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Le rugby professionnel en France

De
280 pages
Du rugby de village on est passé en quelques années au rugby des villes professionnel, élément à part entière du monde du sport spectacle. Cet ouvrage propose un portrait du rugby professionnel dans sa dimension économique, également basé sur l'observation scrupuleuse des données économiques et sur des résultats d'enquête.
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Le rugby professionnel en France

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cg L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7546-2 EAN : 9782747575461

Pierre CHAIX

Le rugby professionnel en France
Enjeux économiques et sociaux

Préfaces par

Philippe Saint-André et Wladimir Andreff

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

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des HU111anités

Collection dirigée par l\lain PESSIN, Vice-président chargé de la Culture et de la documentation, et Pierre CROCE, responsable de la Cellule d' [\ide à la Publication à l'Université Pierre Mendès France, Grenoble 2. La LibraÙie des HU1Jl0nitésest une collection co-éditée par les Editions L'Harmattan et par l'Université Pierre lVlendès France de Grenoble. Destinée à recevoir, dans ses diverses séries, des textes couvrant tout le champ des sciences sociales et humaines, son caractère universitaire lui fait devoir et privilège de promouvoir des travaux de jeunes auteurs autant que de chercheurs chevronnés. ~'1embres du Conseil scientifique de la collection: Thierry lVlénissier : A.lain Spalanzani : Fanny Coulomb: Jérôme Ferrand: Pierre l<ukawka :
Sciences de l'HoJJ1JJJe

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Déj à parus dans la collection

J. Ferrand et H. Petit (Dir.)
FOlldatiollJ et llelÙJelllceJ deJ DroilJ de j'homme

L'Odyssée

des Droits de l'hOlnlne - l (2003)

Ladislau Dowbor La mo.wïque b,-Ùée Ou j'économieau-delà deJéquatiollJ(2004) C. ()ffredi (Dir.) La 4JlJ1a1Jliqtle l'évalttation de jàce au développementdurable (2004)
Pierre ChaL'X Le rug0! projèJJionl1el en France Et!feux écollomiqueJ et Joliaux (2004)

J. Ferrand et H. Petit (Dir.) AliJeJ ell oetlvreJdeJDroitJ de l'homme L'Odyssée des Droits de l'hOlnme

-

II (2003)

J. Ferrand et H. Petit (Dir.) Elljeux etper.rpectiveJ eJDroitJ de l'homme d L'Odyssée des Droits de l'homlne - III (2003)
J.-L Chabot et C. Tournu (Dir.) L'héritage religieux et .rpili/uel de l'idelltité européellne (2004)

Ewa Bogalska-l\fartin Entre mémoire et oubli Le deJtin croiJédeJbéroJet des victimeJ(2004) A. Ferguène (Dir)
Gouvemance locale et développement territorial Le caJ des pqJiJ du Sud (2004)

A. Blanc et A. Pessin (Dir.) L'An du ten.ain
~ffel1S à H01JJard Becker (2003) i\1.élangeJ

Y. Chalas (Dir)
L'imaginaire aménageur eJ11Jlutation (2004)

Série « Côté Cours» Frédéric Carluer
Pouvoir économique et e.rpace AnafyJe de la divergence régionale (2004)

Ch. Amouroux (Dir.) Que faire de l'Hôpital (2004)

Préface
par
Philippe Saint-André

Le rugby a changé. Vite, très vite. En 10 années de professionnalisme, il est passé du rugby de village et de terroir, au rugby des villes et au monde du sport spectacle. J'ai commencé le rugby de haut niveau en 1984, j'ai eu la chance de participer à deux coupes du Monde et j'ai participé, comme joueur, puis comme entraîneur, à cette inexorable évolution vers un réel professionnalisme, après 100 ans d'un amateurisme de plus en plus marron. Pris par l'importance du quotidien, il nous est difficile, à nous acteurs de cette « révolution », d'avoir le recul suffisant pour bien comprendre les enjeux, les risques et les potentialités économiques et sociales du sport qui nous est cher. Il n'existait pas à ma connaissance d'ouvrage permettant d'avoir une lecture claire de la transformation économique du rugby. Le livre de Pierre Chaix, ancien joueur de première division et entraîneur de rugby, comble ce manque. 1tlanager d'une équipe de rugby professionnel (Sale en Angleterre), je suis aujourd'hui dans l'obligation de comprendre les conditions économiques du rugby, son développement, ses rapports avec les médias, ses exigences en matière de formation, la gestion des ressources humaines, les rapports entre la performance économique et le palmarès des clubs ou les fondements de l'implantation régionale, notamment dans ses rapports avec les responsables politiques et économiques locaux. J'ai été tout particulièrement intéressé par l'analyse récapitulative des travaux anglo-saxons et par l'étude analogique avec les sports professionnels américains. Le rugby français, qui a longtemps vécu replié sur lui-même, a tout intérêt à s'ouvrir sur l'extérieur et à tirer profit des expériences de sports professionnels plus expérimentés. Cet ouvrage souligne également avec justesse un certain nombre de dysfonctionnements franco-français, lié à une certaine forme de paternalisme autoritaire, qui nuit fortement à l'évolution et à la stabilisation du rugby professionnel hexagonal. Celui-ci doit achever sa mutation et ce livre permet d'alimenter la réflexion nécessaire à toute évolution tout en offrant un certain nombre de pistes de travail. Le rugby doit aussi rester un art de vivre, qui soutient les idées de solidarité et d'altruisme. Toutefois je m'inquiète avec Pierre

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PHILIPPE

SAINT -ANDRE

Chaix du comportement des nouveaux dirigeants qui semblent trop rapidement oublier la philosophie du monde du rugby, celle qui se préoccupait de la formation des jeunes et de la reconversion des anciens joueurs. En se professionnalisant, le rugby doit se préserver de certaines dérives et continuer à placer la dimension humaine au cœur de son fonctionnement. Le livre de Pierre Chaix, docteur en sciences économiques, offre une analyse rigoureuse de cette histoire du professionnalisme en France. Il nous plonge dans les réalités économiques et, par l'étude du professionnalisme sportif d'autres disciplines, il nous fournit quelques clefs de réponse pour assurer la pérennité du rugby professionnel selon plusieurs scénarios. Il nous rappelle enfin d'où nous venons et nous incite à ne pas oublier nos valeurs. Derrière une analyse rigoureuse, il n'oublie pas, en rugbyman de formation, que l'homme ne doit jamais être oublié dans ces enjeux économiques. Ce n'est pas le moindre intérêt de ce livre... Philippe SAINT-ANDRE
Ancien joueur professionnel Manager de rugI?)!et capitaine de l'équipe de France de Sale, Angleterre de l'équipe professionnelle

Préface
Par Wladin/irAndreJ!

