La révolution communicationnelle

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296304376
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LA REVOLUTION

COMMUNICA TIONNELLE

Les enjeux du multimédia

@L'HARMATTAN, 1995 ISBN: 2-7384-3348-0

François du Castel

LA REVOLUTION COMMUNICA TIONNELLE
Les enjeux du multimédia

Editions L'Harmattan 5 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

Oeuvres récentes de l'auteur

1980 1987 1989 1989 1990 1990 1991 1991 1991 1993 1993 1994 1994 1994 1994

Télécommunications objectif 2000, sous la direction d'A. Glowinski, Dunod, (participation de l'auteur). Casse avenue de Ségur, A. de Guers, Ed. Alain Moreau, (pseudonyme collectif avec l'auteur). L'ordre communicationnel, La Documentation française, (dirigé par l'auteur avec P. Chambat et P. Musso). Une révolution par l'intelligence, Messidor/Avancées, (participation de l'auteur à un collectif sous le pseudonyme L. Rossel). Le Centre national d'études des télécommunications, 1944-1974, CRCT, (coordination de l'auteur et de F. Lavallard). Communications et territoires, sous la direction de H. Bakis, La Documentation française, (participation de l'auteur). Au coeur des mutations, Messidor/Avancées, (participation de l'auteur à un collectif). Communiquer, Collection La science et les hommes, Messidor, (oeuvre de l'auteur avec D. BalIini et P. Musso). Entreprises et territoires en réseau, sous la direction de F.Rowe et P. Veltz, Presse Ponts et chaussées, (participation de l'auteur). Dictionnaire encyclopédique et critique de la communication, sous la direction de L. Sfez, PUP, (participation de l'auteur). Les télécommunications, France Télécom, X.A. Descours/BergerLevrault international, (dirigé par l'auteur). Pour une citoyenneté européenne, sous la direction de P. Bauby et JC. Boual, Ed. de l'Atelier, (participation de l'auteur). Affrontements, CGT Isérès, V.O éditions, (participation de l'auteur). Les télécoms en questions, Ed. de l'Atelier (participation de l'auteur à un collectif sous le pseudonyme A. Leray) La révolution communicationnelle, Ed. de l'Atelier (oeuvre de l'auteur)

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Sommaire

Introduction Les nouvelles Chapitre 1 L'information Chapitre 2 La complexité Chapitre 3 L'intelligence Chapitre 4 Le désordre Chapitre 5 La culture Chapitre 6 La société Chapitre 7 Le monde
Concl usi on

technologies

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et la communication

15

technologique

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dans le travail..

63

dans les entreprises

81

technologique

l 01

de communication

.129

de la communication...

.151

L I alternative

.173
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A la mémoire de René Le Ouen qui m'a appris à jeter un regard politique sur les problèmes techniques

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INTRODUCTION

LES NOUVELLES

TECHNOLOGIES

L'expression "nouvelles technologies" est devenue courante pour désigner un ensemble de techniques qui se sont développées depuis les dernières décennies. Comme il arrive souvent, l'expression courante est impropre, puisqu'il s'agit moins de technologies, mot qui désigne plutôt des procédés et des composants de base, que de techniques, c'est-à-dire de systèmes regroupant un ensemble de ces procédés et composants. La confusion provient de l'anglais qui, plus pauvre que le français, confond technique et technologie dans le seul mot technology. Mais c'est l'usage qui décide en matière de vocabulaire. Malherbe disait déjà: "Les charretiers de Port-au-foin sont nos maîtres en fait de langage". Dans la suite du livre, on utilise indifféremment "nouvelles technologies" ou "techniques nouvelles" pour désigner ces évolutions techniques. Le contenu des nouvelles technologies peut varier selon les auteurs. Dans cet ouvrage, il est question de trois domaines, hier disjoints, aujourd'hui rapprochés. L'informatique est composée des moyens qui permettent le traitement de "données" représentant des "informations", ce mot pluriel étant pris dans un sens très large, depuis de simples caractères jusqu'à des objets complexes. L'audiovisuel est entendu comme un ensemble d'images animées dans le temps et associées à des sons, avec les moyens de leur mise en oeuvre, pour un usage résidentiel et pour des utilisations professionnelles. Les télécommunications sont comprises dans un double sens. Dans le sens de "réseau", elles 9

