//img.uscri.be/pth/e5342b81359ec7ad6fc91a1373a85d863af91de5
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 21,38 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La monnaie dévoilée

313 pages
Les classiques pensent que la monnaie est un voile, entendant par là qu'elle n'a finalement que peu d'influence sur l'économie. Nos auteurs ont cherché à la "dévoiler" par un exposé clair et accessible des mécanismes monétaires de base. En outre, par une analyse rigoureuse, ils justifient une nouvelle approche de la politique monétaire tout en affirmant le rôle actif de la monnaie qui, loin d'être un voile, est un atout précieux dans le combat contre la crise.
Voir plus Voir moins

" " LA MONNAIE DEVOILEE

Collection "Logiques Economiques" Dirigée par Gérard Duthil
DJELLAL Faridah, Changement technique et conseil en technologie de l'information. DUMEZ Hervé et JEUNEMAITREAlain, Dirigerl'économie : l'Etatdes prix en France (1936-1986). DU TERTRE Christian, Technologie, flexibilité, emploi: une approche sectorielle du post-taylorisme. DUTHIL Gérard, Les entreprises face à l'encadrement du crédit. DUTHIL Gérard, Les politiques salariales en France, 1960-1992. GROU Pierre, Les multinationales socialistes. GUILHON Bernard, Les dimensions actuelles du phénomène technologique. JANY -CA TRICE Florence, Les services aux entreprises dans la problématique du développement. JULIEN P.-A., LEOP. -Y., PHILIPPEJ. (eds), PME et grands marchés. PME québécoises et françaises face à l'ALENA et au Marché unique. LE BOLLOC'H-PUGES Chantal, La politique industrielle française dans l'électronique. MAHIEU François-Régis, Les fondements de la crise économique en Afrique. MARCO Luc, La montée des faillites en France. MA YOUKOU Célestin, Le système des tontines en Afrique. Un système bancaire informel. MIGNOT -LEFEBVRE Yvonne, LEFEBVRE Michel, La société combinatoire. Réseaux et pouvoir dans une économie en mutation. PINARD ON François, La rentabilité, une affaire de points de vue. V ATIN François, L'industrie du lait. Essai d'histoire économique. WILLARD Claude-Jacques, Aspects actuels de l'économie quantitative. ZÀRIFIAN Philippe, PALLOIX Christian, La société post-économique: esquisse d'une société alternative. ZARIFIAN Philippe, La nouvelle productivité. WILMOTS A., Crises et turbulences du commerce international ABDELMALKI Lahsen, COURLET Claude, Les nouvelles logiques du déve loppement. PALLOIX Christian, Société et économie ou les marchands et l'industrie.

Gabriel GALAND et Alain GRANDJEAN

~

~

LA MONNAIE DEVOILEE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CA_NADAH2Y lK9

L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4910-7

INTRODUCTION

La monnaie est une chose à la fois familière et mystérieuse. En effet, d'une part elle est profondément présente dans la culture de chacun, d'autre part les lois qui fondent ses qualités et qui gouvernent son fonctionnement sont très mal connues. Profondément intégrée dans la culture de chacun, la monnaie l'est assurément. Dès l'enfance, nous comprenons, avant même d'apprendre à lire, qu'on peut obtenir beaucoup de choses avec ces jetons de métal et ces bouts de papier. La puissance de l'argent s'impose à nous comme le jour et la nuit, et comme tout ce que nous apprennent nos parents. Mal connue quant à son fonctionnement, cela paraît évident tant les nombreuses théories à son sujet s'affrontent depuis des siècles. Cette situation de grande connaissance intuitive, mais d'incertitude scientifique, est en général insupportable pour l'esprit humain, et celui-ci génère alors des mythes pour expliquer l'inexplicable. C'est ainsi que les mécanismes solaires, tant que leurs lois n'ont pas été comprises puis intégrées dans le bagage culturel de tous, ont donné naissance à de nombreuses théories intuitives mais fausses. La monnaie, en raison de son importance sociale, donne facilement naissance à ces simplifications trompeuses, au moins en dehors des cercles spécialisés. La plus courante de ces simplifications est la restriction du rôle de la monnaie à celui de réserve de valeur. Le fait qu'historiquement la monnaie était jadis en métal précieux a évidemment fondé cette idée. Mais même avec une monnaie sans valeur intrinsèque, la perception immédiate va dans le même sens. En effet pour un individu isolé une pièce de monnaie n'a de valeur que par ce qu'elle lui permet d'acheter lui-même. Mettre de la monnaie en réserve, c'est mettre en réserve du pouvoir d'achat. Or cette conception se révèle incomplète dès que la pièce de monnaie circule d'un individu à l'autre. TI serait trop long de tenter de le démontrer ici, mais, pour le faire sentir, nous utiliserons le paradoxe suivant, dont la paternité semble appartenir, sous une forme approchante, à l'économiste J.K. Galbraith.

Un escroc fait un chèque 100.000 F à un antiquaire. Celui-ci, ravi, court acheter une automobile et pour la payer endosse le chèque au nom du garagiste. Celui-ci agit de même et, de fil en aiguille, le chèque va de commerçant en commerçant. Chacun fait une vente de 100.000 F avec un bénéfice de 25.000 F. Toutefois le dixième commerçant met le chèque en banque et apprend qu'il est sans provision. TI réunit alors les 9 autres victimes et leur propose, pour éviter une annulation en chaîne de toute~ les ventes, que chacun paie 10.000 F pour couvrir le chèque, et garde ainsi 15.000 F de bénéfice. Voici donc un moyen de paiement qui n'a aucune autre valeur que la confiance que lui ont accordée un instant chacun de ceux qui l'ont utilisé, et qui a permis 1.000.000 F de transactions et 150.000 F de bénéfices, sans compter l'antiquité de 100.000 F emportée par l'escroc. On pourra objecter que les chèques ne sont plus endossables en France. Mais l'anecdote pourrait être transposée à un moyen de paiement endossable, par exemple une traite, ou même à une liasse de faux billets qu'on imaginerait suivre à la trace. Inutile de chercher un truc. L'explication vient de ce que la monnaie, si elle peut être une réserve de valeur pour l'individu, est aussi pour la collectivité, d'une certaine manière, un déclencheur de transaction. On commence à travers cette anecdote à percevoir le décalage qui peut exister entre la perception immédiate et culturelle que nous avons de la monnaie, et son rôle réel dans les économies des pays développés. Sur la scène, visibles et compréhensibles par tous, on voit bien les porte-monnaie, les comptes en banque, les livrets et titres d'épargnes qui semblent constituer autant de réserves de pouvoir d'achat pour chacun. Dans les coulisses, dans la machinerie, cette monnaie circule et innerve le tissu économique selon des lois encore mystérieuses pour le citoyen moyen, et aussi pour bien des citoyens très éduqués, voire pour beaucoup d'hommes politiques. Ce décalage entraîne inévitablement le développement, sur le terrain politique, d'une certaine langue de bois. Pour parler de monnaie à leurs concitoyens, les hommes politiques ne peuvent qu'utiliser des concepts acceptables par tous. Pire, ils peuvent justifier n'importe quelle politique monétaire en l'habillant des concepts de ''bon sens", qu'on devrait plutôt appeler "économie de la ménagère". Il en est ainsi, par exemple, de l'association implicite mais automatique entre déficit budgétaire, laxisme et inflation. Cette situation durera tant que les théories et concepts monétaires n'auront pas abouti à un modèle de représentation complet et accepté par tous. Nous en sommes loin. Car, si nous nous tournons maintenant vers les économistes, nous constatons que les théories économiques passées et présentes ne 8