«Le jeu qUI Impose aujourd'hui une spécialisation rigoureuse des tâches entre joueurs avants, den/is et arrières,offre une représentation quasi parfaite de la division sociale du travail entre manuels, techniciens-contremaîtres et intellectuels. Le rugby n'assure-t-il pas ainsi, en même temps que l'extraordinaire succès de la mise en scène sociodramatique, la répartition spontanée des différents groupes sociaux sur les différentes tâches fonctionnelles? »1. C'est ainsi que, il y a vingt ans, Christian Pociello analysait, à partir d'un échantillon de 496 joueurs, le portrait sociologique des joueurs de rugby en montrant que les arrières se recrutaient surtout parmi les instituteurs, les enseignants d'EPS et les étudiants, alors que parmi les avants on comptait nombre d'ouvriers, d'agriculteurs, d'artisans et de petits commerçants. Dans la même veine, l'ouvrage de Pierre Chaix propose aujourd'hui un portrait du rugby professionnel dans sa dimension économique, également basé sur l'observation scrupuleuse des données économiques et sur des résultats d'enquête. Ce livre met d'abord en évidence l'in1jJortance conomiquedu é rugby professionnel: un budget de la Fédération Française de Rugby (FFR) égal à 57,3 millions d'euros en 2003, plus de 3 milliards de téléspectateurs en audience cumulée de la Coupe du Monde de rugby 1999, un chiffre d'affaires global du rugby français de 84,8 millions d'euros en 2001. Ce dernier chiffre indique que le rugby professionnel représente 0,3% de toute l'économie du sport, mesurée par la dépense sportive globale de la France (25,4 milliards d'euros en 2001) et vient rappeler que le rugby est un très jeune sport professionnel, depuis 1995, après un siècle d'amateurisme marron. Pour cette raison, le rugby professionnel comporte quelques caractéristiques du 11/odèle

1 C. Pociello, « La force, l'énergie, la grâce et les réflexes. Le jeu complexe des dispositions culturelles et sportives », in C. Pociello (Dir.), Sports et société. Approche socio-culturelleespratiques, Paris, Vigot, 1983 (p. 210). d

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PREFACE

contellpOrain des sports professionnels tout en portant encore les stigmates de son passé de clientélisme et de relations (financières) occultes. En effet, les sports professionnels en Europe sont passés d'un modèle d'organisation et de financement basé sur les Spectateurs, les Subventions et les Sponsors mobilisés à un niveau Local (modèle SSSL), qui prévalait encore au début des années 1980, à un modèle s'appuyant sur les Médias, les 11agnats industriels, le l\1erchandising et les :Nlarchés (du capital et des joueurs), à un niveau mondial ou Global (modèle 1111M11G), se rapprochant un peu du modèle américain de sport professionneJ2, Le rugby professionnel amorce à peine le début de sa transition du modèle SSSL vers le modèle :NI11:NIMG.Seul peut-être le Stade Toulousain, ce Manchester United du rugby français, est-il plus avancé sur cette voie. Le poids des recettes au guichet, l'apport des sponsors et les subventions publiques (bien qu'en régression) ont encore un rôle crucial dans le financement des clubs de rugby professionnels. Quant aux droits de télévision, s'ils représentent 39% des recettes de la Ligue Nationale de Rugby (mais on est encore en dessous de la part de ces droits dans le football européen et français), au niveau des clubs, les recettes télévisuelles ne sont pas encore devenues la principale source de financement. La LNR ne parvient pas encore à vendre plusieurs lots télévisuels pour le TOP 16, comme le fait la LNF (football). En 2003, le rugby professionnel français a recueilli 10,7 millions d'euros pour 267 heures d'antenne (soit 40 000 euros par heure) contre 374 millions d'euros pour 745 heures d'antenne (soit 500 000 euros par heure). Le rugby professionnel est certes télévisuellement rentable, mais douze fois moins que le football. Même si les clubs de rugby professionnels sont organisés en sociétés commerciales, parfois sous le contrôle de holdings ou de mécènes, on n'observe pas qu'ils soient intégrés à de grands groupes industriels et financiers (et éventuellement à des médias). Le merchandisingest encore peu développé. Aucun club de

2 W. Andreff, "Team sports and finance", in W. Andreff, J. Borland, S. Szymanski, (Eds.), The Edward Elgar Companion to the ECOn01Jlics SpOl1S, of Edward Elgar, Cheltenham 2005 (à paraître) ; W. Andreff, P.D. Staudohar, "European and US sports business models", in C. Pestana Barros, NI. Ibrahimo, S. Szymanski, eds., Transatlantic SpOft: The ContparativeEC01101JtiCS of NOlth American and European Spo11s, Edward Elgar, Cheltenham 2002; W. Andreff, P.D. Staudohar, "The evolving European model of professional sports finance", Journal of SpOt1S EconoJnics,1 (3), 2000.

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rugby n'est coté en Bourse et le marché des joueurs n'est pas encore mondialisé comme celui des joueurs de football. Cette moindre maturité dans le professionnalisme n'exempte pas le rugby des mêmes difficultés que les autres sports professionnels, recensées en détail par Pierre Chaix, auxquelles s'ajoutent quelques problèmes liés à son passé pseudo-amateur. Les relations entre le secteur amateur et le secteur professionnel, comme entre la FFR et la LNR, sont loin d'être symbiotiques, malgré (ou à cause d')un mécanisme de redistributiol1financière, en particulier des droits de télévision, des grands clubs vers les clubs moins fortunés, et de la LNR vers la FFR. Cette redistribution se heurte à l'intérêt des grands clubs disputant les compétitions européennes, tout comme dans le football, où d'ailleurs certains pays (Espagne, Italie) l'ont abandonné. Nlalgré la mise en place d'une Direction Nationale d'Aide et de Contrôle de Gestion, seuls trois clubs ont été rétrogradés pour mauvaise situation financière depuis 2000, alors que la plupart sont en d{ficit. Plusieurs clubs ont été «repêchés» par la Commision d'appel fédérale, ce qui n'est pas sans rappeler les anciennes pratiques de clientélisme caractérisant l'amateurisme marron. Pierre Chaix nous livre un morceau d'anthologie à ce sujet avec l'histoire récente du FC Grenoble. La multiplication des matchs pour augmenter les finances (procédé classique dans le modèle SSSL, pas dans le modèle NINIM1'fG) soumet les joueurs à des cadences infernales et en vient à nuire à leur santé. Comme dans le football, on note une réticence croissante des clubs de rugby à libérer, sans contrepartie, les joueurs sélectionnés en équipe nationale. La question du dédommagement de leurs employeurs, que sont les clubs, est aussi posée dans le rugby, sinon résolue. Du côté des joueurs de rugby professionnels, outre la création du syndicat Provale (conséquence normale de l'entrée dans le professionnalisme), Pierre Chaix enregistre, avec le recul des rémunérations occultes, plutôt une baisse relative des salaires en euros constants, sauf pour les joueurs vedettes. Il met en évidence une différel1ciatiol1 salariale, repérée de longue date dans le footbalP, au bénéficie des joueurs sélectionnés en équipe nationale et des « stars », laquelle alimente l'inflation salariale. Un tiers du budget des clubs consacré, en moyenne, à la masse salariale est une proportion qui reste raisonnable, comparée au football professionnel (où elle appro-

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J .-F.

