LE MÉTIER, LA CHAÎNE ET LE RÉSEAU

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Pour présenter les conditions de vie et de travail des ouvriers, trois outils et trois secteurs emblématiques ont été retenus par l’auteur : le secteur textile et l’automatisation avec le métier Jacquard ; puis la chaîne de fabrication dans le secteur automobile ; aujourd’hui, la révolution numérique, avec ses réseaux d’ordinateur : les nouveaux OS (ouvriers spécialisés), ceux du tertiaire. Chaque innovation bouleverse les savoir-faire et les conditions d’emploi des ouvriers. Cette petite histoire du travail illustrée s’adresse à un large public de curieux et d’étudiants en sciences sociales, historiques et économiques.
Publié le : dimanche 1 décembre 2002
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EAN13 : 9782296306141
Nombre de pages : 113
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LE METIER, LA CHAINE ET LE RESEAU

Collection Économie et Innovation
dirigée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis
Dans cette collection sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Ces ouvrages s'adressent aux étudiants de troisième cycle, aux chercheurs et enseignants chercheurs.
Les séries Krisis, Clichés et Cours Principaux collection. font partie de la

La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique .des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens et de compilations de textes autour des mêmes questions. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations (responsable: Blandine Laperche) La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples et fondamentaux qui s'adressent aux étudiants des premiers et deuxièmes cycles universitaires en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-3467-7

Henri JORDA

LE METIER, LA CHAINE ET LE RESEAU
Petite histoire de la vie ouvrière

INNOV AL
21, Quai de la Citadelle 59140 Dunkerque, France Éditions L'Harmattan L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 5-7, rue de l'École Polytechnique 1026 Budapest 75005 Paris HONGRIE FRANCE L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino

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REMERCIEMENTS

Quand Blandine Laperche m'a proposé de réaliser un ouvrage pour la série qu'elle dirige, j'ai tout de suite pensé à une collaboration possible entre Nicole et moi. Au-delà des remerciements, je préfère parler du plaisir que j'ai eu à travailler avec Nicole. Si les choix concernant les illustrations figurant dans ce livre ont été faits en commun, c'est à elle que je dois (et le lecteur aussi, j'espère) la qualité et la créativité qui en émanent. Je remercie également M. Guilbert du Musée Renault à Billancourt, pour son accueil et la mise à disposition des photographies incluses dans la chapitre concernant la chaîne de fabrication. Enfin, un grand merci à Blandine pour m'avoir offert la possibilité de m'exprimer librement sur un sujet aussi central dans notre vie, le travail.

INTRODUCTION

Nous avons choisi de débuter cette Petite histoire de la vie ouvrière par la figure du tisserand, figure emblématique de I'histoire du travail et de notre rapport au travail, tantôt aliénant, tantôt émancipant. En effet, le tisserand est parfois représenté comme un artiste sachant exercer son art avec le plus grand scrupule, parfois comme un ouvrier penché lourdement sur son métier, éprouvant les pires difficultés pour respirer l'air malsain de la fabrique. Notre attitude devant le travail repose en réalité sur notre capacité à agir sur l'outil et sur l'objet fabriqué: plus nous maîtrisons notre outil et notre objet, plus nous en connaissons les secrets, plus notre savoir et notre expérience sont reconnus et respectés. Pour tous ceux dont le travail n'a cessé de se déqualifier, misères et accablements. Pour illustrer cette ambivalence du travail, nous avons choisi d'étudier trois périodes, correspondant aux révolutions industrielles, trois secteurs emblématiques de ces nouvelles dynamiques de production, et trois outils matérialisant l'innovation technique avec ses personnages, inventeurs ou ingénieurs. Chaque fois, nous préciserons les conditions d'exercice du travail recomposé par les nouveaux outils, et les conditions d'existence des ouvriers. Le textile est le secteur phare de la première industrialisation où petits ateliers, manufactures et fabriques tissent une organisation de la production originale, faiblement concentrée, capable cependant d'intégrer les innovations techniques. Une des plus importantes fut le métier Jacquard qui aura des répercussions considérables sur la nature et l'organisation du travail. C'était déjà une machine-outil, capable de remplacer

