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La recherche en management et en économie

De
272 pages
La recherche scientifique en management et en économie se soumet aux principes et aux règles générales de la recherche et, bien qu'ils insistent sur les aspects exploratoires des domaines appelés communément socio-humains, les auteurs ont voulu privilégier la variante socio-économique en traçant une démarcation relative entre social-humain et économique. Le monde des économistes a traversé un processus de métissage interdisciplinaire et notamment en ce qui concerne la méthodologie. Cet ouvrage est le fruit d'une coopération franco-roumaine.
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Les auteurs
Professeur à l’université Alexandra Iona Cuza de Iasi (Roumanie), docteur en sciences économiques, chef du département « Management-Marketing ». Il a publié plus de 120 articles et études en Roumanie comme à l’étranger, il est l’auteur de 14 livres publiés dans des maisons d’éditions spécialisées. Ses principaux thèmes d’études sont le management interculturel, l’investissement, l’intelligence économique et la méthodologie de la recherche en management. En 2002, il a notamment publié Management interculturel. La valorisation des différences culturelles chez Editura Economica. Dumitru Zait dirige des thèses de doctorat en sciences économiques dans le domaine du management. Il est expert évaluateur en projets de recherche et a coordonné un nombre important de programmes et projets de recherche nationaux et internationaux. Il a créé et dirige la revue Management interculturel.
Alain SPALANZANI, Professeur en sciences de gestion à l’université Pierre-MendèsFrance de Grenoble, où il assume les fonctions de président. Il est coresponsable du master « Management des systèmes d’information » et de la spécialité « Management et systèmes d’information de la chaîne logistique ». Membre du Centre d’études et de recherches appliquées à la gestion de Grenoble (CERAG UMR CNRS 5820), il est auteur de plusieurs ouvrages et articles portant sur la gestion de la qualité, la gestion industrielle et de la production et le supply chain management. Ses travaux actuels traitent de la collaboration inter-organisationnelle dans les entreprises en réseau. Publications récentes dans le domaine : « Absorbing Uncertainty within Supply Chains ». Revue IJPQM, Issue 4, Volume 2, 2007, (en collaboration avec Karine Evrard-Samuel), La gestion des chaînes logistiques multiacteurs : perspectives stratégiques PUG, mars 2007, (ouvrage coordonné en collaboration avec Gilles Paché, Cretlog), « Les systèmes d’information de groupe ou groupwares : des fondements à la situation actuelle », in Encyclopédie des systèmes d’information, Vuibert, décembre 2006, (en collaboration avec Marc Favier), « Developping collaborative competencies in inter-enterprise collaboration ». Revue « International Journal of Information Technology and Management (IJITM) », Special Issue, Vol. 7, n°3, 2008, (en collaboration avec Karine Evrard-Samuel). DUMITRU ZAIT,

Avant-propos par Alain Spalanzani

est le fruit d’une longue et riche collaboration entre l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble et l’Université Alexandru Ioan Cuza de Iasi en Roumanie. Depuis plus de 10 années nous avons procédé à de nombreux échanges d’étudiants et d’enseignants et dirigé plusieurs thèses en cotutelle. Nous souhaitons renforcer davantage l’attractivité des accords qui lient nos établissements et encourager les activités de recherche. C’est dans ce cadre que mon ami le Professeur Dumitru Zait a entrepris ce travail auquel j’ai apporté ma modeste contribution. Je me réjouis aujourd’hui de voir paraître, presque simultanément, ce livre en France et en Roumanie. Après un balisage méthodique de nos préoccupations respectives, ce livre qui porte sur la recherche en économie et management ouvre des perspectives communes apportant aux étudiants de nos deux pays les outils d’une réflexion méthodologique et épistémologique si nécessaire pour appréhender les sciences du management et de l’économie.
E LIVRE

