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Le salariat en friches

192 pages
Le travail salarié est-il en voie de disparition ?… Chômage, précarité, travail indépendant, mono-entreprises,... pour nombre d'économistes libéraux la société de demain sera une société d'entrepreneurs. Mais cette réhabilitation médiatisée de l'individu dans la production est un leurre. En période d'incertitude économique aiguë, l'adaptation de l'entreprise à l'évolution de la demande exige l'utilisation flexible du travail, où les individus sont polyvalents et disponibles à tout moment.
Le salariat a été à tort considéré, lors de la période euphorique des Trente Glorieuses, comme synonyme de stabilité et de réussite sociale. La crise du modèle d'après guerre érode le travail salarié. Les friches salariales l'attestent : les mesures d'aménagement du temps de travail, l'individualisation de la rémunération ou encore la délocalisation de la production rendent le travail plus malléable, mieux maîtrisable, moins cher. Des réservoirs de travail superflu, exploitables à tout moment, se sont constitués à coups de mesures de libéralisation et de déréglementation des marchés.
Ce numéro d'Innovations présente aussi un débat important sur les défis stratégiques et politiques de l'intelligence économique dans un contexte de forte concurrence.
SOMMAIRE
S. BOUTILLIER : Le salariat, son histoire et son devenir
A. CORSANI : Dynamique du salariat et territoire
J. FREYSSINET : En quoi le fractionnement des temps de travail remet-il en cause la revendication de réduction de la durée du travail ?
J.P. CHANTEAU : Les enjeux de la construction du sens de la réduction
du temps de travail
Cl. POTTIER : mondialisation des firmes et mise en concurrence du monde ouvrier
M. RICHEVAUX : La lettre et l'esprit, texte et pratiques du texte en droit du travail
ESSAIS
J. CHAILLOU : Valeur travail, taux de plus value, Axiomes mathématiques
V. MIFTODE : La dynamique du travail dans la transition vers une économie de marché, le cas roumain
O. COPPIN : L'ouvriérisation de l'emploi dunkerquois, les impasses d'une marche forcée vers l'industrie lourde
ATELIERS
B. LAPERCHE : Enjeux actuels de l'intelligence économique, L'information, nerf des affaires
J. M. FERNÁNDEZ : Espionnage dans la guerre économique
Voir plus Voir moins

~ L'Hannattan, 1999 ISBN: 2-7384-8094-2

INNOVA TIONS
Cahiers d'économie de l'innovation

N°lO

Le salariat en friches

Revue publiée avec le concours de l'Université du Littoral (Dunkerque)
Revue fondée en 1995

ÉditiOJlS L'Harmattan 5-7, rue Ecole Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal, CANADA H2Y IK9

Comité Scientifique et Éditorial Deniz AKAGÜL Jean-LucGAFFARD Pierre OUTTERYCK
Universitéde LilleI Rolande BORRELL Y Universitéde GrenobleIT Sophie BOUTILLIER Universitédu Littoral Suzanne DE BRUNHOFF CNRS(Paris) Guy CAIRE Universitéde Paris X Universitéde Nice Sophia-Antipolis André GUICHAOUA Universitéde LilleI Jean-François LE~ET1JtE Universitéde VersaillesSaint Quentinen Yvelines Tamara KUNANANANY AKA~ François CHESNAIS CETIM (Suisse) Universitéde Paris xm Georges LIODAKIS Annie COT UniversitéTechnologique Universitéde Paris I de Crète (Grèce) Gérard DESTANNE Jean LOJKINE EHESS-ÇNRS DE BERNIS Universitéde GrenobleIT Bengt-Ake Renato DI RUZZA LUNDV ALL Universitéde Provence Universitéd'Aalborg Abdelkader DJEFLA T (Danemark) Universitéde LilleI Bernadette MADEUF Universitéde Paris X Gérard DOKOU Universitédu Littoral François-Régis Jacques FONTANEL MAHIEU Universitéde GrenobleIT Universitéde VersaillesSaint.Quentinen Yvelines Dominique FORA Y Directeurde recherches Jordl MOLAS au CNRS (Paris IX) GALLART Jean GADREY Universitédu Sussex Universitéde Lille I (Royaume-Uni) IRM,Lille Christian PALLOIX Universitéde Picardie James PETRAS

U:niversité de Binghamton (Etat de New York) Université Université de Picardie de Lille I

y orgos RIZOPOULOS Philippe ROLLET Jean-Jacques SALO~ON
Conservatoire National des Arts et Métiers

Denis SCHOR
Université de Lille IT

Claude SERF A TI Université de VersaillesSaint Quentin en Yvelines

Dimitri UZUNIDIS
Université du Littoral

Constantin V AÏTSOS
Université d'Athènes (Grèce) Pierre V AN ACKER
Université Université du Littoral de Nantes