Bourg,

Salaire, travail et emploi dans lefootball professionnel français, Centre

de Droit et d'Economie

du Sport, FFF et LNF, Limoges, 1983.

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PREFACE

che les deux tiers). Dans ce dernier, la question d'un plafonnement salarial (salarycap) est à l'ordre du jour et elle est soutenue par le lob0' des grands clubs. Dans le cas du rugby, on peut se demander si les déficits des clubs sont provoqués par l'inflation salariale ou si, plus que dans le football, ils sont le fruit d'une mauvaise gestion, en partie ancrée dans les pratiques passées. La croissance du nombre de joueurs étrangers dans le rugby français, sans commune mesure avec le football cependant, résulte de la libéralisationdu Jltarché transfertset des de salaires attrayants pour des joueurs venant d'Argentine, d'Europe de l'Est, voire de l'hémisphère sud. C'est un pas vers la mondialisation du marché de joueurs propre au modèle NINIMNIG. Les responsables du rugby français doivent prendre garde à ce que cela ne devienne pas un faux pas, comme dans le football avant 2001. Le marché mondial des joueurs de football s'est, entre autre, constitué grâce à des transferts, dans des conditions parfois scandaleuses, voisines de l'esclavagisme, de joueurs originaires des pays du Tiers :Lvlonde vers les clubs professionnels européens, en particulier en ce qui concerne les joueurs mineurs4. Une régulation était nécessaire, une «taxe Coubertobin» fut proposées et une régulation des trans-ferts plus stricte a finalement été adoptée par la FIF A en 2001. Elle ne vise cependant pas les agents de joueurs, alors qu'ils sont parmi les principaux acteurs des dérives évoquées. Le fait que la FFR délivre la licence d'agent sportif dans le rugby est-il une garantie suffisante contre l'apparition de dérives similaires? Les dirigeants du rugby seraient bien inspirés d'ouvrir ce dossier avant qu'il ne soit trop tard. Deux dernières spécificités du rugby professionnel en France sont soulignées par Pierre Chaix. La première est sa localisationgéographique, voire son localisme. Les clubs de rugby sont concentrés dans de petites et moyennes agglomérations et surtout dans le SudOuest de la France. Cette implantation historique est de nature à gêner l'expansion de la commercialisation de ce sport professionnel, nous dit-il. Certes tant que l'on est dans le modèle SSSL. Beaucoup moins si (quand) le rugby parviendra à passer au modèle MMNIMG
4 E. T shimanga Bakadiababu, L.e COntlJterce la traite desfootballeurs ajicains et et sud-alnéricains Europe, Paris, L'Harmattan, 2001 ; W. .A.ndreff, "The taxation en of player moves from developing countries", in R. Fort, J. Fizel, (Eds.), InternationalSp011sEconon2Ïcs Conparisol1s,Praeger, Westport & London 2004. 5 W. Andreff, « La taxe 'Coubertobin': Ou comment réguler les transferts des très jeunes athlètes en provenance du Tiers Monde », in Apprendre à douter.Questions de droit. Questions sur le droit: Etudes offerlesà Claude untbois, PULIM, Limoges, 2004.

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Il

en faisant reposer son développement économique et ses revenus sur des retransmissions à la télévision. La seconde spécificité est un héritage du passé. La période d'amateurisme marron a créé une sorte d'écol1olJJie souterrainedu rugby que même le professionnalisme reconnu a du mal à éliminer. L'ouvrage de Pierre Chaix abonde de références à des pratiques telles que: fausses factures, charges sociales non versées, non application des règles juridiques, tricheries comptables, versements occultes aux joueurs, logement des joueurs à titre gratuit, contributions en nature, faux arrêts de maladie, utilisation du droit à l'image de joueurs expatriés pour transférer (voire blanchir) des fonds à l'étranger, caisses noires, commerce de produits dopants. D'autres sports professionnels, notamment sous d'autres cieux, sont allés encore plus loin dans les dérives financières et l'illégalité6. Ceci ne dédouane pas pour autant le rugby et valide les recommandations finales de Pierre Chaix en faveur de mesures de stabilisation du modèle économique du rugby professionnel en France, ainsi que de l'harmonisation du calendrier sportif, d'une évolution moins changeante des règles du jeu et d'une amélioration de l'arbitrage. Au fond, devenu professionnel, le rugby doit soigner sa gestion et s'inventer une nouvelle éthique. On trouve beaucoup d'autres centres d'intérêt dans le livre de Pierre Chaix, notamment quant à l'influence du climat, au rôle des « stars », à la violence, au caractère de produit joint du spectacle sportif offert par les sports collectifs, aux centres de formation des jeunes joueurs et, tout particulièrement, une très intéressante analyse des étudiants opérant comme joueurs de rugby professionnels. Je terminerai cependant par trois questions au sujet desquelles il faut encourager l'auteur à aller plus avant dans ses investigations et ses analyses, à savoir: le prix du spectacle rugby, la fonction-objectif des clubs de rugby professionnels, et la relation entre la concentration économique (financière) en faveur de quelques clubs et l'équilibre compétitif d'un championnat professionnel. S'agissant des prix, on trouve d'intéressantes informations dans ce volume. Cependant, l'impact des prix sur l'affluence dans les stades de rugby n'est pas estimé et un calcul ci'élasticité-prix de la demande serait un complément utile. Ce point est important, car de lui dépend la possibilité ou non d'avoir une stratégie de modulation des prix pour les clubs professionnels. Dans plusieurs sports pro6 W. Andreff, « Les fmanees du sport et l'éthique sportive », Revue d'EcononÛe Financière,n° 5, 1999.