C

Introduction

E

est une activité délicate et risquée qui demande de la précision. La recherche scientifique prend appui sur des certitudes et nécessite de s’assurer, parfois, de la validité de certains concepts philosophiques. Mis à part quelques aspects qui se soumettent aisément et impérativement à la standardisation, la méthodologie de la recherche est vécue, pour un faible nombre de personnes, comme un système idéal et intangible à même d’ouvrir la voie vers l’innovation ou vers la découverte, du moins vers une synthèse théorique, et d’apporter des solutions pratiques et des idées novatrices pour l’adaptation ou le changement. La littérature sur le sujet, à quelques exceptions près, ne semble pas devoir nous accoutumer à cette pratique. Ce livre n’a donc pas pour ambition de fournir une méthodologie de la recherche qui ferait de tout individu un innovateur, un découvreur ou plus simplement un scientifique, mais plutôt de contribuer à orienter vers la recherche de ce qui est différent, de ce qui est connu ou de ce qui semble être connu (de manière rationnelle ou irrationnelle), à partir de règles, de principes, de méthodes et de techniques, d’équipements ou d’outils, dont l’usage peut être acquis et utilisé efficacement. Nous parlerons ainsi de ce qui pourrait nous guider dans la recherche, des moyens grâce auxquels nous serions à même d’obtenir, de manière plus efficace, les résultats escomptés. Car la recherche est une démarche heuristique aussi bien que rationnelle, elle nécessite, d’une certaine façon, la rencontre entre la quête nécessaire et l’heureux hasard. Au niveau de la recherche en général, quand le travail en question devient routine, que le génie n’est pas nécessaire, l’existence d’une méthodologie de la recherche standardisée s’avère d’une grande utilité, relevant de ce que l’on pourrait appeler le « besoin de processualisation »1 de la recherche scientifique. Nous tenterons dans cet ouvrage d’opérer une distinction entre ceux pour lesquels la méthodologie de la recherche représente un substrat nécessaire et ceux pour lesquels elle devient norme dans la processualisation des activités correspondantes. Dans le premier cas, le but à atteindre peut être une grande découverte ou, pour le moins, une innovation ; dans le second cas, il s’agit plus souvent de résultats escomptés, voire de solutions, recommandations ou synthèses. Il n’y a pas de différence à proprement parler entre les deux typologies ; dans les deux cas, le chercheur entreprend et assume des démarches en vue
CRIRE SUR LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

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Néologisme utilisé par Pascal Baudry.

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DUMITRU ZAIT, ALAIN SPALANZANI

d’obtenir des résultats ou des effets, attendus ou non, pour lesquels il investit de l’énergie, de l’intelligence, des connaissances, de l’intuition mais aussi de l’expérience. La recherche scientifique en économie et administration des affaires (ces deux champs, complémentaires des sciences économiques, étant nécessairement envisagés dans leurs spécificités, y compris méthodologiques) se soumet aux principes et aux règles générales de la recherche, même si l’on insiste sur les aspects exploratoires des domaines appelés communément sociohumains. Par nature ou par formation, nous avons naturellement tendance à privilégier la dimension socio-économique et même à tracer une ligne de démarcation relative entre social-humain et économique, tant pour des raisons d’appartenance philosophique que simplement parce que l’économique (y compris ce que l’on vient de nommer administration des affaires), par sa dominante rationnellepragmatique, échappe à la normalité du social-humain. L’homo œconomicus a toujours été porté vers une standardisation formelle-mécanique des solutions (dans le sens de la création de mécanismes, systèmes, structures, fondés sur des règles de la physique classique ou posteinsteinienne), standardisation vouée à créer des automatismes ou des mimétismes à même de fonctionner et de produire les effets attendus (produits, services, informations, etc. en bref des bénéfices et de la richesse). L’intervention de celui-ci a plus été de type irrationnel-intuitif que de type rationnel-logique, puisqu’il s’agit de répondre à des attentes spécifiques (en l’occurrence les attentes du client ou du consommateur), qui sont souvent des combinaisons inattendues entre utilités marginales et dimensions comportementales pour lesquelles les déterminantes causales semblent échapper à tout jugement raisonnable. Dans ces conditions, les recherches économiques ont maintes fois évolué en terrain confus, soumises d’une manière décisive aux niveaux technique et technologique de leur période respective. Le fait que les recherches actuelles, dans ce domaine, soient orientées vers l’association socio-psycho-somatique et irrationnelle des comportements individuels et collectifs peut être envisagé comme une étape de cette évolution. Nous pourrions aisément relier cette instabilité philosophique et épistémologique à l’inconsistance conceptuelle-philosophique de la science économique (y compris, certainement, l’administration des affaires). Il ne s’agit pas seulement du manque ou du déficit d’axiomatisation (celle qui, au fond, soutient la consistance méthodologique d’un domaine qui se prétend scientifique), mais aussi de la prolifération, excessive à notre avis, des publications résultant des préoccupations accidentelles ne procédant pas d’une véritable école d’économie. La notion d’« école » ne renvoie pas exclusivement au sens orthodoxe du terme mais également à une structure cohérente et pertinente de formation et d’expérimentation professionnelle (métier, carrière, fonction, position, etc.) qui se