I'homme dans son activité productive et donc de mettre en cause son existence même (chapitre 1). L'automobile est bien sûr le secteur industriel de la deuxième révolution, à la fois objet de production et objet de consommation à grande échelle. C'est le temps des grandes usines, temples de la production à la chaîne. C'est le temps des banlieues, pas encore nouvelles, simplement modernes. Ce sera Billancourt, la CGT, les congés payés et l'espoir aussi de temps meilleurs (chapitre 2). Notre temps est celui de l'information. Les puces ont envahi le travail, transformé la relation de l'homme à son outil, imprégné la vie sociale et la vie tout court de chacun d'entre nous. Désormais, les réseaux d'ordinateurs traitent l'information en temps réel pour accroître le rendement, mais intègrent aussi des dispositifs de contrôle qui placent les opérateurs d'aujourd'hui sous un joug numérique. Les nouvelles pratiques de gestion du personnel, dites des ressources humaines, ne contribuent guère à l'amélioration de leur sort, aussi bien au travail qu'en dehors du travail (chapitre 3). Notre fil conducteur ne sera pas tant la mécanisation, autrement dit le remplacement du travail à la main par le travail d'une machine, que l'automatisation, autrement dit un travail commandé par une machine ou un dispositif technique. Le métier Jacquard comporte le premier dispositif de cette sorte: il permet de commander les opérations de la machine. Le système de convoyage qui autorise la fabrication à la chaîne marque une étape supplémentaire dans la recherche d'un procédé de travail automatique. Enfin, les réseaux d'ordinateurs, en accélérant le traitement et le transfert des informations, rendent désormais possible l'automatisation des décisions et non plus des seuls mouvements.

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CHAPITRE I : LE METIER A TISSER

Toutes les civilisations ont eu le souci de se vêtir et de marquer la distance sociale par le vêtement. Laine brute ou étoffe précieuse, le tisserand est celui qui donne vie à la matière. De là, une corporation ancestrale et une fierté du métier, du moins jusqu'au jour où les hommes ont cherché à accroître le rendement, ont pensé en termes d'efficacité et de coûts. Alors, les unités de production se sont multipliées, puis ont grandi et donné une toute autre image du métier. Si l'artisanat perdure, le travail organisé selon des principes déjà scientifiques va progressivement concerner un nombre croissant d'ouvriers. A tel point qu'au XVIIIème siècle, l'essentiel de la population non agricole est occupé dans le secteur textile. Colbert et ses manufactures royales avaient engagé le mouvement de concentration de la main-d'œuvre et de standardisation des produits fabriqués. Le siècle des Lumières et ses philosophes encyclopédistes le poursuivront dans leur volonté de produire un monde éclairé par le savoir, par la science, notamment celle du travail. Enfin, la Révolution libérera les travailleurs des contraintes corporatives pour en faire les rouages de la machine économique. Les fêtes civiques remplacent les fêtes religieuses, les valeurs de liberté et d'égalité sont gravées àjamais dans une Déclaration qui restera d'intention. Le pas est franchi: l'homme doit trouver son salut dans et par le travail, un travail rigoureux, réalisé selon des règles de plus en plus précises, sous les ordres d'un employeur à qui il doit respect et considération. La mécanisation du tissage va s'inscrire dans ces cadres sociaux et mentaux, va participer même à leur stabilisation.

LA MECANISATION

DU TISSAGE

L'évolution du tissage permet de comprendre le passage de la proto-industrie, une industrie émergente, balbutiante, non organisée, à l'industrie première période, celle qui voit augmenter le rendement par l'usage des machines-outils et de l'énergie thermique. Si le secteur textile est le premier à être concerné par le capitalisme marchand dès le Moyen Age, c'est aussi lui qui, dans la quête de l'efficacité économique, va être le premier à mécaniser le travail de l'ouvrier. Contrairement à I'horlogerie, l'autre secteur où ce même mouvement s'amorce, le textile concernera une population nombreuse, retirant de son activité industrielle les moyens de vivre en ville ou à la campagne. Le tisserand d'alors travaille à domicile, dans de petits ateliers, ou bien dans une manufacture ou une fabrique. Les conditions de travail et de vie ne sont d'ailleurs pas uniformes au regard de ces diverses manières d'exercer l'activité. Mais, avec des machines de plus en plus perfectionnées, la tendance à la concentration de la main-d'œuvre s'affirme. Et les encyclopédistes vont décrire et, en même temps, annoncer ce nouveau monde du travail, réglé comme une machine. Le travail au temps de l'Encyclopédie L'Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des arts et des métiers, révèle un projet ambitieux: concilier travail intellectuel et travail manuel. 28 volumes paraîtront entre 1751 et 1772, 17 volumes de textes, Il volumes de planches, résultat d'une vaste enquête menée sur l'ensemble du territoire, auprès de tous les métiers, pour en saisir les méthodes de travail, les procédés, les savoir- faire, les gestes, pour décrire et dessiner les machines, les outils, les ouvriers, pour préciser la « substance »1 des arts, libéraux et mécaniques. Moment important de l'histoire du travail, la réalisation puis la diffusion du savoir encyclopédique sur les choses de l'esprit mais aussi sur celles des corps à l'ouvrage, marque la volonté des hommes de science d'accorder à l'industrie2 un rôle central dans le progrès des hommes et de la société. Aussi bien la Richesse des nations d'Adam Smith en Angleterre que l'Encyclopédie de d'Alembert et Diderot en France, fondent la prospérité des Etats et le bonheur des hommes sur le travail, et
1 L'expression est de d'Alembert; il l'emploie dans son « Discours préliminaire» à l'Encyclopédie, GF-Flammarion, 1986, p.76. 2 L'industrie revêt au XVlIIème siècle deux sens: c'est le travail, plus précisément celui de la main, ou bien c'est l'industrie au sens actuel qui se traduit par la mécanisation du travail. 10

