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Le Kenya dans la 3è révolution touristique

De
238 pages
Le tourisme ne constitue plus au début du XXIè siècle une pratique exclusivement occidentale; de nouvelles populations urbaines des pays du "Sud" en font l'apprentissage. Les pays émergents sont engagés dans une 3è révolution touristique. Le tourisme national des Kényans, à l'intérieur du pays, ne cesse de croître. Ce tourisme sera-t-il de nature à favoriser la compréhension entre les groupes ethniques, capable de provoquer fierté, unité, construction d'une culture nationale ? (Articles en français et en anglais).
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Sous la direction de Jean RIEUCAU
LE KENYA e DANS LA 3RÉVOLUTION TOURISTIQUE Audelà du safari
LE KENYA e DANS LA 3RÉVOLUTION TOURISTIQUE Au-delà du safari
Coordination scientifique : Jean RIEUCAU Marie-Pierre BALLARIN, Damiannah KIETI, Christian THIBON, Jean RIEUCAU En couverture :La plage publique de Nyali Beach au nord de Mombasa (Kenya). Photographie : Jean RIEUCAU (avril 2011). e Ce travail de recherche mené sur le thème duKenya dans la 3révolution touristiquea bénéficié du soutien del’Institut de Recherche en Géographie(IRG) Université de Lyon Lumière Lyon 2 (5, avenue Pierre-Mendès-France 69676 Bron Cedex) et de»Environnement, Ville, Sociétél’UMR 5600 « Université de Lyon (18, rue Chevreul 69362 Lyon Cedex). Il a bénéficié du concours de l’Institut Français de Recherche en Afrique(IFRA) de Nairobi, du SCACdel’Ambassade de Franceau Kenya, de laMoi Universityde Eldoret (Kenya).
Sous la direction de Jean RIEUCAU
LE KENYA e DANS LA 3RÉVOLUTION TOURISTIQUE Au-delà du safari
Ouvrage publié avec le soutien de l’Institut de Recherche en Géographie (IRG) et de l’UMR 5600 « Environnement, Ville, Société »
DU MÊME AUTEUR Jean RIEUCAU (direction J. Rieucau)Les gens de mer. Sète en Languedoc.L’Harmattan, Paris, 1990, 320 p. (direction J. Rieucau, G. Cholvy)Le Languedoc, le Roussillon et la mer des origines à la e fin du XXsiècle, L’Harmattan, Paris, 1992, Tome -1, 310 p., Tome -2, 411 p. Systèmes littoraux, sociétés maritimes et riveraines de la mer (Haute-Normandie, Languedoc-Roussillon, quelques exemples en Afrique noire francophone), Habilitation à diriger des Recherches en Géographie, Université Montpellier-III, 1995, 347 p. (direction F. Péron, J. Rieucau)La Maritimité aujourd’hui, L’Harmattan, Paris, 1996, 356 p. (direction J. Rieucau, J. Lageiste)L’Empreinte du tourisme. Contribution à l’identité du fait touristique, l’Harmattan, Paris, 2006, 342 p. (direction J. Lageiste, J. Rieucau), « La plage : Un territoire atypique »,Géographie et Cultures,l’Harmattan, Paris, 2008, n° 67, 143 p.