Michel VERRET Philippe VRAIN
Centre d'Études de l'Emploi

Secrétariat
Renaud BELLAIS, Sophie BOUTILLIER,Blandine LAPERCHE,Dimitri UZUNIDIS, Jérôme ZIEL

Laboratoire Redéploiement Industriel et Innovation Université du Littoral-Côte d'Opale 21, quai de la Citadelle 59140 DUNKERQUE téléphone: 03.28.23.71.34/47 email: labrii@univ-littoral.fr <http://www.editions-harmattan.fr/lnnova.htm1> Prochains numéros: nOll, Déséquilibre et innovation n012, Joan Robinson, Hérésies économiques n013, Économie administrée et économie concurrentielle
LABORATOIR1;
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~ I.,; do LIt.oral

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SOMMAIRE

ÉDITORIAL S. BOUTILLIER: Le salariat, son histoire et son devenir, Aspects critiques de la théorie du travail A. CORSANI : Dynamique du salariat et territoire J. FREYSSINET: En quoi le fractionnement des temps de travail remet-il en cause la revendication de réduction de la durée du travail? J.P. CHANTEAU: Les enjeux de la construction du sens de la réduction du temps de travail CI. POTTIER: Sur la relation travailmondialisation-progrès technique M. RICHEV AUX: La lettre et l'esprit, texte et pratiques du texte en droit du travail
ESSAIS

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9 35

53

63 87 99

J. CHAILLOU

: Valeur travail, taux de plus value, Axiomes mathématiques

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V. MIFTODE: La dynamique du travail dans la transition vers une économie de marché, le cas roumain O. COPPIN: L'ouvriérisation de l'emploi dunkerquois, les impasses d'une marche forcée vers l'industrie lourde

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ATELIERS B. LAPERCHE : Enjeux actuels de l'intelligence économique L'information, nerf des affaires
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J. M. FERNANDEZ: Espionnage dans la guerre économique A PROPOS
M. Pousse (sous la direction de) : Inde, cinquante ans de mutations F. Richard: Recherche, Invention et Innovation M. Amendola et J.L. Gaffard : Out of Equilibrium P. Frais: Développement Européenne durable dans l'Union

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J. Lachmann : Capital-risque et Capital-investissement Ph. Béraud, J.L. Perrault et O. Sy (dir.) : Géo-économie de la coopération européenne C. Rey : Le travail à domicile A. Wilmots : La Chine dans le monde G. Spaletta : J'ouvre mon magasin

POST -SCRIPTUM Le mythe de l'entrepreneur, socio-économique par J. Ziel Mondialisation et citoyenneté symbole 161

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RÉSUMÉS! ABSTRACTS BULLETIN D'ABONNEMENT RECOMMANDATION D' ARTICLES AUX AUTEURS

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,

Editorial

Le travail salarié est actuellement en débat dans les pays industriels. Pour les uns, la réduction du temps de travail peut, selon l'expérience du passé, créer en masse des emplois. Pour les autres, seul le marché peut en décider. La flexibilité de l'utilisation du travail, qui se traduit par une plus grande liberté d'embauche et de licenciement de la part des employeurs, mais aussi par une réglementation moins contraignante du temps de travail, serait source de nouveaux emplois salariés. La flexibilité dans la mise au travail et du temps de travail permet aux entreprises de réaliser à la fois une réduction des coûts salariaux (utilisation ponctuelle du travail), mais aussi des économies de capital, car les équipements industriels tournent de cette façon en continu. Les transformations opérées dans les grands pays industriels concernant l'utilisation du travail, grâce notamment aux mesures baptisées "aménagement du temps de travail", illustrent l'arbitrage que font les entreprises et les gouvernements pour établir la meilleure posologie possible en facteurs de production et obtenir ainsi la fonction de production la plus adéquate par rapport à une certaine structure des coûts dans un contexte économique particulièrement incertain. Depuis une quinzaine d'années, sous couvert d'adaptation de l'entreprise à l'évolution de la demande, la flexibilité et la polyvalence du travail se sont substituées, chômage aidant, à sa standardisation et à sa spécialisation. Présentée comme un progrès social, la flexibilité se traduit dans les faits par une intensification du rythme de travail, par la précarisation des emplois existants, par la multiplication des emplois à temps partiel, etc. Selon les estimations du Ministère du Travail, à l'heure actuelle, 90% des embauches se réalisent sous contrat précaire (intérim, contrats à durée déterminée). Quant au temps de travail, sa réduction à 35 heures par semaine tend à se définir le plus souvent comme une moyenne annuelle : travailler lorsque l'entreprise a besoin de vous, autrement chômer en attendant le bip d'appel du chef du personnel. Dans une société guidée par un souci constant de productivité et d'efficience, la fin du travail salarié n'est pas pour demain. Face à un chômage croissant et à la montée de l'individualisme, les mesures de flexibilité (sous le vocable de réduction-aménagement du temps de travail) et de précarisation réhabilitent l'indi-