INTRODUCTION

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distingue des autres structures, celles-ci étant toujours complémentaires et non concurrentes. Les courants psychosociaux, émotionnels, intuitifs, etc. ainsi que les courants physiques-mécanicistes trouvent leur origine par transfert, mais généralement sans succès, dans les travaux de spécialistes d’autres domaines comme la sociologie, la psychologie, la communication, la physique, les mathématiques ou l’ingénierie. Il en résulte un amalgame volatil, rarement mûr, véhiculant des idées bien connues dans les domaines d’origine, idées dont on pense tirer profit en économie (et dans d’autres domaines). C’est ainsi que la science économique a accueilli, au cours des trois ou quatre dernières décennies, les chercheurs d’or sans métier. Il y a peu d’exceptions. Les quelques mathématiciens, physiciens, sociologues, psychologues… qui ont apporté de réelles contributions à la science économique en sont. Car passions et passionnés trouvent leur place en économie comme dans tout autre domaine, peut-être même plus étant donné le grand nombre d’éléments d’un système complexe et riche en contradictions spectaculaires. Des spécialistes et pseudo-spécialistes en économie et administration des affaires sont venus de tous les horizons, apportant parfois une contribution crédible et consistante, se contenant parfois de délivrer des messages exotiques dont l’origine se trouve dans leur formation d’origine. Le monde des économistes a connu un impressionnant processus de métissage interdisciplinaire, utile et profitable dans certaines limites, y compris en ce qui concerne la méthodologie. Néanmoins, la confusion a pris place dans le domaine, qui devient parfois impossible à cerner dans son aspect sémantique ou épistémologique, les systèmes actuels de classification ne pouvant plus recenser ce qui est revendiqué par toutes les directions d’origine économique. Les exemples pourraient être déroutants et nous n’avons pas pu en dresser une liste étayée par des arguments défendables. Le déplacement du centre de gravité, d’abord localisé dans les recherches économiques puis migrant vers la composante administration des affaires et plus particulièrement vers les études de management et de marketing, a entraîné un changement important quant à la philosophie et au type d’approche. La position du management, ainsi que celle des manageurs, tout en restant d’une certaine manière « dans l’ombre », s’est considérablement renforcée durant les dernières années. Les systèmes de valeurs et les critères envisagés dans l’évaluation de la qualité des activités développées par les entreprises ont également subi d’importantes transformations, que la théorie économique n’a réussi à expliquer que partiellement, celles-ci ayant été générées dans un intervalle de temps trop limité, sans tenir compte de ce qui avait été ou semblait avoir été antérieurement expliqué, démontré, argumenté. La confusion créée dans certaines cultures, comme la culture roumaine, entre d’une part la fonction de