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PREF ACE

fessionnels, notamment dans le footbalF, il a été démontré une inélasticité au prix du nombre des spectateurs, ce qui rend inefficace les stratégies de prix. Par ailleurs, Pierre Chaix avance que le sport professionnel répond « à la règle de maximisation du profit» (p. 134). Est-ce bien le cas pour les clubs cle rugby français (voir leurs déficits)? Ce n'est peut-être même pas le cas pour aucun sport professionnel européen, clont certains économistes8 soutiennent que les clubs maximisent les résultats sportifs (les victoires) sous contrainte d'équilibre budgétaire, contrairement aux clubs professionnels des ligues fermées américaines qui, n'étant pas menacés de relégation ni récompensés par une promotion en division supérieure, peuvent ne se préoccuper que de la maximisation de leur profit. Il y a là une vaste matière à débat qui serait enrichie en précisant exactement où se situe le rugby français. Enfin, Pierre Chaix souligne à juste titre que la concentration éCOnOJJlique (mesurée par le rapport entre les plus gros et les plus petits budgets de clubs) est moindre dans le rugby professionnel que dans le football, le handball et le basket bail professionnels en France. Dans la littérature spécialisée, ceci est une indication qui n'est normalement pas sans incidence sur l'équilibre conpétitif du championnat9, clone sur l'incertitude des résultats sportifs (la « glorieuse incertitude» du sport) et, en Europe, sur l'accès aux compétitions européennes et, de ce fait, à des revenus accrus (renforçant éventuellement la concentration initiale). Une étude récente a précisément démontré une excellente corrélation entre la concentration financière sur quelques clubs (ellemême liée à la concentration des recettes tirées de la télévision clans le modèle MMM:NIG) et le déséquilibre compétitif des principaux championnats nationaux cle football en Europel0. Le déséquilibre sportif est cependant moindre quand il existe des mécanismes cle redistribution en faveur des clubs financièrement les plus faibles (Angleï

W. Andreff, « Prix du spectacle sportif et comportement du spectateur », in

Le spectacle spol1ij, Paris, PUF, 1981. 8 S. Kesenne, "League management in professional team sports with win maximizing clubs", European Jou171alof Sports Managenlent, 2 (2), 1996. 9 Pour ce qui est du basket-ball, voir A. Rouger, «La régulation des championnats de sports collectifs professionnels: entre équilibre compétitif et équilibre concurrentiel », Thèse de doctorat en Sciences Economiques, Université de Limoges, 2000. 10 W. Andreff, J.-F. Bourg, "Broadcasting rights and competition in European football", in C. Jeanrenaud, S. I<esenne, (Eds.), Spotts and tbe Media, Edward Elgar, Cheltenham 2004 (à paraître).

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terre, France - ces mécanismes ne sont pas identiques à ceux de la FFR) et quand la ligue négocie les droits de télévision au nom de tous les clubs, que lorsqu'il n'existe pas ou peu de redistribution et que les clubs négocient eux-mêmes - ou sont privativement propriétaires de - leurs droits de retransmission. Ce type de relation est intrinsèquement intéressant à mesurer, car il est au cœur de l'attractivité d'un sport professionnel (que Chaix dissèque par ailleurs) et, donc, il importe pour l'organisation et la gestion future du rugby professionnel en France, tout en permettant de mieux le comparer aux autres sports professionnels européens. Je ne doute pas que, avec la passion qui transparaît dans le présent volume, Pierre Chaix va s'engouffrer dans ces pistes de recherche qui nourrissent les écrits les plus récents en économie du sport. Le principal bénéficiaire en sera au demeurant le rugby professionnel luimême, pour autant qu'une meilleure connaissance de son fonctionnement, à laquelle contribue déjà nettement ce livre, va dans le sens d'une plus grande transparence, donc d'une meilleure gouvernance et d'une gestion incontestable.
Wladimir ANDREFF

Professeur en sciences éconotJliques) Université Paris 1 Président de l'International Association of Sport EconotJlists

INTRODUCTION

La France reste une nation très marquée par la culture «coubertinienne» séparant les notions de pratique sportive et d'argent. Si des valeurs éducatives et des fonctions sociales ont été rattachées au sport, le lien avec le monde économique a toujours été repoussé par l'état d'esprit ambiant. Pourtant dès l'Antiquité les premières compétitions sportives donnèrent lieu à l'attribution de récompenses pour les vainqueurs. « Toi donc, moi aussi, mets dans ton âme des idées de toutes sortes, pour que les prix ne t'échappent pas. «On retrouve chez Homère dans L'Iliade quelques notes montrant que l'idée d'amateurisme est étrangère à la pensée antique. Les Romains développèrent les jeux du cirque dans tout leur empire, permettant à certains de leurs gladiateurs de devenir riches et célèbres. Le Nloyen Age et la Renaissance virent l'apparition de nouveaux jeux, les tournois, les joutes, le jeu de paume, la soule. Si la soule opposait le peuple à mains nues, sans limites ni règlements, les tournois par contre représentaient un enjeu important pour les seigneurs de l'époque. Ils entretenaient des équipes de chevaliers pour défendre leur nom et obtenir des succès importants pour leur prestige. Les chevaliers de l'époque peuvent être considérés comme des professionnels avant l'heure. Cette notion de défense du renom d'un étendard, d'une ville ou d'un « maillot» reste valable dans le sport professionnel moderne indépendamment de la constitution d'une équipe de mercenaires La naissance du sport moderne est communément située en Angleterre à la fm du x,rllle siècle. Le XIXesiècle voit un certain nombre de concepts se développer. L'activité sportive apparaît comme un élément important de l'éducation. Les notions d'effort, de compétition, de dépassement de soi, individuellement ou collectivement, deviennent des références pour les membres des collèges britanniques. Cette culture se répand à l'intérieur de l'empire britannique mais également chez ses voisins, où elle se teinte parfois d'une couleur patriotique dans le but de préparer la jeunesse à d'autres affrontements souvent moins amicaux. Parallèlement cette période voit l'apparition de liens avec le monde économique: combats de boxe professionnels et production de gants de boxe, fabrication de

