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Le marché de la friperie vestimentaire au Cameroun

De
187 pages
Apparu au Cameroun dans les premières années du protectorat franco-britannique sur ce pays, le marché de la friperie vestimentaire n'a cessé de s'y développer. Ce marché mobilise une foule nombreuse et diversifiée d'agents économiques à qui il fournit un emploi, donc un moyen de vivre. Les circuits commerciaux en sont complexes et pas toujours pavés de bonnes intentions. Mais une suppression de ce marché, comme certaines voix le réclament, aurait des conséquences désastreuses pour beaucoup d'individus.
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Le marché de la friperie vestimentaire au Cameroun

site: www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattanl@wanadoo.fr (Ç)L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9825-X EAN : 9782747598255

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Le marché de la friperie vestimentaire au Cameroun

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
Espace L'Harmattan Kinsbasa

Fac..des

Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN Xl de Kinsbasa - RDC

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L'Harmattan Bnrkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

Université

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus

Fortunatus RUDAKEMW A, L'évangélisation du Rwanda, 2005. Mamadou SECK, Les scandales politiques sous la présidence de Abdoulaye Wade, 2005. Révérend Francis Michel MBADINGA, Les Église du réveil fac à la crise de l'État en Afrique, 2005. René-Pierre ANOUMA, Aux origines de la nation ivoirienne, 2005. Dominique BANGOURA (sous la direction de), Quel avenir pour les jeunes de Guinée?, 2005. Mubangi Bet'ukany GILBERT,Système social et stratégies d'acteurs en Afrique, 2005. Boniface GBA Y A ZOO, Problèmes de regroupement des villages bété (Côte d'Ivoire), 2005. Auguste TENE-KOYZOA, Histoire économique et politique du Centrafrique au ume siècle, 2005. Augustin Germain MOSSO ATEBA, «Mémoire blessée» et «Eglise du peuple », enjeu de la seconde évangélisation de l'Afrique noire, 2005. Jean MPISI, Le cardinal Malula et Jean-Paul II Dialogue entre l'Église « africaine» et le Saint-Siège, 2005. Timothée NGAKOUTOU, Les limites de la démocratie subsaharienne, 2005. Gabriel MADZOU, Le pouvoir ethnique en Afrique, 2005. Alhassane CHERIF, L'importance de la parole chez les Manding de Guinée, 2005. M. A. BARRY, Le contrôle du commerce des armes en Afrique: utopie ou réalité ?, 2005. A. TSHIBILONDI NGOYI, Enjeux de l'éducation de la femme en Afrique. Cas des femmes congolaises du Kasaï, 2005. G. A. NZENGUET IGUEMBA, Colonisation, fiscalité et mutations au Gabon. 1910-1947,2005. Mwamba TSHIBANGU, Joseph Kabila, la vérité étouffée, 2005.

A mes grands parents Ta'a Guentué et Nouedjom Tchouteh qui reposent auprès de l'Eternel et à leurs nombreux descendants A mon village natal, de Mvù à Dembu en passant par Tela, Touba, Pète, Mbouo, Famtum, Mague, Dja et Kamden, ses places qui me rappellent de tendres souvenirs.

A une hirondelle
Tu pars: que la route rafraîchisse tes ailes! Qu'une vergue hospitalière se présente à ton volfatigué lorsque tu traverses la mer d'Ionie! Qu'un octobre serein te sauve du naufrage ! Salue pour moi les oliviers d'Athènes et les palmiers de Rosette. Si je ne suis plus quand les fleurs te ramèneront,je t'invite à mon banquetfunèbre: viens au soleil couchant happer les moucherons sur l'herbe de ma tombe, comme toi, j'ai aimé la liberté etj'ai reçu de peu.
Chateaubriand, (Mémoires d'Outre-Tombe, 4e partie, Livre V).

AVANT-PROPOS
Ce livre est le fruit de nombreuses recherches et de multiples contacts menés pendant une vingtaine d'années.

Que tous ceux qui ont contribué à sa réalisation veuillent bien trouver ici, l' expresion de notre profonde reconnaissance. Au stade de la conception de sa problématique et de sa méthodologie, les remarques de Pierre Vennetier, Directeur de recherche honoraire au CNRS et Professeur émérite à l'Université Michel de MontaigneBordeaux III et de Georges Courade, Directeur de recherche à l'IRD et Professeur associé à l'Université de Paris I-Panthéon-Sorbone nous ont été très précieuses. Au cours de la collecte de ses données empiriques, la contribution de 315 étudiants des cycles de Maîtrise, de DEA et de Doctorat de géographie, d'économie et de sociologie des universités camerounaises a été déterminante. Lors des multiples séances de discussions relatives à sa préparation, Messieurs Athanase Bopda, Maître de recherche à l'Institut National de Cartographie du Cameroun, Jean-Claude Bruneau, à l'époque Professeur de géographie à l'Université de Yaoundé I, Philippe Tchomga, alors étudiant stagiaire à l'Institut de Géographie de l'Université de Berne en Suisse et Christian Ndjoum-Nkèl, enseignant vacataire à l'Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l'Information et de la Communication de Yaoundé, nous ont abondamment fait part de leurs observations pertinentes qui nous ont, à chaque fois, remis dans la bonne direction. 11

La relecture d'un manuscrit de livre est une tâche particulièrement ardue. Nos deux collègues Michel Brochu, Professeur à l'Université de Paris VII-Denis Diderot et Benjamin Steck, Professeur à l'Université du Havre s'y sont consacrés avec infiniment de sérieux, de patience et d'efficacité.