s'accordent pas sur la rôle de la monnaie et comportent souvent ellesmêmes des raisonnements qui s'apparentent à des dogmes. Au début étaient les classiques. Leurs théories économiques les conduisaient à professer la neutralité de la monnaie. Dire que la monnaie est neutre, cela veut dire qu'elle n'a pas d'influence sur l'équilibre économique, et que les marchés des biens et services trouvent leur équilibre par la confrontation de l'offre et de la demande, comme au temps du troc. Seuls importent, pour déterminer ces équilibres, la valeur intrinsèque des différents biens (qui par la suite sera formalisée par la notion d'utilité), et les prix relatifsI de ces biens. Mais si seuls importent les prix relatifs des biens les uns par rapport aux autres, c'est dire que le niveau général des prix n'est pas inclus dans l'équilibre économique, il n'est pas déterminé par celui-ci. Pour les classiques et leurs successeurs, c'est la quantité de monnaie qui détermine les prix, après que l'équilibre ait été atteint. Avec le même équilibre, c'est-à-dire les mêmes quantités de chaque bien échangées dans une période de temps, le doublement de la quantité de monnaie double les prix et ne change pas l'équilibre. Mais comment se fixe la quantité de monnaie? Et bien c'est l'ambivalence de la monnaie métallique qui fournissait aux classiques un méçanisme de régulation de la quantité de monnaie, donc des prix. En effet la monnaie était principalement d'or, et l'or était aussi une marchandise précieuse. Or on passait assez facilement d'une forme à Jfautre, car on pouvait fondre des pièces d'or pour en faire de la "marchandise", ou vendre de l'or brut à une banque centrale pour obtenir de la monnaie. Avec de telles possibilités de transformation, le prix de l'or-marchandise est bel et bien déterminé, car si je peux faire 100 pièces de 1 F dans un lingot (c'est une contrainte de fabrication), le lingot vaut 100 F. Or l'équilibre du marché de l'or-marchandise détermine son prix relatif par rapport aux autres biens, de sorte que le prix absolu de ceux-ci est déterminé par celui de l'or. Adam Smith a montré que dans ces conditions, si la quantité de monnaie ne croît pas proportionnellement à la quantité de biens, alors le prix du lingot ne sera plus de 100 F, et il deviendra intéressant de faire disparaître de la monnaie (si le lingot vaut plus de 100 F) ou d'en faire apparaître (s'il en vaut
1

Le prix relatif d'un bien mesure la valeur de celui-ci par rapport à un autre. Par

exemple un litre de lait vaut deux fois plus cher ql(une baguette de pain. En général on définit les prix de n-l biens par rapport à un nleme. Mais ceci ne définit pas les prix absolus, que nous appellerons le niveau général des prix. Ce niveau général peut varier en hausse ou en baisse sans que changent les prix relatifs. 9

moins), de sorte que le prix reviendra à 100 F, et le prix des autres biens à leur niveau initial. C'est donc bien l'ambivalence de l'or qui, dans le cadre des théories classiques, penn et une régulation des prix et de la quantité de monnaie. Par la suite, A.Smith, puis Ricardo, ont montré que cette théorie pouvait s'étendre à la monnaie de papier, POUIVU celle-ci soit convertible en or. que Mais au début du 19ème siècle on sort du schéma classique car la Banque d'Angleterre a suspendu la convertibilité illimitée et à prix fixe de ses billets en or. On assiste alors à une hausse des prix, et à une divergence des théories monétaires. Les bullio,!ists, continuant la tradition classique, affument que la Banque d'AngletetTe, étant devenue seule maîtresse de l'émission des billets, est responsable d'une émission excessive et que la chaîne causale est (l'or étant devenu une marchandise comme les autres:

Trop de monnaie ~ Hausse des prix ~ Hausse du prix de l'or ~
Dépréciation de la monnaie Les antibullionists ont une position radicalement opposée. Pour eux, la Banque d'Angleterre, qui émet des billets en escomptant des créances solvables, ne peut avoir émis trop de monnaie. Ils cherchent les causes de la hausse des prix dans la guerre et la pénurie, notamment sur le marché du blé. De sorte que pour eux on a plutôt l'enchaînement de hausses successives suivant:

Prix du blé --7 Hausse des salaires --7 Hausse des autres prix --7
Demande de monnaie Autrement dit, les bullionists voient, comme les classiques, une monnaie plaquée sur l'économie et influençant directement les prix, tandis que les antibullionists voient une monnaie dont la quantité résulte de l'abondance des biens réels et de leur prix, abondance et prix qui sont détenninés par des lois indépendantes. Ils ne 'disent d'ailleurs pas comment se fixe le niveau général des prix. Cette opposition ne se résorbera pas, puisqu'on la retrouve jusqu'à nos jours. Au milieu du 19ème siècle, la tradition classique est représentée par la Currency School, qui reprend la théorie avec du papier monnaie inconvertible. La monnaie reste neutre et sa quantité détennine le niveau des prix. Mais le mécanisme de régulation par la monnaie métallique n'existe plus. C'est pourquoi cette école et leurs successeurs néoclassiques, de A.Marshall à la fin du 19ème siècle à Friedman et Patinkin dans les années cinquante, en passant par Pigou entre les deux guerres, chercheront à introduire un mécanisme régulateur par l'effet 10

d'encaisse. Cet effet d'encaisse vient de l'idée que les agents économiques désirent détenir une quantité de monnaie inutilisée, appelée "encaisse", proportionnelle aux prix des biens. Ceci permet une régulation. Supposons que les prix des biens augmentent, les agents désirent une hausse de leurs encaisses, ils diminuent donc leurs dépenses sur le marché des biens, ce qui fait baisser les prix et les ramène à l'état initial. A quantité de monnaie donnée, les prix sont donc fixés et on est revenu à l'ancien schéma. Opposée à la Currency School est la Banking School (Tooke, Fullarton). Ils disent que la monnaie est la contrepartie du crédit bancaire. Les crédits font les dépôts. Il ne peut y avoir hausse des prix par émission excessive de monnaie, car si on émet trop de billets, ils sont compensés par des remboursements de prêts antérieurs. La monnaie créée représente des droits sur la production, de "vrais droits" (real bills), disent-ils. A leur suite, Wicksell, puis Myrdal, et enfm Von Hayek, ont cherché à formaliser une économie à monnaie bancaire. TI apparaît alors que dans toute cette filiation de pensée, la monnaie n'est pas neutre, car le taux d'intérêt, expression du marché du crédit, agit sur les incitations des agents économiques à consommer ou investir à plus ou moins long terme, et l'équilibre ne peut se produire que si tous les résultats de ces incitations sont compatibles. Si le taux est trop bas, il y a inflation, s'il est trop haut, déflation. Le niveau des prix n'est donc pas détenniné directement par la quantité de monnaie, mais par des contraintes internes aux marchés des biens. En résumé, tous ces théoriciens conservent le cadre classique en ce qui concerne l'équilibre des biens réels, mais les uns conservent la neutralité de la monnaie et "l'inflation des prix par la monnaie", tandis que les autres réintroduisent une influence monétaire sur l'économie, et abandonnent ou ignorent toute liaison d'équilibre entre la quantité de n10nnaie et le niveau des prix. C'est alors qu'apparaît Keynes, qui marque une rupture dans les théories monétaires comme dans les théories macro-économiques. Tout d'abord, sa conception macro-économique rejette toute idée d'équilibre. Il ne nie pas que certains marchés des biens puissent être en équilibre mais, macro-économiquement, son économie n'est pas en équilibre. Ce manque d'équilibre provient de l'incertitude des agents, et cette incertitude provient justement de la nature monétaire de l'économie. Le découplage entre les dépenses de consommation et les recettes de revenus, qui apparait en même temps que la monnaie, introduit du même coup l'incertitude. Dans cette conception la monnaie ne peut être neutre. Keynes reconnaît deux fonctions de la monnaie, la fonction de transacIl