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LE RUGBY PROFESSIONNEL

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clubs de golf, de canots et d'avirons pour la compétition (Andreff, Nys, 2001). Une grosse activité de paris est générée par la création d'écuries de courses hippiques, mais aussi de coureurs à pied. Un certain nombre de sports collectifs (football, rugby) se développent et se structurent. La mise en place de compétitions rencontre des succès importants. Elle requiert des financements croissants, mais la billetterie est vite installée et les spectateurs permettent de recueillir des recettes conséquentes. Cette monétisation de l'activité sportive, associée à des troubles sociaux à la fin du XIXCsiècle en Angleterre, contribue à l'émergence de la notion « d'amateurisme» développée au sein de la «gel1t1]!»anglaise. Cet éthos amateur conduisit ci'ailleurs en 1895 au schisme entre le rugby à X,T amateur et le rugby à XIII professionnel. Il influença durablement l'organisation du sport mondial. La création et la mainmise pa.r « l'élite» Anglaise sur un certain nombre de fédérations internationales créées à l' époque (Rugby, A thlétisme, Aviron ou Tennis, par exemple) conditionnèrent l'évolution du sport moderne et sa relation avec le monde économique. Pierre de Coubertin, aristocrate français ayant séjourné en Angleterre, va jouer un rôle important dans la relation ambiguë entre ces deux mondes. De son expérience anglaise, il reviendra convaincu de l'intérêt de la mise en place d'une pédagogie sportive afin de fournir à la France les hOlnmes qu'elle réclame pour conduire son industrialisation et renforcer son empire. Il intégrait ainsi l'idée selon laquelle le sport peut contribuer à l'établissement d'une paix universelle. Sa conviction aboutit à la naissance des Jeux Olympiques modernes s'appuyant totalement sur le concept d'amateurisme, considérant que les valeurs éducatives du sport ne sauraient s'accommoder de la transformation de «l'athlète olympique en gladiateur payé» (pierre de Coubertin, 1894). L'application rigoureuse de cette discipline sera un frein majeur à la commercialisation des activités sportives, mais également elle empêchera la prise de conscience de l'importance des financements mobilisés par le sport moderne. Avant la Première Guerre mondiale, le sport était simplement un élément d'éducation. Les organisations sportives étaient peu nombreuses, en général non lucratives, et la médiatisation par l'intermédiaire de la presse écrite était limitée. La période de 1914 à la fin des années 1970 est marquée par le développement des compétitions nationales et internationales sous le contrôle des fédérations. Si la médiatisation par la radio, puis la télévision, se développe, le fmancement reste assuré majoritairement par les spectateurs et les collectivités publiques. La notion d'amateurisme reste très présente. Le poids

INTRODUCTION

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économique du sport apparaît faible et n'est que très peu étudié en France. Les années 1980 sont marquées par plusieurs événements décisifs pour la place du sport dans l'économie mondiale.
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La disparition de deux verrous institutionnels (Bourg, 2000). L'ou-

verture des Jeux Olympiques aux professionnels en 1981 représente une première étape décisive, qui sera suivie quelques années plus tard (1984) par la mise en place, par le Comité International Olympique d'un programme de sponsoringmondial. Cette marchandisation du monde olympique est un des éléments clés de l'imbrication croissante du sport et de l'économie.
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La dérégulation du marché de l'audiovisuel, en Europe notamment, avec l'apparition de chaînes privées à la recherche de programmes porteurs, va grandement contribuer à l'augmentation de la concurrence sur le marché des droits relatifs aux événements sportifs. Le développement du câble et du satellite renforcera par la suite cette « inflation de la demande ». Enfin, la chute du mur de Berlin clôturera la période de la «guerre froide », opposant les blocs Est et Ouest par le biais des compétitions sportives. Elle laisse ainsi le champ libre à la compétition économique appliquée au spectacle sportif.

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Dès lors, l'importance de l'économie dans le sport est pleinement acceptée. Aujourd'hui, le sport s'organise en termes de marché. Il constitue une activité économique importante et un outil de communication fondamental avec la participation active des commanditaires et des chaînes de télévision. Le choix des sites olympiques, sujet de nombreuses polémiques et de tentatives de corruption des hommes, montre bien l'importance politique du sport et l'enjeu économique qu'il représente pour un Etat ou pour une ville. Le Comité International Olympique (CIO), qui comprend plus de membres que l'ONU (197 contre 188 en 2000), est un élément essentiel de la mondialisation des pratiques du spectacle sportif. Les jeux d'Atlanta (1996) ont été vus par 20 milliards de téléspectateurs en audience cumulée. La Coupe du Monde de football 1998 en France a attiré 38 milliards d'individus devant le petit écran (Lettre éC0110nJie spori, du n0674, 2003). Le sport comme pratique et spectacle est intégré dans le monde de l'économie. Il conduit à la consommation de biens et de services importants. Il s'inscrit dans le marché des capitaux et, dans sa version marchande, il engage des ressources économiques considérables et surtout constamment croissantes. Il faut dire que le nombre d'évènements sportifs lié à l'internationalisation des compétitions a

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LE RUGBY PROFESSIONNEL

EN FRANCE

augmenté de manière quasi exponentielle. De moins de 20 événements sportifs d'importance mondiale en 1914, (Wimbledon 1877, Jeux Olympiques 1896, Tour de France 1903, Tournoi des 5 nations 1910), on est passé à 315 en 1977, et plus de 750 en 1998. Les sommes engagées peuvent être énormes, car le spectacle sportif draine à la fois des spectateurs, des téléspectateurs et des actions commerciales d'entreprises (publicité, patronage, sponsoring). Les jeux d'Atlanta ont été les premiers à rechercher avant tout un bénéfice plus commercial que politique. Ils ont montré combien une telle opération pouvait être rentable. Les JO deviennent une formidable affaire financière générant plus de 500 millions de dollars de revenus en 2000. Si toutes les organisations de spectacles sportifs n'ont pas la dimension financière des JO, il n'empêche que l'évolution enregistrée pousse l'ensemble des organisateurs de spectacles sportifs, structurés à l'origine en associations à but non lucratif (clubs, ligues, fédérations), à se transformer en sociétés commerciales ou para commerciales (Andreff, 1998). L'activité économique induite par la production du spectacle sportif oblige le monde sportif à se transformer, à évoluer pour mieux répondre aux demandes de structuration de la part du marché. La consommation de ce spectacle est un élément important des dépenses sportives des ménages s'inscrivant dans un contexte d'augl11entation du poids économique du sport en France. La dépense sportive globale s'élevait à 25,4 milliards d'euros en 2001, soit 1,7% du produit intérieur brut en augmentation de 17,6% sur 5 ans. Si les communes fournissaient avec 7 milliards d'euros (27% du total) le plus gros effort concernant les dépenses publiques, les ménages supportaient cependant un peu plus de 50% de la dépense globale (12,8 milliards d'euros). Au sein de cette enveloppe, il est intéressant de souligner la part importante de l'achat de services sportifs, lesquels représentent plus de 40% du budget sportif des ménages. Non seulement il s'agit de la dépense principale, mais c'est également celle qui a le plus évolué ces dernières années augmentant de 30% pour les cotisations et de 27% pour les entrées aux spectacles sportifs. Les entreprises françaises ne restent pas insensibles à cet intérêt. Elles ont dépensé près de 2 milliards d'euros en faveur du sport en 2001. La très grosse majorité de ces deux milliards a été consacrée au spectacle sportif, soit par le canal des droits télévisés, principalement ceux qui financent le secteur du football mais aussi du rugby,

INTRODUCTION

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soit par le biais d'actions de sponsoring (partenariat), lesquelles ont augmenté de 20% par rapport à 2000 pour atteindre 1,3 milliard d'€. Tableau 1 La consommation des ménages en biens et services sportifs (en milliards d'euros courants)
pa/i des évolution /