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manageur et l’ensemble des tâches de direction que cette fonction recouvre et d’autre part le management en tant que système de règles, de méthodes, de fonctions… appliquées dans l’administration de l’entreprise (corporation, groupe, etc.) a engendré, à son tour, des déformations spécifiques dans certains métiers et certaines professions. Or, être manageur, ce n’est pas le résultat d’une formation dans un métier donné, tel que l’on pourrait le croire, c’est être un personnage complexe, pourvu d’indispensables qualités, les unes héritées, les autres acquises durant le cursus de formation, ou accumulées à travers des expériences spécifiques. Pour cet individu, la correspondance entre la formation (spécialisation, diplôme, etc.) et les performances de l’entreprise est simplement due au hasard. Il arrive néanmoins que certaines écoles forment de meilleurs manageurs (donc plus performants) que d’autres. Pourtant, ces manageurs ne sont pas formés précisément pour devenir manageurs. La formation universitaire et même préuniversitaire des ces manageurs est très diverse. Leurs compétences et surtout leurs savoir-faire ont été confrontés favorablement à certaines opportunités, trouvant ainsi une conjoncture dont elles ont pu tirer profit. On peut alors dire qu’il est question d’une vocation plutôt que d’une profession ou d’un métier. Le système de sélection permettant de repérer les qualités des individus qui entreraient dans cette catégorie implique la constitution d’équipes de spécialistes (y compris en management, marketing, finances ou comptabilité, si l’on s’en tient au seul domaine de l’économie et de l’administration des affaires), du personnel opérationnel de qualité, ainsi que la stimulation et la valorisation des ressources de l’individu. À l’issue d’un itinéraire de création où les opportunités sont saisies parce que les individus ont fait preuve de réelles compétences managériales, l’entreprise atteint une certaine limite qu’elle ne saurait franchir qu’en administrant rationnellement les ressources. La composante irrationnelle ou émotionnelle du manageur peut jouer un rôle important. L’administration de l’entreprise est devenue ou devrait être rationnelle. La comptabilité ou les finances de l’entreprise ne sont pas les seules à pâtir de ce manque de rationalité. Le management, qui cherche à concilier ressources humaines et objectifs de l’entreprise (lesquels ne sont pas uniquement économiques ou commerciaux) et du groupe d’individus qui y travaillent, doit se rationaliser afin de trouver des solutions, de les transmettre aux preneurs de décision et de les mettre en œuvre. Le marketing, à son tour, examinera, de manière rationnelle et irrationnelle, fournisseurs et clients pour proposer les meilleures solutions en ce domaine. Ces deux dimensions de la composante opérationnelle de l’entreprise sont le résultat de certains aspects non économiques (psychologiques, sociologiques, politiques, culturels, etc.), mais le but, les objectifs, les moyens humains et les ressources de l’entreprise sont par

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nature économiques, le raisonnement et les éléments relationnels par lesquels on peut atteindre la performance sont aussi de nature économique. Dans cette courte introduction, nous avons voulu affirmer que le psychologue, le sociologue ou l’ingénieur peuvent être des manageurs de rang supérieur s’ils ont les qualités nécessaires. Le management à proprement parler ainsi que la recherche en économie et en administration des affaires de l’entreprise sont toutefois soumis à un certain type d’analyse (économique) qui doit assurer la cohérence et la pertinence des énoncés, des conclusions, des hypothèses, des solutions et des théories en question. L’inter et la pluridisciplinarité dans les recherches économiques sont nécessaires et profitables. Envisager l’économie d’un point de vue physique-mécaniciste, sociologique ou psychologique, par exemple, peut enrichir considérablement les théories et les pratiques de ces domaines respectifs. Dans la recherche économique, un point de vue et une philosophie particulières sont absolument nécessaires pour assurer l’harmonisation intrathéorique, la pratique-appliquée, tout comme la cohérence implicite de la théorie et de la pratique économique par rapport à elles-mêmes et à d’autres domaines ou disciplines nécessaires dans leurs démarches explicatives, interprétatives ou applicatives. Les recherches en économie et en administration des affaires, plus particulièrement en management, sont dominées par leur objectif pragmatique. Le besoin d’envisager deux directions générales (économie et administration des affaires) devient évident si l’on tient compte du but auquel chacun s’attache : théorique et généralisateur dans le premier cas, applicatif et particulier dans le deuxième. La dichotomie en question n’a pas de caractère absolu mais pourrait s’avérer utile, du moins pour différencier les stratégies de recherche à adopter. Dans cet ouvrage, nous tenterons d’en tracer une démarcation plus nette. Il semble, par ailleurs, que les recherches économiques et l’administration des affaires aient été dissociées, tantôt d’une manière arbitraire et circonstancielle, tantôt sur la base de critères pertinents et suffisamment clairs. On n’a pas toujours fait les efforts nécessaires pour reconnecter les deux dimensions de la recherche économique (l’économie et l’administration des affaires), sans malheureusement en réaliser la connexion logique (peut-être parce qu’il manque une théorie de l’axiomatisation). Établir la complémentarité de l’économie, en tant que théorie fondamentale, et de l’administration des affaires, en tant que mise en œuvre de la théorie, serait utile non seulement au caractère général ou particulier de la méthodologie, mais également à la mise en place des procédures et des structures adéquates pour la formation des professionnels dans les domaines respectifs. En Roumanie plus qu’ailleurs, les sciences économiques restent un tabou rond et homogène. On en est venu de la sorte à proposer une formation professionnelle et une recherche « en vrac », non différenciées et polymorphes,