tion d'une part (la "circulation industrielle") et la fonction de réserve de valeur d'autre part (pour lui "encaisse spéculative"). En ce qui concerne la monnaie de transaction, il se place du côté de la Banking School. Les crédits font les dépôts et les prix ne dépendent pas en général de la quantité de monnaie. Quant à la monnaie "de spéculation", elle est gouvernée par les anticipations conventionnelles qui s'expriment dans le ou les taux d'intérêt. Après Keynes, les keynésiens se sont séparés en deux groupes, d'une part les courants "de la synthèse", qui ont en fait cherché à "adapter" les théories keynésiennes au cadre çlassique, d'autre part les courants des "cambridgiens", qui ont rejeté les approches de la "synthèse" comme un abandon des idées les plus fondamentales de Keynes. Le courant de la synthèse a dominé la vie économique pendant les "trentes glorieuses" et a inspiré les politiques dites keynésiennes de soutien de l'activité dans de nombreux pays pendant cette période. Pqur ce courant, la monnaie n'est pas neutre, car dans son modèle de base un accroissement de la masse monétaire agit sur le niveau de l'emploi. Dans les années 1970, on assiste à une contre-attaque des écoles "néo-classiques", avec plusieurs courants, celui qui a acquis le plus d'influence étant celui des "monétaristes". De leur côté, à la suite de cette évolution, les courants ''keynésiens'' à la fois se regroupent et se diversifient, et on peut dire qu'à l'heure actuelle il y a une sorte de "continuum" entre la position néo-classique la plus pure (neutralité absolue de la monnaie), et la position keynésienne orthodoxe (nature monétaire de l'équilibre macro-économique). Arrivons-en à l'époque actuelle, où les théories monétaires qui inspirent aujourd'hui la plupart des gouvernements des pays développés sont issues de l'école monétariste et peuvent se résumer en quelques préceptes qui ont progressivement acquis valeur de dogme: 1. L'économie trouve son équilibre indépendamment de la monnaie, celle-ci est neutre, et toute politique monétaire active est au mieux inopérante et la plupart du temps nuisible. 2. L'inflation des prix est toujours due à un excès de monnaie. 3. Le déficit budgétaire est nuisible car il induit l'inflation interne par les anticipations des agents, et la hausse des taux d'intérêt par éviction de la demande d'emprunt émanant du marché, il convient donc de le résorber avant toute action de relance. 4. La banque centrale doit veiller à une croissance contrôlée de la masse monétaire et ne se préoccuper de rien d'autre. 12

La controverse, on le voit, est loin d'être close. La monnaie estelle neutre ou pas? L'inflation de la monnaie gouveme-t-elle celle des prix ou est-ce l'inverse? En fait, la leçon principale de ce rapide survol des théories monétaires est que la vérité n'est pas acquise. Malheureusement, il n'y a pas de théorie, ou même de collection minimale de connaissances, qui fasse l'objet d'un consensus. Ce livre défend l'idée qu'à l'heure actuelle, ni la pratique, ni l'opinion, ni la plupart des théories économiques, ne prennent suffisamment en compte la puissance potentielle de la monnaie et l'importance cruciale de son mode de création. Pour le montrer, nous partons de notions très simples, pour démonter les mécanismes monétaires, aider le lecteur à se faire une opinion, et peut-être à revoir certaines idées préconçues. En conclusion, nous espérons au moins le convaincre que la monnaie est si importante pour l'économie qu'un devoir d'imagination s'impose. Puissions-nous avoir contribué utilement au débat.

CHAPITRE I LA MONNAIE SCRIPTURALE

Résumé
Nous analysons le fonctionnement des mécanismes monétaires des pays développés tels que la France. Ce chapitre reprend des mécanismes bien connus de la monnaie scripturale, qu'on retrouve dans tous les livres sur la monnaie. En partant de la simple transaction par chèque, nous montrons comment cette monnaie circule, comment elle est créée, et comment la banque centrale tente de réguler sa croissance. Qu'est-ce qu'un compte courant à vue? Circulation de la monnaie Comment peut-on créer de la monnaie? - La structure du système bancaire pour les opérations monétaires Régulation par la Banque Centrale

-

-

Dans ce chapitre nous décrirons les mécanismes de fonctionnement de la monnaie pour ce qui intéresse l'économie. Par "mécanismes", nous entendons seulement les modalités comptables et fmancières de fonctionnement de la monnaie, et non les ressorts psychologiques et sociologiques de ce fonctionnement. Autrement dit, nous supposons qu'il existe une monnaie qui a cours légal, acceptée par tous les agents. En nous restreignant au fonctionnement "technique" de la monnaie, nous voulons montrer au lecteur les ressorts souvent méconnus de ce fonctionnement et lui permettre ainsi de mieux comprendre le rôle de la monnaie dans l'économie réelle. Le lecteur parfaitement au fait des mécanismes de la monnaie scripturale, et du refmancement par la banque centrale pourra passer directement au chapitre II. Qu'est-ce qu'un compte courant à vue? Notre propos va nous amener à utiliser quelques notions de comptabilité. Nous supposons que le lecteur est suffisamment averti pour manier les notions de compte d'exploitation et de bilan. Rappelons simplement pour nos besoins immédiats que l'actif du bilan regroupe ce que l'entreprise possède, ou ce à quoi elle a employé les fonds qu'elle s'est procurés, tandis qu'au passif nous trouvons ce que

l'entreprise doit, ou la provenance de ces fonds. Ces définitions entraînent l'égalité des sommes de l'actif et du passif. Toute opération affectant par exemple un poste de l'actif doit nécessairement affecter un poste du passif pour le même montant, ou un autre poste de l'actif pour un montant opposé. Revenons donc à notre compte courant à vue. Pourquoi est-il si important de bien comprendre ce qu'est un tel compte? Tout simplement parce que la plus grande partie de la monnaie circule sous cette forme. En France, par exemple, les billets et pièces ne représentent aujourd'hui que 15% environ du total de la monnaie en circulation. Le reste est constitué de monnaie "scripturale" circulant entre comptes courants, par les moyens de paiements modernes que sont les chèques, les virements, les cartes bancaires, etc... Si un agent X a un compte courant à la banque A, ce compte figure au passif du bilan de la banque A. En effet, X a confié les sommes correspondantes à la banque, et peut les récupérer à tout moment. Il s'agit donc pour la banque d'une dette. Par exemple si X apporte 100 F en billets au guichet de la banque, le mouvement suivant est généré. Actif
Caisse