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vidu dans les processus de production. Mais cette réhabilitation de l'individu s'arrête au discours. Dans les faits, son travail et sa force de travail sont utilisés ponctuellement. Le travail humain est devenu plus malléable, mieux maîtrisable, moins cher parce qu'il est devenu subitement abondant. Des réservoirs de travail superflu, exploitables à tout moment, se sont constitués à coups de mesures de libéralisation des marchés, au niveau local, national, mais aussi à travers le monde. C'est ainsi que des pans entiers de travail salarié restent en friches. Mais les friches salariales sont multiples et multiformes. Salariat précaire, travailleurs indépendants, divers types de chômeurs, entrepreneurs par défaut, etc. La production matérielle ou immatérielle ne peut se passer de l'homme, mais ce que nous observons aujourd'hui, c'est une certaine mise en sommeil du travail salarié dans l'attente de la réalisation de cette production. La condition salariale a été pendant longtemps réservée à une catégorie sociale particulière: les ouvriers. Le salariat a été pendant tout aussi longtemps synonyme d'insécurité. L'ouvrier pouvait perdre son travail du jour au lendemain. On associe depuis travail salarié et stabilité (de l'emploi) au regard d'une parenthèse dans l'histoire du capitalisme (celle des "Trente Glorieuses"), mais un rapide coup d'œil en arrière montre bien que le travail salarié n'est pas synonyme de stabilité et de sécurité sociales, ou s'il l'a été, c'est grâce aux luttes sociales qui ont jalonné l'histoire du capitalisme depuis ses débuts. Certes l'histoire ne se répète pas, mais ce que nous observons aujourd'hui ne doit pas nous étonner. Le couple salariat/chômage constitue l'un des piliers propres au fonctionnement du capitalisme. Outre un moyen de subsistance économique et de reconnaissance sociale, le travail salarié est aussi un moyen d'occuper et donc de contrôler une population, souvent faiblement éduquée, aux réactions imprévisibles. La question fondamentale à poser aujourd'hui est celle de la mise au travail: quelles formes prendra dans l'avenir la participation de l'individu au processus de production?

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Innovations, Cahiers d'économie nOlO, 1999-2, pp.9-34.

de l'innovation

Le salariat, son histoire et son devenir Aspects critiques de la théorie du travail
Sophie BOUTILLIER Lab.RH, Université du Littoral
"Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion furibonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture. " P. Lafargue, Le droit à la paresse, 1883.

La société industrielle s'est développée depuis plus de deux cents ans avec le travail salarié. L'économie politique qui s'institutionnalise au cours de cette période ne s'y trompe pas en faisant du travail l'origine de la richesse. Vivant ou mort, le travail (implicitement du travail salarié) crée des richesses. Les économistes depuis le XIXème siècle jusqu'à aujourd'hui ont poursuivi dans cette voie, jusqu'à élever la connaissance au rang de facteur de production. Le salarié a d'abord été un ouvrier, puis progressivement il est devenu employé (du tertiaire), voire dirigeant d'une entreprise. A l'heure actuelle, face au chômage massif dont souffre la société industrielle, le travail salarié fait figure d'espèce en voie de disparition et en toute logique pour enrayer ce chômage, la solution qui consisterait à faire disparaître le salariat est sans aucun doute la plus simple à mettre en œuvre. D'autant que si l'on retient cette hypothèse, l'on reste bien dans une économie de marché, c'est-à-dire dans une économie gouvernée par des rapports marchands. Mais, la pauvreté en revanche, ne pourrait être enrayée, au contraire! Pourtant, le travail indépendant est présenté comme la forme d'avenir de mise au travail, seule capable de sauver l'économie de marché! Il convient cependant de se méfier de ce genre d'affirmation, car il y a environ trente ou vingt ans,

