'Etudes Politiques, Paris, France; Emmanuel Garrigues, Université Paris 7 Denis Diderot, France; Véronique Guienne, Université de Nantes, France; Fabienne Hanique, Université Paris 7 Denis Diderot, France; Claudine Haroche, CNRS, France; Roch Hurtebise, Université de Sherbrooke Canada; Michel Legrand, Université de Louvain la Neuve, Belgique; Alain le Guyader, Université d'Evry, France; Francisca Marquez, Centro de Estudios Sociales y Educacion, Santiago, Chili; Igor Masalkov, Université Lomonossov, Moscou, Russie; Klimis Navridis, Université d'Athènes, Grèce; Max Pagès, Université Paris 7 - Denis Diderot, France; Françoise Piotet, Université Paris I Panthéon-Sorbonne; Jacques Rhéaume, Université du Québec à Montréal, Canada; Pierre Roche, CEREQ, Marseille, France; Shirley Roy, Université du Québec à Montréal, Canada; Robert Sévigny, Université de Montréal, Canada; Abderaman Si Moussi, Université d'Alger, Algérie; Jan Spurk, Université d'Evry, CNRS, France; Norma Takeuti, Université de Natale, Brésil; Elvia Taracena, Universidad Nacional Autonoma de Mexico, Mexique.

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Secrétariat de rédaction France Aubert, Université Paris 7 Denis Diderot

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Changement
N°9

Social

La mondialisation et ses effets: nouveaux débats
Approches d'Europe et d'Amérique latine

Numéro coordonné par Florence Pinot de Villechenon

CERALE
Centre d'Etudes et de Recherche Amérique latine Europe

Laboratoire de Changement Social Université Paris 7 - Denis Diderot 2 place Jussieu - 75251 Paris Cedex 05

Diffusion L'Harmattan

L'Harmattan 5-7, nie de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Bannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
Espace Fae..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

L'Hannattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

KIN XI

de Kinshasa

- RDC

Changement Social

La collection Changement Social publie des recherches, des essais et des études de chercheurs français et étrangers. Elle s'inscrit dans une perspective clinique qui allie la recherche et l'intervention, en mobilisant des approches sociologiques et psychosociologiques principalement, mais aussi des perspectives politiques, philosophiques, historiques ou psychanalytiques. Prolongement des Cahiers du Laboratoire de Changement Social de l'Université de Paris 7-Denis Diderot, la collection veut promouvoir une sociologie vivante, qui interroge les rapports entre "l'être de l'homme et l'être de la société", à l'articulation du singulier et du collectif, du subjectif et du social. Carrefour d'expériences et de recherches, la collection se veut ouverte à tous les travaux novateurs sur les problématiques contemporaines des changements sociaux.

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr
@ L'Harmattan,

2006 ISBN: 2-296-00546-2 EAN : 9782296005464

Remerciements

Nous remercions nos partenaires universitaires en Amérique latine, le TEC de Monterrey, la Universidad de San Andrés et la Fundaçao Getulio Vargas, pour leur participation à cette réflexion d'ensemble. Notre gratitude va aussi à la Banque Interaméricaine de Développement, aux ambassades de France au Brésil et en Argentine et à Ondéo Degrémont qui, par leur soutien, ont rendu possible la tenue du premier colloque international du CERALE et, par voie de conséquence, la publication de cet ouvrage qui en retrace les contenus.

La mondialisation

et ses effets: nouvelles approches, nouveaux débats

Pourquoi la mondialisation nécessite-t-elle une approche systémique? Florence Pinot de Villechenon

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1. Mondialisation

et frontières 17 29

Du monde sans frontières au monde forteresse, Ismael Aguilar Barajas L'avantage frontière, Jean Ruffier et Jorge Walter L'Amérique latine dans la mondialisation: avantages ou désavantages comparatifs ?, Daniel van Eeuwen Conséquences du processus de globalisation en Amérique latine. Un regard à partir de la décomposition de la géographie westphalienne, Edgardo Manero L'Europe, au miroir des Amériques. Réflexions sur une asymétrie aujourd'hui partagée, Jean-Jacques Kourliandsky.

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39

51

2. Mondialisation et économies en développement
Influences de la mondialisation sur les indicateurs de l'emploi au Mexique, Miguel Olivas Lujan et Diego Gonzalez Chavez Les effets des exportations sur la croissance du produit manufacturier dans les Etats mexicains, José de Jesûs Salazar Cantû et André Varelia Mollick
Brevet dans les pays en développement et stratégies des firmes pharmaceutiques, Emmanuel Combe et Etienne Pfister Systèmes de change et croissance économique dans un monde globalisé, Martin Grandes

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10 I

La longue gestation de la crise argentine, Daniel Chudnovsky

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La vulnérabilité financière externe de l'Amérique latine: quels enseignements peut-on tirer des crises récentes ?, Carlos Quenan Dette souveraine: crise et restructuration, Facundo Alvaredo et Carlos Winograd

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3. La mondialisation et ses effets sur la société
Valeurs et globalisation, Eugène Enriquez 145

L'hyper bourgeoisie, une nouvelle classe dominante ?, Vincent de Gaulejac .159 Mondialisation et exclusion sociale au Mexique, Elvia Taracena Mondialisation et nouvelles formes d'organisations, Enrique Saravia La mondialisation et ses langages, Pascal Morand La mondialisation comme héritière des lumières. Remarques sur une dialectique de la raison, Jean-Philippe Bouilloud et Jan Spurk
Management des différences interculturelles dans un contexte de mondialisation, Consuelo Garcia de la Torre

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4. L'internationalisation

des entreprises dans un contexte globalisé

Le processus d'internationalisation des entreprises: y a-t-il une spécificité européenne?, Béatrice Collin et Jean-François Delplancke
Le processus des fusions et acquisitions dans le secteur bancaire mexicain. Antécédents et performance financière, Norma Hernandez Perales Un modèle conceptuel sur les fusions et acquisitions en Amérique latine, Martha Corrales et alii

229

241

251

5. Développement durable et mondialisation
Vers le développement durable: une vision mexicaine, Elisa Cobas-Flores et alii 261

Le développement durable à l'épreuve de la mondialisation, Olivier Delbard.271

Pourquoi la mondialisation nécessite-t-elle systémique?

une approche

Florence Pinot de Villechenon.