1995

2001

dépellses 2001 en% 25,6 12,4 13,2 17,4 1,3 16,0 16,6 7,7 7,7 40,4 15,8 12,6 4,0 100

/Jolume
1995/2001 Cil%

Vêtements et chaussures de sport
- dont vêtel11ents

- dont chaussures Autres biens de consommation - dont édition de périodiques sportifs - dont articles de sport Equipements - dont bateaux - dont bicyclettes Achats de services - dont activités sportives (cotisations...) - dont activités liées au sport (entrées spectacles sportifs. . .) - dont téléphériques, rel110ntées
l11écaniques

2,91 1,37 1,54 1,85 0,17 1,68 1,91 0,69 1,05 3,80 1,48 1,19 0,41 10,47

3,28 1,59 1,69 2,22 0,17 2,05 2,13 0,98 0,99 5,17 2,03 1,61 0,52 12,80

+ 12,1 +16,6 +8,0 + 17,8 -4,3 +20,1 +6,4 + 36, 1 +10,4 +27,4 + 30,6 + 27,0 +9,8 + 17,6

TOTAL
50tlrce : INSEE des Sports (2003) - Comptes

nationaux,

Bu/letin de statiJtiques et d'études, tmnistère

Dans ce contexte marchand, le rugby a vu apparaître un certain nombre de nouveaux acteurs guidés par l'attractivité supposée de ce sport. Si la prédominance du football reste incontestée, l'ensemble des acteurs économiques (spectateurs, télévisions, commanditaires) est toujours à la recherche d'une offre lui permettant de se positionner différemment dans le financement du sport spectacle et l'utilisation de leur image. Le football voit son leadership parfois affaibli par la « marchandisation » excessive de son activité et par des comportements de joueurs peu porteurs en termes d'image pendant que le rugby véhicule des valeurs fortes comme la solidarité, la primauté du collectif, la combativité, l'engagement ou la recherche de l'excellence. Les entreprises et leurs dirigeants se retrouvent dans ces valeurs et s'intéressent à ce sport, d'autant que son poids médiatique est en forte augmentation. Deux facteurs méritent d'être soulignés pour situer le rugby sur l'échiquier du sport spectacle dans le monde:

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- L'audience cumulée télévisuelle de la Coupe du Monde de (1999) se situe à plus de 3 milliards de téléspectateurs, ce qui place cet événement dans le Top 10 des meilleurs évènements sportifs mondiaux (tableau 2 ci-dessous et 3, page 21). - La finale de la Coupe du Monde de 1999, meilleure audience en France de l'année, toutes catégories confondues, regroupant 14 millions de téléspectateurs, est restée dans toutes les mémoires des décideurs économiques français. L'intérêt des médias pour la Coupe du ~londe de rugby 2003 ne s'est pas démenti. « En France le mondial s'inscrit d'ores et déjà au 4c rang des événements sportifs les plus regardés après les Jeux Olympiques, la Coupe du Nlonde de football et le Tour de France» déclare Arnaud Dagorne, directeur de la Ligue nationale de Rugby. Compte tenu de la « jeunesse» du rugby dans le monde du sport professionnel, les études de notoriété effectuées récemment montrent des résultats surprenants en sa faveur. La société Sport Lab a effectué, en juin 2003, une étude de notoriété sur les clubs de rugby français en comparaison avec le Paris Saint-Germain (pSG) et l'Olympique de Nlarseille (011) les deux clubs-phares du football hexagonal. Tableau 2 Spectateurs et téléspectateurs de la Coupe du .J\1ondede rugby depuis sa création
Année 1987 1991 1995 1999
Source: Site internet

NOJJlbre de spectateurs

Audience cUJnt/fée

600 000 1 million 1 million 1,75 million
IRE.Er (2003).

300 millions 1,75 milliard 2,67 milliards Plus de 3 milliards

Comme pour le football (OM et PSG), deux clubs se dégagent de l'enquête: le Stade Toulousain et de Stade Français. Leur notoriété et leur suivi sont inférieurs à ceux du PSG et de l'OM, mais leur cote de sympathie est en revanche similaire, alors que leur cote d'antipathie est sensiblement inférieure (Cf tableau 4, page 22).

INTRODUCTION

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Tableau 3 Les dix premiers évènements sportifs mondiaux en audience cumulée (milliardde téléspectateurs) depuis 1996
Clo.rseJJ/e n t ÉVèlletJlellts

Anllée 1998 2000 1996 2002 2002 1998 2003 2001 1997 1999

1c
2c 3c 4c Sc 6c 7e 8e 9c 10c

Coupe du l\Ionde de football (France) JO Sydney JO Atlanta Coupe du l\londe de football Gapon-CDS) JO Salt Lake City JO de Nagano Championnat du l\londe d'AthlétistTIe de Paris Chan1pionnat du l\Ionde d'Athlétisme d'EdtTIon ton ChatTIpionnat du l\Ionde d'Athlétisme d'Athènes Coupe du l\Ionde de rugby (Grande Bretagne)

Audience ctllJ/ttlée 38,0 36,1 33,5 28,8 13,1 10,7 4,5 4,0 3,3 3,0

Source:

L, lettre de l'économie dl! ,fjJoJ1n0674, 12 septembre

2003 et P. Chai.'\: (2003).

Si nous limitons la comparaison aux deux clubs parisiens (paris SaintGermain et Stade Français), en affinant les résultats on constate un différentiel important en termes de notoriété spontanée. Cependant, le Stade Français réduit l'écart en notoriété assistée et en suivi, notatnment chez les jeunes de 15 à 24 ans. La cote de sympathie très positive du Stade Français comparativement au PSG conforte la place prise par les clubs les plus populaires du rugby français. Néanmoins, le rugby est un jeune sport professionnel. Sa transformation en une activité marchande officielle en 1995 a représenté une véritable révolution pour ce sport historiquement régi par des organismes nationaux et internationaux peu enclins à toute évolution. L'influence de l'environnement international a malgré tout brisé les dernières barrières pour lancer le rugby dans le monde du sport professionnel. Neuf ans plus tard, il est intéressant de faire le point sur la situation économique du rugby professionnel français, dans un monde où la marchandisation du spectacle sportif est une donnée objective essentielle. Les trois disciplines phares du sport français (football, rugby, basket) ont produit 739,6 millions d'euros de chiffre d'affaires pour la saison 2000-01. Le football produit la majorité de cette somme, mais le rugby commence à peser un poids important devançant désormais, de très loin, le basket-ball.

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Tableau 4 Enquête de notoriété football et rugby (base 1 000 français adultes juin 2003)
5 fade Toulot/saill 35% 60% 5 fade FrallcaiJ 25% 54% 30% 12% 160/0

o Al
7 0% 90% 33% 25% 290/0

PSG 7 0% 88% 30% 24% 28%

Notoriété Notoriété Aime beaucoup N'aime

spontanée assistée ou assez

31%
12% 1 7%

pas vraiment ou pas du tout Suivent leurs performances

SOt/t'ce: Spol1 Lab, Site internet:

sportlab.fr

(2003).