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c'était le travail indépendant qui faisait figure d'espèce en voie de disparition. La société des loisirs, que d'aucuns appelaient de tous leurs souhaits au début des années soixante, a été rangée dans la catégorie des utopies. L'idée que nous défendons est que le plein-emploi est une utopie. Mises à part les "trente glorieuses", période sans précédent dans l'histoire du capitalisme, il n'a jamais existé. Ce sont les fameuses "trente glorieuses" qui constituent une parenthèse dans l'histoire du capitalisme, car cette période a été comme toute autre la conséquence de circonstances eJSceptionnelles (guerres mondiale et froide, intervention de l'Etat-Providence, progrès technique, etc.). L'histoire ne se répète pas, et il est vain de vouloir reproduire par des politiques publiques une situation inédite. En revanche, la crise actuelle constitue une opportunité pour changer la logique économique et sociale en ne laissant plus le travail structurer notre quotidien. Le travail est utilisé pour produire des biens de consommation et de production sans cesse nouveaux. De cette façon, il ne satisfait pas des besoins, mais il en produit sans cesse des nouveaux, et la pauvreté comme la tapisserie de Pénélope, n'aura jamais de fin. Notre objectif est de montrer que le travail (salarié) a été l'énergie créatrice du capitalisme. D'abord ouvrier, le travail salarié s'est peu à peu étendu et diversifié. Le plein-emploi des "trente glorieuses" n'a été qu'une parenthèse, et il y a peu de chance pour qu'une situation analogue se reproduise. Le travail indépendant ne peut se substituer au travail salarié en raison du degré très élevé de socialisation de la production. On objectera que le développement récent des moyens de communication permet de recréer ce lien social, certes oui. Mais puisqu'il existe déjà, pourquoi vouloir le changer? Le temps n'est-il pas venu de réfléchir sur les conditions de mise en pratique de ce que les uns nomment "le droit à la paresse" et d'autres "la société des loisirs" ? Pour appuyer notre démonstration, nous donnerons au lecteur, dans la première partie, quelques éléments sur l'histoire plurielle du travail en général et du travail salarié en particulier; plurielle car elle allie à la fois l'histoire de la pensée économique, l'histoire des faits économiques et l'histoire des mots. Dans la seconde partie, nous proposons au lecteur de revenir sur les conditions exceptionnelles qui ont été à l'origine du plein-emploi des "trente glorieuses", pour terminer par quelques éléments de réflexion sur un problème déjà très ancien, celui du travail salarié et du tra-

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vail indépendant. Travail salarié ou travail indépendant, le travail reste dans l'économie de marché un rapport marchand. Le salarié se vend contre un salaire, grâce auquel il consomme. Le loisir ou temps de non-travail rime, dans ces conditions, avec consommation et aliénation. LA LONGUE HISTOIRE DU TRAVAIL SALARIÉ
Le travail (salarié), source de valeur Nous proposons au lecteur de commencer par un survol de la théorie économique sous l'angle du travail: de la théorie de la valeur-travail des Classiques, en passant par les débats démographiques, puis à la théorie de la croissance endogène. Cette dernière, en mettant l'accent sur la connaissance en tant que facteur de production, élabore une explication nouvelle du progrès technique et de la croissance économique. Présentant sous un jour nouveau les théories du travail de Ricardo et de Marx (sans se l'avouer), les économistes de la croissance endogène élaborent une nouvelle fonction de production qui revient à dire sous une forme déguisée que le travail est toujours l'unique source de richesse définie par les Classiques. C'est alors que l'économie politique se constitue en tant que discipline scientifique à part entière que le travail devient une grandeur abstraite, source de valeur. La théorie de la valeur travail commandé (A. Smith) ou incorporé (D. Ricardo) est au cœur de l'économie politique classique, après que Turgot ait défini le salaire comme le prix du travail. Sans qu'il en soit fait mention explicitement, il est évident qu'il s'agit du travail salarié, non du travail d'organisateur ou de gestionnaire du chef d'entreprise ou du négociant. Le travailleur d'A. Smith ou de D. Ricardo est un salarié. TI n'a que ses bras et doit se vendre par petit bout pour survivre. C'est grâce au salaire qu'il reçoit qu'il pourra acquérir le pain dont il a besoin et peut-être quelques biens plus sophistiqués, comme des vêtements ou des ustensiles de cuisine, en bref des produits manufacturés. Le développement du travail salarié participe ainsi à l'expansion d'une économie d'échanges marchands. Dans ces conditions, pour A. Smith (1723-1790) un homme est riche ou pauvre selon le travail qu'il peut acheter. La valeur réelle d'un bien pour