Cet ouvrage s'ouvre sur une question: pourquoi la mondialisation nécessite-t-elle une approche systémique? Sans doute eut-il été plus rassurant de commencer par des certitudes. Mais à la lecture des articles ici réunis on conviendra que la certitude majeure à laquelle semble nous conduire la mondialisation est que nous sommes appelés à vivre, à nous organiser, à entreprendre, à innover, à développer, à gérer... dans un environnement par nature instable et incertain. L'analyse théorique de la mondialisation n'est pas aisée; cette dernière doit sa complexité non pas à la prééminence d'un facteur déterminé - le marché, la libre circulation des capitaux ou l'essor des nouvelles technologies... -, mais bien à l'interaction constante d'un ensemble de facteurs. Par conséquent, interpréter un phénomène de cette nature en s'en remettant à un seul modèle théorique ne peut conduire qu'à des résultats limités. Face à une réalité en pleine mutation... Les théories se construisent à partir de l'observation de la réalité; dès lors que celleci subit des bouleversements et que les conditions empiriques changent, l'approche théorique se doit d'adopter de nouveaux prismes d'analyse. Or, la réalité internationale est, de nos jours, proie à des transformations substantielles I : a)- Sous la poussée constante de l'innovation technologique, l'activité économique et les échanges qui s'en suivent se détachent partiellement de la notion de territoire. La fonction des frontières inter-étatiques, ces horizons tangibles des souverainetés nationales, s'est affaiblie. La notion d'espace doit être appréhendée différemment, car ce dernier est devenu partiellement virtuel et il s'organise autour de multiples réseaux.

.Professeur ESCP-EAP, Directeur du CERALE.

I Cf Lanus Juan A., Un mundo sin orillas. Nacion, estado y globalizacion, Emecé Editores, Buenos Aires, 1996 et Merle Marcel, Bilan des relations internationales contemporaines, Ed. Economica, Paris, 1995, pasim. Après avoir caractérisé le système international contemporain, ces auteurs défendent le principe d'un renouveau nécessaire de l'approche théorique. 9

Pourquoi

la mondialisation

nécessite-t-elle

une approche

systémique?

b)- La mondialisation entraîne l'érosion du rôle traditionnel de l'Etat-Nation2 : l'Etat ne peut plus prétendre interpréter, à lui seul, l'intérêt collectif; son champ de compétences s'avère progressivement envahi par des normes et des engagements internationaux et une fraction croissante des questions intérieures est incorporée aux négociations internationales. En s'affranchissant de l'Etat-Nation, la mondialisation a affaibli le concept de souveraineté. Par conséquent, l'Etat est condamné à redéfinir son rôle en mettant en place des stratégies de réponse à la mondialisation plutôt qu'en organisant une résistance à celle-ci. Il ne peut plus assurer son rôle d'acteur dominant, voire exclusif, des relations entre pays; de nouveaux acteurs émergent. L'environnement international est désormais sujet à des interactions complexes produites par une constellation d'acteurs. Ce phénomène, à lui seul, justifie d'un renouveau de l'approche théorique et des outils conceptuels de par les bouleversements qu'il entraîne. La théorie des relations internationales, pour ne prendre que cette discipline, nous en offre quelques exemples3. c)- Les questions de politique interne s'enchevêtrent progressivement avec celles de la politique extérieure. D'une part, de nombreux sujets appellent à être traités à un niveau global ou mondial. C'est le cas, par exemple, de la santé ou de l'environnement. D'autre part, et compte tenu du degré croissant d'interdépendance entre les économies nationales, les questions arbitrées à l'extérieur des frontières sont de plus en plus nombreuses et ont une incidence forte et directe sur les questions « du dedans ». On pourrait citer ici les mesures et les décisions concernant les investissements (fermeture de sites industriels, par exemple) ou la circulation des capitaux. Toute économie, qu'elle soit développée ou émergente, est de nos jours sensible à ces questions qui, souvent arbitrées au-delà des frontières nationales, affectent le tissu social des pays du Nord tout comme celui des pays du Sud. d)- L'imbrication du dehors et du dedans s'accompagne, en outre, de deux autres phénomènes: premièrement, la participation croissante de groupes dits « société civile» aux débats portant sur un nombre grandissant de thèmes par lesquels ils s'estiment concernés (alimentation, santé, services aux citoyens,...). Autre phénomène: le transfert de compétences jadis étatiques vers d'autres entités publiques et privées sous-étatiques. Cela se vérifie même dans des Etats à forte tradition centralisatrice comme la France. Ces deux phénomènes sont d'ailleurs encouragés par les instances supra-étatiques comme l'Union européenne, qui voit dans la mobilisation des citoyens autour de la res publica un moyen de réduire la distance séparant ceux-ci des élus et des responsables politiques. Il ne paraît pas abusif d'affirmer que la mondialisation4 est la plus grande mutation subie par l'environnement international dans le dernier quart de siècle.
cf Juan Archibaldo Lantis, op. cit. Un long développement est consacré à ce sujet dans l'ouvrage cité. 3 Yves Lacoste (dir.), Dictionnaire de géopolitique, Paris, Flammarion, 1995, édition mise à jour, p. 1272 a et b. 4 Marcel Merle différencie globalisation et mondialisation: les deux termes recouvrent d'après lui des notions distinctes et complémentaires: «Logiquement, la globalisation 10
2

Florence PINOT de VILLECHENON

... l'opportunité de l'approche systémique
Face à de tels changements les théoriciens ont esquissé des réponses, stimulés par la nécessité épistémologique de chercher des repères et de détecter des régularités dans un champ devenu particulièrement confus.

