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La scierie française et ses enjeux

De
190 pages
Des pistes stratégiques sont ouvertes et s'appuient sur l'expérience de scieurs qui sur le territoire ont compris qu'il faut produire moins pour vendre mieux. Les enjeux de développement, considérables, par le bois et par la place des scieries sur leur territoire, sont explicités afin de rendre pertinente l'analyse globale des situations. L'éclairage distancié sur la profession, donné par l'Observatoire du métier de la scierie, dresse de nouveaux plans d'action pour optimiser les relations entre producteurs de sciages, fournisseurs et acheteurs.
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LA SCIERIE FRANÇAISE ET SES ENJEUX

@L'Hannatian,2005 ISBN: 2-7475-7857-7

EAN : 9782747578578

Maurice CHALA YER

LA SCIERIE FRANÇAISE ET SES ENJEUX

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16 HONGRŒ

L'Harmattan Italla Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALŒ

DU MEME AUTEUR ROMANS: SaI!a des 2ens du bois et de la scierie
Tome 1 Editions Tome 2 Editions Tome 3 Editions : Les promesses du haut pays De Borée 1999 : La paix des collines De Borée 2000 : Retour à Rochessac Historic'one 2002

Etude socioorofessionnelle
La scierie française : un métier d'expert Editions l'Harmattan 2002

A Lucie Gantes et à Bruno Salomon pour leur précieuse collaboration dans la conceptualisation d'une nouvelle vision de la scierie.

A Patricia et Hélène pour leur aide et leur soutien dans la mise en place de l'Observatoire du Métier de la Scierie.

« La sollicitude qu'un peuple témoigne à ses forêts marque le degré de sa culture intellectuelle et de son éducation morale» Charles Flahaut

Avertissement D'autres voies de développement du secteur de la scierie française existent. Les développements qui suivent vont le démontrer. En effet, le «monde technicien », où seuls comptent le rendement, l'efficacité, la performance, entraîne la production de sciage vers le toujours plus avec le toujours moins d'entreprises et de salariés. Dans cette escalade ou dégringolade, le risque est grand de voir s'éteindre un réseau de micro-entreprises atomisées sur le territoire au profit de quelques mégastructures régnant sans partage sur les principaux massifs forestiers français. Il semble que l'on s'achemine vers une telle perspective, alors que les fusions acquisitions se font dans les bureaux feutrés des grands groupes capitalistiques. Le seul objectif est celui de l'intensification des moyens en tant que tels. Calqué sur le modèle de l'économie libérale mondialisée, le secteur de la première transformation du bois n'échappe pas à la règle qui consiste à fonctionner sur un principe de concurrence qui interdit que l'on ne s'arrête .iamais pour envisa2er les finalités de l'augmentation incessante des forces productives. Preuve en est qu'en trente ans, on a triplé la production moyenne et annuelle de sciage par salarié, alors que se divisait par trois la masse salariale.
1970 : 9 000 scieries - 45 000 salariés = - 180 m3lhomme et par an 2001 : 2 501 scieries - 16 000 salariés = + 670 m3/homme et par an

II faut, quoiqu'il advienne et quoiqu'il puisse en coûter, développer pour développer, progresser ou périr. Plus personne ne sait à vrai dire si le développement des moyens de production procure au fmal davantage de liberté et surtout davantage de développement économique aux tenitoires et au métier.

Le mouvement est devenu essentiel. Dans l'économie de compétition mondialisée, le progrès est assimilable à une nécessité biologique. En effet, une scierie qui ne se comparerait pas aux autres pour tenter sans cesse de progresser serait très rapidement vouée à la disparition pure et simple. La problématique est que, au bout de trente années de productivisme effréné, la perspective technicienne qui favorise la performance a fait voler en éclats la logique du sens du métier au profit de la seule logique de la compétition.