Tableau 5 CA global des 3 disciplines majeures (football, rugby, basket) saison 2000-2001
Disciplines Football Rugby Basket
S ouree : CDES, Bayle, Coudert, (2003) p. 64.

CA global en lnillion d'€ 608,4 84,8 46,4

Cet accroissement des enjeux financiers s'accompagne logiquement d'un développement des structures administratives de ces clubs professionnels. La Ligue nationale de football recensait 452 salariés administratifs en 1994-1995. En 20-2001, elle en comptait 792. Dans le cadre de la professionnalisation des sports collectifs, le rugby, nouveau venu, peut sûrement tirer profit de l'expérience de différents sports à l'histoire professionnelle plus ancienne. L'utilisation d'une méthode qualitative, reposant à la fois sur les études de cas et sur l'analyse analogique, en décryptant le comportement des différents sports professionnels sur plusieurs continents, devrait nous permettre de tirer des enseignements utiles pour la réussite du rugby professionnel, dont la jeunesse n'a évidemment pas encore permis d'engager des études approfondies concernant son fonctionnement et son financement. La théorie économique a peu abordé la question de l'économie du sport dans son ensemble. L'étendue du domaine fait que les économistes ont une grande difficulté à mesurer l'importance économique de l'activité sportive. Les publications sont rares notamment en raison du n1anque de transparence sur les financements et la gestion de l'argent circulant dans le sport. Le rugby n'échappe pas à la

INTRODUCTION

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règle, au contraire. J\1aintenu presque artificiellement dans le monde amateur, son passage brutal dans la sphère professionnelle n'a pas, en un temps aussi court, transformé fondamentalement son fonctionnement plus ou moins archaïque. Tenter de faire le point sur l'économie du rugby professionnel aujourd'hui est aussi hasardeux que passionnant.
-

Quelle est la situation

économique

des clubs?

- Quelle est la structure de leur budget? - Quelle est la provenance de leurs recettes? - Les joueurs sont-ils réellement professionnels

et quel est

leur avenir? Autant de questions auxquelles nous chercherons à répondre de la manière la plus précise possible. En huit ans, le rugby a réellement pris une grande place dans le paysage sportif professionnel français, certes loin derrière le football, mais aussi largement devant tous les autres sports collectifs. Cependant, si les publications relatives à l'économie du sport sont rares, celles concernant le rugby sont quasi-inexistantes. Certains évoquent la difficulté d'effectuer une recherche en économie du sport compte tenu de l'absence de publications systétnatiques d'informations statistiques. L'obligation faite au chercheur d'opérer des recoupements entre des données fragmentaires provenant de sources diverses et souvent incohérentes entre elles, pose de réels problèmes (Andreff, Nys, 2001). Le rugby ne fait pas obstacle à la règle, bien au contraire. La Fédération Française de Rugby et les clubs ont toujours privilégié une culture du secret. Cent ans d'amateurisme plus ou moins « marron », que nous essaierons de décrypter, ne s'effacent pas non plus facilement. Chercher à mettre à plat les financements, les budgets, les salaires et les relations financières entre les différentes parties prenantes du rugby professionnel français relève de l'enquête fiscale. L'assemblage de données fragmentaires et les investigations effectuées doivent permettre de faire un premier état des lieux et d'établir un bulletin de santé économique du rugby professionnel francais. Au-delà des données recueillies, nous chercherons aussi à retirer les leçons des expériences passées et présentes des autres sports appartenant à la sphère du sport professionnel. Les ligues américaines, le football français et anglo-saxon, le rugby à XIII anglais (&tgry League) entre autres sont riches d'expériences et de modes de fonctionnement différents pouvant nous apporter des réflexions pertinentes sur l'avenir du rugby français. Les études portant sur l'ensem-

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ble de ces différents sports permettent des cOl11paraisons intéressantes en termes d'organisation et d'effets plus ou moins attendus, conduisant à réfléchir aux modèles d'organisation et à leurs avantages respectifs. Nous avons utilisé pour notre étude, la recherche documentaire, l'observation, le questionnaire et l'entretien.
-

La recherche documentaire

se propose de mettre en évi-

dence les analogies avec les sports comparables, disposant d'un réel passé en l11atière professionnelle. La documentation économique sur le rugby professionnel étant extrêmement réduite, les études analogiques nous permettront de retenir les leçons des expériences vécues dans d'autres sports, en nous interrogeant constamment sur la réelle correspondance des situations. La littérature anglo-saxonne fournit de nombreux exemples et analyses particulièrel11ent éclairants. Il faut seulement rappeler que le contexte américain ne s'applique pas exactement au contexte français et que les composantes économiques de chaque sport ne sont pas toujours cOl11parables en terl11es d'audience ou de capacité à mobiliser des financements.
-

L'observation

est plus personnelle. Elle est fondée sur des

regroupements de données statistiques, sur l'analyse des comportements des acteurs de ce nouveau monde marchand et sur leurs propres connaissances et informations.
-

La conception des questionnaires recouvre en fait plusieurs

opérations qui s'enchaînent. Une fois nos hypothèses formulées, il faut en premier lieu, concevoir le questionnement le plus efficace permettant de répondre clairement à nos interrogations. Ensuite, il s'agit de déterminer quels sont les acteurs qui font autorité en la matière. Enfin, il est nécessaire de mettre une stratégie en place, afin d'optimiser le nombre de réponses susceptibles d'être obtenues.
-

Les entretiens sont corrélés aux questionnaires. Ils viennent

compléter, préciser, développer certaines informations, les réponses au questionnaire comportant une part de subjectivité que l'interview directe se propose de gommer, au moins partiellement. En outre, des informations complémentaires peuvent résulter de cette forme d'étude qualitative.