De ces réponses, un constat se dégage: l'environnement international doit être appréhendé comme une constellation d'intérêts où se meut une pléiade d'acteurs publics et privés, étatiques, sous-étatiques et supranationaux - dont les logiques ne convergent pas forcément d'emblée. L'approche systémique apparaît donc comme la plus adaptée pour intégrer ces éléments pluriels dans une dynamique d'ensemble, car elle se fonde sur l'analyse des rapports qu'entretiennent les différentes parties entre elles ainsi qu'avec leur environnements. C'est bien d'une lecture multiple dont la mondialisation a besoin plutôt que d'une réponse unique qui serait, de ce fait, condamnée à avoir une portée limitée. Dans cette perspective, le CERALE (Centre d'Etudes et de Recherche Amérique latine Europe) organisa à Paris, en 2003, un colloque international sur la question de « La mondialisation et ses effets: nouveaux débats, nouvelles approches» que cet ouvrage retrace en grande partie. Compte tenu des réserves émises précédemment, il ne s'agissait point de construire un échafaudage théorique, mais de partir d'une certitude - la mondialisation a de multiples effets dans les domaines les plus divers - pour esquisser quelques réponses: comment interpréter ces effets? Comment les assimiler? Quelles réflexions tirer pour l'avenir?

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Il semblait légitime que le CERALE se penchât sur cette question, et ce pour deux raisons: premièrement, parce que la mission qu'il s'est fixée consiste à aborder des problématiques globales avec un regard pluriel: celui de chercheurs basés sur deux
précède la mondialisation. Elle est la cause, la seconde est - ou devrait être - l'effet» (cf Bilan des relations internationales contemporaines, p. 97 et suiv.). Isidro Morales en apporte une définition: « La globalizacion resulta asi un proceso de interaccion entre 10particular y 10 general en campos especificos de las relaciones internacionales, sobre todo en la esfera financiera, productiva, comercial, politica y cultural », « Globalizacion y regionalizacion : hacia la construccion y gestion de un nuevo orden economico internacional », dans Politica internacional contempor{mea, p.287. Stéphane Rosière rapproche la notion braudélienne de « village planétaire» du concept de mondialisation: « L'expression récente de mondialisation recouvre l'ensemble des phénomènes techniques, économiques, culturels, politiques, etc. faisant de la terre un espace de plus en plus unifié et amenant l'humanité à se percevoir comme unifiée », Géographie politique et géopolitique. Une grammaire de l'espace politique, Ed. Ellipses, 2003, p. 190. Pour les relations entre « souveraineté» et « mondialisation» voir également Aymeric Chauprade, Géopolitique. Constantes et changements dans l'histoire, éd. Ellipses, Poitiers, 2002, p. 748 - 760. 5 Cf Merle Marcel, Sociologie des relations internationales, éd. Dalloz, 1982, 3èmeédition, chapitre « Le système international» et Duroselle Jean-Baptiste, Tout empire périra, chapitre 15, « La théorie et ses limites ». Il

Pourquoi

la mondialisation

nécessite-t-elle

une approche

systémique?

continents, l'Europe et l'Amérique latine. Deuxièmement, parce que la mondialisation, loin de conduire à un lissage des différences, s'avère être un multiplicateur de contrastes; de ce fait, la problématique Nord/Sud ne s'estompe pas sous ses effets, loin s'en faut; elle est ravivée par tous les débats que celle-là suscite. Les analyses des professeurs-chercheurs mexicains, brésiliens et argentins nous montrent combien les défis auxquels les économies émergentes et les sociétés d'Amérique latine sont confrontées s'avèrent conditionnés par la mondialisation6. Présentation de l'ouvrage L'objectifpoursuivi par le présent ouvrage n'est donc point de présenter un corps de doctrine homogène, mais bien d'offrir au lecteur divers angles de saisie pour appréhender un sujet aussi complexe. Le lecteur verra, nous l'espérons, dans la nature des contenus, émaillés de nombreuses définitions de la mondialisation, notre volonté d'illustrer les aspects pluriels de cette problématique en laissant s'exprimer les interrogations, les tâtonnements, les certitudes, les vœux aussi du monde académique. Le premier chapitre traite la notion de «frontière» dans un monde globalisé et illustre la capacité de la mondialisation à modifier le jeu des Etats dans la scène internationale. Sont évoqués, dans ce cadre, les enjeux relatifs à l'insertion de l'Amérique latine et de l'Europe dans l'arène internationale. Ismael Aguilar Barajas (( Du monde sans frontières au monde forteresse») analyse les contradictions entre la mondialisation de l'économie et des flux commerciaux, d'une part, et la persistance des frontières physiques qui entravent les flux humains, de l'autre. Le concept de frontière est traité à la lumière de cette contradiction. Jean Ruffier et Jorge Walter nous livrent, dans «L'avantage frontière », une réflexion sur le rôle positif des frontières. Ils montrent comment une frontière peut conditionner favorablement l'organisation de la production internationale et comment les hommes peuvent apprendre à en tirer parti en développant de nouveaux atouts concurrentiels autour de cet élément. Les évolutions récentes des deux continents sont traitées par la suite. Daniel van Eeuwen (<< L'Amérique latine dans la mondialisation: avantages ou désavantages comparatifs? ») évoque les fragilités de l'Amérique latine et ses tensions sur le front politique, économique et social. Quant à Edgardo Manero, dans « Conséquences du processus de globalisation en Amérique latine. Un regard à partir de la décomposition de la géographie westphalienne », il revient sur les fondements de la mondialisation pour en analyser les effets sur la culture politique latino-américaine dont il souligne les mutations. Celles-ci se traduisent par l'émergence d'une

6

Le « Foro lberoamérica» de 2002 rappelacet état de fait en concluantsur cette phrase: « La

globalizaci6n tiene una deuda pendiente con América Latina» (La Nacion, 15 novembre 2002). 12

