Le défi africain

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Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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EAN13 : 9782296308183
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Le Défi Africain
L'urgence d'une alternative économique en Côte-d'Ivoire

@ l:Harmattan, 1995, ISBN: 2-7384-3606-4

" Dadié ATIEBI

Le Défi Mricain
L'urgence d'une alternative économique en Côte-d'Ivoire

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

DONNEES

DE BASE SUR LA COTE D'IVOIRE

La Côte d'Ivoire est située en Afrique de l'Ouest, le long du golfe de Guinée entre 40"20 et 10°50 de latitude, et s'étend sur une superficie de 322.500 km2, soit 1% du continent africain. Elle est limitée au nord par le Mali et le Burkina-Faso, à l'est par le Ghana, à l'ouest par la Guinée et le Libéria et au sud par le golfe de Guinée. Le pays a une configuration massive, en forme de quadrilatère d'environ 650 km de côté, et offre l'aspect d'un plateau uniforme s'élevant lentement du sud vers le nord, jusqu'à une altitude d'environ 400 mètres. Le relief se concentre dans la zone ouest du pays avec des collines atteignant parfois 900 mètres d'altitude. Le mont Nimba situé au nord-ouest est le point le plus élevé avec 1.752 mètres d'altitude. Le pays est irrigué par quatre fleuves de direction nord-sud qui sont le Bandama, la Comoé, le Sassandra et le Cavally et est partagé en trois zones climatiques: le climat sub-équatorial, le climat tropical humide et le climat soudanais. La population ivoirienne est estimée à environ treize millions d' habitants et se caractérise par une densité d'environ 40 habitants au km2 très mal répartie avec plus de monde au sud qu'au nord. On a quatre grands groupes ethniques répartis sur soixante ethnies caractérisées par des variantes linguistiques. Sur le plan politique, plusieurs partis politiques ont été créés depuis 1990. Les plus importants sont le Front Populaire Ivoirien et le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire.

INTRODUCTION

La politique de développement économique de la Côte d' Ivoire depuis son accession à l'indépendance en 1960 s'inscrit dans le prolongement de la ligne antérieure définie par l'administration française. Elle s'articule autour de deux options: le libéralisme et l'ouverture sur l'extérieur, un choix qui entend être un moyen de recherche d'une croissance économique rapide. Cette double option se caractérise par la liberté absolue d'entreprendre. Pendant très longtemps, le libéralisme ivoirien s'est déployé dans le cadre d'une planification économique particulièrement incitative. En ce qui concerne l'ouverture sur l'extérieur, la Côte d'Ivoire fait une place importante aux relations avec les pays d'Europe occidentale et principalement la France. Pour faciliter les investissements étrangers dans le pays, plusieurs mesures ont été prises. Elles consistent à titre d'exemple en la participation à l'accord de coopération existant entre l'ancienne métropole et les pays membres de l'Union Monétaire Ouest-Africaine et la participation du pays à plusieurs organisations régionales et continentales. En 1960, il n'existait en Côte d'Ivoire que très peu d'activités industrielles. Le secteur industriel ne contribuait au P.I.B. que dans une proportion de 4% à cette date. Cette part est aujourd'hui estimée à environ 23%. Exprimé en valeur absolue, le produit intérieur brut de l'industrie est passé successivement de 130,5 milliards de francs cfa en 1960, 835 milliards en 1975, 2226 en 1980, 2837 en 1985 à 2507 en 1990 puis 2006 milliards de francs cfa en 1993. Cette progression des chiffres du secteur a fait dire à certains observateurs que la Côte d'Ivoire a réussi un miracle économique à l'image du Japon. Cependant l'agriculture reste encore le secteur principal de l'économie nationale et l'essentiel des exportations du pays est toujours constitué de produits primaires. Depuis la fin des années soixante-dix, la Côte d'Ivoire est entrée dans une phase de décroissance voire de crise économique qui se caractérise par