non plus sur la terre nourricière. L'homme doit travailler en exerçant sa raison pour amplifier l'efficacité de ses gestes; autrement dit, les Lumières ne doivent plus simplement concerner quelques philosophes de salon, mais éclairer les ateliers, les lieux de la production matérielle. Il s'agit de célébrer l'union des arts mécaniques, ceux du travail, et des arts libéraux, ceux du savant. Mais, lorsque le philosophe entre dans l'atelier, rien ne doit être dissimulé à son regard clairvoyant. Le flambeau de sa science doit révéler les secrets de fabrication, les savoir-faire ouvriers. C'est ainsi que Diderot invite « les artistes à prendre de leur côté conseil des savants, et à ne pas laisser périr avec eux les découvertes qu'ils feront. Qu'ils sachent que c'est se rendre coupable d'un larcin envers la société, que de renfermer un secret utile [... ]. S'ils se rendent communicatifs, on les débarrassera de plusieurs préjugés, et surtout de celui où ils sont presque tous, que leur Art a acquis le dernier degré de perfection [...]. Qu'ils fassent des expériences; que dans ces expériences chacun y mette du sien; que l'Artiste y soit pour la main-d'œuvre; l'Académicien pour les lumières et les conseils; et l'homme opulent pour le prix des matières, des peines et du temps, et bientôt nos Arts et nos manufactures auront sur
celles des étrangers toute la supériorité que nous désirons»
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.

Dans cet extrait de l'Encyclopédie, les contours de la rationalisation du travail sont tracés. Si les artistes (les ouvriers) sont placés au centre de la production des richesses, l'homme de science doute de leur capacité à améliorer le procédé de travail, enfermés qu'ils sont dans leur routine corporative. Trois caractéristiques de l'organisation moderne du travail sont ici définies par Diderot:

10) Il s'agit de rendre transparents les savoir-faire, transmis

jusqu'alors dans le secret des corps de métier, entre maîtres et compagnons. Ce secret est une entrave au progrès; le fonctionnement même des métiers relève plutôt d'un obscurantisme que les philosophes des Lumières combattent car il contrarie l'efficacité. Les outils, les méthodes, les gestes du travail doivent être recomposés selon des principes scientifiques. Une fois définis, les meilleurs procédés doivent circuler librement pour être appropriés par la collectivité. Ainsi, l'enseignement des arts mécaniques doit lui aussi être méthodique et organisé. 2°) Une distinction est clairement opérée entre l'homme des Lumières, dépositaire d'un savoir raisonné, d'une science exacte (mathématique, géométrique), et l'ouvrier, simple main
1 Diderot, article « Art », in Encyclopédie, op. cil., p.256.

