Le Débat sur l'organisation du travail en France

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Le débat sur l'organisation du travail en France est souvent limité aux controverses pendant la révolution de février 1848. Or, celui-ci couvait déjà depuis une cinquantaine d'années. Ce livre retrace cette évolution qui part des débats de la Révolution française pour aboutir aux Ateliers nationaux chers à Louis Blanc. En croisant l'histoire de la pensée économique et l'histoire des faits sociaux, on comprend mieux cette période, où les économistes luttaient pour la primauté dans le champ des sciences sociales, et qui allait conduire aux loi de 1864 et 1884 en matière de défense des intérêts des ouvriers.
Publié le : vendredi 1 avril 2016
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EAN13 : 9782140006579
Nombre de pages : 236
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Le
débat sur l’organisation du travail en France
De la révolution à Louis Blanc (17911850) et Stefka
M uc L
LucMarcoet StefkaMihayLova
Recherches en Gestion
LE DÉBAT SUR L’ORGANISATION DU TRAVAIL EN FRANCE
Collection RECHERCHES EN GESTION Fondée en mai 2005 par Luc MARCO Dernières parutions Intissar ABBES et Isabelle BARTH (2016)Voyage au cœur de l’impulsion d’achat, 164 pages. Oussama ABDALLAH (2015)Les clés de la réussite financière, 266 pages. Bernard GIRARD (2015)Histoire des théories du management en France, 292 pages. Bernard GUILLON dir. (2014)Pour une politique du risque : comprendre et agir, 360 pages. Emmanuel OKAMBA (2014)La comptabilité fondamentale, 218 pages. Jean Gustave COURCELLE-SENEUIL (2013)Manuel des affaires, réédition de l’original de 1855, 388 pages. Marc IDELSON (2012)Undo the Math ! How semiotic gaps wrap think-ing, 190 pages.
Luc MARCO & Stefka MIHAYLOVA
LE DÉBAT SUR L’ORGANISATION
DU TRAVAIL EN FRANCE
DE LA RÉVOLUTION
À LOUIS BLANC 1791-1850
Des mêmes auteursLuc MARCO : Histoire managériale du Bazar Bonne-Nouvelle, galeries marchandes à -Paris (1835-1863), Paris, Editions l’Harmattan, in-8°, 2009, 363 p. Le premier plan d’affaires en France de Prudent Le Choyselat (1569--1612), Saint-Denis, Edi-Gestion, 2015, in-16, 160 p. Edition bi-lingue français-anglais (avec R. Noumen). « Proudhon on the Stock Exchange : Sources and Borrowing », inV. -Gioia, S. Noto e A. S. Hormigo dir. (2015)Pensiero critico ed eco-nomia politica nel XIX secolo: da Saint-Simon a Proudhon, Bologna, Il Mulino, p. 291-307. Stefka MIHAYLOVA : - « Les relations interentreprises dans une économie en transition : con-fiance et réseaux informels » -Compétences relationnelles et méta-morphose des organisations,Editions ESKA, 2001, p. 297-314. « Pays en transition. La gestion des ressources humaines dans les pays en ème transition »,Encyclopédie des ressources humaines,3 édition com-plétée, Vuibert, 2011, p. 936-943. Luc MARCO & Stefka MIHAYLOVA : The Organization of Work in France: an Economic Debate, 1791--1850, Saint-Denis, Edi-Gestion, in-14, 186 p.
SOMMAIRE Préface / 7 er Chapitre I - Présentation / 9 Chapitre II - L’article de Louis Blanc d’août 1840 / 35 Chapitre III - Une innovation sémantique ; l’expression « or-ganisation du travail » dans le débat économique français / 73 Chapitre IV - La réception du livre de Louis Blanc de 1840 dans les grandes revues de l’époque / 105 Chapitre V - Une réponse aux ateliers sociaux : le projet de Louis Gaillard en 1848 / 135 Conclusion / 161 Bibliographie sélective/ 163 Annexes / 169 Iconographie / 215
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LISTE DES TABLEAUX 1. Le travail des femmes/ 43 2. Le travail des hommes/ 44 3. Répartition du nombre d’associations manufacturières en 1848/ 117 4. Les points étudiés par Amédée Paget/ 121 5. Le premier extrait dans la revueL’Atelier/ 124 6. Différences entre les idées de Louis Blanc et celles del’Atelier/ 127 7. La durée de vie selon les professions/ 173 LISTE DES FIGURES 1. L’arborescence des mots impliqués dans l’innovation sémantique/ 96 2. Les principaux auteurs selon les différents types d’organisation du travail/ 97 3. Succession historique des mots-clés utilisés/ 98 6