Florence

PINOT de VILLECHENON

résistance à la mondialisation qui va de pair avec la revendication nationale et la résurgence de conflits sociaux. Jean-Jacques Kourliandsky (<< L'Europe, au miroir des Amériques. Réflexions sur une asymétrie aujourd'hui partagée ») nous rappelle, à la lumière du conflit irakien, que le moment est venu, pour l'Europe, de tirer une leçon de la façon dont l'Amérique latine gère ses relations, par nature inégales, avec « l'hyper puissance américaine ». Au chapitre 2, «Mondialisation et économies en développement », l'accent est mis sur les problématiques suscitées par la libre circulation des biens et des services, par les systèmes de change, par les crises financières récurrentes et par les situations d'endettement dans le monde en développement. L'article de Miguel Olivas Lujan et de Diego Gonzalez Chavez (<< Influences de la mondialisation sur les indicateurs de l'emploi au Mexique: considérations générales et réflexions sur l'industrie maquiladora ») met en lumière les effets de l'industrie de la sous-traitance sur la qualité de l'emploi au Mexique. Les auteurs invitent le lecteur à analyser les conséquences du voisinage entre un pays industriel et un pays en développement qu'illustre, avec acuité, la relation Mexique - Etats-Unis. Dans « Les retombées des exportations sur la croissance du produit manufacturier dans les Etats mexicains », José de Jesus Salazar CantU et André Varella Mollick Varella étudient la relation entre les exportations et la croissance de l'activité industrielle et la déclinent selon les performances obtenues dans les différents Etats mexicains. Emmanuel Combe et Etienne Pfister examinent la question de la propriété intellectuelle et de ses enjeux. Leur article « Brevet dans les pays en développement et stratégies des firmes pharmaceutiques» fait état des difficultés à conjuguer les exigences des PVD en matière de santé et celles des firmes pharmaceutiques en matière de rentabilité à court et à long terme. Dans « Systèmes de change et croissance économique dans un monde globalisé: notes sur la théorie et constat récent », Martin Grandes se penche sur la mondialisation fmancière. Il analyse, à l'aide de différentes variables, les voies à travers lesquelles les systèmes de change interfèrent sur les résultats macroéconomiques des économies émergentes. Daniel Chudnovsky (<< longue gestation de la crise argentine») insiste sur la La nécessité d'aborder la crise argentine dans une perspective élargie. L'approche systémique lui permet de mettre en exergue, outre les aspects économiques, les dimensions politiques et sociales de cette crise et d'en signaler la spécificité en évoquant les différentes crises qui se sont produites, durant la dernière décennie, dans les économies émergentes.

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Pourquoi

la mondialisation

nécessite-t-elle

une approche

systémique?

Carlos Quenan rappelle, dans son article, que depuis les années 90 les crises financières et monétaires se sont généralisées dans les pays émergents et ont fortement affecté l'Amérique latine. Les crises qui ont sévi dans la région mettent en exergue la persistance, voire l'aggravation, de la vulnérabilité financière des économies latino-américaines. Il considère nécessaire que ces pays limitent, à terme, leur dépendance à l'égard des sources de financement externe et en devises en essayant, entre autres, de développer les marchés de capitaux domestiques. Quant à Facundo Alvaredo et Carlos Winograd, ils examinent les problématiques relatives à la restructuration de la dette et les questions théoriques qu'elle suscite. « La mondialisation et ses effets sur la société» sont abordés au chapitre 3. Eugène Enriquez (<< Valeurs et globalisation ») nous convie à une réflexion axée sur le système des valeurs. Après avoir abordé les conséquences néfastes de la mondialisation (fragmentation sociale, effritement des institutions, perte de cohésion sociale, omnipotence de l'argent et de l'individualisme), il s'interroge sur la capacité de l'éducation, au sens large du terme, à générer de nouvelles valeurs. Vincent de Gaulejac, dans «L'hyper bourgeoisie, une nouvelle classe dominante? », montre comment la mondialisation bouleverse le concept traditionnel de classe. Dans ce cadre, il analyse l'émergence d'une nouvelle classe déterritorialisée, l'hyper bourgeoisie, tout en s'interrogeant sur sa pérennisation. Quant à Elvia Tarracena (<< Mondialisation et exclusion sociale au Mexique »), elle aborde les représentations de l'exclusion sociale au Mexique puis les confronte aux réalités de cette exclusion. Les articles de Enrique Saravia et de Pascal Morand se penchent sur l'influence de la mondialisation sur l'organisation de l'activité économique. Comme nombre d'auteurs réunis dans cet ouvrage, Enrique Saravia revient, dans« Mondialisation et nouvelles formes d'organisation », sur le concept de mondialisation et explore son impact sur l'organisation de l'activité économique: les concepts de réseau et d'entreprise virtuelle sont analysés comme une réponse des organisations à ce phénomène. L'auteur évoque également les atouts des PME dans ce nouveau contexte. Pascal Morand (<< mondialisation et ses langages ») analyse la relation La asymétrique qui s'instaure, à l'échelle internationale, entre distributeurs et producteurs et met en reliefl'incidence des spécificités culturelles dans ces relations. Il s'interroge, enfm, sur la capacité des PVD à jouer un rôle sur la scène économique internationale. Jean-Philippe Bouilloud et Jan Spurk ainsi que Consuelo Garcia de la Torre illustrent quelques concepts majeurs sous un angle nouveau. Les auteurs prennent position vis-à-vis des différents débats théoriques auxquels donnent lieu la question des origines de la mondialisation et celle de ses rapports avec la culture.