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celui qui veut l'acquérir est égale au temps de travail qu'il doit effectuer non pour la produire, mais pour l'acheter). A. Smith s'intéressera de près, comme on le sait, à la division du travail, pas tant au niveau macroéconomique qu'au niveau de l'unité de production. Les descriptions de la manufacture d'épingles sont riches d'enseignements pratiques, chiffres à l'appui. Pour D. Ricardo (1772-1823), le travail est un bien, un bien qui entre dans la fabrication d'autres biens. Les travaux de Ricardo, comme ceux de Smith, sont largement orientés vers la question du prix du travail. Le prix naturel du travail est ainsi fonction du prix des denrées qui entrent dans la reproduction de la force de travail. A partir de cette base, le prix du travail est également fonction de l'offre et de la demande de travail, d'où le célèbre débat auquel participèrent Ricardo et Malthus (1776-1834) à propos de l'équilibre entre la croissance démographique et les ressources naturelles disponibles. De son côté, J.B. Say (1767-1832) tend à minorer l'importance relative du travail en soulignant que pour qu'il soit créateur de richesse, il convient qu'il y ait préalablement accumulation de capital. Sans le capital, le travail n'est rien. Tel est en substance, le message de J.B. Say. Les ouvriers, car tel est le terme qu'il emploie pour parler des travailleurs, ne sont que l'un des maillons dans la chaîne de la production. Dans ses Cours d'économie politique2, J.B. Say résume de la façon suivante "l'objet des opérations qui se rencontrent dans toutes les industries" : 1°) les recherches du savant; 2°) l'application des connaissances acquises, aux besoins des hommes, en y comprenant le rassemblement des moyens d'exécution et la direction de l'exécution elle-même, ce qui forme la tâche des entrepreneurs d'industrie; 3°) le travail des agents secondaires, tels que les ouvriers, qui vendent leur temps et leur peine, sans être intéressés par le résultat. Cette présentation des différents maillons de la chaîne de production apporte des informations sur d'une part la nature du travail, d'autre part. la place du travail. Le vocable de travail ne semble s'appliquer qu'au travail ouvrier. C'est le cas dans cet extrait, ce n'est pas le cas partout, puis)

A. Béraud, G. Faccarello, Nouvelle histoire de la pensée économique, tome 1, La Découverte, Paris, 1992, p.321. 2 J.B. Say, Cours d'économie politique, coll. "GF-Flammarion", Flammarion, Paris, p.324.

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qu'ailleurs) J.B. Say s'est acharné à démontrer que le travail de l'entrepreneur était productif au même titre que celui de l'ouvrier ou du savant, dans la mesure où ils participent tous au même processus. L'entrepreneur est par définition propriétaire du capital qu'il valorise, il n'est donc pas salarié. Mais, pour en revenir au texte présenté ci-dessus, nous apprenons également que le travail (ouvrier par définition) est exécuté par des "agents secondaires". J.B. Say définit par opposition l'entrepreneur comme l'''agent principal de la production". Et, il n'oublie pas d'ajouter, comme s'il s'agissait de rétablir une vérité bafouée, que le travail de l'entrepreneur est productif au même titre que celui de l'ouvrier et du savant. L'ouvrier (c'est-à-dire le salarié) ne s'intéresse guère au résultat de son travail, mais surtout comme l'explique Say dans d'autres textes, le salarié court beaucoup moins de risques que l'entrepreneur. En cas de faillite de l'entreprise, le salarié ne peut perdre que son travail. L'entrepreneur, en revanche, risque beaucoup plus puisqu'il peut y perdre sa fortune personnelle. Il y a donc une hiérarchie des tâches, en raison - bien évidemment - des progrès de la division et de la socialisation du travail. Mais, cela, Say ne l'explique pas de cette façon. Il s'agit, à ses yeux, d'une évolution naturelle et non sociale de l'organisation du travail. Avant les Classiques, les économistes n'avaient pas non plus négligé le facteur humain, mais ils parlaient à l'image de Montchrestien (1575-1621) des hommes au sens concret du terme et non de façon abstraite du travail, comme d'une source d'énergie, presque immatérielle qui s'adapte selon la circonstance. Les auteurs du XVllème siècle, comme Colbert (1619-1683), avaient mis l'accent sur la démographie et sur les avantages que la nation pouvait tirer d'une population nombreuse et travailleuse. Vauban (1633-1707) souligne pour sa part que la société a besoin du travail des pauvres. Il est vrai qu'au XVIIème siècle, les techniques de production sont encore très rudimentaires et très intensives en travail. Par ailleurs les conditions de vie sont très difficiles et le taux de mortalité élevé. Les guerres, les épidémies et les catastrophes naturelles ont vite fait de décimer des pans entiers de la population. Mais, disposer d'une population nombreuse n'est pas suffisant, encore faut-il qu'elle soit prête à travailler. Les
)

A voir dans S. Boutillier, D. Uzunidis, L'elltreprelleur, Ulle allalyse sociocoll. "Economica Poche", Economica, Paris, 1995.