assurent le transfert d'une "infonnation". Ce mot au singulier regroupe des "infonnations" élémentaires ou "signes" et leur ajoute un "sens". Les infonnations sont présentées sous fonne de sons, de données informatiques, d'écrits, d'images ou d'audiovisuel. Dans le sens de "services", les télécommunications mettent en "communication" des personnes entre elles ou avec des machines. Information et communication sont les maîtres mots de cet ouvrage. Ces trois techniques sont devenues d'usage quotidien dans la société moderne, comme outils de travail ou dans la vie courante. Leur complexité interne est masquée aux yeux de l'utilisateur, qui voit seulement la "convivialité" de leur utilisation. Cette opposition est le propre d'une technique moderne. De même, la conduite d'une automobile ne nécessite pas de connaître le fonctionnement du moteur. En se répandant dans la société, les nouvelles technologies ont agi sur elle sous bien des aspects. La vie des individus, les comportements sociaux, le fonctionnement des entreprises, les fondements de l'économie, les bases culturelles de la société ont été influencés par la pénétration de ces techniques. Le rôle de celles-ci comme facteur socio-économique avait déjà été perçu par des observateurs comme Gaston Bachelard par exemple. Plus récemment, le sociologue Yves Stourdzé avait trouvé une formulation élégante: "L'éclosion d'une technique n'est jamais l'entrée innocente d'un objet neutre dans un milieu indifférent". En tennes plus concis, René Le Guen souligne que "la technique n'est pas socialement neutre". Cette constatation est pourtant mal perçue dans les milieux encore influencés par le "technicisme", c'est-à-dire par l'idée venue du siècle précédent et pour laquelle tout progrès technique est porteur d'un progrès social. A la rigueur, on reconnaît que les usages d'une technique peuvent être porteurs de progrès ou de régression, mais que ce soit la technique elle-même qui agisse sur la société, cela semble une idée plus difficile à faire admettre. Ce livre veut être une illustration de ce concept de non-neutralité des nouvelles technologies. Au cours de leur histoire, le statut de ces techniques nouvelles a changé. Les télécommunications sont les plus anciennes. Le téléphone a d'abord été un moyen réservé au pouvoir d'Etat. Sa 10

pénétration a été ensuite limitée aux "notables" et était liée à leurs affaires. Il a fallu, en France, attendre les années 1970 pour que le téléphone devienne un moyen de communication de masse. Depuis lors, les moyens de télécommunication se sont multipliés et diversifiés. Le rôle des opérateurs publics dans un développement géographique et social équilibré est aujourd'hui remis en question, au profit d'une approche concurrentielle. L'informatique est née aux Etats-Unis pendant la dernière guerre mondiale. Dès l'origine, deux de ses initiateurs s'opposaient. John von Neuman y voyait un moyen devant être réservé aux besoins gouvernementaux et exploité seulement par des professionnels. Norbert Wiener plaidait au contraire pour des systèmes ouverts et accessibles à tous. En réalité, l'informatique fut d'abord un outil de professionnels et devint ensuite un produit grand public. Elle est aujourd'hui devenue un moyen généralisé d'information, avec le progrès des micro-ordinateurs, et plus récemment un outil de communication, avec la mise en réseau des équipements informatiques. Dans l'audiovisuel, la radio-diffusion commence avec

Heinrich Hertz à la fin du XIX 0 siècle. Elle est d'abord utilisée
pour des besoins militaires. Elle ne devient accessible au grand public qu'entre les deux guerres mondiales. La télévision, techniquement plus complexe, n'apparaît qu'après la dernière guerre. Dans la plupart des pays, elle est alors, comme la radiodiffusion, un instrument d'Etat et celui-ci en contrôle le contenu et les usages, avant d'en accepter l'indépendance dans les années 1980. Les réseaux câblés, les satellites et la numérisation des images commencent à transformer l'audiovisuel et ses usages. Ainsi, pour les trois techniques, on trouve un cheminement semblable, mais couvrant une période de temps variable: un usage réservé à l'Etat d'abord; ensuite sous le contrôle de l'Etat, une ouverture vers les besoins de l'économie ou de la politique; enfin un accès ouvert au grand public. Le processus d'''appropriation sociale" est plus ou moins rapide selon les cas. Le rôle de chaque technique dans la société a été différent selon la période traversée, leur effet global croissant avec la pénétration sociale. La période contemporaine est marquée par de nouveaux bouleversements.