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Florence

PINOT de VILLECHENON

Jean-Philippe Bouilloud et Jan Spurk explorent, dans leur article intitulé «La mondialisation comme héritière des lumières. Remarques sur une dialectique de la raison », les différentes dimensions conceptuelles du terme. Sont évoquées les stigmatisations et les critiques dont il est l'objet. Les auteurs traitent ensuite la relation entre mondialisation et raison sous le prisme de la pensée occidentale. Consuelo Garcia de la Torre (<< Management des différences interculturelles dans un contexte de mondialisation») retrace différentes approches théoriques de la notion de culture pour en rappeler les limites et les contradictions conceptuelles. Elle prêche une prise en compte du facteur culturel dans les rapports économiques et au sein des entreprises, de façon à humaniser ces rapports et à préserver leur diversité. Le chapitre 4 est consacré aux stratégies de réponse développées par les entreprises. Dans «Le processus d'internationalisation des entreprises: y a-t-il une spécificité européenne? », Béatrice Collin et Jean-François Delplancke analysent les façons dont les entreprises font face à l'internationalisation de leurs activités; ils nous rappellent que les méthodes et les pratiques renvoient toujours à des modes de pensée et à des façons de voir la réalité. Ils concluent en évoquant la nécessité, pour les chercheurs, de mener leurs recherches au sein d'équipes plurielles de façon à tenir compte des expériences vécues dans plusieurs régions du globe. Norma Hernandez Perales (<< processus des fusions et acquisitions dans le secteur Le bancaire mexicain. Antécédents et performance financière») se penche sur le processus de fusions et acquisitions subi par le secteur bancaire mexicain qui eut pour corollaire une forte internationalisation de ce secteur. Elle dresse un tableau nuancé de ses effets sur le développement de la politique de crédit au Mexique et s'interroge sur la capacité réelle des banques à contribuer au développement du pays. Quant à Martha Corrales et alii (<< modèle conceptuel sur les fusions et Un acquisitions en Amérique latine}}), leur réflexion porte sur les implications des fusions et acquisitions dans la vie et l'activité des entreprises, sur les risques inhérents à ces processus et sur les avantages qui peuvent en découler. Les auteurs concluent à l'impérieuse nécessité d'inclure les fusions et les acquisitions parmi les grandes thématiques de recherche des business schools, dans les pays en développement notamment où le phénomène, plus récent, apparaît insuffisamment traité. Au chapitre 5 «Développement durable et mondialisation» les auteurs s'interrogent sur les possibilités de concilier des concepts en apparence contradictoires. La mondialisation se propage dans un contexte de prise de conscience de la limitation des ressources, alors que la société revendique l'existence de biens globaux appartenant à l'ensemble de l'humanité. L'environnement, dans son sens le plus large, appelle à être considéré lui aussi comme un bien collectif ou global. Il est, de plus, intimement lié à la notion de développement durable qui le contient. Cela ne va pas sans poser un certain nombre 15

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nécessite-t-elle

une approche

systémique?

de questions: questions de solidarité, questions d'éthique, questions de subsidiarité (quels acteurs? Les citoyens/la société civile? Les entreprises et agents économiques? Les Etats? Les organisations internationales et supranationales?). Olivier Delbard et Elisa Cobas y répondent. Dans ({Le développement durable à l'épreuve de la mondialisation », Olivier Delbard met en relief les difficultés à penser le développement durable à l'échelle planétaire. Il rappelle que, pour ce faire, on ne peut éluder les rapports entre le politique et l'économique: le développement durable nécessite, en effet, une approche conjuguée qui reconnaisse sa dimension politique tout aussi bien que sa dimension économique. Outre la question de la gouvernance, il soulève celle de l'implication des entreprises dans la démarche environnementale en évoquant les avantages concurrentiels qu'elles peuvent en tirer. Elisa Cobas et alii nous apportent une vision mexicaine du développement durable. La problématique est abordée du point de vue d'une économie émergente. L'analyse est axée sur l'importance de la recherche-développement, sur la question de l'incorporation de nouvelles technologies et sur le concept de cycle de vie des produits pour aboutir, enfin, sur de plus vastes considérations telles que l'amélioration du niveau de vie de la population. Elle conclut à la nécessité d'une mobilisation et d'un engagement de tous les acteurs -économiques, politiques et sociaux- pour permettre aux populations des pays émergents d'accéder à un bienêtre durable.

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1. Mondialisation

etfrontières

Du monde sans frontières au monde forteresse!?

Ismael Aguilar Barajas*

"Globalization is a journey. But it is not a journey toward an unreachable destination - "the globalized world." A "globalized" economy could be defined as one in which neither distance nor national borders impede economic transactions. This would be a world where the costs of transport and communications were zero and the barriers created by differing national jurisdictions had vanished. Needless to say, we do not live in anything even close to such world. And since many of the things we transport (including ourselves) are physical, we never will" (Wolf, 2001, 179). "The ability of the state to patrol its boundaries, in a sociological as well as a political sense, is critical because if the state fails to do so, if "strangers" can enter a country at will, the ability of the state to shape and define a nation is compromised" (Jacobson, 1997, pp. 5-6).

Vers un monde sansfrontières? Ces vingt dernières années c'est devenu un lieu commun d'affirmer que la globalisation allait donner lieu à un monde sans ITontières. L'expression borderless world s'est popularisée, nourrie de différents apports qui ont trait, entre autres, à l'économie et aux finances, à la culture et aux institutions. Le livre The Borderless World est devenu une référence et son contenu a souvent été accepté comme parole d'évangile2. Cependant, cette vision populaire, voire légère, semble en contradiction avec l'apparition de barrières et de forteresses, observable depuis quelque temps

* Departamento
I

de Economia,

ITESM - Campus Monterrey,

iaguilarlaiitesm.mx

L'article est une version enrichie de la communication que nous avons présentée au colloque

international « La mondialisation et ses effets, nouveaux débats, nouvelles approches)} qui s'est tenu à ESCP-EAP à Paris du 24 au 25 juin 2003. L'étude est parrainée par la Chaire de Recherche Agenda Economica de la Frontera Norte de México de l'ISTEM-Zona Metropolitana de Monterrey au Mexique. y Finanzas du même campus. Elle bénéficie du soutien financier de la Division de Administracion L'auteur se tient pour unique responsable des erreurs ou omissions. 2 Cf. Ohmae (1990)

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Du monde sans frontières

au monde forteresse?