Enfin notre épouse Madeleine Kengne qui a su, comme d'habitude, être la complice dont les conseils et le soutien nous ont permis de mener le projet de ce livre à son terme. Nous espérons qu'il sera lu dans la perspective que nous lui avons assignée, à savoir, comme une contribution exemplaire à la compréhension des tenants et des aboutisants du marché de la friperie vestimentaire au Cameroun.

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INTRODUCTION

1 - Pourquoi une étude sur le marché de la friperie

vestimentaireau Camerounen ce débutdu XXI ème siècle?
Il nous paraît nécessaire de justifier, dès le départ, le choix de cette étude. En effet, au Cameroun, depuis une trentaine d'années, le marché de la friperie vestimentaire occupe le devant de la scène. Il y alimente des commentaires contradictoires dans la presse écrite et parlée, les ministères, les milieux universitaires et religieux, les hôpitaux, les véhicules de transports collectifs et autres stades de football. Une partie de la population le condamne et exige son interdiction au prétexte qu'il a ruiné l'industrie locale de la confection et des chaussures, qu'il diffuse dans le pays des déchets polluants et des produits dangereux pour la santé et qu'il constitue une source de fraude fiscale. A l'inverse, la plus grande partie de la population soutient le marché de la friperie vestimentaire parce qu'il fournit du travail, c'està-dire un moyen de vivre à une foule de personnes et permet à de nombreuses couches sociales de satisfaire leurs besoins d'habillement. Jusqu'à ce jour, le Gouvernement camerounais lui-même a entretenu la polémique autour du marché de la friperie vestimentaire comme en témoignent les arrêtés de son interdiction de 1988 et de sa légalisation de 1992.

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Avec cette étude, nous avons voulu décrypter le marché de la friperie vestimentaire au Cameroun depuis ses débuts jusqu'à son avenir en passant par son ampleur, sa transcription spatiale, son rôle socio-économique, les raisons de son succès et de sa désapprobation dans le pays. Elle nous a conduit à répondre aux questions suivantes:

- Comment le marché de la friperie vestimentaire s'est-il développé au Cameroun? - Comment s'y inscrit-il dans l'espace? - Comment y fonctionne-t-il? - Quel rôle socio-économique y joue-t-il ? - A quoi y tient son succès actuel? - Quels problèmes y pose-t-il ? - Faut-il l' interdire ou le maintenir? - Quelle forme y prendra-t-il dans l'avenir?

est-il né et

Au Cameroun, le marché de la friperie vestimentaire est actuellement en plein essor. En effet, les vêtements d'occasion que le public appelle selon les langues utilisées « Krika », « Occi », «Ahara a Sam Zam » et « Cuma 'a » y pullulent sur les places de vente de marchandises générales ou du prêt-à-porter. Sur l'écrasante majorité d'entre elles, ils dominent en quantité et en variété les articles vestimentaires neufs d'origine locale ou importés. En fait, les vêtements d'occasion comptent aujourd 'hui des millions de consommateurs dans toutes les couches des populations rurales et urbaines du Cameroun. Fonctionnaires, cultivateurs, ouvriers industriels, chasseurs, guérisseurs, employés du secteur moderne privé, petits entrepreneurs indépendants, militaires, écoliers, étudiants et ménagères y tirent leurs tenues de travail, de voyages, de vacances, de classes et même de baptêmes ou de mariages. Et pourtant, jusqu'à l'apparition de la crise économique actuelle en 1986, les vêtements d'occasion n'intéressaient que les couches sociales pauvres qui n'avaient pas de quoi se procurer le prêt-àporter neuf. Les neuf dixièmes de la population portaient les vêtements neufs fabriqués par l'industrie locale ou importés d'Europe Occidentale et d'Amérique du Nord par des maisons commerciales d'origine étrangère ou des hommes d'affaires camerounais. Les clients 14