EVOLUTION DES SCIERIES
Nombre de scieries toutes essences confondues
5000 4500 4000 3500 3000 2500 2000 1500 1000 500

Source: SCEES

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La boussole interne des hommes du bois a perdu le Nord dans la bataille impitoyable de la concurrence invisible et acerbe. Le sens du métier et la passion de la transformation du bois s'usent dans une lutte inégale entre «les groS» et « les petits» scieurs du pays, entre les mégagroupes du Nord de l'Europe et les petits groupes français à échelle et capitaux familiaux, entre les 6

entreprises des pays de l'Est de l'Europe et ceux d'Asie et les pays industrialisés dont nous faisons partie. Le nerf même de la profession, celui de scier du bois et de transmettre un savoir-faire unique et spécifique serait-il en passe de dévitalisation? En effet, chacun le sait, scier du bois ne s'improvise pas. Bon nombre de ceux qui prétendaient le contraire y ont vidé leur trésorerie en même temps qu'ils ont contribué à épuiser la précieuse cagnotte du Fonds Forestier National (FFN) au détriment des «gens de métiers », pas assez ambitieux pour l'avoir sollicitée à temps! On s'étonne aujourd'hui de ne plus pouvoir recruter des compétences! Mais qu'offre-t-on comme perspective? L'écart irréversible est en train de se creuser. Mais, il est peut-être encore temps de le freiner. Pour cela, une remise à plat complète des pratiques est nécessaire. Retrouver le Nord, c'est chercher le sens qu'on voudra donner, demain, au métier de la scierie. Une priorité s'impose: celle de REPENSER LE METIER en terme d'objectifs, de finalités et surtout de perspectives de développement incluant l'ensemble du tissu actoriel du secteur de la scierie française du xxrme siècle. Un défi que ce livre propose de relever dans une conceptualisation croisée avec les témoignages de praticiens qui osent relever le pari du renouveau.

7

PREMIERE PARTIE

LA SCIERIE FRANÇAISE, DES PARIS A GAGNER

LA SCIERIE FRANCAISE A LA LIMITE DE LA CRISE? Les scieries françaises se battent pour partager la place en matière de production et de distribution de leurs produits. Dans le secteur des résineux, la concurrence vient d'Autriche et d'Allemagne, tandis que dans celui des feuillus, les Pays de l'Est, menacent un secteur très fragile. Les produits sont peu valorisés par la vente car ils subissent le leadership de la grande distribution qui impose ses règles et ses prix. A un moment de récession économique, où beaucoup de scieries sont menacées, comment s'en sortir sans brader et sans mettre en péril le devenir de l'entreprise?

Diversité des scieries à la française

Les scieries nationales transforment la ressource locale avec une diversité de structure «à la Française», régentée par un individualisme forcené de ses dirigeants sur «les affaires commerciales ». Le secteur a un savoir-faire indéniable, des produits spécifiques et traditionnels ainsi que des produits standardisés qui se sont normalisés dans le concert européen. Une «pratique d'expert», à la fois souple et pointue, et la proximité de la ressource assurent une réactivité remarquable. Les scieries essentiellement familiales sont nombreuses mais petites au regard de leurs voisines nordiques, allemandes, autrichiennes. Leur taille joue en leur défaveur au niveau de la compétitivité. Un handicap supplémentaire se greffe: leurs dirigeants ont un manque cruel de compétences en Marketing. Au fond d'eux, ces dirigeants scieurs sont encore «des techniciens », hommes de métier, qui ne se sont jamais vraiment détachés d'un passé agricole qui les lie à la terre et à la forêt.