déjà et qui s'est dramatiquement amplifiée, suite aux événements du Il septembre 2001 à New-York et à Washington. Dans le climat de phobie laissé par le Il septembre, il semblerait que nous soyons passés de ITontières ouvertes à des ITontières fermées. Mais la question qui se pose est la suivante: les ITontières se sont-elles vraiment ouvertes? Certainement pas. Une intégration économique complète, par défmition, n'est possible qu'avec un système de ITontières totalement ouvertes. Bien avant les attaques terroristes du Il septembre, on soutenait déjà qu'il y avait des raisons économiques et politiques pour justifier l'importance des ITontières internationales, et en particulier que la transnationalisation de l'économie n'était pas équivalente à un monde sans ITontières3. Ce qui précède est clairement démontré dans le cas de la migration internationale qui, en général, s'est vue exclue du processus de globalisation4. Selon les auteurs, cette exclusion représente la différence spécifique majeure entre les nouvelles tendances de l'économie mondiale et les étapes antérieures de la globalisation où le facteur travail ne faisait pas qu'accompagner la mobilité du capital. Il représentait aussi un facteur-clé dans la globalisation des économies. La migration est le maillon perdu de la globalisation5. En raison des attentats du Il septembre, d'anciennes et de nouvelles alternatives ont été reconsidérées, comme celle qui oppose la liberté à la sécurité. Powers considère que ce cas particulier est un faux débat, étant donné que la sécurité implique la liberté, et celle-ci présuppose la première. Chaque menace, quelle que soit sa provenance, est une atteinte à la liberté et à la sécurité6. Cela conduit à se concentrer sur le problème de fond: s'occuper sérieusement des menaces réelles pesant sur la sécurité nationale, sans que cela mène pour autant à un régime de terreur et d'abus qui restreigne les libertés élémentaires au nom de la sécurité. Malgré cette remarque, c'est aujourd'hui un fait que le problème de la sécurité, après les attentats du Il septembre, a radicalement changé les priorités dans les rapports des Etats-Unis avec le reste du monde. Castaneda en analyse les effets, pour l'Amérique latine et pour le Mexique en particulier?, pays dont les négociations pour un accord migratoire avec les Etats-Unis se sont effondrées avec les tours du World Trade Center. Les ITontières sont multiperméables, multidimensionnelles, multifonctionnelles, multisélectives (voir graphique 1). Si la globalisation suit divers chemins, chacun d'entre eux a ses propres ITontières, son propre rythme et ses résultats8. De la même
3

4 Cf. Tapinos et Delaunauy
5

Cf. Collison (1993), Ceglowski (1998), et Mann (2002)
(2000)

Cf. Coyle (2002) 6 Cf. Prowse (2003) 7 Cf Castaneda (2003) 8 Diverses typologies existent pour montrer les visages de la globalisation. Pour Mann (2002), la
globalisation consiste en l'expansion interactive des réseaux économiques, militaires, politiques idéologiques. Sachs (1998) présente quatre voies (commerciale, productive, financière institutionnelle/régulatrice) et quatre types d'impact (sur la croissance économique, sur la répartition et et du

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façon que de grandes transactions financières, légales ou illégales, peuvent s'effectuer électroniquement, de considérables sommes d'argent, associées également aux aspects négatifs de la globalisation (en particulier dans le cas du terrorisme), se déplacent physiquement à travers les frontières internationales. Au moment même où un immigrant légal, en costume de ville, arrive au port d'entrée d'un pays industrialisé, un de ses concitoyens risque sa vie pour débarquer, traverser un fleuve ou un désert afin d'arriver dans ce même pays. Le premier est probablement dérangé par les contrôles croissants d'entrée dans le territoire, mais dans le deuxième cas, c'est un non-sens que de parler de frontières ouvertes. Cela nous mène à poser la question de la signification des frontières du point de vue du libéralisme.
Graphique I 1: Flux internationaux
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Libéralisme économique, politique etfÎwntières
Libéralisme économique, politique et frontières

La notion de libéralisme est centrale pour analyser le rôle économique de la frontière, et elle génère instantanément une contradiction. La globalisation tient ses racines de la liberté, car elle signifie le mouvement le plus libre de biens, de services, d'idées, et de personnes dans le monde9. En ce sens, on constate la très grande difficulté à harmoniser les énoncés du libéralisme économique (et l'importance qu'il donne au libre fonctionnement de marchés totalement
revenu, la stabilité microéconomique et les institutions gouvernementales). Hoffinann (2002) donne trois dimensions au processus de globalisation (économique, politique, institutionnelle, culturelle, terrorisme). Ruiz Duran (1998) signale le caractère hétérogène de ce processus, De Sebastian (1997) souligne ces impacts sur les groupes les plus vulnérables. Tanzi (2002) cependant, montre les énormes difficultés à intégrer l'économie mondiale et protéger les pauvres dans le même temps. Cela impose une remise en question du rôle de l'Etat dans le soutien aux groupes les plus nécessiteux, et Jovanovie (1997) suggère la nécessité de respecter la diversité dans les stratégies d'intégration économique. 9 Cf. Micklethwait et Wooldridge (2003, XIX)

19

Du monde sansfrontières au monde forteresse ?

concurrentiels) et ceux du libéralisme politique (et l'importance qu'il donne aux droits de tous les citoyens, qui incluent, bien sûr, la mobilité) (voir Graphique 2). D'où l'expression open market.closed border. Il existe des processus de défrontiérisation dans les cas de flux commerciaux et d'investissement et de refrontiérisation lorsqu'il s'agit d'immigration illégale et de questions de sécurité nationalelO. Si l'on veut vraiment parler de libéralisme, le libre fonctionnement du marché doit coexister avec la libre circulation des personnes I!. De ce qui précède découle ce qu'on appelle le grand paradoxe libéral de la migration!] avec le caractère sélectif des contrôles de l'immigration, Ainsi, aussi crue qu'elle puisse paraître, l'expression « ingénieurs en informatique, oui, une foule amassée, non» est plus que valablel3. Grapbique 2: Libéralisme économique, politique et immigration
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Source: Elaboration

propre basée ~ur HoJlitieId (j 9(2)

Je dirai même plus: on voit bien avec les frontières que si l'économie globalisée se défmit comme une économie où ni la distance ni les frontières nationales empêchent les transactions économiques et la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, il n'y aura jamais d'intégration complète. Cela impliquerait un monde où les coûts de transport et de communication seraient nuls, et où les barrières créées par les différentes juridictions nationales n'existeraient pas. Il est clair que nous sommes loin d'un tel mondel4, La connaissance élémentaire des textes montre clairement que les frontières internationales délimitent divers domaines de J'activité économiquel5. Les frontières, entre autres, délimitent des zones de devises, restreignent les importations
10