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un chômage croissant, un haut niveau d'endettement extérieur et un dépeuplement massif des campagnes. Cette crise économique a révélé ainsi au grand jour une réalité jusque-là ignorée car complètement occultée par le mythe du miracle économique, l'extrême fragilité du modèle ivoirien que nous convenons ici d'appeler le Modèle Volontariste d'Extraversion ( M. v.E. ). Cette nouvelle réalité ouvre aujourd' hui le débat sur ce modèle ivoirien de développement. Les échecs successivement enregistrés et totalement éclipsés par le "miracle" lors du déploiement des plans successifs sont à notre avis le fruit d'une inarticulation des structures de la société ivoirienne et de leur fonctionnement face aux mutations de l'environnement externe. L'objectif de ce travail est de permettre au lecteur de découvrir le fonctionnement et l'évolution de l'économie ivoirienne, ce qui nous conduira à analyser les choix qui bloquent le développement économique du pays puis à examiner dans quelle mesure, il peut arriver à asseoir une économie intégrée c'est-à-dire une économie capable de résister aux moindres aléas des conjonctures internationales.

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PREMIÈREP ARTIE

LA DYNAMIQUE DU PROCESSUS DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE DE LA COTE D'IVOIRE ET LES DÉSÉQUILIBRES STRUCTURELS

L'objectif de départ des autorités ivoiriennes lorsqu'elles abordèrent la question de l'avenir économique du pays était, par l'assurance d'une croissance forte et rapide à partir de capitaux extérieurs, d'arriver à mettre en place une industrie tournée vers le marché intérieur1, garantissant ainsi les succès de la marche vers le développement. Cette notion de développement s'entendait comme un état où le bien-être de la population ivoirienne serait assuré. Force est cependant de constater que depuis de longues années le système économique ivoirien a toujours pour principale source de dynamisme, l'extérieur. De cette situation, résultent des déséquilibres qui perturbent structurellement le processus industriel compromettant sérieusement le développement du pays. Notre but dans cette première partie est de montrer comment sont apparus ces déséquilibres et comment ils se manifestent.

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Tel qu'exprimé dans les discours et les textes, en particulier

présidentiels, le maître mot, l'objectif prioritaire du gouvernement ivoirien, c'est la croissance forte et rapide, seul moyen d'accéder à l'état de développement. Cette marche forcée vers la croissance s'appuie sur l'agriculture d'exportation qu'il va falloir tout à la fois valoriser et diversifier pour favoriser la dynamisation d'une industrialisation tournée vers le marché intérieur. Alain Dubresson, Villes et Industries en Côte d'Ivoire, Edition Karthala, 1989, p.43.

Il

CHAPITRE I
LmÉRALISME ET CROISSANCE ÉCONOMIQUE: LES BASES DU MIRACLE IVOIRIEN Les questions relatives au développement des pays sousdéveloppés et plus particulièrement ceux du continent africain ont fait l'objet dans les années cinquante et soixante de débats très vifs entre économistes et d'une façon générale entre intellectuels, non seulement africains mais aussi et surtout de divers horizons géographiques. La période où ces débats ont connu la phase la plus houleuse a sans doute été les années qui ont suivi l'indépendance de la plupart des pays africains. A- Libéralisme d'Ivoire et développement économique en Côte

De toutes les idéologies, celle qui de façon incontestable a conditionné les choix des dirigeants africains et façonné les différentes économies nationales est le libéralisme. A travers certains travaux relatifs à l' histoire économique2 du continent, on peut découvrir que cette influence de la pensée libérale en Afrique remonte à plus loin dans l' histoire économique et même l' histoire tout simplement du continent. Les principales analyses des libéraux relatives aux questions de la lutte contre le sous-développement visaient d'une part, à construire des repères pouvant servir d'indicateurs de mesures de la situation de sousdéveloppement et d'autre part, à faire accepter l'idée du libéralisme comme choix idéal pour endiguer le phénomène. Globalement, leur démarche peut être appréhendée en deux sous-approches: l'approche en termes de critères et l'approche néo-évolutionniste. Alors que la première
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Sarnir Amin: Le développement
1967.