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Il est intéressant de constater que, dans les pays dits du "socialisme réel", on retrouvait les mêmes stades d'évolution, mais sans avoir dépassé les deux premiers, voire même le seul usage d'Etat! On traite dans cet ouvrage des nouvelles technologies dans leurs utilisations professionnelles et résidentielles. Pour les premières, on constate une évolution récente dans leur appréhension. Pendant plusieurs décennies, les investissements correspondants ont été constants, avec le sentiment que ces techniques détenaient, au moins pour une part, la clé de la modernisation des sociétés avancées. Aujourd'hui, les investissements stagnent ou régressent et les techniques sont accusées de toutes les difficultés rencontrées, à commencer par le chômage. Faut-il crier "haro sur la machine!", comme au temps des canuts, ou bien ne convient-il pas mieux de comprendre le contenu nouveau de ces techniques, d'examiner les conditions de leur introduction dans la société et le rôle socio-économique que ces techniques détiennent dans le contexte de la période actuelle? C'est une des questions auxquelles ce livre tente de répondre. Depuis le début des années 1980, le développement des techniques nouvelles a été marqué par la rencontre conflictuelle des télécommunications et de l'informatique et par le rôle dérégulateur qu'y ont joué les grandes entreprises. Aujourd'hui la rencontre de ces deux techniques avec l'audiovisuel pose des problèmes nouveaux, encore peu analysés, dont ce livre cherche à comprendre les enjeux. L'importance de l'impact socio-économique des techniques de l'information permet de parler de révolution et, parmi ces techniques, la place prépondérante qu'y détient la circulation des informations autorise à y joindre l'adjectif communicationnelle. Le plan du livre adopte une démarche par objet social ou économique. Cette démarche permet de séparer les domaines principalement concernés par l'interaction des techniques nouvelles et de la société contemporaine. Elle permet aussi d'aborder par des approches différentes les principaux thèmes de cet ouvrage: l'importance des services publics, la nécessaire responsabilisation des acteurs de ces techniques, le poids de l'environnement européen et international, les enjeux humanitaires des nouvelles technologies.
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Les deux premiers chapitres cherchent à comprendre la nature de ces techniques et leurs incidences économiques et sociales. On traite ensuite du domaine professionnel, avec un chapitre sur la transformation du travail qui résulte de l'essor de ces techniques, et un autre sur l'évolution des entreprises qui en est la conséquence. On aborde alors trois chapitres portant sur les problèmes sociaux qui sont impliqués par la pénétration des nouvelles technologies dans la société, tant au niveau des activités dans la vie courante, qu'à celui de la société dans son ensemble et du monde dans sa globalité. En guise de conclusion, on rassemble les constations effectuées pour dégager le choix posé aujourd'hui entre deux types d'évolution opposés, et pour montrer les conditions de ce choix. Une annexe explicite les sigles utilisés, ce qui évite de le faire dans le texte. Une autre indique quelques publications récentes où l'auteur a trouvé des analyses qui lui ont paru pertinentes et où le lecteur pourra trouver un complément d'information et les références des auteurs cités dans le texte. L'auteur n'est pas sociologue, mais technicien. Au cours de sa carrière d'ingénieur des télécommunications, il a été conduit, tant par ses goûts personnels que par son engagement dans la société, à réfléchir aux implications sociales et économiques des techniques sur lesquelles il travaillait et à favoriser un dialogue souvent difficile entre les acteurs des deux disciplines, la technique et la sociologie. Cet ouvrage est la synthèse de notes et d'articles divers publiés précédemment, où le technicien ose parfois s'aventurer dans le domaine des sociologues.

F. du Castel Paris, mars 1995

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CHAPITRE 1

L'INFORMATION

ET LA COMMUNICATION

Chaque citoyen d'un pays avancé rencontre les nouvelles technologies, parfois de façon visible, parfois non. La partie visible est composée des équipements propres à l'utilisateur: le micro-ordinateur, le téléphone ou le téléviseur sont les appareils les plus courants. Une autre partie est invisible à l'utilisateur. Par exemple, la référence d'un produit dans un supermarché ne lui apparaît que comme une étiquette marquée de barres, sans qu'il en comprenne le sens, ni l'utilisation; ou bien le réseau de communication auquel est connecté le "micro" ou le téléphone n'est vu que par le connecteur d'extrémité, parfois quelques poteaux le long des routes, sans que l'utilisateur en comprenne le fonctionnement, ni la complexité. Les équipements visibles d'utilisation banalisée ne peuvent pas non plus laisser imaginer, sauf expérience personnelle, tous les autres équipements et systèmes d'emploi plus spécialisé, ni,toutes les utilisations qui peuvent en être faites. Ainsi, l'usage ordinaire d'un micro-ordinateur équipé d'un traitement de texte ne peut laisser percevoir ce que peut être, ni à quoi peut servir sa grande soeur, la "station de travail" professionnelle, connectée à un "serveur multimédia". De même, la réception usuelle de chaînes de télévision télédiffusées ne peut permettre de comprendre ce que peut être la pratique d'un audiovisuel de formation "interactif', branché sur un "réseau câblé", si l'on n'a jamais eu l'occasion de se familiariser avec un tel produit. 15