11 12 13

Cf. Blatter et Clément (2000)
Cf: Seabrook Cf. Hollifield (1998) (1992)

Cf. Bhagwati (2003, 165) 14Cf. Wolf(2001) 15 Cf. Krugman et Obstfeld (2003)

et Yarbrough

et Yrabrough

(2003)

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et l'immigration, contrôlent les flux internationaux de capitaux, limitent la propriété des actifs. Les barrières non tarifaires à l'activité commerciale, auxquelles s'ajoutent les dimensions historiques et culturelles deviennent très visibles dans ces zones de contact. On peut même le constater dans des économies très intégrées, comme à la frontière canadienne avec les Etats-Unis16. Il y a donc une différence fondamentale entre libre échange (free trade), impossible à atteindre, et échange plus libre (freer trade), plus faisablel? et qui coïncide très bien avec la définition donnée plus haut par Micklethwait et Wooldridge. Malgré les restrictions mentionnées, la relative liberté dans laquelle fonctionne le marché des biens et des services ne trouve pas de symétrie lorsqu'il s'agit d'immigration. Il n'est pas étonnant que cette dernière mette le libéralisme à l'épreuve. Du milieu des années 1970 au milieu des années 1990, les gouvernements ont augmenté les contrôles de l'immigration (voir tableau 1). Le tableau montre qu'en 1976 le pourcentage de gouvernements ayant des politiques de diminution de l'immigration était seulement de 6%, alors qu'à la fin des années 80, il représentait 32%. On atteint un sommet en 1993 (35%) pour se stabiliser ensuite à 33%, en 1995. Dans le cas particulier de l'immigration mexicaine aux Etats-Unis ces années-là, il paraissait évident, dans certains milieux du pays voisin, que cette invasion étrangère représentait une forte menace pour la sécurité nationale. De plus, ils justifiaient l'intervention des forces de police, en arguant que l'immigrant basculait, dans le pays, vers une conduite criminelle18. Ces dernières années, de nombreux pays ont durci leurs lois d'obtention de la nationalité. «Dans certains pays, les enfants d'immigrants qui ont vécu dans le pays même depuis trois générations n'obtiennent pas nécessairement la nationalité de façon automatique»19. Dans ce cadre, la distinction entre celui qui est citoyen d'un pays et celui qui est étranger est cruciale étant donné que ce sont les critères d'appartenance qui déterminent l'Etat-Nation moderne20.

16 17 18

Cf. Ceglowsky (1998) Cf. Irwin (200 I) Cf. Herrera-Lasso (1999)

19 20

Cf. UN(l998, 6) Cf. Jacobson (1997)

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?

Tableau 1: Politiques Gouvernementales sur les Niveaux de Migration, 1976-1995 (pourcentage de pays)

Les Etats-Unis et ses frontières avec le Mexique et le Canada après le Il septembre
n n'est pas nécessaire de souligner que les événements du Il septembre n'ont pas seulement entraîné une limitation à la mobilité des personnes, mais ils ont également affecté la libre circulation des marchandises et endommagé les relations commerciales des Etats-Unis avec le reste du monde. Cela est particulièrement vrai dans le cas du Mexique et, à moindre échelle (bien que de plus en plus), du Canada. Un très bon exemple est la loi sur le bio-terrorisme (qui pousse à un contrôle méticuleux des importations alimentaires) récemment adoptée. Un autre exemple, appliqué dans ce cas à l'économie transfrontalière entre le Mexique et les Etats-Unis, est celui du Programme de Technologie Indicative de Visiteurs et Immigrants aux Etats-Unis (Programme US Visit). Dans le cadre de ce programme, on entend mettre prochainement en pratique un système de biométrie de contrôle où les visiteurs et les touristes à la frontière des Etats-Unis ne pourront rester plus de trois jours sous peine de perdre leur visa et leur passeport. Les entrées à plus de vingt-cinq miles nécessiteront un permis spécial. Contrairement à ce qui se passe aujourd'hui, toutes les sorties seront contrôlées afin que toutes les règles soient effectivement respectées. La zone frontalière du Texas, étant donné sa plus grande dépendance économique du Mexique, sera sévèrement touchée. Il n'est donc 22

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pas surprenant que l'organisation de ce marché demande l'assouplissement du contrôle du passage des Mexicains aux Etats-Unis21. Dans le cas de la frontière sud, alors que les politiques tendant à un commerce plus libre s'intensifiaient, les Etats-Unis durcissaient les contrôles de l'immigration allant même jusqu'à les militariser. Divers analystes remettaient déjà en question cette attitude des Etats-Unis vis-à-vis du Mexique22 et, bien que ces analyses aient été nuancées ou replacées dans leur contexte, suite aux événements du Il septembre, cette position reste d'actualité. Nous doutons que le contrôle policier et/ou militaire de la frontière soit la meilleure option sur le long terme pour aborder une frontière aussi complexé3. La rigueur n'a pu freiner les vagues d'immigration précédentes; mais, surtout, elle a fait passer un message très ambigu dans la relation bilatérale: les relations Mexique - Etats-Unis étaient perçues comme une menace ou comme un partenariat24 ? La vision de la frontière Canada - Etats-Unis a également changé depuis le Il septembre. On a commencé à l'appeler la «frontière oubliée» ou le nouveau point faible et on la perçoit aussi, situation inconfortable, comme une question de sécurité nationale25. Après tout, on avait déjà enregistré des incidents qui montraient la présence d'activités terroristes à cette frontière avant les attentats26. L'auteur doute qu'une augmentation de personnel permette de réaliser ce qui s'est avéré infaisable au sud, avec des effectifs bien plus nombreux. Les coûts de la sécurité frontalière sont communs aux deux frontières des EtatsUnis. C'est une question qui présente diverses manifestions et qui nécessite une approche multidimensionnelle. Avant le Il septembre, on parlait du coût élevé que pouvait atteindre le contrôle des frontières27, ce qui permettait de souligner l'importance économique de ces dernières. Dans le contexte de l'après Il septembre, l'argument est que les coûts de la sécurité fonctionnent comme une barrière commerciale ou un embargo commercial que les Etats-Unis s'imposent à eux-mêmes.