Passif
+ 100 Com te courant X +100

Remarquons que, contrairement à une idée reçue dans le public, la banque ne peut disposer à sa guise de la monnaie figurant sur les comptes courants de ses clients car c'est une dette. Elle ne possède pas cet argent, elle ne peut donc ni le placer, ni l'utiliser pour un achat quelconque. Certes, si l'argent figurant au compte courant a été apporté sous forme de billets ou de devises étrangères, comme dans l'exemple ci-dessus, ces valeurs figurent à l'actif de la banque, et, dans ce cas, elle peut en disposer pour en tirer profit. Mais nous verrons que ceci est loin de se réaliser dans la majorité des cas, et qu'en général la banque ne possède pas à son actif de monnaie en billets, en contrepartie des comptes courants de ses clients. La circulation de la monnaie Il est maintenant nécessaire d'introduire l'organisation du système bancaire. Nous utiliserons pour décrire ce système l'exemple français, mais pour ce qui nous concerne, les principes en sont les mêmes dans la plupart des pays. Le système bancaire est à deux étages. Les agents économiques s'adressent à des banques secondaires ou 16

commerciales, et celles-ci s'adressent à une Banque Centrale. La Banque Centrale gère l'émission des billets, et les comptes courants des banques secondaires. Celles-ci gèrent la distribution des billets et les comptes courants des agents économiques. Actif
Banque Centrale Banques secondaires Agents économiques

Passif
Billets en circulation C tes cour. des ban ues Comptes courants des a ents

On trouve donc (voir le tableau ci-dessus) : Au passif de la Banque de France 1. Les comptes courants des banques: ces comptes sont utilisés par les banques pour régler leurs dettes entre elles et avec la Banque de France. 2. Les billets en circulation: en effet un billet est fonnellement une dette à vue de la Banque de France envers son détenteur. Plus concrètement la Banque de France doit débiter le compte courant d'une banque A lorsque celle-ci lui demande des billets pour les distribuer. Pour compenser elle crédite le compte "Billets en circulation". A l'actif des banques secondaires 1. Leur compte courant en Banque Centrale, car il constitue pour elles un avoir. 2. Les billets qu'elles ont en caisse. Au passif des banques secondaires Les comptes courants des agents. A l'actif des agents 1. Leur compte courant en banque secondaire. 2. Les billets qu'ils ont en caisse. Les billets ne sont donc pas traités comme les comptes courants. En effet, chaque niveau peut remettre physiquement des billets au niveau inférieur contre le débit de son compte courant (ceci montre bien que la monnaie scripturale est vraiment devenue la monnaie principale). 17

Les mêmes billets circulent donc du haut en bas 1. Par contre, il n'y a pas de communication entre la monnaie scripturale contenue dans les comptes courants des banques en Banque Centrale, qu'on peut appeler monnaie centrale, et la monnaie contenue dans les comptes courants des agents dans les banques secondaires, que nous appellerons tout simplement monnaie. En effet, les agents économiques règlent leurs transactions par mouvements de leurs comptes dans les banques secondaires, tandis que les banques règlent leurs transactions entre elles par mouvement de leurs comptes en Banque Centrale. Prenons concrètement l'exemple d'un chèque de 100 F remis par l'agent X à l'agent Y. X est à la banque A, tandis que Y est à la Banque B. L'agent Y remet le chèque de X à sa banque B qui, à son passif, crédite le compte de Y de 100 F. Elle possède en contrepartie le chèque de X, qui est une créance de 100 F sur la banque A, et qu'elle inscrit à son actif. Le mouvement résultant est le suivant: Passif
+100 Corn te Y +100

Ensuite elle remet ce chèque à la banque A, qui débite à son passif le compte de X, et constate, également à son passif, sa dette de 100 F envers la banque B. Il en résulte le mouvement suivant
Actif Banque A Passif Compte X Chèque présenté par B -100 +100

Pour régler sa dette envers la banque B, la banque A peut utiliser le système de règlement entre banques commerciales par l'intennédiaire des livres de la banque centrale. Pour ce faire, elle vire 100 F de son compte en banque centrale à celui de B, comme suit.
Actif Banque Centrale Banque A Banque B Cpte Banque Centrale Cpte Banque Centrale Créance sur A Passif Compte banque A Compte banque B -100 Dette envers B +100 -100 -100 +100 -100

1 Nous ignorons pour l'instant les pièces de monnaie ou "monnaies divisionnaires" car leur circuit, quelque peu différent pour des raisons historiques de celui des billets, compliquerait notre schéma. 18

Nous pouvons agréger tous ces mouvements pour résumer de quelle manière les comptes des intervenants sont modifiés
Actif
Banque Centrale - Ban ue A Ban ue B C te Ba ue Centrale C te Ban ue Centrale Passif Compte banque A Com teban.ueB -100 Corn te X +100 Corn te Y -100 +100 -100 +100

En fait les banques ne se transfèrent pas la monnaie centrale correspondant à chaque chèque qu'elles reçoivent de leurs clients. Elles s'arrangent entre elles pour compenser les mouvements de sens contraire. C'est l'opération de compensation. Le virement en banque centrale ne se fait qu'ensuite, si besoin est, de banque débitrice à banque créancière. Mais les conséquences élémentaires de l'événement que nous analysons sont bien celles que nous avons indiquées. Nous remarquons alors, une fois tous les mouvements faits, que le total des comptes courants dans les banques secondaires n'a pas changé car, si on crédite un compte, on en débite un autre et réciproquement. On peut donc dire que le total est invariabl,e et constitue la masse de monnaie scripturale disponible à un instant donné pour effectuer les transactions par chèque ou par tout autre moyen de paiement équivalent. On pourrait objecter que, comme nous l'avons vu, des billets peuvent être obtenus contre de la monnaie scripturale, qui alors disparaît. Mais la variation en moins du montant de monnaie scripturale est égale à la variation en plus du montant de billets. Nous pouvons donc corriger notre proposition en énonçant que le total des billets et de la monnaie scripturale est invariable lorsque les agents économiques font entre eux les opérations courantes de règlement. Nous appellerons ce montant total invariable masse monétaire. On aura remarqué que nous excluons la monnaie centrale de cette masse. En effet, la monnaie centrale n'est pas à la disposition des agents mais seulement des banques secondaires. Nous veITons un peu plus loin le rôle que joue cette monnaie centrale en dehors de son rôle de moyen de paiement entre banques. Comment peut-on créer de la monnaie? Nous avons vu comment circule la monnaie scripturale, et défmi la quantité de monnaie masse monétaire. Nous avons vu aussi que lors des opérations intéressant les transactions courantes cette quantité ne changeait pas. Est-ce à dire que la masse monétaire est vraiment19