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les achetaient alors auprès des marchés ponctuels ruraux et urbains et des magasins de commerce implantés dans les villes. Mais depuis une vingtaine d'années, à la suite d'une forte érosion de leurs revenus et donc de leur pouvoir d'achat par la crise économique et ses prolongements, la population camerounaise, dans son immense majorité, a recours aux vêtements d'occasion. A l'heure actuelle, leur demande est si forte qu'il est impensable d'en interdire l'importation et la vente comme une partie de la population le pense et le réclame. La friperie vestimentaire distribuée au Cameroun aujourd'hui couvre une gamme étendue d'articles depuis les vestes jusqu'aux baskets en passant par les pardessus, les robes, les pantalons, les corsages, les chapeaux, les ceintures, les cravates, les maillots, les chaussettes et les collants de plusieurs types et marques. Si une partie d'entre eux est de qualité médiocre, en revanche l'autre partie est de bonne, voire d'excellente qualité. Les articles de friperie considérés ici sont introduits au Cameroun légalement ou frauduleusement par des entreprises commerciales locales ou étrangères de tailles variées. Celles-ci s'approvisionnent par conteneurs entiers en Amérique du Nord et dans plusieurs pays d'Europe occidentale et d'Afrique, pour satisfaire directement ou indirectement une demande locale qui croît très vite d'année en année. Annuellement, elles font entrer au Cameroun plusieurs milliers de tonnes d'articles de friperie vestimentaire. Certaines entreprises s'adonnent à cette activité depuis deux ou trois décennies; en revanche d'autres s'y sont lancées récemment à la faveur de la crise économique et, surtout de la libéralisation de l'importation et de la vente de la friperie vestimentaire, par le Ministère du Développement Industriel et Commercial en 1992.
Au Cameroun, la distribution des articles de friperie vestimentaire se fait sur les marchés ruraux et urbains, dans les boutiques et le long des rues commerçantes des villes. Elle est assurée par des agents en majorité de sexe masculin, jeunes, d'origines géographiques et de niveaux d'instruction variés. Elle fournit à une bonne partie d'entre eux, des revenus confortables et permet à presque tous les importateurs de se constituer une fortune. Enfin, là où elle est pratiquée, la

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vente des articles de friperie vestimentaire donne lieu à des transactions des plus intenses, des plus animées et des plus bruyantes.

Tout de même, plusieurs facteurs sous-tendent l'essor actuel du marché de la friperie vestimentaire au Cameroun. En effet, la production locale du prêt-à-porter y étant insuffisante en quantité et en variété et le neuf importé y coûtant trop cher, surtout depuis la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, les articles de friperie, très variés et bon marché, y sont tout naturellement très demandés. Depuis 1986, la crise économique et ses prolongements, en réduisant fortement le pouvoir d'achat de la population locale en ont rendu la plus grande partie dépendante des vêtements de seconde main, dont les prix de vente restent bas. Par ailleurs, l'importation et la vente des articles de friperie y représentent une précieuse source d'emplois et de profits financiers pour la population ainsi qu'une base fondamentale de ressources fiscales pour l'Etat. A regarder de près le spectacle peu reluisant qu'y offrent la plupart des articles du prêt-à-porter d'occasion, on imagine malle commerce fructueux qu'ils représentent.
Cela dit, au Cameroun, le marché de la friperie vestimentaire ne comporte pas que des avantages. Il s'y accompagne aussi d'effets négatifs très accusés. En effet, il y a provoqué, en partie, le déclin de l'industrie locale de la confection et des chaussures et celui du commerce du prêt-à-porter neuf; en outre, il y a contribué et contribue encore à la dégradation de l'environnement dans un grand nombre de villes et de villages. Le port des vêtements et des chaussures d'occasion non désinfectés expose les personnes concernées à des infections cutanées et/ou respiratoires. Enfin, la distribution d'énormes quantités de vêtements et de chaussures d'occasion s'accompagne de graves problèmes de pollution et d'hygiène en particulier dans les villes et les villages de forte consammation. 2. Réalisation de l'étude

Cette étude se fonde sur des recherches bibliographiques et empiriques menées entre janvier 1985 et décembre 2004. Les premières se sont déroulées dans plusieurs bibliothèques et centres de 17

documentation au Cameroun, mais aussi à l'Etranger, notamment en France, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas, aux Etats-Unis, au Canada et sur un grand nombre de sites Internet. Toutefois, en l'absence d'une synthèse géographique générale sur le marché de la friperie vestimentaire au Cameroun, il nous a fallu recueillir nous-même sur le terrain, l'essentiel des données nécessaires à sa réalisation.

Dans ce cadre, nous avons mené trois sortes d'investigations complémentaires: les observations, les enquêtes par questionnaire et les entretiens

2.a. Les observations
Elles ont été effectuées auprès des aéroports de Douala, Yaoundé et Garoua, des postes frontaliers de Mbonge, d'Ekondo-Titi, d'Idenao, de Fotokol, de Gembu, de Banki, d'Oku, et d'Ekok d'une part, et de 274 marchés ponctuels et 218 établissements de vente de vêtements d'occasion sélectionnées dans les dix provinces du Cameroun d'autre part. Elles nous ont justement permis de déterminer les types, les qualités, les quantités et les provenances des articles de friperie vestimentaire distribués au Cameroun.

2.b. Les entretiens
Il s'agit des entretiens avec les agents des douanes et les responsables des services publics chargés du contrôle, de la réglementation de l'importation et de la vente de la friperie vestimentaire et les commanditaires divers.

2.c. Les enquêtes par questionnaire
Elles ont été menées à partir d'un échantillonnage représentatif d'agents de distribution des vêtements d'occasion, mais aussi de propriétaires d'établissements de vente du prêt-à-porter neuf, et de chefs d'entreprises de la confection et des chaussures. Les enquêtes auprès des importateurs grossistes et détaillants des vêtements d'occasion ont cherché à cerner le statut social des intéressés, les condi-

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