Autrement dit, seule est visible la partie émergée du grand iceberg des techniques de l'information et de la communication. Pour comprendre le propos de ce livre qui est orienté vers les usages, une première approche du contenu complet de ces techniques apparaît nécessaire. Les nouvelles technologies dans la vie professionnelle

L'évolution des techniques destinées à des usages professionnels n'est pas la même que pour celles utilisées dans la vie hors travail. La présentation de ces techniques nécessite une séparation par les usages, même si des rencontres et des passages d'un usage à l'autre sont possibles. Ainsi le minitel est parti du résidentiel pour devenir aussi un outil professionnel, alors que la télécopie commence à faire le chemin inverse. C'est surtout l'utilisation professionnelle qui joue un rôle d'entraînement dans le développement des techniques de l'informatique et des télécommunications; c'est l'inverse pour celles de l'audiovisuel. Dans la vie professionnelle, le lieu de travail d'un employé ou d'un cadre est généralement équipé d'un téléphone, de plus en plus souvent d'un micro-ordinateur, parfois d'un minitel. Un télécopieur n'est jamais très loin. Tous ces objets ont des prolongements; ils s'inscrivent dans un ensemble qui a des origines plus ou moins lointaines et qui s'ouvre sur des développements plus ou moins perceptibles. Le téléphone vient du XIX 0 siècle et ses progrès ont été lents. Le poste téléphonique transforme les sons acoustiques en signaux électriques et il y ajoute des signaux d'acheminement. Le réseau téléphonique qui transporte ces signaux s'est assez vite organisé en un réseau local, étoilé autour d'un "central" téléphonique, et un réseau national, maillé entre des centres de "transit". Le réseau local peut être intérieur à une entreprise et organisé autour d'un central privé. Le maillage national permet un choix de routes pour acheminer la communication. Les artères de "transmission" du réseau national interconnectent les "commutateurs" des centres de transit. La transmission utilise des câbles, qui furent "coaxiaux" et deviennent à base de "fibres optiques". Celles-ci offrent des affaiblissements plus faibles et des capacités de transport plus grandes. La transmission passe 16