constante? Ce n'est pas le cas. Un pays ne peut avoir une masse monétaire constante. En effet, la monnaie sert à faire des transactions. Or le total des transactions exprimé en valeur nominale, en général, augmente. Par exemple, le PIB français a plus que doublé pendant la décennie 1980. Certes, on peut admettre qu'avec la même quantité de monnaie on pouvait en 1990 effectuer plus de transactions par an qu'en 1980. En effet, les moyens de paiement étaient devenus plus rapides, et la thésaurisation monétaire plus faible. Mais d'autres facteurs jouent en sens inverse, comme l'augmentation de la complexité des transactions et l'expansion des transactions fmancières. De sorte que depuis le début des années 80 la masse monétaire augmente approximativement dans les mêmes proportions que le PIB nominal. Ceci répond à un besoin. Sans monnaie supplémentaire, pas de transactions supplémentaires. La monnaie est aussi nécessaire à l'économie que le sang au corps humain. Si l'enfant grandit, la quantité de sang dans son corps s'accroît. Voyons donc comment la quantité de monnaie s'accroît. Tout d'abord il y a des causes "naturelles", qui affectent en hausse ou en baisse la masse monétaire, ce sont les mouvements de devises. En effet nous n'avons jusqu'à maintenant raisonné que dans le cadre national avec une monnaie isolée. Dans la pratique les agents économiques font des transactions avec l'étranger. Ils peuvent donc se trouver avec un excédent de devises étrangères, ou au contraire un besoin de devises pour effectuer un règlement. Voyons ce qui se passe dans le cas d'un agent X apportant 100 F de devises à sa banque A. La banque A, qui possède maintenant ces devises à son actif, va créditer le compte de X du montant correspondant. On aura donc Actif
Devises

Passif
+ 100 Corn te courant X

+100

Le compte courant de X ayant augmenté de 100 F sans qu'un autre compte ne diminue, la masse monétaire a augmenté de 100 F, il y a donc eu création monétaire pour un montant de 100 F. La banque A ne va d'ailleurs pas en rester là. En général, elle va vendre ces devises à la banque centrale, qui va en contrepartie la créditer de 100 F en monnaie centrale comme suit, créant ainsi 100 F de monnaie centrale.

20

Banque Centrale Banque A

Actif Devises Cpte Banque Centrale Devises

Passif +100 Compte banque A +100 -100

+100

Au total, on peut agréger ces mouvements pour avoir la résultante:
Actif
Ban ue Centrale Ban ue A +100 +100

Cet exemple simple pourrait être transposé au cas un peu plus complexe des chèques et virements internationaux, mais le principe est le même. En sens inverse si un agent doit acheter des devises pour régler une transaction à l'étranger il y a destruction de monnaie nationale, c'est-à-dire que la masse monétaire diminue d'autant. La balance des paiements courants, qui enregistre le solde des mouvements monétaires à travers nos frontières, aura donc une grande influence sur la création-destruction de monnaie. En France cette balance est traditionnellement proche de l'équilibre en moyenne. Mais des mouvements spéculatifs peuvent entraîner des flux entrants ou sortants de grande ampleur. Dans ces cas les autorités monétaires, dans la mesure où elles souhaitent une croissance régulière de la masse monétaire, doivent compenser ces mouvements erratiques par des créations ou destructions de monnaie de sens contraire. C'est dire qu'elles doivent disposer de moyens de création-destruction autres que par apport de devises étrangères. Un autre point intéressant peut être noté sur les mouvements relatifs à cette vente de devises. En fait la banque A a acheté un actif à l'agent X et, pour le payer, a pu créer 100 F en l'inscrivant au passif au compte courant de X. De même, la banque centrale a acheté cet actif à la banque A, et a pu, en contrepartie créer 100 F de monnaie centrale pour payer la banque A. Il est don~ possible de créer de la monnaie chaque fois qu'une banque acquiert un actif. Pour payer cet actif, elle crée la monnaie nécessaire pour payer le vendeur. On dit qu'elle monétise l'actif. Les actifs monétisables peuvent être des actifs dits "réels" (devises, or, immeubles, etc..) mais dans ce domaine, et pour limiter leur pouvoir, les possibilités des banques sont limitées par les règlements. En fait, la principale catégorie d'actifs monétisables par les 21

banques secondaires et par la banque centrale, catégorie très importante en ce qui concerne le système monétaire, est celle des créances sur des tiers. La monétisation des créances est le moyen le plus fréquemment utilisé de éréer de la monnaie. Le rôle central de ce mécanisme dans la création monétaire implique d'en examiner attentivement les différents cas.
Créances à l'actif de la Banque Centrale La Banque Centrale, lorsqu'elle inscrit à son actif une créance sur un tiers, peut créer de la monnaie de la manière suivante Actif Passif Créances +100 Com te bénéficiaire +100

Mais selon la nature de la créance et le bénéficiaire de la création monétaire, on obtient de nouveau plusieurs cas: a) Le bénéficiaire est l'Etat Dans ce cas le bénéficiaire est en fait le Trésor Public, qu'on peut considérer comme la banque de l'Etat. La créance inscrite à l'actif est une créance directe sur le Trésor Public, mais, lorsque la banque centrale dépend de l'Etat, cette créance n'a pas le caractère contraignant d'un prêt. Elle est en général sans terme de remboursement et sans intérêts. Elle est alors intitulée "Concours au Trésor Public". Regardons ce qui se passe dans ce cas
Ban ue Centrale Trésor Public Passif +100 C te Trésor Public +100 Corn te Etat +100 +100

La masse monétaire a bien augmenté de 100 F qui sont au compte courant de l'Etat. Cette monnaie est créée défmitivement si l'Etat n'est pas tenu de rembourser ces concours. On dit que la monnaie créée est permanente, ou libre, ou externe. Mais lorsque l'Etat va dépenser ces 100 F il va le faire comme nous l'avons vu précédemment, en faisant par exemple un chèque à l'agent X qui est à la Banque A. On aura alors, exactement comme dans le cas examiné plus haut d'un chèque entre deux agents X et Y: Actif
Passif Compte banque A Corn te Trésor Public -100 Corn te Etat + 100 Com te courant X +100 -100 -100 +100

22

Et le résultat final est +100 +100

L'Etat a donc été, dans un premier temps, le bénéficiaire de la création monétaire, mais ensuite, lorsqu'il dépense la monnaie créée, la banque A bénéficie d'un apport de 100 F en monnaie centrale. On objectera que, comme nous l'avons indiqué plus haut, la Banque A et le Trésor Public poulTont être amenés à "compenser" cet apport en monnaie centrale par d'autres mouvements en sens contraire. Mais dans ce cas, pour qu'il y ait mouvement de sens contraire, il faudrait qu'un agent fasse un chèque à l'Etat, c'est-à-dire verse un impôt. Or la création monétaire décrite ci-dessus n'a clairement aucune contrepartie d'impôt. Elle est faite ex-nihilo. Elle ne sera donc pas compensée, et l'ensemble du système bancaire bénéficie de cet apport en monnaie centrale et en monnaie secondaire. Ce procédé de création monétaire n'est pas utilisé de nos jours dans les pays développés, par méfiance de la "planche à billets" que constitue la création monétaire à l'initiative de l'Etat, ou à l'initiative de la banque centrale sur demande de l'Etat. On craint que l'Etat ne se laisse entrâmer à créer par ce procédé plus de "billets" (en fait plus de monnaie) que ce dont les agents économiques ont besoin. En France le procédé est même prohibé par une loi de 1973 qui a plafonné le montant des "Concours au Trésor Public", de sorte. qu'il n'y a plus de création par ce procédé. Qui plus est, le traité de Maastricht prohibant absolument ces concours, l'Etat devra rembourser d'ici 2003 à la Banque de France ceux qui avaient été faits avant la loi de 1973, et qui se montent tout de même à une cinquantaine de milliards! Nous verrons plus loin qu'il y a une petite exception à cette interdiction de création au bénéfice de l'Etat. Il s'agit des pièces métalliques. b) Le bénéficiaire est une banque secondaire Si le bénéficiaire de la création monétaire est une banque secondaire, la créance mise à l'actif de la banque centrale n'est pas une créance sur la banque secondaire elle-même, ce qui signifierait que la banque centrale prête de l'argent par exemple à la banque A, mais plutôt une ou plusieurs créances de la banque A sur des tiers, que la banque centrale "achète" ou "prend en pension" pour une durée limitée. De la sorte la banque 23