du capitalisme

en Côte

d'Ivoire, Minuit,

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regroupe un vaste ensemble d'auteurs, la seconde a été essentiellement développée par Rostow3. Ces approches ont conduit, à travers les différents indicateurs mis en place, à constater un état de "manque" et une situation de "retard" économique. Ce sont ces différents indicateurs qui servent à mesurer aujourd' hui le phénomène de sousdéveloppement. Lorsqu'on parle de pays sous-développé ou en voie de développement, il s'agit d'un pays dont la production nationale ne permet pas de pourvoir à la satisfaction des besoins primaires de sa population. L'un des économistes dont les travaux ont mis l'accent sur la notion de "manque" a été Nurkse pour qui le sous-développement apparaît comme un cercle vicieux d'une situation de pauvreté qui se manifeste doublement. Il constate en effet qu'on peut le saisir à deux niveaux, celui de l'offre et celui de la demande. Pour faire face à cette situation de manque, l'analyse libérale propose de mener des actions visant à absorber la main-d' œuvre et à augmenter la productivité afin d'accroître le produit global par des actions en faveur de l'accumulation du capital. Cette approche en termes de critères visant à mettre en évidence l'état de manque des pays a été développée à l'intérieur d'une certaine conception du développement, conception à laquelle l'analyse de Rostow a apportée une clarification appréciable. Celle-ci s'est exprimée en opposition à l'explication marxiste du sousdéveloppement. Le niveau de chaque société constitue selon lui un certain stade d'un processus unique et uniforme de développement dont le stade ultime est l'idéal du capitalisme avancé. A côté de la conception libérale du sous-développement, s'est affirmée la thèse dans laquelle celui-ci est présenté comme un processus engendré et perpétué par le capitalisme afin de répondre aux intérêts économiques de certaines nations. Cette thèse infirme le principe du sousdéveloppement comme un retard dans le processus du développement. Concevant le sous-développement comme le résultat d'une domination du centre sur la périphérie,
Rostow (W. W. ) , The stages of economic growth, a Noncommunist Manifesto, Cambridge, 1960.
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Christian Palloix4 par exemple écrit qu'il n'est pas un retard de développement mais le produit du développement des autres. Cette situation revêt un certain nombre de caractéristiques qui traduisent un décalage pouvant être saisi à plusieurs niveaux: global, national et international. A chacun de ces niveaux correspond une particularité. B- Les.caractéristiques l'étape naturelle générales de l'économie ivoirienne:

S'agissant des caractéristiques du niveau global, la confrontation des critères à la situation de la Côte d' Ivoire fait apparaître plusieurs faits. La situation alimentaire de ce pays, bien que loin d'être semblable à celle de certains pays africains, se caractérise par l'existence de quelques poches de famine. Depuis 1980, on constate que l'apport journalier de calories par habitant est en baisse. Sur le plan de la santé, il n'est pas besoin d'avoir devant soi des statistiques pour se convaincre de la gravité de la situation qui prévaut actuellement. Une simple visite des centres hospitaliers suffit pour s'en convaincre. La plupart des lits des hôpitaux en Côte d'Ivoire sont usés. Les programmes maternels et infantiles sont insuffisants. L Education nationale, quant à elle, a connu un recul depuis 1980 par rapport à l'évolution antérieure. Au niveau des caractéristiques du niveau national, la déstabilisation des structures sociales se traduit par une insuffisance du contrôle de leurs produits par les paysans. Il en résulte une distribution inégalitaire des revenus que les programmes d'ajustement structurels sont venus accentuer. Cette situation est, dit-on, "le prix à payer" pour relancer la machine économique. Le facteur travail est marqué par une entrée massive de jeunes sur le marché du travail. Le facteur capital est souvent détourné vers des investissements à rentabilité douteuse. Les caractéristiques sectorielles montrent que l'agriculture se caractérise par une marginalisation de l'agriculture vivrière. Le secteur secondaire, lui, a connu une croissance qui très vite s'est estompée
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Ch. Palloix: Economie Mondiale capitaliste, Maspero, 1971, p.

206.

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