aussi par la voie radioélectrique, et elle a utilisé d'abord des liaisons entre "tours hertziennes", avant de passer surtout par des liaisons par "satellites" de télécommunications. La commutation, initialement à base de relais électro-mécaniques, s'est progressivement informatisée et numérisée; elle offre maintenant une grande souplesse dans la gestion des communications. Le réseau téléphonique est mondial et tout abonné peut communiquer avec 750 millions d'autres abonnés. Dès l'origine, l'idée à prévalu du réseau universel dans son accès et dans sa couverture. Théodore Vail, le premier président de la compagnie américaine de téléphones, définissait au début de ce siècle la téléphonie par: "Une seule politique, un seul système, un service universel". Dans cette logique, le réseau téléphonique a été exploité, dans la plupart des pays, par des services publics coordonnant leur action dans des Unions internationales. La remise en cause aujourd'hui des réseaux publics est la conséquence de choix politiques, plus que de réalités économiques. Les deux principales innovations des dernières décennies concernant le téléphone ont été l'électronisation et la numérisation. La première a permis de gérer la communication avec toute la souplesse d'un système informatique. La seconde consiste à représenter le signal par une série de chiffres binaires, des 0 et des 1. On peut ainsi traiter le signal par un ordinateur, pour l'adapter au support et le restituer à l'arrivée sans défaut. Ces évolutions ont permis un gain en qualité et en coût; elles ont donné accès à une téléphonie plus conviviale, grâce à des aides à la communication; elles ont ouvert la possibilité de services nouveaux, comme l'accès à des sources d'informations verbales. Elles ont surtout apporté l'ouverture à une utilisation du réseau téléphonique pour d'autres signaux que les sons et d'abord pour ceux de l'informatique. On parle de réseau "multiservice" lorsque plusieurs types de signaux sont véhiculés sur le réseau. La mobilité représente une autre évolution de la téléphonie. Avec le radiotéléphone, on peut communiquer hors du lieu de travail, soit en voiture avec des services comme "Radiocom 2000 ou "Itinéris", soit à pied avec des services comme "ltinéris" ou"Bi-bop". Le poste mobile est relié à un réseau de stations hertziennes desservant des zones contiguës. Pour le radiotéléphone, un système de repérage permet le passage
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automatique d'une zone à une autre et assure ainsi la continuité de la communication pendant le déplacement. Le réseau hertzien est relié au réseau général. Comme ce dernier, le radiotéléphone se numérise et devient multiservice en s'ouvrant aux données informatiques. En raison de son prix, le radiotéléphone est encore un outil pour cadres, mais la numérisation, en abaissant les coûts, en permet une diffusion plus large. Le système de localisation avec dépôt d'un court message, comme le service "Alphapage", est un service plus simple qui utilise un petit récepteur de poche, ou même un bracelet, et qui avertit d'un numéro à appeler ou d'un rendez-vous. A travers toutes ces améliorations et parmi tous les services de télécommunications, le téléphone demeure de loin le principal moyen de communiquer, parce qu'il apporte une liaison directe de personne à personne, en utilisant le sens humain le plus riche de contenu social, la voix et sa parole. Les entreprises et les professionnels occupent en France 10 millions de lignes d'abonnés sur les 40 millions en service. Ils sont les plus gros utilisateurs du téléphone, même si les entreprises en ont des approches plus ou moins ouvertes, allant parfois jusqu'à fermer certains accès, comme l'international, sans regarder toujours les enjeux de la communication d'entreprise. Dans certains bureaux de direction, l'image du correspondant complète sa parole téléphonée dans le service du "visiophone". L'image animée occupe une deuxième ligne d'abonné, dans le réseau qui est devenu numérique et multiservice sous le nom de "RNIS". Un système complexe de compression de l'image est nécessaire pour pouvoir la transporter sur une ligne de parole. Autre outil de travail, le micro-ordinateur représente l'aboutissement d'une technique moins ancienne que le téléphone, puisque l'informatique est née après la dernière guerre mondiale. Pour des raisons qui tiennent à l'état des technologies, tout autant qu'à une conception très hiérarchisée de son utilisation, l'informatique a débuté par des systèmes centralisés, les ordinateurs. Organisé autour d'un "processeur", associé à une "mémoire" centrale, et à des "périphériques" d'accès, un ordinateur traite des informations, les "données", qui sont présentées sous forme binaire. Le traitement est réalisé par le processeur, à l'aide de programmes, les "logiciels", qui sont stockées dans la mémoire ou dans des périphériques et qui sont
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commandés par un opérateur à l'aide d'un "langage" informatique. Les progrès technologiques en circuits intégrés et en mémoires ont permis une miniaturisation des équipements. Celle-ci a conduit à une séparation des fonctions entre les ordinateurs centraux, dont la puissance est adaptée à des problèmes complexes, et les micro-ordinateurs, ou familièrement les "micros", qui sont des périphériques devenus "intelligents", c'est-à-dire capables de traiter eux aussi les données, mais à un niveau plus simple. Un nouveau pas dans la miniaturisation rend les micro-ordinateurs "portables", c'est-à-dire leur donne une mobilité qui diversifie leurs types d'emploi. Dans la répartition des fonctions entre ordinateur et micros, l'informatique devient "distribuée", avec l'apparition d'un troisième système, la "base de données" qui permet de stocker une grande quantité de ressources en informations. Entre l'ordinateur central, des micro-ordinateurs distribués et des bases de données distantes, des échanges sont vite apparus nécessaires et des "réseaux locaux" informatiques se sont mis en place dans les entreprises. Si les micro-ordinateurs deviennent un instrument de travail courant, l'équipement des entreprises et des professionnels est encore inégal. On compte en France, en 1993, plus de 15 millions de micros, dont une petite moitié est connectée à un réseau. Ces micros sont équipés en quasi totalité de logiciels de traitement de textes et de "tableurs" de présentation; moins de la moitié possède un logiciel de publication ou sont munis d'un système de gestion de base de données; un quart utilisent des logiciels spécifiques de gestion ou de comptabilité. Le minitel complète souvent le téléphone sur un bureau. C'est le terminal d'un système de téléinformatique, le "vidéotex", qui accède à un réseau de données spécialisé, le réseau "Transpac" en France, via le réseau téléphonique local, à l'aide d'un adaptateur appelé "modem". Le réseau Transpac a été introduit pour permettre les échanges entre ordinateurs, grâce à une mise en "paquets" des informations initiales. Le vidéotex est un gros utilisateur de Transpac. Il permet d'accéder à des "serveurs" qui gèrent des bases de données. Leurs informations, sélectionnées

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