Préface N 1840 la parution d’une petite brochure tirée d’une jeune revue a E lancé sur le devant de la scène un journaliste socialiste du nom de Louis Blanc. Cette brochure qui fut ensuite éditée sous forme de livre deviendra l’ouvrage économique français le plus vendu du dix-neuvième siècle. Car il fut diffusé aussi bien auprès des ouvriers que dans les milieux intellec-tuels et politiques. Les ouvriers en prirent connaissance via les principales revues du domaine :l’Atelier,le Bon Sens,le Journal du Peuple,l’Intelligence, 1 le Populaire, ou encorela Ruche Populaire(Gossez, 1966, p. 128-131) . En règle générale ils aimèrent le ton et le contenu du livre. A l’opposé les penseurs libéraux, les grands politiciens conservateurs détes-tèrent ce petit brûlot qu’ils avaient découvert dans laRevue des Deux-Mondes, ou plus tard dans le nouveauJournal des économistespartir de à décembre 1841. Car l’absence de lois défendant les ouvriers arrangeaient les économistes libéraux, comme l’avait montré dès 1845 Charles Dunoyer. Au total, nous avons choisi d’étudier la genèse de ce débat car il est fonda-teur de la révolution de février 1848 et qu’il continua de manière virulente jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte. Et, même s’il fut interdit ensuite, il laissa une profonde marque dans l’histoire de la pensée économique française. Ce livre comprend donc cinq chapitres. Le premier est une présentation générale du contexte et des principaux textes. Il sert de mise en perspective du débat et de ses principaux protagonistes. Le deuxième est la reproduction de l’article de Louis Blanc d’août 1840 dans laRevue du Progrès, avec une pré-sentation préalable. Le troisième consiste en l’étude de l’innovation séman-tique que constitua l’expression « organisation du travail » popularisée par Louis Blanc dès le début des années quarante.
1  Les noms d’auteurs entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’ouvrage. Chaque chapitre comporte aussi une liste de références, pour faciliter la lecture et le renvoi aux auteurs cités.
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Le quatrième retraceLa réception du livre de Louis Blanc de 1840 dans les grandes revues de l’époque. Le cinquième reproduit pour la première fois un texte manuscrit donnant la réponse d’un ouvrier aux idées du créateur des ateliers sociaux. La conclusion reprend les principales idées défendues par les socialistes et les économistes libéraux. Elle montre que les juristes n’ont inté-gré ces débats qu’avec retard dans le corps des textes juridiques, et que l’histoire de cette idée généreuse envers les ouvriers méritait d’être contée. Une bibliographie générale sélective termine l’ouvrage. Elle est suivie par des annexes comprenant des textes rares, et par une série de documents icono-graphiques. Espérons qu’il pourra servir pour les cours d’histoire de la pensée économique et de l’histoire des idées managériales, et que la version anglaise donnera des vocations pour de jeunes historiens voulant explorer ce champ beaucoup labouré mais recélant encore de petits trésors.
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er Chapitre 1 Présentation
NTRE 1840 et 1850 un intense débat a agité l’étroit milieu des éco-Ede Jean-Baptiste Say aux auteurs socialistes disciples de Fourier, Saint-nomistes français. Il a opposé les auteurs libéraux qui se réclamaient Simon ou Proudhon. Ce débat s’est déroulé surtout dans les revues, les jour-naux et les ouvrages d’analyse (Marco, 1996). Nous avons choisi d’en lire une quarantaine d’entre eux pour faire la synthèse des arguments avancés de part et d’autre. La polémique a vraiment commencée quand Louis Blanc a inventé l’expression « organisation du travail » en 1839-1840 dans sa revueLe pro-grès. Il s’est prolongé quand les tenants du libéralisme (mot inventé en 1818 dans le journalLe Conservateur) ont décidé de répondre à Louis Blanc dans plusieurs ouvrages pamphlétaires ou analytiques. En arrière-plan se trouve aussi la perspective de l’industrialisation dont le nom va émerger chez nos auteurs en 1847. La révolution de février 1848 donnera ensuite une audience nationale à ce débat car les socialistes arrivés au pouvoir vont essayer d’appliquer leurs idées dans les faits. Hélas, ces réformes feront vite long feu avec l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte en 1849. Le débat aura duré dix ans, les réformes quelques mois seulement.
En 1852, ledictionnaire de l’économie politiquede Coquelin et Guillau-min peut enfin faire le point sur ce débat dans plusieurs articles récapitulatif. Le premier définit l’industrie en général comme « le travail considéré dans la variété infinie de ses applications (…) la mise en œuvre de ces mêmes forces, de ces mêmes facultés, avec toutes les combinaisons sociales qui en augmen-tent la puissance, et le concours de tous les agents physiques qui en favorisent l’action. C’est, en un mot, le travail ; mais le travail élevé, s’il est permis de le dire, à une plus haute puissance, tant par l’agencement et la combinaison des forces individuelles, que par le concours des agents auxiliaires que l’homme a su rassembler autour de lui. » (Coquelin, 1852, p. 916). Donc l’organisation de l’industrie c’est l’organisation du travail au moyen de l’échange, de la divi-
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