écollomique,

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historiens) ont décrit à plusieurs reprises les difficultés auxquelles les premiers entrepreneurs étaient confrontés pour stabiliser la main-d'œuvre dont ils avaient besoin pour valoriser leur capital. Quant aux économistes, ils se sont interrogés dès cette période sur les moyens de passer outre la "fainéantise naturelle" des travailleurs. "Je pense, écrit J. Cary, que seule une bonne loi permettra d'obtenir ce résultat en fournissant du travail à tous ceux qui le désirent et en forçant tout ceux qui sont capables de travailler"2. Cette question est toujours plus ou moins au centre de l'analyse économique, comme en témoigne la théorie du salaire d'efficience qui vise à détecter les "tire-au-flanc" dans l'entreprise et à attirer les meilleurs salariés. K. Marx (1818-1883) va poursuivre l'œuvre des Classiques sur la valeur travail en se plaçant non dans la peau d'un homme d'affaires quelconque (ce qui était plus ou moins le cas de Smith, Say ou Ricardo), mais résolument du côté des salariés, pour mettre en évidence les impasses auxquelles conduit l'exploitation capitaliste. Ainsi pour Marx, le travail n'est pas seulement la source unique de la richesse, il fait partie de l'identité humaine. Dans L'idéologie allemandé, il explique avec Engels que seul le travail permet de distinguer l'homme de l'animal, ni la conscience, ni la religion et "tout ce que l'on voudra" ne peuvent y parvenir, car l'homme est homme parce qu'il produit les moyens de son existence. Pour Marx donc, et contrairement à Say par exemple, le travail prime sur le capital. Sans travail, le capital n'est rien, tel est en substance le message de K. Marx. Dans une société où les échanges marchands sont quasi inexistants et où la division du travail est très réduite, l'homme dispose du prodqit de son travail. Dans une société d'échanges marchands, comme le capitalisme, il en va tout autrement, puisque le travail - sans perdre son pouvoir de
création

bien susceptible d'être acheté ou vendu. Pour que le travail devienne une marchandise, il convient qu'un certain nombre de transformations sociales et politiques aient eu lieu, de telle sorte que les travailleurs potentiels ne soient plus attaI Voir notamment F. Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVème-XVlIIème siècles, A. Colin, Paris, 1979, tome II. 2 Cary J. (XVIIème siècle), cité par A. Béraud, G. Faccarello, Nouvelle histoire de la pensée économique, tome I, La Découverte, Paris, 1992, p.128. 3 K. Marx, F. Engels, L'idéologie allemande, coll. "Essentiel", Editions Sociales, Paris, 1982.

- est devenu

une marchandise, en d'autres termes un

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chés à une terre ou à une aide institutionnel1e de quel1e que nature qu'el1e soit (via le débat démographique que nous avons évoqué plus haut). En d'autres termes, pour que le travailleur puisse se vendre, il doit être... libre de se vendre! Ce qui distingue par conséquent K. Marx des économistes classiques qui l'ont précédé est qu'il se place d'emblée dans une approche historique, évolutionniste. Il écarte l'idée d'un ordre naturel (ou ordre divin) que les Classiques pouvaient évoquer plus ou moins explicitement, pour tenter de découvrir ce que cache l'apparence des choses. Il se produit donc dans l'économie politique une évolution comparable à celle qui s'est produite dans les sciences de la nature. L'on évoque d'abord l'idée d'un ordre naturel voulu par Dieu. Le marché est une création divine. Puis on en vient à une explication plus approfondie permettant de mettre à nu les rouages complexes qui se cachent derrière une simplicité apparente. Souhaitant donner une dimension scientifique à son analyse pour contrecarrer le caractère par tout idéologique - à ses yeux - de certains aspects des propos de Smith et Ricardo, K. Marx poursuit le processus d'abstraction que ces derniers avaient entrepris, en définissant différentes catégories de travail: travail simple/travail complexe, travail vivant/travail mort, travail socialement nécessaire, etc. Il montre ainsi que le travail est présent sous différentes formes, y compris sous forme de capital (comme l'avait déjà expliqué D. Ricardo), puisque le capital est du travail mort. Avec les économistes néoclassiques et notamment L. Walras (1834-1919), le travail devient un facteur de production comme un autre au même titre que le capital, renouant en cela avec les principes énoncés par J.B. Say. Les groupes sociaux disparaissent au profit des agents économiques qui peuvent être ou producteur (ou entrepreneur) ou consommateur ou travailleur. Le travail n'est plus au cœur de l'analyse économique, puisque les agents économiques - supposés rationnels - n'ont qu'un objectif: maximiser leur niveau d'utilité, c'est-à-dire leur plaisir, et a priori ce n'est pas par le travail qu'ils arriveront à leurs fins puisque le travail (et tout particulièrement le travail manuel) a toujours été considéré comme une torture, en bref comme quelque chose dont on peut se passer et que l'on n'a pas choisi. Mais, le travail (salarié) a pour contrepartie un salaire lequel permet de consommer. La consommation du salarié fournit des marchés à l'entrepreneur, lequel achète les services productifs du travail et du capital. On en arrive ainsi à un gigantesque 15