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censément bonnes à tout alors que, en fait, elles sont inefficaces et improductives. Par ailleurs, les approches potentielles (dans la formation professionnelle et scientifique) inter et/ou pluridisciplinaires se sont transformées, avant même d’aboutir, en démarches séquentielles monothéoriques, à prétentions de complexité et finalité pratique-applicative. Les démarches sociologisantes ou psychologisantes, physiques-mécanicistes ou intuitives-émotionnelles sont appréhendées en passages transitoires, ce qui a favorisé la publication d’ouvrages spéculatifs et d’apparitions météoriques dérisoires dans l’univers de pseudo-spécialistes sans identité. Le besoin de recherche scientifique en économie et en management est plus pressant que jamais, tant pour chercher et trouver des solutions et donc des réponses aux problèmes immédiats de la pratique de l’organisation que pour opérer une théorisation raisonnable et proposer des généralisations viables, du moins au niveau actuel de développement de l’entreprise. En outre, pour faire suite aux solutions proposées par l’entreprise, alors qu’on aurait pu exploiter et valoriser la théorie du management, le domaine a été marqué sans cesse, durant les dernières décennies, par l’apparition et le développement de nouvelles disciplines, à caractère descriptif et, d’une certaine manière, normatif, par lesquelles on proposait certaines généralisations et théorisations, sensibles à ce qui caractérisait l’état et l’évolution de l’organisation productrice de profit de cette période. L’intelligence économique (Business Intelligence), le management de l’offre (Supply chain management) et notamment le management des connaissances (Knowledge management) sont des disciplines qui engagent de manière directe et explicite la recherche scientifique appliquée, de même que celle qui est fondamentalement théorique. Car, pour exploiter et valoriser l’information, l’organisation doit ellemême apprendre aussi bien les méthodes et les outils disponibles (ou à créer) que le savoir-faire dont elle dispose (au niveau de l’entreprise et au niveau individu/employé/salarié/associé/partenaire…). « L’auto-organisation des groupes de certains départements permet, grâce à l’expérience propre et autonome, leur adaptation constante aux contextes spécifiques. Cette modification de leur stock de connaissances correspond à une modification des connaissances organisationnelles. Des équipes de projet interdisciplinaire, formées de membres provenant de branches différentes, mettent de la sorte les connaissances qu’ils possèdent à la disposition de l’organisation. Ces processus collectifs créent de nouvelles formes de connaissance. Si ces connaissances pouvaient être exprimées sous la forme de grilles d’interprétation et de nouvelles formes de conduite, on pourrait dire que ces groupes de projets auront permis et initié un processus d’apprentissage. Les principaux éléments d’un tel processus d’apprentissage, fondé sur une révision du stock de connaissances, deviennent des procédures consensuelles et des procédures de persuasion. » (1995, G.J.B. Probst, B.S.T. Büchel, p. 62).

INTRODUCTION

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Pour les auteurs de cet extrait, il y a nécessité pour l’entreprise à une constante recherche pour augmenter et valoriser son « stock » de connaissances. La recherche scientifique est appelée à résoudre certains problèmes concrets de l’organisation et à proposer ainsi de nouvelles directions de développement de la théorie et de la science du management. Le but principal de notre ouvrage est d’offrir un support épistémologique et méthodologique à la recherche en entreprise et à la recherche théorique fondamentale pour l’économie et le management afin d’aider et de soutenir le chercheur, notamment le chercheur en formation, dans sa quête systématique de solutions, de réponses, d’explications aux problèmes particuliers ou généraux du management de l’organisation.