Gagner le "pari de la vente" : le prochain défi des scieurs français Le pari de la production Le premier pari gagné par les quelque 10 000 scieries de l'aprèsguerre et de la reconstruction du pays a été celui de la production. Cette production aussi variée que hétéroclite (chaque région avait ses sections et ses produits propres) s'est achevée par le record volumétrique des 10 000 000 m3 de 1973, qui devait sceller à jamais la fin des Trente glorieuses, le plein emploi et les plus de 500 000 logements construits cette année-là! Le pari de la modernisation et de la standardisation Le deuxième pari gagné par les 5 000 scieries des années 1980 est celui de la modernisation encouragée par les pouvoirs publics et l'outil financeur FFN. C'est aussi la massification de la production accolée à la standardisation des produits voulue pour faciliter les échanges à l'exportation. Un triplement de la production par salarié qui est passé de 180 m3 par an à plus 600 m3 en 2001 mais aussi une perte sèche de près des deux tiers des emplois. Le pari de la normalisation et de la revalorisation Le troisième pari enclenché dans les années 1990 est en passe d'être gagné. Il s'agit de l'ennoblissement des sciages normalisés par le séchage, le rabotage, le traitement, profilage pour répondre aux normes et s'adapter à un marché qui souhaite de plus en plus des produits élaborés, s'adaptant facilement dans les process de seconde transformation. Le pari de la diversification Il s'enclenche peu à peu depuis 2000. C'est celui de la diversification des produits et une recherche de valeur ajoutée par le biais du collage (bois massif reconstitué, panneautage), par une mise en œuvre spécifique (habitat léger de loisir, mobilier, chalet...) ou encore par la recherche d'une «niche» (poutre équarrie conique, poutre sciée sur un face... ). Le pari de la vente C'est celui lancé aujourd'hui afin de reprendre des parts de marché à la grande distribution et de regagner une place de partenaire privilégié auprès des particuliers et des professionnels. L'enjeu est de taille. La logique de producteur doit s'associer à celle de vendeur du matériau bois sous toutes ses formes. Une logique qui consiste à faire construire, aménager et rénover en pensant au bois et à apporter des services (livraison, aide à l'autoconstruction, taille de charpente, pose...).

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Limite de crise? Elles sont 2500 scieries en France aujourd'hui, combien serontelles dans cinq ans, dans dix ans?

TYPOLOGIE DES SCIERIES
1062
Petites scieries

selon SCEES et FNB

Scieries

artisanales

< 1000 m3 sc./an

1127

Moyennes

scieries

42,4 %
216 Grosses scieries

Scieries

semi-industrielles

< 8 000 m3 sc./an

Scieries

industrieUes

45%

< 20 000 m3 sc./an

96

Scieries

Très grosses

scieries

>20000

géantes m3 sc./an

4%

Sûrement le milieu se sera encore concentré dans les secteurs des petites et moyennes scieries comme cela se produit depuis cinquante ans au fil des crises: 1973 le premier choc pétrolier, 1993 la crise de l'immobilier, 1982 et 1999 années des tempêtes et des chablis. Plus producteur que vendeur, le maillon entre forêt et matériau bois est à la limite de la crise. La concentration des négociants qui porte et surtout qui écoule « un marché de volume» tire les entreprises leader vers une course sans fm aux « prix bas ». Ce fait ne revalorise ni le savoirfaire, ni l'implication de la ressource humaine. Le système use les acteurs et leurs capitaux, plus qu'il ne les dynamisme.

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A plus ou moyen tenne, «le ras le bol» pourrait démembrer un arbre au tronc apparemment solide. Pour combien de temps encore? Cette stratégie défensive n'est pas du meilleur aloi. Mais, comment être offensif lorsque l'on part dispersé à la bataille avec un tempérament résolument individualiste et un comportement opportuniste hérité des «marchands de bois », focalisés sur l'approvisionnement? A leur corps défendant, et tant que les approvisionnements ne seront pas maîtrisés autrement que par un jeu de dupes d'une autre époque, peut-être que résolument les scieurs regarderont l'aval avec plus de sérénité.