21 Voir El Norte 20 novembre 2003. Des commerçants du sud du Texas et de Matamoros (Mexique) ont demandé au directeur du Programme de Technologie Indicatrice de Visiteurs et Immigrants aux EtatsUnis, d'alléger les contrôles des touristes qui voulaient entrer dans la zone ITontalière. 22 Cf. Martin (1995), Castaneda (1996), Orrenius (2001). 23 Cf. Flynn (2000), Orrenius (200 I), Andreas (2002)
24

Cf. Herrera-Lasso (1999) Cf. Andreas (2002) 26 Cf. Flynn (2000), qui relate de quelle façon les soupçons d'un agent de l'immigration ont permis
2S

l'arrestation d'une personne, associée Etats-Unis par la ITontière canadienne. 27 Cf Flynn (2000) et Tapinos (2000)

présumée

à Ben Laden, qui tentait d'introduire

des explosifs

aux

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Conclusion et réflexions finales La globalisation est un processus réel avec des implications et des contradictions multiples. Elle donne lieu à la coexistence entre l'intégration et la désintégration, la prospérité et le retard et elle génère ses propres frontières. Une intégration parfaite des marchés n'existe pas et, dans ce sens, les ftontières limitent ou paralysent cette intégration. Même dans cette ère de globalisation, les ftontières montrent différents degrés de perméabilité. Il est paradoxal que, à plusieurs niveaux, nous n'ayons pas avancé vers un monde sans ftontières (ou borderless world) mais plutôt vers un monde plus fermé (borderness ward), plein de complexités, d'alternatives, de paradoxes, où il n'y a pas de place pour une lecture simpliste des phénomènes et des politiques qui les accompagnent. C'est très net dans le cas de la ftontière Canada - Etats-Unis,qui délimite deux des économies les plus libéralisées au monde. Cela montre qu'une plus grande intégration économique ne conduit pas forcément à un amoindrissement du rôle des ftontières nationales dans la production et la distribution mondiale des biens et des services. Dans des voisinages plus asymétriques, la ftontière en tant que mur est beaucoup plus visible et on voit qu'une intégration complète impliquerait des marchés de produits sans ftontières. Comme pour le Mexique, les conditions post Il septembre ont modifié la façon dont les Etats-Unis conçoivent leurs relations économiques avec le Canada, comme le montrent les contrôles plus importants des marchandises et des personnes, justifiés par le fantôme réel ou imaginaire de la sécurité. Si, d'autre part, comme on l'affirme, la ftontière politique est la séparation de deux souverainetés28, le rôle de l'Etat dans la protection de ses ftontières est toujours aussi impératif9. Si la globalisation facilite les activités illégales comme le terrorisme ou la contrebande, alors la disparition des frontières peut s'avérer catastrophique pour l'économie et le développement3o. En ce sens, décider des personnes et des produits qui rentrent et sortent et la façon dont ils le font est une fonction légitime des Etats. Il faut cependant veiller à maintenir le système économique mondial ouvert, ce qui implique différents flux traversant les ftontières internationales. C'est une des grandes alternatives héritées des attentats du Il septembre. Combien de temps la question de la sécurité affectera-t-elle le transit légal des marchandises, des personnes, bref de l'économie, en plus des conséquences sur la sécurité et la liberté mentionnées auparavant? Un des paradoxes entre immigration et globalisation est particulièrement utile pour ce travail. Les mêmes mécanismes du marché qui alimentent la globalisation peuvent augmenter, au lieu de diminuer, les flux migratoires3I. Ceci doit donner raison à Bhagwati qui affirmait que, paradoxalement, « la capacité à contrôler
28 29
30

Cf Duroselle (1998) Cf Flynn (2000)
Cf. Andreas (2002)
Cf Tapinos et Delaunay(2000)

31

24

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l'immigration s'est affaiblie à mesure que le désir, les efforts de l'exercer augmentait »32. En conséquence, on propose une perspective qui va au-delà du contrôle à la frontière (qui a pris la forme de punition aux pays d'origine, de mesures de contrôle plus strictes et de sanctions en direction des employeurs et des sans papiers) et qui gère l'immigration de façon à ce que tout le monde y gagne. La frontière Mexique/Etats-Unis montre, nettement, la nécessité d'incorporer une vision plus compréhensive de la part des deux pays, afm que toutes les questions qu'elle suscite soient prises en compte comme il se doit. Même si ladite frontière n'est pas la seule à avoir cet aspect multidimensionnel, peu d'autres dans le monde présentent cette juxtaposition d'aspects démographiques, environnementaux, politiques, économiques, sans compter d'autres points noirs de la globalisation, comme le trafic de personnes, d'argent, de marchandises, d'armes et de drogue. Le traitement de la question de la frontière représente un des grands défis pour la diplomatie du XXIe siècle. La coopération joue un rôle indispensable. Mais cette coopération (basée sur la volonté politique) exige nécessairement la compréhension d'interdépendances complexes et le respect réciproque via une concertation profonde et volontaire; et ce dans l'intérêt de chaque nation, afin que la question des frontières soit abordée comme un tout et non pas unilatéralement. Il faut aussi reconnaître une nouvelle portée au concept de frontières, puisque comme le signale Villepin, la vraie frontière est celle de la relation, celle de l'homme33. C'est-à-dire, la dernière frontière est à l'intérieur de chaque personne, en relation et en contact avec les autres34. C'est à partir de ces considérations qu'i! faut réexaminer la notion, souvent traitée à la légère, d'un monde sans frontières.

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32
33 34

Cf. Bhagwati (2003, 34)
Cf. de Villepin Cf. Wolf(2001) (2003, 34)

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