modèle mathématique contenant autant d'équations que d'inconnues, comme on l'enseigne aux étudiants d'économie. Le problème est que l'on n'arrivera à le résoudre que près d'un siècle plus tard, et ce en multipliant le nombre des hypothèses réductrices. Le calcul économique du salarié consistera par conséquent à savoir combien de temps il doit travailler compte tenu du résultat auquel il souhaite aboutir en termes de consommation. On évacue de cette façon le problème de l'aliénation du travailleur qui tourmentait Marx. Le problème ne réside donc pas dans le fait que le travailleur contribue à fabriquer un produit qui lui échappe. Ce qui importe est que le travailleur ait accès à la consommation, puisque - comme l'affirmait déjà Say - le travailleur ne se préoccupe nullement du résultat de son travail! Walras, comme Say, souligne que le travail ne "suffit pas à fabriquer des produits"!. Dans une "société à travail divisé" (p.246) explique-t-il, le travail est forcément un travail salarié. L'entrepreneur achète les services du travailleur sur le marché des services. Pour Walras, le salariat est à la fois juste et utile. Il est juste "parce qu'il résulte de l'échange libre de services producteurs appropriés légitimement". Il est utile parce qu'il "stimule le travail en proportionnant sa valeur à sa rareté, et parce que dans les limites de la justice, il correspond à la transformation des travaux en les produits les plus utiles" (p.25!). Au principe posé par les économistes du XVIIème siècle, L. Walras oppose l'idée que l'augmentation de la quantité de travail disponible doit être précédée par celle de la quantité de capital (investissement) : "tout homme qui vient au monde sans que sa venue coïncide avec un supplément social de capital fait à la fois hausser le prix des produits et baisser le prix du travail" (p.259). Mais Walras met également l'accent sur la qualité du travail. Les travailleurs, écrit-il (p.259), "doivent offrir du travail aussi utile que possible et pour cela développer autant que possible leur instruction générale et professionnelle" . La question de la qualité du travail sera par la suite au centre de la théorie de G. Becker du capital humain, qui poursuit en fait l'analyse walrasienne selon laquelle le travail est un facteur de production au même titre que le capital. Le capitaliste fait fructifier son capital en le plaçant à la bourse,
]

L. Walras, Études d'économie politique appliquée, Economica, Paris, 1992,

p.258.

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ou en l'investissant dans une entreprise, le travailleur fait fructifier ses connaissances en poursuivant des études afin de pouvoir se vendre plus cher sur le marché du travail. Le capital humain propre à chacun d'entre nous se définit comme les connaissances générales, spécifiques, le savoir et l'expérience, qui sont acquis par l'individu, compte tenu de la facilité avec laquelle se fait son apprentissagel. Parfaitement intégré dans la fonction de production, ce capital humain a été en quelque sorte "chosifié" (c'est-à-dire transformé à l'état de chose) dans la fonction de production néoc1assique, puis les artisans de la théorie de la croissance endogène ont depuis ces dix dernières années poursuivi le processus en introduisant un concept nouveau, celui de la connaissance. De quoi s'agit-il: le facteur travail dans la fonction néoc1assique traditionnelle [Y=f(k,w)] conduisait les économistes à ne prendre en considération le facteur travail que sous son aspect quantitatif, où w équivalait à un nombre donné de travailleurs-salariés, peu importait leur niveau de qualification. Le facteur travail, au même titre que le facteur capital, était considéré comme homogène. On connaît la fameuse controverse sur la nature du capital soulevée notamment par J. Robinson. La question pouvait également être posée pour le travail. Elle le fut certes en partie lorsque Leontieff exposa son fameux paradoxe, mettant en évidence les différents niveaux de qualification du travail. La théorie de la croissance endogène permet en définitive d'intégrer le travail de haut niveau de qualification. Pour expliquer la dynamique de la croissance économique que Solow ne parvient pas à montrer, les économistes de la croissance endogène, notamment P. Romer, R. Lucas, sont conduits à redéfinir le facteur travail, redéfinition qui passe par la reconnaissance du rôle de l'éducation et de la formation professionnelle dans la production de richesse. Ainsi couplée à la question des dépenses publiques dans le domaine de l'éducation et des sciences, la question du capital humain débouche sur l'élaboration de modèles mathématiq~es plus ou moins complexes montrant notamment que l'Etat doit financer les dépenses d'éducation pour accélérer la