centrale peut choisir les créances qu'elle accepte. Cette création monétaire est le moyen couramment utilisé par les banques pour obtenir de la monnaie centrale, moyen appelé refinancement. Nous veITons pourquoi élles ont besoin de faire appel à ce refinancement, et comment elles utilisent la monnaie centrale obtenue pour créer de la monnaie scripturale. La séquence des mouvements est la suivante Actif
Ban ue Centro Banque A

+100

La banque centrale a inscrit à son actif la créance cédée par la banque A, et a, en contrepartie crédité cette banque du montant correspondant. En fait elle fait payer ce service sous fonne d'un intérêt, de sorte que la banque A ne retrouve pas intégralement le montant de la créance sur son compte, mais nous avons pour l'instant ignoré ce point, qui sera traité plus loin. De son côté, la banque A a diminué, à son actif, son compte "Créances" du montant cédé, et a constaté l'augmentation de son compte courant en banque centrale. Créances à l'actif d'une banque secondaire Le procédé est exactement le même que celui que nous avons vu pour la banque centrale. Une créance s'inscrit à l'actif et un compte courant est crédité au passif. Mais ici c'est un agent économique qui est concerné, et l'opération est un emprunt de sa part auprès de la banque. Si l'agent économique concerné est un agent privé ayant un compte en banque dans une banque secondaire, on constate tout simplement le mouvement suivant
Actif Créance sur X
Passif + 100 Corn te courant X +100

La masse monétaire s'est bien accrue de 100 F. Ce procédé de création monétaire est le procédé principal, voire exclusif, utilisé aujourd'hui compte tenu des lois en vigueur, pour créer la monnaie dont l'économie a besoin. Contrairement à ce que pourrait croire un esprit non averti, ce n'est donc pas la banque centrale qui crée la monnaie nécessaire à l'accroissement de la masse monétaire, mais les banques secondaires. Toutefois nous veITons que la banque centrale reste partie 24

prenante au processus, sinon rien n'empêcherait que, dans une période favorable, une inflation du crédit n'entraîne un gonflement excessif de la masse monétaire. Remarquons aussi que la monnaie ainsi créée est temporaire, car l'emprunt devra être remboursé. Il peut paraître choquant de fonder l'expansion de la masse monétaire sur le crédit. Chaque fois que 100 F sont créés, quelqu'un quelque part s'est endetté de 100 F. C'est pourquoi on pourrait appeller cette monnaie de la monnaie d'endettement, et l'économie qu'elle fait ainsi fonctionner économie à monnaie d'endettement. Nous verrons plus loin les aspects négatifs de cette situation. Si maintenant l'agent bénéficiaire de la création monétaire n'est plus un agent privé mais l'Etat, on ne peut plus raisonner de la même manière car l'Etat n'a pas de compte dans une banque secondaire. Un prêt à l'Etat ne peut se traduire que par un virement en monnaie centrale au compte du Trésor Public, comme on peut le voir ci-dessous lors de la souscription par la banque A d'une obligation d'Etat.
Actif
Banque Centrale Banque A Trésor Public

Passif Compte banque A Com te Trésor Public
+100 -100 + 100 Corn te Etat

-100 +100

+100

Cette opération semble donc coûteuse pour la banque A. Mais en fait l'Etat va dépenser cet argent. Il en résulte le mouvement suivant, si nous supposons que l'agent bénéficiaire X est à la banque A.
Actif Passif Compte banque A Com te Trésor Public +100 Com te X -100 Corn te Etat le résultat est Passif +100 Com te X +100 +100 -100 +100 -100

Si on agrège

tous ces mouvements,

Actif Titre d'ern runt d'Etat

Il en résulte que malgré quelques fuites transitoires en monnaie centrale, la souscription par la banque A de l'obligation d'Etat est équivalente, du point de vue de la création monétaire, à un prêt à ragent X. 25

Et si la banque cède un titre d'Etat pour se refinancer ? La banque centrale peut, dans le cadre du refmancement des banques secondaires exposé plus haut, racheter des créances sur l'Etat. L'Etat peut donc émettre un emprunt, par exemple des bons du Trésor, souscrits par la banque A, comme au paragraphe précédent. Il bénéficie de la monnaie correspondante, puis la dépense. Ensuite la banque centrale rachète les bons à la banque A dans le cadre du refmancement. Si nous partons du dernier bilan du paragraphe précédent, le refmancement se traduit par
Ban ue Centre Banque A Actif Titre deem runt d'Etat Titre d'emprunt d'Etat C te Ban ue Centrale +100

Si nous agrégeons ce mouvement avec les précédents, nous obtenons Passif +100 Corn te ban ue A +100 Corn te X
+100 +100

En fait nous sommes exactement dans le même cas qu'au paragraphe a) de la création monétaire par la banque centrale au profit de l'Etat (concours au Trésor Public), mais la créance "Concours au Trésor Public" est remplacée par une obligation d'Etat. Cette différence a des conséquences importantes: - la monnaie créée au bénéfice de l'Etat est temporaire car
l'emprunt devra être remboursé,

paie des intérêts (dans ce cas, la banque centrale les lui reverse), - sa dette totale augmente d'autant, contraignant ses budgets futurs. Ce procédé revient donc aussi à créer de la monnaie pour l'Etat, mais d'une manière plus coûteuse pour lui. Quant à la banque A, lorsque l'Etat dépense ses 100 F, elle bénéficie, comme dans l'autre cas, de 100 F de monnaie centrale.
Le cas particulier des pièces divisionnaires Pour des raisons historiques, c'est l'Etat et non la banque centrale qui frappe la monnaie métallique, encore appelée "monnaie divisionnaire". Le montant en cause est faible si on le compare au montant des

- l'Etat

26

billets imprimés par la banque centrale (environ 8%), et encore plus si on le compare au montant de la monnaie scripturale. Mais il est intéressant de noter que l'Etat peut toujours, dans le principe, "battre monnaie". Il a pu en profiter quelquefois pour se faire un peu d'argent de poche en frappant des pièces de valeur. Une fois frappées, les pièces sont cédées à la banque centrale, qui les inscrit à son actif. En contrepartie elle inscrit la même somme à son passif au crédit du compte du Trésor. Cette somme n'a rien à voir avec le prix de revient des pièces. TI y a donc bien un ''bénéfice'' pour l'Etat. Les mouvements COlTespondants sont représentés dans le tableau ci-dessous. Actif Monnaie divisionnaire C te Ban ue Centrale
Passif +100 Corn te Trésor Public + 100 Corn te Etat +100 + 100