SOMMAIRE
LE KENYA e DANS LA 3RÉVOLUTION TOURISTIQUE Au-delà du safari PRÉFACE........................................................................................... 7 Paul CLAVAL e LEKENYA DANS LA3RÉVOLUTION TOURISTIQUEAU-DELÀ DU SAFARI.............................................................................................. 11 Jean RIEUCAU KENYAS DOMESTICTOURISM:MOTIVATION,DEVELOPMENTANDTRENDS...................................................................................17 Damiannah KIETI, Moses Makonjio OKELLO et Bob WISHITEMI LE RÔLE DU TOURISME DOMESTIQUE DANS LA CONSTRUCTION NATIONALE DUKENYA.ETHNICITÉ OU KÉNYANITÉ? ....................39 Jean RIEUCAU UN HAUT LIEU IDENTITAIRE COMPLEXE:DU MINERAL AU SACRÉ,AU TOURISME.LE ROCHER DEKITMIKAYI......................................79 Jean RIEUCAU et Asborn Juma MISSIKO PLAGE OCCIDENTALE EXCLUSIVE,PLAGE AFRICAINE INCLUSIVE,SUR LE LITTORAL SWAHILI:WHITESANDS BEACH ET JOMO KENYATTA PUBLIC BEACH.............................................................. 109 Jean RIEUCAU et Bonface ODIARA
AU-DELÀ DES BIG FIVE:DYNAMIQUES TOURISTIQUES RÉCENTES AUTOUR DE LA NATURE AUKENYA................................................ 139 Bernard CALAS THEROLE OFCERTIFICATION INENHANCINGACHIEVEMENTOFSUSTAINABLEECOTOURISMDEVELOPMENT INKENYA........... 153 Joseph Kariuki Muriithi ECOTOURISME ET TOURISME AUTOCHTONE,MOTEURSDU DÉVELOPPEMENT DE LOUEST KÉNYAN183? ................................ Bonface ODIARA KIHIMA LA REGION NORD AUKENYA,NOUVELLE FRONTIÈRETOURISTIQUE.AU PRISME DE LA PRESSE ÉCRITE NATIONALE.......205 Corneille Emmanuel SEMINEGA
PRÉFACE
PAUL CLAVAL
Le tourisme au Kenya ? Le sujet paraît limité : les visiteurs étrangers n’y sont guère attirés que par les immenses savanes où les safaris font découvrir la faune africaine et par la belle façade maritime sur l’océan Indien. Les touristes connaissent aussi Nairobi, une des grandes métropoles africaines, parce qu’ils sont passés par son aéroport ; quelques-uns ont visité les hautes terres et leurs riches plantations en direction du Mont Kenya. Les mieux informés savent que le pays est riverain du lac Victoria, mais la région, très peuplée, n’est guère fréquentée. De ce grand pays, on ne connaît guère que la bande étroite qui court de Monbasa à Nairobi et au lac Victoria - un cinquième de l’ensemble, au mieux. Est-ce étonnant? Non: le voyageur venu de loin goûte les grandes plages bordées de cocotiersou le retour à la nature que l’on effectue depuis les lodgesd’où l’on part, à l’aube, découvrir les animaux sauvages. Au Kenya comme ailleurs, la fortune touristique internationale dépend des zones où l’imaginaire occidental trouve à se satisfaire: celles où s’épanouit le tourisme des 4 S(Sun, Sea, Sand and Sex), l’une des composantes fondamentales des vacances de masse; celles, de tradition plus aristocratique et nées de la chasse aux grands mammifères, dont le colonisateur britannique a fait une des spécialités de l’Afrique méridionale et orientale. Le propos de Jean Rieucau et des auteurs qu’il a réunis est différent: une troisième révolution touristique est en cours, comme en témoigne le gonflement rapide des flux de visiteurs au cours des dernières décennies. Ce ne sont plus seulement les peuples dont le niveau de vie est depuis longtemps élevé, Européens et Nord-Américains, qui parcourent le monde. La globalisation et la montée de classes moyennes dans les pays émergents bouleversent les fréquentations. Dans les pays où la clientèle était, jusqu’il y a peu, exclusivement européenne ou nord-américaine, le nombre des Asiatiques, des Sud-Américains et des Africains ne cesse de croître. Partout, le tourisme intérieur pratiqué par les nationaux tend à l’emporter ou l’emporte déjà de beaucoup sur les mouvements internationaux.