Ouvrir des voies

Si ce n'est pas rassurant de voir partir les confrères, c'est «plutôt motivant» pour ceux qui veulent perdurer car cela les oblige à pousser des portes et à aller voir ailleurs que dans l'habituel réseau de clientèle. Un réseau acquis sur une typologie de produits et de services, mais fragile. Cependant, il y a d'autres voies qu'il faut aller découvrir, prospecter, essayer. Par exemple, l'exportation et la vente de produits spécifiques comme pour les sciages de Douglas au Japon. La recherche-développement est là pour appuyer les études de marché. Le CTBA, la FNB et les organismes interprofessionnels sont au service de la profession mais encore faut-il les solliciter, car si on ne va pas vers eux avec une demande précise, ce ne seront pas eux qui viendront proposer la recette miracle au développement de l'entreprise. Le rouleau compresseur de la concurrence avance lentement mais sûrement. Produire plus n'est pas forcément la meilleure solution (même si on veut davantage exploiter le bois) car cela accentue encore la massification et la faible rémunération. Produire plus vite selon le précepte du «juste-à-temps» en maintenant la qualité évidemment, mais surtout produire autrement en apportant: la diversité, avec des essences à« forte image ajoutée », 14

l'innovation, avec du bois séché, profilé, collé, le service, avec de la vente directe, de la livraison, le conseil, « un client heureux est un client acquis ». L'engagement devra être total. La politique d'un pas en avant et de deux en arrière selon les situations, ne peut plus fonctionner.

UNE LOGIOUE DE COMPLEMENTARITE Le grand virage sera d'entrer dans une logique de complémentarité en s'alliant avec des gens qui veulent sortir des chemins de la grande distribution et des produits standardisés pour s'engager sur des chemins de traverse peu connus. Par exemple, une brèche s'ouvre avec l'insatisfaction des clients des Grandes Surface du Bricolage (GSB) qui commencent à comprendre qu'ils sont mal servis et surtout qu'ils se font « assommer» en matière de prix. Par rapport à ce constat que pourraient faire les scieries pour capter leur attention? Un autre exemple, la Maison Ossature Bois (MOB) attire de plus en plus de Français, mais utilise beaucoup de bois du Nord donc d'importation au détriment du bois de pays! Sans parler du séchage artificiel qui n'est pratiqué que par seulement 20 % des scieurs de résineux, alors qu'en 2005 ces derniers devront vendre des sciages à l'humidité préconisée par le Document Technique Unifié (DTU) et avec marquage CE. Encore des opportunités d'affaires laissées aux bois d'importation qui, eux, sont séchés majoritairement. D'autres exemples pourraient être cités pour imager ce manque de combativité et surtout de cohésion professionnelle. De quoi se plaint-on? D'un manque de marge! Mais a-t-on cherché vraiment d'autres voies de développement qui s'ouvrent en dehors de la production stricto sensu? Le terroir est plus que jamais porteur d'une nouvelle dynamique valorisant le côté écologique, économique et social du bois.

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S'allier pour être plus forts

Pour l'instant, s'allier pour être plus forts sur le principe de la mutualisation de compétences est encore un concept flou pour les praticiens qui se demandent ce que sera leur entreprise dans un tel système coopératif. Certains, plus audacieux que les autres, ont déjà franchi le pas en associant leurs compétences dans la création en réseau: de groupement d'achats et de ventes, d'achat et d'utilisation partagés d'un matériel de production, d'une association avec un deuxième transformateur de groupements de commercialisation... Les incertitudes demeurent chez le sceptique qui constate que les «choses bougent» mais sans vouloir vraiment prendre part à la réflexion et surtout à la dynamique de changement. S'il entre dans le jeu, il se demande «ce que deviendra son entreprise dans tout cela ». Sera-t-il pris en otage dans un système où le collectif impose ses règles? Aura-t-il la « capacité de renoncement» ? Dans le cas d'une association avec «un plus gros que lui» ne pactisera-t-il pas avec le diable qui le mangera si l'opportunité se présente? En tout état de cause, dans un métier à faible rentabilité comme la scierie, l'immobilisme pourrait être fatal. L'avenir ne sera-t-il pas de sortir d'une logique de production peu valorisée? Il reste encore du chemin à faire dans le climat d'incertitude actuel mais formuler les inquiétudes et ouvrir des pistes d'investigation, n'est-ce pas déjà entrer dans une logique de résolution de problèmes?

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DEUXIEME

PARTIE

ENTRE FORET ET TRANSFORMATION, DE MULTIPLES ENJEUX TERRITORIAUX