La structure du système bancaire pour les opérations monétaires Les banques secondaires, dont nous avons parlé plus haut, comprennent en fait, principalement 1. Les banques "AFB" (association française des banques), le plus gros ensemble. 2. Les banques mutualistes ou coopératives (banques populaires, crédit agricole,...). 3. Les Caisses d'Epargne et de Prévoyance, habilitées depuis 1978 à recevoir des dépôts à vue et à traiter chèques et virements. 4. Les organismes de l'Etat (Trésor Public, Chèques Postaux, Caisse des Dépôts et Consignations). Bien que toutes ces entités n'aient pas le titre de "banque", elles peuvent procéder à des opérations sur la monnaie scripturale, et notamment à sa création et destruction par les opérations de crédit, nous les désignerons sous le terme de ''banque''. Par contre, il y a des organismes fmanciers (assurances, fonds de placement, organismes d'épargne et de crédit) qui interviennent dans les opérations monétaires, mais ne sont pas des ''banques'', et donc ne créent pas de monnaie. Les banques procèdent journellement à des opérations diverses qui affectent leurs besoins en monnaie centrale: 1. Elles doivent fournir, et donc acheter à la banque centrale, des billets. 2. Elles cèdent ou achètent à la banque centrale des devises étrangères. 27

3. Elles soldent les créances et les dettes qui résultent, après compensation, des échanges de moyens de paiement (chèques, virements...). Or, leurs comptes courants en banque centrale ne peuvent, sous peine de sanctions très onéreuses, être débiteurs. Les banques doivent donc veiller en pennanence à avoir sur leur compte courant une quantité de monnaie centrale certes minimale (car non rémunérée), mais suffisante pour pouvoir assurer toutes ces transactions sans risque d'être "à découvert". Pour résoudre ces problèmes de liquidité, elles disposent du marché monétaire et du marché interbancaire. Le marché monétaire est ouvert depuis 1985 à l'ensemble des agents économiques. On peut le défmir comme le marché des capitaux à court et moyen terme: bons du Trésor et titres de créances négociables, notamment les billets de trésorerie émis par les entreprises et les certificats de dépôts émis par les banques. Une banque qui manque de liquidités peut vendre des titres sur ce marché. Le moyen de paiement qu'elle obtiendra en échange viendra alimenter son compte en banque centrale. On peut le voir ci-dessous (la banque A vend des titres à la banque B).
Actif Banque Centrale Banque A Banque B Passif Compte banque A Compte banque B +100 -100 -100 +100 +100 -100

Cpte Banque Centrale Titres Cpte Banque Centrale Titres

Mais le marché sur lequel opèrent le plus souvent les banques pour ces opérations de trésorerie est le marché interbancaire. Celui-ci n'est ouvert qu'aux établissements de crédits (c'est-à-dire en gros à ce que nous avons appelé les ''banques'') ainsi bien entendu qu'à la banque centrale. Ce marché aux transactions très automatisées permet de négocier prêts et emprunts très rapidement. Le secteur le plus actif est celui des opérations à très court terme, en particulier celui des pensions à 24 heures2, qui sert quotidiennement aux banques à compenser entre

2 Une "pension" consiste à donner, pour une durée détenninée, un titre en garantie d'un emprunt. A la fin de l'opération, le titre est restitué et . l'emprunt remboursé. 28

elles leurs excédents et déficits de trésorerie, c'est-à-dire à équilibrer leurs comptes courants à la banque centrale. On pourrait croire que l'existence de ces marchés permet à l'offre et à la demande de monnaie de s'équilibrer et de fixer ainsi les taux d'intérêt qui représentent le prix de la monnaie. Il n'en est rien. Ceci est dû au fait que la banque centrale a le monopole de l'émission de monnaie centrale. Si la banque centrale faisait en sorte que la quantité de monnaie centrale soit surabondante par rapport aux besoins, sans doute un taux "de marché" pourrait-il s'établir. Au contraire, la banque centrale maintient en permanence un besoin de monnaie centrale qu'elle est seule à pouvoir fournir, aux taux qu'elle souhaite. Les taux d'intérêt du marché monétaire sont donc plutôt des taux "administrés" que des taux de marché. La banque centrale est puissamment aidée dans son entreprise par le fait que la masse monétaire est en croissance permanente. Ceci entraîne que les besoins des banques en monnaie centrale vont croître en même temps que croissent la masse monétaire et les transactions associées. Pour contrôler la croissance de la masse monétaire, ce qui est son objectif final, la banque centrale va donc se servir de la croissance associée du besoin des banques en monnaie centrale. En contrôlant celui-ci, elle espère contrôler du même coup celle-là. Nous allons voir maintenant par quels canaux. La régulation de la masse monétaire par la Banque Centrale La banque centrale a donc besoin d'influer sur la création monétaire, à la fois pour accompagner la croissance nominale de l'économie, et pour compenser les fluctuations de la masse monétaire induite par les mouvements des capitaux à travers nos frontières. Le refinancement de la banque centrale et la multiplication du crédit C'est à travers le refmancement que la banque centrale contrôle les banques secondaires. Le refmancement est, rappelons-le, le procédé par lequel la banque centrale achète ou prend en pension des créances détenues par les banques, et leur fournit en contrepartie de la monnaie centrale. Pourquoi y a-t-il besoin de refinancement, autrement dit pourquoi les banques secondaires ont-elles besoin de se procurer de la monnaie centrale en cédant des créances à la banque centrale? Il Y a d'abord un besoin découlant du fait que la banque centrale se réserve la fabrication des billets. Or ces billets constituent une part non négligeable de la masse monétaire, bien que cette part ne cesse de 29

décroître en raison de l'extension des moyens de paiement scripturaux. En 1950 ils représentaient 50% de la masse monétaire, aujourd'hui environ 15%. Ceci signifie que chaque fois que la masse monétaire s'accroît de 100 F, la demande de billets s'accroît de 15 F. Or les banques doivent "acheter" ces billets à la Banque Centrale avec de la "mo~aie centrale". Statistiquement, la création monétaire entraînera donc une demande de monnaie centrale par les banques pour se procurer les billets demandés par les agents économiques. Remarquons que dans ce système c'est le gonflement de la masse monétaire qui entraîne le gonflement de la quantité de billets et non l'inverse. D'autre part, les banques centrales (c'est la Banque Fédérale des USA qui a, la première, employé le système), estimant que cette contrainte n'était plus suffisante pour les banques, et que de plus elle n'était pas modulable, ont imposé des réserves obligatoires. Ces réserves sont de la monnaie centrale que les banques doivent obligatoirement détenir sur leur compte courant à la banque centrale. Elles figurent donc au passif de la Banque de France et à l'actif des banques de second rang. Le montant est un pourcentage du montant des comptes courants de leurs clients. Ce pourcentage a varié en France de 1% à 17% selon les périodes. Ici encore, les banques, lorsqu'elles accroissent la masse monétaire, accroissent le volume des comptes courants et doivent donc obtenir de la monnaie centrale pour augmenter leurs réserves obligatoires. II est assez simple de formaliser ces contraintes pour arriver au bien connu "multiplicateur" qui relie la quantité de monnaie créée à la quantité de monnaie centrale nécessaire pour ce faire. Soient Mc la monnaie centrale utilisée C le montant de crédits monétisés D le montant des dépôts (comptes courants) R le montant des réserves obligatoires b le ratio billets/masse monétaire r le taux des réserves obligatoires Nous écrivons simplement l'égalité de variation de l'actif et du passif des banques. A l'actif le compte courant en banque centrale diminue de Mc et augmente de R, et les crédits augmentent de C. Au passif les comptes courants augmentent de D. (1) On a donc C+R- M c = D 30