Chapitre 1
REPÈRES ÉPISTÉMOLOGIQUES
DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE EN ÉCONOMIE ET EN MANAGEMENT

1.1.– Sur la théorie de la connaissance scientifique

La connaissance est un réflexe de la curiosité humaine aussi bien qu’un impératif de la survivance. L’homme ne serait probablement jamais devenu un animal conscient de sa propre valeur s’il n’avait pas eu, dès le commencement, le désir de connaître. Que l’initiative fût déterminée par l’exhortation d’une entité supérieure ou souveraine ou bien provoquée par une pulsion intérieure, cela ne présente plus aucune importance. N’est pas non plus signifiant le fait qu’au commencement, la connaissance s’est accomplie vers soi ou vers un monde extérieur à l’homme lui-même. Nous pourrions, à juste titre, accepter comme étant plausible l’hypothèse des débuts de la connaissance du monde extérieur pour répondre aux menaces les plus dangereuses sur les sources et les ressources nécessaires à la survivance. Cet aspect n’est pas non plus significatif pour expliquer le besoin de connaissance et, partant, de recherche. En revanche, il soulève une question à laquelle nous voudrions bien apporter une réponse. La réponse que nous proposons, une simple hypothèse puisque nous sommes dans le domaine de la supposition, est que cela constitue le point de départ de ce que nous appelons connaissance scientifique. Or, pour aboutir à la connaissance scientifique, la recherche (scientifique) s’impose. La notion de « scientifique » ainsi introduite est vouée à opérer une disjonction entre ce qui est fortuit et général et ce qui est, ou peut devenir, systématique, organisé et fondé sur la rigueur (à savoir sur des principes, règles, procédures, arguments, etc.). Car nous distinguons la connaissance dans son sens le plus général et commun, de celui qui nous permet la valorisation des sens naturels afin de cerner les dimensions explicites du monde (la réalité apparente) de la connaissance scientifique, créée et développée depuis si longtemps par notre espèce intelligente et intégratrice, et par le biais de laquelle nous transgressons la réalité évidente à la limite des sens communs.

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Il est intéressant de remarquer que l’appellation « scientifique » entraîne, pour bon nombre d’entre nous, une impression de surréalisme ou d’ésotérisme, de quelque chose de bien gardé, dont l’accès est limité. Ne pas se laisser impressionner et passer outre est cependant nécessaire. Pour cela, il vaudrait mieux ramener la recherche scientifique au plus près du réel où elle devient en fait, accessible et réalisable, même si c’est à des niveaux différents de profondeur et d’étendue des résultats. En outre, la recherche est spécialisée et, quand nous la définissons comme accessible et réalisable, nous envisageons par là le rapport à un groupe humain qui, par des méthodes adéquates de formation, d’exploitation et de valorisation, a acquis des compétences spécifiques relatives à un domaine donné. Ce seul aspect pourrait suffire à établir une distinction entre connaissance scientifique et connaissance commune. Maîtriser l’ensemble des connaissances liées à un domaine entraîne presque automatiquement d’autres éléments distinctifs : langage (spécialisé), forme (cohérence logique), etc. La théorie de la connaissance suppose, d’une certaine manière, l’analyse de la science de différents points de vue : historique (l’évolution de la science et des préoccupations pour l’explication de la réalité), psychologique (la structure mentale et l’implication du sujet-chercheur par ses qualités innées et acquises dans la création scientifique), méthodologique (l’étude des tactiques et stratégies, des méthodes et techniques, des outils et procédés utilisés dans la recherche scientifique), sociologique (la relation entre le climat social et la connaissance), logique (la façon de produire et de généraliser des énoncés scientifiques), etc. La réflexion sur la science en tant que système d’idées unitaire et cohérent se réalise par le biais de l’épistémologie, probablement la partie la plus importante de la théorie de la connaissance avec laquelle elle est plus d’une fois confondue. L’épistémologie, sur laquelle nous nous attarderons par la suite, opère l’étude critique de la connaissance et des connaissances, aussi bien que des moyens à travers lesquels celles-ci se produisent, s’accumulent, se systématisent et participent tant à l’édification de la science en général qu’à ses diverses branches en particulier. Qui dit épistémologie dit méthodologie de la recherche, qu’elle englobe par ailleurs. Tout comme pour la première, il existe une dimension générale de l’épistémologie, qui renvoie à la théorie de la connaissance scientifique, et une dimension particulière, en rapport avec une certaine branche ou un domaine donné de la connaissance. Nous envisagerons l’épistémologie du management dans ce sens particulier, de même que la méthodologie de la recherche en management, dans un rapport étroit avec l’épistémologie et la méthodologie de la recherche en économie et, partant de là, avec l’épistémologie générale et la théorie générale de la connaissance.