Il

de l'œuvre. C'est l'ouvrier qui met la main à l'ouvrage, mais en suivant les conseils du savant, en respectant les règles d'un travail dont la préparation et l'organisation sont en train de lui échapper. La séparation entre ceux qui conçoivent et ceux qui exécutent est clairement énoncée par Diderot; elle ne cessera de grandir depuis lors. 3°) Enfin, si la société est divisée en trois classes - les ouvriers, les savants et les capitalistes -, chacune d'entre elles doit coopérer en vue de l'intérêt général. Les uns pour leur habileté, les autres pour leur science, les derniers pour leurs capitaux. Tous doivent s'entendre et l'entente est possible dès lors que travailleurs, experts et directeurs ont un même langage, s'accordent sur des méthodes et des procédés communs. La raison est, à elle seule, capable de conjuguer des intérêts contradictoires car elle propose des moyens objectifs pour atteindre un résultat dont tous bénéficieront. L'Encyclopédie renferme une autre idée majeure qui justifie notre ouvrage: la supériorité de la machine sur l'homme. Et c'est de nouveau dans un article de Diderot que nous la trouvons clairement exprimée, son article consacré au métier à tisser des bas. Après avoir décrit le métier, ses « parties» et l'harmonie qui en caractérise le fonctionnement, Diderot précise que « la main-d'œuvre est fort peu de chose; la machine fait presque tout d'elle-même: son mécanisme en est d'autant plus parfait et plus délicat [...]. Combien de petits ressorts tirent la soie à eux, puis la laissent aller pour la reprendre, et la faire repasser d'une maille dans l'autre d'une manière inexplicable? et tout cela sans que l'ouvrier y comprenne rien, en sache rien, et même y songe seulement: en quoi on peut la comparer à la plus excellente machine que Dieu

ait faite» 1.

Cette idée va traverser la fin du XVIIIème siècle, marquer de son empreinte le XIXème pour caractériser le XXème siècle. Ce n'est plus la main de I'homme qui explique la croissance, qui détermine le succès d'une industrie, c'est la machine. Peu importe que l'ouvrier n'en comprenne pas le fonctionnement, son rôle se borne à la conduire et à surveiller le déroulement du procédé. L'homme réellement intelligent, c'est l'inventeur de la machine, celui dont le savoir le destine à s'approcher du domaine divin. La construction des machines obéit aussi aux règles scientifiques, à cette rationalité tournée vers l'efficacité, qui en améliore la précision et la robustesse, qui assure aussi un mouvement continu, répété avec régularité. L'idée d'automa1Diderot, article « Bas », in Encyclopédie, 12 p.267.

tisme sous-tend déjà cette phase première de la mécanisation. C'est une solution aux problèmes de l'industrie: ceux concernant la rareté et la qualification de la main-d'œuvre, ceux concernant la quantité et la qualité des produits fabriqués. Son corollaire est l'uniformité, désormais considérée comme source d'économie: les pièces des machines doivent être standardisées pour en permettre le remplacement, les produits fabriqués aussi pour en accroître les volumes et réduire ainsi les coûts, le travail enfin pour répéter les mêmes gestes à l'infini, pour développer une expérience source d'efficacité. Une nouvelle figure industrielle: l'ingénieur Du milieu du XVIIIème au milieu du XIXème siècle, l'activité industrielle est recomposée par l'usage de plus en plus intensif des machines. Leur fonctionnement est perfectionné, leur fiabilité assurée, leur régularité plus grande. C'est que le métal remplace progressivement le bois et leur donne plus de solidité et de précision, l'énergie artificielle (la vapeur) autorise un plus grand rendement, et la main de I'homme se trouve concurrencée par le travail de la machine. Au milieu du XVIIIème siècle apparaît l'ingénieur moderne, capable de porter le programme encyclopédique, parce que mettant en œuvre ses connaissances scientifiques en vue d'accroître la puissance industrielle. L'application de la science a pour conséquence l'automatisation du procédé de travail. Jacques Vaucanson (1709-1782) est à juste titre considéré comme le premier ingénieur mécanicien. Ses réalisations marquent le moment où la France tente de rattraper son retard sur l'Angleterre, en appliquant à l'industrie les règles scientifiques destinées à accroître la productivité et assurer la suprématie de l'industrie nationale. Vaucanson est surtout célébré pour ses automates. Le XVIIIème est le siècle où les hommes cherchent à copier les mouvements naturels par des dispositifs artificiels; c'est pourquoi les historiens des sciences et des techniques y trouvent les origines de nos ordinateurs. Comprendre les fonctions du corps humain, les reproduire mécaniquement, c'est aussi concurrencer Dieu, c'est exposer aux yeux des hommes une création artificielle qui en fait des créateurs de vie. Et, si Vaucanson entreprit une carrière religieuse, il en fut vite découragé après avoir exposé ses premiers automates. Ses plus célèbres sont Le Joueur de flûte (1738), Le Joueur de Tambourin et Le Canard Digérateur (1739). Ce dernier battait des ailes, mangeait du grain et le rendait digéré! Vaucanson bénéficia des progrès de I'horlogerie: c'est dans ce secteur que l'on étudiait depuis longtemps la possibilité de 13

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