Ces méthodes, très empiriques, permettent cependant de dessiner un premier portrait du rugby professionnel dans sa dimension économique. Aujourd'hui, si les articles concernant le rugby pullulent, notamment pour célébrer les performances sportives, l'étude économique du rugby professionnel n'offre que quelques analyses éparses, souvent

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contradictoires, disposant d'informations statistiques peu fiables et faiblement vérifiables. La mise en place d'un rugby professionnel a fait l'objet de nombreux débats et conflits. Son organisation aujourd'hui est le résultat de toute cette histoire, marquée par un refus du «Inonde marchand» qui peu à peu s'impose à lui devant les réalités économiques du moment. Le processus de globalisation, favorisé par la couverture des médias, a accéléré le processus de mondialisation du rugby. Il s'agissait alors, pour les instances dirigeantes de ce sport, de choisir entre l'acceptation de la professionnalisation ou la crise économique, soit par l'apparition de nouveaux concurrents ou de sports comparables, soit par l'affaiblissement de l'intérêt populaire du rugby. Il n'en reste pas moins vrai que l'organisation du rugby professionnel est fondamentalement déterminée par son histoire. Il est probable que les années à venir seront marquées par l'apparition de nouvelles structures, plus en phase avec les réalités économiques. Aujourd'hui, l'analyste manque un peu de recul pour connaître avec précision l'état de santé du rugby professionnel en France. Il est dépendant de la demande mondiale, avec l'essor des compétitions européennes et des tournées. l\IIalgré tout le caractère national de ce sport est encore vivement présent, sans doute du fait d'une pénétration mondiale du rugby encore insuffisante. Pour assurer la viabilité économique de ce sport, il est nécessaire de concevoir de nouvelles règles et structures de gestion, afin de faire face à la concurrence des autres sports et spectacles. Le rugby professionnel, pour perdurer, doit s'inscrire résolument dans le monde économique et accepter les règles marchandes qui accompagnent cet objectif. Le football et le rugby ont une histoire commune. Le rugby est né du football. Leur apparition et le début de leur codification sont généralement situés dans la première moitié du XIXCsiècle en Angleterre Au cours d'une partie de «foot-ball», William Webb Ellis, se saisissant du ballon et courant vers le but adverse pour le déposer derrière la ligne, créait, sans le savoir, le rugby (Lacouture, 1993). Le développement des deux sports et l'élaboration de leurs caractéristiques actuelles se situent au cœur de la naissance du sport moderne. Le rugby a commencé à se développer parallèlement à d'autres formes de jeu de balle dans le cadre des « PublicsSchools» anglaises devenant une activité socialement acceptable et bénéficiant du statut de pratique éducative. Si le football est devenu assez rapidement professionnel, il n'en a pas été de même pour le rugby. Les organisateurs de ce jeu se

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sont, longtelnps, nière paradoxale,
)C'{C

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fait les chantres de l'amateurisme intégral. De maalors que pendant les sept premières décennies du

siècle les Jeux Olympiques

refusèrent

le professionnalisme,

le

rugby ne fit jamais vraiment l'effort de devenir un membre actif de cette manifestation mondiale. Le rugby fut supprimé des JO après 1924, à cause de faits récurrents de professionnalisme marron et de violence, notamment pendant la finale de 1924 qui opposait les USA et la France. Pour survivre comme événement sportif, le rugby a été amené à se « professionnaliser », car même les organisateurs des JOse sont inclinés devant la force du sport professionnel. Il n'en reste pas moins vrai que l'organisation actuelle du rugby « marchand» est encore gérée selon des normes qui ne tiennent pas entièrement compte des réalités économiques, laissant une grande place au monde ama teur.

Chapitre 1

L'histoire

du rugby professionnel

Le football et le rugby sont nés à peu près à la même période. À l'origine, ils ont vécu de manière similaire et ils ont connu les mêmes débats et les mêmes combats. Pourtant, près de 130 ans plus tard, le constat est surprenant. L'évolution du football professionnel s'est faite régulièrement, alors que le rugby a fait marche arrière dès la fin du XIXCsiècle, pour brusquement embrasser le monde professionnel depuis neuf ans. Il est curieux de constater qu'à partir d'un acte de naissance sensiblement identique et de conditions de développement similaires, les parcours des deux sports aient été aussi différents. Le sport moderne peut-être divisé en trois grandes périodes. D'abord, le sport s'inscrit dans le monde «non marchand ». Puis, après de nombreux débats, certains sports s'engagent plus ou moins résolument dans le sport professionnel, alors que d'autres résistent fermement à une évolution jugée moralement inacceptable. Enfin, depuis quelques années, la plupart des sports souhaitent se professionnaliser, mais n'ont pas toujours les moyens de le faire. La naissance du sport

Tout au long du XIxe siècle, l'apparition d'un certain nombre de sports en Angleterre est un phénomène particulièrement original. Leur codification se fera peu à peu au sein des écoles anglaises pendant toute cette période. Ce développement de pratiques diverses au sein des «publics scbools» s'est rapidement démocratisé, notamment avec la mise en place d'institutions sportives encadrant cette pratique. Les clubs sportifs se multiplièrent (celui du Golf de St. Andrew fut fondé en 1742 1).Les pratiques de ces sports s'exercèrent, la plupart du temps, sur la base de règles locales. Des propositions particulièrement judicieuses apparurent pour tenter d'unifier les règles. C'est ainsi, qu'après plusieurs réunions, fut créée, en 1863, la « FootballAssociation» qui mit en place le prototype du football moderne (Dunning, Sheard, 1989). En 1871, le rugby, pour faire évoluer et unifier ses règles, créa, à son tour, la « RuglryFootball Union ».

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L'uniformisation des règles et la création des deux « fédérations» favorisèrent la diffusion de ces jeux de balle. Le succès fut tel que leurs pratiques se diffusèrent dans tout le pays et cessèrent d'être monopolisées par les classes supérieures et moyennes. La mise en place de compétitions officielles donna une force nouvelle à ces sports. Ainsi, en 1876, la « Yorkshire ChallengeCup» fut créée par un industriel du textile. Elle eut un très grand succès, ce qui conduisit à la création de nombreux clubs. L'attrait de la compétition attira des foules considérables. Cet événement prit une part prépondérante dans l'émergence du rugby comme sport spectacle. Les bases économiques, fondées sur l'offre et la demande, se mirent progressivement en place, notamment avec une première étape de billetterie, encore faiblement organisée et inscrite plutôt dans le cadre de l'économie « souterraIne ». À partir du moment où le sport devînt aussi un spectacle, les compétitions furent organisées afin d'être attractives pour des spectateurs payants. Assez rapidement, devant la demande, les joueurs purent recevoir des rémunérations. Dès l'origine de ce mouvement, le débauchage des bons joueurs d'un club vers un autre existait sur la base d'importants avantages matériels. La tendance à la «marchandisation» du jeu de rugby et à sa professionnalisation apparut alors avec force. Pourquoi le rugby a-t-il arrêté son évolution pendant 110 ans et pourquoi a-t-il brusquement franchi le Rubicon? Eric Bayle propose un cadre explicatif du processus de professionnalisation du sport (schéma 1). Schéma 1 Cadre explicatif du processus de professionnalisation du sport.
Naissance
I

~I Aujourd'hui ( ) Intérêts des acteurs ( ) Contexte

Acteurs

~
Logiques de professionnalisation Source: Bayle E. (2000), p. 36.

Stratégies des acteurs

~
degré (intensité)

: rythme

(vitesse),