Chapitre 1. REPÈRES ÉPISTÉMOLOGIQUES DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE EN MANAGEMENT

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1.2. – Connaissance commune et connaissance scientifique

La recherche scientifique consiste en la quête orientée et systématique d’explications à des phénomènes et processus réels ou imaginaires, ainsi que des solutions à des problèmes existants ou créés afin d’être résolus, ou bien encore à des problèmes que l’on propose, tout simplement, mais qui présentent intérêt et importance pour les sciences ou pour la vie au quotidien. L’idée selon laquelle la recherche s’applique à fournir des explications ou des solutions aux problèmes réels de l’existence et du devenir, aux manifestations du monde matérielphysique et du monde spirituel-humain est par trop restrictive et pourrait obscurcir certains horizons de la connaissance. En une expression laconique et quelque peu savante, nous pourrions toutefois nous en tenir à une définition plus large et plus rigoureuse, mais toutefois moins généreuse, tout en laissant au libre arbitre de chacun la possibilité de considérer comme recherche, avec une valeur scientifique moindre, ce que l’on entreprend pour défricher des zones du réel, de l’imaginaire ou d’autres zones encore – où domine plutôt le pragmatisme – de la recherche quotidienne des réponses aux problèmes communs, mais dont la solution ne procède pas de ce que l’on appelle « connaissance commune ». Les épistémologues et ceux qui s’intéressent à la logique de la recherche proposent des formules bien évidemment plus savantes. « Formuler et tester de manière systématique certains énoncés et systèmes d’énoncés » ou bien, pour les sciences empiriques, « formuler des hypothèses, créer des systèmes théoriques et les confronter à l’expérience, par observation et expérimentation » sont des expressions réductrices du sens général que l’on peut attribuer à la recherche scientifique, qui exclut des activités hasardeuses de recherche et de défrichage vouées à offrir plutôt des avis rationnels et des solutions concrètes aux activités courantes que des explications savantes, orientées vers la généralisation et la théorie complexe. L’économie, en tant que théorie générale, ainsi que ses extensions appliquées qui ont valeur de règles, de principes, de recommandations et même de solutions pour l’initiation et le développement de l’action, entreprend des recherches dans les deux directions, en généralisant et en formulant des théories d’un côté, en cherchant et en trouvant des solutions pour entamer, consolider et améliorer l’action de l’autre. Les efforts entrepris dans la seconde direction sont moins spectaculaires mais bien plus nombreux et plus efficaces en tant que générateurs de solutions et de recommandations à court et à moyen termes. La recherche économique peut être entreprise tant par les théoriciens véritables, motivés par le désir de généralisations rationnelles ou irrationnelles (voir la reconnaissance des résultats des recherches des prix Nobel décernés en 2002), que par ceux qui créent de nouveaux instruments financiers, par ceux qui

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DUMITRU ZAIT, ALAIN SPALANZANI