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Le Kenya constitue un laboratoire idéal pour qui veut comprendre cette mutation :l’économie du pays se développe de manière soutenue, même si l’aisance ne bénéficie encore qu’à une fraction de la population. Le nombre de ceux qui disposent de loisirs et d’assez d’argent pour voyager ne cesse d’augmenter. Vers où se dirigent ces nouveaux touristes? C’est toute la question. L’exemple européen, introduit par le colonisateur britannique – mais aussi par des Scandinaves, précocement attirés par le pays, comme le rappelleOut of Africade Karen Blixen -, pèse beaucoup. Les milieux coloniaux ont montré les plaisirs que l’on peut tirer de la baignade et des activités nautiques en bord de mer. C’est à leur initiative qu’ont été créés les grandes réserves naturelles et les parcs nationaux sans lesquels les safaris seraient impossibles. S’approprier des habitudes étrangères ne va pas sans problème.Pour le safari, l’adaptation est relativement facile, maintenant que le but est de ramener de belles photos plutôt que des trophées de chasse. Mais pour les plaisirs de la plage ? Les femmes peuvent-elles se mettre en tenue de bain et s’exposer ainsi au regard de tous ? Certainement pas en bikini ! En maillot une pièce, oui, mais dans les milieux les plus affranchis seulement. La difficulté tient aussi à ce que la population kényane est très hétérogène : une quarantaine d’ethnies pour une population de quarante millions d’habitants, et trois souches linguistiques, bantoue, nilotique et couchique, sans compter la petite minorité d’Indo-Kényans, elle-même très diverse de langue et de religion. C’est ce groupe qui a le plus emprunté au colonisateur, celui qui participe le plus volontiers aux safaris et fréquente le plus communément les plages de l’océan Indien. Les autres ethnies hésitent. Aucune tradition locale ne les incite aux bains de mer – même chez les tribus de langue swahilie installées au bord de l’océan. Le safari est en un sens tout aussi exotique pour elles, mais il leur rappelle les spécificités du milieu africain où elles vivent. Pour le colonisateur, la création de réserves d’où la population indigène était exclue soulignait combien la terre africaine, qui n’avait vu s’épanouir aucune grande civilisation de l’écrit, restait proche des origines. Cela donnait aux Européens autant de droits à l’exploiter et à la peupler qu’aux Africains, et gommait l’histoire de ceux-ci: la présence indigène perdait sa légitimité. Par un retournement curieux des choses, c’est en allant observer la nature sauvage que les nouvelles bourgeoisies africaines confirment maintenant leur africanité. Ce qui pousse souvent les touristes à se déplacer, ce sont en effet les questions que pose leur identité : entrer en contact avec des groupes différents fait sentir ce en quoi on est singulier ; retrouver ses racines, visiter les lieux où son peuple a imprimé sa marque, modelé le paysage et imaginé ses mythes constitue une expérience complémentaire. Le tourisme est identitaire. C’est bien là le problème pour un pays comme le Kenya: chaque tribu dominait un espace, ou un ensemble d’espaces; chacune se caractérisait par son genre de vie, par les bases de son économie, par les cultes qu’elle rendait au sol et aux
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ancêtres, et par les rituels qui accompagnaient les âges de la vie et la mort. Ces traditions n’ont cependant pas la même force dans tous les groupes. Les Luo de la région du lac Victoria ont une haute idée de leurs spécificités et possèdent des lieux sacrés qu’ils révèrent, mais ne parlent pas aux autres; les Kikuyu, à l’étroit sur leurs terres, ont profité de la colonisation pour essaimer, et de la scolarisation pour embrasser des carrières modernes. Le sentiment qu’ils ont de leurs racines est moins fort. À l’opposé, les coutumes et croyances fort originales des Masai, ce peuple d’éleveurs de haute taille et de langue couchique, ont bénéficié de la large publicité que leur ont valu le tourisme de safari et les médias modernes. Ce groupe compte cependant à peine 3% de la population totale, même s’il contrôle les immenses étendues semi-arides ou arides du Nord et de l’Est du Kenya. Qu’est-ce qui, dans tout cela, est proprement kényan ? Le tourisme mémoriel est un des premiers à se développer chez les peuples qui accèdent à l’aisance et aux loisirs. Il tient une place important au Kenya. Favorise-t-il la création d’une conscience commune à tous les Kényans ? Non, car il n’y a pas eu, dans le pays, de grand homme fédérateur et qui ait incarné, au moment des luttes pour l’indépendance, les aspirations de l’ensemble de la population. La révolte des Mau-Mau est liée aux Kikuyu ; c’est d’elle qu’est né le parti nationaliste qui a mené, sous la direction de Jomo Kenyatta, à l’indépendance, acquise en 1963. Mais la lutte reste trop marquée par l’ethnie kikuyu pour fédérer l’ensemble des tribus. Dans une société aussi multiculturelle que l’est le Kenya, que faire alors pour éviter que le tourisme mémoriel ne s’oppose à la formation d’une conscience nationale ? Assurer à tous les groupes l’accès aux lieux de souvenir qui leur sont chers. Les autorités qui conçoivent et mettent en œuvre le développement touristique au Kenya ont choisi cette option. Elle est difficile à mettre en œuvre tant les sources de l’identité et les lieux qui la symbolisent diffèrent d’un groupe à l’autre ; elle a des effets inégaux, tant varient les attitudes des groupes à l’égard de leurs traditions. À travers l’analyse du tourisme au Kenya, c’est donc à la construction de la conscience nationale d’un pays de création récente que l’on assiste, à ses difficultés et à ses hésitations. Au-delà de la troisième révolution touristique, c’est de la lente gestation de la modernité - ou de la postmodernité – africaine que l’on est témoin.
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