1 Voir à ce propos B. Reynaud, Les théories du salaire, coll. "Repères", La Découverte, Paris, 1994.

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croissance du PNB!. Mais A. Smith arrivait à la même conclusion, sans modèle ni équation! Les économistes d'aujourd'hui ont depuis longtemps évacué la question de la valeur, et s'ils s'intéressent au travail (salarié), 1°) ce n'est pas au travail lui-même mais au taux de salaire, et plus précisément sur les moyens à mettre en œuvre pour améliorer l'efficacité du travail lorsque les analyses sont centrées sur l'entreprise (Cf théorie du salaire d'efficience), 2°) pour expliquer le maintien à un niveau élevé du chômage et l'inc:;fficacité dans certaines circonstances (intervention de l'Etat, information imparfaite) des mécanismes du marché (Cf théorie des contrats implicites). Travail ou utilité, la question de la valeur n'est donc plus aujourd'hui une question jugée digne d'intérêt par les économistes ; ceci à moins de considérer l'immatérialité des choses. La théorie de la connaissance en fournit un exemple intéressant: qu'elle soit incorporée dans les êtres humains ou dans les machines, la connaissance est présente partout incorporée aux salariés comme aux machines ou aux outils. Ce n'est pas là une grande découverte, puisque Ricardo et Marx parlaient à travers le concept du travail mort des connaissances humaines nécessaires à la fabrication des machines. La division du travail, explique K. Marx "suppose qu'on travaille sur une grande échelle, et donc implique le développement du capital et du travail salarié. Une autre force productive qui ne lui coûte rien est la puissance scientifique (...). Mais il (le capitaliste) ne peut s'approprier cette puissance scientifique qu'en utilisant des machines"2. Peut-on véritablement dans ces conditions parler aujourd'hui d'une économie fondée sur la connaissance3 comme d'une étape nouvelle de l'évolution de notre société technicienne? Les économistes certes soulignent que la
I Yoir par exemple à ce propos R. Herrera, "Dépenses publiques et capital humain dans un modèle convexe de croissance endogène", Revue économique, vol.49, n03, mai 1998. 2 K. Marx, Grundrisse, tome II, Éditions Sociales, Paris, 1979, pp.253-254. 3 Yoir à ce propo~ B. Guilhon, P. Huard, M. Orillard, J.B. Zimmermann (sous la direction de), Economie de la connaissance et organisations, Entreprises, territoires, réseaux, L'Harmattan, Paris, 1997. A voir la critique de cette thèse d!}ns B. Laperche, La finne et l'Ùzjol7nation, Innover pour conquérir, coll. "Economie et innovation", L'Harmattan, Paris, 1998. A voir également H. Arendt, Condition de ['homme mode17le,coll. "Agora", Presses Pocket, Paris, 1983 (édition originale en 1961) qui montre qu'un supplément de loisir dans la société de consommation se traduit automatiquement par un supplément de consommation.

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connaissance a toujours été au cœur de l'activité humaine. Ce qui changerait fondamentalement en revanche ce serait que la connaissance deviendrait désormais de plus en plus abstraite, immatérielle, la connaissance étant élevée, elle aussi, au rang de facteur de production. La lecture des ethnologues ou des anthropologues montre que, contrairement à cette idée reçue, la connaissance, y compris sous sa forme abstraite, a toujours été une des composantes du progrès technique. Même en l'absence de l'écriture, on peut supposer que les hommes que nous qualifions de primitifs ont inventé des objets ou des méthodes (de chasse ou de pêche par exemple) parce qu'ils se représentaient de façon abstraite la chose qu'ils allaient construire. Nous connaissons tous la fameuse parabole de Marx sur l'abeille et l'architecte. De son côté, C. Lévi-Straussl montre bien dans ses travaux que si le hasard est souvent en partie à l'origine d'une invention (il cite l'arc, le boomerang, la sarbacane mais aussi la pénicilline) il y a aussi une part de réflexion, d'abstraction. TIy avait, écrit-il, en substance, aux temps de la préhistoire, des Pasteur et des Palissy. Un changement à relever cependant : la connaissance, entre ces temps primitifs et aujourd'hui, est devenue une marchandise...
Salarié, ouvrier, prolétaire... employé, dirigeant d'entreprise

Sous la théorie économique, la réalité économique! L'usage des mots salarié, ouvrier ou prolétaire se diffuse au cours du XIXème siècle, même s'ils ont pour certains une origine beaucoup plus lointaine. Bien que ces trois mots aient été très souvent employés comme des synonymes, ils recouvrent chacun un sens différent et ont - bien évidemment - une histoire différente. Le salarié fait référence au mode de rémunération (le salaire), l'ouvrier au type de travail effectué (manuel, industriel) et le prolétaire à la place occupée dans l'organigramme sociétal (sorte d'exclu, conformément au vieil adage: "classes laborieuses, classes dangereuses"), comme nous allons pouvoir le constater. Puis de salarié, on va passer à salariat, terme qui fait référence à la généralisation de cette forme de mise au

I Voir notamment C. Lévi-Strauss. Race et histoire. coll. "Folio Essai". Gallimard, Paris, 1988 (première édition en 1952). pp.59-60.

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