améliorent les techniques formelles des mathématiques pour résoudre les problèmes courants de la gestion de la production ou encore par ceux qui sont soucieux d’identifier les besoins des clients pour adapter leur offre... Il convient maintenant d’avancer une explication concernant l’assertion antérieure sur le caractère disponible et réalisable de la connaissance scientifique. La connaissance scientifique est généralement associée – et pas seulement par le commun des mortels – à certaines qualités spécifiques qui dépassent de loin la moyenne contemporaine. Dès lors, la recherche scientifique ne peut être menée que par ces hommes-spécialistes surdoués et formés dans des écoles et laboratoires du plus haut niveau, des individus à même de découvrir, ou tout au moins d’innover, parce qu’ils sont considérés comme étant fournisseurs de nouveauté absolue du monde où ils vivent. Ce stéréotype est aussi intimidant pour la grande majorité des gens que pour ceux qui sont spécialisés dans un certain domaine. Dans le monde de ceux qui possèdent un diplôme en administration des affaires (management, marketing, finances…), des syntagmes tels que « connaissance scientifique » ou « recherche scientifique » sont bien des fois considérés, à tort, comme s’appliquant aux seuls domaines et sciences soi-disant durs : mathématiques, physique, biologie… donc non accessibles à tous les mathématiciens, physiciens, biologistes… sinon à quelques élus du sort et des circonstances (voire le recrutement dans un laboratoire ou dans une équipe de recherche de haut vol). Et pourtant la connaissance et la recherche scientifique sont parfaitement possibles et accessibles à tout diplômé d’une certaine spécialisation en tel ou tel domaine (j’envisage particulièrement la formation universitaire qui assure, en théorie et au moins en principe, l’élaboration des concepts et d’un système logique propre au domaine respectif ; il ne faudrait toutefois pas considérer comme exceptionnels les cas où des individus sans formation universitaire mènent à bien des activités de recherche scientifique). La connaissance et la recherche sont mises en œuvre, avec des résultats normaux, sans pour autant être envisagées comme telles. Il est possible qu’une étude de marché ou de faisabilité représentent, pour bon nombre d’individus, une activité de recherche. La conception d’une grille salariale ou d’un audit financier ou commercial constituent également des activités de recherche. Nous essayons ici d’opérer une disjonction plus banale entre ce qui est et doit être envisagé comme connaissance et/ou recherche scientifique et ce qui est/ou devrait être considéré comme connaissance commune, voire routinière (opérations qui se répètent, qui n’impliquent pas de manière effective la logique et qui ne sont pas susceptibles d’apporter des informations supplémentaires à

1.2.1. La normalité de la connaissance scientifique

Chapitre 1. REPÈRES ÉPISTÉMOLOGIQUES DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE EN MANAGEMENT

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un savoir préexistant), travail brut, recueil (s’il se rapporte uniquement au recueil de faits, d’informations, comme des produits ou des gains qui ne procèdent pas d’une activité antérieure (labourage, semailles, élaboration de questionnaires ou grilles de questions, etc.) ou ultérieure (transformation, interprétation, analyse, synthèse, finissage, etc.). Les prétentions de certains spécialistes à construire une plate-forme isolée et mystérieuse réservée à la connaissance scientifique, y compris la recherche scientifique, semblent exagérées et très onéreuses. Une telle séparation est par trop conventionnelle et, en outre, n’est assise sur aucun élément concret. Toutes rigoureuses que soient la connaissance et la recherche scientifique, on ne doit pas les mythifier. On pourrait éventuellement opérer une classification de la recherche scientifique en fonction de ses dominantes généralisatrices-théoriques ou à champs d’application particulier, sans pour autant ignorer l’espace susceptible de couvrir toute la gamme d’activités qui aboutit, d’une manière ou d’une autre, à de nouveaux résultats, différents de ceux obtenus antérieurement et qui sont reconnus comme tels. Il s’ensuit que la connaissance scientifique se réalise par la recherche scientifique, afin d’apporter des éléments de nouveauté et, par conséquent, qu’elle n’implique pas de manière exclusive la découverte, l’invention ou l’innovation. Nous ne saurions toutefois éviter la distinction par rapport à la connaissance commune. Pour opérer une telle distinction, il faudrait avoir recours tant à un certain bon sens implicite qu’à des critères nécessairement objectifs, et revenir à la signification reconnue et acceptée de façon unanime de ce que l’on appelle « connaissance scientifique ». La limite entre la connaissance scientifique et la connaissance commune (ou à toute autre forme de connaissance : il peut s’agir d’une connaissance profane ou d’une connaissance sacrée, par exemple) doit être posée plutôt pour des raisons éthiques que philosophique ou scientifique. Il faudrait évoquer également un argument de nature motivationnelle, d’une certaine manière non éthique mais associé à l’orgueil de la productivité et de la performance dans la recherche scientifique. Le principal élément de distinction entre la connaissance scientifique et la connaissance commune est lié à la façon dont chaque individu puis, par la suite, tous les individus, participent à la création et au développement du patrimoine de connaissances. La connaissance commune, qui réalise la nouveauté dans n’importe quel domaine d’une manière spontanée et accidentelle, n’est pas, de ce point de vue, spécialisée ou différenciée. Elle donne lieu à des généralisations par transfert physique d’information, expérience, règle ou méthode. En

1.2.2. Particularités de la connaissance scientifique