Or par définition R = rD ,donc l'égalité devient C-Me=D-R=(l-r)D (2) Par ailleurs les dépôts D sont la monnaie créée égale à C, diminuée des billets correspondant à C, soit be. On a donc (3) D=(l-b)C (4) (2)et(3)donnent C-Me =(l-r)(l-b)C (5) d'où on tire Mc = (1- (1- r)(l- b))C 1 La quantité k = est appelée l-(l-r)(l-b) multiplicateur du crédit. En effet (5) peut alors s'écrire C=kMe k mesure donc bien le montant de crédits monétisables lorsque les banques disposent du montant Mc de monnaie centrale. Par. exemple avec un ratio de billets b de 15% et un taux de réserves obligatoires r de 50/0,le multiplicateur k est égal à 5,2. Ceci signifie que les banques doivent obtenir 1 F de monnaie centrale pour monétiser 5,2 F de crédit (depuis 1992 le taux des réserves est de 1%, k vaut donc environ 6,5). Cette monnaie centrale est obtenue soit par afflux de devises, soit par la création directe de la banque centrale relayée par les dépenses de l'Etat (mais nous avons vu que ceci était interdit actuellement), soit et surtout par le refinancement de la banque centrale. Il faut noter ici que le coût pour les banques de l'argent qu'elles prêtent en quantité C est constitué par les intérêts payés sur la monnaie centrale Mc nécessaire, soit les intérêts sur une somme Clk. Ceci revient à dire que si i est le taux d'intérêt du refinancement, le coût moyen de la monnaie créée avec multiplication par k est de ilk. Il faut noter aussi que ce multiplicateur est une moyenne, et que dans la réalité il n'est pas 8table, surtout si le taux de réserves obligatoires r est faible. C'est ainsi que pour un taux de réserves r de 1%, le passage du taux de billets b de 15% à 17% fait passer le multiplicateur k de 6,3 à 5,6. Il faut donc considérer le multiplicateur non comme une relation fixe, mais comme une contrainte à moyen tenne qui s'impose aux banques et qui les empêche, par le rationnement de la monnaie centrale, de monétiser des créances sans limite.

31

Les interventions de la banque centrale Les banques ont donc en permanence un besoin de monnaie centrale, d'une part pour effectuer leurs réglements, d'autre part pour acheter les billets qu'elles revendent à leurs clients, enfm pour constituer les réserves obligatoires. Ces besoins sont très fluctuants. En effet, nous l\'avons vu, les mouvements de devises étrangères sont irréguliers. La demande de billets elle-même n'est pas stable (elle est plus élevée en été et en fin d'année, et elle fluctue au cours de chaque mois). Enfin, les recettes d'impôt de l'Etat, elles-mêmes irrégulières, font varier par le jeu de la compensation le niveau respectif des comptes courants du Trésor Public d'une part, des autres banques d'autre part. La banque centrale fournit aux banques la monnaie centrale qui leur est nécessaire pour accorder des crédits et générer de la monnaie. Elle leur fournit cette monnaie centrale en leur achetant des créances ou en les prenant en pension. Cette fourniture n'est pas gratuite. La banque centrale perçoit un intérêt proportionnel au montant de la créance et à la durée de la prise en charge (jusqu'à l'échéance ou la fin de la pension). Le taux de cet intérêt est le taux du refinancement ou "taux d'intervention". En fait les banques centrales ont souvent plusieurs taux qui défmissent une fourchette de fluctuation. Si on prend l'exemple de la Banque de France, celle-ci fixe en permanence deux taux, celui, le plus bas, des "appels d'offre", et celui, le plus haut, des "pensions à l'initiative des banques". Les appels d'offre sont les opérations périodiques (actuellement environ deux fois par semaine) par lesquelles' la banque centrale offre aux banques une possibilité de prises en pension de titres pour 7 jours, au taux en vigueur et pour une quantité fixée par les prévisions de la banque centrale quant aux besoins globaux en monnaie centrale jusqu'au prochain appel d'offre. Les pensions à l'initiative des banques sont, comme leur nora l'indique, une possibilité pour les banques, à tout moment, de demander la prise en pension d'une quantité quelconque de titres pour une durée comprise entre 5 et 10 jours, à un taux fixé, qui est en principe le taux marquant le haut de la fourchette. Normalement, le taux pratiqué sur le marché interbancaire fluctue entre le taux des A.D. (appels d'offre) et le taux des 5-10 (pensions de 5 à 10 jours). En effet, il n'a pas de raison de monter audessus du taux 5-10, puisqu'à tout moment on peut obtenir ce taux auprès de la banque centrale. Il ne peut y avoir d'exception que si les 32

opérateurs veulent absolument une durée inférieure à 5 jours (anticipation de baisse imminente des taux). Par contre la baisse du taux du marché en dessous du taux A.O. est, exceptionnellement, possible, car il peut y avoir un afflux non prévu de monnaie centrale pour les raisons évoquées plus haut. En général, il suffit à la banque centrale d'espacer les appels d'offre pour diminuer les liquidités fournies. S'il y a urgence, la banque centrale reprend des liquidités soit en vendant des titres sur le marché (opération d'open market), soit en empruntant auprès des banques, par exemple sous fonne de pensions dans l'autre sens. Si le phénomène est très important elle peut aussi augmenter le taux des réserves obligatoires (voir plus bas). Ainsi la banque centrale maintient les taux d'intérêt sur le marché monétaire au niveau souhaité. Le pilotage de la masse monétaire Nous avons donc vu comment la banque centrale peut régler ce que nous avons appelé la liquidité bancaire, et qui n'est autre que la quantité totale de monnaie centrale figurant au bilan de la banque centrale. Cette gestion quotidienne de la bonne marche du système bancaire remplit un de ses objectifs externes, à savoir la fixation des taux d'intérêt par rapport à ceux des autres banques centrales, de manière à ce que les mouvements de capitaux soient favorables ou au moins acceptables. Mais elle ne remplit pas à elle seule l'objectif interne final de la banque centrale, qui est d'assurer une croissance harmonieuse de la masse monétaire. Pour assurer ce pilotage, la banque centrale dispose de trois instruments

- les réserves

d'intérêt à court terme, si c'est compatible avec la politique de taux de change, - l'encadrement du crédit. Les réserves obligatoires sont une arme assez lourde. Une variation de 1% pèse 15 milliards de francs de monnaie centrale, monnaie centrale qui n'est pas rémunérée. Aussi les variations de taux sont toujours faibles, souvent annoncées à l'avance, et accompagnées d'inflexion de la politique de refmancement pour amortir le choc. De plus, leur effet étant d'immobiliser des ressources des banques et donc de les forcer à avoir recours à un refmancement accru, leur usage fait dans une certaine mesure double enlploi avec la politique des taux 33

- les taux

obligatoires, dont elle peut faire varier le taux,